Changer de mode de vie

Changer de mode de vie

http://www.decroissance.ch/index.php/Changer_de_mode_de_vie

decroissance.ch. NC, le 17 juin 2011

Un article paru le MERCREDI, 15 JUIN, 2011 dans le Courrier, et qui a le très grand mérite de traduire en un texte court pourquoi il est temps de remettre en cause la croissance.

Merci à Philippe Roch*, son auteur (qui n’est pas un « petit agitateur altermondialiste » *…), et au Courrier pour ouvrir ses colonnes régulièrement à cette question souvent méprisée ailleurs.

ENVIRONNEMENT • La situation environnementale exige que les anciens pays industriels modifient profondément leurs modes de vie. Sans quoi, ce changement s’imposera de façon brutale. Dans cette perspective, une rencontre interdisciplinaire est organisée les 15 et 16 juin à l’UNIL.

Des exemples du passé montrent que des sociétés qui abusent des ressources disponibles finissent par s’effondrer dans la douleur. C’est ainsi qu’ont disparu la civilisation Maya vers l’an 900, celle de l’île de Pâques au XVIIe siècle, les colonies vikings du Groenland et bien d’autres2. Des exemples des crises plus actuelles, comme au Rwanda et en Haïti, montrent des mécanismes semblables. Ces effondrements font intervenir à chaque fois les mêmes facteurs: une augmentation de la population, la déforestation, une surconsommation des ressources disponibles, parfois accentuée par des pressions extérieures comme un changement climatique, des conflits pour l’accès aux dernières ressources, et une incapacité politique de prévoir les évènements et de prendre les décisions nécessaires au rétablissement d’un équilibre. Cette brève énumération suggère déjà que notre société pourrait bien se trouver elle-même au seuil d’un effondrement.

Un monde en rupture

En effet nos consommations excèdent la capacité de production de la nature. Pour l’ensemble de l’humanité, il faudrait aujourd’hui une planète et demie pour atteindre l’équilibre entre ce que produit la nature, et ce que nous consommons en énergie, aliments, et minerais. Malgré cela, la plus grande partie de l’humanité vit dans la pauvreté ou la misère, et plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à de l’eau propre. Si tous vivaient au niveau européen, il faudrait trois planètes, et sept pour vivre au niveau des Américains du Nord. Cette situation fait suite à une forte croissance démographique –la population mondiale a été multipliée par douze depuis 1800, et par deux depuis 1960– et à une boulimie inextinguible de ressources et d’énergie. Les énergies non renouvelables polluent l’environnement et s’épuisent, le cycle de l’eau est perturbé à grande échelle, la déforestation continue à un rythme effréné, de nombreuses espèces et les écosystèmes régressent.

Des solutions techniques?

Beaucoup espèrent dans l’efficacité énergétique, l’amélioration des procédés de production et l’augmentation des taux de recyclage pour redresser la situation. Isolation des bâtiments, moteurs plus performants, appareils moins gourmands en énergie, collecte et recyclage des déchets, énergies renouvelables nous font rêver d’un nouveau monde, plus écologique, plus durable. Malheureusement tant que les politiques sociales et économiques de la plupart des pays du monde reposeront sur l’idée de croissance, le taux de consommation des ressources rattrapera l’amélioration de l’efficacité. Notre économie est devenue dépendante de la croissance, et il suffit qu’elle ralentisse quelque peu pour que l’ensemble de notre système se fragilise, que le chômage augmente, que l’équilibre financier des Etats soit rompu et que le filet social soit menacé. L’idéologie de la croissance est un mensonge et une absurdité: un mensonge parce que la croissance dont on parle est celle du PIB, c’est-à-dire du niveau d’activité économique et des flux financiers. Elle ne tient pas compte du capital le plus important, celui des ressources naturelles, qui décroît depuis une cinquantaine d’années, et qui n’entre pas dans les comptabilités nationales. La croissance est aussi une absurdité, car il est impossible de croître indéfiniment dans un monde limité. Pour ces deux raisons la croissance n’est pas possible dans la durée: elle nous confrontera forcément à des ruptures, qui seront d’autant plus sévères qu’elles interviendront tardivement. Plus nos sociétés seront dépendantes de ressources vouées à se raréfier ou à disparaître, plus la chute sera douloureuse.

