Jean Ziegler : Le massacre de la faim se déroule dans une normalité glacée – Des crises ou une crise planétaire ?

humanité.fr, propos recueillis par J. S., février 2011

http://www.humanite.fr/04_02_2011-%C2%AB-le-massacre-de-la-faim-se-d%C3%A9roule-dans-une-normalit%C3%A9-glac%C3%A9e-%C2%BB-464377

« Le massacre de la faim se déroule dans une normalité glacée »

Par Jean Ziegler, membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (*).

Des crises ou une crise planétaire ?

Dans la crise planétaire où se croisent plusieurs crises, la crise alimentaire est singulière. Parmi tous les droits humains, le droit à l’alimentation est celui qui est le plus cyniquement, le plus brutalement violé aujourd’hui. Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Près d’un milliard d’êtres humains sont gravement sous-alimentés. La courbe des victimes dépasse celle de la croissance démographique. Selon la FAO, l’agriculture mondiale pourrait nourrir sans problème 12 milliards d’êtres humains, or nous sommes 6,7 milliards sur la planète. Un enfant qui meurt de faim est donc un enfant assassiné.

Quelles sont les causes de cette crise ? Pour la population rurale, celle qui produit sa nourriture (3,2 milliards de personnes), plusieurs raisons structurelles sont identifiables. D’abord, le dumping agricole. Les pays de l’OCDE ont versé, l’an dernier, 345 milliards de dollars de subventions pour leurs productions et exportations agricoles, ce qui fait que, sur n’importe quel marché africain, on achète des légumes grecs, français, portugais, allemands pour le tiers ou la moitié du prix du produit africain correspondant. Pendant ce temps, le paysan africain, sa femme et ses enfants s’épuisent au travail sans la moindre chance d’atteindre le minimum vital convenable. L’hypocrisie des commissaires de Bruxelles est abyssale. Ils organisent la faim sur le continent africain et déploient des forces militaires pour intercepter les survivants qui essaient de passer les frontières sud de l’Europe.

La deuxième raison est la vente de terres. L’an dernier, 41 millions d’hectares de terres arables africaines ont été achetés ou louées pour 99 ans par les hedge funds ou par des pays comme la Corée du Sud. La Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, etc, financent ce vol en arguant que seuls des groupes financiers sont capables de rendre ces terres réellement productives. Les familles d’agriculteurs dépossédées vont alors grossir les bidonvilles avec les conséquences qu’on connaît : prostitution enfantine, sous-alimentation, etc.

Troisième raison : la dette extérieure. Au 31 décembre 2009, celle des 122 pays dits du « tiers-monde », était de 2 100 milliards de dollars. La presque totalité de leurs gains à l’exportation est donc absorbée par les intérêts de la dette.

Quant aux populations urbaines, selon la Banque mondiale, 2,2 milliards de personnes vivent avec 1,25 dollar par jour, en dessous du seuil d’extrême pauvreté. Les prix des trois aliments de base – riz, maïs, blé – ont explosé. La tonne de blé meunier a doublé en un an – le prix de la baguette, multiplié par trois, a été un facteur essentiel dans la formidable révolution tunisienne. On peut expliquer ces augmentations de prix en partie par Lire la suite

Patrick Artus de NATIXIS : « Le pétrole restera cher et même extrêmement cher »

lemonde.fr, propos recueillis par Alain Faujas, le 2 février 2011

http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/ARCHIVES/archives.cgi?ID=ae398500f046d8e8a7b56f79a9922b7357ce80fa473ff2b5

Patrick Artus « Le pétrole restera cher et même extrêmement cher »

Poussé par la crise égyptienne, le baril de Brent a franchi, lundi 31 janvier à Londres, la barre des 100 dollars, au plus haut depuis plus deux ans. Patrick Artus, directeur de la recherche de la banque Natixis, revient sur les raisons et les conséquences de cette hausse.

Pourquoi le prix du baril dépasse-t-il à nouveau les 100 dollars ?

Toutes les matières premières sont en hausse depuis début 2009 et le phénomène s’est accéléré en 2010. Mais les causes ne sont pas les mêmes. Dans les cas des métaux ou des céréales, les banques privées et les fonds d’investissements destinés aux particuliers poussent ceux-ci à y investir.

Dans le cas du pétrole, on ne constate pas de positions financières importantes. En revanche, la demande a progressé en un an de presque 3 %, alors que la production stagne. Il existe bien un spéculateur, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui crée la rareté en refusant de suivre la demande. Son argumentaire est le suivant : « Pourquoi voulez-vous que nous extrayions plus de barils pour recevoir en échange un dollar qui se déprécie ? Nous préférons conserver notre pétrole sous terre dans l’attente d’une meilleure rémunération. »

Le baril à 100 dollars est-il une catastrophe pour les pays consommateurs ?

C’est un énorme problème pour les pays développés. Mais la situation est très différente des chocs pétroliers de 1974 et de 1980 : les salaires étaient alors indexés sur l’évolution des prix. Aujourd’hui, les salariés ne bénéficient plus d’un rapport de forces favorable et les profits ont la part belle. Calculons : le déficit en énergie de la zone euro représente 2,5 % du produit intérieur brut (PIB). Imaginons que le pétrole reste à 100 dollars, contre 80 en moyenne en 2010, et que l’euro baisse de 10 % ; rapporté aux 2,5 % de PIB, cela donne 0,75 % de PIB perdu. Affinons encore : quand nous achetons pour 100 euros aux pays pétroliers, nous leur vendons environ 40 euros de biens divers, soit 60 % de déficit. Rapporté au 0,75 % de PIB perdu, ce rattrapage réduit la perte de croissance à un demi-point. Cela fait mal, sauf aux pays exportateurs comme l’Allemagne. Pour les pays en développement, la réalité est tout autre. Ce n’est pas la hausse du prix du pétrole qui les plombe, mais celle de l’alimentation, qui pèse un tiers dans les dépenses des ménages.

Jusqu’où le prix du baril montera-t-il ?

Pour l’heure, ce n’est donc pas une question de ressources, puisque la capacité de production est de 4 millions de barils/jour au-dessus de la demande mondiale de pétrole. En revanche, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et les pétroliers nous annoncent que celle-ci va croître de 1,5 % par an et la capacité de production de 0,4 %. Dans cinq ans, au prix actuel, nous serons en présence d’une insuffisance physique. Nous manquerons de pétrole. Compte tenu de l’élasticité faible de la consommation pétrolière par rapport au prix, soit 0,005, il faudrait que les prix augmentent jusqu’à 200 dollars en 2020 pour susciter les investissements qui permettraient une hausse plus rapide de la production. On peut prédire que le pétrole restera cher et même extrêmement cher.

Peut-on maîtriser les fluctuations des cours des matières premières – dont le pétrole -, comme le souhaite l’Elysée ?

En matière de métaux ou de denrées alimentaires, il serait sage de Lire la suite

Prochaine réunion mensuelle de Gironde en transition le mardi 1er février 2011 à 19h00 à la MNE Bordeaux-Aquitaine – L’après-pétrole a commencé… en 2006 ! C’est confirmé !

Prochaine réunion mensuelle de Gironde en transition le mardi 1er février 2011 à 19h00 à la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine, 3 rue de Tauzia à Bordeaux, suivi d’un pique-nique partagé tiré du sac. Ouvert à toutes et à tous.

EDITO [imagine 83 – janvier & février 2011]

http://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?article1287

La Transition

L’après-pétrole a commencé… en 2006 ! C’est confirmé !

2006 fut l’année du pic pétrolier. Et maintenant, que fait-on ? Le mouvement de la transition a lancé un séduisant plan B : il propose une renaissance économique, culturelle et sociale, par une relocalisation de l’économie. En se passant progressivement du pétrole et, surtout, en valorisant tous les talents. Une piste à découvrir !

Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 ! C’est l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui l’annonce dans le World Energy Outlook 2010, son rapport annuel publié le 9 novembre dernier [1] Le pic pétrolier, c’est ce moment où la production commence à plafonner et puis à décroître, et cela à l’échelle de la planète entière. Dans une économie mondiale fondée sur le pétrole, le temps est donc venu de se poser des questions de civilisation !

La fin du pétrole abondant et bon marché

Dans les années 40, le géophysicien Hubbert suggéra que la production d’une matière première donnée, et en particulier du pétrole, suivait une courbe en forme de cloche (voir ci-contre). L’extrapolation de la première partie de la courbe devait permettre de la dessiner complètement. Et donc de déduire les réserves de pétrole d’une région donnée, ainsi que le maximum de sa production. Pour confirmer son hypothèse, Hubbert annonça que la production de pétrole des Etats-Unis atteindrait son niveau maximal en 1970. Sa présentation fut oubliée… jusqu’en 1971, année où la production américaine atteignit effectivement son maximum, puis déclina, confirmant l’hypothèse du pic de Hubbert. Depuis lors, si la communauté internationale s’est trouvée d’accord pour dire que ce pic allait arriver pour toutes les réserves pétrolières de la planète, il restait à en déterminer la date.
Les spécialistes de l’Aspo [2] annonçaient comme imminente l’arrivée du pic pétrolier, et depuis peu, les plus clairvoyants n’hésitaient pas à affirmer que nous étions « déjà dedans ».
La confirmation est aujourd’hui apportée par le secteur lui-même : le « pic historique » a été franchi en 2006 et la production de pétrole conventionnel n’augmentera « plus jamais  », précise le rapport 2010 de l’Agence internationale de l’énergie.

Cette importante nouvelle n’a pas vraiment fait les grands titres de l’information internationale. « Il y a bien eu quelques papiers plus ou moins inquiets », relève Matthieu Auzanneau, un journaliste indépendant, sur son blog spécialisé [3]. L’AIE prévoit que « la production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68-69 Mb/j (millions de barils par jour) à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006 », relève pour sa part Hervé Kempf, dans un petit article du journal Le Monde marquant l’événement [4].

Pas de panique toutefois : on ne verra pas les stations-service à sec dès demain. Les prix, par contre, risquent bien de monter progressivement. La surconsommation de biens en tous genres, dont beaucoup fabriqués à partir ou consommant des produits pétroliers (avions, autos, plastiques, agriculture intensive, chimie…), continuant à être présentée comme « le » moyen d’accéder au bonheur, chacun revendique – bien légitimement – sa part d’or noir. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que demain, par on ne sait quel coup de baguette magique, nos économies dépendantes puissent se passer de pétrole bon marché.

Le début d’un pétrole encore plus polluant ?

Le déclin rapide de la production de pétrole bon marché risque de ne pas être une sinécure pour les populations, si on ne s’y prépare pas dès aujourd’hui. Les plus pauvres seront les premiers à souffrir de la pénurie. Et les risques de conflits, notamment pour les ressources, sont évidents. Il semble que, pour les politiques, soumis aux échéances électorales tous les quatre ou cinq ans, le pic pétrolier soit une question à trop long terme pour être véritablement prise en considération. Se saisir de cette question à bras-le-corps serait en effet choisir de ramer à contre-courant des grandes industries du secteur (pétrole, gaz, automobile…), qui disposent de la puissance de la propagande publicitaire, et qui font tout pour nier l’évidence, dans le but de prolonger autant que possible le business as usual. Car, malgré l’arrivée du pic, le secteur pétrolier prévoit – ce qui est un comble – une augmentation de la production de pétrole et de gaz d’ici 2035 ! Pour y arriver, les pétroliers comptent sur l’exploitation des ressources non conventionnelles, comme les sables bitumineux du Canada, et sur une augmentation de la production de gaz liquide, notamment pour les transports. Mais le secteur table surtout sur l’exploitation de nouveaux gisements situés dans les zones maritimes à grandes profondeurs, ainsi que dans l’océan Arctique (voir le graphique ci-dessous dans l’article d’origine).

L’important à noter dans ce graphique est bien sûr le Lire la suite

Edgar Morin, une voie pour éviter le désastre annoncé

rue89.com, Zineb Dryef et Pierre Haski, le 23 janvier 2011

http://www.rue89.com/entretien/2011/01/23/edgar-morin-une-voie-pour-eviter-le-desastre-annonce-187032

Edgar Morin, une voie pour éviter le désastre annoncé

A 89 ans, Edgar Morin continue de produire une réflexion riche et tournée vers l’avenir. Cet ancien résistant, ex-communiste, sociologue et philosophe, à qui, sans le savoir, Nicolas Sarkozy empruntait il y a quelques années le concept de « politique de civilisation », vient de produire un nouvel ouvrage, « La Voie », dans laquelle il fait à la fois un constat sévère et angoissant des maux de notre époque, et tente de donner quelques pistes pour l’avenir. Entretien avec Rue89.

Rue89 : Nous avons été frappés par votre pessimisme en lisant votre livre. Vous prédisez une catastrophe de l’humanité tout en disant que le pire n’est jamais sûr. La note d’espoir de la fin s’adresse à ceux qui survivront au cataclysme…

Edgar Morin : Ecrire 300 pages de propositions pour l’avenir n’est pas pessimiste. Si j’avais été pessimiste, j’aurais été Cioran, j’aurais écrit quelques maximes disant « tout est foutu ».

Je me place d’un point de vue qui est celui de la distinction entre le probable de l’improbable. Le probable, pour un observateur donné dans un lieu donné, consiste à se projeter dans le futur à partir des meilleures informations dont il dispose sur son temps.

Evidemment, si je projette dans le futur le cours actuel du devenir de la planète, il est extrêmement inquiétant. Pourquoi ?

Non seulement il y a la dégradation de la biosphère, la propagation de l’arme nucléaire mais il y a aussi une double crise : crise des civilisations traditionnelles sous le coup du développement et de la mondialisation, qui n’est rien d’autre que l’occidentalisation, et crise de notre civilisation occidentale qui produit ce devenir accéléré où la science et la technique ne sont pas contrôlées et où le profit est déchaîné.

La mort de l’hydre du totalitarisme communiste a provoqué le réveil de l’hydre du fanatisme religieux et la surexcitation de l’hydre du capital financier.

Ces processus semblent nous mener vers des catastrophes dont on ne sait pas si elles vont se succéder ou se combiner. Tous ces processus, c’est le probable.

Seulement, l’expérience de l’histoire nous montre que l’improbable bénéfique arrive. L’exemple formidable du monde méditerranéen cinq siècles avant notre ère : comment une petite cité minable, Athènes, a-t-elle pu résister deux fois à un gigantesque empire et donner naissance à la démocratie ?

J’ai vécu autre chose. En l’automne 1941, après avoir quasi détruit les armées soviétiques qu’il avait rencontrées, Hitler était arrivé aux portes de Leningrad et de Moscou. Or à Moscou, un hiver très précoce a congelé l’armée allemande. Les soviétiques étaient déjà partis de l’autre côté de l’Oural.

L’histoire aurait pu être différente si Hitler avait déclenché son offensive en mai comme il l’avait voulu et non pas en juin après que Mussolini lui eut demandé de l’aide, ou si Staline n’avait pas appris que le Japon n’attaquerait pas la Sibérie, ce qui lui a permis de nommer Joukov général sur le front du Moscou.

Le 5 décembre, la première contre-offensive soviétique a libéré Moscou sur 200 kilomètres et deux jours plus tard, les Américains sont entrés en guerre. Voilà un improbable qui se transforme en probable.

Aujourd’hui, quel est le nouvel improbable ? La vitalité de ce l’on appelle la Lire la suite

La permaculture au sein de l’agriculture urbaine : Du jardin au projet de société

vertigo.revues.org, volume 10, numéro 2, Emmanuel Pezrès, septembre 2010

http://vertigo.revues.org/9941

Volume 10 numéro 2 | septembre 2010

Dossier : L’agriculture urbaine : un outil multidimensionnel pour le développement des villes et des communautés

La permaculture au sein de l’agriculture urbaine : Du jardin au projet de société

La permaculture est souvent considérée comme un procédé « alternatif » de production alimentaire écologique en ville ou à la campagne. Cependant, et bien que la définition et les principes de la permaculture soient en constante évolution, il apparaît que la permaculture n’est pas simplement une autre façon de jardiner, mais une autre façon de concevoir le monde. Considérant la place de la permaculture dans le processus de l’agriculture urbaine, nous remarquons que la conception permaculturelle est, bien entendu, différent de l’agriculture conventionnelle, mais nous observons également que le projet permaculturel est fondamentalement différente de l’urbanisme. De là, face à la crise écologique mondiale croissante, nous interrogeons la permaculture comme une possibilité de re-conception de la structure urbaine existante. Enfin, nous nous questionnons sur les bases épistémologiques de la permaculture en vue de susciter un changement philosophique et matériel global.

Plan

La permaculture : une définition en mouvement.

Permaculture versus urbanisme.

La permaculture et la culture de la ville.

Le travail permaculturel de l’urbain

Cultiver un paradigme alternatif.

1. Stimulée par une recherche contemporaine de relations environnementales et collectives plus harmonieuses, l’ambition d’une agriculture intégrée à des cycles écologiques durables rencontre un souhait citoyen de réinvestir la ville. Les expériences présentes de permaculture et leurs développements dans le mouvement des villes en transition tendent vers ces objectifs. Cet article, prolongeant les potentialités d’aménagement de l’agriculture urbaine au travers de la permaculture se propose de décrire les possibilités de mise en œuvre de production de « cultures alternatives » dans leurs sens le plus large. Pour cela, nous essayerons d’abord de définir la permaculture à partir d’elle-même. Puis, nous chercherons sa spécificité dans ses contrastes avec les disciplines qui travaillent l’agriculture urbaine : l’agriculture et l’urbanisme. Ensuite, nous envisagerons la permaculture, non plus comme seule méthode d’agriculture dans la ville, mais comme une méthode de conception de l’urbain. Enfin, la dernière partie exposera la possibilité de création d’une autre façon de vivre la ville et la mise en place d’une nouvelle urbanité qui pourrait être aussi un nouveau paradigme civilisationnel.

La permaculture : une définition en mouvement.

2. Afin d’éviter que la permaculture ne soit réduite à une simple modalité de l’agriculture urbaine, il nous faut d’abord essayer de définir ce qu’elle est et quel est son objet. Toutefois, fixer le concept de permaculture n’est pas forcément possible car sa définition est mouvante, elle varie selon les auteurs et évolue avec le temps. Du mot, on peut dire qu’il a été formé dans les années soixante-dix, par Mollison et Holmgren à partir de deux termes anglais : « permanent » et « agriculture ». Les créateurs du concept définissent en premier lieu la permaculture comme « (…) un système évolutif intégré, d’auto-perpétuation d’espèces végétales et animales utiles à l’homme. C’est, dans son essence, un écosystème agricole complet, façonné sur des exemples existants, mais plus simples » (1986 :15). Cependant au lieu de rester classiquement dans le domaine agricole comme pourrait le faire l’agriculture biologique, le premier et unique livre en commun des deux co-inventeurs du terme permaculture, lui donne tout de suite un champ d’action plus large : « Nous n’avons pas voulu établir un schéma fixe et dogmatique mais un modèle qui intègre plusieurs principes appartenant à de nombreuses disciplines l’écologie, la conservation de l’énergie, l’aménagement du paysage, la rénovation urbaine, l’architecture, l’agriculture (sous tous ses aspects) et les théories de localisation en géographie. » (1986 :16). De même, bien que l’élaboration du concept de permaculture et son étude, soit d’abord destinés à une population ayant Lire la suite

Tim Jackson, économiste britannique – « Notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l’environnement »

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2011/01/03/tim-jackson-notre-modele-actuel-de-croissance-cree-des-dommages-irreversibles-sur-l-environnement_1460320_3244.html

lemonde.fr, Tim Jackson, propos recueillis par Hervé Kempf, le 3 janvier 2011

Tim Jackson, économiste britannique

« Notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l’environnement »

Professeur et chercheur à l’université du Surrey (Grande-Bretagne), Tim Jackson est un économiste atypique. En 2000, il devient le titulaire de la première chaire de développement durable créée au Royaume-Uni, à l’université de Surrey. Il y fonde aussi une unité de recherche croisant l’économie, la psychologie et la sociologie.

En 2004, nommé à la commission du développement durable créée par le gouvernement de Tony Blair, le chercheur dirige le travail du groupe « Redefining Prosperity » qui le conduit à écrire Prospérité sans croissance, livre publié en 2007 au Royaume-Uni, et deux ans plus tard en France (De Boeck). C’est l’un des ouvrages d’économie environnementale les plus marquants de ces dernières années. Alors que 2011 débute, M. Jackson livre son pronostic sur la croissance et sur les moyens de faire évoluer le modèle économique actuel, qu’il critique largement.

La croissance peut-elle reprendre en 2011 ?

En ce qui concerne les économies occidentales, la réponse est probablement non. Les mécanismes destinés à maintenir la croissance ont fragilisé le système économique en développant un endettement toxique qui a conduit à l’effondrement des marchés financiers. Or les éléments de cette dynamique de crise restent à l’oeuvre aujourd’hui, car l’expansion monétaire illimitée est par nature instable. De surcroît, le prix du pétrole repart à la hausse.

L’autre aspect de la question est de savoir si l’on peut poursuivre la croissance sans dommages environnementaux irréversibles, sachant que nous vivons dans un monde fini. Pour y parvenir, il faudrait découpler la croissance de la production matérielle, créer de la valeur économique non dans les biens, mais dans les services : loisir, santé, éducation…

Est-ce la tendance suivie jusqu’à présent ?

Non. Les progrès d’efficacité énergétique restent inférieurs à l’expansion de l’économie. De même, les tendances en ce qui concerne la forêt, l’eau ou l’érosion des sols vont dans le mauvais sens. Depuis vingt ans, le discours officiel proclame que la technologie, en dématérialisant l’économie, va résoudre l’impact environnemental négatif de la croissance. Mais ce découplage ne se produit pas. Le niveau de technologie nécessaire pour y parvenir est irréaliste. Ce n’est pas très populaire de le dire, mais la technologie ne peut plus être considérée comme la solution à nos difficultés.

La croissance verte est-elle une piste crédible ?

Il est bien sûr utile d’investir dans une meilleure productivité des ressources et dans les technologies faiblement carbonées. Mais Lire la suite

Hervé Kempf : Transition optimiste – Du pic pétrolier à la résilience

Transition optimiste

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 28 décembre 2010

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/12/28/transition-optimiste_1458454_3232.html

A suivre le courant des affaires du monde, on pourrait croire que, finalement, tout ne va pas si mal. Oui, c’est la crise, il y a des guerres, des chômeurs, des tensions – mais cela a toujours eu lieu, non ? Et tout pourrait continuer de ce pas, grosso modo. Le discours des écologistes est radicalement différent. Ils affirment que, derrière le déroulement usuel des événements, s’approfondissent les fissures qui, transformées en fractures, peuvent mener à la débâcle de la civilisation. Qu’avec le pic pétrolier, notre société fondée sur l’abondance énergétique va rapidement découvrir la restriction, tandis que le changement climatique, par la transformation rapide de la biosphère qu’il prépare, va déstabiliser le système économique.

On comprend que ce catastrophisme assumé soit refoulé par l’idéologie dominante, puisqu’il en dresse le constat d’échec. Mais une autre raison du refoulement est qu’une prévision présentée sous le mode de la fatalité est paralysante. Les écologistes ne parviennent pas encore à proposer une vision positive. Certes, on observe énormément de propositions, d’initiatives et de démarches préparant une façon de vivre collectivement qui permettrait d’éviter la catastrophe – ou de s’y adapter. Mais elles sont disséminées, parcellaires, et donc presque invisibles. Il faut une vision commune et, sans doute, une méthode.

C’est à ce manque que pallie en partie le Manuel de transition, écrit par Rob Hopkins (coédition Silence et Ecosociété, 216 p., 20 €), et qui suscite un intérêt justifié dans le landerneau écologiste. Hopkins a lancé, en 2006, à Totnes, en Angleterre, le réseau des « villes en transition ». Il s’agit de s’organiser en communauté pour mettre en oeuvre la transition vers une économie sobre. La transition comporte un « plan de descente énergétique », la baisse de la consommation d’énergie étant la priorité pour s’adapter aux conditions nouvelles. Le moyen, outre la sobriété matérielle, en est de relocaliser au maximum les activités : il ne s’agit pas d’être totalement autonome, mais de limiter la dépendance aux importations lointaines.

Plusieurs idées rendent attractive la démarche de la transition. Elle ne rejette pas la crise écologique vers les générations futures, mais affirme qu’elle est déjà là, et qu’on n’échappera pas à plusieurs de ses conséquences, même s’il est vital de la limiter. Catastrophiste dans l’analyse, elle est positive dans l’action, force de proposition et de réalisation. Elle ne s’en remet pas à l’individu isolé et impuissant ni à l’Etat lointain et souvent démuni, mais à la communauté agissant collectivement, sur son terrain. Elle est… Lire la suite

Séminaire sur « Villes et villages en transition, Démocratie directe » les 5 & 6 mars 2011 à Saint-Jean du Gard (30)

http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=1088  

Les Objecteurs de Croissance,  Attac-Alès/Cévennes, l’Association Abraham Mazel, communiqué, le 1er décembre 2010

Séminaire sur « Villes et villages en transition, Démocratie directe » les 5 & 6 mars 2011 à Saint-Jean du Gard (30)

Les Objecteurs de Croissance,  Attac-Alès/Cévennes, l’Association Abraham Mazel organisent un Séminaire francophone sur « Villes et villages en transition, Démocratie directe », avec le soutien du journal régional de la relocalisation, proXimités.

Ce Séminaire s’organisera sur deux grands axes :

Territoires en transition, comment nos quartiers, villes et villages peuvent parvenir à réduire leur consommation énergétique et ainsi parvenir à l’autonomie énergétique, à l’autosuffisance alimentaire, en préservant les ressources naturelles. En bref, passer de la dépendance au pétrole à la résilience locale.

La démocratie directe territoriale, comment de nouvelles formes d’organisation sociale basées sur l’autonomie, la solidarité et la coopération, peuvent nous permettre de retrouver la maîtrise de nos usages, dans une économie sobre et responsable vis à vis des générations futures. Y seront abordé à partir d’expériences concrètes le municipalisme libertaire, les coopératives municipales, les monnaies locales.

Ce Séminaire sera précédé, du 14 au 19 février, d’une semaine d’intervention du Pavé en Cévennes : série de stages, d’ateliers et de conférences gesticulées, sur les mêmes thèmes, organisée avec  la Scop « le Pavé ».

Nous proposons de travailler en deux axes, Territoires en transition et démocratie directe territoriale. Chacun d’eux abordera les thématiques qui lui sont propres et devra aboutir à des propositions de transition et d’alternatives concrètes immédiates.

Les travaux se feront en ateliers qui aborderont Lire la suite

Après-pétrole : et si les habitants initiaient la transition des villes ?

http://www.rue89.com/passage-a-lacte/2010/11/30/apres-petrole-et-si-les-habitants-initiaient-la-transition-des-villes-178

rue89.com, Cécile Cailliez  le 30 novembre 2010

Après-pétrole : et si les habitants initiaient la transition des villes ?

Les « villes en transition » imaginent la cité de l’après-pétrole, moins dépendante de l’or noir. Une initiative citoyenne d’origine anglo-saxonne qui essaime désormais en France.

Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) l’a prouvé récemment : les ressources de pétrole s’épuisent indéniablement.

Pire, selon l’AIE, le pic pétrolier, cette phase où la production de pétrole conventionnel sera en déclin par rapport à la demande, serait désormais atteint.

Si l’Agence rassure en tablant sur la découverte et la mise en production de nouveaux champs, le constat est là : il faut dès à présent penser la ville de demain, moins dépendante de l’or noir.

Mais comment envisager l’après-pétrole sans tomber dans le catastrophisme ? Les partis politiques écologiques ont du mal à mobiliser et tous les citoyens ne se reconnaissent pas dans les mouvements associatifs ou décroissants.

La solution : susciter au sein de la communauté un mouvement de réflexion et d’action, s’appuyer sur les ressources et les compétences locales, afin de mettre en place et de diffuser au niveau local les bonnes pratiques.

Comment la mettre en pratique ?

En 2006, à Totnes, une bourgade de 8 000 habitants, Rob Hopkins enseigne la permaculture, une philosophie du développement durable par l’aménagement du territoire et le renforcement de la communauté.

Convaincu de la réalité du pic pétrolier, il tente alors un pari fou : miser sur la participation des habitants pour favoriser la « transition » en douceur de sa ville à l’horizon 2030.

Ainsi naît le mouvement des « villes en transition », qui se fonde avant tout sur la notion de Lire la suite

Hervé Kempf, l’AIE et le pétrole – Le pic a eu lieu en 2006 !

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/23/le-pic-a-eu-lieu-en-2006_1443881_3232.html

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 23 novembre 2010

Le pic pétrolier s’est produit en 2006, indique l’Agence internationale de l’énergie. En bonne logique, cette phrase aurait dû faire la « une » de la presse mondiale, les Bourses auraient chuté, et l’on aurait enfin répondu à la question : « Sachant que ce système est totalement vermoulu, à quel moment en change-t-on ? » La réponse aurait été : « Maintenant ! »

Reprenons les faits. Le pic pétrolier est le moment où la production de pétrole commence à décroître. Depuis une quinzaine d’années, nombre de géologues avertissent de l’imminence de ce moment capital : il signifie en effet que le régime énergétique du monde, fondé sur l’or noir depuis près d’un siècle, va devoir changer radicalement. On ne va pas manquer de carburant du jour au lendemain, mais il va falloir diminuer sa consommation. La théorie du pic pétrolier s’est imposée. Et la question est devenue : quand aura-t-il lieu ?

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de répondre dans son rapport annuel, intitulé World Energy Outlook 2010, publié à la mi-novembre. Elle énonce ainsi sa prévision : « La production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68-69 Mb/j [millions de barils par jour] à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006. » Autrement dit, le pic s’est produit en 2006.

Depuis 2006, justement, il y a eu une forte hausse des prix du pétrole (en partie spéculative), puis une crise économique. Cette augmentation des prix a rentabilisé l’exploitation de pétroles « non conventionnels », tels que les sables bitumineux, qui compensent en partie le déclin du pétrole.

L’AIE prévoit une augmentation mondiale de la consommation d’ici à 2035. Comment la satisfaire ? En pompant davantage les réserves de l’Arabie saoudite, et en développant sables bitumineux, pétrole de l’Arctique et pétrole sous-marin très profond. Problème : ces exploitations sont encore plus polluantes que la production de pétrole classique, et l’on peut douter des capacités de l’Arabie saoudite. Conclusion mezza voce : la crise pétrolière approche à grands pas.

Comment y échapper ? Le moins mauvais des scénarios de l’AIE est dit « 450 » : on limite les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas dépasser un réchauffement de 2o C. Il suppose de Lire la suite

Transition écologique – Ces villes qui tentent de se libérer du pétrole

bastamag.net, Sophie Chapelle, Chris Jordan, le 25 novembre 2010

http://www.bastamag.net/article1145.html

Transition écologique – Ces villes qui tentent de se libérer du pétrole

Tout le monde n’attend pas que gouvernements et chefs d’État s’entendent sur un hypothétique accord pour sauver le climat. Loin de Cancún, où se tiendra le prochain sommet sur le réchauffement climatique, des réseaux associatifs et des municipalités se lancent dans d’ambitieux programmes pour libérer leurs villes de la dépendance pétrolière. Comment font ces « villes en transition » ? Exemple à Boulder, près de Denver, aux États-Unis.

Aux pieds des montagnes Rocheuses, dans le Colorado, la ville de Boulder, tente l’impossible : se libérer du pétrole au pays des road movies, des drive in, de l’essence peu chère… et des plus grosses émissions de gaz à effet de serre par habitant au monde. L’objectif, pour les 300.000 résidents de ce bastion démocrate, est de passer d’une consommation annuelle de neuf barils de pétrole par personne, à un seul.

L’une des chevilles ouvrières de cette révolution locale s’appelle Michael Brownlee. Ancien journaliste, il a été chercher l’inspiration en Grande-Bretagne, là où est né un étrange mouvement, celui des « villes en transition ». Le concept est lancé en 2006 par un enseignant en permaculture, Rob Hopkins. Celui-ci demande à ses étudiants d’identifier les dépendances au pétrole de la ville de Kinsale, dans le Sud de l’Irlande. Dans la foulée, les chercheurs élaborent un scénario de descente énergétique ambitieux, mais réaliste, d’ici 2030. C’est de cette expérience qu’émerge le concept de « transition ». Le défi est majeur : éviter aux populations les dramatiques conséquences d’un pic pétrolier trop brutal (l’épuisement progressif des ressources pétrolières) et contribuer concrètement à la lutte contre les dérèglements climatiques, sans attendre d’hypothétiques accords internationaux. Le Manuel de Transition : De la dépendance au pétrole à la résilience locale de Rob Hopkins vient d’ailleurs d’être traduit en français (aux éditions Ecosociété avec la revue Silence).

Transition écologique rime avec processus démocratique

À son retour, Michael Brownlee lance le Transition Boulder County pour transformer cette agglomération moyenne en ville « décarbonée ». « Nous avions besoin de modèles à suivre. Le mouvement de la transition nous en fournit un », explique-t-il. Le terrain est favorable. La ville de Boulder et son comté sont déjà en pointe en matière environnementale. Dès 2002, la ville adopte la résolution dite « de Kyoto » pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre [1] puis adopte dans la foulée un plan action climat avec un budget annuel avoisinant un million de dollars. Chaque grande mesure est soumise par référendum à la population. Un premier amendement impose ainsi que 10% de l’énergie consommée provienne Lire la suite

Les écolos américains appellent à « l’action directe de masse »

Les écolos américains appellent à « l’action directe de masse »

rue89.com, Hélène Crié-Wiesner, le 12 septembre 2010 

http://www.rue89.com/american-ecolo/2010/09/12/les-ecolos-americains-appellent-a-laction-directe-de-masse-165943

Le Congrès des Etats-Unis s’est dégonflé cet été en abandonnant son projet contre les changements climatiques. Tout espoir de voir le pays adopter une législation sérieuse s’est envolé. Dégoûtées, trois organisations majeures de la lutte pour l’environnement en appellent maintenant à l’action directe.

J’ai déjà raconté la radicalisation de nombreux écolos américains. Il semble que le fossé entre « verts radicaux » et « écolos mous » soit en train de se combler tout seul. Les partisans de la discussion (Al Gore et ses disciples) n’ont pu que constater l’échec de leur stratégie.

Outre une reprise acharnée des luttes de terrain -notamment dans les Appalaches charbonnières -, un appel spectaculaire vient d’être adressé aux environnementalistes américains.

Publiée sur Grist, site phare du mouvement vert, cette lettre parue le 7 septembre est signée par le directeur de Greenpeace USA, son homologue du Rainforest Action Network, et par le leader du réseau 350.org. En voici une traduction-adaptation.

Je suis curieuse de voir ce que va donner cet appel, comment vont y répondre les groupes locaux, s’ils vont saisir la perche que leur tendent ces professionnels de la lutte. Car pratiquer l’action directe dans son coin, c’est une chose. A l’échelle des Etats-Unis, c’est un défi autrement complexe.

Chers amis,

Bon sang, quel été ! Les scientifiques viennent d’annoncer que nous venons de vivre les six mois les plus chauds, l’année la plus chaude, et la décennie la plus chaude de l’histoire humaine. Dix-neuf pays ont enregistré des records absolus de température : le thermomètre a grimpé à 54°C au Pakistan, un record en Asie.

Quand on voit l’impact de ces chiffres sur les incendies en Russie, ou sur le Pakistan noyé par des inondations sans précédent, on comprend qu’il n’y a rien d’abstrait dans tout ça.

Cet été, justement, le Sénat américain a décidé de reconduire un accord bipartisan en vigueur depuis vingt ans : l’immobilisme politique face aux changements climatiques. Lesquels, rappelons-le, ne résultent pas d’une quelconque volonté divine.

Nous sommes face aux industries les plus puissantes et les plus profitables du monde : celles qui tirent leurs bénéfices de l’exploitation des combustibles fossiles.

Nous ne les vaincrons pas en restant gentils. Nous devons construire un vrai mouvement, d’une ampleur sans commune mesure avec ce que nous avons bâti dans le passé. Un mouvement capable de contrer le pouvoir financier de Big Oil (pétrole) et Big Coal (charbon). Ce mouvement est notre seul espoir, et nous avons besoin de votre aide.

Honte aux leaders politiques

Quelles sont les priorités ? Dans l’immédiat, en ce moment partout dans le monde, des groupes préparent la Global Work Party du 10 octobre. Ce sera l’occasion de présenter nos solutions concrètes pour résoudre la crise climatique.

On ne se contentera pas de sortir quelques panneaux solaires. L’objectif est de faire honte à nos leaders politiques, de les apostropher : « On fait notre boulot. Et vous ? »

En attendant, dans tout le pays, des avocats et des associations locales abattent un travail d’enfer en combattant Lire la suite

Der Spiegel a révélé fin août l’existence d’un rapport de l’armée allemande – Le Peak Oil en 2010 ?

http://www.hns-info.net/spip.php?article25269

hns-info.net, jesusparis, le 3 septembre 2010

Le Peak Oil en 2010 ?

Le journal Der Spiegel a révélé fin août l’existence d’un rapport de l’armée allemande évoquant la survenue probable du Peak Oil courant de l’année 2010, avec des conséquences sur l’économie et la sécurité mondiale à court-terme.

Et si c’était pour 2010 ?

La demande sur le pétrole ne cesse d’augmenter et de faire pression sur les pays producteurs alors même que la production serait en passe d’atteindre ce que l’on nomme le Peak oil, c’est-à-dire le moment où les réserves de pétrole exploitables sont à leur sommet de production. Une fois ce sommet passé, cette production entrera dans une phase de déclin rapide, qui entraînera de très fortes hausses des prix du pétrole en particulier et de l’énergie en général, et aura des répercussions sur l’économie mondiale et la sécurité mondiale.

La fin du pétrole abondant, de bonne qualité et exploitable facilement

Il restera certainement encore du pétrole en réserve pour longtemps mais le problème est de l’extraire : la plus grande partie est inaccessible ou nécessiterait de très lourds investissements économiques et technologiques pour procéder à une extraction. Les sables bitumineux de l’Alberta et les forages offshores sont déjà en passe de devenir économiquement rentables en dépits des dommages environnementaux et sociaux qu’ils génèrent !

L’alerte est donnée mais peu entendue

Depuis des années le problème est connu et encore aujourd’hui un rapport de l’armée allemande évoque une menace pour la pérennité de la démocratie et de l’économie mondiale ! Mise en garde qui intervient après celles de l’AIE, du Pentagone et du département de l’énergie à Washington, de la Lloyd’s et de Chatham House à Londres cet été. D’après ce rapport « A moyen terme, le système économique global et chaque économie de marché nationale pourraient s’effondrer », écrivent les analystes. Des pénuries de biens vitaux et de matières premières, notamment de nourriture, sont à prévoir, entrainant de graves crises sociales si les gouvernements ne prennent pas la mesure exacte de ce problème.

Anticiper et adapter nos territoires maintenant !

FNE ne cesse de le répéter. L’adaptation aux changements climatiques est un enjeu de Lire la suite

Rapport Roussely : sauver le nucléaire français à coup de mesures scandaleuses

sortirdunucleaire.org, communiqué de presse, le 30 juillet 2010

http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=actualites&sousmenu=dossiers&soussousmenu=roussely&page=index

Nucléaire français : ça sent le Roussely…

Rapport Roussely : sauver le nucléaire français à coup de mesures scandaleuses

Les grandes lignes du rapport Roussely, remis au Président de la République en mai dernier et classé secret défense, ont été rendues publiques par l’Elysée, le mardi 27 juillet 2010.

Nucléaire français : un bilan économique et industriel désastreux

Le rapport Roussely reconnaît l’ampleur des déboires que rencontrent Areva et EDF sur les chantiers des réacteurs EPR en construction, en France et en Finlande : « la crédibilité du modèle EPR et de la capacité de l’industrie nucléaire française à réussir de nouvelles constructions de centrales ont été sérieusement ébranlées par les difficultés rencontrées sur le chantier finlandais d’Olkiluoto et sur celui de la troisième tranche de Flamanville« . En cause, « la complexité de l’EPR » qui « est certainement un handicap pour sa réalisation et donc ses coûts ».

Estimant que « la filière nucléaire doit atteindre une compétitivité attractive pour l’investissement privé« , Roussely reconnaît que le nucléaire n’a jusqu’ici jamais été compétitif ni économiquement efficace, contrairement à ce que clame le marchand de centrales Areva. Roussely pointe la contre-performance du parc nucléaire français : « alors que la disponibilité moyenne mondiale des centrales nucléaires a significativement augmenté au cours des 15 dernières années, la disponibilité des centrales nucléaires françaises diminue fortement depuis quelques années« .

La déroute de l’EPR est telle que, selon Roussely, « c’est la crédibilité, et donc l’existence même » de l’industrie nucléaire française qui est en jeu. Pour faire face, Roussely fait feu de tout bois, en préconisant des « mesures d’urgence » toutes plus scandaleuses les unes que les autres.

Faire payer le consommateur et détourner des financements publics

Roussely préconise « une hausse modérée mais régulière des tarifs de l’électricité afin de permettre la préparation du financement du renouvellement du parc« . Le nucléaire coûte trop cher? Qu’à cela ne tienne, il suffit de faire payer le consommateur. A force d’être « régulière », la hausse des tarifs risque de ne pas rester « modérée » très longtemps…

Roussely propose de détourner une partie des financements destinés aux énergies renouvelables, au profit de l’industrie nucléaire. L’uranium qui permet aux centrales de fonctionner est un minerai épuisable, non renouvelable : le nucléaire est une énergie fossile, au même titre que le pétrole et le charbon. Pourtant, Roussely propose de « poursuivre une action politique résolue pour obtenir que tous les financements multilatéraux destinés aux énergies renouvelables soient aussi Lire la suite

Villes en transition : Le futur en marche

http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=446506

Le futur en marche

Lecourrier.ch, Annie Pitteloud, le 31 Juillet 2010

LA VILLE (V)

Nées en Grande-Bretagne, les Villes en transition essaiment en terres francophones. Objectif : préparer aujourd’hui un monde sans pétrole. Entretien avec Rob Hopkins, à l’origine du mouvement.

Des villes en transition ? Mais de quoi vers quoi ? De l’ère du pétrole à celle de sa fin programmée. Les experts peinent à s’accorder sur une date, mais le pic pétrolier devrait se produire avant 2030 : la demande croissante en énergie excédera dès lors une offre en constante diminution1. Sans attendre cette pénurie annoncée, qui fait planer sur notre monde dépendant de l’or noir la menace de crises énergétiques, alimentaires et sociales, des militants s’attèlent à sortir dès à présent de la dépendance au pétrole. Afin de faire face au double défi du pic pétrolier et du réchauffement climatique, le réseau des Villes en transition (Transition Towns) en Grande-Bretagne imagine depuis quatre ans de nouveaux paradigmes, et invente des modèles alternatifs dans une révolution des consciences bien loin des discours culpabilisants qui réduisent à l’impuissance. En 2006, la petite ville de Totnes est la première à se lancer dans l’aventure. Aujourd’hui, plus de 250 initiatives de Transition ont vu le jour dans une quinzaine de pays, réunies dans le réseau de Transition (Transition Network). Le mouvement a commencé à essaimer dans le monde francophone (lire en page suivante).

Tout démarre en 2005 à Kinsale, en Irlande: Rob Hopkins, enseignant de permaculture2, imagine avec ses étudiants un moyen de mettre en pratique cette «culture permanente». Ils élaborent des outils conceptuels et un cadre pratique pour motiver les citoyens à agir à l’échelle locale: c’est à ce niveau que le changement est possible, que la population peut passer à l’action sans attendre d’hypothétiques résolutions issues des Sommets sur le climat. Par ailleurs, afin de sortir de sa dépendance au pétrole, l’économie devra en grande partie se relocaliser.

outils psychologiques

La Transition aborde la sortie du pétrole avec les outils utilisés pour traiter les dépendances. Afin d’aider les communautés qui se lancent, la démarche est résumée dans le Guide des initiatives de Transition en douze étapes – non contraignantes, le propre de ces initiatives étant d’être concrètes et pratiques, chaque communauté trouvant les solutions qui lui conviennent en fonction de ses ressources et de ses enjeux. La Transition se base également sur le concept de la résilience, emprunté à la psychologie, pour définir la capacité d’un système social à encaisser sans s’effondrer un choc – énergétique, climatique ou économique – et à rebondir, grâce notamment à son autonomie locale en matière alimentaire et énergétique.

Son originalité est d’offrir une vision positive de la sortie du pétrole. Après avoir pris conscience du pic pétrolier, de ses conséquences et de l’urgence de s’y préparer en réduisant ses émissions de CO2, chaque communauté définit et met en oeuvre un «plan d’action de descente énergétique» (PADE). Pour cela, elle dessine une vision à Lire la suite

Marée noire et fin du monde

vert.courrierinternational.com, John Leland, le 23 juin 2010

http://vert.courrierinternational.com/article/2010/06/23/maree-noire-et-fin-du-monde

Voir l’article original du « New York Times »

Marée noire et fin du monde

La fin du pétrole est un scénario catastrophe dont les conséquences pourraient être dramatiques. De plus en plus d’Américains s’y préparent et envisagent la vie d’après, raconte le New York Times.

Ce samedi-là, pendant que le pétrole continue de se déverser dans le golfe du Mexique, Jennifer Wilkerson passe trois heures au téléphone à parler de la vie après le pétrole. Trente-trois ans, démocrate modérée, conceptrice d’interfaces informatiques, elle vit à Oakton, en Virginie. La marée noire renforce son obsession : la consommation de pétrole épuise les réserves mondiales. Elle s’inquiète de l’après : pénurie alimentaire, effondrement de l’économie, disparition de l’ordre civil. Son coup de téléphone entre dans le cadre d’un cours de survie.

En période de crise, la fin du monde fait fureur. Les Américains sont depuis longtemps fascinés par les scénarios catastrophe, de l’explosion démographique au réchauffement climatique, en passant par la guerre froide. Les Cassandre font aujourd’hui une nouvelle fixation : la fin du pétrole. Pour eux, les réserves ont atteint leur niveau maximum en 2008 et vont rapidement décliner, entraînant l’économie avec elles. En 2005, Roscoe G. Bartlett, représentant républicain du Maryland, et Tom Udall, représentant démocrate du Nouveau-Mexique (aujourd’hui sénateur) ont même créé au Congrès la commission sur la fin du pétrole.

André Angelantoni, lui, n’entend pas prendre de risques. Il a stocké des provisions dans sa maison de San Rafael, en Californie, et converti ses investissements en or et en argent. La baisse des ressources pétrolières aura des effets brutaux, assure-t-il.

M. Angelantoni, 40 ans, est concepteur de sites web et fondateur de la société Post Peak Living, qui propose des cours par téléphone et en ligne pour survivre après le pétrole. Il a commencé à s’intéresser à la fin du pétrole après s’être penché sur le réchauffement climatique parce qu’il pensait que l’impact en serait plus brutal. “Le débat sur la fin du pétrole en est là où en était le débat sur le réchauffement climatique il y a vingt ans.” Comme pour plusieurs des participants au cours par téléphone, ses préoccupations ont tendu sa relation avec sa femme et créé une distance “infranchissable” entre eux. “Les gens ont beaucoup de mal à comprendre que notre forme d’économie est en train de s’écrouler. Ils pensent que, comme ça ne s’est pas encore produit, ça n’arrivera jamais”, déplore-t-il.

Les livres sinistres se vendent comme des petits pains, comme La Fin du pétrole : le vrai défi du XXIe siècle, de James Howard Kunstler, ou Pétrole : la fête est finie !, de Richard Heinberg. Jennifer Wilkerson a lu une vingtaine d’ouvrages sur le sujet et ce qui s’ensuivra. A un moment, elle s’est sentie déprimée à son travail et a eu du mal à discuter avec son mari. Ses collègues de travail lui ont carrément dit qu’ils “en avaient marre d’entendre parler de ça, raconte-t-elle. Ils trouvaient que j’exagérais de penser que tout allait s’effondrer.” Elle ajoute : “J’étais prête à quitter le pays pour me lancer dansa l’agriculture bio mais j’ai appris que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Il faut une communauté. »

Transition US, rejeton d’une association britannique qui aide les villes à se préparer à une vie après le pétrole, a commencé avec deux cellules en 2008 et en compte aujourd’hui 68. Entre autres projets, elle propose la création de Lire la suite

Isabelle Autissier : « N’attendons pas que de belles décisions nous tombent sur la tête et qu’il y ait des sauveurs de la planète qui se manifestent. »

actu-environnement.com, Propos recueillis par Agnès Sinaï, le 19 juillet 2010

http://www.actu-environnement.com/ae/news/interview-isabelle-autissier-wwf-10714.php4#xtor=EPR-1

Mieux vaut inventer une autre façon de faire pour continuer à naviguer ensemble

 « N’attendons pas que de belles décisions nous tombent sur la tête et qu’il y ait des sauveurs de la planète qui se manifestent. » C’est en substance la doctrine du PANDA que nous relaie Isabelle Autissier, présidente du WWF France.

Actu Environnement : Quels sont les dossiers qui vous occupent actuellement ?

