Des fermes urbaines dans les cités

terra-economica.info, Rodrigue Coutouly, le 12 janvier 2011

http://www.terra-economica.info/Des-fermes-urbaines-dans-les-cites,15179.html

Des fermes urbaines dans les cités

La paupérisation et la violence croissantes dans les cités de banlieue inquiètent l’opinion. Mais le personnel politique a bien du mal, hormis quelques coups d’éclats médiatiques et quelques ravalements de façades, à proposer des solutions concrètes qui paraissent utile. En voici une, simple, modeste, mais qui à l’avantage, outre son faible coût, de répondre à la multiplicité des problèmes rencontrés dans ces cités. De quoi s’agit-il ?

Je propose l’installation de jardins urbains, de fermes urbaines, dans les cités des banlieues des grandes villes.

Ces jardins seraient installés sur les toits des barres et des tours, ou dans les étages supérieurs de barres ou de tours désaffectés. Selon les possibilités techniques, il s’agirait de végétaliser les toits, ou à défaut, d’y installer des bacs de culture et des pots. Cela mérite quelques explications.

Est-ce possible techniquement ? Oui, dans la majorité des cas, les dalles des toits des grands ensembles peuvent supporter 300 à 400 kg par m2. Il est donc possible de les végétaliser ou d’installer des bacs de culture. Il faudra y ajouter une source d’eau, des rambardes et un accès par escalier. Cela devrait être possible sur la majorité des toits, sauf ceux qui sont encombrés par quantité de cheminées.

Qui s’occupera de ses jardins ? Une coopérative constituée autour des habitants volontaires, cette coopérative pourra employer comme salarié, des jeunes de la cité.

Quelles seront les productions de ces fermes urbaines ? Elles auront à la fois une production potagère et, éventuellement, un élevage de volailles.

Cela sera-t-il coûteux ? Non, on vient de voir que le matériel et les investissements nécessaires seront limités. Assez rapidement, la coopérative ne dépendra que de l’activité et de l’inventivité de ces membres, sans avoir besoin de coûteuses subventions.

Pourquoi installer ces activités sur les toits des cités ? Le développement de l’économie parallèle et des trafics font les choux gras des médias. On oublie trop souvent la cause de ces phénomènes : l’absence de tout projet économique viable pour les jeunes, les difficultés des familles à vivre qui expliquent leur résignation à accepter cette économie souterraine. Certes, les fermes urbaines ne vont pas créer énormément d’emplois, mais elles vont rendre les habitants acteurs actifs d’une activité honnête dont ils pourront être les bénéficiaires. Mettre ces activités sur les toits, c’est à la fois les situer au coeur des cités et, en même temps, protéger l’activité qui pourra être difficilement victime de vols.

Comment fonctionnera la coopérative ? Elle sera constitué sous la forme d’une association loi 1901 constituée par les habitants de la cité adhérents. Ceux-ci participeront au lancement de l’activité, seront les consommateurs de sa production, et fourniront leurs déchets organiques pour alimenter le compost de la ferme. On peut distinguer deux sortes de coopératives. Les coopératives auto-gérées produisent à partir de l’activité bénévole de leurs membres. Le toit devient un lieu de travail collectif, un lieu de vie convivial aussi, d’échanges et de formation aux différentes techniques. Les coopératives de production sont dirigés selon le modèle associatif, mais au service d’une entreprise qui emploie des jeunes de la cité. L’idéal serait l’existence de ces deux systèmes, le premier servant de « pépinière » à l’autre. les jeunes des cités n’ayant aucun technique ou culture dans ce domaine. Les cités ont, par contre, pour habitants, parfois, d’anciens paysans, souvent d’origine maghrébine, dont le savoir est précieux et qui peuvent y trouver, ainsi une source de valorisation.

Les toits sont-ils des espaces trop limités ? Les méthodes de productions potagères intensives permettent de produire d’importantes quantités de légumes sur de petites surfaces en pratiquant l’association de plantes compatibles et la succession des cultures. L’utilisation des engrais organiques des familles de la coopérative permettra de trouver une source d’engrais continue, évitant le recours à des intrants coûteux. On peut envisager aussi d’étendre ce système de fermes urbaines au coeur des cités, lors de la rénovation des cités. Pourquoi, alors, plutôt que de détruire certaines barres, ne pas les transformer complètement ? En enlevant certaines cloisons, et en gardant les dalles et les piliers, on pourrait conserver certains immeubles correctement exposés au soleil, ou transformer les étages supérieurs et rénover les étages inférieurs. Dans ce cas de figure, on pourrait compléter la production maraîchère par un élevage de volailles, utilisant les résidus végétaux pour nourrir les animaux, et le fumier produit comme engrais.

Quel est l’intérêt de ces fermes urbaines ? Outre l’intérêt économique, ces fermes pourront devenir des foyers de partage et d’espoir pour des populations en déshérence, dont on aurait tort de stigmatiser leur supposé inculture. En réalité, ces populations cherchent des motivations pour être acteur de leur vie, ces fermes urbaines pourraient permettre un mieux vivre salutaire et des échanges inter-générationnels. En outre, elles répondent à des enjeux écologiques évidents : produire local, de manière biologique et équitable. Certes, il est improbable que ces activités permettent, à courte terme, la création d’emplois pérennes. Mais elles peuvent être à l’origine de sources secondaires de revenus et d’une meilleure alimentation de la population.

Voir aussi l’article sur la rénovation des grands ensembles dans site personnel de l’auteur.

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