De nouvelles valeurs

Le matérialisme a peu à peu instauré un système de valeurs fondé sur l’arrogance, la domination, la compétition, l’envie, la démesure, au détriment des valeurs écologistes et humanistes. Puisque le matérialisme ne parviendra jamais à combler les besoins profonds de l’humain, il engendre des frustrations, génératrices de nouveaux besoins et de nouvelles consommations. Pour sortir de ce cercle vicieux avant l’effondrement, et rétablir un équilibre entre l’humanité et la nature, il faut provoquer un sursaut moral et restaurer des valeurs collectives de respect, d’humilité, de solidarité, de sobriété, de partage et de coopération. C’est seulement si nous devenons plus sobres que le progrès technique pourra réellement nous aider à réduire notre pression sur la nature.

Ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, Philippe Roch est, avec le Pr Dominique Bourg, coorganisateur du colloque interdisciplinaire «Modes de vie», à l’Université de Lausanne, 15 et 16 juin 2011.

 

Le nouveau film de Marie-Monique Robin « Notre poison quotidien  » sera diffusé le 15 mars sur ARTE, à 20 heures 40. Article suivi de la recette à a cerise !

http://www.ecoattitude.org/accueil/node/606

Un message de Marie-Monique Robin, auteur du film « Le monde selon Monsanto »

Madame, Monsieur,

J’ai le plaisir de vous informer que mon film « Notre poison quotidien « sera
diffusé le 15 mars sur ARTE, à 20 heures 40
– (PS et précédemment sur la TV romande le 7 février !! http://robin.blog.arte.tv/2011/01/23/diffusion-de-notre-poison-quotidien-en-belgique-et-suisse/)

 Le même jour mon livre éponyme sera dans les librairies ainsi que le DVD.

Je commence aujourd’hui une série de papiers qui vont expliquer la démarche que j’ai suivie pour réaliser cette longue enquête qui m’a conduite dans six pays européens (France, Italie, Allemagne, Suisse, Grande Bretagne, Danemark), aux Etats Unis, au Canada, au Chili, et en Inde.

Pourquoi cette enquête ?

Alors que je travaillais sur le passé et le présent peu glorieux de Monsanto et que je découvrais comment depuis sa création au début du XXème siècle la firme n’a cessé de cacher la haute toxicité de ses produits, je me suis posé trois questions :

 – Est-ce que le comportement de Monsanto constitue une exception dans l’histoire industrielle ?

 – Comment sont réglementés les 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement depuis la fin de la seconde guerre mondiale

– Y-a-t il un lien entre l’exposition à ces produits chimique et « l’épidémie de maladies chroniques évitables » que l’Organisation mondiale de la santé OMS) a constatée surtout dans les pays dits « développés » ( les termes que j’ai mis entre guillemets sont ceux utilisés par l’OMS) ?
 Consciente que le champ d’investigation était très vaste, j’ai décidé de ne m’intéresser qu’aux seuls produits chimiques qui entrent en contact avec notre chaîne alimentaire du champ du paysan (pesticides) à l’assiette du consommateur (additifs et plastiques alimentaires).

Avant d’entreprendre mon nouveau tour du monde, j’ai réalisé un long travail de recherche* préparatoire qui a consisté à lire de nombreux livres (une centaine, essentiellement anglophones), rapports, études scientifiques et j’ai rencontré des experts (toxicologues, biologistes, représentants des agences de réglementation) , soit directement lors de rendez-vous personnels ou lors de colloques spécialisés. J’ai aussi consulté les *archives d’organisations internationales comme l’OMS ou le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui dépend de la première.

plus d’infos sur http://robin.blog.arte.tv/category/notre-poison-quotidien/

Marie-Monique Robin

 
Et pour … vous mettre en appétit, voici  la « Recette de la tarte aux cerises » de Claude Bourguignon :
 Voici, la liste des produits chimiques utilisés pour la fabrication d’une tarte aux cerises de  supermarché, depuis le champ de blé jusqu’à l’usine agro-alimentaire. Bon appétit ! 