Isabelle Autissier : Il y a eu les discussions autour du Grenelle 2, la marée noire du Golfe du Mexique, bien que le WWF France ne soit pas en première ligne sur ce dossier. Et tout ce qui tourne autour de l’année de la biodiversité, avec la création de l’IPBES (Intergovernmental Science Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services). Et il y a le dossier de l’eau, grande oubliée du Grenelle, qui est lié à l’agriculture, sur lequel je rencontre beaucoup d’acteurs. Il y a longtemps que le WWF travaille sur la qualité de l’eau, sur les raisons des pollutions, en particulier la question agricole, qui n’a pas beaucoup avancé. Or c’est une des causes majeures de la pollution des eaux. Il se trouve que la France est en train d’affiner ses arguments pour la renégociation de la PAC. C’est l’occasion de pousser le plus fort possible pour que soit reconnue à un certain type d’agriculture la qualité de l’environnement, de la biodiversité et de la nature et que ce soit cette agriculture là qu’on favorise au détriment de celle qui consomme beaucoup de polluants et qui ne donne pas une nourriture extraordinaire. Malheureusement ce n’est pas si simple que ça. On en est encore à subventionner des exploitations agricoles qui utilisent beaucoup d’intrants et qui sont très mécanisées, par rapport à des agricultures, biologiques ou durables – qui emploient de la main d’œuvre et permettent aux gens de vivre correctement. Même dans la logique actuelle du marché, ces agricultures fonctionnent. Du point de vue des comptes, il est évident que même l’agriculture productiviste a des coûts lourds. Le WWF a d’ailleurs demandé un rapport de la Cour des comptes sur la responsabilité des pouvoirs publics et le coût supporté par les Français depuis 1980 pour ces aides dommageables à l’environnement.

AE : La trame verte a été remise en question par la commission mixte paritaire du Grenelle II. Comment réagissez-vous à cette décision ?

Isabelle Autissier : On est extrêmement déçus ! On avait déjà vigoureusement protesté sur le fait que la trame verte n’était pas opposable localement ou régionalement. Et maintenant voilà qu’elle n’est pas opposable nationalement ! En résumé, on vous demande d’être gentil avec la nature, et puis s’il y a une autoroute à faire passer, excusez-moi M’sieursdames ! En gros, on n’a aucune compensation à envisager, on n’a pas à se poser la question de savoir s’il faut aménager des passerelles pour que les animaux puissent migrer, donc on fait comme d’habitude, et ce n’est pas la peine d’avoir inventé le concept de trame verte et bleue si c’est pour ne rien en faire. A partir du moment où cette mesure n’est plus obligatoire, elle sera laissée au bon vouloir des acteurs locaux. Or l’érosion de la biodiversité devait être stoppée en 2010, selon l’engagement de la communauté internationale, ce qui est loin d’être le cas. D’un côté on voit que les choses se dégradent, de l’autre on invente des outils pour ne pas les utiliser !

AE : Quels sont les prochains grands rendez-vous environnementaux de l’année ?

IA : Il semblerait que la Plate-forme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) soit sur les rails, ce qui est une bonne nouvelle, si cet organisme acquiert la même puissance que celui sur le climat. Reste à voir jusqu’où Lire la suite

Vers la décroissance : quelles actions ? Essai de classification

apeas.fr, Christian Araud, auteur dans la revue Entropia, le  20 juillet 2010

http://www.apeas.fr/Vers-la-decroissance-quelles.html

Vers la décroissance : quelles actions ? Essai de classification

Face à la crise climatique et à la fin du pétrole bon marché, toute personne convaincue qu’on va « dans le mur » à belle allure peut se poser la question concrète suivante : « Que faire pour ralentir, éviter l’obstacle, ou amortir le choc ? »

Une réponse typique se trouve dans le livre de Matthew Stein [1] dont le sous-titre est très explicite : A Manual for Self-Reliance, Sustainability, and Surviving the Long Emergency (un manuel pour l’autonomie durable et la survie pendant la longue situation d’urgence). Dans ce manuel de savoir-survivre à l’usage des nouvelles générations, l’auteur énonce à la fin de son ouvrage quelques actions, individuelles ou collectives, pour participer au changement nécessaire :

– conservation, recyclage,

– action collective,

– acheter local,

– diète adaptée,

– action politique,

– restructurer les affaires,

– remplacer les ampoules électriques,

– choisir une automobile peu consommatrice,

– aller en bicyclette, prendre le train, covoiturage,

– réduire le chauffage et la climatisation de l’habitat,

– installer des systèmes d’énergie renouvelable chez soi,

– développer ses capacités personnelles d’autonomie,

– participer à des communautés autonomes.

Cette liste est sans doute assez représentative de ce qui s’énonce dans les articles consacrés à ce qu’il faudrait faire pour répondre aux défis posés par le changement climatique. En fait, c’est un peu un inventaire à la Prévert. Il est indéniable que chacune des pistes proposées, si elle était mis en œuvre, serait « bénéfique pour la planète » en utilisant un cliché courant chez les chantres du « développement durable ».

Nous ne sommes pas dans une réflexion « compréhensive » sur la décroissance, tout en ayant une série d’indications concrètes sur ce qui serait « utile » de faire pratiquement pour traduire dans la réalité quelques-unes des idées des objecteurs de croissance. Par ailleurs du point de vue de la personne « active » (ou voulant le devenir), cette liste est fondamentalement hétéroclite.

Dans une première tentative de classification, en me plaçant sur un plan plus descriptif que philosophique, avec une approche résolument pragmatique, je distinguerais volontiers quatre niveaux, de plus en plus éloignés de « l’acteur » et donc embrassant un champ de plus en plus vaste.

Ces niveaux sont :

L’action personnelle et immédiate dont on est le seul maître, compatible avec l’environnement général, la société dans laquelle on vit, mais néanmoins Lire la suite

Le « Bristol Peak Oil Report » : Préparer l’après pétrole

decroissance.blog.lemonde.fr, Thierry Caminel, Ingénieur, le 12 juin 2010

http://decroissance.blog.lemonde.fr/

Notes sur le “Bristol Peak Oil Report”

Le « Bristol Peak Oil Report »

Note de lecture

Saviez-vous qu’on anticipe des émeutes de la faim, en ce début du 21 ° siècle, dans la 6e économie mondiale, et que des villes importantes estiment que les crises énergétiques à venir auront des conséquences locales majeures, et s’y préparent ?

Cette note présente le « Bristol Peal Oil Report » [1],  un document officiel d’une ville anglaise de 430.000 habitants publié récemment.  Après une exposition du contexte de ce rapport,  son contenu est présenté sommairement, et l’on essaie ensuite de montrer les profondes différences d’appréciation de la situation énergétique mondiale entre le France et l’Angleterre.

Contexte

Anciens exportateurs d’hydrocarbures, les Britanniques voient leurs champs de pétrole et de gaz de la mer du Nord décliner depuis 10 ans. L’information concernant l’état des réserves de pétroles mondiales est largement relayée par la presse, alimentant le débat public, renforçant la lutte contre le réchauffement climatique

Au plus haut niveau sont écrits des rapports sur le ‘peak oil’ et ces possibles conséquences économiques et sociales [2]. Les Anglais investissent par ailleurs massivement dans des sources d’énergie non fossile (éolien offshore, nucléaire,…), dans les transports collectifs et vélos, etc. Ils ont introduit une taxe carbone, et prennent en compte le carbone contenu dans la commande publique.

Au niveau local se met en place un réseau de ‘villes en transition’ [3], regroupant plus d’un millier de villes, quartier ou district, destinés à renforcer la résilience de ces communautés, c’est-à-dire leur capacité à résister à un choc externe. Certaines sont de véritables laboratoires,  expérimentant des monnaies complémentaires, des cartes de rationnement ou de nouvelles techniques agricoles.

Bristol s’inscrit dans ce mouvement de ville en transition. La taille de la ville, son importance économique et la qualité de son rapport en font un bon exemple de ce qui se passe outre-Manche et du niveau de prise de conscience des problématiques énergétiques.

« Peak oil Report – Building a positive future for Bristol after Peak Oil »

Ce rapport de 100 pages, publié il y a quelques mois par le conseil municipal de Bristol, commence par expliquer en quoi le pétrole est important, et les raisons qui font qu’il va devenir de plus en plus rare et cher. Il cite les études de l’Agence Internationale de l’Énergie [4], des agences nationales, de Total, Shell ou Aramco, explique qu’il n’y pas d’alternative au pétrole disponible suffisamment rapidement, et rappelle le lien avec le réchauffement climatique.

Le rapport synthétise ensuite les vulnérabilités de Bristol au Peak Oil, telles que Lire la suite

10 octobre 2010, 10/10/10 : AlternativA en Aquitaine à Bayonne, Bordeaux, Dax, Pau… réservez cette date

350.org, Diana, juillet 2010

http://www.350.org/fr/about/blogs/marquez-cette-date-et-allez-voir-le-nouveau-350org

10/10/10 : Réservez cette date (et allez voir le nouveau 350.org!)

Chers amis,

Ces derniers mois ont été incroyables ici à 350.org: des mois de campagne ininterrompue – et nous allons encore passer à la vitesse supérieure. 

A compter d’aujourd’hui, nous sortons le grand jeu et nous nous lançons à l’assaut du 10/10/10, la « Fête Globale du Travail ». Elle a été décrite comme « journée de fête autour des solutions au réchauffement climatique » – et effectivement, il s’agit sans doute de notre meilleure chance cette année de faire pression sur nos dirigeants, tout en s’amusant. Si vous ne connaissez pas encore tous les détails du 10/10/10, lisez ci-dessous la nouvelle lettre d’invitation de Bill McKibben.

Si vous connaissez déjà tous les détails, c’est une occasion parfaite pour en informer quiconque ne serait pas au courant. Le nouveau 350.org peut être diffusé en quelques clics sur Facebook ou Twitter; vous pouvez aussi simplement faire passer la lettre de Bill à 10 de vos amis (nous aimons assez le chiffre 10 cette année), et faire ainsi prendre 10 fois plus d’ampleur au mouvement pour des conditions climatiques plus sûres. 

En avant pour le 10/10/10

Cher Monde,

L’année a été rude: en Amérique du Nord, la marée noire a submergé le Golfe du Mexique; en Asie, jamais température aussi élevée n’avait été enregistrée; dans l’Arctique, la fonte des glaces s’est accélérée jusqu’à un rythme jamais vu auparavant; en Amérique latine, des pluies torrentielles ont dévasté des flancs entiers de la montagne.

Et donc, nous allons faire la fête. 

Marquez le 10/10/10 sur votre calendrier: c’est la date. Le lieu, votre lieu de résidence. Le but, agir pour tenter d’enrayer le changement climatique depuis votre ville ou votre collectivité

Nous l’avons nommée « Fête du Travail Globale« , en insistant sur « travail » autant que sur « fête ». A Auckland, en Nouvelle Zélande, aura lieu un gigantesque atelier de réparation de vélos, pour que tous les vélos de la ville soient remis en circulation. Dans les Maldives, des panneaux solaires vont être mis en place sur les bâtiments présidentiels. A Kampala, en Uganda, des milliers d’arbres seront plantés, et en Bolivie des fours solaires vont être installés, et seront mis à profit dans un immense pique-nique écologiquement neutre. 

Nous avons déjà appelé, écrit, pétitionné, manifesté, par tous les moyens possibles pour faire bouger les hommes politiques: ils ont été trop lents; aussi est-il temps à présent de leur montrer que nous disposons des moyens nécessaires pour corser notre action climatique. 

Le 10/10/10 montrera que Lire la suite

Appel à propositions de recherche – Transition(s) vers une économie écologique ?

agora21.org, Karim Hammou, le 21 juin 2010

http://www.agora21.org/transitions/community/pg/pages/view/258/

Transition(s) vers une économie écologique ?

La Mission prospective du MEEDDM lance un appel à propositions de recherches consacré au verdissement à long terme de l’économie française. En complément aux réflexions en cours et stratégies à l’œuvre sur le thème de la croissance verte, cet appel vise à fournir un éclairage spécifique sur les modalités et enjeux de transition, dans l’hypothèse d’un changement structurel de nos économies à l’horizon 2030-2050. Des contributions sont attendues tant en matière d’évaluation économique et environnementale que d’analyse des freins à l’innovation sociale ou institutionnelle. La date limite de réception des projets est fixée au 30 juillet 2010.

Annonce

La Mission Prospective du MEEDDM pilote et réalise des travaux de prospective sur les modèles et transitions de long terme vers un développement durable au travers de cinq programmes  dont un traite spécifiquement des hypothèses et enjeux de transition relatifs au « verdissement » à long terme de l’économie française. A l’appui de ce dernier programme, la Mission souhaite engager trois types de réflexions complémentaires (1) en organisant un séminaire de prospective, (2) en initiant un appel à projets de recherche et (3) en contribuant à une mise en débat avec les secteurs et territoires concernés. Pour ce faire, le présent appel à propositions s’ouvre sur un rappel du contexte et des enjeux caractérisant la démarche d’ensemble (§.I), avant de proposer un cadre commun aux trois volets évoqués (§.II), puis d’entrer dans le détail des réponses attendues pour chacun d’eux (§.III).

I – Contexte et enjeux du programme 

La reconnaissance du caractère irréversible et globalisé des menaces que l’activité humaine fait peser sur le climat, les ressources ou la biodiversité a conduit les principales économies mondiales à s’engager, au cours de la dernière décennie, dans la voie d’un découplage – entre développement économique et pression environnementales – dont la part d’incertitude et les impacts potentiels sont d’une ampleur considérables. Comme l’illustrent à la fois l’ambition des orientations et la diversité des mesures issues du Grenelle de l’environnement, contenir de tels risques suppose en effet d’agir simultanément sur les modèles productifs, les processus d’innovation, les instruments de régulation et les comportements. Ce qui, à long terme, et du point de vue des stratégies publiques aussi bien que privées, revient ni plus ni moins qu’à devoir accompagner ou conduire – et a fortiori anticiper – une mutation structurelle de nos économies.

Au regard de ce changement de trajectoire conçu en régime permanent et amorcé à des rythmes sensiblement variés selon les secteurs ou les pays concernés, la conjonction récente d’une crise économique mondiale et d’alarmes environnementales majeures (alertes climatiques, choc pétrolier, crise alimentaire) constitue une véritable rupture

de par le caractère d’urgence politique soudainement conféré à la recherche d’un nouveau sentier de Lire la suite

Les Lloyd’s nous assurent d’une crise énergétique et appellent à décarboniser l’économie

journaldelenvironnement.net, Valéry Laramée de Tannenberg, le 12 juillet 2010

Les Lloyd’s nous assurent d’une crise énergétique

Les Lloyds appellent à décarboniser l’économie.

Dans une étude réalisée avec Chattham House, les Lloyd’s appellent gouvernements et entreprises à préparer la révolution énergétique.

Les responsables du marché des Lloyd’s ne sont pas de grands bavards. Aussi, quand ces très sérieux organisateurs du plus grand marché mondial de l’assurance tirent la sonnette d’alarme, il y a tout lieu de s’inquiéter. Leur dernière contribution n’est effectivement pas des plus rassurantes. Réalisé en collaboration avec un centre d’études des relations internationales réputé, Chattham House, le dernier rapport des Lloyd’s porte sur la sécurité énergétique « durable ».

En une cinquantaine de pages, le document brosse le contexte énergétique actuel et esquisse son futur annoncé. Reprenant presque mot pour mot les discours de certains écologistes, le document rappelle que notre développement s’est construit sur l’accès, presque illimité, d’une source d’énergie carbonée (charbon, pétrole, gaz) et très bon marché. Or, ce temps a vécu, estiment les experts britanniques.

Les cyclones Rita et Katrina nous ont prouvé (en mettant hors circuit une bonne part du système de production et de transformation des hydrocarbures américains pendant plusieurs mois) qu’un événement climatique extrême pouvait gravement perturber notre alimentation en pétrole ou en gaz. L’histoire et la géographie nous rappellent que la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures sont politiquement fragiles. Et que les routes qu’empruntent pétroliers, méthaniers et pipelines ne sont pas sans risques.

Les Lloyd’s et Chattham House soulignent aussi qu’avec la montée en puissance des grands émergents (Chine, Inde, Brésil, Indonésie), l’accès aux ressources pétrolières, charbonnières et gazières devient plus difficile pour les pays les plus industrialisés. Or, les producteurs d’huile, de houille et de précieuses molécules ne seront probablement pas au rendez-vous fixé par les consommateurs. La raison ? des décennies de sous-investissements, notamment dans les domaines de l’exploration-production pétrolière et gazière et dans les infrastructures de transport (gazoducs et oléoducs). Une critique que l’on peut aussi adresser à nombre de compagnies électriques. Des industriels qui savent pertinemment qu’il se passe au moins une décennie entre le moment où un investissement est décidé et où il fournit ses premiers kilowattheures (kWh).

Reprenant les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, les auteurs du rapport soulignent que les énergéticiens devront investir 26.000 milliards de dollars (20.691 milliards d’euros) d’ici 2030 pour satisfaire, collectivement, nos besoins énergétiques les plus élémentaires. Pas simple en période de récession.

D’autant que la facture pourrait être plus lourde encore. Car nombre de pays industrialisés se sont engagés à maîtriser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce qui les obligera à investir davantage dans l’efficacité énergétique ou les énergies « bas carbone » ou renouvelables.

Première conclusion du document : « La sécurité d’approvisionnement énergétique est inséparable de la transition vers Lire la suite

Les syndicats se convertissent à la croissance verte

lemonde.fr, Rémi Barroux, le 28 juin 2010

Les syndicats se convertissent à la croissance verte

« Quand on réclame la fermeture d’une usine polluante, nous devons savoir quel impact cela aura sur l’emploi » a fait valoir le directeur international de Greenpeace lors du congrès international des syndicats à Vancouver.

Vancouver

Le syndicalisme international veut faire de la croissance verte un de ses combats. C’est le message fort du congrès de la Confédération syndicale internationale (CSI), qui s’est achevé vendredi 25 juin à Vancouver (Canada).

Manifestation la plus visible de cette évolution : le directeur international de Greenpeace, le Sud-Africain Kumi Naidoo, était présent au même titre que le directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, ou celui du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn. « La CSI oeuvrera pour un travail décent dans le cadre d’une économie verte« , a déclaré l’Australienne Sharan Burrow, la nouvelle secrétaire générale de l’organisation, élue vendredi, en remplacement du Britannique Guy Rider. La CSI regroupe 311 organisations de travailleurs représentant 168 millions de membres dans 155 pays et territoires.

Le rapprochement entre les syndicats et le mouvement écologiste est récent. Chaque partie souligne les efforts mutuels qui ont été accomplis. « Les mouvements comme Greenpeace reconnaissent dorénavant que nos préoccupations en matière d’emplois et de salaires sont légitimes, explique Guy Rider. Il y a cinq ans, ils refusaient de nous entendre au motif que l’environnement devait être défendu quel qu’en soit le prix. »

Les écologistes assument cette mutation. « Pour ma part, j’ai toujours pensé qu’il fallait rapprocher les points de vue, malgré les tensions. Quand on réclame la fermeture d’une usine polluante, nous devons savoir quel impact cela aura sur l’emploi », fait valoir Kumi Naidoo. Greenpeace se bat pour l’abandon des énergies fossiles et prône la transition vers des sources d’énergies renouvelables sans oublier désormais de mettre en avant les emplois qui seront créés. Dans la dernière version, publiée en juin, de son document de référence sur la « révolution énergétique », l’Organisation non gouvernementale estime que d’ici à 2030, 12 millions d’emplois « verts » peuvent être créés.

Côté syndical, l’optimisme reste tempéré. « Dans les Asturies, les mines de charbon employaient 45 000 personnes. Aujourd’hui, il ne reste que 6 500 mineurs et nous n’avons pas trouvé d’activité de remplacement », constate Javier Doz, des Commissions ouvrières, la principale organisation syndicale espagnole. « Le secteur de la construction, pilier de la miraculeuse croissance espagnole qui s’est effondrée avec la crise, devrait être un des secteurs de cette transition vers l’économie verte. Mais nous attendons. », poursuit-il.

Comment marier croissance économique et développement durable ? « Petit à petit, notre réflexion syndicale, fondée sur l’analyse des rapports entre le capital et le travail, a intégré Lire la suite

Enchaînement des crises et moyens d’en sortir

politique.eu, François Houtart , septembre 2009

Enchaînement des crises et moyens d’en sortir

Prêtre, sociologue, professeur émérite à l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, co-fondateur du Forum social mondial, auteur de « L’agroénergie, solution pour le climat ou sortie de crise pour le (…)

L’effet de loupe médiatique sur les crises financière et climatique occulte d’autre crises en cours (alimentaire, sociale, énergétique), qui s’enchevêtrent. Cet empilement concouret à une crise générale de sens, de civilisation.

Quand 850 millions d’êtres humains vivent sous la barre de la pauvreté et que leur nombre augmente, quand chaque vingt quatre heures, des dizaines de milliers de gens meurent de faim, quand disparaissent jour après jour des ethnies, des modes de vie, des cultures, mettant en péril le patrimoine de l’humanité, quand le climat se détériore et que l’on se demande s’il vaut encore la peine de vivre à la Nouvelle Orléans, au Sahel, dans les Iles du Pacifique, en Asie centrale ou en bordure des océans, on ne peut se contenter seulement de parler de crise financière. Déjà les conséquences sociales de cette dernière sont ressenties bien au delà des frontières de sa propre origine : chômage, chèreté de la vie, exclusion des plus pauvres, vulnérabilité des classes moyennes et allongement dans le temps de la liste des victimes.

Soyons clairs, il ne s’agit pas seulement d’un accident de parcours ou d’abus commis par quelques acteurs économiques qu’il faudra sanctionner, nous sommes confrontés à une logique qui parcourt toute l’histoire économique des deux derniers siècles De crises en régulations, de dérégulations en crises, le déroulement des faits répond toujours à la pression des taux de profit : en hausse on dérégule, en baisse on régule, mais toujours en faveur de l’accumulation du capital, elle-même définie comme le moteur de la croissance. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est donc pas nouveau. Ce n’est pas la première crise du système financier et certains disent que ce ne sera pas la dernière.

Cependant, la bulle financière créée au cours des dernières décennies, grâce, entre autres, au développement des nouvelles technologies de l’information et des communications, a surdimensionné toutes les données du problème. L’économie est devenue de plus en plus virtuelle et les différences de revenus ont explosé. Pour accélérer les taux de profits, une architecture complexe de produits dérivés fut mise en place et la spéculation s’est installée comme un mode opératoire du système économique. Cependant, ce qui est nouveau, c’est la convergence de logique entre les dérèglements que connaît aujourd’hui la situation mondiale.

La crise alimentaire en est un exemple. L’augmentation des prix ne fut pas d’abord le fruit d’une moindre production, mais bien le résultat combiné de la diminution des stocks, de manœuvres spéculatives et de l’extension de la production d’agrocarburants. La vie des personnes humaines a donc été soumise à la prise de bénéfices. Les chiffres de la bourse de Chicago en sont l’illustration.

Gaspillage énergétique

La crise énergétique, quant à elle, va bien au-delà de l’explosion conjoncturelle des prix du pétrole. Elle marque la fin du cycle de l’énergie fossile à bon marché (pétrole et gaz) dont le maintien à un prix inférieur provoqua une utilisation inconsidérée de l’énergie, favorable à un mode de croissance accéléré, qui permit une rapide accumulation du capital à court et moyen terme. La surexploitation des ressources naturelles et la libéralisation des échanges, surtout depuis les années 1970, multiplia le transport des marchandises et encouragea les moyens de déplacement individuels, sans considération des conséquences climatiques et sociales. L’utilisation de dérivés du pétrole comme fertilisants et pesticides se généralisa dans une agriculture productiviste. Le mode de vie des classes sociales supérieures et moyennes se construisit sur le gaspillage énergétique. Dans ce domaine aussi, la valeur d’échange prit le pas sur la valeur d’usage.

Aujourd’hui, cette crise risquant de nuire gravement à l’accumulation du capital, on découvre l’urgence de trouver des solutions. Elles doivent cependant, dans une telle perspective, respecter la logique de base : maintenir le niveau des taux de profit, sans prendre en compte les externalités, c’est-à-dire ce qui n’entre pas dans le calcul comptable du capital et dont le coût doit être supporté par les collectivités ou les individus. C’est le cas des agrocarburants et de leurs conséquences écologiques (destruction par la monoculture, de la biodiversité, des sols et des eaux souterraines) et sociales (expulsion de millions de petits paysans qui vont peupler les bidonvilles et aggraver la pression migratoire).

Crise de civilisation

La crise climatique, dont l’opinion publique mondiale n’a pas encore pris conscience de toute la gravité, est, selon les experts du Giec [1], le résultat de l’activité humaine. Nicolas Stern, ancien collaborateur de la Banque mondiale, n’hésite pas à dire que « les changements climatiques sont Lire la suite

La Lloyd’s et Chatham House : une pénurie de pétrole menace le monde – Un déclin de la production pétrolière est probable à court ou moyen terme

petrole.blog.lemonde.fr, Matthieu Auzanneau, le 16 juin 2010

La Lloyd’s et Chatham House : une pénurie de pétrole menace le monde

« Un déclin de la production pétrolière est probable à court ou moyen terme. »

Deux institutions anglaises au combien prestigieuses viennent de rejoindre la liste déjà longue des lanceurs d’alerte sur le ‘peak oil’ (ou ‘pic pétrolier’, c’est-à-dire l’instant historique à partir duquel la production mondiale de pétrole amorcera un déclin irréversible).

Dans un rapport publié le 8 juin, la Lloyd’s, l’un des leaders mondiaux de l’assurance, et Chatham House, l’institut royal des affaires internationales, s’alarment à leur tour de l’éventualité d’un choc pétrolier imminent. Les auteurs, deux chercheurs de Chatham House, soulignent qu’un déclin de la production pétrolière est « probable à court ou moyen terme », et évoquent la nécessité d’une « troisième révolution industrielle ». Ils préviennent :

« Même avant que nous atteignions le pic pétrolier, nous pourrions assister à une pénurie de pétrole à cause de la hausse de la demande en Asie. »

Richard Ward, directeur général de la Lloyd’s, écrit : « Nous sommes entrés dans une période de profonde incertitude vis-à-vis de la façon dont nous nous fournirons en énergie pour produire de l’électricité, nous chauffer et nous déplacer, et sur le prix que nous devrons payer cette énergie. »

Le rapport met en cause l’analyse de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui compte sur le cartel de l’Opep pour compenser la baisse de la production hors-Opep, précise l’Agence France Presse dans une dépêche titrée : « Une pénurie de pétrole menace le monde ». Les auteurs du rapport indiquent :

« En comparant les prévisions et les chiffres actuels des capacités de production de l’Opep et de la production non-Opep, on voit que les attentes de l’AIE et les objectifs des pays producteurs n’ont pas été remplis. »

Cette critique fait écho à l’analyse historique publiée sur ce blog par Lionel Badal, un thésard du King’s College de Londres, selon laquelle l’AIE dissimule depuis 1998 le problème du peak oil.

La Grande-Bretagne est la pointe du débat sur le peak oil, depuis que Lord Hunt, ministre de l’énergie britannique, a accepté de répondre aux interrogations pressantes d’une Peak Oil Task Force fondée par le groupe Virgin et par d’autres industriels britanniques inquiets. David King, ex-principal conseiller scientifique des premiers ministres britanniques Tony Blair et Gordon Brown, affirme que les rapports officiels surestiment de 30 % le montant réel des réserves de pétrole conventionnel.

Chatham House, fondée en 1920, est le temple de la géopolitique (une invention d’outre-Manche) [DR]

La Lloyd’s et Chatham house, deux vénérables institutions (l’histoire de la Lloyd’s remonte au XVIIe siècle) rejoignent les nombreuses sources solides qui mezza vocce ou pas, sonnent l’alarme. Parmi ces sources figurent Lire la suite

Marée noire : un avertissement

cyberpresse.ca, Kenneth Rogoff, le 4 juin 2010

L’auteur est un ancien économiste en chef du Fonds monétaire international. Il est actuellement professeur d’économie et de sciences politiques à l’Université de Harvard.

Marée noire : un avertissement

La marée noire de BP – parlez-en aux résidents de la Louisiane – est l’avertissement dont les sociétés occidentales ont besoin pour les inciter à repenser leur dépendance à l’égard d’une innovation technologique de plus en plus rapide destinée à soutenir une consommation pétrolière toujours à la hausse.

Alors que la plateforme endommagée de BP laisse échapper des millions de litres de pétrole des profondeurs du golfe du Mexique, la priorité est de parvenir à arrêter ce désastre environnemental qui prend des proportions catastrophiques. Espérons que l’on va pouvoir bientôt contenir la fuite et que les prévisions les plus funestes ne se réaliseront pas.

Cette catastrophe soulève cependant un problème fondamental quant à la manière dont les sociétés modernes réagissent face aux technologies complexes. Le rythme de plus en plus rapide de l’innovation semble dépasser la capacité de l’État à établir une réglementation et des contrôles adaptés aux risques qu’elles présentent, et encore plus à les anticiper.

Faire le parallèle entre la fuite de pétrole et la récente crise financière revient à tourner le couteau dans la plaie: la promesse d’innovation, une complexité difficilement gérable et le manque de transparence (les scientifiques disent que l’on ne sait pas grand-chose de ce qui se passe dans les profondeurs océaniques). Des lobbies disposant de moyens financiers considérables et politiquement très influents exercent une pression énorme sur la structure de gouvernance, aussi résistante soit-elle. Il est très embarrassant pour le président Obama d’avoir proposé – il est vrai sous la pression de l’opposition républicaine – d’accroître fortement les forages en mer peu avant la catastrophe de la plateforme pétrolière.

Le développement de la technologie pétrolière, comme celle des instruments financiers exotiques, forçait l’attention et entraînait l’adhésion. Les dirigeants des compagnies pétrolières se vantaient de pouvoir forer jusqu’à deux kilomètres en profondeur puis un kilomètre à l’horizontale pour atteindre leur cible presque au mètre près. Soudain, au lieu du «pic du pétrole» dû à des ressources de plus en plus rares qui se profilaient à l’horizon, la technologie offrait la promesse de ressources suffisantes pour encore une génération.

Les dirigeants occidentaux y étaient d’autant plus sensibles en raison des préoccupations liées à la stabilité des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient qui compte pour une grande proportion des réserves prouvées de la planète. Certains pays en développement, notamment le Brésil, ont découvert un énorme potentiel de richesses offshore.

Maintenant les paris sont clos. Aux États-Unis, le forage offshore va sans doute suivre la voie des centrales nucléaires, avec la mise au rancart des nouveaux projets pour des dizaines d’années. Et comme c’est souvent le cas, une crise qui survient dans un pays peut atteindre une dimension Lire la suite

Prochain numéro de LaRevueDurable « Energie : les territoires sur la voie de la transition »

larevuedurable.com, comuniqué, le 3 juin 2010

Parution du prochain numéro de LaRevueDurable

« Energie : les territoires sur la voie de la transition »

Le numéro 38 (juin-août 2010) de LaRevueDurable sort fin juin

Pour préparer l’avenir, il faut sortir au plus vite de l’ère éphèmere du pétrole et, d’une manière générale, des énergies fossiles. Face à la myopie des Etats et du monde de la finance sur ce chapitre et à l’incapacité des actes individuels seuls à répondre à un tel défi, les territoires ont une réelle marge de manœuvre pour faire émerger sans tarder une autre culture de l’énergie.

Ce 38e dossier de LaRevueDurable met à l’honneur le mouvement, dit de la transition, qui rassemble des milliers de personnes qui élaborent des plans de descente énergétique locaux pour ne pas se retrouver le bec dans l’eau lorsque le cours du pétrole explosera. Il publie le premier inventaire exhaustif des groupes de transition actifs en Europe francophone avec leurs coordonnées.

D’autres réponses locales au défi énergétique sont au sommaire de ce nouveau dossier de LaRevueDurable : les villes à basse consommation d’énergie et haute qualité de vie pour tous, les plans climat qui fleurissent en France, la planification territoriale de l’énergie du canton de Genève, les réseaux électriques intelligents testés en Allemagne et l’urbanisme solaire, balbutiant dans plusieurs pays européens.

Le contenu détaillé de ce dossier figure dans le sommaire ci-joint.

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La marée noire dans le golfe du Mexique : Un Tchernobyl américain ?

ledevoir.com, François Brousseau, le 31 mai 2010 

Un Tchernobyl américain

Depuis maintenant six semaines, le golfe du Mexique, vaste mer intérieure nourricière des États-Unis, saigne depuis ses profondeurs et se souille peut-être jusqu’à l’irréparable.

Depuis une vingtaine d’années, on nous prophétise un désastre environnemental venu du ciel et de l’atmosphère. Mais dans la vie, rien ne se produit jamais comme on l’attend: c’est aujourd’hui du fond de l’océan, par un viol de main humaine inspiré par la voracité énergétique, que le malheur arrive.

L’échec, ce week-end, d’une nouvelle tentative de colmatage de la fuite de la plate-forme Deepwater Horizon — un nom faussement prophétique — laisse maintenant entrevoir des mois supplémentaires de fuite purulente et de catastrophe démultipliée.

Crise écologique, crise économique : la catastrophe de l’environnement s’est vite doublée, dans plusieurs États du sud, d’un désastre économique local et régional. Des dizaines de milliers de personnes ont vu leur gagne-pain disparaître sous une repoussante glu d’hydrocarbures.

Crise politique aussi. Il est ironique que dans ce pays qui a érigé en religion la détestation de Washington, de l’administration et des pouvoirs publics, on crie maintenant — y compris parmi cette droite pro-business et antigouvernementale qui se découvre écologique — «Mais que fait donc le gouvernement?».

C’est qu’aux États-Unis, curieusement, on hait le gouvernement fédéral en même temps que l’on idéalise la fonction présidentielle et sa puissance supposée (comme dans la stupide expression «l’homme le plus puissant du monde»). D’où ces demandes d’intervention adressées à un deus ex machina que Barack Obama n’a jamais été et ne sera jamais.

Dans ce pays qui se réfère toujours à sa propre histoire et rarement à celle des autres, un mot est sur toutes les lèvres pour désigner la calamité qui menace maintenant Barack Obama : Katrina.

Katrina, du nom de cet ouragan qui avait ravagé La Nouvelle-Orléans en août 2005. Katrina ou l’incompétence, l’autisme d’une administration — l’administration Bush — envers les petites gens aux vies disloquées. Katrina ou le choix politique de laisser-faire, de temporiser. Katrina ou la fin piteuse d’un président incapable.

L’actuel président reçoit depuis deux semaines le même genre de reproches. S’il est vrai que le Barack Obama cérébral et analytique a paru quelque peu décalé devant le drame, s’il a mis trop de temps à mesurer la véritable dimension de la crise, la comparaison avec Katrina est injuste.

La catastrophe du golfe du Mexique a certes de lointaines causes politiques. On a laissé agir à leur guise les sociétés pétrolières. On a distribué les permis de creuser aux petits copains. On a laissé faire des opérations extrêmes comme Deepwater Horizon dans des eaux poissonneuses, à 60 km de côtes densément peuplées.

Mais à partir du moment où la plate-forme explose, et qu’un problème technique se pose — et un seul —, que peut le président ?

Une meilleure gestion de crise dans l’ordre symbolique (déclarations outragées, visites plus fréquentes sur les lieux, injonctions à la haute administration et à la compagnie pétrolière coupable, voire prise en charge directe des opérations par l’armée américaine…) n’aurait sans doute pas changé grand-chose au drame tel qu’il se vit sur le terrain, depuis le 20 avril, dans l’attente d’une prouesse salvatrice par 1500 mètres de fond.

Un second Katrina ? Que diriez-vous plutôt d’un second Tchernobyl ? Tchernobyl, Lire la suite

James Hansen : « Nous devons fixer un prix au carbone »

terra-economica.info, Karine Le Loët, le 12 mai 2010

James Hansen : « Nous devons fixer un prix au carbone »

Interview – De passage à Paris, le climatologue de la Nasa – l’un des premiers à avoir affirmé le lien entre actions humaines et changement climatique – ne mâche pas ses mots. Reçu ce mercredi à l’Assemblée, il a confié à « Terra eco » son ras-le-bol de l’inaction politique.

Terra eco : Quelle est pour vous la meilleure façon de lutter efficacement contre le réchauffement climatique ?

James Hansen : « Tant que les énergies fossiles resteront les énergies les moins chères, nous continuerons à les brûler. Si elles sont si peu chères aujourd’hui, c’est parce qu’on ne prend pas en compte leur impact sur la société. La pollution de l’air et de l’eau tue près d’un million de personnes par an. Et qui paye la facture ? Le public évidemment. On n’oblige pas les compagnies pétrolières ou charbonnières à vous rembourser si vous êtes affecté par la pollution atmosphérique. Il faut fixer un prix au carbone. Ça n’est que justice. Et cela nous permettrait d’éliminer progressivement le recours aux énergies fossiles dans les prochaines décennies. C’est seulement ainsi que nous pourrons contenir la concentration de carbone dans l’atmosphère à 350 particules par million et que nous éviterons peut-être de franchir certains seuils critiques. Des seuils qui entraîneraient la disparition de la calotte glaciaire et l’extinction des espèces. »

Mais pour que cette taxe soit efficace, il faudrait qu’elle soit mondiale. Pensez-vous vraiment que les gouvernements de tous les pays sont prêts à l’imposer ?

« Aujourd’hui, les hommes politiques essayent de fixer des objectifs de réduction d’émission. Mais ça ne peut pas fonctionner. La Chine, l’Inde n’accepteront pas ces limites alors qu’elles sont en plein développement. En revanche, la Chine pourrait accepter un prix sur le carbone parce qu’elle ne veut pas développer une dépendance vis-à-vis des énergies fossiles, comme c’est le cas aux États-Unis. En fait, ce n’est pas si difficile. Il suffirait que la Chine, l’Europe et les États-Unis se mettent d’accord sur un prix. Ils pourraient ensuite fixer des taxes à l’importation sur les produits fabriqués à partir d’énergies fossiles pour entraîner le reste du monde. Et pour que le public accepte que les prix augmentent, il faut redistribuer un chèque vert. Ceux qui auront une petite empreinte carbone gagneront de l’argent, les autres paieront plus cher. Il n’est pas nécessaire que ça représente un sacrifice. »

Vous pensez donc qu’en tentant d’imposer des limites aux émissions, les gouvernements ne font pas ce qu’il faut ?

« Non. D’ailleurs, la plupart du temps, les mesures qu’ils prennent ne sont rien d’autre que du greenwashing. Prenez l’accord de Kyoto. Avant sa signature, la concentration de CO2 augmentait de 1,5% par an. Depuis la signature, elle augmente de 3%. Tandis que la seule réussite de Copenhague c’est de n’être pas parvenu à un accord sur les marchés d’échange de CO2 qui ne servirait à rien. »

Mais les États peuvent déjà peut-être avancer en interne. Aux États-Unis, Obama essaye de passer sa loi sur le climat par exemple…

« Je ne crois pas qu’Obama comprenne vraiment le problème. On ne peut pas lui en vouloir. Il croit ce que ses conseillers lui disent. Le problème c’est Lire la suite

Hervé Kempf : La vraie dette

reporterre.net, Hervé Kempf, le 5 mai 2010

La vraie dette

Nouvelles en vrac. On apprenait, le 30 avril, que deux membres du peuple surayaku, au sud de l’Equateur, avaient été blessés par un groupe d’hommes armés – les Surayaku s’opposent à l’exploitation du pétrole sur leur territoire.

Le 30 avril, des manifestants ont protesté à Madrid devant le siège du géant pétrolier hispano-argentin Repsol-YPF contre son projet de prospection pétrolière en Amazonie péruvienne.

Le 5 mai, l’organisation Friends of the Earth (Les Amis de la Terre) publie un rapport montrant que les compagnies européennes investissent massivement dans l’exploitation des sables bitumineux au Canada et ailleurs ; ces sables contiennent du pétrole, dont l’extraction est particulièrement polluante et destructrice de l’environnement.

Le 29 avril, la Norvège et la Russie ont passé un accord sur leur frontière en mer de Barents, afin de faciliter l’exploitation du pétrole dans cette mer arctique.

Le 4 mai, une marée noire provoquée par l’explosion d’une plate-forme pétrolière, le 22 avril, continue à faire sentir ses effets catastrophiques dans le golfe du Mexique.

Que se passe-t-il ? Le pic pétrolier commence à se manifester et de plus en plus de pays producteurs voient diminuer le volume de pétrole qu’ils peuvent extraire de leur territoire. Mais la demande de pétrole se maintient. Alors on cherche du pétrole ailleurs : en Amazonie, sous les mers, en Arctique. C’est-à-dire dans des écosystèmes fragiles, et dans des conditions de plus en plus difficiles. Cela promet des destructions écologiques quasi certaines, sans pour autant garantir de repousser le pic pétrolier global très longtemps.

Trois possibilités s’ouvrent alors : on continue en se disant qu’on verra ce qui arrivera ; on parie que la fée technologie résoudra les problèmes, que nucléaire et éoliennes prendront le relais dans quelques décennies ; on s’organise pour réduire la demande. Le chroniqueur ne croit pas exagérer en estimant que cette dernière possibilité suscite assez peu d’intérêt. C’est pourtant la seule qui permettra d’éviter la grande crise, sachant que le temps est compté. Elle n’exclut pas la technologie, mais elle pose que l’enjeu principal est celui du changement des modes de vie.

Nous avons développé une dette écologique énorme. Pour tenter d’éviter l’épreuve de vérité, nous inventons des « actifs écologiques pourris » : exploitation pétrolière en Arctique et offshore profond, multiplication des déchets et des risques nucléaires, banalisation des environnements. Mais toutes les bulles explosent un jour. Il faut payer la dette, dit-on aux Grecs. Quand paierons-nous la dette Lire la suite

Edgar Morin : « L’une des tragédies de l’Europe, c’est que les nations sont égocentriques »

latribune.fr, Propos recueillis par Robert Jules et Philippe Mabille, le 2 mai 2010

|Edgar Morin : « L’une des tragédies de l’Europe, c’est que les nations sont égocentriques »

Dans un grand entretien à lire ce lundi dans La Tribune, le sociologue et philosophe français Edgar Morin revient longuement sur la crise grecque et ses conséquences.

La Tribune : l’impuissance à apporter une solution au problème grec n’est-elle pas la démonstration d’une crise des finalités de l’Europe ?

Edgar Morin : La finalité première de l’Europe, c’était d’en finir avec les guerres suicidaires. Face à l’Union soviétique et ses satellites, il fallait créer et sauvegarder un espace de démocratie et de liberté. Donc, l’idée première était fondamentalement politique. Mais la résistance des Etats nationaux à abandonner une parcelle de souveraineté pour créer une entité politique supranationale a bloqué cette évolution. Dans les années 50, les grands courants économiques qui traversaient l’Europe occidentale ont permis de constituer une unité économique qui s’est achevé avec la constitution de l’euro. Mais sans aller au-delà. Nous avons payé cher cette débilité politique, par exemple avec la guerre de Yougoslavie. Et aujourd’hui, dans le cas de la Grèce, on mesure bien l’absence d’une autorité politique légitime. L’Europe est arrivée dans un état d’impuissance. Elle est paralysée par son élargissement et son approfondissement est bloqué par la crise actuelle.

La montée du nationalisme en Europe vous inquiète-t-elle ?

Avant même 2008-2009, il y avait déjà des poussées de nationalisme, certes limités à 10 ou 15% des voix, mais qui représentaient quelque chose de nouveau dans le paysage européen. Là-dessus s’est greffée la crise financière et économique, qui favorise ces tendances xénophobes ou racistes. L’Europe est arrivée à une situation « crisique » puisque pour la première fois, l’hypothèse que l’euro puisse être abandonné par un pays comme la Grèce a été émise, même si cela a été pour la rejeter. L’euro que l’on pensait institué de façon irréversible ne l’est pas. En fait, on ne sait pas très bien vers quoi le monde se dirige. Et, bien qu’il s’agisse d’une situation très différente de celle de 1929 ne serait ce que par le contexte européen, il ne faut pas oublier que c’est dans le pays le plus industrialisé d’Europe, l’Allemagne, qu’Hitler est arrivé légalement au pouvoir en 1933. Je ne veux pas dire que nous sommes condamnés à une troisième guerre mondiale, mais l’aggravation de la crise économique peut avoir des conséquences politiques et sociales extrêmement graves.

Quelle est la nature profonde de la crise que nous traversons ?

Par delà son déclenchement local, aux Etats-Unis, cette crise est liée à l’autonomisation du capitalisme financier, à l’ampleur de la spéculation, au recours de plus en plus important au crédit chez les classes moyennes appauvries, et aux excès d’un crédit incontrôlé. Mais la cause globale est l’absence de régulation du système économique mondial. Le règne du libéralisme économique est fondé sur la croyance que le marché possède en lui des pouvoirs d’autorégulation, et aussi des pouvoirs bénéfiques sur l’ensemble de la vie humaine et sociale. Mais le marché a toujours eu besoin de régulations externes dans le cadre des Etats nationaux. Après la mythologie du communisme salvateur, la mythologie du marché salvateur a produit des ravages, de nature différente, mais tout aussi dangereux.

Une autorité planétaire telle que le G20 apporte-t-elle la réponse ?

Nous sommes dans le paradoxe de la gestation d’une société monde où l’économie et les territoires sont reliés entre eux, mais pour qu’il y ait au-dessus de cela une autorité légitime, il faudrait qu’il y ait le sentiment d’une communauté de destin partagé. Pour des problèmes vitaux comme la biosphère, la prolifération des armes nucléaires ou l’économie, il n’y a pas de véritable régulation mondiale. Ce qui se passe dans l’économie est à l’image des autres débordements, des autres crises du monde. La crise économique n’est pas un phénomène isolé. Elle éclate au moment où nous vivons une crise écologique.

C’est une crise de civilisation ?

C’est une crise des civilisation traditionnelles, mais aussi de Lire la suite

Etats-Unis et pétrole : L’overdose

liberation.fr, Laurent Joffrin, le 30 avril 2010

Overdose

L’Amérique, il faut bien le dire, est droguée au pétrole. On dira que les toxicomanes sont légion à la surface du globe, au sud comme au nord. Mais les Etats-Unis souffrent, dans ce domaine, d’une dépendance particulière. Pays de l’automobile reine, pays du camion triomphant, l’Amérique voit dans le véhicule à moteur une métaphore de la liberté. L’électeur sanctionne tout candidat qui fait mine de taxer le carburant ; les investissements dans les transports collectifs, moins accros à l’hydrocarbure, affichent un retard historique ; le lobby pétrolier dispose d’une audience malsaine ; les républicains militent avec une virulence extrême pour la liberté de forage et d’exploitation, persuadés que ce qui est bon pour Exxon ou BP est bon pour les Etats-Unis.

Et comme toute toxicomanie, la pétrodépendance comporte ses effets seconds et ses overdoses. Telle est l’origine réelle du tsunami gluant qui menace les bayous mélancoliques, les pélicans placides et ce delta du Mississippi qui irrigue tant de légendes américaines. L’extraction frénétique du pétrole au large de la Nouvelle-Orléans suppose, quelles que soient les précautions prises par les compagnies, une acceptation du risque. Cet impératif pour ainsi dire culturel se double d’une tension financière. Les multinationales privées qui alimentent les circuits de la drogue pétrolière sont naturellement enclines à limiter les dépenses de sécurité au nom du profit. Une polémique se développe autour de la responsabilité de British Petroleum, accusé, avec des arguments sérieux, d’avoir fait preuve de négligence. Accoutumance pétrolière et obsession de la rentabilité : voilà pourquoi Lire la suite

Ville en transition, nouvelle initiative en Gironde

wikipedia.org, avril 2010

Ville en transition

(Une initiative de transition vient de débuter en Gironde, 2ème rencontre à la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine 3 rue de Tauzia à Bordeaux le mardi 4 mai à 18h30. Il est proposé d’amener de quoi pique-niquer sur place. Ouvert à toutes et à tous.)

Une ville en transition est une ville dans laquelle se déroule une initiative de transition, c’est-à-dire un processus impliquant la communauté et visant à assurer la résilience (capacité à encaisser les crises économiques et/ou écologiques) de la ville face au double défi que représentent le pic pétrolier et le dérèglement climatique.

Ce processus a été développé en 2005 par les étudiants du cours de soutenabilité appliquée de l’université de Kinsale (Irlande) sous la direction de Rob Hopkins, formateur et enseignant en permaculture[1]. La première mise en application a été initiée en 2006 dans la ville de Totnes au Royaume Uni. Depuis, le mouvement est devenu international et compte plus de 150 initiatives officielles[2].

L’originalité du mouvement des initiatives de transition sur les mouvements écologistes ou sociaux existants tient en plusieurs points. Tout d’abord, la vision de l’avenir est résolument optimiste, et les crises sont vues comme des opportunités de changer radicalement la société actuelle. La deuxième originalité est que le mouvement concerne la communauté dans son ensemble car c’est cette dernière qui doit porter le changement. L’action ne doit pas exclusivement venir des gestes individuels quotidiens, ni des instances politiques via la législation. C’est pourquoi le mouvement des initiatives de transition est apolitique et ne choisit pas les confrontations (manifestations, …). Ensuite, le mouvement a développé une théorie psychologique inspirée de celle des traitements des dépendances toxicologiques pour tenter de traduire le désespoir ou le déni souvent consécutifs à la découverte du pic pétrolier et de notre dépendance au pétrole, en actions concrètes. Cette originalité semble à la source du succès que connait le mouvement des villes en transition[2], mais elle suscite aussi des critiques, notamment sur le manque d’engagement politique.