 Histoire de la Pâte

Pour obtenir la farine, les grains de blé ont été enrobés d’un fongicide avant semis. Pendant sa culture, le blé a reçu de 2 à 6 traitements de pesticides selon les années, 1 traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d’éviter la verse et 1 dose importante d’engrais: 240 kg d’azote, 100 kg de phosphore et 100 kg de potassium à l’hectare, tout de même !

Le blé moissonné, dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfide de carbone, puis arrosés au chlopyriphosméthyl.
Pour la mouture, la farine reçoit du chlorure de nitrosyl, puis de l’acide ascorbique, de la
farine de fève, du gluten et de l’amylase. Ensuite, il faut faire lever la pâte. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l’amidon est blanchi au permanganate de potassium.

Pas de pâte sans corps gras. Ceux-ci reçoivent un antioxydant (pour éviter le rancissement) comme l’hydroxytoluène de butyl et un émulsifiant type lécithine.

Histoire de la Crème

La crème sur laquelle vont reposer les cerises se fait avec des oeufs, du lait, et même de l’huile.
* Les oeufs proviennent d’un élevage industriel où les poules sont nourries avec des granulés contenant des :

– antioxydants (E300 à E311),

– arômes,

– émulsifiants: alginate de calcium,

– conservateurs : acide formique,

– colorants : capsanthéine,

– agents liants: lignosulfate

– et enfin des appétants : glutamate de sodium, pour qu’elles puissent avaler tout ça.

Elles reçoivent aussi des antibiotiques, bien entendu, et surtout des anticoccidiens. Les oeufs, avant séchage, reçoivent des émulsifiants, des agents actifs de surface comme l’acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.

* Le lait provient d’un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques :

– antibiotiques : flavophospholipol (F712) ou monensin-sodium (F714)

– antioxydants : ascorbate de sodium (F301), alphatocophérol de synthèse (F307), buthyl-hydrox-toluène (F321) ou éthoxyquine (E324),

– émulsifiants : alginate de propylène-glycol (F405) ou polyéthylène glycol (F496),

– conservateurs : acide acétique, acide tartrique (E334), acide propionique (F280) et ses drivés (F281 à E284),

– composés azotés chimiques : urée (F801) ou diurédo-isobutane (F803),

– agents liants : stéarate de sodium,

– colorants : F131 ou F142

– et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout ça, comme le glutamate de sodium.

* Les huiles, quant à elles, ont été :

– extraites par des solvants comme l’acétone,

– puis raffinées par action de l’acide sulfurique,

– puis lavageà chaud,

– neutralisées à la lessive de soude,

– décolorées au bioxyde de chlore ou au bichromate de potassium

– et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc.

– Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.

La crème de la tarte, une fois fabriquée, reçoit des arômes et des stabilisants comme l’acide alginique (E400).

Histoire des Cerises (complété d’après des éléments de « Aromatherapie » Jean Valnet 1990, Maloine)
Les cerisiers ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années.
* Les cerises sont :

– décolorées à l’anhydride sulfureux

– et recolorées de façon uniforme à l’acide carminique ou à l’érythrosine.

– Elles sont plongées dans une saumure contenant du sulfate d’aluminium

– et à la sortie, reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium

(E202).
Elles sont enfin enduites d’un sucre qui provient de betteraves qui, comme
les blés, ont reçu leur bonne dose d’engrais et de pesticides. Ce sucre est
extrait par :

– défécation à la chaux et à l’anhydride sulfureux,

– puis décoloré au sulfoxylate de sodium,

– puis raffiné au norite et à l’alcool isopropylique.

– Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.