Le double défi du pic pétrolier et du dérèglement climatique [modifier]

Le pic pétrolier [modifier]

Article détaillé : Pic pétrolier.

Courbe théorique du pic de production

La notion de pic pétrolier n’exprime pas la fin des réserves de pétrole, mais traduit la fin du pétrole conventionnel bon marché. À l’échelle d’une région, la production de pétrole suit une courbe de distribution normale (voir le cycle d’exploitation d’un gisement), c’est-à-dire que la production croît rapidement, avant de s’infléchir, de passer par un plateau de production, pour suivre le mouvement inverse. Le pic pétrolier est la date à laquelle la courbe de production mondiale n’augmentera plus, traduisant le maximum de production atteint. À ce moment-là, et pour la première fois, la demande excèdera durablement la production, provoquant une hausse des prix qui s’intensifiera à mesure que la production décroîtra.

L’estimation de la date du pic pétrolier varie suivant les compagnies pétrolières, les institutions officielles et les associations d’étude du pic. Ces différences peuvent provenir d’une vision différente (vision économiciste dans laquelle la production suit la demande), d’une divergence sur la théorie (la notion même de pic pétrolier), de l’incertitude sur l’estimation de certaines données (les réserves sont des données géostratégiques) ou sur différents modes opératoires de calcul (prise en compte ou non du pétrole non conventionnel). De plus, la consommation, autre variable affectant le pic, est soumise à des évènements (externes ou issus de rétroactions), par exemple politiques ou économiques. Les différents pronostiques vont donc du déni d’un pic pétrolier pour l’OPEP[3], à l’horizon 2020 pour Lire la suite

Dominique Bourg : « La nature est devenue abstraite pour l’homme »

terra-economica.info, Karen Bastien, avril 2010

Dominique Bourg : « La nature est devenue abstraite pour l’homme »

Interview – SERIE : QUEL AVENIR POUR LA BIODIVERSITE ? 1/5

Cela fait 2 000 ans que l’homme croit vivre dans un immense décor, où il peut puiser sur les ressources naturelles sans compter. Le philosophe Dominique Bourg nous explique les origines religieuses et culturelles de cette relation distanciée entre l’homme et la nature.

Si l’on vous dit que vous faites partie intégrante de la biodiversité au même titre que l’oursin, le pivert, le poisson-lune, la hyène, le géranium ou l’ortie, ça vous chiffonne, n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le (la) seul(e). Cela fait plus de 2 000 ans que ça dure. La faute à l’Homo sapiens qui a toujours cherché à s’émanciper de la tutelle de la nature, en la dominant, en la domestiquant et en l’exploitant. L’homme a si bien réussi qu’il est aujourd’hui contraint de prendre en charge des régulations autrefois naturelles : tenir la comptabilité des gaz rejetés dans l’atmosphère, protéger la pureté des nappes phréatiques, sauvegarder des espèces animales et végétales… Il est devenu « comptable de ses propres conditions naturelles d’existence et du sort des générations futures », comme le souligne le philosophe Dominique Bourg. Comment en est-on arrivé là ? Réponses avec ce spécialiste des questions de philosophie politique et de durabilité, membre actif du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot et ancien vice-président d’une commission du Grenelle de l’environnement.

Depuis janvier, la biodiversité agite colloques et sommets internationaux, s’invite à la une des journaux. Pourquoi faut-il décréter une année internationale pour s’intéresser à la nature ?

Car nous entretenons depuis longtemps une relation distanciée avec elle. Nous n’avons pas l’impression d’en dépendre, nous continuons à supporter l’image d’une nature décor. Ce n’est que lorsque le baril de pétrole atteindra des sommets ou que nous manquerons d’eau que nous réaliserons ce que signifie de piller les ressources naturelles. Les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont aujourd’hui dégradés pour 60 % d’entre eux. Et à consommation constante, les réserves connues d’or, d’argent et de palladium s’élèvent à une quinzaine d’années. Le mot « nature » est lui-même en crise. Que recouvre-t-il ? Le pétrole, l’eau, le renard, le changement climatique, la plage ? Dans nos têtes, c’est un kaléidoscope de tout cela. Des années de célébration comme 2010 ont le mérite de remettre cette nature au centre de nos préoccupations. C’est sûrement nécessaire car nous ne prenons jamais conscience des choses de façon progressive. Il faut choquer, bousculer. 

Selon les spécialistes, nous serions au tout début d’une extinction de masse provoquée par l’homme. Le taux d’extinction actuel est 10 000 fois supérieur au taux naturel. Mesurons-nous ce qui est en train de se dérouler ?

Difficile à dire car la nature est en partie devenue abstraite à nos yeux. Elle n’est plus de l’ordre du sensible. Nous sommes en effet incapables de percevoir par nos sens les grandes dégradations que nous lui infligeons, par exemple Lire la suite

Gan et Billère (64), prochaines villes en transition ? – Projection du film « En transition » le mardi 4 mai à 20h30

amapdegan.over-blog.com, article, le 23 avril 2010

Gan, prochaine ville en transition?

Les associations APQV, Slow Food Béarn, Tiss’liens64 et les Petits Hommes de la Terre, ont le plaisir de vous convier à la projection du film « EN TRANSITION » à la salle Robert De Lacaze, place de la Mairie à Billère, près de la route de Bayonne, le mardi 4 mai 2010 à 20h30.

Un co-voiturage sera organisé au départ de Gan.

La projection du film (50 minutes) sera suivie d’un débat ouvert à tous.

Entrée gratuite

Billère, prochaine ville française en transition : rêve ou réalité ?

VILLES EN TRANSITION est un mouvement citoyen démarré il y a seulement 3 ans un peu partout dans le monde.

Considérant l’épuisement des ressources pétrolières imminent et un réchauffement climatique en plein expansion, Transition considère que notre société moderne (et ses dirigeants politiques et économiques) ne réagit pas de façon suffisante à ces changements profonds. En s’appuyant sur les capacités créatrices du groupe sur la base d’une vision positive de l’avenir, le mouvement local de transition définit des propositions concrètes pour diminuer la dépendance pétrolière (estimée à 4000 litres par personne et par an en France !), résister aux impacts de l’environnement extérieur et survivre par ses propres moyens.

Face à une situation qui nous imposera de vivre dans un monde « plus petit » et de proximité, Transition nous prépare à reconstruire une économie à partir d’initiatives locales, écologiques, solidaires basée sur nos besoins réels et sur la qualité de vie.

Le film ( en anglais sous-titré en français) explique la notion de Lire la suite

Le réveil d’un volcan islandais : une poussière dans l’œil de la mondialisation et une occasion exceptionnelle pour la relocalisation !

mouvementutopia.org, communiqué, le 19 avril 2010

Le réveil d’un volcan islandais : une poussière dans l’œil de la mondialisation et une occasion exceptionnelle pour la relocalisation !

Un phénomène naturel aura montré la fragilité de l’organisation mondiale du système économique fondé sur les échanges internationaux.

Cette « crise » éphémère préfigure ce que nous promet la fragilité d’un système d’échanges reposant sur l’exploitation sans limite du pétrole, ressource naturelle pourtant limitée. Elle révèle une nouvelle fois l’aveuglement et le court termisme d’un modèle économique mondialisé dont le seul moteur est le profit immédiat en même temps qu’elle nous donne à réfléchir sur le sens de cette organisation productiviste.

Fabriquer et produire loin au moindre coût, dans un système d’échange fondé sur la délocalisation,  n’est possible qu’en sous évaluant le coût réel et global du transport, et en exploitant le déséquilibre économique et social entre pays producteur et pays consommateur.

Une part importante des échanges internationaux se fait par voie aérienne.

Il s’agit principalement des produits à forte obsolescence : les fruits, les légumes, les fleurs…

Sous l’effet de la suie, les roses et les haricots verts devront patienter au Kénya avant de retrouver nos étals de marchés.

Les conséquences mondiales d’un tel système sont désastreuses !

La délocalisation a totalement déstructuré les économies locales. Au delà de la casse industrielle dont sont victimes les ouvriers des bassins de production, elle est à l’origine de la paupérisation des peuples du sud privés volontairement de leurs moyens de subsistance.

70% des habitants de bidonvilles péri-urbains sont d’anciens paysans qui forment la masse corvéable des nouvelles usines ou champs de production agricoles du monde.

Plus, plus loin, moins cher, plus souvent, plus vite !

Un nuage de suie et ce sont plus de 16.000 vols qui sont annulés et 7 millions de passagers bloqués.

200 millions de dollars de pertes journalières pour les compagnies aériennes, et aussitôt une demande de soutien public autorisée par l’union européenne ! Face à ce constat nous ne soutiendrons pas les amoureux des safaris et autres plages exotiques qui auront dû « patienter » quelques jours avant de retrouver le soleil printanier de l’Europe. Un comble pour ces inconditionnels du consommer vite, loin, pas cher !

Cette logique est celle d’un système de croissance économique reposant sur la consommation et l’assouvissement immédiat de « désirs » devenus des « besoins » pour le seul bénéfice immédiat d’une minorité.

Ce volcan islandais pourrait ainsi être un bon augure.

Au delà du signal pédagogique qui préfigure l’ère de l’après pétrole, la pollution induite par ce phénomène naturel sera Lire la suite

Stephane Foucart dans Le Monde : Qui finance le climato-scepticisme ?

lemonde.fr, Stéphane Foucart, le 19 avril 2010

Qui finance le climato-scepticisme ?

Washington Envoyé spécial

En 2009, le lobbying des entreprises américaines pour peser sur le projet de loi climat-énergie – aujourd’hui moribond, selon une majorité d’observateurs – a battu tous les records. C’est la conclusion d’analyses indépendantes du Center for Public Integrity (CPI) et du Center for Responsive Politics (CRP), qui fondent leurs travaux sur les chiffres officiels du secteur privé américain. Sur le dossier climatique, ce dernier exerce une influence sur les opinions publiques en finançant des think tanks qui combattent l’idée d’une responsabilité humaine au réchauffement.

LES DÉPENSES DE LOBBYING SUR LE CLIMAT ONT AUGMENTÉ DE 400 %

Le lobbying est très réglementé aux Etats-Unis. Toute organisation, association ou entreprise doit déclarer, chaque trimestre, les sommes qu’elle investit dans les cabinets de lobbyisme pour faire valoir ses points de vue auprès des parlementaires. « Elles doivent aussi déclarer les sujets sur lesquels elles font du lobbying, mais n’ont pas d’obligation d’attribuer une somme précise à chacun de ces sujets, explique Kate Willson, enquêtrice au CPI. Il est donc difficile d’évaluer l’ampleur du lobbying spécifiquement dédié à la question climatique. En prenant une option basse, c’est-à-dire en considérant que le lobbying climatique ne représente que 10 % de l’ensemble des sommes dépensées par des entreprises ayant déclaré faire du lobbying sur le sujet du climat, nous parvenons à une estimation d’environ 90 millions de dollars [67 millions d’euros] spécifiquement dépensés en 2009 sur le climat. Avec une forte accélération au dernier trimestre, au cours duquel environ 30 millions de dollars ont été dépensés selon ce calcul. » Selon les estimations du CPI, l’activité de lobbying sur le dossier climatique a augmenté, aux Etats-Unis, de près de 400 % au cours des six dernières années.

Cette tendance est aussi mesurable, selon David Levinthal, analyste au CRP, à l’explosion du lobbying pratiqué par les producteurs d’énergie fossile, qui seraient les plus touchés par une loi réglementant les émissions. « Par exemple, Exxon dépensait, il y a encore quelques années, entre 6 et 7 millions de dollars par an en lobbying, dit M. Levinthal. Ils ont dépensé entre 25 et 30 millions en 2008 et 2009. Tout n’a pas été consacré au climat, mais cela donne une idée. » En moyenne, sur la période 1998-2009, Exxon arrive à la neuvième place des plus gros lobbyistes ; sur la période 2008-2009, il est deuxième. « En 2009, il y a quatre producteurs d’énergies fossiles – BP, ConocoPhillips, Chevron et Exxon – dans les vingt entreprises américaines les plus dépensières en matière de lobbying« , résume M. Levinthal.

Le lobby des énergies renouvelables – éolien, solaire, ONG, etc. – a aussi accru ses dépenses ces deux dernières années. « Mais les lobbyistes qui travaillent pour les industriels émetteurs de carbone sont à huit contre un, si on les compare à ceux des énergies renouvelables, des ONG, etc. », dit David Kaplan, directeur éditorial du CPI.

SEMER LE DOUTE SUR LA CLIMATOLOGIE

Si elle passe par le Congrès, la lutte d’influences autour du changement climatique se joue aussi dans l’opinion. Cette bataille-là, assure Kert Davies, directeur des recherches de la branche américaine de Greenpeace, « remonte à plus de vingt ans ». M. Davies cite, entre autres, un célèbre mémo révélé en 1998 par le New York Times. Le texte exposait un plan de communication établi par des responsables de géants des énergies fossiles (Exxon, Chevron, Southern Co.) et de think tanks conservateurs (George C. Marshall Institute, Frontiers of Freedom, Advancement of Sound Science Coalition, etc.). « La victoire sera complète », détaillait le document, quand « les citoyens moyens « comprendront » [reconnaîtront] les incertitudes de la science climatique », ou encore quand « la couverture des médias » admettra « la validité des points de vue qui vont à l’encontre de l’actuelle « sagesse conventionnelle » » en science climatique…

EXXON TANCÉ PAR L’ACADÉMIE DES SCIENCES BRITANNIQUE

Selon M. Davies, le « climategate » – le piratage et l’exposition sur Internet, fin novembre 2009, de courriels embarrassants échangés entre plusieurs chercheurs – est le dernier événement de cette Lire la suite

Le “peak oil” vu de France : des moulins, ma parole !

petrole.blog.lemonde.fr, Matthieu Auzanneau, le 13 avril 2010

Le “peak oil” vu de France : des moulins, ma parole !

Il paraît qu’un blog, ça sert aussi à défendre ses propres analyses. Alors résumons-nous.

Nous avons :

– le patron de la prospective sur le pétrole à Washington qui nous dit que la production mondiale de carburants pourrait décliner à partir de l’an prochain, et qui s’inquiète d’un manque de nouveaux projets d’extraction ;

– un rapport du Pentagone qui table sur de fortes pénuries de pétrole d’ici à 2015, évoquant des conséquences “économiques, politiques et stratégiques” graves ;

– un économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie qui prévient depuis cinq ans que le monde doit “sortir du pétrole” aussi vite que possible, afin d’éviterun mur, un grand test devant nous, si les puissances occidentales et aussi la Chine et l’Inde ne révisent par leur politique énergétique de façon substantielle” ;

– un ancien n°2 de l’Aramco, la compagnie pétrolière nationale saoudienne (de loin la première du monde), qui clame que les réserves mondiales officielles de pétroles sont exagérées d’un quart ;

et j’en passe

Mais pendant ce temps-là, dans notre beau pays…

Pas d’inquiétude, citoyens.

Le 9 avril se tenait à la Grande Arche de La Défense une conférence intitulée “Repenser la ville dans une société post-carbone“, parrainée par le ministère de l’écologie et de l’énergie. Ouf, comme toujours, les ingénieurs qui nous gouvernent ont tout prévu.

Ministère de l’écologie et de l’énergie, La Défense, 9/4/10. A droite, Jean Laherrère, co-fondateur de l’Association pour l’étude du peak oil (ASPO)

Sauf que…

cette réflexion autour d’une ville capable de fonctionner avec beaucoup moins de pétrole zyeute vers des horizons lointains, 2030, 2050,… alors que le danger pointé par Glen Sweetnam, Fatih Birol, Sadad al-Husseini et bien d’autres sources solides (voir plus haut) est là, imminent.

Les chiffres officiels sur les réserves de pétrole dites “prouvées” sont opaques : secrets industriels, voire politiques. Des secrets qu’il faut percer d’urgence : si le “peak oil“ n’intervient pas avant la prochaine génération, comme l’affirment la plupart des compagnies pétrolières, alors nous pouvons espérer avoir le temps de nous y préparer, et y faire face. Mais s’il advient plus tôt, je crois que nous risquons gros.

En 2005, j’ai publié une enquête dans Le Monde 2 (pdf) qui tentait d’expliquer les tenants de cette opacité, et surtout ses conséquences. Lire la suite

Serge Orru – L’écologie va réinventer la politique et la politique va réinitialiser l’écologie.

lexpress.fr, Serge Orru, le 6 avril 2010

Flagrant état d’hybridité de l’écologie avec la politique

L’écologie va réinventer la politique et la politique va réinitialiser l’écologie.

La chronique de Serge Orru, du WWF.

Autrefois dédaignée et souvent raillée, l’écologie est aujourd’hui un argument électoral, un véritable sujet de société. L’écologie atterrit en politique et se retrouve tant aimée ou vilipendée. Elle butine à gauche, elle butine au centre et butine à droite. Elle est verte, rose, bleue. Chaque parti politique offre opportunément ses arguments environnementaux. Mais pourquoi ne reste-t-elle encore qu’une simple variable d’ajustement dans une France qui se hâte lentement vers sa transformation verte. L’écologie ne peut rester en ballottage car elle est la problématique d’émancipation de l’homme au XXIe siècle.

L’actualité montre que la politique et l’économie se sont engouffrées dans l’écologie. Car c’est un atout pour gagner des voix en proposant la prospérité verte.

L’écologie non politique, celle des naturalistes, ne dérange guère de monde, et est hélas ignorée. On aime les baleines et les pandas, mais dès que l’on évoque les émissions de gaz à effet de serre, les déchets nucléaires, les OGM, les incinérateurs, le tout-routier, l’agriculture intensive et ses pesticides, le lien environnement-santé, l’écologie devient alors trop visible voire agaçante et gênante. Car elle demande des changements rapides et radicaux. Face aux récents reculs, les écologistes restent déterminés et toujours impatients.

Les enjeux sont toujours là. Les enjeux, justement… le plus connu, le péril climatique, est remis en question malgré l’avis de milliers de scientifiques que d’aucuns transforment pernicieusement en comploteurs… Et quand bien même les écologistes se tromperaient-ils… serait-ce une raison pour continuer à dilapider notre patrimoine naturel et dévorer la biodiversité de notre unique planète bleue comme une orange ? Une raison pour éventrer les forêts boréales de la Colombie Britannique pour en extraire des sables chargés de pétrole ? D’applaudir des deux mains la fonte des glaces qui permettra d’aller puiser d’autres ressources ? Combien de temps resterons-nous fossiles dans ce monde fini à l’inconscience infinie…

Ce que propose l’écologie n’est pas une punition. Ni une contrition face à l’apocalypse. Il s’agit de revoir le sens du progrès, de nos vies et celles des générations futures. L’écologie politique connaîtra l’âge de raison. Aujourd’hui, c’est une période plus instable qui s’ouvre. Place à son adolescence et à sa créativité bouillonnante. Mais l’écologie est entrée dans la Cité et dans les consciences. Elle n’en sortira plus. N’en déplaise aux rois du carbone.

Progressivement, l’écologie politique sera intégrée dans les programmes des partis politiques avec la même force que Lire la suite

Alsace : des programmes toujours plus verts

journaldelenvironnement.net,  Valréy Laramée de Tanneberg, le 12 mars 2010

Alsace : des programmes toujours plus verts

L’Alsace est l’une des rares régions françaises où l’écologie a toujours fait partie du débat politique. Les associations écologistes y sont influentes depuis longtemps. Pour preuve: 6 des principales formations en lice accordent à l’environnement une large place dans leur programme.

1.827.248 habitants – Densité 221 hab./km² – Superficie 8.280 km² – Président sortant: André Reichardt (UMP) – Nombre de listes en présence: 9 – Nombre de conseillers régionaux: 47 – Résultats au 1er tour des listes se réclamant de l’écologie en 2004 : 4,17%

Créditée de 18% d’intentions de vote dans le sondage Opinion Way publié le 8 mars dans le Figaro, Europe Ecologie espère, à la faveur d’une alliance avec le PS, emporter la région. Le programme est donc ciselé pour répondre aux attentes des Alsaciens : aide à l’industrie automobile pour développer les véhicules sobres, soutien massif aux transports collectifs (création d’une carte orange régionale et développement des trains régionaux), application de critères environnementaux à l’octroi d’aides publiques, développement des énergies renouvelables, plan de réhabilitation des logements, application de la taxe poids lourds. Un programme auquel ont également souscrit Cap 21 (l’organisation de Corinne Lepage, vice-présidente du Modem!) et le mouvement des écologistes indépendants d’Antoine Waechter.

Le Front de gauche l’annonce clairement: il se bat pour une «Alsace écologique». Ce qui passe, pour la liste créditée de 1% d’intention de vote, par la gratuité des transports publics pour les chômeurs, les bénéficiaires des minima sociaux, les étudiants et les salariés. Ce rassemblement de partis d’extrême gauche entend aussi ouvrir des maisons de l’eau «afin d’inciter les collectivités à gérer ce bien commun en régie publique».

L’UMP veut faire entrer l’Alsace dans l’ère de l’après-pétrole. Un comble dans une région où fut construite la première raffinerie de France ! Plus sérieusement, la formation majoritaire (36% d’intentions de vote) veut implanter localement une industrie des énergies renouvelables: photovoltaïque à couche mince, géothermie. Anticipant l’adaptation des lois Grenelle I et II, le parti du président de la République propose le lancement d’un vaste plan de rénovation des bâtiments régionaux. La mobilité n’est pas oubliée. L’UMP veut multiplier les plates-formes multimodales. Plus original, la formation sortante propose que la région soit chargée de la coordination des schémas régionaux de transport, ferroviaires, fluviaux, mais aussi routiers.

Affaibli par la défection de sa vice-présidente, le Modem présente un programme environnemental bien plus consistant que son crédit d’intentions de vote: 5%. Pesant 47 pages, le projet du parti centriste est très riche. Dans le domaine industriel, Lire la suite

Jean Zin : La transition énergétique

jeanzin.fr, Jean Zin, 12 mars 2010

La transition énergétique

On n’a rien vu encore. La crise économique s’aggrave en devenant crise politique mais ce n’est pas notre seul problème, ni peut-être le pire car la crise énergétique va rapidement revenir sur le devant de la scène. En effet, le pic de la production pétrolière pourrait bien être atteint en 2014. Oui, dans 4 ans seulement, vous avez bien lu ! Ces annonces sont toujours sujettes à caution, très dépendantes du niveau des cours, mais justement la retombée de ce qu’on a pris pour une bulle du pétrole (à l’origine de l’écroulement financier) a découragé des investissements qui auraient pu exploiter d’autres sources et, c’est un fait, les capacités actuelles sont à leur maximum. On va donc se trouver avec des risques de pénurie sur une période de plus de 10 ans sans doute. Ce n’est pas la fin du pétrole, bien sûr, encore moins l’apocalypse mais du moins le signe de la remontée des prix parallèlement à l’activité économique.

On pourrait s’en réjouir si ce qu’on risquait surtout, c’est que le charbon ne se substitue au pétrole ! De quoi nous sauver de la déflation au moins mais en nous enfonçant un peu plus dans la crise… sauf si on décidait de prendre la question énergétique au sérieux et qu’on s’engageait résolument dans la transition énergétique avec une véritable économie de guerre destinée à un basculement rapide vers les énergies renouvelables. C’est ce que proposait Lester Brown dans son « Plan B. », prenant modèle sur la reconversion industrielle opérée par les USA au début de la guerre de 1940 pour produire des avions en masse, ce qu’on pourrait faire pour produire des éoliennes en masse de la même façon sur quelques années. J’avais critiqué ces propositions comme trop éloignées d’un projet écologiste mais, dans le contexte actuel, cela vaudrait quand même mieux qu’une guerre ou de prendre le risque d’un nucléaire mal maîtrisé comme l’EPR, et, sur le court terme, il n’y a pas tellement mieux à faire.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire des économies d’énergie une priorité mais qui n’empêchent pas l’effet rebond s’il n’y a pas d’énergies alternatives. On sera bien obligé de faire feu de tout bois dans la période de vaches maigres qui s’annonce, et même si à plus long terme l’énergie devrait être abondante puisqu’il y a plus de soleil qu’il ne nous en faut. Appeler à un capitalisme vert et la reconversion des industries automobiles en fabricants d’éolienne ou de panneaux photovoltaïque n’est pas non plus renoncer à sortir du capitalisme, ce qui prendra plus que quelques années. Il ne s’agit pas de faire de l’idéologie mais de bonne stratégie puisque le système de production capitaliste existe, faisons lui produire ce dont nous avons besoin, et puisque l’alternative n’existe pas, construisons-la. Combiner alternative, économie d’énergie et capitalisme vert est incontournable dans cette période de transition.

Il y a le risque bien réel que ce soit la Chine qui rafle la mise, il n’est pas sûr que le secteur florissant jusqu’alors en Allemagne survive à la baisse des soutiens de l’Etat. Il est certain que, pour que ce soit viable, avec l’effet d’entraînement suffisant pour nous sortir à la fois de la crise économique et énergétique, il faudrait l’équivalent Lire la suite

Stéphane Hallegate – L’épuisement d’un monde fini

mediapart.fr, Stéphane Hallegate, le 8 Mars 2010

Stéphane Hallegatte est économiste, ingénieur climatologue à Météo-France et chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired).

L’épuisement d’un monde fini

Pour le chercheur Stéphane Hallegate, la crise financière et la crise environnementale ont des causes du même type: l’absence d’anticipation de la fin des stocks. Stocks de dette absorbable par les ménages américains dans le premier cas, stocks de gaz à effet de serre à émettre, d’eau ou de pétrole à puiser dans le second. 

Le monde vit aujourd’hui une double crise d’une ampleur peu commune. D’abord, la crise financière et bancaire commencée en 2008 aux Etats-Unis s’est transformée en une profonde crise économique, créant des dizaines de millions de chômeurs supplémentaires, repoussant des millions de personnes dans la pauvreté, et augmentant le sentiment général d’insécurité économique. Et la durée de cette crise reste incertaine, les économistes et les politiques oscillant, en fonction du signe de la dernière statistique publiée, entre un optimisme forcené et le pessimisme le plus noir.

Mais nous vivons aussi les conséquences de l’échec de la conférence de Copenhague, où devait se décider l’avenir du protocole de Kyoto et les objectifs de tous les pays du monde concernant le changement climatique. En l’absence d’une réelle volonté des grands pays de prendre des engagements contraignants, la conférence s’est soldée par un accord a minima, qui rend quasiment inatteignable l’objectif européen de limiter le réchauffement à 2°C. Et au-delà de la question climatique, le contexte environnemental est tendu sur l’ensemble du globe : la possibilité d’une raréfaction proche des ressources pétrolières a été rendue plus tangible par l’envolée des prix du pétrole en 2008, des crises alimentaires ont parcouru les pays en développement en 2007, les ressources en eau deviennent de plus en plus insuffisantes dans de nombreuses régions du monde, du Moyen-Orient aux Etats-Unis, et les ressources halieutiques [1] semblent plus menacées que jamais.

Ces deux crises parallèles sont liées à des processus bien différents, purement économiques dans un cas, en lien avec l’environnement et la nature dans l’autre. Mais elles ont des causes communes : elles sont liées aux comportements d’agents économiques qui consomment une ressource d’une manière incompatible avec l’exploitation durable du stock.

L’origine des crises financière et environnementale

L’origine première de la crise financière et économique de 2008 et 2009 ne se trouve pas dans le monde de la finance. La cause initiale est la stagnation du revenu des classes moyennes aux Etats-Unis, elle-même liée aux évolutions technologiques et à la globalisation, qui mettent les travailleurs en compétition à l’échelle mondiale et engendrent un tassement des revenus des travailleurs les moins qualifiés dans les pays riches. Or, comment maintenir un taux de croissance élevé quand les revenus de la majorité de la population –et donc sa consommation– stagnent ? Lire la suite

Conférence débat le jeudi 11 mars : « Crise climatique, énergétique, écologique… : l’approche des territoires en transition est-elle adaptée à l’agglomération bordelaise » ?

MNE Bordeaux-Aquitaine – Université populaire de l’environnement, Communiqué, le 4 mars 2010

La Communauté Urbaine de Bordeaux et la Maison de la Nature et de l’Environnement Bordeaux-Aquitaine, vous invitent dans le cadre du Plan climat de la CUB et de l’Université Populaire de l’Environnement, à participer à une conférence-débat publique : le jeudi 11 mars de 18h00 à 20h00

Hôtel de la Cub (Esplanade Charles de Gaulle) – salle des commissions réunies 

« Crise climatique, énergétique, écologique… : l’approche des territoires en transition est-elle adaptée à l’agglomération bordelaise » ? 

Assurer la transition d’un mode de vie qui repose sur une énergie disponible et bon marché, à un mode de vie plus sobre, avec une énergie rare et chère, pourrait bien être une des priorités de cette nouvelle décennie. 

Avec Pierre Radanne (consultant, ancien président de l’ADEME)

et Simon Charbonneau (juriste en droit de l’environnement, militant associatif). 

En présence de Laure Curvale, Vice Présidente de la Cub en charge du plan climat.

Nous vous invitons, en amont de cette conférence, à découvrir plusieurs initiatives qui se mettent en place en Europe :

Lors des négociations de Copenhague en décembre 2009 un collectif de communautés locales a adopté Une déclaration des peuples au Klimaforum09 – Changeons le système ! Pas le climat ! Parmi les revendications : trouver de vraies solutions à la crise climatique basées sur une utilisation sécurisée, propre, renouvelable et durable des ressources naturelles, ainsi qu’une transition vers une souveraineté alimentaire et énergétique, foncière et sur les ressources en eau.

http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/Declaration_des_Peuples_au_Klimaforum_-_Changeons_le_Systeme_Pas_le_Climat_Ultimate_Version.pdf

Le Parlement Wallon a adopté à l’unanimité le 18 juillet 2008 une Résolution sur les pics du pétrole et du gaz. Elle manifeste la prise de conscience du défi majeur que représente le pic pétrolier, tout en prenant en considération le changement climatique. En effet, si les experts ne s’entendent pas sur la date du pic, ils conviennent qu’il est inéluctable et qu’il n’y a pas d’alternative unique au pétrole. Il est donc urgent pour les députés wallons d’adopter des mesures de transition.

http://www.weblex.irisnet.be/data/crb/Doc/2008-09/113709/images.pdf

Une petite ville du Sud-Ouest de l’Angleterre s’est mobilisée depuis septembre 2006, pour vivre sans dépendre des apports extérieurs. L’objectif : réduire la consommation de produits transportés qui ont une lourde empreinte carbone. Il s’agit de la ville en transition [transition town] la plus avancée du monde, pionnière d’un mouvement qui, face au double défi du changement climatique et de la fin prochaine du pétrole à bon marché, a pour objectif de réduire sa consommation énergétique et son empreinte carbone

Le site francophone des villes et communautés en transition http://www.villesentransition.net/

Les sites des territoires français en transition Lire la suite

Jean-Marie Pelt : Faire coïncider écologie et économie

lalibre.be, Charles Delhez, le 17 février 2010

Entretien avec Jean-Marie Pelt, président de l’Institut européen d’écologie.

Faire coïncider écologie et économie

Dossier « Notre planète »

Fils et petit-fils d’horticulteur, botaniste, Jean-Marie Pelt est un amoureux de la nature. Fondateur de l’Institut européen d’écologie à Metz, voici déjà quarante ans, il est de plus en plus préoccupé de l’avenir de notre la petite Planète bleue, riche jusqu’à présent, d’une étonnante biodiversité, véritable assurance-vie de l’humanité. Elle met en effet des ressources à notre disposition, que nous prélevons directement pour nous nourrir, nous vêtir Elle nous fait également bénéficier de sols fertiles, de forêts prospères, d’eau pure, d’insectes pollinisateurs Et, s’exclame Jean-Marie Pelt, ces services-là sont gratuits ! Rencontre à Metz, dans les bureaux de l’Institut, abrités dans le cloître des Récollets du XIVe siècle.

Jean-Marie Pelt, quel est donc votre vocabulaire actuel ? Parleriez-vous de développement durable, de modération joyeuse, de décroissance ?

Je ne parlerais pas de décroissance, car on reste alors dans le vocabulaire usuel. Or, il faut aujourd’hui percevoir les choses autrement. Je préfère donc parler d’économie durable, d’économie verte, d’économie en équilibre. L’économie doit devenir le mode ordinaire de production et de consommation des biens et services, et le lieu ordinaire où les gens trouvent un emploi. La croissance, elle, fait la part grande à la production de richesses, expression que je n’aime pas. En effet, en créant des richesses, on épuise les ressources qui serviraient aux suivants pour en produire eux-mêmes. Il faut repenser les axiomes de l’économie. Cette science s’est installée uniquement dans la société humaine et n’a pas du tout tenu compte des ressources de leurs limites. Economie et écologie doivent finir par coïncider, sinon l’économie sera une sorte de cancer se développant sur le monde des vivants, qui va finir par s’épuiser et tomber gravement malade.

Dans notre évaluation de la croissance des entreprises, par exemple, n’oublie-t-on pas la variable écologique et la variable humaine ? Sous cet angle, n’est-on pas en décroissance ?

Tout à fait ! Je vois que des gens souffrent au travail, à cause de la non-lisibilité des buts de l’entreprise, à cause de l’encadrement, de la pression au travail. Le bonheur intérieur brut n’y est pas. Il faut changer le fonctionnement de l’économie. Cette science récente repose sur des axiomes et des postulats qui n’ont jamais été démontrés, ainsi celui que plus on a de biens et de richesses, plus on est heureux. Côté écologie, rappelons-nous le procès Erika : on a évalué le prix des oiseaux mazoutés et la compagnie a dû payer. On a donné un prix à la nature pour qu’elle puisse entrer dans la mécanique économique. Mais en fait, c’est à la mécanique économique d’entrer dans la nature. L’économie est un sous-système de l’écologie et pas l’inverse.

Michel Serres reproche d’avoir pensé toujours les choses à deux termes, maîtres et esclaves, riches et pauvres, Nord et Sud… Il nous faudrait aujourd’hui les penser à trois termes, en donnant la parole à ce qu’il appelle la “Biogée”, la sphère des vivants. Serait-ce cela l’économie verte ?

Oui. Il s’agit de voir les choses en cohérence, de manière transversale (pluridisciplinaire aurait-on dit jadis). La vie, en effet, fonctionne en réseau. Les choses les plus lointaines peuvent avoir des rapports entre elles sans que le lien ne soit perceptible par nous. Au Canada, par exemple, les orques, qui sont carnivores, finissent par dévorer les loutres, parce qu’ils n’ont plus de poissons à manger. Du coup, les oursins – nourriture des loutres – se sont mis à proliférer, et le matelas d’algues, à diminuer. Mais c’est là que se logent les coquillages et les alvins. La population de poissons est donc menacée. Nous revoilà à la case départ : les orques dévorent désormais les loutres. C’est en interrelation subtile, avec des effets qui sont parfois éloignés de la cause première par un jeu de causes secondes, comme aux dominos.

L’écologie ne serait-elle pas aussi vieille que l’humanité, datant du jour où l’homme s’est distancé de la nature, tout en disant : et pourtant j’en fais partie ?

Justement, depuis quelques siècles, nous ne parlons plus ainsi en Occident. Les peuples premiers, eux, les Indiens, par exemple, ont un rapport fusionnel avec la nature. A la Renaissance, nous nous en sommes séparés. Cette dernière, devenue inerte, a perdu son sens. On en a fait un objet des sciences et de l’exploitation. C’est à tel point que Descartes Lire la suite

Demain, tous producteurs et consommateurs d’énergie verte ?

mycoop.coop, Déli Royo, le 23 février 2010

Demain, tous producteurs et consommateurs d’énergie verte ?

La question de l’énergie est primordiale voire vitale pour nos sociétés car, outre la prise de conscience des effets dévastateurs de l’utilisation d’énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources, nous sommes face à des enjeux sociétaux importants. La dernière soirée Mycoop posait le débat sur le lien entre production et consommation d’énergie verte, ou comment participer à un changement de paradigme ?

Pour intervenir au cours de cette soirée MyCoop, animée par Jean-Michel Youinou du Crédit Coopératif, étaient invités : Stéphanie Lacomblez de Enercoop, Bernard Delville de Vents d’Houyet, Françoise Ledos de Coop de France et Pierre Ducray de l’Union de la Coopération Forestière Française.

Tout d’abord a été évoquée la question de la production. Comment produire une énergie 100% verte et répondre aux besoins exprimés ? Quel circuit de production mettre en place et avec quels acteurs ? Les participants à la soirée ont apporté des éléments de réponse, mais à chaque source d’énergie sont liées des problématiques particulières. D’où la nécessité de mettre en place des solutions locales comme l’a expliqué Bernard Delville de l’association Vents d’Houyet, porteuse du projet d’éoliennes citoyennes en Wallonie, ou tout du moins de mettre en place des solutions prenant en compte les spécificités de chaque territoire. Par exemple, Pierre Ducray de l’UCFF expliquait le travail qui était mené dans le but de valoriser les chutes de bois, liées à l’exploitation des forêts, par la filière énergétique en les mettant à disposition pour la production d’énergie verte. De même,  Françoise Ledos de Coop de France Ouest expliquait le projet Géotexia de méthanisation pour produire du biogaz à partir de lisier et de coproduits* issus de l’agroalimentaire.

Une production relocalisée et inclue dans un schéma où production et consommation se rejoignent grâce à un nouveau modèle de distribution, voilà le second point important qui a été débattu au cours de cette soirée MyCoop. Ainsi, de la production à la consommation, il a été débattu de la manière dont chacun peut se réapproprier la question énergétique. Au cœur de cette démarche, le projet porté par Enercoop, entreprise coopérative créée en 2004 suite à l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence, qui réunit aujourd’hui plus de 5000 consommateurs et 3000 sociétaires. Leur créneau, une offre d’énergie 100% verte à destination de leurs clients, c’est-à-dire de l’énergie produite à partir de sources renouvelables (éolien, solaire, hydraulique, biomasse, etc.). Un engagement qui permet de prendre conscience de l’impact de sa propre consommation d’énergie sur l’ensemble de la chaine, du producteur au consommateur, en passant par le distributeur. En effet, Enercoop, en tant que coopérative, appartient à ses sociétaires qui peuvent être producteurs, consommateurs ou encore producteurs et consommateurs de l’énergie distribuée. C’est là un véritable renversement dans la relation entre producteur et consommateur, car en devenant sociétaire d’Enercoop on devient propriétaire et responsable des moyens de production de l’énergie consommée. Dès lors le rôle du distributeur évolue, il n’est plus seulement le maillon entre production et consommation, mais bien le point de rencontre et d’échange entre les deux.

Le but est d’offrir aux clients la possibilité de Lire la suite

A quoi servent les climato-sceptiques ?

alternatives-économiques.fr, Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, le 22 février 2010

A quoi servent les climato-sceptiques ?

L’offensive des climato-sceptiques contre le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a ruiné en l’espace de quelques mois le consensus qui s’était presque établi sur les dangers du dérèglement climatique. C’est humain : on prête toujours une oreille attentive aux gens qui vous disent qu’il n’y a pas besoin de changer de mode de vie. Ceux qui les soutiennent et leur donnent des tribunes portent une lourde responsabilité vis-à-vis de l’avenir.

Jeudi dernier, Yvo de Boer a démissionné de son poste aux Nations unies. Ce Néerlandais n’était pas connu du grand public, mais il jouait un rôle clé dans les négociations mondiales contre le changement climatique, un sujet qui ne peut avoir de solution que dans un cadre global. On peut en effet agir au niveau local pour préserver les sols, la biodiversité, l’eau. Mais pour le climat, si tout le monde ne marche pas, il ne se passera rien.

Des négociations qui patinent

Jusqu’ici, les choses n’ont guère bougé en pratique. Le sommet de Rio de 1992 n’avait débouché que sur des déclarations et il avait fallu attendre Kyoto, en 1997, pour concrétiser un peu les choses. Mais les Etats-Unis, le principal pollueur de la planète, n’avaient pas ratifié le protocole et nombre de pays signataires n’ont absolument pas respecté leurs engagements, à commencer par l’Espagne ou l’Italie. Et pendant ce temps, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter…

Depuis le succès des films d’Al Gore, Une vérité qui dérange, et de Yann Arthus-Bertrand, Home, on pouvait avoir l’impression que la bataille de l’opinion commençait à être gagnée. Mais patatras, à la fin de l’année dernière, des climato-sceptiques ont piraté les e-mails des climatologues de l’université d’East Anglia au Royaume-Uni et réussi à monter en épingle un ou deux échanges douteux. Quelques semaines plus tard, le sommet de Copenhague, dans lequel on avait mis des espoirs sans doute excessifs suite à la victoire de Barack Obama, tournait au vinaigre. Du fait notamment des Chinois qui y ont testé leur nouveau statut de superpuissance. La négociation est bloquée et Barack Obama a perdu, avec le siège de sénateur du Massachussetts, le dernier espoir d’obtenir une majorité au Sénat en faveur d’une loi sur le climat. Et en l’espace de quelques mois, l’opinion s’est retournée. Les climato-sceptiques pérorent sur tous les écrans, à commencer par notre Claude Allègre national.

Faut-il prendre les climato-sceptiques au sérieux ?

Certes, les scientifiques peuvent se tromper. Ils peuvent être tentés, dans un monde ultracompétitif, de tordre un peu leurs résultats. Mais je ne crois pas un instant que cela puisse avoir été le fait de la communauté des climatologues tout entière, quasiment unanime sur le sujet. Et de toute façon, sans être un spécialiste, je ne vois pas comment le fait d’avoir décoffré depuis plus de deux siècles maintenant les millions de tonnes de charbon, gaz, pétrole enfermées depuis des millions d’années dans les replis de la croûte terrestre pourrait rester sans conséquences sensibles sur le climat.

Pourquoi ça marche alors ?

L’écho que trouvent les climato-sceptiques auprès de l’opinion tient, je pense, davantage à Lire la suite

Totnes, pionnière européenne de l’autarcie verte

Totnes, pionnière européenne de l’autarcie verte

pouvoirdecreation.blogspot.com, Rafael Ramos Marín, le 6 février 2010

Une petite ville du Sud-Ouest de l’Angleterre s’est mobilisée pour vivre sans dépendre des apports extérieurs. L’objectif : réduire la consommation de produits transportés qui ont une lourde empreinte carbone.

A première vue, Totnes est une petite ville anglaise comme tant d’autres : 8 500 habitants, un château, un marché, des pubs fleuris, une rue principale, des commerces et des supermarchés, le même rythme paresseux de la campagne, les mêmes campagnards grognons qui traitent avec une certaine hostilité les Londoniens qui viennent acheter ici leur résidence secondaire où ils mènent leur vie de citadins sophistiqués…Typique. Mais Totnes est différente, ô combien différente ! Il s’agit de la ville en transition [transition town] la plus avancée du monde, pionnière d’un mouvement qui, face au double défi du changement climatique et de la fin prochaine du pétrole à bon marché, a pour objectif de réduire sa consommation énergétique et son empreinte carbone. Cette petite communauté souhaite atteindre l’autarcie.

Totnes offrait le terreau idéal pour une révolution qui a commencé il y a seulement quatre ans à Kinsale (Cork, Irlande) quand un groupe d’étudiants de troisième cycle a rédigé une étude sur le sujet dont les conclusions ont rapidement été adoptées par la mairie locale dans le but de poursuivre ce même objectif. Le professeur Rob Hopkins, qui a participé à la réalisation de cette étude, a choisi de s’installer à Totnes, une petite ville du comté de Devon dans le Sud-Ouest de l’Angleterre dont il est lui-même originaire, pour y mettre en pratique ses idées. Avec sa population diplômée et un peu hippie de la classe moyenne supérieure, dotée d’un énorme pouvoir d’achat et dont les intérêts sont à la fois conventionnels et alternatifs, Totnes était déjà connue comme la capitale du New Age Chic.

Ce qui surprend d’abord dans cette capitale mondiale des villes en transition, c’est que Totnes possède sa propre monnaie : la livre de Totnes. Au total, 10 000 billets d’une livre (une livre de Totnes vaut une livre sterling) ont été imprimés et sont acceptés par une centaine de commerces qui ont choisi de prendre part au mouvement. L’objectif est évident : favoriser l’achat de produits locaux dans les commerces de la ville afin de limiter le gaspillage d’énergie (transport, etc.) et à la survie des petites entreprises. En parallèle, un système d’échange de biens et de services à base de crédits a été mis en place sans prendre pour base les conventions de l’économie formelle.

Au centre-ville, quatre distributeurs permettent de changer des pièces d’une livre pour des billets d’une livre de Totnes. L’initiative a d’abord provoqué une formidable polémique à cause de la distinction qu’elle établit entre les établissements solidaires et ceux qui ne le sont pas – en particulier ceux qui font partie d’une chaîne, dont la clientèle vient d’ailleurs et ne souhaite pas employer une monnaie qui n’a pas cours dans le reste du pays. « Il est vrai qu’une distinction s’établit : d’un côté, ceux qui assument la responsabilité d’acheter local et, de l’autre, ceux qui suivent d’autres modèles. C’est inévitable », explique Noel Longhurst, pionnier de l’organisation Transition Town Totnes.

Un modèle qui s’exporte

Des villes en transition existent en Grande-Bretagne, en Irlande, au Canada, au Chili, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis. Elles représentent un mouvement qui Lire la suite

Plan de mobilisation gouvernemental en faveur des métiers verts

lemonde.fr, le 28 janvier 2010, Hervé Kempf

Plan de mobilisation gouvernemental en faveur des métiers verts

La politique environnementale peut générer des centaines de milliers d’emplois : c’est pour étayer ce pari que Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie, et Valérie Létard, secrétaire d’Etat, devaient présenter, jeudi 28 janvier, à Paris, un « plan de mobilisation pour les métiers de la croissance verte« , lors d’une « conférence nationale ».

Cette dernière conclut un travail engagé par les services de Mme Létard depuis septembre 2009, et qui a réuni près de 400 experts chargés d’identifier les potentialités d’emploi dans onze filières économiques (agriculture, automobile, bâtiment, eau et déchets, électromécanique, énergies renouvelables, raffinage et agrocarburants, tourisme, transport, mer, biodiversité). Leur rapport est plus mesuré que l’estimation optimiste – 600 000 emplois – lancée par M. Sarkozy, en juin 2009, sur la base d’une étude sommaire du cabinet Boston Consulting Group (Le Monde du 30 juillet 2009).

La « Synthèse des travaux des comités de filière » remise en janvier est beaucoup plus prudente. Elle n’identifie formellement qu’environ 210 000 nouveaux emplois pérennes d’ici à 2020 (90 000 dans l’agriculture, 40 000 dans l’eau et les déchets, 80 000 dans les infrastructures de transport collectif). Sur plusieurs autres secteurs, il reste difficile de mesurer le solde net d’emplois, notamment dans le bâtiment, où l’enjeu est très important, avec un vaste potentiel de travaux d’économies d’énergie dans le parc immobilier existant. En revanche, des filières comme l’automobile pourraient perdre des emplois. Le rapport souligne que, en réalité, « la plupart des filières continueront à offrir des emplois sur des métiers traditionnels, mais avec des nouvelles compétences ».

C’est à un constat similaire qu’est parvenu le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), qui a publié, le 25 janvier, un rapport sur le thème « Croissance verte et emploi ». « Il y a consensus pour dire que le tournant du développement durable peut se traduire par un potentiel de plusieurs centaines de milliers d’emplois, résume Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du COE. Mais les nouveaux emplois strictement verts seront peu nombreux. Il y aura surtout des emplois dans des secteurs traditionnels qui se seront « verdis » ou dans des secteurs peu « verts » mais dont l’activité va croître par des décisions politiques, par exemple dans le bâtiment ou dans le développement des tramways. »

Les analyses convergent sur le besoin d’une politique spécifique de formation. « Les comités ayant tous identifié des besoins très importants en matière de formation initiale et continue dans chacune des filières, il en ressort au global un besoin de mobilisation quasi sans précédent de la filière de formation », souligne la synthèse.

C’est d’ailleurs sur ce terrain que M. Borloo et Mme Létard devaient annoncer les principales mesures, avec la création d’un Lire la suite

Pierre Rabhi : L’Autonomie… Le temps de l’insécurité créative est venu

pierrerabhi.org, Pierre Rabhi, le 8 février 2008

L’Autonomie… Le temps de l’insécurité créative est venu.

L’écologie une grande leçon d’autonomie

Le terme « autonomie » suggère une organisation, une situation fondée sur la non dépendance. Celle ci nécessite une détermination, une volonté et des actes pour lui donner réalité. Elle concerne aussi bien un individu, qu’un groupe d’individus ; elle a trait également à un état intérieur, à la subjectivité humaine.

L’autonomie s’applique à des domaines très divers comme le territoire, la nation, la politique, l’économie… Traitée d’une façon exhaustive, cette question nous entraînerait trop loin. Pour éviter toute confusion, nous nous bornerons par conséquent à quelques considérations en rapport avec notre engagement pour la Terre et l’Humanisme. D’une façon générale, l’autonomie s’inscrit dans un contexte qui lui donne sa raison d’être, qui la détermine : on est autonome à l’égard de quelque chose. L’écologie bien comprise est, par excellence, une grande leçon d’autonomie. Elle est fondée sur l’interdépendance des règnes et des espèces. Chaque espèce garde sa spécificité propre mais ne peut survivre sans relation avec les autres espèces. La rupture de cette relation génère la sclérose, une dévitalisation qui, faute de la circulation des énergies vitales, peut aller jusqu’à la mort. Ainsi, paradoxalement, l’interdépendance des espèces a pour finalité et résultat l’autonomie de la totalité d’un écosystème. En préconisant, par exemple, la fertilisation de la terre par de la matière organique, issue des déchets végétaux et animaux habituellement gratuits et transformée en humus, l’agroécologie que nous essayons de propager le plus largement possible respecte le cycle des échanges entre la terre, le végétal, l’animal et l’humain, avec bien sûr tous les éléments et conformément aux règles établies par la vie depuis les origines. L’agroécologie concilie ainsi la nécessité de s’alimenter avec l’indispensable intégrité et pérennité de la dynamique du vivant. Elle est donc facteur d’autonomie. A contrario, l’usage des engrais chimiques, des pesticides de synthèse coûteux à produire (il faut environ trois tonnes de pétrole pour la production d’une tonne d’engrais), est facteur de dépendance ; par leur constitution, ces produits détruisent la dynamique en question. Car cela introduit dans le cycle comme des « corps étrangers » que le métabolisme du sol ne peut ni générer, ni recycler. Le principe élémentaire biologique s’applique à tous les domaines de la vie. La planète Terre est dans sa totalité régie par cette intelligence. Bien qu’elle fût à l’origine peuplée par des créatures innombrables, cela ne s’est jamais traduit sur la biosphère par l’épuisement des ressources. La sphère terrestre dépend bien entendu des énergies cosmiques directes et indirectes – soleil, énergies subtiles -, et probablement de cette mécanique céleste qui nous fascine tant. L’espace écologique est par conséquent infini et notre planète exalte en quelque sorte cette intelligence qui, avec la diversité, la complexité illimitée, crée de la vie et de l’autonomie dans la pérennité et la continuité. C’est une des raisons pour lesquelles la planète terre est un miracle et un prodige inégalable de l’intelligence de la vie. Il y a là un phénomène grandiose digne de toute notre admiration. L’autonomie de la planète se fonde également sur le non gaspillage. La nature n’a pas de poubelle parce qu’elle ne crée pas de déchets. Cette loi est exprimée par le fameux « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». Cette logique inspire la réflexion de l’écologie d’aujourd’hui pour le durable et le reproductible. Cependant, on a tendance à confondre l’autonomie et l’autarcie. On peut définir cette dernière comme un système clos qui prétend suffire à tous ses besoins sans échange avec l’extérieur. Et cela va à l’encontre de l’autonomie telle que la nature nous en donne le principe. Il s’agit donc d’une enclave dans un ordre global, du rejet de tout le contexte dans laquelle elle s’inscrit. Cette option contre nature devient trop souvent le terreau du sectarisme avec le repliement sur une idéologie ou un principe métaphysique qui ne souffre aucun échange ni aucune remise en cause. Les extrémismes ne sont rien d’autre qu’une conviction pathologique de détenir la seule vérité qui soit. Biologiquement, l’autarcie poussée à l’extrême est facteur de dégénérescence. Les anthropologues ont parfois découvert des communautés humaines dites « isolats » qui, faute d’échange avec les populations extérieures, cumulaient les tares par consanguinité et avec un appauvrissement génétique chronique s’acheminaient vers l’extinction. Que ce soit dans l’espace psychique ou physique, il semble que tout confinement va à l’encontre de la dynamique de la vie. Toujours en référence à notre pratique agroécologique, nous faisons une grande distinction entre l’aérobie et l’anaérobie. Un compost aéré donne une matière humique, fermentée et bénéfique ; un compost confiné donne une matière putride et toxique. Les deux principes contraires, autonomie et autarcie, que nous avons essayé d’élucider, devraient nous éclairer pour construire un futur autonome qui s‘avère indispensable pour la survie de notre espèce.

Le hiatus du « pétrolitique »

Cependant, cette nécessité d’autonomie sera mise en échec si nous ne prenons pas en compte, pour nous en affranchir, certains mythes fondateurs de la modernité particulièrement destructeurs d’autonomie. Depuis la révolution industrielle nous avons affaire, pour le meilleur et le pire, à un modèle dominant hégémonique à l’échelle planétaire. Ce modèle, nous le constatons clairement aujourd’hui, repose sur l’option la plus absurde, dépendante et dispendieuse que l’humanité ait imaginé. Cela a donné une civilisation technico-scientifique productiviste et marchande, dont la survie dépend essentiellement d’une matière combustible nauséabonde exhumée des entrailles de la terre, où elle sommeillait depuis des millénaires. Compte tenu de la gigantesque chaotisation qu’elle a provoquée dans l’histoire de l’humanité et de la nature, nous aurions été plus avisés de la laisser où elle était. Car elle est responsable d’un hiatus gigantesque dans le processus de la vie. Avec la thermodynamique, nous sommes entre Prométhée et Vulcain dans la civilisation de la combustion énergique à des fins d’efficacité, de vitesse… La voiture comme l’un des symboles du miracle de la rationalité industrielle chargée de phantasmes – évasion, liberté, emblème social -, est justement l’une des inventions faite du cumul de critères irrationnels. Une analyse objective nous permet de constater que nous avons affaire avec la voiture à un outil qui pèse en moyenne une tonne et demi pour déplacer des individus de plus ou moins 80 kilos. 80% du combustible destiné à le faire se mouvoir servent à produire de la chaleur et à permettre aux usagers de se gazer mutuellement et d’intoxiquer l’atmosphère. Cet outil a inspiré un mode d’organisation de l’espace de vie basé sur la dispersion avec un habitat éloigné des lieux de travail, de commerce, d’éducation… qui ne peut plus fonctionner sans lui. Il pèse lourdement Lire la suite

L’énergie de la communauté : Comment Cuba a survécu au pic du pétrole

internationalnews.fr, Megan QUINN, le 5 mars 2006

Comment Cuba a survécu au Peak Oil

Cuba Solidarity Project

L’énergie de la communauté : Comment Cuba a survécu au peak oil

Traduction « à Cuba, on n’a pas de pétrole, mais on a la Révolution » par CSP Diffusion autorisée et même encouragée Merci de mentionner les sources (de pétrole)

From TheWilderness.com 26 février 2006.

A l’Organiponico d’Alamar, un projet agricole communautaire, un collectif de travailleurs gère une grande ferme urbaine, un marché et un restaurant. Les outils manuels et la main d’œuvre ont replacé les machines consommatrices de pétrole. Les engrais sont produits par des vers de terre et le compostage. L’eau est économisée par un système irrigation au goutte-à-goutte et la communauté est approvisionnée par toute une variété de produits sains.

Dans d’autres communautés à la Havane, où la pénurie de terrains se fait sentir pour mener des projets d’une telle ampleur, les habitants ont crée des jardins sur des terrains de parking et ont planté des légumes sur les toits des maisons et dans les patios.

Depuis le début des années 90, le mouvement d’agriculture urbaine a balayé toute l’île, et la capitale est sur le point d’assurer son autosuffisance alimentaire.

Un petit groupe d’Australiens a participé à ces efforts et s’est rendu sur l’île en 1993 pour enseigner les techniques de permaculture, un système basé sur l’agriculture durable beaucoup plus économe en termes de consommation d’énergie.

Cette nécessité d’introduire l’agriculture au cœur des villes a commencé à la chute de l’Union Soviétique et la perte pour Cuba de plus de 50% des importations de pétrole, d’une bonne partie de ses aliments et de 85% de ses échanges économiques. Les transports furent paralysés, la faim fit son apparition et le cubain moyen perdit environ 15 kgs. (30 livres – ndt)

« En réalité, lorsque tout a commencé, ce fut par nécessité. Les gens ont commencé à cultiver des légumes là où ils pouvaient » explique un guide à l’équipe venue tourner un documentaire en 2004 pour montrer comment Cuba avait survécu à la pénurie de pétrole.

Cette équipe était composée, entre autres, de membres de The Community Solution (la Solution Communautaire), une ONG basée à Yellow Springs, Ohio, qui dispense des formations sur le pic pétrolier (peak oil) – le moment où la production mondiale de pétrole entamera son irréversible déclin. Certains analystes pensent que le phénomène pourrait se produire dans les dix prochaines années, ce qui donnerait à Cuba le statut d’un modèle à suivre.

« Nous voulions découvrir ce qu’il y avait chez le peuple cubain et la culture cubaine qui leur permettait de survire en ces temps si difficiles », dit Pat Murphy, directeur exécutif de Community Solution. « Cuba a beaucoup à nous montrer sur la manière de gérer la crise énergétique. »

La pénurie de pétrole n’a pas transformé uniquement l’agriculture cubaine. Le pays s’est aussi tourné vers de petites unités d’énergies renouvelables et a développé un système de transports publics économe, tout en préservant son système de santé par une politique de prévention et l’application de solutions locales qui permet d’économiser les faibles ressources.

L’époque qui a suivi la chute de l’Union Soviétique est connue à Cuba comme la Période Spéciale. Cuba perdit Lire la suite

En 2010, construisez votre maison en terre et sauvez la planète

bastamag.net, Agnès Rousseaux, le 24 décembre 2009

En 2010, construisez votre maison en terre et sauvez la planète

Construire une maison en terre ? A l’encontre des idées reçues, ce système de construction est possible pratiquement partout. La moitié de la population mondiale vit dans une habitation en terre crue et non en béton. Ces bâtiments sont écologiques et quasiment inusables : certains sont encore debout après des millénaires. Alors, la terre, une ressource pleine d’avenir ?

Construire une maison de terre, ce n’est pas une lubie alternative de salon écologique. La moitié de la population mondiale vit dans des habitations en terre crue. Une tradition tombée en désuétude après 1945 dans les pays riches. « C’est un oubli paradoxal. En France, 15 % du patrimoine architectural est en terre crue  », souligne Romain Anger, chercheur au laboratoire CRATerre de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble. Les maisons à colombage du Nord de la France sont, par exemple, constituées d’ossatures en bois remplies de terre. En Rhône-Alpes, 50 % des habitations sont construites en terre, selon la technique du pisé. « La norme était de construire avec ce qu’on avait sous les pieds. C’est la logique de la Muraille de Chine : là où le sol est en terre, la muraille est construite en terre. Lorsqu’il y a de la pierre, le matériau principal est la pierre. Comme un caméléon, la construction change de nature selon l’environnement ». Une réalité aujourd’hui oubliée en France, où on préfère transporter des matériaux sur de grandes distances.

Relocalisation des emplois et faible empreinte écologique

Aujourd’hui, dans la plupart des constructions, la terre est considérée comme un déchet. Elle est extraite des chantiers et transformée en collines artificielles reboisées. La terre est pourtant le matériau idéal. D’abord parce que c’est une matière recyclable sur place : les bâtiments détruits retournent à la terre, et celle-ci peut être recyclée indéfiniment. Elle ne subit pas de transformation chimique. La terre crue ne nécessite pas d’apports énergétiques pour la cuisson [1], elle est peu chère, et s’intègre dans le paysage.

Construire en terre, c’est aussi favoriser une relocalisation des emplois, puisque la production peut s’effectuer tout près des chantiers. Sans compter que la terre confère aux habitations un grand confort climatique grâce à son inertie thermique : elle garde une température constante, et écrête les pics de chaleur. Les constructions en terre crue ont une empreinte écologique proche de zéro ! Alors que la fabrication du ciment est à l’origine de 5 % des émissions de CO2 en France : la production d’une tonne de ciment correspond à une tonne de Co2 émis. Quand on sait que le secteur du bâtiment est responsable de 23 % des émissions (soit autant que l’industrie), construire en terre représente une alternative intéressante pour réduire les émissions.

Une ville durable vieille de 5000 ans

Construire en terre est une tradition ancestrale. Elle date sans doute de Lire la suite

Eco-développement – Villes en transition, l’expérience anglaise : Pour des villes moins dépendantes du pétrole

salades-nicoises.net, NC, le 4 janvier 2010

[Article plus complet sur le site d’origine]

Eco-développement : Villes en transition, l’expérience anglaise

Pour des villes moins dépendantes du pétrole

Voir en ligne : http://villesentransition.net

La dépendance de notre société au pétrole est grossièrement sous-évaluée. Un pétrole peu cher a entrainé des bouleversements énormes dans notre mode de vie ces trente derniéres années (nourriture, travail, mobilité, loisirs). Les trente prochaines seront source d’encore plus de changements a notre vie quotidienne.

40 % de notre nourriture est importée. Légumes, fruits et blé le sont a 85 %. Cette dependance sur des produits venus d’aussi loin n’est pas sans risque et a la merci de beaucoup d’aléas. Tout repose sur une chaine d’approvisionnement de plateformes logistiques régionales travaillant en flux tendu, avec peu de réserves et de lieux de stockage, par rentabilité financière. Une menace d’interruption de la chaine met tout de suite en péril l’approvisionnement alimentaire de la population, pouvant entrainer de graves pénuries, puis des troubles etc.

En 2000 durant la greve des routiers en Grande Bretagne, le patron de Sainsbury’s (l’equivalent du group Carrefour chez nous) a contacté dans l’urgence le premier ministre Tony Blair pour l’alerter que les reserves de nourriture de premiére necessité seraient epuisées en quelques jours.

Les supermarchés rationnerent pain, sucre et lait.

Aujourd’hui les réserves mondiales de matiéres alimentaires de première necessité sont au plus bas suite a plusieurs années de mauvaises récoltes et leur prix s’envole faisant l’objet d’une frénésie speculative par la communauté financiére. Cette année de nombreux pays exportateurs ont cessé de l’etre afin d’assurer leur propre souveraineté alimentaire ***.

Le pic pétrolier * c’est pour 2020 estime Fatih Birol économiste en chef de l’Agence Internationale de l’Energie **, les reserves mondiales ont passé un cap, le déclin de la production de pétrole est inéluctable.

En réponse à la double pression du pic pétrolier* et du changement climatique, quelques communes pionnières au Royaume Uni, en Irlande et ailleurs ont adopté une approche fédératrice et globale pour réduire leur bilan carbone et mieux se préparer aux bouleversements qui accompagneront le déclin de la production de pétrole dans les dix ans a venir.*

De la dépendance au pétrole à la résilience des communautés

Bristol (population 416 000 habitants) a été la première grande ville a financer une étude d’impact sur la vie locale ( transport, nourriture, santé, energie, economie, services publics etc) en cas de pic petrolier* et a en tirer des conclusions ( recherche d’autosuffisance alimentaire, relocalisation) pour preparer l’aprés-pétrole.

Bristol en Transition la première initiative d’échelle urbaine, met en réseau, inspire, forme, favorise et soutient les initiatives a l’echelle locale des quartiers et villages – Redland en Transition, Withywood en Transition, etc. – dans leurs propres Initiatives de Transition.

« Les villes en transition sont une manière concrète pour les individus d’agir sur le climat et le défi du pic du pétrole ». C’est ce qu’on appelle un « grassroots movement » mouvement d’autonomisation ** partant de la base, inversant la pyramide decisionnelle.

*Pic pétrolier

*************

Le pic pétrolier c’est en 2020, estimait Fatih Birol économiste en chef de l’Agence Internationale de l’Energie dans son rapport annuel 2008

(Créée en 1974 suite au premier choc pétrolier, l’AIE Lire la suite

Michel DEGUY et André LEBEAU ce matin… : La conscience écologique

agorasoulacenergie.over-blog.com, Sylvie Justome, le 4 janvier 2010

Michel DEGUY et André LEBEAU ce matin…

La conscience écologique

Magnifique entretien, ce matin, dans Répliques, sur France Culture, grâce à Alain Finkielkraut, avec Michel DEGUY, poète, essayiste et philosophe, auteur dernièrement (parmi 500 publications !) de La fin dans le monde chez Hermann (novembre 2009) et André LEBEAU, géophysicien et ancien directeur général de Météo France, qui a écrit L’enfermement planétaire (Gallimard, octobre 2008).

Le principal mérite de cet entretien est sans doute de préciser enfin clairement les points essentiels :

Le constat de la situation actuelle des habitants de la planète n’a pas à être qualifié d’optimiste ou pessimiste : il est correct ou incorrect, complaisant ou pas. Or, il suffit de confronter les données démographiques, la limitation des ressources fossiles (en particulier le pétrole dont le maximum d’exploitation sera atteint dès 2020, après quoi s’installera une pénurie d’autant plus grave que le modèle de développement américain continue de s’étendre à des continents qui sont encore à l’aube de leur croissance) et la dimension du temps, pour comprendre que ce constat est clairement catastrophique. C’est brutal et non pessimiste. Il faut dénoncer l’absurde « optimisme béat » des économistes et des technologistes : la technologie est le problème – pas la solution ! Mais c’est, encore et toujours, l’esprit humain qui porte la solution, même si le XXe siècle nous a apporté toute une série de « sans précédent », au sens propre : c’est ce que refusent encore de reconnaître, dénonçait l’émission,  les « optimistes » du constat, répétant à l’envi qu’il n’y a rien de nouveau, que nous avons déjà vécu des changements climatiques, des crises énergétiques, que nous les avons toujours surmontées et donc (sic) que nous surmonterons celles-ci !

A situation sans précédent, il faut trouver, comme le soulignent Michel DEGUY et André LEBEAU une solution sans précédent et non pas faire confiance, comme nous le sussurent constamment économistes ou politiques, au business as usual… Le poète de « l’allégresse pensive » (voir le Colloque de Cerisy de mai 2007 sur et avec Michel DEGUY) et le scientifique s’accordent avec Alain Finkielkraut dans une « lucidité optimiste » reconnaissant, certes, avec Primo LEVI que « la recherche est le fatum de l’humanité », c’est-à-dire que celle-ci est toujours condamnée à avancer toujours plus loin dans les découvertes dont elle est capable, même quand les risques sont de plus en plus grands par la maîtrise sans précédent qu’elle procure – mais croyant aussi aux ressources de l’esprit humain.

Le problème que les habitants de la planète rencontrent déjà pour beaucoup aujourd’hui, et rencontreront de plus en plus – et cette fois tous sans distinction –, ne peut être résolu ni par les seuls « gestes écologiques » individuels, ni par les Etats, qui privilégieront toujours leur « intérêt général » national, au détriment de l’intérêt général planétaire, ni par le fonctionnement libre du « marché », ni par une confiance aveugle en la technologie à venir, mais seulement par l’invention d’un fonctionnement supranational contraignant, dans les domaines fondamentaux de l’accès à l’eau, à l’alimentation et à l’habitat (ressources naturelles et énergie comprises), sur le modèle de ce que l’Europe a déjà commencé à mettre en place avec le Parlement européen, ses Directives et sa juridiction.

On pourrait être tenté de penser que les états-nations étant la cause du problème, la solution serait Lire la suite

Pic du pétrole : conséquences et anticipations

contre-la-pensee-unique.org, NC, le 29 décembre 2009

Pic du pétrole : conséquences et anticipations

« Si dans nos climats l’industrie peut se passer de l’emploi direct de la chaleur solaire, il arrivera nécessairement un jour où, faute de combustible, elle sera bien forcée de revenir au travail des agents naturels. Que les dépôts de houille et de pétrole lui fournissent longtemps encore leur énorme puissance calorifique, nous n’en doutons pas. Mais ces dépôts s’épuiseront sans aucun doute : le bois qui, lui, cependant, se renouvelle n’est-il pas devenu plus rare qu’autrefois ? Pourquoi n’en serait-il pas de même un jour d’une provision de combustible où l’on puise si largement sans jamais combler les vides qui s’y forment ?[…] On ne peut s’empêcher de conclure qu’il est prudent et sage de ne pas s’endormir à cet égard sur une sécurité trompeuse ».

Augustin MOUCHOT Professeur et Inventeur Français en 1869

L’inévitable déclin

Et oui ! Le simple constat de l’évidence ne date pas d’hier, le professeur Mouchot cet ingénieur précurseur en matière de cuisson solaire en était déjà conscient. Abordons donc sereinement ce sujet brulant – la fin de l’abondance énergétique – bien que les conséquences (concrètement la fin du mode de vie a l’occidentale) de ce problème ne soit pour ainsi dire jamais évoqué de la part des politiques.

Malgré son importance dans notre quotidien, le thème de l’énergie occupe l’espace du débat public sans véritablement parvenir à éveiller l’intérêt de nos concitoyens. Le secteur reste très largement méconnu […]

Cela s’expliquent à la fois par la façon dont nous l’utilisons et par la façon dont nous la produisons : à la simplicité de notre consommation, s’oppose la complexité de sa genèse. L’énergie est présente en abondance dans nos foyers, prête à l’emploi ou facilement obtenue, mais elle est, dans le même temps, le fruit d’un savoir scientifique inaccessible et de gigantesques machines, aussi étranges qu’éloignées de nos centres urbains. Par ces deux aspects opposés, elle reste dans l’ombre des finalités de son emploi et échappe au questionnement social sur son essence, questionnement où les sciences humaines pourraient justement trouver leur place.

Aurélien Cohen Doctorant en philosophie au CETCOPRA Conférence du 17 avril 2008

Ce n’est pas pour autant que l’on n’a pas connaissance du problème, loin de là.  Dès 1956 la courbe en cloche de la production, telle que suggérée par M. King Hubbert représente assez fidèlement ce qui se profile actuellement. Loin de moi l’envie de vous ennuyer avec des diagrammes, mais si vous le désiré, prenez le temps de visionner cette instructive conférence d’Yves Cochet.

Ceci dit,  imaginez, ne serait-ce que quelques instants, les conséquences concrètes d’une hausse, drastique et exponentielle des prix du baril. Les transports, seront les premiers touchés. Songé aux dépenses faramineuses d’énergies dépensées dans l’agro-alimentaire, des milliers de kilomètres parcourus par votre nourriture pour ne citer qu’un exemple… viendra un jour, pas si lointain, ou la logique du monde globale s’écroulera sur lui-même.

«L’après-pétrole est le défi le plus important auquel l’humanité n’a jamais eu à faire face. La civilisation moderne nous a habitués à la consommation facile de confort et de biens matériels… tout ceci a pu être réalisé bien sûr grâce aux découvertes scientifiques et technologiques modernes… mais nous avons allègrement  » oublié  » que la mise en œuvre de masse a été rendue possible grâce à une énergie facile d’utilisation et massivement et facilement disponible, donc pas chère… Et nous avons fermé les yeux sur la question de savoir si ce pays de cocagne pouvait être perpétué indéfiniment…»

http://apres.petrole.online.fr

L’économie destructrice

Le paradigme quasi religieux d’une croissance infinie Lire la suite

Dominique Bourg et Kerry Whiteside : Pour une démocratie écologique

laviedesidees.fr, Dominique Bourg, Kerry Whiteside, le 1er septembre 2009, Toutes les versions de cet article : [English] Télécharger ce(s) document(s) :

Pour une démocratie écologique (PDF – 548.1 ko) par Dominique Bourg & Kerry Whiteside

Dossier Les défis de l’écologie

Pour une démocratie écologique

Notre consommation ne cesse d’augmenter et la planète est exsangue. Confier notre salut au progrès technologique et à l’économie relève de l’illusion. Car la solution est politique : c’est à la refondation de notre démocratie représentative qu’il faut tendre.

Nous partirons d’une hypothèse acquise pour les environnementalistes, mais dont la réception est mitigée dès qu’on sort d’un cercle restreint, soit pour des raisons d’ignorance, soit au nom d’une autre posture. Quelle que puisse être l’issue de la crise financière et économique actuelle, le monde où nous entrons sera profondément différent de celui que nous quittons. L’expression « inversion des raretés », parfois évoquée, caractérise assez bien le monde qui vient. À une population mondiale massive, quasiment 7 milliards et 9 au milieu du siècle, dotée d’un pouvoir d’achat et de capacités technologiques croissants, s’opposera une planète exsangue.

Il est probable que nous ne parviendrons jamais à extraire plus de 100 millions de barils de pétrole par jour alors que l’Agence internationale de l’énergie estime à 120 millions la production nécessaire en 2020. Nous aurons épuisé au début du siècle prochain l’héritage fossile de l’humanité avec un taux de croissance de la consommation annuelle de 2 %, alors que le rythme était encore de plus de 3 % ces dernières années [1]. À consommation constante, les réserves d’or, d’argent et de palladium s’élèvent à une quinzaine d’années ; elles se situent entre 15 et 30 ans pour le plomb, le cuivre ou le zinc. Nous provoquons la disparition d’un grand nombre d’espèces, les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont pour 60 % d’entre eux dégradés [2].

À quoi s’ajoute le changement climatique en cours. Avec une hausse d’un degré de la température moyenne, que nous atteindrons avant le milieu du siècle, c’est par exemple l’Ouest des États-Unis, du Texas au Dakota, qui pourrait redevenir ce qu’il fut il y a quelques millénaires, un immense désert de sable. La prochaine disparition de la banquise estivale arctique, dans une ou deux décennies, déplacera le front polaire vers le Nord. Il en résultera un changement non moins perturbant du régime des pluies, asséchant par exemple régulièrement et sur de longs mois l’Angleterre. Les ouragans qui ont fait leur apparition sur les côtes du Brésil et au Sud de l’Europe seront plus nombreux et pourraient s’étendre à la Méditerranée [3].

On peut toujours croire que le génie humain permettra, en dépit de ces conditions nouvelles et hostiles, non seulement de continuer à honorer les promesses de la fête industrielle, mais de les étendre à des centaines de millions de convives nouveaux. Qu’on nous permette d’en douter, en dépit des capacités indéniables du génie en question. Cette croyance repose en effet sur un raisonnement par induction relativement étroit. Certes, les exemples qui attestent de la capacité de sociétés à se sortir d’impasses ne manquent pas. Une déforestation précoce avait conduit la Londres du XIIIe siècle à se chauffer déjà largement au charbon ; un ingénieur anglais avait calculé au seuil du XIXe que le crottin de cheval devait atteindre à la fin du siècle le 1er étage des immeubles londoniens ; les révolutions vertes successives n’ont cessé de contredire Malthus. Ces exemples ne confirment qu’une chose : qu’il en est allé maintes fois ainsi, ce qui ne prouve nullement qu’il en ira toujours et systématiquement de la sorte. Le croire reviendrait à omettre trois choses.

La première est qu’il existe de nombreux contre-exemples, ceux recensés par Jared Diamond, comme Lire la suite

Une économie durable ? Ce n’est pas gagné…

alternatives-economiques.fr, Guillaume Duval, décembre 2009

Une économie durable ? Ce n’est pas gagné…

L’économie peut-elle devenir durable ? On en est très loin pour l’instant, et notre capacité à y parvenir avant que l’humanité se soit fracassée sur les conséquences des désastres écologiques qu’elle a suscités paraît bien incertaine. Cela tient moins à la difficulté technique de la chose, bien réelle, qu’aux obstacles sociopolitiques qui s’opposent à toute réorientation rapide et massive de nos modes de production et de consommation. Car les actions à mener ont à la fois un coût élevé et un impact très fort sur la distribution des richesses et des positions sociales. De quoi heurter de puissants intérêts et remettre en cause bien des positions acquises. Dit autrement, réduire les inégalités du monde et de nos sociétés est à la fois une condition pour engager les réorientations nécessaires et, en même temps, une condition pour obtenir des résultats à la hauteur de l’enjeu.

Des outils à disposition

Les périls écologiques qui se sont accumulés depuis les débuts de l’ère industrielle sont colossaux. Dans le contexte de la conférence de Copenhague, il est beaucoup question actuellement du changement climatique et des moyens de le limiter. Et c’est bien normal: il s’agit incontestablement d’une des menaces à la fois les plus lourdes de conséquences et les plus difficiles à combattre, car pour être efficace, la lutte doit absolument être mondiale. Mais le climat est malheureusement très loin d’être le seul problème: les pénuries d’eau douce, la dégradation des sols, les pertes de biodiversité, l’accumulation des déchets toxiques dans notre environnement et dans les chaînes alimentaires…, nous n’avons que l’embarras du choix, alors même que la croissance de la population mondiale, bien qu’en net ralentissement, devrait se poursuivre encore jusqu’au milieu du siècle. Sauf guerre ou catastrophe sanitaire, pas totalement improbables dans le contexte actuel.

Pourtant on sait, dans une grande mesure, ce qu’il faudrait faire. Tout d’abord réduire rapidement et massivement l’usage des combustibles fossiles et des matières premières non renouvelables. Production d’énergie, transports, isolation des bâtiments…, on maîtrise déjà de nombreuses techniques pour y parvenir. Il y a une quinzaine d’années déjà, un rapport du Club de Rome intitulé « Facteur 4 » dénombrait toutes les technologies qui permettraient de diviser par quatre les consommations tout en offrant les mêmes services au final. Et encore, un de ses auteurs, Amory Lovins, du Rocky Mountain Institute, aux Etats-Unis, expliquait-il qu’à l’origine ce rapport devait s’appeler « Facteur 10 », mais qu’il avait été décidé de n’afficher « que » Facteur 4 pour ne pas effaroucher les incrédules… On sait également que si l’on consacrait à ces questions un effort de recherche et développement majeur, au détriment par exemple de celui consacré aux armes de destruction massives, nous serions en mesure d’élargir rapidement le champ des possibles.

Au-delà des technologies proprement dites, on sait aussi dans quelle direction il faudrait réorienter le système productif et les modes de consommation. Il faut emprunter la voie de ce qu’on appelle « l’écologie industrielle » ou encore « l’économie circulaire »: comme c’est le cas dans la nature, les processus de production que nous organisons ne doivent plus produire de déchets, mais Lire la suite

La trajectoire verte de Nicolas Sarkozy

lefigaro.fr, Charles Jaigu, le 16 décembre 2009

La trajectoire verte de Nicolas Sarkozy 

Le chef de l’État arrive ce jeudi à Copenhague, où se tient la conférence sur le climat. Depuis 2002, il s’est progressivement rallié aux idées écologistes.

C’était pendant la traversée du désert de Nicolas Sarkozy, il y a plus de dix ans. Sonné par la défaite de Balladur, le quadra du RPR avait du temps. Et, comme il le dira plus tard, il «prend conscience de ses manques». Un jour, il croise dans un mariage à Neuilly Allain Bougrain-Dubourg, le fondateur de la Ligue pour la protection des oiseaux. Le maire de la ville le salue d’un «vous savez je ne suis pas chasseur !» «Ça tombe bien, moi non plus», répond l’ancien compagnon de Brigitte Bardot et militant antichasse. Ce dernier lui explique que l’écologie n’a pas vocation à être le monopole de la gauche. Le propos intéresse Nicolas Sarkozy, qui lui demande de venir le voir. «Nous avons eu depuis de nombreuses réunions de travail.» Au menu : biodiversité, règne animal en péril. Nicolas Sarkozy papillonne autour de ces sujets désertés par la droite, mais il est loin, très loin d’avoir accompli sa mue. Il se montre simplement conscient que la droite doit élargir son spectre vers les sujets plus sociétaux.

En 2002, Claude Guéant devient son directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur, et il demande à la toute jeune Chantal Jouanno de suivre les dossiers environnementaux. «J’étais l’emmerdeuse qui travaille sur les sujets considérés comme risibles», se souvient-elle. Ancien haut fonctionnaire au ministère de l’Environnement, Guillaume Sainteny se souvient d’ailleurs que le ministère de l’Intérieur restait «totalement indifférent à ces problématiques». Aujourd’hui Chantal Jouanno est devenue secrétaire d’État chargée de l’Écologie. Elle a été la première issue du cabinet de Nicolas Sarkozy à entrer au gouvernement. Quand elle se retourne sur la trajectoire verte du président, elle indique une date : le début du mois de janvier 2007, quand Nicolas Sarkozy, qui a accepté de signer le pacte de Nicolas Hulot, se présente devant un parterre de militants associatifs au Musée de l’homme, pour y lire un texte dont la durée a été limitée à dix minutes précises. Mais le candidat dépasse d’une minute le temps prescrit : il est sifflé par une partie de la salle. Il ressort ulcéré de ces mauvaises manières. Pourtant, selon Jouanno, ce fut un moment décisif : «Nicolas Sarkozy avait mal vécu la pression exercée par Hulot pour signer le pacte. Dans les coulisses ils se sont expliqués franchement, mais il a apprécié des vrais pros qui connaissaient leur sujet», explique la secrétaire d’État.

Sarkozy endosse donc le combat de Hulot, qui fut si longtemps celui de Chirac. Il y voit un intérêt politique – ne pas laisser Ségolène Royal coloniser cet espace politique. Et il y est sans cesse encouragé par une partie de son cabinet, dont Claude Guéant et Emmanuelle Mignon.

La rencontre avec Al Gore

Dans l’intervalle, Sarkozy fait la connaissance de Yann Arthus-Bertrand, lors d’un déplacement resté fameux en Guyane, où il est accompagné de Cécilia Sarkozy. Survol en hélicoptère de la marée verte des huit millions d’hectares de la forêt guyanaise. Le photographe lui parle beaucoup de l’importance capitale des forêts primaires. Message reçu : c’est devenu, au fil des rencontres, l’un des sujets de prédilection du chef de l’État. Le jour de son arrivée à l’Élysée, le 18 mai 2007, le premier hôte de Nicolas Sarkozy sera d’ailleurs Arthus-Bertrand. «On a découvert ensemble son bureau de président», avoue le photographe qui a renoncé au vote vert pour voter Sarkozy, encore tout étonné de voir le tout nouveau chef d’État essayer devant lui le fauteuil de Chirac, et ouvrir la fenêtre pour admirer la vue.

Dès les premières semaines de son quinquennat, Nicolas Sarkozy reçoit les grands experts en matière d’écologie, avant de lancer le Grenelle de l’environnement. Il voit l’économiste Nicholas Stern, auteur d’un rapport sur le péril climatique commandé par Tony Blair, ou Al Gore, alors en tournée de présentation de son film, Une vérité qui dérange, qu’il rencontre trois fois en 2007. «C’est à ce moment-là qu’il s’est forgé une vraie conviction», raconte Chantal Jouanno : «Il était devant des experts de renommée internationale, ce qui le sortait du débat politicien avec les Verts.» Ils lui expliquent alors, diagrammes à l’appui, que le réchauffement climatique actuel – plusieurs degrés en trente ans – n’a rien à voir avec le cycle interglaciaire classique qui s’étale sur 150.000 ans, objection classique des «climato-sceptiques de droite devenus aujourd’hui pro-Allègre», résume l’un de ses collaborateurs. «Sur l’environnement, Sarkozy est à 50% sincère et à 50% dans la stratégie politique», conclut Nicolas Hulot. «C’est lui qui a porté le paquet climat en Europe, c’est lui qui Lire la suite

Climat : Dans les coulisses des lobbys pétroliers américains

novethic.fr, Béatrice Héraud, le 7 décembre 2009

Dans les coulisses des lobbys pétroliers américains

A l’occasion de la COP 15, France 4 diffuse le 9 décembre un documentaire aussi éclairant qu’inquiétant sur la façon dont les lobbys pétroliers ont influencé la position du gouvernement américain sur le climat pendant l’administration Bush. Alors que le « climategate » fait rage aux Etats-Unis, l’enquête de Paul Moreira nous donne des clés pour mieux comprendre le scepticisme des Américains.

Depuis quelques semaines, le « Climatgate » fait fureur aux Etats-Unis. Cette affaire, qui a finalement moins d’échos en France, est basée sur le piratage de 13 ans d’e-mails échangés par d’éminents scientifiques du Giec. Selon les « climato-sceptiques », ces conversations montreraient que ces climatologues ont cherché à « minimiser le déclin » des températures ces dix dernières années dans le but de renforcer la gravité du changement climatique. Outre-Atlantique, le buzz est tel que les Parlementaires républicains- et certains démocrates- brandissent l’argument du « doute » pour batailler contre le Plan climat d’Obama… A en croire les derniers sondages, ils sont d’ailleurs soutenus par une large frange de la population américaine : selon le Pew Research Center, ils ne seraient plus que 57 % à juger que les preuves du réchauffement sont solides et scientifiquement prouvées.

Pour comprendre pourquoi ces thèses ont tellement de résonnance aux Etats-Unis, le documentaire de Paul Moreira, « Enfumés », diffusé sur France 4, est particulièrement intéressant. Il montre comment les lobbys pétroliers, automobiles, énergétiques, etc, réunis dans ce que les écologistes appellent le « carbon club », se sont infiltrés au cœur même du gouvernement américain, faisant perdre 10 à la lutte contre la réduction des émissions de gaz à effets de serre. ExxonMobil aurait ainsi distribué près de 16 millions de dollars entre 1998 et 2005 à un réseau composé d’une quarantaine de think tanks et de lobbyistes. Si Exxon a ensuite commencé à admettre la réalité des changements climatiques, le retard qu’il a pris sur cette question a fait douter ses plus grands actionnaires. En mars 2006, 17 fonds de pensions américains contrôlant 110 millions d’actions de l’entreprise, avaient demandé à être reçus par le président du groupe pour évoquer sa stratégie sur ces questions.

Petit retour en arrière. En décembre 1997, au sommet de Kyoto, le vice-président Al Gore « prononce une phrase qui sonne comme une déclaration de guerre », commente Paul Moreira : «  Dans mon pays, nous nous souvenons des industriels du tabac qui nous expliquaient que fumer n’était pas mauvais pour la santé. A ceux qui vont chercher à faire obstruction à notre démarche, nous disons : nous ne vous laisserons pas mettre des intérêts privés étroits au dessus de ceux de toute l’espèce humaine… » Et pourtant, à son retour, le Congrès désavouera son engagement sur le protocole de Kyoto…

Les lobbys au cœur de l’administration

Mais c’est pendant les années Bush, où rappelons-le, au moins trois des dirigeants du pays – le Président lui-même, le vice-président Dick Cheney et la secrétaire d’Etat Condoleeza Rice- venaient de l’industrie pétrolière, que ces agents d’influence vont avoir la voie libre pour diffuser massivement leur thèse. Des lois aussi aberrantes que celle permettant Lire la suite

TCHAT avec Pierre Rabhi : Notre modèle de société va déboucher sur un dépôt de bilan planétaire»

liberation.fr, Pierre Rabhi, le 7 décembre 2009

«Notre modèle de société va déboucher sur un dépôt de bilan planétaire»

La conférence sur le climat sera-t-elle à la hauteur des enjeux? Le philosophe et agronome Pierre Rabhi, pionnier de l’écologie, n’y croit pas et propose des solutions pour protéger la planète. Il a répondu à vos questions.

Vrille. La crise économique pourrait-elle avoir un effet positif sur la crise climatique ?

Je crois que c’est abusif de donner le joli nom d’«économie», et incorrect. Ce que nous appelons économie n’est absolument pas de l’économie, puisqu’il s’agit du pillage généralisé de la planète. C’est-à-dire par cette croissance indéfinie sur laquelle nous avons fondé notre mode de gestion des ressources planétaires. Avant toute chose, il faut s’entendre sur ce qu’est l’économie, qui, pour moi, consiste d’abord à répartir équitablement les ressources entre les êtres humains.

Francoise. Cher monsieur Rabhi, mes respects et mon admiration. Voici ma question : comment décroître en France sans créer de chômage ?

Il faut se rendre à l’évidence : notre modèle de société, basé justement sur une vision erronée de la planète, ne pourra certainement pas se poursuivre sans aboutir à une sorte de désastre et de dépôt de bilan planétaire.

La décroissance doit être mise en perspective et graduellement organisée sur les bases d’un vivre ensemble fondé sur ce que j’appelle «la sobriété heureuse», un art de vivre fondé sur la modération. Cela passe, évidemment, par revoir nos comportements. Pour chacun de nous, au quotidien. Il faut aussi militer pour que le politique et l’économique soient révisés sur la base d’une réalité absolue. Nous ne pourrons pas continuer à appliquer le toujours plus sur une réalité planétaire limitée.

boudhinette@yahoo.com. La reforestation peut-elle avoir un impact contre l’effet de serre ?

Oui. Il est connu que la reforestation a des effets bénéfiques sur le climat. Cependant, cette reforestation devrait être précédée d’une réglementation drastique sur la destruction des forêts existantes. Il ne sert à rien de déforester d’un côté, et, de l’autre, prétendre corriger par la reforestation. En gros, cessons d’abord de déforester, et envisageons ensuite l’avenir avec la reforestation.

Kwami12. Pourquoi, selon-vous, la France est-elle aussi en retard par rapport à d’autres pays européens quant à la création de lieux de vie écologiques et solidaires (écovillages, etc.) ?

Je ne connais pas la raison pour laquelle il n’y a pas encore cet esprit ou cette réalité. L’avenir ne pourra pas être au chacun pour soi, ni à une urbanisation extravagante, comme nous en sommes témoins aujourd’hui. La question qui se pose, c’est: qu’allons-nous faire après que notre modèle de société, qui assure la survie des citoyens par des rémunérations et autres moyens, lorsque ce modèle arrivera à ses limites. Il faut absolument une politique Lire la suite

Et les lauréats des Prix Pinocchio du développement durable 2009 sont…

prix-pinocchio.org, communiqué, le 25 novembre 2009

Et les lauréats des Prix Pinocchio du développement durable 2009 sont…

Les Amis de la Terre ont décerné hier soir à Paris les prix Pinocchio du développement durable 2009, sur la base des votes des internautes. Cette année, les lauréats sont Bolloré dans la catégorie « droits humains », Total dans la catégorie « environnement » et EDF dans la catégorie « greenwashing ».

Dans la catégorie « droits humains », c’est le groupe Bolloré qui a reçu le prix avec 35 % des votes pour les conditions de travail déplorables des travailleurs dans les plantations d’huile de palme de sa filiale Socapalm (Cameroun), dont elle est actionnaire majoritaire.

Le groupe Total a quant à lui reçu le prix Pinocchio dans la catégorie « environnement » avec 29 % des votes de cette même catégorie. Les internautes condamnent la multinationale française pour son implication dans le méga-projet pétrolier Kashagan (Kazakhstan), qui s’annonce comme une catastrophe environnementale et sanitaire. Ce cas illustre le double discours du groupe qui, loin de l’image moderne et éthique qu’il cherche désespérément à se donner, continue à investir massivement dans des projets fossiles polluants et archaïques.

Pour le « greenwashing » enfin, c’est EDF qui remporte le prix avec 42 % des votes de cette catégorie pour sa récente campagne de communication « Changer d’énergie ensemble » qui a coûté plus cher que les dépenses du groupe en recherche et développement dans les énergies renouvelables. Ces dernières ne représentent elles-mêmes qu’une part infime du chiffre d’affaires du groupe par rapport au nucléaire.

Les Amis de la Terre organisent chaque année les Prix Pinocchio du développement durable pour dénoncer le bilan désastreux de grandes multinationales, en termes économiques, environnementaux ou sociaux. Les multinationales, toujours aussi peu encadrées, ont de plus bénéficié de financements publics sans précédent pour éviter de pâtir de la crise et ce sont les contribuables et les salariés qui doivent assumer les coûts.

Pour Gwenael Wasse, chargé de campagne pour la Responsabilité sociale et environnementale des entreprises aux Amis de la Terre, « malgré les beaux discours, les multinationales continuent à faire ce qu’elles veulent sans être inquiétées, en s’en tenant à des accords volontaires dont l’inefficacité est flagrante. Dans la crise systémique actuelle, il est plus que jamais temps que les décideurs prennent leurs responsabilités et mettent enfin en place des lois contraignantes. Il n’est plus admissible que les intérêts privés des multinationales continuent à primer sur l’intérêt général, l’avenir de la planète et le bien-être de ses habitants ».

Les résultats des votes détaillés par catégorie sont accessibles sur Lire la suite

Borloo – Climat : «Tout le monde est dans l’évitement»

liberation.fr, Guillaume Launay, Christian Losson, le 24 novembre 2009

Climat : «Tout le monde est dans l’évitement»

A quinze jours de Copenhague, le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, confie ses doutes, ses espoirs et évoque son avenir.

La réussite du sommet climat de Copenhague est menacée par la frilosité américaine, estime le ministre français de l’Ecologie Jean-Louis Borloo, qui juge indispensable de prévoir un dispositif – concret et chiffré – de solidarité envers les pays les plus vulnérables.

A deux semaines du sommet climatique de Copenhague, beaucoup craignent un échec des négociations. Entre deux déplacements en Afrique et en Amérique du Sud, le ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, a répondu à Libération.

Le sommet de Copenhague sera-t-il le fiasco annoncé ?

Bien sûr que non. L’enjeu est de taille. Il s’agit de convaincre les pays industrialisés de réduire leurs émissions de gaz à effets de serre de 25% à 40% d’ici 2020 par rapport à leurs émissions de 1990, et de 80% d’ici 2050. Il faut aussi que les pays émergents s’engagent sur des cibles concrètes de maîtrise de leurs émissions de CO2 et les fassent accepter par leur population. C’est énorme, difficile, mais essentiel. Mais on ne peut pas demander à des pays qui ont un fort taux de pauvreté de choisir entre réduction de CO2 et croissance. Ce serait irréaliste.

Un texte fort avec des chiffres et des dates d’engagement est-il possible ?

Plus le texte sera emphatique, plus il sera vide. Plus les chiffres seront globaux et lointains, plus on voudra repousser une décision ou un traité, à six mois ou davantage, plus on cherchera à gagner du temps inutilement. Je le dis à ceux qui parlent déjà d’un Copenhague bis dans six mois : «De quelle information disposera-t-on dans six mois qu’on ne connaît pas déjà aujourd’hui ?»

Pourquoi est-ce si délicat alors que les opinions publiques sont volontaristes ?

Parce que cela engage de vraies révolutions. Or la réalité, c’est que tous les gouvernements réfléchissent et hésitent. Que tout le monde est dans l’évitement. Mais que sans initiative forte, on va dans le mur. Or il faut que l’on parvienne à un texte clair, avec des objectifs précis, et des mesures opérationnelles. Que les chefs d’Etat s’impliquent et soient là, sinon, on fera du surplace malgré tous les efforts déjà accomplis depuis deux ans. A l’image du pas réalisé par l’Europe il y a un an, quand elle a fait voter son paquet énergie climat, avec 20% de baisse des gaz à effet de serre, 20% d’économie d’énergie, 20% d’énergies renouvelables…

La contribution française, «Justice climat», vise-t-elle à court-circuiter le processus de l’ONU ?

Non, elle cherche juste à infuser des idées complémentaires et on l’affine tous les jours. On essaye de tenir compte de la vérité de chacun, dans la droite ligne de ce que veut l’ONU. L’idée, c’est de créer quatre catégories de pays en fonction de leurs émissions de CO2 et de leur PIB par habitant. Et pour les plus pauvres et vulnérables, Lire la suite

Flipo et Gaudillière : Inégalités écologiques, « croissance verte » et utopies technocratiques.

mediapart.fr, Fabrice Flipo, Jean-Paul Gaudillière, le 23 Novembre 2009

Première publication par Mouvements

Inégalités écologiques, « croissance verte » et utopies technocratiques.

Les auteurs de ce texte, tout en définissant la notion de « décroissance », déclinent trois priorités : reconnaître une « valeur » et non un prix à la nature ; redistribuer et réduire les inégalités tant celles sous-jacentes à la crise écologique que celle induites par les mesures imaginées pour y remédier ; relocaliser et resocialiser l’économie pour démocratiser les choix.

La crise écologique et financière oblige les décideurs à se pencher sur les scénarios de sortie de crise verte. Mais cette prise de conscience court le risque de s’arrêter à mi-chemin. « Capitalisme vert », « croissance verte », « keynésianisme vert » et « technologies propres » constituent autant de confortables mirages destinés à nous épargner les nécessaires remises en cause liées aux limites écologiques d’une planète aux ressources finies. La prise en compte conséquente de ces limites amène à aborder de front la question des inégalités écologiques et sociales et à changer les modes de production, de consommation et donc les modes de vie les plus prédateurs. Sans autre échappatoire, dans cette redistribution des richesses à opérer, que la redéfinition collective du sens de ces richesses elles-mêmes.

Grenelle de l’environnement, succès aux élections européennes, invitation des leaders écologistes à l’Élysée, débat (difficile) sur une loi créant une taxe carbone…L’écologie politique semble avoir gagné un statut nouveau sur la scène politique française. La crise écologique et la dégradation de notre environnement ont apparemment cessé d’exister comme cette chose dont il faut parler en fin de discours pour faire bonne mesure pour devenir un enjeu à propos duquel il est bon de réfléchir, voire même d’inventer des événements.

Cette nouvelle donne doit beaucoup à la conjonction des deux crises : la crise climatique et la crise financière. La visibilité de la première tient bien sûr à l’agenda des négociations internationales, aux discussions sur l’après Kyoto. Au-delà de la conjoncture, en matière de climat, tous les signaux sont en effet au rouge. Les organisations internationales, du GIEC aux grandes ONG environnementales en passant par le PNUD, multiplient les mises en garde sur l’accélération du réchauffement, sur l’ampleur de ses effets à relativement court terme, sur la vulnérabilité phénoménale des pays d’Afrique, d’Asie du Sud et d’Amérique Latine, sur les inégalités que le changement climatique va créer ou renforcer. Les médias européens et nord-américains relaient désormais le consensus des experts du climat sur la réalité du phénomène et font largement écho à la fonte des calottes glaciaires, aux migrations d’espèces ou encore aux nouvelles « guerres » de l’eau. Parallèlement, l’éclatement de la crise financière a rouvert un espace pour discuter des changements du capitalisme, du fonctionnement des marchés financiers, des effets « pervers » du déplacement de pouvoir vers l’actionnariat et les places boursières, des défauts de « l’auto-régulation » des marchés et du même coup signé le retour en grâce de l’intervention publique, ne serait-ce que pour sauver les banques et assurer la pérennité d’un régime d’accumulation (légèrement) amendé.