Par ces traitements, les cerises ayant donc perdu tout leur goût, il est necessaire d’ajouter un parfum artificiel alimentaire. Ce parfum est une recréation synthetique du goût et de l’odeur à partir d’éléments artificiels issus de la chimie du pétrole aux prix de revient extrêmement faibles- par économie d’echelle – en comparaison du parfum naturel de fruit.

L’exemple developpé est ici la cerise, mais de tels composés servent à recréer aussi bien des parfums artificiels de fraise, d’ananas, de framboise, de miel, de caramel, de muguet..

etc.

* Le parfum artificel de cerise se compose donc des molécules synthetiques (donc à la stéréochimie inversée) suivantes :

– acétate d’ethyle

– acéthyl méthylcarbinol

– butyrate d’isoamyle

– caproate d’ethyle

– caprylate d’isoamyle

– caprate d’ethyle

– butyrate de terpenyle

– geraniol

– butyrate de geranyl – acetylacetate d’ethyle

– heptanoate d’ethyle

– aldéhyde benzoique

– aldéhyde p-toluique

– vanilline

– essence artificielle d’amande amère SAP

– essence artificielle de girofle Bourbon

– essence artificielle de cannelle Ceylan

– essence de lie de vin

Ce texte, consacré à « la tarte aux cerises de supermarché » a été rédigé par Claude Bourguignon, un ingénieur agronome qui travailla à l’INRA, avant de quitter l’honorable maison pour cause de désaccord. Spécialiste de la microbiologie des sols, c’est lui qui démontra, pour la première fois, que les sols cultivés à grand renfort d’engrais chimiques et de pesticides, étaient biologiquement … morts. Tout ce qui fait la vie, et donc la qualité des terres, à savoir les populations microbiennes et fongiques, est détruit par les produits chimiques, conduisant à une perte des nutriments et à l’érosion des sols. Membre de la Société américaine de microbiologie – en France , il n’ y a plus aucune chaire de microbiologie des sols, y compris à l’INRA! – Claude Bourguignon a créé avec sa femme le Laboratoire d’analyse microbiologique des sols, qui intervient dans de nombreux pays, pour aider les agriculteurs à retrouver la fertilité de leurs sols.

Prochaine réunion mensuelle de Gironde en transition le mardi 1er février 2011 à 19h00 à la MNE Bordeaux-Aquitaine – L’après-pétrole a commencé… en 2006 ! C’est confirmé !

Prochaine réunion mensuelle de Gironde en transition le mardi 1er février 2011 à 19h00 à la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine, 3 rue de Tauzia à Bordeaux, suivi d’un pique-nique partagé tiré du sac. Ouvert à toutes et à tous.

EDITO [imagine 83 – janvier & février 2011]

http://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?article1287

La Transition

L’après-pétrole a commencé… en 2006 ! C’est confirmé !

2006 fut l’année du pic pétrolier. Et maintenant, que fait-on ? Le mouvement de la transition a lancé un séduisant plan B : il propose une renaissance économique, culturelle et sociale, par une relocalisation de l’économie. En se passant progressivement du pétrole et, surtout, en valorisant tous les talents. Une piste à découvrir !

Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 ! C’est l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui l’annonce dans le World Energy Outlook 2010, son rapport annuel publié le 9 novembre dernier [1] Le pic pétrolier, c’est ce moment où la production commence à plafonner et puis à décroître, et cela à l’échelle de la planète entière. Dans une économie mondiale fondée sur le pétrole, le temps est donc venu de se poser des questions de civilisation !