À gauche, cette conjonction des deux crises a paradoxalement des effets délétères. En rendant la question écologique plus visible et urgente, elle rend encore plus patente la difficulté à proposer des réponses autres que cosmétiques. La vivacité et surtout la nature des dénonciations venant tant du parti socialiste que de la gauche de la gauche d’un projet de taxe carbone présenté comme « anti-sociale » alors qu’il s’agit au contraire de le configurer pour en faire un outil liant redistribution et changement des façons de produire en a été un bien triste révélateur.

On n’aurait toutefois tort de considérer que les discours sur la sortie de crise « verte » ou le Green Deal ne sont que des temporaires, de simple effet de couverture médiatique grâce auxquels on découvre ces exotiques décroissants du midi de la France. Bénéficiant des acquis de l’expertise économico-climatique poursuivie depuis une dizaine d’années dans et autour du GIEC et des institutions en charge des politiques énergétiques, les propositions – voire les scénarios – liant réponse à la crise financière, re-régulation et investissements écologiques massifs tendent à faire référence, y compris du côté de la présidence américaine. Les registres varient, depuis la simple mise en avant d’un recours significatif aux sources d’énergie renouvelables dans le « bouquet » énergétique jusqu’à des argumentations plus fondamentales sur la nécessité d’une politique écologique globale faisant intervenir des transferts importants de ressources vers les pays du Sud. Dans un ouvrage récent, Lester Brown évoquait ainsi la perspective d’une « éco-écologie » Lire la suite

Aux Etats-Unis, la « Transition » prépare l’après-pétrole

lemonde.fr, Grégoire Allix, le 21 novembre 2009

Aux Etats-Unis, la « Transition » prépare l’après-pétrole

Boulder (Colorado) Envoyé spécial

Au beau milieu des Etats-Unis, l’après-pétrole a commencé. Au pays de l’essence pas chère et de la négation du réchauffement, des groupes de citoyens se sont donné pour mission d’aider les communautés américaines à se préparer à la double échéance de la fin du pétrole et du changement climatique. Leur mouvement a un nom : la Transition. Son cœur bat à Boulder, dans l’Etat du Colorado (Etats-Unis), une enclave libérale et progressiste de 100 000 habitants au sein de montagnes Rocheuses, réputées très conservatrices.

Tous les mercredis, on se bouscule sur le marché fermier de Boulder – une curiosité en soi au royaume du centre commercial. Entre les étals de fruits et légumes des agriculteurs bio, les militants de la Transition distribuent leurs tracts. « L’agriculture industrielle, fondée sur des carburants bon marché, va s’effondrer« , prédit Michael Brownlee, chef de file du mouvement aux Etats-Unis. « Tout notre mode de vie est condamné. C’est très dur à entendre pour les Américains, élevés dans l’idée qu’ils le méritent. »

Fondé par Rob Hopkins, le mouvement de la Transition a pris corps en 2006 à Totnes, petite ville anglaise de 8 000 habitants, avant d’essaimer dans le monde entier. Ses militants ont un but : rendre leurs villes résilientes avant le chaos qui s’annonce, par la quête de l’autarcie énergétique et alimentaire. Avec une conviction : c’est l’opportunité pour l’humanité de construire un monde meilleur. Et un credo : la relocalisation de toutes les productions.

Formé par les fondateurs du mouvement à Totnes, Michael Brownlee, ancien journaliste, a créé à Boulder, en 2008, la première initiative américaine de la Transition. Depuis, l’association locale, qui emploie trois salariés, a mué en centre de formation de nouveaux groupes dans tout le pays et accouché d’un Transition Colorado, puis d’un Transition US. En un an, quarante initiatives ont vu le jour aux Etats-Unis.

« 80 % de notre travail est centré sur l’agriculture locale, c’est le levier le plus efficace à court terme, ce dans quoi les gens peuvent le plus facilement s’engager« , explique M. Brownlee. « 1 % seulement de notre nourriture est produite à l’intérieur du comté, or ses habitants dépensent 650 millions de dollars par an pour l’alimentation. Il y aurait là de quoi sauver notre économie ! » Les groupes créent des potagers communautaires, encouragent l’installation d’agriculteurs bio par des systèmes d’abonnement proches de ceux des Associations de maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) en France.

Au sein d’une nation où le sens de la communauté et du lobbying ne sont pas des vains mots, le message passe. Soixante-quinze restaurants du comté affichent leur engagement à privilégier les produits locaux. Même les supermarchés mettent en valeur sur leurs rayons la production de la région. « La Transition ne doit pas juste être un groupe de gens dans leur coin. Il faut engager toute la communauté pour avoir une chance de réussir », explique M. Brownlee.

Le comté de Boulder soutient et finance le mouvement. La collectivité a créé un Lire la suite

Robert Hirsch : la production pétrolière va commencer à décliner dans les 5 ans

contreinfo.info, Robert Hirsch, le 21 septembre 2009

Robert Hirsch : la production pétrolière va commencer à décliner dans les 5 ans

Robert Hirsch est un éminent spécialiste des questions énergétiques qui a travaillé durant toute sa carrière dans les différents secteurs de cette industrie, d’abord en tant que serviteur de l’Etat, puis dans le privé. M. Hirsch est à l’initiative d’une célèbre étude sur le pic pétrolier publiée en 2005 par le Ministère de l’Energie des USA (DOE). Répondant ici aux questions de Steve Andrew, pour l’ASPO, il revient sur son parcours professionnel, les circonstances de la publication du rapport du DOE, et la réaction pour le moins embarrassée des autorités devant les résultats de son étude. M. Hirsch estime qu’entre 10 et 20 ans seront nécessaires pour effectuer les transformations des infrastructures, équipements, processus et modes de vie qui seront requises avec la raréfaction du pétrole. Après plusieurs années passées à étudier ce dossier, il estime aujourd’hui que nous disposons de moins de cinq ans avant que la production pétrolière mondiale ne commence à décliner, provoquant à coup sûr une récession de grande ampleur. Il est grand temps, dit-il, que les responsables politiques aient le courage de faire face aux mauvaises nouvelles en provenance du secteur énergétique et osent enfin aborder cette question de front.

Question : Quelles ont été vos principaux domaines d’activité au cours de votre carrière dans le secteur de l’énergie ?

Hirsch : J’ai débuté dans l’énergie nucléaire. Puis j’ai fait de la recherche sur la fusion [nucléaire], et dirigé le programme gouvernemental en la matière. J’ai passé beaucoup de temps sur les énergies renouvelables, y compris la gestion du programme fédéral des énergies renouvelables. De là, je me suis dirigé vers l’industrie pétrolière, où j’ai dirigé la recherche à long terme sur le raffinage puis les carburants synthétiques. Plus tard, j’ai dirigé la recherche et le développement sur l’exploration et la production du pétrole et du gaz. Puis ensuite, je suis passé dans le secteur de l’énergie électrique – tous les aspects de l’énergie électrique. Et puis j’ai mené des études sur l’énergie, dont plusieurs années pour la Rand, SAIC, et maintenant MISI. En dehors de cette carrière professionnelle j’ai collaboré avec les Académies Nationales [des Sciences] dans le domaine des études sur l’énergie depuis 1979 et j’ai travaillé sur pratiquement tous les aspects de l’énergie avec ces académies, que ce soit en tant que participant ou en tant que président du comité de leur conseil sur l’énergie et les systèmes environnementaux.

Question : Quand avez-vous entendu parler du problème du pic pétrolier ?

Hirsch : J’ai pris connaissance du pic pétrolier après ma sortie de l’industrie pétrolière, car on n’en parlait pratiquement pas lorsque j’y étais. Au début des années 2000, j’avais fait une étude pour le Département de l’Energie (DOE) traitant de la planification à long terme des recherches et du développement dans le secteur énergétique. Le pic pétrolier était l’un des six axes que j’avais défini. Auparavant, je n’avais jamais vraiment réfléchi sur ce sujet. C’est une sorte de bébé « goudron » ; une fois que vous mettez la main dessus, vous ne pouvez plus vous en détacher… Lorsque la production pétrolière déclinera, cela sera un enjeu déterminant pour l’humanité. Je suis donc impliqué depuis six ou sept ans dans l’analyse du pic pétrolier et des moyens de l’atténuer.

Question : Comment est née l’étude de 2005 du DOE sur le pic pétrolier ?

Hirsch : Essentiellement à mon initiative. Je travaillais avec le National Energy Technology Laboratory (NETL) du DOE à l’époque, et ils m’ont laissé beaucoup de latitude pour me pencher sur des sujets importants. J’ai senti que le pic pétrolier était extrêmement important, alors j’ai mené quelques recherches à titre personnel et j’ai ensuite proposé au NETL de réaliser une étude beaucoup plus complète, avec Roger Bezdek et Bob Wendling, qui sont des gens très capables, avec qui j’avais déjà travaillé précédemment, et qui sont très pragmatiques sur les questions de l’énergie et la réalité des problèmes. Le NETL a accepté. J’étais déjà sous contrat, et ils ont recruté Roger et Bob.

Nous étions en étroite coordination avec le NETL durant cette étude, de sorte qu’ils avaient des éléments et savaient ce qui allait en sortir. Mais quand ils ont vu le rapport final, ils ont étés choqués, bien qu’ayant su ce qui allait être publié. Il n’y a là aucun jugement négatif sur les membres du NETL. Lorsqu’on est préoccupé la plupart du temps par autre chose, les mauvaises nouvelles qui vous parviennent ne retiennent pas nécessairement votre attention immédiatement.

Une fois le rapport terminé, la direction du NETL ne savait vraiment pas quoi en faire, tant il était dérangeant et avait des implications majeures. Finalement, la directrice a décidé Lire la suite

Le Pic Pétrolier ne sauvera pas le climat – bien au contraire

contreinfo.info, David Strahan, le 16 avril 2007, première diffusion BBC News, le 29 mars 2007

Le Pic Pétrolier ne sauvera pas le climat – bien au contraire

Si vous pensez que le pic pétrolier apportera la solution au problème de l’effet de serre, en diminuant de fait les émissions de CO2, vous avez tort. Vraiment tort. David Strahan explique pourquoi.

De nombreuses personnes pensent que la raréfaction du pétrole – le Pic Pétrolier – donnera l’occasion de combattre efficacement le réchauffement. Ils ont tort.

Il est de plus en plus évident que la production pétrolière connaîtra bientôt un déclin, aux conséquences économiques potentiellement dévastatrices.

Bien que le concept de pic pétrolier ait traditionnellement été considéré comme peu sérieux par l’industrie du pétrole, aujourd’hui, même les grands patrons du secteur en acceptent l’idée.

L’année dernière Thierry Desmarest, le président de Total, quatrième compagnie au monde, a déclaré que le pic pourrait intervenir aux alentours de 2020, et enjoint les gouvernements à mettre en œuvre des politiques de limitation de la demande afin de reculer le moment fatidique où s’amorcera le déclin de la ressource.

D’autres observateurs sont convaincus que le pic de production est plus proche encore. De nombreux écologistes se méfient de ces prévisions qu’ils interprètent comme des manœuvres visant à faire croire que le problème du réchauffement se réglera de lui-même en l’absence de pétrole.

Stephen Tindale de Greepeace, lui, ne croit pas à l’imminence du pic, mais espère tout de même qu’il se produira rapidement.

« Espérons que le pétrole s’épuise, ainsi le monde devra développer des énergies alternatives rapidement, et pour le problème du climat, le résultat sera excellent », m’a-t-il déclaré.

Rien n’est plus faux.

Croissance sale

Il est mathématiquement impossible que le pic pétrolier soit la solution au changement climatique. Bien que le pétrole soit la première source énergétique responsable de l’émission des gaz à effet de serre, le charbon et le gaz, pris ensemble, ont un rôle encore plus important, et la croissance probable des émissions qui leur sont dues sera supérieure à la diminution de celles causées par le pétrole.

Ainsi que je le démontre dans « Le Dernier Choc Pétrolier » [1], en utilisant les chiffres du scénario d’estimation moyenne [2] de L’Agence Internationale de l’Energie (AIE), même si la production pétrolière atteignait son sommet en 2010 et commençait immédiatement à décliner de 3% par an, le total des émissions des gaz à effets de serre continuerait à croître de 25% pour atteindre 32 milliards de tonnes en 2030.

Alors que nous devrions à cette époque avoir diminué nos émissions d’au moins 60%.

De fait, le pic pétrolier pourrait rendre les choses encore pires s’il nous pousse à Lire la suite

Fabrice Nicolino : Le pic de Hubbert dès 2020 (quand le pétrole nous quitte)

fabrice-nicolino.com, Fabrice Nicolino, le 14 octobre 2009

Le pic de Hubbert dès 2020 (quand le pétrole nous quitte)

Je vous présente rapidement le pic dit de Hubbert. À la fin des années 40 du siècle écoulé, Marion King Hubbert, géophysicien, émet une hypothèse sur la manière dont les matières premières sont exploitées par les sociétés humaines. Selon lui, cet usage peut se représenter sous la forme d’une cloche. Toute production monte jusqu’à un certain point, avant de redescendre fatalement lorsque plus de la moitié des réserves disponibles sur terre ont été utilisées.

En 1956, Hubbert fait une présentation publique de sa thèse devant l’American Petroleum Institute, appliquant son idée au pétrole-roi, sur lequel reposent nos sociétés industrielles. Hubbert prédit en cette année 1956 que le pic maximum de l’utilisation du pétrole aux États-Unis sera atteint en 1970. Après, pense-t-il, la production ne cessera de décliner, plus ou moins vite. Il a raison, le déclin commence en 1971.

Mais il y a bien des manières d’avoir raison tout en ayant tort. Car bien entendu, la parole du géophysicien, inaudible au beau milieu des Trente Glorieuses, est vite laissée de côté. Et l’on continue comme avant, sans se soucier le moins du monde du lendemain. Seuls quelques braves maintiennent, au fil des décennies, une réflexion sur ce que l’on appelle désormais le Peak Oil, le pic du pétrole. La question n’est plus : ce pic existe-t-il ? Non, la question est peu à peu devenue : quand se produira-t-il ?

Dans ce domaine stratégique, bien des estimations restent basées sur des chiffres fournis sans contrôle par les États producteurs. Je vous ennuierai en vous parlant de toutes les bizarreries comptables qui entourent la décisive question des réserves pétrolières mondiales. Pour ne prendre qu’un exemple, l’Arabie Saoudite, assise sur une poudrière sociale, politique, ethnique même, peut-elle raisonnablement dire la vérité sur l’état de ses ressources, qui commande son statut géopolitique ?

Bref. Vous me comprenez. Sans jeu de mots, un baril de pétrole est aussi une bouteille à l’encre. Or un rapport (en anglais, hélas) vient de remettre les pendules à l’heure d’une façon pour le moins inquiétante. Publié par l’UKERC (United Kingdom Energy Research Centre), organisme britannique public autant que sérieux, il estime que le Peak Oil mondial pourrait être atteint avant 2020 (ici). Mieux, pire, il met en garde le gouvernement de Londres, totalement incapable, pour l’heure en tout cas, de seulement considérer le problème. Inutile, je crois, d’évoquer le degré de préparation de notre propre pouvoir politique.

Est-ce fou ? Oui, je le pense. Car 2020, c’est dans dix ans, et seuls des choix faits immédiatement auraient quelque chance d’avoir un effet à cette date. Rappelons que, pour l’heure, le pétrole représente le tiers de l’énergie consommée dans le monde. Bien entendu, même si ce rapport dit vrai, il restera du pétrole à extraire bien après 2020. Mais son coût de production, mais son prix à la consommation seront toujours plus volatils, avec une tendance certaine à l’augmentation, qui ne cessera plus jamais. Il est donc certain, je dis bien certain, que l’heure de l’énergie bon marché est derrière nous.

Cette situation nouvelle recèle bien des menaces. Parmi lesquelles le risque croissant d’exploiter certains des gigantesques gisements de Lire la suite

Vient de paraître – « La crise pétrolière : analyse des mesures d’urgence »

cdurable.info, David Naulin, dimanche 4 octobre 2009

La crise pétrolière : analyse des mesures d’urgence

Sujet apparemment familier que la crise pétrolière, régulièrement évoquée depuis plus de 35 ans. Elle semble à la fois provoquer des changements profonds (programme électronucléaire, campagnes d’économie des énergies, chantiers d’énergies alternatives) et paraître comme insignifiante ou en décalage avec le réel, tant le pétrole tient une place toujours plus importante (augmentation du parc automobile à essence ou gasoil, utilisation tous azimuts des dérivés du pétrole) et semble ne pas manquer…

Pourtant la crise est là, inéluctable, durable et dont le paroxysme est très proche, bien que masqué par la récente récession économique. Nous n’avons plus que 5 à 10 ans environ pour nous préparer activement et anticiper ses effets : quoi qu’il arrive, les quantités disponibles vont très bientôt diminuer, et ce constamment ; il en sera de même pour le gaz, quelques années plus tard.

La Crise pétrolière de Bernard Durand décrit et évalue les principales technologies utilisables pour remplacer pétrole et gaz, tout en montrant combien la plupart seront longues à mettre en place, n’étant pas encore validées et socialement acceptées. Dans ces conditions, l’antienne des économies d’énergie est plus que d’actualité, pour nous aider à retarder les échéances et faire la jointure avec de nouveaux modèles énergétiques. Deux secteurs fondamentaux sont concernés : le bâtiment et les transports.

Il est urgent de voir la conscience des citoyens-consommateurs se modifier radicalement, au risque de connaître pour des zones comme l’Europe des 27, une crise énergétique et économique sans précédent…

Ce livre a pour but de fournir à des non-spécialistes des repères pour comprendre les raisons de la crise pétrolière actuelle, en prévoir les conséquences et juger de l’intérêt des moyens proposés pour y faire face. Et c’est plutôt réussi, parole de profane. Si je juge l’auteur un peu complaisant quant aux responsabilités des compagnies pétrolières dans cette crise et qu’il défend une alternative basée sur l’énergie nucléaire, son constat est précis et sans appel. Il démontre que l’ère du pétrole est désormais derrière nous et qu’il va falloir en très peu de temps, de gré ou de force, changer nos modes de vie, de production et de consommation d’énergie : « Aucun miracle n’aura lieu ! La solution ne peut venir que d’une coopération internationale active et beaucoup plus sincère que celle que l’on voit actuellement à l’échelle internationale, et, dans un premier temps, des efforts faits par les citoyens des pays industrialisés pour réduire leur consommation énergétique. Les pays d’Europe, bien plus exposés que d’autres parce qu’ils n’ont que peu de ressources sur leur sol, ont tout intérêt à construire une politique énergétique commune au service de leurs citoyens, ce qui suppose non seulement de dépasser les conflits d’intérêts et les postures idéologiques où ils se complaisent depuis tant d’années, mais aussi de développer beaucoup plus activement la recherche scientifique et technologique dans le domaine de l’énergie. Il est maintenant plus que temps de se mettre en mouvement ».

Extraits de l’introduction

Bernard Durand nous rappelle les enjeux : « Le pétrole représente aujourd’hui 38% de l’énergie primaire utilisée dans le monde, et son cousin le gaz naturel 22%. C’est la disponibilité d’énergie sous forme d’un pétrole peu coûteux qui, en permettant un accroissement sans précédent des richesses matérielles à se partager, fut pour une large part à la source du développement économique, mais aussi des avancées sociales, que les pays industriels ont connu après la Seconde Guerre mondiale. Les citoyens de ces pays en ont pris tellement l’habitude Lire la suite

La crise commence, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 10 octobre 2009

La crise commence, par Hervé Kempf

Dans le monde fantasmagorique des responsables et analystes de l’économie, le bien et le mal se résument aux frémissements d’un totem : le produit intérieur brut (PIB). Il chute de 2 %, c’est la catastrophe, il remonte en tremblant à 0,3 %, la reprise s’annonce. Et l’obsession est de rejoindre les 2-3-4 % « normaux » afin que la vie redevienne belle. Je ne caricature pas : des dizaines de déclarations et d’articles dans le Wall Street Journal, The Financial Times, The Economist, Les Echos, La Tribune – et bien sûr, notre cher Monde – ratiocinent autour de ce thème.

Parlons de la vraie économie, celle qui se préoccupe de la subsistance durable des sociétés.

La récession de 2008-2009 est née de l’éclatement d’une bulle financière gonflée par un endettement démesuré. Les morceaux ont été recollés par une intervention rapide et forte des autorités publiques. Pour éviter l’effondrement de l’économie, on a de surcroît opéré des relances budgétaires massives. Donc, l’endettement public, déjà important avant la récession, a encore augmenté. Comme il y a des limites à la dette, il ne sera plus guère possible de soutenir artificiellement l’économie.

D’ailleurs, il y a… l’énergie. De son bas prix dépend la croissance du PIB. Or le pic pétrolier – dans le voisinage duquel nous sommes – signifie que le prix des combustibles fossiles est à la hausse, alors qu’il restera dans la décennie à venir le prix directeur pour toutes les énergies. Si donc se produit une « reprise », elle augmentera la demande de pétrole, le prix de celui-ci montera, ce qui refroidira les ardeurs du PIB.

Autre pièce essentielle, le changement climatique. Il est urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Les pays riches – même les Etats-Unis – affirment vouloir les diminuer de 80 % d’ici à 2050 : cela représente en gros une réduction annuelle de 3 % par an. On en est loin. Soit on s’y engage réellement, et cette baisse de la consommation d’énergie transforme le système économique, mais pas vers la « croissance » ; soit on attend, et les désordres du climat vont rendre la vie très difficile. La Chine et l’Inde commencent à le ressentir, entre manque d’eau, moussons déréglées, inondations, etc. Les taux de croissance de 10 % de la Chine, c’est fini !

Troisième pièce oubliée : l’agriculture. Un milliard d’humains ont faim tous les jours. Avec une population mondiale en augmentation et des contraintes écologiques de plus en plus sévères, l’agriculture redevient une question prioritaire. C’est là qu’il faut investir, pas dans le soutien au niveau de vie des habitants des Etats-Unis.

Il n’y aura pas de « sortie de crise ». La crise commence. En fait, ce n’est pas une crise, mais le début de Lire la suite

Un article de Ekopedia, l’encyclopédie pratique : La fin du pétrole

ekopedia.org, NC, octobre 2009

La fin du pétrole

Un article de Ekopedia, l’encyclopédie pratique.

Si des astronomes annonçaient qu’un astéroïde géant se dirigeait vers la Terre et devait s’écraser avant, disons, 2015, cela ferait la une des journaux. On en parlerait tous les jours, l’assemblée générale de l’ONU serait convoquée et toute la société ferait des plans pour survivre. Si, par contre, on tente d’expliquer que le pétrole va bientôt manquer, personne ne réagit…. Vous trouvez ça logique ?

Tout le monde dit qu’il y a encore assez de réserves pour 40 ou 50 ans. Qu’en est-il en réalité ?

La réponse à cette question dépend en fait de la personne à laquelle on la pose. Pour de nombreux économistes, il n’y a pas vraiment de problème fondamental. Bien sûr, des prix élevés sont mauvais pour l’économie, mais ils permettront d’exploiter des gisements qui ne sont pas rentables pour l’instant et ils stimuleront la recherche dans des sources d’énergie alternative. Certains pensent même que les ressources sont virtuellement illimitées, et que la recherche et la loi du marché sont capables de faire croître les réserves plus rapidement que les dépenses. Ces économistes sont si nombreux qu’on leur a même donné un nom : on les appelle les « économistes de la Terre plate ». Pour ces personnes, la loi du marché est une vraie loi, au même niveau que les lois de la physique, et elle est capable de résoudre à elle seule tous les problèmes que peut rencontrer la société. Ils pensent que l’énergie a la même valeur que les différentes matières premières, alors qu’elle est en fait la condition nécessaire à l’obtention d’autres ressources (y compris l’énergie elle même). Ils pensent que l’économie « crée des richesses », alors qu’elle ne fait que transformer les matières premières et que, sans énergie, il n’y a tout simplement plus d’économie.

Quand des économistes discourent à la télé et qu’entre deux sujets (le chômage, le prix des matières premières, etc), ils évoquent les difficultés que font peser sur l’économie les prix du pétrole, ils ont tout faux. Le pétrole n’est pas un problème.

Le pétrole est LE problème.

Et puis… Il y a les autres. Il y a les géologues, bien sûr, mais également les techniciens qui exploitent les champs pétrolifères, les mains dans le cambouis. Ils ont une vision très différente de la vision rose bonbon que je viens de vous présenter.

Le Pic de Hubbert

Tout d’abord, soulignons que la prévision classique « il reste assez de pétrole pour tant d’années » est faite en supposant que la consommation reste constante. Malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Ces dernières années, de nouveaux très gros consommateurs (la Chine et l’Inde pour l’essentiel) sont apparus sur le marché et consomment autant qu’ils le peuvent. Ceci étant dit, poursuivons.

Comme toutes les ressources finies, la production de pétrole a commencé et finira à zéro. Entre ces deux extrêmes, la production passe nécessairement par un maximum. On appelle ce maximum le « pic de Hubbert« , du nom du géologue qui l’a calculé le premier. Il se produit approximativement quand la moitié du pétrole disponible a été extraite, et tout laisse à penser que ce pic est imminent.

En 1956, le géologue King Hubbert a prédit que la production de pétrole aux USA atteindrait son maximum aux alentours de 1970 avant de commencer à décroître. Évidemment, tout le monde l’a ridiculisé. Et pourtant, il avait raison et, depuis 1971, la production de brut aux USA ne cesse de baisser. Bien sûr, ce phénomène n’est pas propre à ce pays mais commun à toutes les régions productrices. Seule la date diffère. À l’heure actuelle, la plupart des pays ont atteint ou dépassé leur pic de production. Les seuls pays ne l’ayant pas encore atteint sont au Moyen-Orient.

Maintenant il est évident que, si l’on considère la production mondiale dans son ensemble, le même phénomène doit se produire.

Selon le site de l’ASPO, la date la plus probable est 2011, mais selon le Professeur Kenneth Deffeyes de l’université de Princeton, ce pic a été atteint le 16 décembre 2005 ! [1]. Une synthèse des estimations peut être consultée ici.

À ce point de notre raisonnement, quelques remarques s’imposent :

Le gouvernement américain actuel rassemble beaucoup de membres de l’industrie pétrolière. Il est très probable que leur invasion de l’Irak ait été planifiée en prévision du « peak oil ».

Pour extraire du pétrole, du charbon ou des sables bitumineux, on a besoin d’énergie (pompes, etc), et donc de pétrole. En d’autres termes, il arrive un moment où l’extraction n’est plus rentable, et ceci quel que soit le prix du marché. S’il faut brûler un baril pour en récupérer un, on ne le fera pas, même à 10 000 $ le baril. C’est un concept que les économistes de le Terre plate ont beaucoup de mal à comprendre… De nombreuses réserves d’hydrocarbures fossiles sont donc « hors de portée » et ne seront jamais utilisées sauf, peut être, comme source de matières premières non énergétiques.

Les conséquences

Quelles seront les conséquences ? Immenses. Une fois le pic atteint, la production ne peut que chuter, ce qui signifie une explosion des prix. Actuellement, on a une crise pétrolière si la production est inférieure même d’un demi pour cent à la demande, mais cette crise sera bien plus sévère ! Bien sûr, il restera encore du pétrole pour quelques années, mais il sera cher. Très cher. Et les prix ne feront que monter

Plus concrètement, l’explosion des prix du brut signifie, entre autre joyeusetés :

La fin de la globalisation

Plus personne n’ira faire fabriquer des T-shirts à 10 centimes la douzaine à l’autre bout du monde si le prix du pétrole atteint des sommets. Évidemment, ce n’est pas forcément une mauvaise chose, car ces emplois pourraient retourner chez nous. Toutefois, cela signifie également Lire la suite

Le réseau des territoires en transition : Quand la ville se sèvre du pétrole

Quand la ville se sèvre du pétrole

mondequibouge.be, Anne Thibaut, Pierre Titeux, Fédération Inter-Environnement Wallonie
article publié dans Imagine demain le monde (n°74 – juillet & août 2009), le 6 octobre 2009

Sans attendre des réorientations politiques et économiques qui tardent à s’opérer, des citoyens ont décidé de prendre leur avenir en main et d’œuvrer, au niveau local, à la construction de la société de « l’après-pétrole ».

Tout a commencé en 2006, à Totnes, ville de 7 700 âmes située dans le Devon, à l’extrême sud-ouest de l’Angleterre. Quelques habitants se sont regroupés autour de Rob Hopkins pour mettre en œuvre le concept de « transition town » (« ville en transition ») développé par cet enseignant en permaculture (1).

Pour Hopkins, il appartient à chaque communauté, à chaque entité locale, de construire la résilience (2) qui lui permettra d’encaisser les bouleversements sociétaux générés par le pic pétrolier (3) et la crise climatique. Il s’agit de préparer dès aujourd’hui un futur moins gourmand en énergie en élaborant des systèmes de production, de consommation et de vie en commun conciliables avec les contraintes écologiques, économiques et sociales qui s’annoncent.

La ville en transition s’articule autour d’une vision alternative positive qui sert de fi l rouge à l’élaboration d’un Plan d’action de descente énergétique (Pade). La mise en œuvre de ce plan répond à trois mots d’ordre : autonomie (alimentaire, énergétique), relocalisation (de la production, des emplois) et solidarité. Ses promoteurs savent que c’est une démarche de longue haleine ; les objectifs portent sur le long terme, car on ne peut espérer changer en quelques années l’ensemble des paramètres constitutifs d’une société. La notion de transition traduit ce travail sur la durée : on est en marche vers un autre modèle, le changement est en cours mais loin d’être achevé.

Mode d’emploi

A Totnes, comme ailleurs par la suite (152 initiatives ont rejoint à ce jour le réseau officiel Transition network et plusieurs centaines d’autres s’apprêtent à le faire), le processus de transition a respecté une série d’étapes clairement défi nies. Pour commencer, un groupe temporaire de pilotage se crée et jette les fondations de la démarche. Il lui appartient également de lancer un programme de sensibilisation aux deux problématiques imposant l’action : le pic pétrolier et les changements climatiques.

Lorsque la communauté apparaît suffisamment sensibilisée (ce qui prend de six mois à un an) et que des contacts avec des groupes déjà actifs (essentiellement des associations environnementales et sociales) ont été noués, les pilotes organisent une grande fête.

La dynamique et l’énergie libérées lors de cet événement permettent au mouvement de Lire la suite

Les emplois de l' »après-pétrole »

lemonde.fr, Antoine Reverchon, le 5 octobre 2009

Les emplois de l' »après-pétrole »

Le Sénat a commencé, le 15 septembre, l’examen du projet de loi « portant engagement national pour l’environnement », dit « Grenelle 2 », qui détaille les modalités d’application des objectifs fixés par la loi « Grenelle 1« , adoptée le 23 juillet. Le but de toute cette agitation législative est de préparer la France à l’après-pétrole, en substituant graduellement à l’actuel bouquet énergétique, à base de combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon), un bouquet comportant une part croissante de sources d’énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique). L’objectif étant que cette part atteigne 23 % en 2020.

Pour faire accepter les contraintes et les dépenses que cette mutation exige, Nicolas Sarkozy avait déclaré, le 22 juin, devant les députés et sénateurs réunis à Versailles, que le Grenelle engendrerait la création de 600 000 emplois dans la décennie à venir.

Il est impossible de savoir si ces chiffres seront atteints, mais il est certain que le changement de « modèle énergétique » aura des effets quantitatifs et qualitatifs sur les métiers, les emplois et les compétences. Dans le secteur de l’énergie bien sûr, mais aussi du transport, de l’automobile, de la sidérurgie, du ciment, du bâtiment, etc., et dans les services d’ingénierie et de conseil aux entreprises des secteurs concernés.

Ces mutations seront lentes, souligne Georges Servier, conseiller du président d’EDF et membre du conseil d’administration de la Fondation européenne pour les énergies de demain, créée par EDF. Selon lui, ces changements « prendront dix, vingt, trente ans ».

Dans le domaine de la production énergétique centralisée (centrales thermiques, à combustible fossile ou nucléaire, barrages hydrauliques), ajoute-t-il, les métiers ne vont guère changer, alors qu’il s’agit des plus gros bataillons de recrutement de l’électricien national. Sur les 3 000 recrutements effectués chaque année par EDF, 1 200 (dont 500 bac + 5) concernent le nucléaire, et ce rythme devrait demeurer stable dans les dix ans à venir. Il ne s’agit pas que de spécialistes de l’atome : mécaniciens, électroniciens, informaticiens sont de la partie.

Le secteur de l’hydraulique, avec la remise en état des grands barrages sur l’ensemble du territoire, devrait aussi être un gisement d’emplois. Sur les 30 000 salariés d’EDF, 5 000 travaillent dans la production hydraulique.

Du côté de la production « décentralisée » (solaire et éolien essentiellement), les besoins d’EDF sont moins volumineux : il s’agit de chefs de projet chargés de l’installation de parcs éoliens. Les gisements d’emplois se situent surtout chez les constructeurs d’équipements (éoliennes et panneaux photovoltaïques) ou chez les artisans et prestataires qui installent les matériels les plus légers chez les clients, particuliers ou entreprises.

Prévisionnistes météo

En revanche, les grands producteurs et distributeurs d’électricité devront maîtriser la cohabitation entre Lire la suite

Nicola Hulot “Le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème”

montpellier-journal.fr, NC, septembre 2009

“Le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème”

Nicolas Hulot était à Montpellier, la semaine passée, pour présenter Le syndrome du Titanic. L’occasion d’évoquer son point de vue sur le capitalisme, ses relations avec les multinationales, l’action politique, les freins qu’il rencontre, la gouvernance mondiale, des pistes de solution, le problème du pétrole, la voiture et même la viande.

Coréalisé avec Jean-Albert Lièvre, le film de Nicolas Hulot (1), comme ceux d’Al Gore et Yann-Arthus Bertrand, dresse un sombre bilan de l’état de la planète. En gros, ça va très mal, nous ne faisons rien ou pas grand chose et pourtant personne ne sera épargné, pas même les riches. Quant aux plus faibles, ils seront touchés les premiers.

“Ce capitalisme sauvage”

Mais comme dans Une vérité qui dérange ou dans Home, les causes systémiques ne sont pas abordées. Sauf peut-être vers le premier tiers du film où la voix off de Nicolas Hulot nous dit : “J’ai quand même quelques certitudes : le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème. Ce capitalisme sauvage qui réduit tout à l’état de marchandise et dont nous avons fait notre habit de lumière.”

Reste que le mérite évident du syndrome du Titanic est, en permanence, de mettre en relation d’un côté le mode de vie des pays dit “développés” et de l’autre les conséquences et l’indécence de ce mode de vie vis à vis des autres régions du monde. Ce n’est pas rien. Car, chaque jour, dans nos pays, quasiment en permanence, ce lien est masqué. Et le citoyen réduit à un simple consommateur sans conscience. Reste à savoir si le spectateur, une fois sorti, se souviendra de cette mise en perspective dans sa vie quotidienne.

Quelques heures après la projection du film, la conférence de presse a été l’occasion de revenir sur le film mais surtout d’évoquer l’action de Nicolas Hulot et donc certaines pistes ou solutions. Les trois questions ci-dessous ont été posées par Montpellier journal. Viennent ensuite des extraits de la conférence de presse, présentés de manière non nécessairement chronologique.

Vous parlez de “capitalisme sauvage” dans le film. Iriez-vous jusqu’à dire qu’il faut sortir du capitalisme (2) ?

On pourrait deviser pendant des heures sur ce qu’on accroche au mot capitalisme. Y sont associées, un certain nombre de valeurs ou de notions. Je ne les remets peut-être pas toutes en causes. Est-ce que je remets en cause l’accès à la propriété aussi associée au capitalisme ? Probablement pas. Mais ce capitalisme qui fait que tout est devenu marchandise, qu’on spécule sur tout, y compris sur les choses vitales et essentielles, oui ce capitalisme-là, je le remets en cause. Ce capitalisme qui ne se fixe aucune limite et qui génère une concentration de richesse pour un petit nombre de personnes, oui je le remets en cause. Pas par rancœur – il n’y aucune morale dans ce film – simplement ce n’est pas tenable.

Certains vous reprochent de faire des compromis – voire des compromissions – avec des grands groupes pollueurs. Que leur répondez-vous ?

Je ne sais pas où il y a compromis parce que c’est une lecture, me semble-t-il, pas très objective des choses. Je considère qu’on est dans un vrai combat, presque une guerre. Il faut des moyens Lire la suite

Jancovici – Taxe carbone : un moment historique

lefigaro.fr, Jean-Marc Jancovici, le 9 septembre 2009

Taxe carbone : un moment historique

TRIBUNE – Ingénieur de formation, expert en questions énergétiques et climatiques, l’auteur * plaide pour ce qu’il considère comme un moindre mal comparé à ce qui nous menace.

«Une taxe carbone ? Pouah, une taxe !» Ainsi aurait sûrement parlé Jacquouille dans «Les Visiteurs à Bercy», tellement cette idée semble particulièrement incongrue dans la conjoncture actuelle. En fait, le débat a surtout particulièrement mal démarré dans une classe politique encore trop peu à l’aise avec les enjeux.

Il est évident que les apparences sont trompeuses : pourquoi diantre Nicolas Hulot irait-il risquer sa réputation d’homme le plus sympathique du pays s’il n’était profondément convaincu que c’est avec la promotion de cette fameuse taxe qu’il méritera le mieux – peut-être avec retard ! – l’estime que la population lui porte ?

Au début de l’affaire, il y a un constat simple : l’énergie est par définition la grandeur qui accompagne tout changement dans le monde physique. Il n’y a donc pas d’activité humaine – et a fortiori d’activité économique – sans énergie, dont l’histoire montre qu’elle joue un rôle central dans l’évolution des peuples. La crise de 2009 n’est que la conséquence logique de la hausse du pétrole entre 2000 et 2008, qui est venue faire vaciller un endettement qui autrement serait passé comme une lettre à la poste. Dans le monde, cette énergie vient essentiellement du pétrole (35 %), du gaz (20 %), et du charbon (25 %). Or selon Shell, Total ou l’Agence internationale de l’énergie, le plus probable pour les vingt prochaines années est un approvisionnement pétrolier et gazier de plus en plus incertain : le déclin de la production pétrolière commencera d’ici cinq à quinze ans et il en ira de même pour le gaz cinq à dix ans après (et le charbon quarante ans après). Tout notre système socio-économique reposant aujourd’hui sur l’énergie abondante et à bas prix, une telle évolution dans un monde non préparé menace du premier au dernier lecteur de ce journal, du Lillois au Marseillais, du chômeur au cadre : ce n’est pas juste un problème de riches.

Puis vient le climat. 5 °C d’élévation de la moyenne planétaire, c’est ce qui s’est passé lors du passage de l’ère glaciaire (France incultivable, Grenoble sous la glace, mer plus basse de 100 mètres) à l’époque que nous connaissons actuellement. Sauf qu’en provoquant une telle transition en un siècle au lieu des dix mille ans au moins que cela prend «naturellement», nous appliquerons à 9 milliards d’hommes sédentaires une telle déstabilisation (pénuries alimentaires, maladies, destructions d’infrastructures, exodes, guerres, etc.) que la démocratie, l’espérance de vie et la paix n’y résisteraient probablement pas.

Éloigner cette double menace, probablement un peu plus gênante que de Lire la suite

Grande Bretagne : Un tiers de bouchons en moins en raison de la crise

7sur7.org, NC, le 7 septembre 2009

Un tiers de bouchons en moins en raison de la crise

Les autoroutes et nationales britanniques ont enregistré, depuis deux ans, près d’un tiers de bouchons en moins en raison de la crise économique, selon une étude publiée mardi.

La hausse du chômage, du télé-travail ou du covoiturage explique notamment ce recul de 31% des embouteillages sur les grands axes du pays, selon cette enquête menée par l’institut Populus pour l’automobile-club AA et la société Trafficmaster spécialisée dans l’information routière.

L’étude estime que la montée du chômage en Grande-Bretagne, qui a atteint en août son plus haut niveau depuis 1996 (7,8%), a entraîné une baisse de 15% des embouteillages aux heures de pointe. Par ailleurs, 20% des quelque 75.000 automobilistes interrogés ont expliqué qu’ils travaillaient plus souvent de chez eux pour limiter les coûts de transport. Ils ont également plus souvent recours aux transports en commun ou au covoiturage.

Le vendredi est le seul jour de la semaine qui a vu une augmentation des bouchons, les Britanniques choisissant de plus en plus de rester dans leur pays pour les vacances ou les week-ends. « Nous rassemblons et analysons des données sur les embouteillages depuis 20 ans et jusqu’en 2007, le problème n’a fait qu’augmenter », a souligné une porte-parole de Traficmaster, Georgina Read. « Mais depuis la crise financière, cette tendance a bel et bien été inversée et depuis deux années consécutives nous assistons à une chute spectaculaire des niveaux d’embouteillages« .

« Cette étude apporte ainsi de bonnes et de mauvaises nouvelles », a pour sa part commenté le président de l’AA, Edmund King. « Les bouchons diminuent, mais Lire la suite

Nocolas Hulot – Taxe carbone: «Ne rien faire est irresponsable»

liberation.fr, par Matthieu Ecoiffier et Guillaume Launay, le 7 septembre 2009

Taxe carbone : «Ne rien faire est irresponsable»

Pour Nicolas Hulot, la querelle politique sur la taxe carbone masque les enjeux. Il livre son mode d’emploi d’une fiscalité écologique et sociale.

Comme prévu, la taxe carbone et le cafouillage gouvernemental sur le dossier ont largement occupé le campus d’été de l’UMP, qui se déroulait ce week-end à Seignosse (Landes). Cafouillage ? Pas du tout, selon le conseiller élyséen Henri Guaino : «Il n’y a pas de cafouillage, il y a des discussions.» Mais rien d’anormal, officiellement, dans le désaveu infligé au Premier ministre sur les arbitrages. Les modalités de la taxe, les vraies, devraient être connues jeudi, selon Christine Lagarde. Sauf si les «discussions» s’éternisent…

Agacé par la tournure très politicienne prise par le débat, Nicolas Hulot, qui avec sa Fondation a porté et médiatisé la Contribution climat énergie (CCE) depuis le Grenelle, lance dans Libération un appel à la raison.

A entendre ses adversaires, Ségolène Royal en tête, la taxe carbone c’est 7 centimes de plus à la pompe et c’est inefficace…

C’est une présentation étriquée et simpliste des choses. Aucun expert objectif ne doute de l’efficacité du signal prix pour agir sur les comportements. Si, simple exemple inversé, le parc de diesel a tant augmenté en France, c’est parce que les gens ont intégré que le prix à la pompe du diesel serait durablement moins cher que celui du super. Si on veut créer de la vertu collective, que l’industrie propose des biens et des services de plus en plus sobres, il faut que chacun ait à l’esprit que le prix ne baissera plus jamais. Que l’horizon soit bien défini pour orienter ses investissements. Ceci dit, le contexte de la rentrée politique, a sans doute pesé notamment à gauche… Certains ont trouvé un point d’accroche, je ne trouve pas ça très adroit, ce n’est pas un sujet sur lequel il faut polémiquer. C’est trop grave, ne faisons pas de démagogie. C’est d’ailleurs contraire à l’esprit du Pacte Ecologique que tous avaient signé.

Quel est l’intérêt de la taxe carbone ?

Donner un prix au carbone fait consensus chez tous les économistes qui se sont penchés sur ces problématiques. Rappelons le contexte. Il y a deux contraintes majeures, le changement climatique et la raréfaction des ressources. Pour lutter contre le réchauffement, on s’est engagé à Kyoto à diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Ca ne se fera pas avec des petites corrections à la marge. Nous aurons tous des efforts très importants à faire et plus l’on ajourne la transition plus ce sera lourd voir insupportable notamment pour les plus démunis.

«Si on ne fait rien, les plus précaires subiront»

Et sur les ressources ?

On va vers la fin des énergies fossiles et notamment du pétrole. L’idée qu’on ait le choix entre faire ou ne rien faire est fausse. Soit on organise cette mutation, soit on la subit. Les choses vont changer de gré ou de force. Et si c’est de force, par la raréfaction, les prix vont augmenter très brutalement… et ce sont les plus précaires qui vont subir. Planifier la hausse c’est pouvoir aussi amortir les crises à venir. C’est bien une préoccupation éminemment sociale, ce n’est pas juste histoire d’embêter le monde.

Ne faut-il pas d’abord se concentrer sur l’industrie ?

Le marché des quotas existe déjà : il touche les émissions industrielles concentrées. Il faudra Lire la suite

David Holmgren : les quatre scénarios de la décroissance

bellaciao.org et damienperrotin.com, Damien Perrotin, le 14 août 2009

David Holmgren : les quatre scénarios de la décroissance

David Holmgren n’est pas un inconnu dans le monde de l’écologie et de la soutenabilité. Cet australien né en 1955 a été avec Bill Mollison l’inventeur du concept de Permaculture. Son premier ouvrage Permaculture One, basé sur les travaux de l’écologue américain T. Howard Odum, a posé les bases du mouvement pour une agriculture durable en Australie et plus largement dans les pays anglo-saxons. Son dernier livre Future Scenarios : how communities can adapt to peak oil and climate change a donc suscité un intérêt certain dans le monde, malheureusement restreint, de ceux qui s’intéressent au pic énergétique et ses conséquences sur nos sociétés, tout comme d’ailleurs son site : future scenario.org

Dans ce petit livre d’environ 120 pages, David Holmgren examine notre avenir à la lumière de la situation écologique présente. Il n’est certainement pas le premier à l’avoir fait. Le Club de Rome en son temps, et John Michael Greer plus récemment s’y sont également essayé. Leurs conclusions se rejoignent d’ailleurs. Holgrem envisage d’abord quatre futurs possible pour notre civilisation :

La techno-explosion prévoit une croissance indéfinie de notre richesse matérielle et de notre capacité à surmonter les contraintes environnementales. Elle dépend de la disponibilité en grande quantité d’une énergie concentrée et de haute qualité. Poussée au bout de sa logique elle aboutit à la colonisation de l’espace. Il s’agit en gros de la continuation du modèle actuel de développement.

La techno-stabilité suppose une conversion sans accrocs à une économie de non-croissance basée sur des énergies renouvelables et capable de garantir au moins le même niveau de richesse que celle d’aujourd’hui. C’est en gros ce dont rêvent les Verts.

L’effondrement envisage une destruction de la société industrielle sous l’effet combiné de l’épuisement des ressources du changement climatique. Cet effondrement serait rapide et plus ou moins continu et aboutirait à la disparition de la plus grande partie de la population humaine, ainsi que l’essentiel de son héritage culturel. C’est un scénario « à la Mad Max »

La descente énergétique correspond plus ou moins à la longue descente de Greer ou à la longue urgence de Kunstler. Elle implique une réduction progressive de l’activité économique, de la population et la complexité de la société au fur et à mesure que s’accentuera l’épuisement de nos ressources. L’importance croissante des énergies renouvelables fera évoluer nos sociétés vers des structures proches de celles qui prévalaient avant la révolution industrielle. Cela suppose une ruralisation progressive de l’économie et de la société et un déclin également progressif de la population.

Holmgren n’écarte pas à priori l’effondrement mais le juge peu probable. Comme Greer, il fait remarquer que dans le passé les civilisations ont décliné plus qu’elles se sont effondré brutalement et que ce processus a toujours été graduel. Par ailleurs, ce scénario, populaire dans certaines franges du mouvement écologiste, n’est pas très constructif. Il conduit à une attitude fataliste, axée sur la survie individuelle ou en petites communautés.

Il récuse également les scénarios de la techno-explosion et de la techno-stabilité. Ils reposent en effet sur toute une série de présupposés dont tout indique qu’ils sont faux.

–          La production des matières premières non-renouvelables Lire la suite

Noël Mamère : Écologie ou barbarie

ecolosphere.net, Noël Mamère, le 14 août 2009

Écologie ou barbarie

L’actualité récente vient de nous apporter de nouvelles preuves des liens indissociables entre les questions que soulèvent les écologistes et les droits de l’Homme : la dernière condamnation de Aung San Suu Khuy, par la junte Birmane et le coup d’État institutionnel du président du Niger qui vient de trafiquer sa Constitution pour rester plus longtemps au pouvoir. Quel rapport avec l’écologie ? Regardons d’un peu plus près : ces deux pays sont riches de matières premières qui intéressent les pays du Nord au plus haut point et la France en particulier ; le bois et le pétrole en Birmanie, l’uranium au Niger. Deux sociétés françaises sont concernées au premier chef : Total, l’un des plus gros investisseurs en Birmanie, pour l’exploitation des hydrocarbures ; Areva au Niger, pour l’extraction de l’uranium nécessaire à l’alimentation des centrales nucléaires. Selon la fédération internationale des droits de l’Homme, Total verse chaque année 140 millions d’euros de royalties à la junte qui fait aujourd’hui l’objet de l’indignation mondiale. Quant à Areva, elle remplit les caisses d’un régime qui opprime ses opposants et mène une répression sanglante contre les populations Touaregs, là où se trouvent justement les gisements d’uranium.