La fin du pétrole abondant et bon marché

Dans les années 40, le géophysicien Hubbert suggéra que la production d’une matière première donnée, et en particulier du pétrole, suivait une courbe en forme de cloche (voir ci-contre). L’extrapolation de la première partie de la courbe devait permettre de la dessiner complètement. Et donc de déduire les réserves de pétrole d’une région donnée, ainsi que le maximum de sa production. Pour confirmer son hypothèse, Hubbert annonça que la production de pétrole des Etats-Unis atteindrait son niveau maximal en 1970. Sa présentation fut oubliée… jusqu’en 1971, année où la production américaine atteignit effectivement son maximum, puis déclina, confirmant l’hypothèse du pic de Hubbert. Depuis lors, si la communauté internationale s’est trouvée d’accord pour dire que ce pic allait arriver pour toutes les réserves pétrolières de la planète, il restait à en déterminer la date.
Les spécialistes de l’Aspo [2] annonçaient comme imminente l’arrivée du pic pétrolier, et depuis peu, les plus clairvoyants n’hésitaient pas à affirmer que nous étions « déjà dedans ».
La confirmation est aujourd’hui apportée par le secteur lui-même : le « pic historique » a été franchi en 2006 et la production de pétrole conventionnel n’augmentera « plus jamais  », précise le rapport 2010 de l’Agence internationale de l’énergie.

Cette importante nouvelle n’a pas vraiment fait les grands titres de l’information internationale. « Il y a bien eu quelques papiers plus ou moins inquiets », relève Matthieu Auzanneau, un journaliste indépendant, sur son blog spécialisé [3]. L’AIE prévoit que « la production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68-69 Mb/j (millions de barils par jour) à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006 », relève pour sa part Hervé Kempf, dans un petit article du journal Le Monde marquant l’événement [4].

Pas de panique toutefois : on ne verra pas les stations-service à sec dès demain. Les prix, par contre, risquent bien de monter progressivement. La surconsommation de biens en tous genres, dont beaucoup fabriqués à partir ou consommant des produits pétroliers (avions, autos, plastiques, agriculture intensive, chimie…), continuant à être présentée comme « le » moyen d’accéder au bonheur, chacun revendique – bien légitimement – sa part d’or noir. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que demain, par on ne sait quel coup de baguette magique, nos économies dépendantes puissent se passer de pétrole bon marché.

Le début d’un pétrole encore plus polluant ?

Le déclin rapide de la production de pétrole bon marché risque de ne pas être une sinécure pour les populations, si on ne s’y prépare pas dès aujourd’hui. Les plus pauvres seront les premiers à souffrir de la pénurie. Et les risques de conflits, notamment pour les ressources, sont évidents. Il semble que, pour les politiques, soumis aux échéances électorales tous les quatre ou cinq ans, le pic pétrolier soit une question à trop long terme pour être véritablement prise en considération. Se saisir de cette question à bras-le-corps serait en effet choisir de ramer à contre-courant des grandes industries du secteur (pétrole, gaz, automobile…), qui disposent de la puissance de la propagande publicitaire, et qui font tout pour nier l’évidence, dans le but de prolonger autant que possible le business as usual. Car, malgré l’arrivée du pic, le secteur pétrolier prévoit – ce qui est un comble – une augmentation de la production de pétrole et de gaz d’ici 2035 ! Pour y arriver, les pétroliers comptent sur l’exploitation des ressources non conventionnelles, comme les sables bitumineux du Canada, et sur une augmentation de la production de gaz liquide, notamment pour les transports. Mais le secteur table surtout sur l’exploitation de nouveaux gisements situés dans les zones maritimes à grandes profondeurs, ainsi que dans l’océan Arctique (voir le graphique ci-dessous dans l’article d’origine).

L’important à noter dans ce graphique est bien sûr le Lire la suite

Des fermes urbaines dans les cités

terra-economica.info, Rodrigue Coutouly, le 12 janvier 2011

http://www.terra-economica.info/Des-fermes-urbaines-dans-les-cites,15179.html

Des fermes urbaines dans les cités

La paupérisation et la violence croissantes dans les cités de banlieue inquiètent l’opinion. Mais le personnel politique a bien du mal, hormis quelques coups d’éclats médiatiques et quelques ravalements de façades, à proposer des solutions concrètes qui paraissent utile. En voici une, simple, modeste, mais qui à l’avantage, outre son faible coût, de répondre à la multiplicité des problèmes rencontrés dans ces cités. De quoi s’agit-il ?