Voilà qui explique sans doute la tartufferie du président Français qui, au lendemain de la condamnation de la « dame de Rangoon », appelait à des sanctions « tout particulièrement dans le domaine de l’exploitation du bois et des rubis »… Mais qui s’empressait d’oublier le pétrole, pour mieux protéger Total et nos approvisionnements en hydrocarbures si nécessaires à notre société de consommation à outrance. Après le référendum truqué du 4 août au Niger, silence radio. Le président Tandja peut tricher tranquillement, torturer ses opposants, nous avons trop besoin de son uranium pour nos centrales nucléaires et pour affirmer haut et fort, sans craindre le mensonge d’État, que grâce à elles, nous sommes indépendants.

Autrement dit, pour poursuivre un mode de vie et de consommation, pour assumer des choix -comme le nucléaire-, qui n’ont jamais été débattus démocratiquement par la société, nous nourrissons des dictateurs sanguinaires, qui tuent des moines, enferment un prix Nobel, font travailler des enfants et conduisent des guerres contre leurs minorités ; nous sacrifions la liberté des peuples à nos intérêts mercantiles et à notre mode de développement. Au nom de la préservation de notre confort, nous sommes prêts à sacrifier les idéaux des Lumières. L’égoïsme est devenue la valeur dominante qui efface toutes les autres. Et c’est ainsi que progresse l’apartheid planétaire qui ruine les sociétés et menace la Terre elle-même, soumise à l’appétit insatiable des prédateurs sans foi ni loi. C’est pourtant dans ce monde que nous vivons, où les plus pauvres, les « damnés de la terre », voient leurs libertés de plus en plus menacées et leur survie de plus en plus incertaine ; où les victimes des injustices sociales et les plus démunis sont aussi les premières victimes des injustices environnementales ; où 20% des habitants de la planète consomment 80% de ses ressources. À cause de ces inégalités de plus en plus insupportables, de plus en plus révoltantes, la vulnérabilité du monde prospère et, avec elle, la montée des incertitudes, des peurs, des violences, symboles de la fragilité d’une puissance que nous pensions capable de tout maîtriser.

Ce monde-là est en faillite. Si nous tentons de le préserver tel qu’il est, nous courons tous à notre perte, riches comme pauvres ; l’avenir radieux que nous promettaient les Trente Glorieuses et, aujourd’hui la « croissance verte » – nouveau logo du capitalisme aux abois – virera au cauchemar. On ne peut donc s’accommoder de « bricolages » sur une maison lézardée ou de pansements verts appliqués à un grand corps malade. Le rétablissement d’un monde plus juste pour nos générations et celles qui vont nous suivre est au prix d’une Lire la suite

Richard Heinberg : « La croissance mondiale a atteint ses limites »

voltairenet.org, traduction Nathalie Krieg pour le Réseau Voltaire, le 14 août 2009

Un an après le pic pétrolier

Richard Heinberg : « La croissance mondiale a atteint ses limites »

Il y un an, le baril de pétrole atteignait le prix record de 147 dollars. Le monde entier se tourna alors vers l’Arabie Saoudite —traditionnel producteur d’appoint— pour lui demander d’augmenter sa production afin de répondre à la demande en stabilisant les prix. Mais le Royaume en fut incapable car ses puits s’assèchent. Cet événement marque la fin d’une période. Dans un enchaînement dramatique, la prise de conscience que la croissance économique serait désormais limitée par la raréfaction de l’énergie fossile, fit s’effondrer les investissements, la demande en pétrole et son prix.

Richard Heinberg, auteur reconnu pour ses travaux sur la déplétion des ressources, examine cet événement historique, ses conséquences pour l’activité humaine et les perspectives d’avenir dans une interview exclusive accordée au Réseau Voltaire.

Réseau Voltaire : Selon la plupart des médias, l’origine de la crise financière est à chercher à l’intérieur même du système financier. Cette explication vous satisfait-elle, ou bien, comme vous l’avez suggéré de manière prémonitoire dans Pétrole : La fête est finie ! [1], le manque de confiance vis-à-vis de la reprise de la croissance, celle-ci reposant sur une production de pétrole à bon marché, serait-il également un facteur essentiel ?

Richard Heinberg : En 2008 s’est produite la plus importante flambée des prix de l’énergie jamais connue. Historiquement, les flambées du prix de l’énergie ont toujours conduit à une récession. Dès lors, il était raisonnable d’envisager une grave récession pour le premier trimestre 2008. En fait, la récession a commencé un peu plus tôt et s’est avérée plus profonde et plus persistante qu’aucune autre au cours des dernières décennies. Cela vient du fait qu’un krach financier était devenu plus ou moins inévitable à cause de l’existence d’une multitude de bulles dans l’immobilier et les marchés financiers.

L’impact de la crise sur l’industrie aéronautique et sur les constructeurs d’automobiles et de poids lourds est largement dû aux prix de l’énergie. La chute des valeurs immobilières et l’augmentation du nombre des hypothèques ne sont pas tant liées au pétrole.

Néanmoins, à un niveau d’analyse avancé, l’aspiration de notre société à une croissance économique perpétuelle est basée sur l’hypothèse que nous aurons toujours à disposition des volumes croissants d’énergie à faible coût pour alimenter nos machines de production et de distribution. Cette aspiration à la croissance s’est institutionnalisée à travers des niveaux de dette et de survalorisation toujours croissants. C’est ainsi que, lorsque les volumes d’énergie disponibles ont commencé à stagner ou à décliner, le château de carte du monde financier s’est complètement écroulé.

Malheureusement, la crise reste largement incomprise par les dirigeants du monde entier. Ils prétendent qu’elle a une origine uniquement financière ; ils prétendent également qu’elle est transitoire. Ils croient que, si nous soutenons suffisamment les banques, la croissance économique redeviendra positive et tout ira bien. En fait, notre système financier actuel ne peut pas être amené à fonctionner dans un monde où les ressources énergétiques s’amoindrissent. Nous avons besoin d’une économie qui puisse subvenir aux besoins primaires de l’humanité sans augmenter notre rythme de consommation des ressources. Cela nécessitera la création de Lire la suite

Rapport de la conférence des experts et de la table ronde sur la contribution Climat et Energie

ladocumentationfrancaise.fr, Michel Rocard, juillet 2009

Rapport de la conférence des experts et de la table ronde sur la contribution Climat et Energie

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la France s’est engagée à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.

L’instauration d’une contribution « climat énergie » (CCE) compte parmi les mesures envisagées pour « encourager les comportements sobres » en carbone et en énergie et ainsi lutter contre le réchauffement climatique.

C’est dans ce contexte que cette contribution a été expertisée pour analyser les modalités de sa mise en œuvre éventuelle ainsi que ses différents effets.

Les deux premières parties de ce rapport sont constituées par les synthèses des ateliers de la Conférence d’experts des 2 et 3 juillet, les conclusions de la table ronde présidée par Michel Rocard, ancien Premier ministre, faisant l’objet de la troisième partie.

Sommaire

PREMIERE PARTIE : L’INTERET GENERAL DE L’OUTIL

A . POURQUOI UNE CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Une urgence climatique qui fait consensus.

2. Recourir au mécanisme de prix, une condition nécessaire de la minimisation du coût.

B. PRINCIPES GENERAUX DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Eléments de consensus.

2. Les différences d’appréciation : taxe/marché, court terme/long terme, articulation de la CCE avec les dispositifs existants.

C. L’ASSIETTE DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Eléments de consensus.

2. Différences d’appréciation : exonération partielle ou totale des émissions sous quotas, assiette énergétique complémentaire à l’assiette carbone.

3. Facteurs de tension : Prix d’usage de l’électricité et émissions agricoles.

D. LE TAUX DE LA CONTRIBUTION CLIMAT ENERGIE

1. Eléments de consensus.

2. Différences d’appréciation : Lire la suite

Pétrole : le déclin de la production aurait déjà commencé

univers-nature.com, Michel Sage, 30 juillet 2009

Pétrole : le déclin de la production aurait déjà commencé

Depuis des décennies, une des questions récurrentes sur le pétrole est celle de la date du pic de production, plus connue sous le terme anglo-saxon de « peak oil (1)». D’après la dernière publication de l’institut Energy Watch Group (2), présentée lundi dernier, il n’est plus nécessaire de spéculer sur une date future, le pic de production aurait été atteint en 2006.
L’étude se fonde, en grande partie, sur une analyse détaillée de l’estimation des réserves de l’ensemble des pays producteurs de pétrole ainsi que sur l’état de la production des principaux gisements. Au niveau des réserves, les chiffres publiés présentent un grand décalage avec ceux mis en avant par les industriels et par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE): Ainsi, alors qu’ « officiellement » la fourchette des réserves mondiale se situe entre 1 200 et 1 300 milliards de barils, l’EWG conclu sur une valeur de 854 milliards de barils. Cette différence étant essentiellement liée aux réserves des pays de l’OPEP (3), avec une dépréciation de 315 milliards de barils rien que pour la zone du Moyen-Orient. Concernant la situation des gisements, l’EWG met en avant le fait qu’une grande majorité de puits importants ont atteint leur pic de production et que la mise en exploitation de puits plus réduits compense de plus en plus laborieusement leur déficit.

La première conclusion que tire l’EWG, de cette double analyse, est que les 81 millions de barils de pétrole produits en moyenne chaque jour en 2006 constituent le pic historique de la production mondiale. La deuxième conclusion étant que le début de la décroissance est imminent et devrait très vite se traduire par une diminution globale de la production de 3 % par an.

Dans son rapport, l’EWG donne le comparatif entre ses projections de production à moyen terme et celles de l’AIE :

– En 2020 : 58 Millions de barils par jour pour l’EWG et 105 pour l’AIE.

– En 2030 : 39 Millions de barils par jour pour l’EWG et 116 pour l’AIE.

Hasard ou prémisses d’une crise énergétique majeure, le rapport de l’EWG est rendu public alors que le cours du pétrole ne cesse de battre des records. Si cette étude voit juste, la baisse de la production va survenir bien plus tôt que prévue et impacter fortement sur une économie mondiale dont le « moteur » consomme, chaque année, toujours plus d’or noir.
L’EWG termine son rapport par un commentaire très sévère sur l’AIE ; considérant que Lire la suite

Les réserves de pétrole s’épuisent plus rapidement que prévu

lemonde.fr, NC, le 4 aout 2009

Les réserves de pétrole s’épuisent plus rapidement que prévu

Le temps du pétrole abondant et bon marché sera très bientôt derrière nous. C’est le cri d’alarme du docteur Fatih Birol, chef économiste à l’Agence internationale de l’énergie, organisme basé à Paris. Dans un entretien accordé au journaliste Steve Connor du quotidien britannique The Independent, le spécialiste chargé de mesurer les possibilités d’approvisionnement des pays de l’OCDE donne une évaluation très pessimiste des réserves de pétrole à l’échelle de la planète.

Selon lui la production mondiale devrait atteindre son niveau maximum dans une dizaine d’années, c’est-à-dire au moins dix ans plus tôt que prévu par la plupart des estimations des pays de l’OCDE. Pis, les trois quarts des sites pétroliers auraient déjà atteint cette capacité maximale et seraient sur le déclin, un déclin lui aussi plus rapide que prévu. Aggravé par un sous-investissement chronique des pays producteurs dans leurs infrastructures, la pénurie de pétrole pourrait « compromettre tout espoir de reprise après la crise économique actuelle », a déclaré le Dr Birol au journal. Il ajoute que cet « oil crunch » devrait se traduire par une augmentation durable du prix du baril car la demande continue à augmenter et devrait même dépasser l’offre disponible dès l’année 2010.

Jeremy Legget, un entrepreneur spécialiste des questions environnementales également cité par The Independent, craint quant à lui que la pénurie n’incite les compagnies pétrolières et les gouvernements à se tourner vers des alternatives polluantes, comme les sables bitumeux du Canada. Leur exploitation induit une très forte production de dioxyde de carbone et aggraverait le changement climatique. La recherche d’énergies renouvelables et propres apparaît selon lui comme une priorité, à la fois pour des raisons écologiques mais aussi pour pallier le tarissement des énergies fossiles à plus ou moins long terme.

The Independent rappelle néanmoins que les estimations sur les réserves pétrolières varient considérablement d’un expert à un autre. Contrairement aux prévisions de l’Agence internationale de l’énergie, le gouvernement britannique – ainsi que beaucoup d’autres – n’envisage pas de déclin des réserves avant Lire la suite

Encerclé par les crises

dedefensa.org, NC, le 4 août 2009

Encerclé par les crises

Si le cœur nous en dit, nous pourrions trouver cela ironique, de lire l’exclusivité de The Independent alors qu’une fois de plus retentissent les trompettes de la “reprise” (qui signale la sauvegarde temporaire à un coût épouvantable du système financier, sans garantie d’une amélioration de l’économie réelle). Le quotidien britannique a obtenu un entretien exclusif avec le Dr Fatih Birol, chef économiste à l’Agence Internationale de l’Energie. Message simple: la crise du pétrole arrive vite, très vite, beaucoup plus vite que prévu. C’est ce 3 août 2009, dans The Independent.

«The world is heading for a catastrophic energy crunch that could cripple a global economic recovery because most of the major oil fields in the world have passed their peak production, a leading energy economist has warned.

»Higher oil prices brought on by a rapid increase in demand and a stagnation, or even decline, in supply could blow any recovery off course, said Dr Fatih Birol, the chief economist at the respected International Energy Agency (IEA) in Paris, which is charged with the task of assessing future energy supplies by OECD countries.

»In an interview with The Independent, Dr Birol said that the public and many governments appeared to be oblivious to the fact that the oil on which modern civilisation depends is running out far faster than previously predicted and that global production is likely to peak in about 10 years – at least a decade earlier than most governments had estimated.

»But the first detailed assessment of more than 800 oil fields in the world, covering three quarters of global reserves, has found that most of the biggest fields have already peaked and that the rate of decline in oil production is now running at nearly twice the pace as calculated just two years ago. On top of this, there is a problem of chronic under-investment by oil-producing countries, a feature that is set to result in an “oil crunch” within the next five years which will jeopardise any hope of a recovery from the present global economic recession, he said.

»In a stark warning to Britain and the other Western powers, Dr Birol said that the market power of the very few oil-producing countries that hold substantial reserves of oil – mostly in the Middle East – would increase rapidly as the oil crisis begins to grip after 2010. “One day we will run out of oil, it is not today or tomorrow, but one day we will run out of oil and we have to leave oil before oil leaves us, and we have to prepare ourselves for that day,” Dr Birol said. “The earlier we start, the better, because all of our economic and social system is based on oil, so to change from that will take a lot of time and a lot of money and we should take this issue very seriously,” he said.»

Ecartons aussitôt la réaction immédiate, instantanée, inévitable, dans notre civilisation de la communication où tout le monde sait tout. Il y aura des contestations, des révélations, des précisions et des supputations dans tous les sens, pour mettre en doute ou en cause les prévisions exposées par le Dr. Birol et The Independent.

L’année dernière, quasiment à la même époque puisqu’il s’agissait de mai-juillet 2008, les prix du pétrole avaient déclenché une “crise du pétrole” où la manipulation, la spéculation, etc., avaient joué le plus grand rôle. Les arguments allaient dans tous les sens tandis que le prix du baril grimpait jusqu’autour de $150 avant de retomber de moitié en deux-trois semaines. On philosophait et on avertissait pour l’avenir. Puis on oublia puisque, un gros mois plus tard, le 15 septembre 2008, nous avions l’esprit occupé par la très considérable crise systémique de la finance mondiale.

Alors, que faire de l’exclusivité que le Dr. Birol a obligeamment fourni à The Independent? D’abord, observer qu’il s’agit d’une évaluation très relativiste, c’est-à-dire qui prend en compte divers facteurs de domaines différents.

• D’une part, Birol annonce que le “peak oil” fondamental (moment où le volume de production potentielle atteindra son sommet et commencera à décliner) est prévu par ses services pour autour de 2020, plutôt que 2030 comme l’estiment en général les services officiels de la plupart des gouvernements.

• Mais, d’autre part, il annonce qu’une évaluation d’à peu près 800 champs d’exploitation, couvrant les trois quarts des réserves mondiales identifiées, montre que la plupart de ces installations ont elles-mêmes dépassé leur point de production maximale et commencent à décliner. («The IEA estimates that the decline in oil production in existing fields is now running at 6.7 per cent a year compared to the 3.7 per cent decline it had estimated in 2007, which it now acknowledges to be wrong.»)

D’une façon générale, divers autres facteurs sont mis en avant, notamment Lire la suite

Alain Lipietz : « le monde d’après sera moins productiviste et moins libéral »

latribune.fr, Alain Lipietz, le 3 août 2009

Alain Lipietz : « le monde d’après sera moins productiviste et moins libéral »

Dans notre série d’été Visions de l’après-crise, « La Tribune » a interrogé l’économiste vert, Alain Lipietz. Ce dernier voit dans la solution à la crise écologique la réponse à la crise économique.

« Rien ne sera plus comme avant » a dit Nicolas Sarkozy. Partagez vous ce pronostic ?

Toute crise est un moment de rupture, où l’on ne peut plus continuer comme avant. Cette fois, elle nous dit que l’on ne peut pousser plus avant l’économie globalisée, sur le mode libéral et ultra-productiviste qui s’est imposé depuis vingt ans. La crise actuelle me semble relever de deux crises que nous avons déjà connues. Une crise écologique, où la rareté des ressources énergétiques et alimentaires devient criante, comme en 1848. Et une crise à la 1930 liée à un partage salaires/profits très déséquilibré, et surtout une distribution trop concentrée au profit des plus hauts salaires comme des plus gros bénéfices. Insidieusement, nous sommes revenus à une économie de la rente. Et ceci est vrai, tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale. C’est bien cette double crise qui a conduit les travailleurs pauvres à s’endetter pour se loger, puis, quand les prix du pétrole et de la nourriture se sont envolés, à arbitrer contre leurs remboursements, provoquant la crise des subprimes. Le monde d’après sera, sans doute, moins productiviste et moins libéral. Sera-t-il plus ou moins social, plus ou moins démocratique ? Je ne sais. L’histoire a montré que les lendemains de crise pouvaient prendre des voies multiples.

Vous voyez donc tout de même un monde plus dirigiste et moins ouvert ?

Oui, et avant même l’éclatement de la crise financière, on a vu un retour du protectionnisme qui était alors passé inaperçu en France. Dès l’été 2007, la crise des jouets chinois a provoqué une levée de boucliers au parlement européen. Certains mettaient en avant le nécessaire respect des normes internationales, d’autres défendaient carrément la préférence européenne. De même, avec les débats sur l’Agence de l’Energie, les objectifs obligatoires du « paquet climat », on a vu une remontée du planisme.

La crise écologique que vous mentionnez a-t-elle déjà joué le rôle de détonateur d’une prise de conscience écologique chez les chefs d’Etat ? Pensez vous que chacun a pris la mesure de l’urgence à agir ?

Ceux qui niaient l’existence même d’une crise écologique se sont rendus à l’évidence. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est pareillement conscient de l’urgence. On voit bien qu’entre les pays les plus pauvres du sud, qui ont compris qu’il fallait agir tout de suite, et ceux qui, comme les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde, estiment que s’il faut agir, ce n’est pas à eux de commencer, il y a les pays européens qui ne sont prêts à agir que si les autres bougent aussi en même temps. Bref, il existe toujours une palette d’attitudes face au réchauffement climatique qui empêche d’agir vite, et de façon coordonnée. Or, les Nobel de l’an dernier nous en avertissent : si, en 2020, on n’a pas réduit de 30% par rapport à 1990 nos émissions de gaz à effet de serre, et si les pays émergents n’ont pas inversé la courbe de leurs émissions, la hausse de la température mondiale dépassera les 3 degrés. Et le monde ressemblera à celui de Mad Max, où une partie de ses habitants Lire la suite

600 000 emplois « verts » d’ici à 2020 : faut-il y croire ?

lemonde.fr, Marie-Béatrice Baudet, le 29 juillet 2009

600 000 emplois « verts » d’ici à 2020 : faut-il y croire ?

Politiquement, c’est un succès. Jean-Louis Borloo a pu se féliciter, le 23 juillet, de l’adoption définitive, à la quasi-unanimité, du premier volet législatif du Grenelle de l’environnement. Mais les promesses économiques seront-elles au rendez-vous ? Et qu’adviendra-t-il de la plus importante d’entre elles, celle que Nicolas Sarkozy a mise en avant le 22 juin dans son discours prononcé devant le Congrès, à Versailles : « Je veux dire à ceux qui trouvaient que le Grenelle de l’environnement coûtait trop cher que c’est la dépense la plus rentable que l’on puisse imaginer. Elle va créer 600 000 emplois. »

La France n’est pas la seule à chanter le refrain de la croissance verte et de ses centaines de milliers d’emplois à la clé. Les chiffres les plus optimistes circulent de pays en pays. Pour le Bureau international du travail (BIT), le secteur des énergies renouvelables emploiera 20 millions de personnes en 2030, dix fois plus qu’aujourd’hui. En septembre 2008, juste avant son élection à la présidence américaine, Barack Obama avançait le chiffre de la création « rapide » de 5 millions d' »emplois verts » aux Etats-Unis.

Faut-il y croire ? Ces belles promesses ont un goût de déjà-vu, à l’instar des espoirs suscités en son temps par la Netéconomie. Le 28 août 2000, le cabinet américain Andersen Consulting publiait une étude qui prévoyait qu’en 2002 Internet aura créé 10 millions d’emplois aux Etats-Unis et en Europe. Un an plus tard, la bulle éclatait et les start-up licenciaient.

Que dire aussi du « gisement » des services à la personne ?

En janvier 2007, M. Borloo, alors ministre de l’emploi, table sur la création de 500 000 postes nouveaux en deux ans. Depuis, la crise est passée par là. Les enseignes prestataires de services à la personne mettent la clé sous la porte (Le Monde daté du 30 juin) car les particuliers, en mal de pouvoir d’achat, rechignent à payer un intermédiaire pour trouver un prestataire.

Le nouvel eldorado des emplois verts mérite donc d’être observé avec prudence. Tout peut arriver. En bien comme en mal. Y compris une « bulle verte« , thèse soutenue par Robert Bell, président du département des sciences économiques de Brooklyn College (City University de New York) : « Des incitations fiscales couplées au comportement mimétique des marchés financiers peuvent conduire les investisseurs à créer une nouvelle bulle financière sur la « green tech« . »

La crise l’a amplement démontré : prévoir en économie est un exercice difficile. Pour annoncer en grande pompe que le Grenelle allait créer 600 000 emplois, le président de la République a repris les conclusions d’un rapport remis le 16 juin par le bureau parisien du Boston Consulting Group (BCG), cabinet international de conseil en stratégie, à son ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo. Page 4, on peut lire : « Les 15 grands programmes du Grenelle permettront la création de plus de 600 000 emplois en moyenne sur la période 2009-2020, principalement dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures et des énergies renouvelables. »

Comment cette statistique a-t-elle été élaborée ? Lire la suite

Yann Artus-Bertrand : « Je me bats pour que l’écologie soit au coeur des consciences »

larep.com, Olivier Rezel, le 26 juin 2009

Yann Artus-Bertrand : « Je me bats pour que l’écologie soit au coeur des consciences »

MARDI, À BARJOUVILLE (28). Jovial et détendu, Yann Arthus-Bertrand n’a pas boudé son plaisir d’être au milieu des écoliers barjouvillois, lesquels ont donné son nom à leur école élémentaire.

Le réalisateur du film « Home » était à Barjouville, près de Chartres, (Eure-et-Loir), mardi, pour découvrir l’école élémentaire qui porte son nom. Il a répondu à nos questions.

Quel effet cela fait-il d’avoir une école qui porte son nom ?

C’est toujours très émouvant. À chaque fois, je verse une petite larme. En même temps, cela donne des responsabilités. Il faut s’investir lorsque l’on donne son nom à une école. Je me suis engagé à aller voir ces établissements – il y en a huit en France – au moins une journée ou une après-midi par an.

Pensez-vous que votre film, « Home », diffusé deux jours avant les élections européennes, a réellement boosté le score de la liste Europe écologie ?

Si près de 9 millions de personnes ont regardé le film, cela montre bien qu’elles avaient déjà un intérêt pour la question de l’écologie. Les gens ont voté peut-être un peu plus pour Europe écologie après le film. Moi, de toute façon, ça ne me gêne pas, bien au contraire. Je vote vert depuis toujours. Mais je pense que l’écologie n’est pas une question de politique, c’est un lobby. Il n’y a pas assez d’écologie dans tous les partis, d’extrême gauche à l’extrême droite.

Vous attendiez-vous à un tel succès de votre film ?

Non, je ne m’attendais pas à faire un tel score. Ce n’est pas un film marrant, c’est un film angoissant qui montre combien nos gestes du quotidien ont un impact sur notre environnement. On vit dans un monde de gâchis. Je n’avais pas pris conscience de cela et je l’ai réalisé dans le film. On estime que, dans les pays riches, 40 à 50 % de la nourriture produite est jetée. C’est une folie. On consomme trop. Il faut que l’on apprenne à vivre mieux avec moins. Prenez l’exemple du pétrole. On sait que le pétrole bon marché et abondant, ça va être fini dans 10 ans, dans 15 ans. Un baril à 500 dollars va avoir des incidences sur le coût du transport, de la nourriture. On ne s’y prépare pas. Il y a une espèce de déni collectif. On ne veut pas croire à ce que l’on sait. La crise écologique, le changement de climatique annoncé : on ne veut pas le croire. Il y a toujours autant de voitures sur le périphérique. L’homme balance entre une intelligence incroyable et un égoïsme incroyable.

Pour certains, « Home » est de l’écologie à grand spectacle mais qui ne propose aucune solution. Que leur répondez-vous ?

Moi, je ne suis pas là pour amener la solution. Sincèrement, si j’avais la solution, je serais Lire la suite

Entretien croisé : Nicolas Hulot et Pascal Picq

madame.lefigaro.fr, Dalila Kerchouche et Laurence Negroni-Nikitine, le 29 mai 2009

Entretien croisé : Nicolas Hulot et Pascal Picq

Comment parler d’écologie sans donner des leçons ? Responsabiliser sans culpabiliser ? C’est l’objet de ce débat entre Nicolas Hulot et le paléoanthropologue Pascal Picq, une réflexion éthique et pratique pour les générations à venir. L’occasion d’une remise en cause salutaire pour la planète.

Madame Figaro. – Aujourd’hui, le discours écologique se moralise. Être vert, c’est bien, c’est juste. Qu’est-ce que la morale a à voir avec le réchauffement de la planète ?

Nicolas Hulot (1). Je préfère parler de responsabilité. Il ne suffit plus de se dédouaner avec deux ou trois petits gestes écolos. Mais de nous montrer plus exigeants dans nos choix individuels. Le dérèglement climatique nous oblige à une prise de conscience. À essayer de comprendre pourquoi, involontairement, nos actions ont échappé à nos intentions. En disant cela, je ne fais pas la morale, car je suis aussi de ceux qui ont, sans le vouloir, participé à tous ces désordres écologiques. Mais j’explique simplement que nous sommes à un carrefour de civilisation. Nous ne pouvons pas nous désolidariser des générations futures et les livrer en pâture à des problèmes quasiment insolubles. Je n’y vois aucune morale, mais la possibilité d’édifier ensemble un nouveau capital de valeurs.

Pascal Picq (2). Je suis scandalisé par les pubs et les promos qui, en ce moment, poussent à la surconsommation. Évidemment, il n’est pas question de donner des leçons, mais d’expliquer que nos habitudes ne sont bénéfiques ni pour notre santé ni pour notre confort de vie. Mais attention, aussi, à la fausse bonne conscience ! Car certaines entreprises pratiquent le greenwashing et utilisent le développement durable comme vitrine publicitaire. Cette démarche est très ambiguë, car elle ne part pas d’une réflexion éthique sur le produit. Entre mauvaises habitudes et prétextes fallacieux, il y a d’autres voies.

Pour agir au quotidien, quels gestes vous semblent essentiels ?

Nicolas Hulot. Il y en a beaucoup. Par quoi commencer ? On recharge ses cartouches d’imprimante, on chauffe sa maison à 18 °C, on récupère l’eau de pluie, on trie ses déchets, on éteint ses appareils en veille, on achète des produits de saison et de proximité, on évite les sacs plastique aux caisses des supermarchés, on choisit son mode de transport intelligemment, on optimise également sa machine à laver, on prend une douche plutôt qu’un bain… Les possibilités qui s’offrent à nous sont sans limites et nullement insignifiantes ! Si on possède plus de moyens, on peut rouler à scooter électrique, équiper sa maison de panneaux solaires… Mais à partir de là, c’est aussi à la société de permettre au plus grand nombre d’accéder à ces techniques en en baissant les coûts.

Pascal Picq. Soyons clairs : dans nos actes quotidiens, nous sommes impliqués avec tout ce qui se passe dans le monde. Cet été, par exemple, certaines personnes vont acquérir des salons pour leur jardin. Et en ce moment, c’est la mode des salons en teck. Or, lorsque nous achetons des meubles qui ne viennent pas d’une forêt gérée de manière durable, nous tuons des orangs-outangs. Cela n’est pas un discours moralisateur, c’est un fait.

Mais comment se responsabiliser sans culpabiliser ?

Nicolas Hulot. Si je suis dans une impasse, car je dois prendre ma voiture pour aller travailler, je n’ai aucune raison de me sentir coupable. Car la société ne me donne pas le choix de faire autrement. C’est de l’ordre de la responsabilité collective, et non individuelle. En revanche, dès qu’un choix personnel est possible, je dois essayer de briser mes automatismes consuméristes, c’est-à-dire évaluer et trier entre l’essentiel et le superflu. C’est un véritable Lire la suite

La décroissance : un modèle économique d’avenir ?

altermonde-sans-frontière.com, Guillaume Duval, Christine Mounier, le 21 avril 2009

La décroissance : un modèle économique d’avenir ?

À en croire les principaux média, le bien-être de tous passe par une croissance soutenue. Pourtant, pour un nombre croissant de personnes, un modèle économique d´avenir et responsable ne passe plus forcément par la croissance économique, mais au contraire par la décroissance.
Décroissance ou développement durable ? : Deux camps s’opposent sur les réponses à apporter aux problèmes environnementaux et aux besoins de la population.

Les événements climatiques extrêmes se multiplient, les déchets s’amoncellent, les nappes phréatiques s’épuisent ou sont polluées, le pétrole va devenir rare et son contrôle fait l’objet de conflits de plus en plus violents, que ce soit en Irak ou en Tchétchénie. Dans le même temps, la capacité du système économique à répondre aux besoins sociaux est de plus en plus contestée. Les inégalités mondiales se creusent et si une partie de l’Asie est en train de sortir du sous-développement, c’est en adoptant un mode de vie dévoreur de ressources non renouvelables. Bref, et chacun (ou presque) en convient désormais : on va dans le mur et il faut changer de mode de développement. Et pas dans un siècle, dès les prochaines années. Mais comment faire ? Un débat de plus en plus vif oppose les partisans d’une « décroissance soutenable », organisant le recul de l’économie monétaire, aux tenants d’un « développement durable » permettant de concilier croissance et écologie.

Sur la gravité de la situation, il n´y a pas de désaccord majeur entre les tenants du développement durable et les partisans de la décroissance. Ernst Ulrich von Weizsäcker, Amory et Hunter Lovins, tenants du développement durable, reprennent à leur compte, dans leur rapport « Facteur 4 », les très sombres prévisions établies par les Meadows dans leur célèbre rapport de 1972 au Club de Rome sur « les limites de la croissance ». Ils envisagent notamment le risque d´un effondrement brutal des productions agricole et industrielle et de la population mondiale dans les prochaines décennies. Quant à Lester Brown, autre tenant du développement durable, il consacre, dans Éco-économie, des pages aux « signes de la tension » qui ne rassurent pas davantage sur l’avenir. Il n’y a pas non plus de divergence sur la nécessité d’une décroissance très rapide de la consommation de matières premières et d’énergie, en particulier, bien sûr, des énergies fossiles.

L’éco-efficience au secours de la croissance

En revanche, les avis s’opposent sur le moyen d’y parvenir. Les tenants de l’éco-économie mettent en évidence les nombreux moyens techniques déjà connus pour consommer beaucoup moins de matières premières et d’énergie tout en produisant autant de biens et de services (à travers le recyclage et une autre conception des produits). C´est le fameux « facteur 4 » d’Ernst Ulrich von Weizsäcker : on peut produire autant avec quatre fois moins d’énergie et de matières premières. D’autres, plus ambitieux encore, parlent de facteur 10. Sans être des ennemis du marché, les tenants de l´éco-économie ne croient pas que les mécanismes marchands sont susceptibles de rétablir seuls les équilibres écologiques. Ils misent sur des politiques publiques très actives et sur une refonte des systèmes fiscaux en fonction de priorités écologiques. De plus, ils soulignent qu´il va falloir changer en un temps record l´essentiel de nos infrastructures : remodeler l’urbanisme, changer d´habitat, reconfigurer les moyens de production dans la plupart des industries, etc. Cet énorme effort d’investissement est générateur de croissance et, à la fois, nécessite de la croissance pour être mis en oeuvre : la croissance faible des vingt dernières années en Europe a plus freiné la transformation écologique des modes de production et de consommation qu´elle ne l’a accélérée.

Attention à l´effet rebond

Les tenants de la décroissance ne croient pas du tout à un tel scénario. Lire la suite

Jean-Marc Jancovici : « On vit à crédit écologique »

eco.rue89.com, Sophie Verney-Caillat, le 11 mai 2009

Jean-Marc Jancovici : « On vit à crédit écologique »

Dans « C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde », Jean-Marc Jancovici nous force à voir une vérité qui dérange : notre économie vit comme si l’énergie était infinie et bon marché. Continuer à l’ignorer, c’est aller au-devant d’un chaos certain. Entretien.

Jean-Marc Jancovici est le « monsieur crise énergétique » de Nicolas Hulot, dont il avait contribué au pacte écologique. C’est à ce titre qu’il a participé au Grenelle de l’Environnement dans le groupe « changement climatique ». Cet ingénieur polytechnicien partage aussi son temps entre l’enseignement, l’écriture, et sa société de conseil en réduction d’impact climatique pour les entreprises, Carbone 4 (fondée avec son co-auteur l’économiste Alain Grandjean). Il a aussi créé les outils permettant de faire son bilan carbone personnel.

Au fil de ses conférences, sur un ton jovial et spirituel, à la limite du moqueur, il répète que ce qu’il avance est « juste destiné à sauver la planète ». Pourquoi ? C’est très logique :

« Le prix de l’énergie conditionne la transformation du monde. Et si on n’a plus d’énergie abondante à un prix faible, l’économie freine. Or le prix du pétrole a été multiplié par dix entre 2000 et 2008. On l’avait tragiquement oublié. »

« En apparence, la vie continue comme avant »

Petite explication pour comprendre le titre de son livre : c’est « maintenant » que la production de pétrole atteint son maximum, avant de décliner. Cette énergie dont toute l’économie dépend ne sera bientôt plus disponible, il est donc urgent de s’adapter.

« Pour un tas de gens, en apparence la vie continue comme avant. Mais si on ne réoriente pas l’économie avec un préavis suffisant, cela se fera de manière spontanée et extrêmement violente. » (Voir la vidéo)

« Pas de repas gratuit »

Qu’on soit prévenu : le seul choix qu’il reste est « entre la souffrance et la mise au régime, mais il n’y aura pas de repas gratuit ». Et puisqu’en économie tout passe par le prix, il faut en donner un à ce qui nous pose problème, donc taxer la consommation de carburant (et donc les émissions de CO2) par le biais de la « taxe carbone ».

Une taxe douloureuse certes, mais qui ferait naître des opportunités. Avec ses recettes, l’Etat pourrait Lire la suite

Amory Lovins : En 2040, plus besoin de pétrole aux USA

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 16 mai 2009

En 2040, plus besoin de pétrole aux USA

Cela fait bientôt 33 ans que cet homme détient la solution aux problèmes énergétiques. Time magazine vient d’ailleurs de lui rendre hommage en le classant parmi les 100 personnalités de l’année. Amory Lovins, de passage à Paris pour la promotion de son ouvrage consacré au capitalisme naturel (publié aux Etats-Unis en 1999, ndlr), est un pionnier discret. Au sein de l’Institut Rocky Mountain, think-tank qu’il a créé en 1983, il conseille de grosses entreprises comme le constructeur automobile Ford ou le chimiste Dow Chemical en matière d’efficacité énergétique, et peut se targuer d’avoir l’oreille des plus proches conseillers d’Obama sur la question. Ce type voit loin: il promet que les Etats-Unis pourront intégralement se passer de pétrole en 2040. Entre deux coups de fourchette, interview.

Quel rôle joue l’Institut Rocky Mountain ?

Nous pratiquons ce que j’appelle l’acupuncture institutionnelle. Nous intervenons auprès des grosses entreprises comme Ford, Dow Chemical, Boeing, …, pour les convertir à l’efficacité énergétique. Investir dans une usine qui fabrique des fenêtres super isolantes coûte 1000 fois moins cher que de produire toujours plus d’électricité en construisant de nouvelles centrales. Nous pensons qu’il faut échanger les megawatts par des negawatts, c’est à dire des watts que l’on n’a pas besoin de produire puisqu’on ne les consomme pas. Et les grandes entreprises comprennent très bien cela. Et je pense que les changements majeurs sont souvent conduits par les grosses entreprises. Ce n’est pas surprenant quand on comprend qu’économiser de l’énergie et des ressources peut s’avérer très profitable. Dow Chemical a investi un milliard de dollars dans les économies d’énergie et ils ont économisé 9 milliards de dollars en quelques années. Dupont de Nemours a diminué ses émissions de CO2 de 80% par rapport à son niveau de 1990. La flotte de camions de Walmart consomme 25% de carburant en moins. Et il existe de nombreux autres exemples.

Pensez-vous que les choses sont en train de changer ?

Oui. A la création de l’Institut, nous étions une poignée d’amis sans argent. Aujourd’hui, nous avons près de 90 employés et un chiffre d’affaires de 13 millions de dollars. Il existe une profusion de gisements de negawatts: dans le bâtiment, les transports, le chauffage, … De la même façon, il y a les barils de pétrole et ceux que l’on ne consomme pas, les nega-barils.

Que pensez-vous du modèle énergétique français basé sur le nucléaire?

La France me fait l’effet d’une île de politique plutôt hermétique entourée par une mer de réalité qui s’appelle le marché économique. L’industrie nucléaire pense que ses principaux concurrents sont les usines à charbon ou à gaz, bref, les grosses centrales d’énergies fossiles, alors que ses principaux concurrents, à mon sens, sont l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Les adeptes du nucléaire pensent que les centrales énergétiques doivent être grosses alors que le futur appartient aux petites centrales électriques. Lire la suite

Réchauffement. On a trop de pétrole !

consoglobe.com, mai 2009

Réchauffement. On a trop de pétrole !

Le réchauffement climatique, les émissions de carbone et gaz à effet de serre, on en parle dans tous les médias, mais peu le font avec clarté. Un ouvrage récent, ‘Trop de pétrole », apporte de nombreuses explications frappantes. ConsoGlobe l’a lu pour vous et vous en proposera des analyses passionnantes.

Réchauffement climatique : plus ou moins inévitable en fonction du pétrole

Le GIEC et la communauté scientifique s’accordent désormais sur un scénario de réchauffement climatique en fonction des « profils d’émission de CO2 » à partir du niveau d’émission actuel. Le scénario central décrit, après stabilisation, une augmentation de température moyenne de 2,7°C, plus ou moins: 3°C si la concentration de dioxyde de carbone dépasse 450 ppm*. Pour que la concentration ne dépasse pas  ; 3°C si la concentration de dioxyde de carbone dépasse 450 ppm. Cela ne se produira que si les émissions de gaz carbonique sont divisées par 2 en 2050. On en est loin comme on l’a expliqué dans un article récent sur la demande énergétique mondiale.
Tout le monde s’accorde à dire qu’une hausse moyenne de température de 3°C (atteinte si les émissions sont de 1000 milliards de tonnes de carbone (gigatonnes de carbone, Gtc) créerait déjà de très graves difficultés climatiques, une catastrophe en réalité.
Si sur 200 ans, les émissions de carbone atteignent 2000 Gtc, la hausse des températures sera de 5°C ; une évolution énorme dans un temps aussi petit à l’échelle de l’histoire de la planète.

*L’augmentation serait de 6°C plus ou moins 6°C si la concentration de dioxyde de carbone atteint 1000 ppm. Malgré les incertitudes on peut estimer que la moitié de la fourchette d’évolution des températures de 2 à 8°C proposée par le GIEC relève de l’incertitude scientifique et l’autre moitié des émissions futures de C02, autrement dit des activités et décisions de l’humanité.

Il y a trop de pétrole disponible.

La quantité de réserves de pétrole et de gaz présents sur terre ainsi que des réserves de charbon, autre énergie fossile, représente 5000 milliards de tonne, soit 1200 Mds de t de carbone sous forme de pétrole et de gaz et 3700 Mds en ressources charbon. Tout le charbon n’est pas exploitable et on estime que les ressources fossiles exploitables représentent plus de 3000 milliards de tonnes.

La différence entre 1000 milliards et 3000 mds fait réfléchir : pour que la hausse de température ne dépasse pas 3°C, il faut que les hommes ne touchent pas aux deux tiers des réserves présentes dans le sous sol de la planète (charbon, pétrole, gaz) dans les deux siècles à venir.

C’est pourquoi, Henri Prévot, dans son ouvrage « trop de pétrole » affirme qu’on a trop de pétrole. En effet, Lire la suite

Déplacements, crise, Jancovici, vélo électrique…

sud-ouest.com,  Bernard Broustet, le 9 Mai 2009

Alors que les réseaux de transport des grandes villes sont de plus en plus utilisés, les autoroutes sont moins fréquentées, et l’avion plonge

La crise chamboule nos déplacements

Entre 2005 et 2008, la fréquentation du tram à Bordeaux a grimpé de 31, 3 %.

Il serait prématuré d’affirmer que nous sommes devenus moins mobiles. Mais les effets successifs de la hausse des carburants et de la crise ont infléchi le rythme et la nature de nos déplacements. Tandis que les transports collectifs ne cessaient de gagner du terrain dans les grandes villes, la circulation automobile marquait le pas. Quant au transport aérien, qui avait paradoxalement à peu près résisté à l’explosion du prix du kérosène, il est aujourd’hui en déroute. Ces évolutions, auxquelles la hantise du réchauffement planétaire n’est peut-être pas totalement étrangère, appellent les commentaires suivants.

1) Un vrai trou d’air pour l’avion

Le transport aérien, dont la croissance mondiale atteignait bon an mal an un rythme de 5 %, connaît depuis la fin de l’année dernière une véritable glaciation. Les chiffres de l’Iata, association internationale regroupant la plupart des compagnies aériennes à l’exception des low-cost, sont sans équivoque. Au premier trimestre 2009, les revenus du trafic international ont ainsi baissé de plus de 9 % par rapport à 2008.

Amorcée en septembre, cette dégringolade s’est ensuite quasiment aggravée de mois en mois. Elle s’explique sans doute pour l’essentiel par l’énorme coup de frein qui frappe les voyages d’affaires. Obsédées par la crainte de gaspiller leurs liquidités, les entreprises taillent à la hache dans ces dépenses. Le volume global des déplacements d’affaires est restreint, tandis que la part relative des billets de première et de classe affaires ne cesse de se réduire au profit des places arrière.

Dans la région comme ailleurs, tous les aéroports ne sont pas touchés au même point. En dépit de la déroute de l’économie britannique, et d’une mauvaise fin d’année 2008, Bergerac s’en sort plutôt pas mal, grâce au low-cost, qui représente la totalité de son activité, et qui, globalement, souffre plutôt moins que les compagnies traditionnelles. Biarritz-Parme, voué dans une large mesure au loisir, et partiellement au bas coût, a connu un mois de mars difficile, mais a fait, semble-t-il, mieux en avril.

À l’inverse, Pau, très dépendant des voyages d’affaires (Turbomeca, Total, etc.), recule de plus de 7 % depuis le début de l’année. À Bordeaux, le premier trimestre s’inscrit en baisse de 7,7 %, pénalisé entre autres par la désaffection pour la navette d’Orly (- 8 %), le désengagement partiel d’Air France sur les lignes à destination de la péninsule Ibérique, et la baisse des échanges avec Londres.

2) Vive le tram et le métro

Très minoritaires par rapport à la voiture, les transports en commun ne cessent cependant de gagner du terrain. Entre 2005 et 2008, leur fréquentation a connu une croissance à deux chiffres Lire la suite

Critique de Corcuff (NPA) sur l’ouvrage de Kempf

reporterre.net, Philippe Corcuff et Hervé Kempf , le 1er mai 2009

Ecologie, productivisme, et post-capitalisme

L’économie de marché est-elle le capitalisme ? Quand l’individualisme n’est-il plus émancipateur ? Comment réintroduire la démocratie dans le travail lui-même ? Des questions au cœur de la nouvelle écologie radicale. Un débat.

En mars, Philippe Corcuff a eu l’amabilité de m’envoyer le texte qu’il comptait présenter lors du Contre Grenelle, à Lyon, le 2 mai (info : http://www.contre-grenelle.org/ Gre…). Il posait des questions intéressantes, qui m’ont conduit à lui adresser les précisions nécessaires. Voici les deux textes.

Anticapitalisme et antiproductivisme à l’aube du XXIe siècle – Autour des analyses d’Hervé Kempf

Par Philippe Corcuff (sociologue, membre des Verts en 1994-1997, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste)

Le mythe d’un « capitalisme vert » semble faire des ravages rhétoriques, dans la droite sarkozyste ainsi que dans un PS et chez des Verts social-libéralisés, comme réponse magique à la double crise financière et climatique qui affecte aujourd’hui le capitalisme. C’est l’occasion de réfléchir aux liens entre la critique écologiste du productivisme et la critique du capitalisme par la gauche radicale. Car la période appelle une nouvelle convergence entre les courants radicaux de l’écologie et les anticapitalistes. Le dernier livre d’Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, constitue un support intéressant pour amorcer cette démarche.

Le livre d’Hervé Kempf nous propose une série de pistes intéressantes, qui ont le grand avantage, dès le titre de l’ouvrage, de réarrimer prise de conscience écologiste et critique du capitalisme.

Or c’est quelque chose qui a été perdue de vue par certains écologistes, dans la double logique de l’institutionnalisation-professionnalisation des élites politiques vertes et de l’hégémonie de « la pensée unique » néolibérale. Les aspirations anticapitalistes de Mai 68 ont alors progressivement été oubliées par des militants éminents des Verts européens, comme Daniel Cohn-Bendit, passé du Dany le Rouge d’hier au Dany le Vert pâle d’aujourd’hui. Ce dernier proclame même dans un livre de 1998 : « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché ». Un exemple significatif, pour les centaines de milliers de personnes qui se sont opposés et s’opposent aux réformes néomanagériales de Sarkozy-Darcos-Pécresse, appliquant, de la maternelle à l’université, les recettes des entreprises privées : « Naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 » …

Or, justement, le troisième chapitre du livre de Kempf est consacré au « mirage de la croissance verte ». Pour lui, le capitalisme aborde de manière inadéquate la question du changement climatique, en tentant de faire croire « que l’on pourra pérenniser le système économique actuel sans en changer les déterminants » (p.84). Un exemple ? « L’effet pervers de la hausse des prix de l’énergie dans le système capitaliste est qu’elle Lire la suite

Le Titanic de l’économie carbonique

altermonde-sans-frontières.com, Yann Fiévet, le 30 avril 2009

For Le Peuple Breton, mai 2009

Le Titanic de l’économie carbonique

L’Histoire retiendra dans son œuvre d’établissement des faits aux conséquences gravissimes que le récent sommet du G20 est l’une des preuves les plus flagrantes de l’incurie actuelle des Maîtres du Monde. L’économie mondialisée est un navire démesuré aux multiples voies d’eau dont on a décidé de maintenir la route incertaine afin de sauver le plus longtemps possible les intérêts des occupants de la Première Classe. Le discours tenu aux passagers des classes subalternes n’affiche évidemment pas ce but cardinal ; on leur assure au contraire que pour sauver tout le monde il n’est qu’un seul cap à suivre. Mais, peu importent les paroles du Commandement : son attitude obstinée révèle une coupable sous-estimation du danger qui menace de dislocation le Titanic planétaire.

Ce Titanic-là est un trop vieux rafiot pour pouvoir tenir la mer démontée qui l’assaille de toute part. Il est d’un autre temps, celui où la prospérité économique provenait de l’abondance des sources d’énergie d’origine fossile. La première méprise du Commandement est de croire qu’il va pouvoir maintenir le coût de l’énergie à 5% du PIB, indicateur par ailleurs fièrement conservé comme référence de la richesse produite grâce à ce volume d’énergie. La vénération du mythe de la Croissance alors que les gisements de matières fossiles desquels elle dépend étroitement diminuent devrait imparablement apparaître absurde. Dans l’économie carbonique, produire va coûter de plus en plus cher à mesure que l’on va découvrir qu’aucune alternative crédible aux « fossiles » n’existe dans un avenir raisonnable. Ces considérations nous feraient presque oublier le désastreux bilan écologique de l’usage démentiel de ces sources d’énergie qui firent la fortune de l’ère industrielle. C’est la deuxième illusion du Commandement : croire qu’il va être possible de repeindre en vert la titanesque croissance.

L’abondance énergétique n’est pas le seul attribut de l’économie carbonique. Un autre attribut mortifère la condamne au regard de la nécessaire intelligence à (re)construire : elle s’est développée au mépris des limites qu’imposent la nature en général et le vivant en particulier. La transgression de ces limites, après avoir été longtemps prétendue inoffensive, est aujourd’hui payée au prix fort par les sociétés humaines. Les dérèglements climatiques, l’appauvrissement des sols, le dépérissement avancé de la biodiversité ou le développement exponentiel des maladies « environnementales » devraient nous imposer le réapprentissage des limites. La Croissance verte est toujours la Croissance, c’est-à-dire la poursuite du renoncement à prendre en considération impérative les limites physiques et biologiques. Les hommes devraient inventer l’économie biophysique. Cette économie « révolutionnaire » ne se préoccuperait pas seulement de connaître les limites de son emprise sur les écosystèmes, elle produirait surtout les conditions de son existence pérenne par l’équilibre des flux entre elle et la nature dans toutes ses dimensions. La Culture n’est pas supérieure à la Nature ; elles doivent marcher de front pour un dialogue permanent. Ici, la Croissance verte échouera encore : l’allègement de la domination de l’économique sur la nature ne remet pas en cause le caractère essentiel de cette domination. Adoucir le joug pour mieux le maintenir, telle est la nouvelle et dérisoire frontière offerte aux peuples par le Commandement aveugle du navire en perdition.

Le Commandement, régulièrement conforté par les analyses macro-économiques de ses nombreux conseillers, se méprend encore en ignorant superbement la contre productivité manifeste de la « société de marché ». L’archéologue américain Joseph Tainter a étudié le développement et le déclin de nombreuses civilisations pour mettre à jour les raisons communes de leurs destins fatals. Confrontées aux problèmes inhérents à leur fonctionnement, ces civilisations accroissent la complexité de celui-ci en augmentant encore les moyens qui ont permis leur développement. L’accroissement de la complexité signifie la diversification des rôles sociaux, économiques et politiques ainsi que l’essor des moyens de communication et la croissance de l’économie des services, tout cela étant soutenu par une consommation d’énergie sans cesse en augmentation. Il est incontestable qu’aujourd’hui la satisfaction sociale par habitant augmente de moins en moins vite, alors que les coûts écologiques croissent chaque jour davantage. La contre productivité globale de la société de marché est désormais palpable puisque son bénéfice net, différence entre la satisfaction sociale et les coûts conjoints de l’organisation sociale et de la crise écologique, diminue. L’effondrement de cette société interviendra quand son bénéfice net deviendra nul. Hérétique prédiction !

L’erreur majeure des économistes de la théorie orthodoxe est de raisonner exclusivement sur la combinaison de deux facteurs de production, le travail et le capital, et d’ignorer ainsi le moteur même de l’économie que constitue les matières minérales et énergétiques fournies par la nature. L’épuisement de ces richesses premières en amont de la production et les dégâts occasionnés à l’environnement naturel en aval de la consommation ne sont jamais sérieusement chiffrés économiquement. À cet égard, le développement durable, déclinaison publicitaire de la théorie économique dominante, ne résout rien. En dernière instance, c’est toujours l’économique qui l’emportera sur le social et l’environnemental. À la figure des trois cercles ne se chevauchant que sur une portion congrue, il nous faudrait substituer celle de trois cercles concentriques : le petit cercle de l’économie contenu dans celui plus large du social lui-même inscrit dans le vaste cercle de l’environnement naturel. Cela s’appelle reconstruire notre imaginaire.

À cette nécessité impérieuse, le Commandement préfère l’enthousiasme pour une prédiction minuscule érigée en chaloupe providentielle : la Chine devrait faire 8% de Croissance en 2009.

Vaincre le « Triple Crunch »

alternatives.ca, Guillaume Hébert, le 30 avril 2009

L’auteur est chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

Vaincre le « Triple Crunch »

Au Québec comme ailleurs, les citoyens doivent saisir l’opportunité de restructurer l’économie de façon à régler non pas à une ou deux crises, mais bien trois. À cet effet, des intellectuels britanniques en faveur d’un New Deal vert (Green New Deal), ont lancé des pistes de solutions d’envergure visant à contrer le « Triple Crunch » : la crise écologique, la crise financière et la crise pétrolière.

À quoi devrait ressembler un New Deal vert au XXIe siècle ? Une politique économique de cet ordre implique un rôle important de l’État par le biais d’investissements. Face à la crise écologique, ces investissements massifs devraient être verts, c’est-à-dire qu’ils doivent permettre la réduction des émissions de carbone et mettre l’économie sur la voie de la viabilité écologique. Par conséquent, les projets d’infrastructures proposés par les gouvernements semblent inadéquats, puisqu’ils abordent le défi de la même façon que ce que l’on faisait il y a cinquante ans, à une époque où les dévastations écologiques causées par le productivisme de la société de consommation étaient négligées.

Une meilleure planification

Un travail considérable sera nécessaire en habitation. Un New Deal vert encourage le principe « un bâtiment, une station énergétique », selon lequel un plan de grande envergure reverrait l’ensemble des méthodes de construction et planifierait la mise à niveau des immeubles, notamment les bâtiments publics. L’adoption d’une telle perspective créerait des emplois dans le domaine de l’efficacité énergétique et des projets d’énergie renouvelables tels l’éolienne et le solaire. À l’échelle canadienne, ceci permettrait de créer 200 000 emplois, selon le Congrès du travail du Canada.

Une remise en question de l’aménagement du territoire pour notamment enrayer les désastres provoqués par l’étalement urbain, est aussi nécessaire. Un groupe de chercheurs de l’Université d’Ottawa, Sustainable Prosperity, a produit un rapport évaluant une vingtaine de grands projets pour répondre à la crise. C’est le développement du transport collectif qui obtient la meilleure note lorsqu’il s’agit de mettre en place des plans susceptibles de relancer l’économie tout en respectant l’environnement. En effet, le transport en commun a un impact positif sur la qualité de l’air et sur l’efficacité générale du carburant, et il permet d’élaborer de nouvelles technologies dans ce domaine.

D’autres pays, notamment en Europe, ont initié depuis plusieurs années la mise sur pied d’une classe de « cols verts », des travailleurs liés à un meilleur respect de l’environnement. En Allemagne ou en Espagne, Lire la suite

Imaginons une bio-Constitution pour servir la planète

lemonde.fr, Dominique Bourg, le 28 avril 2009

Imaginons une bio-Constitution pour servir la planète

Dominique Bourg est professeur de philosophie à l’université de Lausanne et membre du comité stratégique de la Fondation Nicolas Hulot.

Quelle que puisse être l’issue de la crise actuelle, le monde où nous entrons sera profondément différent de celui que nous quittons. Cela est acquis pour les environnementalistes, mais pas encore pour tout le monde.

L’expression « inversion des raretés » caractérise assez bien l’époque qui vient. A une population mondiale de 7 milliards d’individus – 9 au milieu du siècle – dotée d’un pouvoir d’achat et de capacités technologiques croissants, s’opposera une planète exsangue.

Il est probable que nous ne parvenions jamais à extraire plus de 100 millions de barils de pétrole par jour. A consommation constante, nous aurons épuisé au début du siècle prochain la dote fossile de l’humanité. Les réserves d’or, d’argent et de palladium s’élèvent, à consommation également constante, à une quinzaine d’années ; elles se situent entre 15 et 30 ans pour le plomb, le cuivre ou le zinc, etc. Nous provoquons la disparition de nombre d’espèces, les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont pour 60 % d’entre eux dégradés.

A quoi s’ajoute le changement climatique. Avec une hausse d’un degré de la température moyenne, c’est l’Ouest des Etats-Unis, du Texas au Dakota, qui pourrait redevenir ce qu’il fut il y a quelques millénaires : un immense désert de sable. Ce sont de longs épisodes de sécheresse affectant régulièrement l’Angleterre. Ce sont des ouragans touchant déjà l’Espagne qui pourraient s’étendre à la Méditerranée, etc.

On peut toujours croire que le génie humain permettra non seulement de continuer à honorer les promesses de la fête industrielle, mais de les étendre à des centaines de millions de consommateurs nouveaux.

Qu’on me permette d’en douter. Cette croyance repose sur un raisonnement par induction étroit. Certes, les exemples qui attestent de la capacité de sociétés à se sortir d’impasses ne manquent pas. Une déforestation précoce avait conduit la Londres du XIIIe siècle à se chauffer au charbon ; un ingénieur anglais avait calculé au seuil du XIXe siècle que le crottin de cheval devait atteindre à la fin du siècle le premier étage des immeubles londoniens ; les révolutions vertes successives n’ont cessé de contredire Malthus.

Ces exemples ne confirment qu’une chose : qu’il en est allé maintes fois ainsi, ce qui ne prouve nullement qu’il en ira toujours de la sorte. Le croire reviendrait à omettre trois choses. La première est qu’il existe de nombreux contre-exemples : l’abandon par les Anasazis du Chaco Canyon, la ruine de la civilisation des Mayas, la chute des établissements vikings de l’Est et de l’Ouest en terre groenlandaise, l’effondrement de la civilisation pascuane, etc.

La seconde raison est la systématique de la crise. Nous faisons face à la finitude sur quasiment tous les fronts. Enfin, les sociétés de marché modernes sont organisées pour satisfaire les désirs infinis d’un nombre d’hommes jamais égalé, et qui devrait encore croître.

Le recours à des instruments économiques comme les « politiques carbone » ne saurait à lui seul nous sauver. Ces politiques seront le vecteur de bouleversements plus profonds, touchant l’organisation même de nos sociétés. Il y a, en effet, une contradiction frontale Lire la suite

Réchauffement climatique : Le pari écologique d’Obama

developpementdurablelejournal.com, Patrick Cros, le 28 avril 2009

Réchauffement climatique : Le pari écologique d’Obama

Nouveaux « défenseurs » de la lutte contre le réchauffement cimatique, les États-Unis restent le plus grand émetteur mondial de CO2 par habitant.

Le président américain a organisé à Washington, hier, lundi 27 avril, un Forum des états les plus pollueurs de la planète. Héritier d’un certain laissez-faire écologique de l’administration américaine, Barack Obama veut reprendre le flambeau d’une politique environnementale plus agressive. Non sans arrière-pensée économique.

Devenu le nouveau « pourfendeur » des gaz à effet de serre (GES), Barack Obama multiplie les appels du pied pour faire entendre sa voix. Les plus gros émetteurs de GES, dont l’Inde et la Chine, se sont réunis lundi 27 avril à Washington pour préparer un éventuel texte commun en vue de la conférence des Nations-Unies de Copenhague qui doit jeter en décembre les bases de l’après Kyoto.

Après des décennies d’inaction, le fossé sera dur à combler pour les États-Unis, considérés comme les plus gros producteurs de GES de la planète. En particulier face à l’Europe, qui, malgré quelques voix discordantes, a lancé depuis quelques années une politique ambitieuse de lutte contre les émissions de CO2.

Le nouveau président américain propose de réduire d’environ 15% les émissions américaines de dioxyde de carbone d’ici à 2020, ce qui les ramènerait au niveau de 1990. Un effort « conséquent » après un Georges Bush qui n’avait pas voulu signer le Protocole de Kyoto, mais jugé bien insuffisant par l’UE qui souhaiterait un engagement deux fois plus important. Lors de la réunion des ministres de l’environnement, qui s’est tenu le 23 avril à Syracuse en Italie, les Européens ont rappelé qu’ils se prononçaient eux, unis cette fois, pour une réduction minimale de 20% avant 2020, sur la base de leurs émissions de 1990. Une sacré différence ! 

Un enjeu économique pour le leadership américain

Pour Barack Obama, le calcul est aussi économique. En s’engageant pleinement dans la lutte contre un fléau considéré comme l’un des principaux enjeux du XXIe siècle, le président américain tient avant tout à redorer le blason d’une Amérique sérieusement ternie par des années d’administration Bush. À la clé : de nouveaux marchés qui pourraient s’ouvrir aux industriels américains, en particulier dans le secteur des énergies renouvelables avec le solaire et l’éolien. Un levier économique non négligeable à l’heure d’une crise mondiale où le développement durable reste l’un des rares secteurs en croissance. Et Barack Obama n’a pas manqué d’y voir également la possibilité d’un nouveau leadership américain : « Le pays qui mènera le monde dans la création de nouvelles sources d’énergie sera le pays qui dominera l’économie mondiale du XXIe siècle. L’Amérique peut être ce pays ». 

La croissance par l’énergie

« La vérité, c’est que Lire la suite

Borloo : « Soit vous faites bouger tout le monde, soit ça se terminera mal »

terra-economica.info, Bertrand Desprez, David Solon, Simon Barthélémy, le 27 avril 2009

Jean-Louis Borloo : « Soit vous faites bouger tout le monde, soit ça se terminera mal »

Mettez dans une même pièce un ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, un scientifique de renommée internationale, Jean Jouzel, et un économiste spécialiste du climat, Stéphane Hallegatte. Vous obtiendrez un débat engagé et réchauffant. Morceaux choisis.

Les dernières études indiquent que les pires scénarios climatiques sont en train de se réaliser. Qu’en est-il ?

Jean Jouzel : Les choses sont claires. Pour limiter l’élévation des températures à 2° par rapport à 2000, il nous faut diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 3 d’ici à 2050. En les divisant par 2, nous n’avons aucune chance d’y parvenir. Pour cela, nos émissions doivent décroître dès 2015, c’est-à-dire immédiatement, alors qu’elles n’ont jamais augmenté aussi rapidement. Toute la question est de savoir si nos sociétés, nos politiques sont disposés, dès aujourd’hui, à prendre les mesures qui s’imposent.

Stéphane Hallegatte : Jean Jouzel parle d’action immédiate. Il a raison. C’est en effet très paradoxal d’envisager que nous sommes face à des phénomènes climatiques qui vont s’étendre sur plusieurs siècles, mais que la nature et l’ampleur de ces phénomènes vont se décider dans les deux ou trois années à venir. C’est pour cette raison que l’enjeu de la conférence sur le climat de Copenhague, en décembre prochain, est gigantesque. Rater cette échéance aurait une incidence forte sur le très long terme.

Le seuil de danger, soit 2° d’augmentation des températures, risque d’être atteint. Comment l’éviter ?

J.J. : Je ne veux pas jouer les oiseaux de mauvais augure mais, même si nous parvenons à stabiliser la température à + 2°, cela ne garantit aucunement un monde calme. Il faut suivre les recommandations de mon confrère James Hansen, de la Nasa, qui n’est pas optimiste. Il part des objectifs européens de réduction des niveaux de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Notre continent s’est fixé un niveau ambitieux de 550 particules par million [ppm]. Problème : il est insoutenable ! Et plus inquiétant encore : atteindre 450 ppm – ce qui suppose un effort très soutenu – n’empêcherait ni la disparition des glaces de la planète ni l’élévation très sensible du niveau des mers. Hansen conclut donc qu’il n’y a pas d’autre choix que de se limiter à 350 ppm si l’on veut conserver notre climat dans l’état où il se trouve aujourd’hui. Or nous en sommes déjà à 380 ppm.

S.H. : 450 ppm, ce serait déjà pas mal.

Cet objectif de 350 ppm est-il envisageable ? Ce chiffre est-il compréhensible pour le grand public ?

J.J. : Non, c’est dur. Communiquer sur la nécessité de diminuer la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère, cela signifie stopper toutes les centrales à charbon immédiatement, replanter massivement des arbres… Techniquement, pourquoi pas dans l’absolu. C’est, en revanche, plus difficile de communiquer là-dessus.

Jean-Louis Borloo : Ce dont je suis certain, c’est qu’il faut dire à tous que c’est faisable, que c’est le progrès et que ce n’est nullement un retour en arrière. D’où vient cette problématique du changement climatique ? D’un fondement économique qui a lui-même un fondement énergétique qui n’est pas indispensable, ni vital. Nous sommes en train de vivre une parenthèse extraordinaire. Et dans l’histoire de l’humanité, cette parenthèse sera considérée comme la parenthèse du tandem pétrole-charbon, dominé par le pétrole. C’est une anomalie. Tout le monde peut bien comprendre qu’une fraise qui parcourt 10 000 km n’est pas une absolue nécessité pour l’humanité. De même que d’avoir de la mobilité quasi exclusivement par des moteurs thermiques n’est pas une fatalité. En fait, ce qu’il faut avoir en tête, Lire la suite

Nous ne pourrons renouer avec une économie à forte croissance

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 20 avril 2009

 »Nous ne pourrons revenir en arrière et renouer avec une économie à forte croissance »

Basé à Santa Rosa, en Californie, consultant auprès du Post Carbon Institute, Richard Heinberg, auteur d’ouvrages remarqués, est mondialement reconnu comme l’un des principaux spécialistes de la question du pic pétrolier. Il nous explique pourquoi la poursuite de la croissance relève selon lui d’une logique insoutenable.

Actu Environnement : Quels sont les principaux facteurs de déplétion des énergies fossiles ? Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer que nous allons bientôt commencer à en manquer ?
Richard Heinberg : Tout d’abord, force est de constater qu’à cause de la récession, les prix du pétrole ont baissé, ce qui entraîne une baisse de la motivation des compagnies pétrolières à se lancer dans des investissements pour développer de nouveaux gisements. Du coup, durant ces six derniers mois, plus de cent milliards de dollars de nouveaux projets pétroliers ont été annulés. Ce qui signifie que, dans les cinq prochaines années, lorsqu’il y aura un regain de l’économie et un sursaut de la demande en pétrole, il y aura moins de pétrole sur le marché que si ces investissements avaient été réalisés. Autre constat : des pays qui importent du pétrole comme les Etats-Unis et la France dépendent des pays exportateurs. Or les pays exportateurs sont confrontés à une demande intérieure en hausse, qu’ils satisfont en priorité, avant de vendre le surplus sur le marché mondial. Par exemple, la demande domestique de pétrole de l’Arabie Saoudite augmente de 7% par an, soit une demande qui double quasiment tous les dix ans. Ce qui veut dire que la quantité de pétrole disponible sur le marché à l’export pourrait décliner très rapidement, alors même que la production décline elle-aussi graduellement. Ce phénomène se vérifie dans d’autres pays exportateurs de pétrole, le Mexique par exemple, qui a longtemps été un exportateur important vers les Etats-Unis. Désormais la production de pétrole du Mexique décline tandis que la demande intérieure augmente. A tel point que le Mexique est en passe de cesser d’exporter du pétrole dans les trois prochaines années. Ce qui veut dire que les Etats-Unis devront faire venir du pétrole d’ailleurs : du Venezuela ou de l’Arabie Saoudite, où le même phénomène est en train de se passer. La production de l’Arabie Saoudite décline en raison des restrictions à l’exportation fixées par l’OPEP afin de soutenir les prix, mais c’est un des rares pays qui n’est pas frappé d’un déclin de sa production en raison de la déplétion géologique. C’est du reste le principal producteur. Car la Russie commence à voir sa production décliner, le Nigéria aussi pour des raisons politiques. Le Brésil, en revanche, a fait de nouvelles découvertes de pétrole, l’Algérie voit sa production augmenter.
AE : Dans votre ouvrage Power Down1, vous analysez les implications de la raréfaction des ressources pétrolières. Quels en sont les enjeux ?

RH : L’enjeu, c’est que nous risquons d’être confrontés dans les toutes prochaines années à des prix très élevés des carburants et à la raréfaction des ressources fossiles – y compris du charbon, dont les réserves ont été largement surestimées. Certes, la récession complique les choses parce qu’elle a pour effet de réduire la demande en énergies fossiles et donne l’impression d’une abondance de pétrole. De même pour l’électricité, qui fait l’objet d’une moindre demande, en raison du ralentissement de l’activité économique, comme c’est le cas en Chine. Pour autant, dès que l’économie va repartir, la demande va augmenter et se heurter aux limites des ressources fossiles, ce qui pourrait projeter l’économie dans une spirale de récession encore plus vertigineuse. A la mi-2008, nous avons vu le prix du pétrole atteindre les 147 dollars le baril. Les gens ont cessé d’acheter des voitures, ils se sont mis à moins conduire, et l’industrie aérienne a beaucoup souffert. Dans notre système économique, tout le monde table sur une croissance continue. Or la croissance implique la hausse de la consommation d’énergie. Du coup, lorsque les prix de l’énergie ont augmenté de manière si dramatique, cela a eu pour effet que les investissements drainés par des actions en bourse jusque là en hausse se sont soudain effondrés comme un château de cartes.
AE : Dans Power Down, vous affirmez que la poursuite de la croissance relève d’une logique insoutenable. Lire la suite

Sarkozy commet une erreur en se faisant le VRP du nucléaire

lemonde.fr,  Jean-Michel Bezat, le 21 avril 2009

Pour Robert Lion, « le président Sarkozy commet une erreur en se faisant le VRP du nucléaire »

Robert Lion, 74 ans, est le président de Greenpeace France. Cet inspecteur général des finances a été directeur du cabinet de Pierre Mauroy, premier ministre, en 1981-1982, puis directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (1982-1992). Il a ensuite présidé Energy 21 (1994-2000), et préside toujours l’association Agrisud.

Etre président de Greenpeace France, c’est être hostile au nucléaire. N’est-ce pas étonnant pour un ancien grand commis de l’Etat ?

La République n’est pas si sectaire ! J’ai dirigé une administration centrale, le cabinet de Pierre Mauroy, la Caisse des dépôts et consignations, sans cacher mes hésitations puis mon hostilité au nucléaire. Délégué général du mouvement HLM après le premier choc pétrolier, j’ai été un promoteur acharné de la maîtrise de l’énergie et du solaire ; nous combattions EDF, qui essayait d’imposer partout le chauffage électrique. A Matignon, j’ai guerroyé contre mes amis socialistes qui voulaient lancer trois tranches nucléaires par an, alors que nous étions déjà en surcapacité !

Greenpeace a été espionné par EDF. Comment interprétez-vous ces agissements ?

A bien des égards, EDF est une magnifique entreprise. Elle s’est fourvoyée avec le tout-nucléaire. Elle se dévoie avec de telles pratiques. Au-delà des sanctions, cela appelle le mépris.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le nucléaire est une arme contre le réchauffement climatique ?

Le meilleur moyen de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre est la réduction des consommations énergétiques. Vous pouvez faire le choix, dans un pays comme le nôtre, de produire encore plus d’électricité, et préférer alors le nucléaire au gaz ; vous pouvez choisir au contraire d’améliorer à grande échelle l’efficacité énergétique dans le bâtiment. Pour une tonne de CO2 évitée, la seconde voie coûtera beaucoup moins cher et créera sept à dix fois plus d’emplois. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a souligné la priorité à donner à la maîtrise de l’énergie pour aboutir à un scénario limitant les émissions de CO2.

L’isolation des bâtiments, est-ce bien la panacée ?

Il ne s’agit pas seulement d’isoler ! C’est la conception d’un immeuble ou d’une maison et l’usage induit par cette conception qui sont en cause. Ce sont aussi le contrat de chauffage, les équipements – des chaudières aux ampoules -, les combustibles utilisés : pensez à la géothermie, par exemple, ou à la cogénération. Tout cela, bout à bout, évite la gabegie et conduit à la sobriété.

Les partisans du nucléaire mettent aussi en avant l’indépendance énergétique qu’assure le nucléaire…

Même réponse ! Si vous limitez la consommation de chaleur, de froid, d’éclairage comme celle des carburants dans les transports, vous réduisez la dépendance énergétique du pays. 50 kWh par an au m2 dans le bâtiment ou 120 grammes de CO2 au km pour les automobiles, c’est le même combat ! Dans dix ans, ces seuils eux-mêmes nous paraîtront archaïques parce que trop élevés.

Les écologistes n’entretiennent-ils pas une peur excessive ?

Tchernobyl n’est pas un fantasme ! Le risque d’accident se multiplierait si le nucléaire civil était adopté par des pays sans culture industrielle. Les déchets nucléaires, qu’on ne sait toujours pas éliminer, font de nous des transmetteurs de mort aux générations futures. Quant au risque de prolifération, qui en a le plus peur sinon les gouvernements occidentaux dressés contre le nucléaire iranien ? Disséminer l’atome, c’est aller inévitablement vers son utilisation, un jour, par des Etats agressifs et par des mafias. Le président Sarkozy commet une erreur géostratégique en se faisant le VRP du nucléaire.

Et pourtant, les projets de centrales fleurissent dans le monde… Lire la suite

Energies et climat : les tendances sont insoutenables

contreinfo.info, NC, le18 novembre 2008 à partir de AIE, le 12 novembre 2008

Energies et climat : les tendances actuelles sont insoutenables, avertit l’AIE

[Nombreux graphiques sur le document d’origine]

 « Les tendances actuelles dans l’approvisionnement et la consommation d’énergie sont manifestement non soutenables – écologiquement, économiquement et socialement. Elles peuvent et doivent être modifiées », avertit Nobuo Tanaka, le directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie. Mettant en garde contre les tensions prévisibles en raison du déclin accéléré des gisements et de la hausse de la demande – il faudra mettre en production l’équivalent de 6 Arabie Saoudite d’ici 2030 – il estime que « l’ère du pétrole bon marché est terminée. » Sur le volet de la lutte contre le réchauffement climatique, les difficultés ne s’annoncent pas moindres. Même si les pays de l’OCDE réduisaient à rien leurs émissions, la limite des 450 ppm d’équivalents-CO2 serait malgré tout dépassée. Extraits du dernier rapport de l’Agence, voici les faits, les chiffres et les tableaux qui décrivent l’ampleur de la tâche.

Agence Internationale de l’Energie, 12 novembre 2008

« Nous ne pouvons pas laisser la crise financière et économique retarder l’action politique requise d’urgence pour assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique et réduire l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Nous devons effectuer une révolution mondiale dans le domaine de l’énergie, consistant en une amélioration de l’efficacité énergétique et l’augmentation de la mise en oeuvre d’énergies pauvres en carbone », a déclaré Nobuo Tanaka, directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) à Londres à l’occasion de la présentation du « World Energy Outlook (WEO) 2008 » – la nouvelle édition de la publication de l’agence qui dresse un tableau prospectif sur les questions énergétiques.

Projections

Dans le scénario de référence du WEO-2008, qui prend pour hypothèse la poursuite des politiques gouvernementales actuelles :

– la demande mondiale d’énergie primaire croît de 1,6% par an en moyenne entre 2006 et 2030 – soit une augmentation de 45%. Chiffre inférieur à celui prévu l’an dernier, principalement en raison de l’impact du ralentissement économique, de la perspective de prix plus élevés et de nouvelles initiatives politiques.

– La demande de pétrole augmente de 85 millions de barils par jour actuellement à 106 mb/j en 2030 – soit 10 mb/j de moins que prévu l’an dernier.

– La demande de charbon augmente plus que toute autre source d’énergie en termes absolus, représentant plus d’un tiers de l’augmentation de la consommation d’énergie.

– Les énergies renouvelables modernes croissent plus rapidement, dépassant le gaz, pour devenir la deuxième plus grande source d’électricité peu après 2010.

– La Chine et l’Inde représentent plus de la moitié de l’augmentation de la demande d’énergie à l’horizon 2030 alors que le Moyen-Orient apparaît comme une nouvelle région consommatrice.

– La part de l’énergie mondiale consommée dans les villes passe de deux tiers à près de trois-quarts en 2030. La quasi-totalité de l’augmentation de production d’énergie fossile se produit dans les pays en dehors de l’OCDE.

– Ces tendances impliquent une augmentation des investissements dans le secteur de l’énergie de 26 300 milliards de dollars d’ici 2030, soit plus de 1000 milliards par an. Pourtant, les tensions sur le crédit pourraient retarder ces dépenses, et potentiellement provoquer un effondrement de l’offre qui pourrait étouffer le redressement économique.

Tendances insoutenables

« Les tendances actuelles dans l’approvisionnement et la consommation d’énergie sont manifestement non soutenables – écologiquement, économiquement et socialement. Elles peuvent et doivent être modifiées Lire la suite

DD et commerce équitable : mauvais mixage de poncifs

novopress.info, Claude Timmerman, le 18 Avril 2009     

Développement durable et commerce équitable : mauvais mixage de poncifs

C’est un véritable brûlot – le premier d’une série – que nous livre ici, spécialiste du monde agricole, diplômé de l’ENS, agrégé de l’Université, docteur ès-sciences et que l’on a pu entendre à différentes reprises sur Novopress (notamment sur la soumission de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments au lobby des semenciers du maïs génétiquement modifié, ou encore sur la pêche) ! Une charge au vitriol contre les poncifs de l’ « écologiquement correct » à forte valeur ajoutée qui risque fort de faire grincer quelques dents et de susciter nombre de réactions… Attention, comme dirait Bernard Blier dans Les tontons flingueurs : « c’est du brutal ! »

Le terme « écologie » fut inventé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel, bien que Henry David Thoreau l’ait peut-être inventé dès 1852. Il semble avoir été utilisé pour la première fois en français vers 1874. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, Haeckel désignait en ces termes: « (…) la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence. » Autrement dit, l’écologie est la science des interactions des divers individus et des diverses espèces entre elles à l’intérieur d’un même milieu (biotope) et par extension à la biosphère toute entière. Au niveau humain, elle analyse l’état de compétiteur de l’individu parmi les autres espèces animales ou végétales et considère l’homme comme une des composantes naturelles du milieu et non pas comme le prédateur dominant naturel. Elle s’oppose en cela aux conceptions religieuses monothéistes issues de la Genèse qui place, pour les juifs les musulmans et les chrétiens, l’homme au sommet d’une création qui n’est là que pour qu’il s’en serve.

L’écologie sociale – théorie philosophique, sociale et politique, mise sur pied par l’américain Murray Bookchin (1921-2006) dans les années soixante – montre les problèmes écologiques comme découlant principalement de problèmes sociaux, notamment des différentes formes de hiérarchies et de dominations, et cherche à les régler à travers le modèle d’une société adaptée au développement humain et à la biosphère. Dans cette optique, la place de l’homme se conçoit dans une harmonie de développement garantissant la pérennité des autres espèces au milieu desquelles il s’épanouit en s’efforçant d’avoir un minimum d’impact négatif sur le biotope.

L’écologie politique cherche à développer la prise de conscience de l’empreinte de l’être humain sur son milieu, y compris dans ses aspects politiques, sociaux, et sociétaux : le terme est apparu dans les années 1970, par opposition à certains mouvements “écologistes” qui avaient tendance à ne pas inclure ces aspects dans leur réflexion. Il s’agissait de remettre en question l’interaction entre l’être humain et son environnement, y compris dans les programmes politiques. C’est aussi un mouvement social pour transformer la société, dans un sens plus conforme à une vision écologique (globale, intégrant les générations ultérieures) des réalités. Plus qu’une politique, on peut la considérer comme une éthique, aspirant à une plus grande harmonie, autonomie, solidarité, efficacité et responsabilité. C’est une théorie radicale basée sur le communalisme qui s’oppose au système capitaliste actuel de production et de consommation. Elle vise la mise en place d’une société morale, décentralisée, solidaire, guidée par la raison. On comprend dans ses conditions que l’écologie figure à l’extrême gauche de l’échiquier politique et apparaisse depuis trente ans comme doctrine politique de substitution au marxisme agonisant…

Voyons maintenant comment s’entend le développement durable : publié en 1987 par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, le rapport « Notre Avenir à Tous , nommé rapport Bruntland – nom de la présidente de la commission, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland – définit ainsi la politique nécessaire pour parvenir à un « développement durable » : « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : Lire la suite

L’Encyclopédie du Développement Durable

L’Encyclopédie du Développement Durable, avril 2009

S’engager dans le développement durable est le défi majeur de notre 21ième siècle. L’Encyclopédie du Développement Durable est un outil pour la compréhension des enjeux et la mobilisation.

Projet d’éducation populaire, elle se propose de vulgariser les connaissances scientifiques, de promouvoir une réflexion militante et de diffuser des repères pour l’action en faveur du développement durable. Le citoyen pourra appréhender les liens existant entre des champs apparemment divers (scientifiques, techniques, politiques, socio-économiques, culturels…), sans rester prisonnier des cloisonnements thématiques.

Pour accéder aux articles de l’Encyclopédie, il vous suffit de cliquer sur les titres des sous chapitres ci- dessous.

1. La prise de conscience, pour une politique mondiale

1.1 De l’éco-développement au développement durable (concepts, principes, valeurs) (10)

La nature

janvier 2009, par Flipo, Fabrice

Mots clefs associés : écologie, économie, environnement, philosophie, science et recherche, technologie

Ce qui est “nature” nous semble évident puisque… naturel. Pourtant ce qui est nature est difficile à définir : s’agit-il d’êtres, de normes ou de culture ? Selon les cas, la “protection de la nature” est à la fois absurde et évident, cet article tente d’en dénouer le (…)

Reconsidérer la richesse

novembre 2008, par Viveret, Patrick

Mots clefs associés : économie sociale et solidaire, crise écologique, crise financière, crise sociale, inégalité sociale, indicateurs de richesse, modes de vie, monnaies complémentaires

Notre paysage économique, social, écologique et culturel se bouleverse profondément et rapidement. Face à ce constat, les outils de mesure de nos activités,en particulier le PIB,ne sont plus adaptés. Pour répondre à la démesure de la crise que nous vivons, il est urgent d’inventer de nouveaux (…)

Les voies du Développement Durable

septembre 2007, par Ruellan, Alain

Mots clefs associés : gestion des ressources naturelles, participation, politique, stratégies pour le développement durable

La situation actuelle du Monde est inquiétante : les écarts se creusent entre les plus riches et les plus pauvres ; les modes de vie dégradent les écosystèmes, épuisent les ressources naturelles, déséquilibrent les grands systèmes mondiaux ; en conséquence, les violences humaines s’accentuent. Comment (…)

Naissance et formation du concept de développement durable : une approche historique

juin 2007, par Nicol Jean-Pierre

Mots clefs associés : activités humaines, écologie politique, conférences, croissance, politique

Face à l’idée, née de la révolution industrielle du XIXe siècle, selon laquelle le progrès technique assurera une croissance indéfinie et un progrès linéaire, on a assisté à une progressive prise de conscience, à partir des années 1920, relative aux effets négatifs de l’industrialisation sur les milieux (…)

Changer l’avenir – penser le temps long

mai 2007, par Flipo, Fabrice

Mots clefs Lire la suite

De l’empreinte écologique à la fin prochaine du PIB

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 14 avril 2009

Mathis Wackernagel, co-inventeur de l’empreinte écologique, veut croire à la fin prochaine du PIB

Mathis Wackernagel est tombé dans l’écologie quand il était petit : « Mon père avait été très frappé par le rapport réalisé en 1972 par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour le club de Rome sur « les limites de la croissance ». Quand j’avais à peu près 10 ans, il m’a montré les graphes de ce livre en m’expliquant ce qu’ils signifiaient. Cela a fondé mon intérêt pour la question. »

Un intérêt qui ne s’est jamais démenti et a conduit Mathis Wackernagel à devenir le co-inventeur de l’empreinte écologique, une méthode de mesure de l’activité humaine qui pourrait concurrencer le produit intérieur brut (PIB). Celui-ci ne prend pas en compte la dégradation environnementale causée par l’activité économique. Le principe de l’empreinte écologique vise au contraire à calculer la surface d’écosystèmes nécessaire pour fournir les éléments requis par l’activité d’un pays ou d’une région et absorber ses pollutions.

Basé à Oakland, en Californie, Mathis Wackernagel est venu à Paris au début du mois d’avril pour rencontrer des statisticiens du ministère de l’écologie, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ainsi que ceux de la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, créée début 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy et présidée par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie. Mission de cette dernière ? Définir de nouveaux indicateurs capables de remédier aux lacunes du système statistique mondial actuel. Son rapport est attendu pour la mi-mai.

Mathis Wackernagel est-il entendu ? « De plus en plus par les experts, estime-t-il. Mais quand l’on regarde les dirigeants du G20, ils abordent tous la récession comme le simple recul du PIB et ne pensent qu’à trouver le moyen de le faire croître encore… » Un postulat que le gamin tombé dans la marmite du rapport au club de Rome s’est juré de mettre à bas.

SCIENTIFIQUE MILITANT

Né en Suisse, à Bâle, en 1962, le jeune Mathis étudie à l’Ecole polytechnique de Zürich, d’où il s’envole en 1990 pour préparer son doctorat au Canada, à Vancouver. Il vient étudier la capacité d’un environnement à supporter l’impact de l’aménagement des territoires. Des mots compliqués, que Mathis Wackernagel, avec son professeur David Rees, cherche à simplifier. « On discutait, une fois de plus, et un jour, David a dit : « Regarde cet ordinateur, il a une faible empreinte au sol ». » La remarque paraît simple mais elle sera féconde. Elle conduit les deux compères à formaliser le concept d’empreinte écologique. Après un premier article de David Rees, en 1992, l’idée devient une méthode de calcul validée par de nombreux articles scientifiques.

Mathis Wackernagel a adopté la stratégie d’un scientifique militant. « Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance a été tué par le débat académique, faute de soutien populaire« , explique-t-il. Pour s’assurer que le milieu des statisticiens, par définition conservateur – « Ils doivent maintenir des séries de chiffres dans la durée » -, n’enterrera pas l’empreinte écologique, il fait alliance avec des associations puissantes, trouve son principal appui au Fonds mondial pour la nature (WWF) et fonde, en 2003, le Global Footprint Network (Réseau de l’empreinte écologique).

Un scientifique pressé ? « C’est une erreur de croire que Lire la suite

Hervé Kempf : Le plafond des avions

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 11 avril 2009

Le plafond des avions

Le pic pétrolier ne fait plus vraiment débat : à une échéance indéterminée, la production de pétrole atteindra un pic au-delà duquel elle n’augmentera plus. La seule question, en fait, est : quand ? Mais un des meilleurs experts du pic pétrolier, Richard Heinberg, pousse la réflexion plus loin dans son dernier livre, Peak Everything (New society publishers, 2008) : nous pouvons appliquer le concept de pic de production à beaucoup d’autres domaines ; gaz, charbon, matières premières, ressources d’eau, production alimentaire vont atteindre à un moment donné du XXIe siècle un pic de production. Plutôt que d’ignorer avec constance cet horizon limité, mieux vaut tout de suite s’y préparer, dit-il.

On ne saurait trop approuver ce point de vue. On peut même généraliser la problématique du pic à d’autres domaines. Par exemple, ne pourrait-on pas imaginer que la chute du trafic aérien de passagers, qui devrait atteindre 5,7 % en 2009, selon l’Association internationale du transport aérien, se poursuive, et que ce trafic ait dépassé un pic ? Ou que, si ce trafic rebondit un jour, il ne soit amené à diminuer durablement ensuite ?

Cette idée au fond évidente s’impose quand on lit un échange de courriels au sein d’une grande entreprise aéronautique de Toulouse entre membres d’un groupe de discussion sur l’environnement. Ils commentent un rapport interne consacré aux liens entre « développement durable » et transport aérien. « Le transport aérien (3 % à 4 % de la consommation de pétrole) est-il réellement très concerné ?, lit-on dans le rapport. Son utilité évidente et la modestie de ses exigences semblent devoir justifier qu’on lui laisse certains privilèges. »

« Utilité pas évidente pour moi« , commente T., qui précise : « On peut vivre heureux sans chercher la fuite en avant, quand on sait que cette fuite nous mène vers un précipice. » P. rétorque : « Si vous remettez l’existence du transport aérien en cause, vous partez sur de très mauvaises bases. (…) Plutôt que de dire « il faut empêcher les voitures de rouler », pourquoi ne pas trouver une solution qui permette aux voitures de rouler plus de 600 km sans polluer ? »

T. répond : « Si une voiture avec une autonomie de 600 km, qui ne pollue pas, existe un jour, je veux bien l’utiliser (encore que cela ne réglerait pas le problème de la construction et de l’entretien des routes). En attendant que ça existe, je me limite. » G. intervient : « L’industrie aéronautique ne va pas s’écrouler car, Lire la suite

Rétablir la croissance ? Qu’en pense la planète !

actualites-news-environnement.com, Mathieu Lepoivre, le 1er avril 2009

Rétablir la croissance ? Qu’en pense la planète !

Face à la crise, citoyens, chefs d’entreprises, élus, et gouvernements n’ont d’yeux que pour l’économie. Et la planète, qu’en dit-elle ? La crise climatique et celle des ressources naturelles nous semble aujourd’hui plutôt secondaire face aux milliers de nouveaux chômeurs quotidiens.

Comment va la crise ? Bien merci ! Au vue de certains chiffres évocateurs, elle se porte bien. La récession s’installe dans de nombreux états, leur dette atteignent des records, les résultats d’entreprises négatifs se multiplient, et les taux de chômage suivent ces évolutions inquiétantes.

Face à la crise, citoyens, chefs d’entreprises, élus, et gouvernements n’ont d’yeux que pour l’économie. Tous nourrissent le même espoir, que chacun formule à sa manière : augmenter son pouvoir d’achat, remplir son carnet de commandes, rétablir la croissance de son pays, accessoirement des autres pays partenaires. Tous attendent le redémarrage de la consommation par la baisse des prix, l’augmentation du pouvoir d’achat, et ainsi dépenser, vendre, construire, agrandir, développer, produire, en un mot : faire du PIB.

Et la planète, qu’en dit-elle ? La crise climatique et celle des ressources naturelles nous semble aujourd’hui plutôt secondaire face aux milliers de nouveaux chômeurs quotidiens, aux foyers modestes qui peinent à manger en fin de mois, ou aux entreprises qui ne parviennent plus à équilibrer leurs comptes. Pourtant, ces crises environnementales ont toutes les chances de compromettre « notre » fin de crise, puisqu’elles concernent les ressources naturelles et le climat, qui sont le carburant de notre économie.

En effet, comme l’indique JM Jancovici (conférence à la Cité des Sciences le 24 mars 2009), 80% de l’énergie utilisée pour le fonctionnement des sociétés humaines vient des énergies fossiles – pétrole, charbon et gaz -, c’est à dire de ressources naturelles présentes en quantités finies.

Or tout étudiant en mathématique sait que le prélèvement d’une ressource puisée dans un stock fini passe inexorablement par un maximum et décroît pour tendre vers zéro. C’est le cas des énergies fossiles, et cela concerne aujourd’hui certains stocks qui perdent leur caractère renouvelable à force de sur-exploitation (réserves halieutiques notamment). De plus, nos prélèvement n’ont jamais été aussi importants chaque jour depuis ces dernières décennies et augmentent même de jour en jour – certes aujourd’hui un peu moins vite du fait de la crise ! La conséquence est encore une fois mathématique : on va manquer.

Manquer de poissons par exemple, ou d’eau potable, et bien sûr de pétrole. Par ricochet, il faudra également se passer de certains services que ces ressources nous rendaient : les forêts disloquent le CO2, les océans le piègent, les sols retiennent l’eau, les zones humides la filtrent.

Ces petites choses qui importent peu l’homme des villes (80% des habitants des pays industrialisés vivent en ville) et qui vont devenir quelque peu préoccupantes lorsqu’elles vont s’arrêter d’elles-mêmes. L’eau sera impropre à la consommation de plus en plus souvent, et les crues seront plus violentes, pour ne citer que cela L’homme des villes constatera également que la rareté des énergies fossiles augmentera leur prix, et ce sans commune mesure avec les yoyos de l’été 2008.

Pourtant, la crise mondiale n’engendre que des réflexes de relance par l’investissement, qui n’est qu’une relance de l’exploitation des ressources limitées. En France, le plan de relance du gouvernement vanté par François Fillon lors de son récent déplacement à Marseille le 27 mars dernier (A lire) est explicitement concentré sur « les investissements pour alimenter notre moteur économique et pour renforcer la compétitivité de notre pays ».

Au niveau international, le même aveuglement est de rigueur. Les principales mesures qui seront discutées au sommet du G20 Lire la suite

La planète Terre bientôt climatisée ?

univers-nature.com, NC, avril 2009

La planète Terre bientôt climatisée ?

Toutes les études importantes publiées récemment prévoient que le changement climatique – annoncé voici plus de trente ans par plusieurs rapports officiels, des personnalités et des associations écologistes – est inéluctable et qu’il sera beaucoup plus rapide que prévu précédemment.

Pour contrer une catastrophe imminente, des équipes de scientifiques renommés, appuyés par des politiciens, ont conçu des projets de refroidissement artificiel de la Terre dignes de la science fiction, qui inquiètent de nombreux climatologues. L’expérimentation de certaines de ces nouvelles technologies pourrait avoir déjà commencé.

Le changement climatique s’emballe et deviendra bientôt incontrôlable.

Selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC – IPCC en anglais) (1), le premier organisme de surveillance du climat, le réchauffement global au cours du XXIe siècle sera compris entre 2 et 5° selon les scenarii. Il pourrait atteindre 8°, voire 11°, selon une équipe de chercheurs de l’université d’Oxford. Un changement radical pourrait survenir en une seule décennie. Cette éventualité est au centre des problèmes de sécurité aux USA. Le rapport pour le Pentagone « Le scénario d’un changement climatique brutal et ses implications pour la sécurité nationale des Etats-Unis » élaboré en 2003 par Peter Schwartz, consultant à la CIA, et Doug Randall, du réseau Global Business Network, prévoit des famines, des pandémies, des émeutes et des guerres civiles et inter-étatiques pour l’appropriation des dernières ressources naturelles.

« Le réchauffement global est proche du point de non-retour », avertit le président du GIEC, qui ajoute qu’« il n’y a plus une minute à perdre… c’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu ». Onze des douze années les plus chaudes se situent au cours des douze dernières années, et 2007 pourrait battre tous les records de températures enregistrés. Selon James Hansen, directeur du Goddard Institute for Space Studies (GISS) de la NASA à New York, « les températures actuelles sont dans la fourchette haute de celles qui prévalent depuis le début de l’Holocène, il y a 12 000 ans ». Il poursuit : « Si le réchauffement atteint au total deux ou trois degrés Celsius, nous verrons probablement des changements qui feront de la Terre une planète différente de celle que nous connaissons. (…) La dernière fois que la planète était aussi chaude au milieu du Pliocène, il y a environ trois millions d’années, le niveau des océans était environ de 25 mètres au-dessus de celui d’aujourd’hui, selon les estimations. » (Le Monde, 29 septembre 2006).

Le premier rapport de l’Observatoire national du réchauffement climatique (ONERC), paru en 2005, montre que le réchauffement est 50% plus important dans l’Hexagone que le réchauffement moyen global, ce qui devrait entraîner des « conséquences colossales » pour notre pays. La multiplication des phénomènes extrêmes apporterait « des changements profonds sur le mode de vie des Français. »

Nous n’avons subi jusqu’ici que les prémices des catastrophes environnementales qui devraient se produire à grande échelle : inondations rayant de la carte de nombreuses îles et certains pays, multiplication des cyclones, grosses pénuries d’eau potable, famines consécutives à une aggravation des sécheresses et de la désertification, diminution drastique de la biodiversité (au moins un quart des espèces animales terrestres et des plantes serait condamné à disparaître d’ici 2050), poussée vers le nord des maladies tropicales, pandémies… Selon le 4e rapport du GIEC (février 2007), ces événements conduiraient à la migration de centaines de millions de personnes dans le monde. Ces réfugiés climatiques viendront surtout des régions les plus pauvres et les plus vulnérables, comme les zones côtières (où vit la moitié de la population mondiale) et l’Afrique subsaharienne.

Le réchauffement climatique pourrait s’auto alimenter, en raison Lire la suite

63 % des français opposés au nucléaire

enviro2b.com, NC, le18 mars 2009

De plus en plus de citoyens séduits par l’énergie nucléaire, à l’exception des européens

Plus de deux tiers des consommateurs à travers le monde pensent que leur pays devrait adopter ou utiliser davantage l’énergie nucléaire… mais seulement 37% en France. C’est ce que révèle une enquête internationale dont les résultats sont publiés aujourd’hui par le cabinet international Accenture.

Cette enquête, réalisée auprès de plus de 10 000 personnes dans 20 pays, indique que 29 % des consommateurs interrogés sont partisans sans réserve d’une adoption ou d’un renforcement du nucléaire, tandis que 40 % y seraient favorables si leurs inquiétudes à ce sujet étaient dissipées. Toutefois, et cela doit servir de mise en garde pour les producteurs d’énergie nucléaire et les responsables politiques, les avis se sont polarisés au cours des dernières années.

L’enquête constate que, globalement, l’opinion a basculé en faveur de l’énergie nucléaire : 29 % des personnes interrogées se disent plus favorables au lancement ou au renforcement d’un programme nucléaire dans leur pays qu’elles ne l’étaient il y a trois ans. Toutefois, près d’une sur cinq (19 %) déclare l’inverse.

« Les préoccupations quant à la sécurité énergétique, à la volatilité des cours des combustibles fossiles et au changement climatique font remonter la cote du nucléaire chez les consommateurs », observe Jean-Marc Ollagnier, Directeur Général Europe de l’activité Energie et Ressources d’Accenture. « Cependant, les responsables politiques et les producteurs d’énergie ne doivent pas considérer le consentement du public comme acquis. Les pouvoirs publics et le secteur énergétique doivent être conscients de la fragilité persistante de ce soutien au nucléaire. »

Alors que, dans leur grande majorité (88 %), les consommateurs estiment important pour leur pays de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, ils ne sont que 43 % à penser que les énergies renouvelables ne peuvent pas à elles seules pallier la pénurie de ces derniers, 39 % étant de l’avis contraire. Plus de quatre consommateurs sur dix (43 %) voient dans l’énergie nucléaire un moyen de réduire les émissions de carbone à l’avenir, parmi lesquels 9 % appellent exclusivement à une intensification des programmes nucléaires pour lutter contre la dépendance aux combustibles fossiles, tandis que 34 % souhaitent un panachage du nucléaire et des énergies renouvelables.