Je propose l’installation de jardins urbains, de fermes urbaines, dans les cités des banlieues des grandes villes.

Ces jardins seraient installés sur les toits des barres et des tours, ou dans les étages supérieurs de barres ou de tours désaffectés. Selon les possibilités techniques, il s’agirait de végétaliser les toits, ou à défaut, d’y installer des bacs de culture et des pots. Cela mérite quelques explications.

Est-ce possible techniquement ? Oui, dans la majorité des cas, les dalles des toits des grands ensembles peuvent supporter 300 à 400 kg par m2. Il est donc possible de les végétaliser ou d’installer des bacs de culture. Il faudra y ajouter une source d’eau, des rambardes et un accès par escalier. Cela devrait être possible sur la majorité des toits, sauf ceux qui sont encombrés par quantité de cheminées.

Qui s’occupera de ses jardins ? Une coopérative constituée autour des habitants volontaires, cette coopérative pourra employer comme salarié, des jeunes de la cité.

Quelles seront les productions de ces fermes urbaines ? Lire la suite

Bombay – Retour à la terre en pleine ville

vert.courrierinternational.com, Smita Mitra, le 1er décembre 2010

http://vert.courrierinternational.com/article/2010/12/01/retour-a-la-terre-en-pleine-ville

Retour à la terre en pleine ville

Agacés de payer le prix fort pour se nourrir sainement, de plus en plus de citadins indiens cultivent leur petit jardin. Des formations à l’agriculture bio et urbaine connaissent un franc succès.

Soixante habitants de Bombay suivent avec attention les mouvements de Preeti Patil. Elle découpe devant eux une pomme censée représenter notre planète. “C’est toute la terre dont nous disposons pour cultiver des denrées alimentaires”, dit-elle.

Dans cette salle du centre de formation du parc naturel du Maharashtra, on croise des informaticiens, des avocats, des médecins, des étudiants, des personnes âgées et des adolescents boutonneux. Pour eux, Preeti est une célébrité.

Ils ont tous lu comment cette femme, responsable de la restauration au sein de l’administration portuaire de Bombay, a galvanisé son service en transformant la terrasse de 280 mètres carrés jouxtant la cantine en une “forêt” luxuriante. Ils sont sidérés d’apprendre que son potager recycle les 20 kilos de déchets produits quotidiennement par la cuisine de la cantine. Et qu’elle y récolte des légumes incroyablement savoureux, parmi lesquels des épinards, des gombos, des aubergines et des tomates cerises, que les salariés mangent souvent crus et, bien sûr, des fruits comme les goyaves, les pommes cannelle, les mangues, les bananes et même les noix de coco d’un gigantesque palmier planté contre le mur de la terrasse. Ils ont renoncé à leur repos dominical pour apprendre à devenir des cultivateurs urbains.

Dans le monde entier, les citadins ont recours aux fermes urbaines en période de crise. Au lendemain des deux guerres mondiales, des jardins de la victoire ont fait leur apparition dans les zones urbaines britanniques, américaines, canadiennes et allemandes pour renforcer la sécurité alimentaire. Comme le soulignent Preeti et d’autres membres du mouvement d’agriculture urbaine, l’Inde est elle aussi au bord d’une crise. Pour nourrir une population citadine en plein essor, nous empiétons de plus en plus sur les zones péri-urbaines, qui satisfont la majeure partie de nos besoins alimentaires. Dans l’avenir, les denrées vont donc être transportées sur de plus longues distances encore, ce qui va accroître notre empreinte carbone. Avec l’accroissement de la demande, nous devrons également payer plus cher nos légumes et nos fruits. Et comme nous sommes tributaires de l’agriculture chimique, les produits que nous mangeons sont déjà bourrés de pesticides et d’engrais et très pauvres en nutriments.

Pour faire face à tous ces problèmes, Preeti a créé en 2009 Urban Leaves, une ONG destinée à promouvoir l’agriculture “natueco”, une méthode organique qui utilise des déchets biologiques faciles à se procurer pour produire une terre riche en nutriments mais légère. En moins d’un an, la participation à ses ateliers – 30 personnes au début – a doublé et il y a déjà une liste d’attente pour les prochains. Les participants présentent des profils très disparates, depuis Ubai Hussein, un ancien cuisinier converti dans l’agriculture organique qui était consterné par la qualité des légumes vendus sur les marchés de Bombay, jusqu’à Mavis D’Souza, une employée d’aéroport passionnée d’agriculture depuis le jour où elle a fait pousser des pastèques sur sa terrasse et qui cultive un petit potager à Borivili, une banlieue de Bombay.

Quand B. N. Vishwanath, l’un des pionniers de l’agriculture organique sur terrasse, a commencé à organiser des ateliers en 1996, la plupart des participants étaient Lire la suite

Hervé Kempf : Transition optimiste – Du pic pétrolier à la résilience

Transition optimiste

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 28 décembre 2010

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/12/28/transition-optimiste_1458454_3232.html

A suivre le courant des affaires du monde, on pourrait croire que, finalement, tout ne va pas si mal. Oui, c’est la crise, il y a des guerres, des chômeurs, des tensions – mais cela a toujours eu lieu, non ? Et tout pourrait continuer de ce pas, grosso modo. Le discours des écologistes est radicalement différent. Ils affirment que, derrière le déroulement usuel des événements, s’approfondissent les fissures qui, transformées en fractures, peuvent mener à la débâcle de la civilisation. Qu’avec le pic pétrolier, notre société fondée sur l’abondance énergétique va rapidement découvrir la restriction, tandis que le changement climatique, par la transformation rapide de la biosphère qu’il prépare, va déstabiliser le système économique.

On comprend que ce catastrophisme assumé soit refoulé par l’idéologie dominante, puisqu’il en dresse le constat d’échec. Mais une autre raison du refoulement est qu’une prévision présentée sous le mode de la fatalité est paralysante. Les écologistes ne parviennent pas encore à proposer une vision positive. Certes, on observe énormément de propositions, d’initiatives et de démarches préparant une façon de vivre collectivement qui permettrait d’éviter la catastrophe – ou de s’y adapter. Mais elles sont disséminées, parcellaires, et donc presque invisibles. Il faut une vision commune et, sans doute, une méthode.

C’est à ce manque que pallie en partie le Manuel de transition, écrit par Rob Hopkins (coédition Silence et Ecosociété, 216 p., 20 €), et qui suscite un intérêt justifié dans le landerneau écologiste. Hopkins a lancé, en 2006, à Totnes, en Angleterre, le réseau des « villes en transition ». Il s’agit de s’organiser en communauté pour mettre en oeuvre la transition vers une économie sobre. La transition comporte un « plan de descente énergétique », la baisse de la consommation d’énergie étant la priorité pour s’adapter aux conditions nouvelles. Le moyen, outre la sobriété matérielle, en est de relocaliser au maximum les activités : il ne s’agit pas d’être totalement autonome, mais de limiter la dépendance aux importations lointaines.

Plusieurs idées rendent attractive la démarche de la transition. Elle ne rejette pas la crise écologique vers les générations futures, mais affirme qu’elle est déjà là, et qu’on n’échappera pas à plusieurs de ses conséquences, même s’il est vital de la limiter. Catastrophiste dans l’analyse, elle est positive dans l’action, force de proposition et de réalisation. Elle ne s’en remet pas à l’individu isolé et impuissant ni à l’Etat lointain et souvent démuni, mais à la communauté agissant collectivement, sur son terrain. Elle est… Lire la suite

Industrie chimique et cancers, le cercle infernal

rue89.com, Christelle Destombes, le 21 décembre 2010 

http://www.rue89.com/planete89/2010/12/21/industrie-chimique-et-cancers-le-cercle-infernal-181646

Industrie chimique et cancers, le cercle infernal

Dow Chemical, BASF, Bayer, Monsanto, Dupont … Ces géants de l’industrie chimique, à l’origine de nombreux cancers, fabriquent aussi les traitements pour ces mêmes maladies. Le documentaire « The Idiot Cycle » décortique ces liens. Rencontre avec la réalisatrice franco-hispano-canadienne Emmanuelle Schick-Garcia.

Le pire est à venir, craint la réalisatrice, alors que ces compagnies partent désormais à l’assaut des biotechnologies, nous rejouant le mythe du progrès déjà vendu avec le plastique… (Voir la bande-annonce)

Projeté dans de nombreux festivals, ce film autoproduit -et le site dédiépropose des actions en vue de limiter l’exposition aux produits cancérigènes. Rencontre avec une femme qui sait que chacun d’entre nous peut refuser de prendre part à ce cercle absurde.

Christelle Destombes : Qu’est-ce qui a déclenché ce travail ?

Emmanuelle Schick-Garcia : C’est le cancer de ma mère. Elle avait 49 ans, ne buvait pas, ne fumait pas, faisait du sport… A l’époque, j’étais à l’école de cinéma et ma sœur en médecine, elle est devenue docteure et j’ai fait ce film.

La moitié de mes amis ont perdu leurs parents d’un cancer et j’avais aussi dans mon entourage des amis atteints très jeunes : l’un est mort d’un cancer de la langue à 22 ans, l’autre d’un cancer à l’estomac… C’est ce qui a déclenché le film.

Pendant combien de temps avez-vous fait des recherches ?

Près de dix ans. Il y a sept ans, j’ai commencé à lire des études scientifiques, à vérifier qui les faisait et avec quel argent, qui finançait les associations et les universités… Les trois dernières années, j’ai vraiment plongé dans la préparation du film.

Au départ, je me suis préoccupée des causes du cancer, je n’ai pas commencé l’enquête en me disant : « Les gens qui produisent des cancérigènes sont les mêmes que ceux qui font les traitements, et c’est la raison pour laquelle on ne nous parle pas des causes du cancer. »

On dit toujours qu’il y a d’énormes doutes sur les causes des cancers, alors que 15% seulement sont héréditaires. Et il y a une grande confusion chez les gens : « mutation génétique » ne signifie pas « héréditaire », elle peut être induite par le fait de respirer du benzène et transmise à un enfant sans que ce soit héréditaire. Idem pour les dioxines, qui passent la barrière du fœtus. Mais les docteurs sont là pour traiter la maladie, ils n’abordent pas les causes du cancer.

Vous pensez qu’il n’y a pas assez de recherches scientifiques ?

En 1998, on répertoriait 18 millions de produits chimiques, pas forcément commercialisés. Aujourd’hui, il y en a 50 millions dont 100 000 utilisés quotidiennement. Ne pas faire de tests sur ces produits carcinogènes n’a aucun sens. Faire de vraies études sur ces produits prend trois ans et coûte 2 millions de dollars…

Ce n’est rien comparé au coût payé par la société pour nettoyer, dépolluer et traiter les gens qui ont des cancers ! Mais ce n’est pas intéressant pour les hommes d’affaires.

En France, la compagnie qui a produit l’amiante est aussi celle qui dépollue : ils sont gagnants économiquement et, de plus, ils ressemblent à des héros parce qu’ils trouvent une solution à un problème qu’ils ont posé… Pour le film, on a rencontré la fondation Ramazzini, le seul laboratoire au monde à faire des tests extrêmement pointus.

Ils attendent la fin de vie du rat, contrairement à d’autres qui tuent les rats à l’âge de 3 ans. Ils regardent tous les organes, pas seulement le foie ou le cerveau. Et ils sont indépendants, financés par les citoyens. Les compagnies sont poussées par la compétition, elles veulent être les premières sur les marchés, les premières à breveter… D’où leur peu d’intérêt pour les études. Les gouvernements devraient imposer des tests de trois ans.

Vous dénoncez également le lobbying exercé par les industriels dans votre film…

En 1971, le ministère de la Justice américain a dit aux industriels Lire la suite