Les consommateurs demandent plus d’information

Parmi les opposants à la production d’énergie nucléaire dans leur pays, les trois principales motivations tiennent à des inquiétudes concernant l’efficacité des solutions de retraitement des déchets (91 %), la sécurité des centrales (90 %) et leur démantèlement (80 %). Dans chaque cas, près de la moitié (45 %) de ces opposants déclarent que, s’ils étaient davantage informés sur ces trois aspects, ils pourraient changer d’avis, du moins dans une certaine mesure.

Un peu plus d’un quart seulement (28 %) des personnes interrogées se jugent bien ou très bien informées sur la politique nucléaire de leur pays, alors que près de trois quarts d’entre elles (72 %) déplorent une insuffisance, voire une absence totale d’information.

Manque de transparence des pouvoirs publics

« La transparence de l’information est le facteur le plus important du soutien des consommateurs et les résultats de notre enquête montrent que l’opinion publique peut évoluer de manière significative en fonction des informations disponibles », Lire la suite

Antimanuel d’écologie par Yves Cochet

cdurable.info, le 15 mars 2009, David Naulin

Est-il raisonnable d’être alarmiste ?

Antimanuel d’écologie par Yves Cochet

’’La décroissance est inéluctable »

Crise énergétique, changement climatique, pollutions chimiques, OGM : est-il raisonnable d’être alarmiste ? Le dérèglement climatique est-il inéluctable ? Quelle est la responsabilité de l’être humain dans la disparition des espèces ? Devons-nous craindre la raréfaction du pétrole et des matières premières ? Quelles conséquences aurait la relance du nucléaire dans le monde ? Bref, que va-t-il nous arriver ?

Yves Cochet dans le 7/10 de France Inter

Pour répondre à ces questions, Yves Cochet n’y va pas par quatre chemins, et dresse un portrait inquiet de la planète. Il devient urgent, car le temps nous manque déjà, de réinventer le monde de demain. Parmi les différentes mesures qu’il prône, Yves Cochet défend une politique de la « décroissance », pour lutter contre l’alarmante dissipation des ressources terrestres et de leur inévitable déplétion. « L’humanité demande à la Terre de lui fournir 25% de plus que ce qu’elle peut offrir, et ce chiffre ne cesse d’augmenter« , prévient-il. Si un changement de civilisation ne s’opère pas rapidement, nous devrons nous préparer à subir une catastrophe écologique, économique, politique et sociale.

En conclusion de son livre, Yves Cochet nous propulse en 2022 et imagine le monde tel qu’il sera, si nous ne révolutionnons pas nos modes de vie, de production et de consommation.

« La décroissance a déjà commencé. Mais peu de personnes l’ont anticipée. C’est pour cela que l’on va dans le mur. Mieux vaut la décroissance choisie, démocratique et solidaire, que la décroissance subie actuelle. De toute façon, qu’on le veuille ou non, la décroissance de notre empreinte écologique est inéluctable. » Yves Cochet

Sommaire :

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Mode d’emploi pour rendre sa maison écolo

Le Monde, Catherine Sabbah, 7 mars 2009

Mode d’emploi pour rendre sa maison écolo

Pour faire des économies, il faut commencer par investir. Ce paradoxe n’a pas échappé aux propriétaires soucieux de mieux isoler leur logement ou d’y installer des systèmes économes en énergie et moins polluants. Les pionniers ont sans doute essuyé quelques plâtres et fait les frais d’un manque d’information. Après la hausse du coût de l’énergie au cours de l’été 2008, l’insistance des installateurs de chauffe-eau solaires, de chaudières à condensation ou de pompes à chaleur à vendre des équipements parfois mal adaptés aussi provoqué des déceptions.
Depuis quelques mois, des groupements d’industriels associés à des fédérations de constructeurs ou d’architectes mettent en place des offres globales qui commencent par un diagnostic thermique de l’existant. Des prescripteurs comme GDF-Suez et EDF proposent également ce type d’interventions à travers des artisans agréés.

« Il ne sert à rien de chauffer pour moins cher si la maison est une passoire« , justifie Pierre Hérant, chef du département bâtiment et urbanisme de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie. Les travaux d’isolation des fenêtres, des portes, des combles sont les plus urgents à entreprendre et pas les plus chers. Une fois la maison calfeutrée, il est souvent possible de conserver sa chaudière et ses radiateurs. Mais ces solutions ne concernent « que » les 13 millions de maisons individuelles. Rien de tel pour les logements collectifs à l’exception des immeubles de logements sociaux détenus par un seul bailleur.

Dans le cas des copropriétés, les syndics auront fort à faire pour pousser des copropriétaires, déjà très sollicités, à se lancer dans de nouveaux travaux coûteux. Dans le cas des logements locatifs privés qui représentent 21 % du parc résidentiel, la question est encore plus épineuse car les travaux financés par les propriétaires bailleur profiteront d’abord au locataire. Trois groupements proposent ce genre de démarche. Phénix Evolution se targue d’une expérience d’une vingtaine d’années de rénovation des maisons du groupe Geoxia aujourd’hui réorientée, via le projet ODMIR4, vers la question des économies d’énergie.
Les « Architecteurs », un collectif d’architectes rebaptisés pour l’occasion les « Améliorateurs », proposent la solution Adelie pour tous types de maisons y compris les bâtisses anciennes.
Enfin, l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa) se focalisera, à travers son projet MYTECH, sur les maisons construites entre 1950 et 1975, « les pires, car vite et mal construites à une époque où le pétrole n’était pas cher et semblait inépuisable« , considère François Pellegrin président d’honneur de l’Unsfa et porteur du projet.

L’ambition vise à réduire de 30 % la consommation énergétique de ces logements et les hisser de plusieurs degrés sur l’échelle graduée de A à G des étiquettes énergétiques. « Il est assez facile de gagner deux échelons, explique Olivier de Lattre directeur du développement de Phénix Evolution. Ensuite, tout dépend des équipements installés. Nous avons démontré qu’il est possible de passer de G à B, c’est-à-dire d’une consommation de chauffage de plus de 450 euros par an à moins de 90. »

Les dépenses correspondantes se chiffreront souvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros. « Il est très difficile d’annoncer un prix moyen, estime Jean-Pierre Bosquet, le président de la Compagnie des architecteurs. Les maisons sont toutes différentes et n’ont pas été entretenues de la même manière. Il faut compter au moins Lire la suite

Problèmes économiques… La révolution de l’économie verte

Dans Problèmes économiques cette semaine…

La révolution de l’économie verte

Le changement climatique et la perspective de la raréfaction de certains combustibles fossiles illustrent les limites de l’actuel mode de croissance. La révolution de l’économie verte est en marche. Les éco-industries vont jouer à l’avenir un rôle fondamental. Leur potentiel en termes de création d’emplois et de croissance est considérable. Le Grenelle de l’environnement en France, l’avance prise par l’Allemagne dans les éco-industries et l’élection, aux États-Unis, de Barack Obama, qui souhaite placer l’environnement au cœur des réponses apportées à la crise énergétique et économique, devrait intensifier la course à la compétitivité dans le secteur du green business.

La révolution de l’économie verte

Editorial
Les éco-industries à l’épreuve de la crise

Environnement et technique

Bruno Mortgat, Olivier Guichardaz et Claire Janis-Mazarguil

L’éco-innovation et l’action publique

L’Observateur de l’OCDE

Nick Johnstone et Ivan Hascic

Le jeu des acteurs : le cas de la filière éolienne

Futuribles
Denis Florin et Florian Temime

Manger, rouler et stocker du CO2 : l’agriculteur moderne est arrivé

Vertitude
Capucine Laurent et Anne Gouyon

Le Japon règne sur l’empire de la batterie

L’Usine nouvelle

Anne Léveillé

La Silicon Valley se met au vert

Financial Times

Richard Waters

Plus d’infos Lire la suite

Jancovici : Méfiez-vous du pétrole pas cher

lesechos.fr, Jean-Marc Jancovici, le 20 février 2009

Méfiez-vous du pétrole pas cher

Avec 35 % de la consommation énergétique de la planète (et le même pourcentage en France, bien que les débats sur l’énergie aient une furieuse tendance à se focaliser sur le nucléaire ou l’éolien), le pétrole est la première des énergies consommées dans le monde. Mieux : quasiment plus aucune production, aujourd’hui, ne peut fonctionner sans transport, donc sans pétrole (qui alimente 98 % de ce qui roule sur terre). C’est vrai des activités de bureau, les salariés ayant besoin de se rendre à leur travail (pour beaucoup en voiture), mais aussi des commerces, dont l’essentiel n’existe plus sous la forme actuelle sans camions et sans voitures, des industries qui doivent chauffer des matières, réceptionner des fournitures et livrer des clients (tout ça en camion), et c’est encore vrai du tourisme (qui est difficile sans déplacement de touristes !) ou… de la presse, qui consomme de grandes quantités de papier qu’il a fallu fabriquer – avec de l’énergie – et qu’il faut distribuer une fois imprimé.

Non content d’étancher un tiers de notre soif énergétique, pour un prix ridicule (en Occident, le pétrole vaut mille fois moins cher que le travail humain qu’il remplace), le pétrole sert aussi d’étalon pour le prix des autres énergies. Le gaz (25 % de la consommation mondiale d’énergie) est ainsi vendu avec un prix qui varie largement comme celui du pétrole et c’est aussi largement vrai pour le charbon (20 % de l’énergie mondiale).

C’est donc dire que si le prix du pétrole augmente, c’est le prix de toute l’énergie qui augmente, y compris celui de l’électricité, puisque, dans le monde, les deux tiers de cette dernière sont fabriqués avec des combustibles fossiles. Et après ? Après, si le pétrole augmente vite, c’est… la récession. Depuis 1970, toutes les hausses significatives du prix du baril se sont terminées par une récession, pendant laquelle ledit prix s’est du reste mis à baisser. Mieux : sauf entre 1983 et 1986, le pétrole n’a baissé de manière longue que pendant les périodes de récession. Tout cela est normal : l‘économie, ce n’est qu’une succession de transformations physiques et chimiques effectuées à partir des ressources naturelles, et, par définition, il n’existe pas de telles transformations sans énergie. Dès lors, tout devient très simple : un prix de l’énergie qui baisse, ce sont des transformations rendues moins onéreuses et donc une économie qui croît, et, à l’inverse, une énergie qui augmente rapidement, c’est la récession à peu près assurée.

85 % de notre consommation d’énergie actuelle venant de stocks finis (charbon, pétrole, gaz, uranium 235), les mathématiques nous imposent qu’il y aura, pour ces énergies, un maximum à la production annuelle puis un déclin. Pour le pétrole, les opérateurs (Total, Shell, BP et d’autres) ne cessent de nous répéter désormais que cela arrivera dans les cinq ans, si ce n’est déjà le cas, et dans les quinze ans pour le gaz. Il est à peu près évident que, si nous ne nous mettons pas en économie de guerre pour sortir de cette situation très vite, ce qui nous attend risque fort d’être plus une succession de récessions brièvement entrecoupées de rémissions que la hausse perpétuelle du pouvoir d’achat promise par le premier candidat venu.

Dans ce contexte, le pétrole redevenu peu cher est source de tous les dangers. Il laisse croire que Lire la suite

Pascal Bruckner « La voiture : panne de libido ? »

Le Monde, Pascal Bruckner, le 27 février 2009

Psychanalyse de la crise

La voiture : panne de libido ?

Ce sont des milliers de carcasses neuves qui, partout en Europe et en Amérique, s’alignent sur des parkings, sous des hangars et attendent en vain un acheteur. Rien à voir avec les classiques cimetières de voitures, amas de tôles froissées, de châssis défoncés pourrissant dans une friche, tel le mythique Cadillac Ranch, sur la Route 66 aux Etats-Unis, monolithes de métal peinturlurés, fichés dans le sable du désert californien. Ceux-ci témoignaient de la vitalité d’une industrie qui semait derrière elle ses déchets.

Les cimetières d’aujourd’hui incarnent une panne du système. La crise accélère une désaffection grandissante envers l’automobile. Les 4 × 4 gourmands sont dénoncés aux Etats-Unis par les groupes évangélistes qui voient en eux les symboles d’une arrogance contraire aux enseignements du Christ ! Partout les grands constructeurs ferment des usines, réduisent la production, se déclarent en faillite, licencient à tour de bras. Fin d’un objet fétiche qui fut le héros du XXe siècle et créa dans son sillage tant de chefs-d’oeuvre, de petites merveilles de la mécanique.

Trois raisons expliquent cet abandon : l’automobile a incarné longtemps un rêve de liberté, celle de circuler à sa guise. Pour un monde longtemps immergé dans la ruralité, figé dans le temps et l’espace, elle parut un miracle. Rouler des nuits entières, partir sur un coup de tête, traverser la France, l’Europe, avaler des kilomètres pour le plaisir, ne dépendre de personne, tel est, tel fut l’attrait de ce moyen de transport. Personnalisation quasi érotique de la voiture, maison roulante que l’on emportait partout avec soi, incarnation sur roues de votre singularité. Ce rêve s’est écroulé lentement avec l’engorgement des villes, des routes, des autoroutes : si chaque Français, Belge, Américain possède son véhicule, il sera peut-être un heureux propriétaire mais il ne pourra plus circuler.

L’effet démultiplicateur de la démographie périme le droit à la mobilité. Merveilleuse tant qu’elle était réservée à une minorité, la voiture, popularisée, se transforme en cauchemar, fait de chaque conducteur le prisonnier de son véhicule, dispendieux qui plus est. Fin de la vitesse, généralisation de l’embouteillage, de l’accident dont témoignent tant d’oeuvres littéraires ou cinématographiques.

ALIÉNATION ET INERTIE

« Démocratie, a très bien dit l’écrivain Roberto Calasso : l’accession de tous à des biens qui n’existent plus. » Ajoutons à ce discrédit le renchérissement des coûts du pétrole et surtout l’anathème porté par le discours écologiste sur cette industrie, polluante et encombrante. Symbole d’affranchissement, la voiture est devenue symbole d’aliénation et d’inertie. Le bolide qui dévorait l’espace s’est enlisé dans une coagulation généralisée. La merveilleuse auto s’est transformée en bagnole, poubelle bruyante dont on se détourne avec horreur.

Il ne s’agit pas d’une simple mise au régime, d’une diète provisoire avant de reprendre l’orgie : c’est vraiment la conclusion d’un cycle. Bien sûr, on construira toujours des voitures, mais propres, électriques, petites, n’émettant aucun gaz carbonique et rechargeables sur des prises à haut débit. La Californie commercialise depuis quelques années le Tesla Roadster, une décapotable propre, plébiscitée par les stars, et Bertrand Delanoë lancera bientôt à Paris un système Auto-lib’ sur le modèle du Velib’ : de petits véhicules électriques empruntables à l’heure ou à la journée. Nous serons tous des « écocitoyens responsables », nous prendrons le bus, le tramway, le métro, nous cesserons de financer, par notre gloutonnerie de pétrole, des dictatures sanguinaires ou des régimes oppresseurs.

Mais qu’est-ce qu’une voiture qui n’est ni voyante, ni polluante, ni tapageuse ? Lire la suite

CdC de l’Estuaire (33) : Le projet de parc éolien sur les rails

Sud-Ouest, Étienne Beguin, le 27 février 2009

ESTUAIRE. Malgré ses opposants, le député Philippe Plisson reste ferme sur le projet du canton de Saint-Ciers

« Notre projet de parc éolien est bien sur les rails »

On le sait, la Communauté des communes de l’Estuaire a entamé une démarche visant à créer une zone de développement éolien à Reignac, non loin de l’autoroute. La Commissions des sites de la préfecture de Gironde a validé le dossier fin janvier, ce qui en faisait d’ailleurs le seul dossier de ce type déposé officiellement en Aquitaine.

Pour autant, l’horizon de l’éolien semble s’obscurcir quelque peu ces derniers temps. De plus en plus de voix s’élèvent notamment pour dire que le bilan carbone de l’éolien n’est finalement pas si élogieux que cela. Sur un plan plus local, l’annonce du projet porté par la CCE a généré la création d’une association, Vigi-éole, dont les membres s’opposent farouchement à la mise en place d’éolienne dans la région.

Lobby du nucléaire virulent

Philippe Plisson, président de la CCE et député, estime pourtant qu’il faut continuer à avancer dans le domaine des énergies renouvelables : « En ce moment, c’est vrai qu’il y a une espèce de curée contre l’éolien. Le lobby du nucléaire par exemple est très virulent. Et puis il y a ceux qui ont peur de voir leur paysage abîmé par la présence d’éoliennes. Mais jusqu’à preuve du contraire, les éoliennes sont recyclables, ce qui n’est pas le cas des panneaux solaires. » Philippe Plisson a décidé de s’en tenir au Grenelle de l’environnement qui prévoit un objectif d’au moins 20 % d’énergies renouvelables en 2020 dans la consommation globale d’énergie.

« Actuellement, on est loin du compte avec à peine 5 %. Si on veut maintenir un semblant de qualité de vie et ne pas revenir à la bougie, il faut de l’éolien. Pas partout et pas n’importe comment, mais il en faudra. »

Une manière de dire qu’il n’est pas question de laisser tomber le projet du canton de Saint-Ciers. « Notre projet est complètement sur les rails et on va lancer prochainement le choix du développeur », assure Philippe Plisson, qui estime, qu’en fait, il n’y a actuellement « pas d’arguments autres que passionnels ou irrationnels contre le développement de l’éolien ».

« Il faut penser aux générations futures. Certes, le bilan carbone du nucléaire est très bon, mais le bilan écologique nettement moins. Les déchets Lire la suite

Ban Ki-Moon et Al Gore : Pour une croissance verte

liberation.fr, Ban Ki-moon secrétaire général de l’Organisation des Nations unies et Al Gore ancien vice-président des Etats-Unis, le 23 février 2009

Pour une croissance verte

Les plans de relance économique sont à l’ordre du jour, et les gouvernements du monde entier cherchent à donner une nouvelle impulsion à l’économie mondiale. Toutefois, parallèlement à leurs efforts de relance immédiate, les dirigeants doivent également agir en commun pour que le nouveau modèle économique qu’ils sont en train d’élaborer soit un modèle de développement durable, aussi bien pour la planète que pour notre avenir. Il faut à la fois relancer l’économie et investir à long terme de façon à atteindre simultanément deux objectifs avec une seule et même politique économique, c’est-à-dire mettre en œuvre une politique qui réponde aux besoins économiques et sociaux immédiats et qui soit en même temps une politique mondiale verte. Il nous faut faire de la «croissance verte» notre mot d’ordre.

Une récession mondiale synchronisée exige une réponse mondiale également synchronisée. Les principales économies doivent mettre en place des mesures de relance et coordonner étroitement leurs politiques économiques. Il faut éviter la politique du chacun pour soi qui a contribué à la crise de 1929. La coordination est essentielle pour réduire la volatilité financière et prévenir les attaques contre les monnaies et une inflation galopante, pour redonner confiance aux consommateurs et aux investisseurs. En novembre à Washington, les dirigeants du G20 se sont déclarés déterminés à «renforcer la coopération et à travailler ensemble pour restaurer la croissance mondiale et réaliser les réformes nécessaires dans les systèmes financiers». Il est urgent de s’y attacher. Les plans de relance sont destinés à donner une nouvelle impulsion à l’économie, mais s’ils sont bien conçus et bien mis en œuvre, ils peuvent nous mettre sur la voie d’une nouvelle croissance, faiblement émettrice de carbone et verte.

Les plans de relance annoncés par 34 nations s’élèvent à environ 2 250 milliards de dollars. Complétés par de nouvelles initiatives d’autres pays, ils doivent nous aider à catapulter l’économie mondiale dans le XXIe siècle, au lieu de maintenir en vie des industries mourantes et de perpétuer les mauvaises habitudes d’hier. Continuer à injecter des milliers de milliards de dollars en investissements dans des infrastructures qui reposent sur le carbone et en subventions pour les industries qui reposent sur les combustibles fossiles reviendrait à commettre la même erreur qu’avec les subprimes. La suppression des 300 milliards de dollars de subventions accordés annuellement en faveur de secteurs qui reposent sur les combustibles fossiles permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 6 % et contribuerait à la croissance du produit intérieur brut mondial. Les investissements dans les énergies renouvelables auront un impact là où les besoins sont les plus importants. Les pays en développement représentent déjà 40 % des ressources renouvelables mondiales et 70 % du chauffage solaire de l’eau. Partout dans le monde, en particulier aux Etats-Unis et en Chine, les dirigeants prennent conscience qu’une croissance verte n’est pas simplement une des options, mais une nécessité pour redonner de la vigueur à leurs économies et créer des emplois. Le secteur des énergies renouvelables représente 2,3 millions d’emplois dans le monde, davantage que les emplois directs du secteur pétrolier et gazier. Aux Etats-Unis, l’industrie éolienne emploie aujourd’hui plus de monde que l’ensemble du secteur du charbon. Les plans de relance annoncés par le président Barack Obama et par la Chine représentent des mesures essentielles dans la bonne direction, et leurs éléments en faveur d’une croissance verte doivent être appliqués d’urgence.

Nous exhortons tous les gouvernements Lire la suite

Jean-Marc Jancovici, Climat et pétrole : Alerte maximale !

hebdo.nouvelobs.com, Guillaume Malaurie, Sophie Fay, le 12 février 2009

Alerte maximale !

Par Jean-Marc Jancovici. Le polytechnicien écologiste s’alarme du changement climatique et de l’épuisement du pétrole. Pour sauver la planète, le compte à rebours a déjà commencé par Jean-Marc Jancovici

Le Nouvel Observateur. – Dans votre nouvel essai, vous en appelez à un volontarisme churchillien pour faire face au «big bang» que provoquera l’épuisement des énergies fossiles et au changement climatique. Vous dénoncez avec virulence les journalistes et les politiques incompétents !

Jean-Marc Jancovici. – Si nous y allons au canon, c’est parce qu’il faut se faire entendre. Nous n’avons plus le temps d’attendre ! L’échéance de la mutation énergétique n’est pas à l’horizon du demi-siècle ! Dans les trois à cinq ans à venir, il faut que nous soyons en ordre de bataille. Sortant de soixante ans de paix et de croissance économique (sauf rares accidents), nous ne réalisons pas à quel point notre système socio-économique est menacé par l’inaction. Sans dessein et sans un minimum de volontarisme partagé, nos institutions ne résisteront pas aux menaces à venir.

N.O.-Vous laissez entendre, sans le prouver, que la dépression économique trouverait son origine dans la raréfaction des énergies fossiles…

J.-M. Jancovici. – Depuis 1970, la chronologie est troublante : chaque forte hausse du prix du pétrole a été suivie d’une récession. La crise récente a été précédée par six ans de hausse quasi ininterrompue, ce qui a progressivement freiné toute l’économie. C’est normal, l’énergie est par définition l’unité de transformation du monde : sa hausse rapide freine les transformations physiques, et donc l’économie. Les entreprises et les ménages ont alors de plus en plus de mal à rembourser leurs crédits. De surcroît, les banquiers ont amplifié le problème en titrisant les encours de prêts, ce qui a permis de repousser la crise en prêtant plus longtemps, mais au prix d’une explosion plus violente à terme. Sans modifications structurelles, notamment sur l’énergie, à coup sûr tout se reproduira, en pire. Que ceux qui se réjouissent aujourd’hui de la baisse du prix de l’or noir se souviennent qu’elle survient le plus souvent en période de récession…

N. O. – Si cette crise est une crise de ressources, le plan de relance défini par le gouvernement est-il adapté ?

J.-M. Jancovici. – Cet assemblage de demi-mesures n’est pas à la hauteur du mur qui va se dresser devant nous. En lieu et place d’un plan fourre-tout avec un peu d’aides à la voiture, quelques autoroutes supplémentaires et un accès à la propriété plus aisé dans des banlieues éloignées, il nous faudrait une relance massive pour financer la transition vers une économie «décarbonée». Ce ne sont pas 2%, mais 50% du PIB actuel qui devraient être réorientés dans ce but ! La Banque centrale européenne pourrait très bien fournir les milliards d’euros qui font défaut en faisant marcher un peu la planche à billets : l’inflation éventuelle sera moins douloureuse que le chaos. Cela dit, la législation qui incite à la rénovation thermique des bâtiments, que l’on souhaiterait obligatoire et non pas seulement optionnelle, va dans le bon sens. Tout comme la réaffirmation des objectifs européens du «paquet énergie-climat» sous la présidence française.

N. O. – «Trois ans pour sauver le monde» écrivez-vous. Le compte à rebours a-t-il commencé ?

J.-M. Jancovici. – Ce que nous allons faire pendant les trois ans qui viennent sera crucial pour le maintien d’un monde en paix. Les experts pétroliers affirment aujourd’hui que l’offre a atteint un maximum (ou le sera prochainement) et les compagnies pétrolières sont les seules à savoir combien le sous-sol renferme de pétrole : nous ferions bien de les écouter. Lire la suite

Les Français délaissent leur voiture et le vivent très bien

lefigaro.fr, Armelle Bohineust, le 4 février 2009

Les Français délaissent leur voiture et le vivent très bien

Avec l’envolée du prix du pétrole, les conducteurs n’ont pas hésité à moins rouler l’an dernier. Ils sont satisfaits de leurs nouvelles habitudes de transport.

Le comportement des Français face à l’utilisation de leur véhicule va-t-il définitivement évoluer ? C’est la question que se posent les industriels du pétrole. L’automobiliste «semble bien avoir changé d’attitude avec la hausse du prix des carburants», a souligné hier Jean-Louis Schilan­sky, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), en dressant le bilan de l’«exceptionnelle» année 2008.

La hausse des prix du pétrole, qui a atteint un record en juillet, à 147 dollars, avant de s’effondrer et de passer sous les 40 dollars en décembre, a clairement fait baisser la consommation. Celle-ci a reculé de 2,8% en 2008. À peu près stable jusqu’en mai, elle a, sans surprise chuté très fortement en juin (- 9,4%) et en août (- 12,3%). De façon beaucoup plus étonnante, l’utilisation de carburant a de nouveau lourdement reculé en novembre (- 12,3%) alors que le prix du pétrole était déjà retombé sous les 60 dollars.

En fait, les Français n’ont pas hésité à modifier leurs habitudes pour préserver leur budget, explique une étude réalisée mi-janvier par l’Ifop. Près de 60% d’entre eux ont roulé moins vite et 39% avouent changer de station-service pour payer moins cher leur gazole ou leur essence. Attitude plus radicale, 39% des Français assurent avoir pris l’habitude de moins utiliser leur voiture afin de faire des économies. (Lire le sondage)

Pratiquer le covoiturage

Mais le plus «étonnant», constate Jean-Louis Schilansky, c’est que toutes les mesures prises pour limiter le coût de l’essence ou du gazole n’ont pas l’air de peser particulièrement sur le moral des automobilistes.

Les quatre cinquièmes d’entre eux jugent en effet que leurs nouvelles habitudes en matière de transport ne sont «pas contraignantes». Une très large majorité de Français (82%) affirme même que si les prix du pétrole baissaient encore, ils n’utiliseraient pas davantage leur auto. Ces consommateurs assurent qu’ils continueraient, comme ils le font depuis plusieurs mois, à optimiser leurs trajets, faire du vélo ou pratiquer le covoiturage. Ils pourraient aussi conserver l’habitude de faire leurs courses dans les commerces de proximité ou sur Internet et demeurer des utilisateurs assidus des transports en public.

Peut-être est-ce parce que les Français semblent avoir intégré l’envie de protéger l’environnement. C’est la raison principale invoquée, après la hausse des prix du carburant, pour limiter l’usage de leur voiture.

Pourtant le prix semble bien être au centre des préoccupations. Lire la suite

Nourrir 9 milliards d’humains sans OGM, c’est possible

eco-life.fr, Diana Semaska, 16 février 2009. –

« Nourrir 9 milliards d’humains sans OGM, c’est possible »

– Spéciale Agriculture – Marc Dufumier –

Professeur d’agronomie au sein d’AgroParis Tech

2050 : la Terre porte 9 milliards d’humains. Pour que la planète supporte ce poids, prévu par les études démographiques, pas de solution miracle. Marc Dufumier, Professeur d’agronomie au sein d’AgroParis Tech (Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement), rappelle que seule l’intégration des écosystèmes dans l’agriculture, ou agroécologie, serait viable.

(ECOlife) Qu’est ce que l’agroécologie ?

(Marc Dufumier) Il s’agit de l’agronomie la plus efficace possible, basée sur nos savoirs scientifiques. C’est une agronomie savante et véritablement minutieuse, puisqu’elle doit tenir compte du fonctionnement global de l’écosystème. L’objet du travail n’est plus la plante seule, ni même le sol. C’est tout le travail conjoint par les cycles du phosphore, de l’eau, du carbone, de l’azote, sur lequel on va travailler afin d’optimiser la production, et nourrir 9 milliards de personnes en 2050.

Dans l’agroécologie, il faudra utiliser au mieux les ressources renouvelables : le soleil, mais aussi le carbone et l’azote de l’air. L’agriculture écologique utilisera moins de produits issus de l’exploitation des ressources non renouvelables comme le gaz ou le pétrole, c’est-à-dire les engrais chimiques et pesticides.

Pourquoi la modification du génome (OGM) ne serait-elle pas la solution?

Pour la simple et bonne raison que la génétique n’est pas le facteur déterminant de la culture d’une plante dans la nature. C’est l’écosystème tout entier qui détermine un rendement optimal, c’est-à-dire une production maximum pour des coûts minimums. Nous ne pouvons absolument pas prévoir quelles seront les conséquences des cultures en plein champ d’OGM. En revanche, nous avons la certitude que ces derniers constituent de très fortes pressions de sélection sur les autres êtres vivants.

Avez-vous un exemple concret ?

En Chine, pour éviter que les capsules du coton ne soient dévorées par les chenilles, on a cultivé du coton Bt [NDLR : composé d’un gène issu d’une bactérie produisant de la toxine botulique qui agit comme un insecticide]. Or, celui-ci a favorisé le développement d’une autre espèce de chenille, qui elle, mange les feuilles… mais a développé par ailleurs une résistance à la toxine. Résultat, les cultures ont été envahies par cette chenille qui mangeait à la fois feuille et capsule. Tout cela, malgré la modification génétique, pour en venir à l’épandage de nouveaux insecticides.

Dans la mesure où les écosystèmes sont extrêmement complexes et que nous sommes loin de les maîtriser, les OGM ne peuvent être cultivés en plein champ. C’est trop risqué. On ne peut donc compter sur ces cultures pour nourrir les futures générations.

Mais en quoi les OGM sont-ils tellement différents des variétés créées par l’homme depuis le Néolithique ?

En réalité, les OGM sont en totale continuité avec l’agriculture pratiquée dans les pays riches depuis un siècle et demi, et les pays en développement depuis un demi-siècle. C’est cette agriculture-là, qu’on appelle productiviste, qui a constitué une vraie rupture avec l’agriculture développée depuis le Néolithique.

Autrefois, le paysan était maître de ses créations variétales. Lire la suite

Hulot : Le Grenelle n’est pas mort, mais…

RTL info, Jean-Michel Aphatie, le 4 février 2009

Nicolas Hulot : « Le Grenelle de l’environnement n’est pas mort ! » (vidéo)

A 48 heures de l’intervention radiotélévisée de Nicolas Sarkozy, le président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Nicolas Hulot est revenu sur le Grenelle de l’environnement, qui, pour l’instant, est passé en second plan dans la politique gouvernementale. L’animateur de télévision s’est attaché à rappeler que « le Grenelle de l’environnement n’est pas mort ! »

tous les sons

Le président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme est « l’invité de RTL »

Voir la vidéo de l’entretien

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Nicolas Hulot.

Nicolas Hulot : Bonjour.

Le Premier ministre présentait, lundi à Lyon, les 1.000 projets qui concrétisent le Plan de relance de l’économie du gouvernement ; et le journal « Les Echos », hier, notait ceci : « Dans son discours à Lyon, François Fillon n’a pas fait la moindre allusion au Grenelle de l’Environnement et à l’idée de profiter du Plan de relance pour rendre la France plus sobre en carbone ». Le Grenelle de l’Environnement : pour l’opinion publique, c’est vous Nicolas Hulot. Vous a-t-on roulé dans la farine ?

Non. Il faut éviter d’avoir des jugements aussi radicaux. D’abord, le Grenelle n’est pas mort, puisqu’il y a la loi Grenelle 2 qui doit venir au Parlement bientôt. Donc, avec les moyens d’application. On verra ce que les députés, les sénateurs en feront. Il n’est pas mort, mais il n’a pas beaucoup de couleur !

Non. Ce que je pense, ce qui est plus important et peut-être plus triste : c’est que le basculement n’a pas eu lieu ; c’est-à-dire que je pense qu’on n’a pas encore mesuré l’importance des enjeux. C’est-à-dire que le Grenelle, c’est une chose ; mais je l’ai toujours dit : ce n’est pas un aboutissement. Ce n’est pas l’alpha et l’omega de la révolution écologique.
Ce qu’on voit bien, c’est que dès qu’un événement extérieur survient. Actuellement on traverse une crise qui est une crise importante, certes mais qui n’est rien en comparaison de la crise qui surviendra lorsque les facteurs climatiques conjugués à la pénurie des ressources et des matières premières sur lesquelles repose toute notre économie, arrivera. Et ce qui est dommage, c’est qu’on voit bien qu’il y a une logique qui reprend le dessus.
Regardons simplement le Plan de relance avec quand même des sommes considérables. Elles ne sont pas suffisamment conditionnées à des normes environnementales strictes. Ce qui avait été acté au moment du Grenelle, c’est qu’il y a un certain nombre de choses auxquelles on allait progressivement renoncer et qu’il y a un certain nombre de choses auxquelles on allait maintenant venir. Prenons, par exemple, en matière de transport. On avait pratiquement sonné le glas du tout routier et autoroutier. On est reparti sur des chantiers qui vont nous remettre dans une augmentation de nos émissions de gaz à effet de serre.
Vous n’avez pas été consulté pour le Plan de relance ? Vous n’avez pas eu l’occasion de dire ça avant que le Plan de relance ne soit finalisé ?

Non. Non. C’est dommage parce qu’il y a eu une occasion-là extraordinaire ; il y a un bras de levier à la fois de créer de l’emploi et à la fois de rentrer enfin dans une société de l’après-carbone parce que je rappelle qu’il y a quand même deux éléments qui nous obligent à sortir du carbone : c’est la fin annoncée du pétrole et c’est nos engagements : division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre. Lire la suite

Le pari mondial de la croissance verte

lemonde.fr, Antoine Reverchon, le 2 février 2009

Le pari mondial de la croissance verte

Aide fiscale aux énergies renouvelables et à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, rénovation du réseau électrique, subventions à la recherche et au développement de produits et de services moins polluants dans l’industrie et les transports, normes environnementales plus sévères… L’une, l’autre ou plusieurs de ces mesures se retrouvent dans le plan de relance de 819 milliards de dollars (639 milliards d’euros) voté par la Chambre des représentants américaine le mercredi 28 janvier, et dans le plan de relance de 26 milliards d’euros adopté par le Parlement français le lendemain, dont les mesures devaient être détailléees le 2 février par le premier ministre, François Fillon.

Mais au-delà des effets attendus à court terme sur l’emploi et l’activité, ce  » verdissement  » des plans de relance, que l’on retrouve en Chine, en Allemagne, au Japon, pose les jalons du basculement d’un modèle économique basé sur le pétrole et responsable du réchauffement climatique, vers un modèle gérant au mieux les ressources de la planète.

Barack Obama s’est inspiré du programme  » Repower America  » élaboré par Al Gore, l’ancien vice président de Bill Clinton, qui prévoit de mettre en place en dix ans un modèle énergétique rendant les Etats-Unis indépendants du pétrole, et donc des pays producteurs. La double signification de power (pouvoir et énergie) prend ici tout son sens. Il s’agit de changer de système économique et de résoudre un problème de sécurité nationale. En France, 35 % des investissements prévus par le plan  » anticipent sur l’application du Grenelle de l’environnement « actuellement discuté au Sénat, a affirmé Nathalie Kosciusko-Morizet, l’ex-secrétaire d’Etat à l’environnement.

Mais le risque est alors de voir l’argent public s’engouffrer dans des secteurs ou des technologies non viables. Ceci simplement parce qu’ils bénéficient d’un meilleur lobbying ou d’un effet de mode, redoute l’économiste américain Robert Bell (City University of NewYork M. Bell a mis en évidence les gaspillages engendrés par certains choix technologiques à Washington. De même, ajoute-t-il, des incitations fiscales, couplées au comportement mimétique des marchés financiers, peuvent conduire les investisseurs à créer une nouvelle bulle financière sur la  » green tech ».

Pour que les pouvoirs publics, mais aussi les agents économiques – entreprises, investisseurs et consommateurs – ne s’égarent pas dans un maquis de promesses parées des vertus de l’écologie, les économistes estiment que les prix des biens et services consommés doivent intégrer le coût de leurs effets réels sur le climat, via un prix par tonne de CO2. Seul ce  » signal prix « , indique Cédric Philibert, économiste à l’Agence internationale de l’énergie, peut inciter les industriels à investir dans des technologies propres, les investisseurs à mesurer le risque de leurs choix, les ménages à adopter un mode de consommation plus durable.

L’économiste britannique Terry Barker(Cambridge) a même mis au point un modèle économique montrant que plus le prix du carbone est élevé, plus les investissements massifs que cette contrainte entraîne génèrent une croissance forte, explique son collègue Patrick Criqui (université de Grenoble) . Mais les économistes se divisent sur l’instrument le plus apte à émettre le signal prix : le marché, où entreprises et Etats échangent les tonnes de CO2 au-delà ou en deçà des quotas qu’ils sont autorisés à émettre ? Ou bien la fiscalité, qui taxerait les biens et les services au prorata de leur teneur en carbone ? Les risques de volatilité excessive du prix de la tonne de carbone sur un marché d’autant plus imparfait qu’il n’inclut pas les émissions de l’Inde ou de la Chine font préférer la solution de la taxe carbone à certains. Lire la suite

L’économie verte pour lutter contre le changement climatique

cdurable.info, David Naulin, le 31 janvier 2009

Publication du rapport de McKinsey and Co : Pathways to a Low Carbon Economy

Rapport McKinsey : l’économie verte, un moyen pour lutter contre le changement climatique

Plus de 200 propositions de réduction des émissions de GES

Nous avons aujourd’hui le potentiel pour limiter le réchauffement climatique en dessous du seuil de 2°C, à un coût relativement faible ( estimé entre 200 et 350 milliards d’euros par an, soit 0,4% du PIB mondial). C’est le message du rapport de McKinsey and Co, “ Pathways to a Low Carbon Economy”, auquel a contribué le WWF. Pour l’ONG, c’est un appel à l’action de bonne augure alors que commence une année décisive pour le climat qui s’achèvera en décembre 2009 avec le conférence de l’ONU sur le climat de Copenhague.

Les actions concrètes préconisées dans le rapport McKinsey

Quelle traduction politique ?

Le rapport très attendu de McKinsey, a été rendu public aujourd’hui 26 janvier, lors d’une conférence de presse à Bruxelles à laquelle participait le directeur général de WWF, Jim Leape, ainsi que le Commissaire à l’Environnement Stavros Dimas et Sir Nicholas Stern. WWF est l’un des 10 sponsors qui ont soutenu financièrement et surtout contribué par leur expertise à ce rapport, qui étudie plus de 200 potentiels de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans les deux prochaines décennies, dans 10 secteurs et 21 régions du monde. Le WWF se félicite des principales conclusions de ce rapport.

Selon ce rapport, si l’ensemble des options technologiques étaient utilisées, les émissions mondiales de gaz à effet de serre pourraient être réduites de 40% par rapport à 1990 d’ici à 2030. Une réduction suffisante pour limiter le réchauffement de la planète en dessous de 2°C. Mais il faut agir dès aujourd’hui : si la communauté internationale attend 10 ans pour agir, il sera alors impossible de rester en dessous de ce seuil de 2°C et donc d’éviter les impacts catastrophiques du dérèglement climatique.

Autre message important de ce rapport : le coût net de l’action – prenant en compte le coût de la mise en œuvre des politiques publiques – est estimé entre 200 et 350 milliards d’euros par an à l’horizon 2030, soit 0.4% du PIB mondial, dans l’hypothèse où le baril de pétrole ne dépasse pas 60$. « Mais si le pétrole est deux fois plus cher, une hypothèse loin d’être absurde, alors ce coût devient un gain de l’ordre de 450 milliards ! Gagnerons nous ou perdrons nous des centaines de milliards ? Cela dépend tellement du prix du pétrole qu’on peut douter de la pertinence de cette question. Mais ce qui est sûr, c’est que le coût de l’action reste bien faible par rapport au coût de l’inaction », commente Damien Demailly, chargé du programme Energie Climat au WWF-France.

Pour Serge Orru, directeur du WWF-France, « alors que les chefs d’Etat du monde entier préparent la grande réunion de Copenhague qui doit trouver un successeur au Protocole de Kyoto en décembre 2009, ce rapport coupe l’herbe sous le pied à ceux qui disent que la lutte contre les changements climatiques est perdue d’avance et fragilise nos économies ».

Les actions concrètes préconisées dans le rapport McKinsey

Elles concernent quatre grands domaines :

 l’efficacité énergétique : Lire la suite

Robert Lion « La relance : replâtrage ou mutation ? »

Le Monde, Robert Lion, le 30 janvier 2009

La relance : replâtrage ou mutation ?

Robert Lion est président de l’association Agrisud International et de Greenpeace France.

Vous avez dit « crise » ? Chacun s’inquiète en effet, avec un seul souci, de Paris à Washington ou à Francfort : « relancer » la machine. Mais cette crise-là en occulte d’autres. Rappelons-nous : il y a un an, on s’alarmait des famines nées de la flambée des prix alimentaires. En 2007, les projecteurs étaient sur la crise écologique et Nicolas Sarkozy appelait, pour faire face au dérèglement climatique, à une « révolution » de notre modèle social. Un peu plus tard, nous encaissions le choc du baril de pétrole à 140 dollars. Le monde subit des crises multiples, profondes, entremêlées. L’inquiétude et l’agressivité provoquées par ces dérèglements et ces incertitudes forment une sorte de super-crise.

Ce serait donc un grand tort de concentrer efforts et financements sur la seule crise économique. Ces bouleversements multiples signifient l’effondrement d’un modèle global et appellent des remèdes globaux. On nous dit qu’il faut « refonder le capitalisme » : courte vue ! Comme Barak Obama semble l’avoir entrevu, c’est le fonctionnement entier de nos sociétés qu’il faut refonder : nous avons à conduire la transition vers cet autre modèle de société, celle de la survie organisée, sans attendre que des « révolutions » nous l’imposent.

Un tel virage est attendu. Les citoyens ont envie qu’on leur parle vrai des menaces qui pèsent sur l’humanité et qu’on leur présente un avenir possible : une société transformée, plus responsable, plus fraternelle. Ils demandent une vision. Ils sont sans doute prêts à répondre à un appel, à une mobilisation générale comme nous n’en avons connu qu’en temps de guerre.

Ne disons pas, ici en France : « La mise en œuvre du Grenelle contribuera à la relance et créera beaucoup d’emplois » – ce que chacun sait. Disons : « La relance économique est l’occasion d’engager un changement de société qui sauvegarde les écosystèmes et assure l’avenir. »

Au-delà des mesures souvent pertinentes qui se préparent pour les activités bancaires et financières, il est temps d’envisager des pas en avant de nature différente. A titre d’exemple : exiger des banques qu’elles ne financent que des projets ou des entreprises à empreinte écologique réduite ; exiger des HLM qu’ils réduisent de moitié la dépense énergétique de 300 000 logements par an, comme ils l’ont fait après le premier choc pétrolier ; exiger des constructeurs d’automobiles qu’ils repensent la mobilité à échéance de vingt ans et produisent les véhicules de demain ; réformer nos normes comptables et notre fiscalité pour donner à tout bien ou service un prix intégrant ses impacts lointains ; repenser la politique agricole commune avec le souci de la sécurité alimentaire des pays pauvres. D’autres mobilisations devraient concerner la recherche, l’industrie pharmaceutique, l’agriculture bio, la construction, les énergies renouvelables.

Cette mobilisation appelle un cadrage politique. Bien au-delà de la chasse aux rémunérations abusives, il faut moraliser la démocratie et reconnaître des rôles à la société civile : pas d’économie durable sans le soutien de l’opinion.

Il ne s’agit pas de programmer une « sortie de crise », mais Lire la suite

Jancovici « C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde »

cdurable.info, David Naulin, le 24 janvier 2009

Après « le plein, s’il vous plait », le nouveau livre d’Alain Grandjean et Jean-Marc Jancovici

C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde

Au rythme de l’océan, dont le niveau s’élève insensiblement de quelques millimètres par an, énergie et changement climatique s’insinuent doucement dans les discours. En petits cercles pour l’heure, industriels, économistes, politiques, débattent de plus en plus des risques encourus, et des mesures à prendre pour les éviter ou les atténuer. Ici et la émergent des propositions nouvelles : abandonner les outils économiques obsolètes, en finir avec l’obsession du court terme en matière financière et politique, réaménager radicalement le territoire, les transports et le travail. Mais la fin annoncée du pétrole bon marche sera surtout celle d’une façon – dépassée – de voir l’avenir des hommes. Pour les prochaines décennies, tout reste à inventer, et tout va se jouer dans les années qui viennent. Un plaidoyer alarmiste, mais o combien réaliste et enthousiaste, pour que nous prenions enfin le problème a bras-le-corps !

Sommaire du livre

Chapitre 1 : Le calme avant la tempête

 Elle est où, l’Apocalypse ?

 Pétrole : pic et pic et…

 Pas plus écolo qu’un PDG de compagnie pétrolière ?

 Cher, le pétrole !

 Cher, le fossile !

 Quoi de neuf sous le soleil, exactement ?

 Du rapport entre le PIB de Clermont-Ferrand et les pingouins

 Dis-moi combien tu es proche du pétrole, je te dirai combien tu me crois

 Et les climato-sceptiques dans tout ça ?

 Verre à moitié vide, ou à moitié plein ?

Chapitre 2 : Dix bonnes raisons de ne rien faire

 Nous ne croyons pas ce que nous savons

 Notre Faust des temps modernes : Monsieur Court-Termisme

 Tout, tout de suite !

 Quoi, tu n’as pas de portable ?

 Le roi, c’est moi

 Consommer is (very) good for you

 In ingénieurs we trust

 Mon patron ? Vous voulez dire mon actionnaire ?

 La politique, ça sert à quoi, papa ?

 Quel CAC 40 fera-t-il demain ?

 Et pourtant, il faut croire…

Chapitre 3 : Les deux énarques de l’île de Pâques

 L’argent n’achète que des hommes Lire la suite

Europe : Mettre le paquet sur l’efficacité énergétique

journaldelenvironnement.net, Victor Roux-Goeken, le 23 janvier 2009

Les parlementaires européens veulent mettre le paquet sur l’efficacité énergétique

Pour aller plus loin dans le JDLE Quand les économies d’énergie disparaissent du paquet Climat et Directive 2006/32/CE

L’Union européenne parviendra-t-elle à rester dans les clous des objectifs climatique et énergétique qu’elle s’est fixés ? Sans doute, à condition que l’objectif de 20% de gains d’efficacité énergétique d’ici 2020 devienne juridiquement contraignant, affirme la commission parlementaire européenne Industrie dans un rapport de l’eurodéputé hongrois András Gyürk (PPE), adopté mercredi 21 janvier.

Plus de 20% de l’énergie consommée dans l’UE sont gaspillés en raison de l’inefficacité énergétique du continent. 400 millions de tonnes équivalent pétrole (MTep) pourraient être économisées, et 860 millions de tonnes d’émissions de CO2 évitées. Ne sont obligatoires «que» la baisse de 20% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, par rapport à leur niveau de 1990, et une part de 20% d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale (1).

La commission Industrie souhaite que les Etats membres adoptent des objectifs intermédiaires plus ambitieux que ceux fixés par la directive de 2006 relative à l’efficacité énergétique dans les utilisations finales et aux services énergétiques (2). Cette directive donne un objectif national minimum d’efficacité énergétique de 9% en 2016, insuffisant pour atteindre l’objectif final de 20% en 2020. Les députés souhaitent que la directive soit révisée à partir de 2012.

Le bâtiment contient un potentiel de gains d’efficacité énergétique d’environ 27%, selon le rapport. Un gisement qui devrait être exploité par les fonds structurels et de cohésion, surtout pour le bâtiment existant et social, où inefficacité énergétique rime avec précarité.
Enfin, les députés préconisent l’installation obligatoire de compteurs électriques «intelligents» –destinés à optimiser la consommation– dans tous les bâtiments Lire la suite

30 janvier à Mauléon débat « les énergies en question »

Alkarkide, le 23 janvier 2009

(LI n°1) Réunion-Débat : les énergies en question…

Le 30 janvier 2009, l’association ALKARKIDE-SOLIDAIRE organisera une réunion-débat autour du thème des énergies.

Comment se déplacer, se chauffer, se nourrir demain, à l’heure où les énergies deviendront de plus en plus rares et de plus en plus chères, avec une population mondiale en constante augmentation et des besoins sans cesse croissants ?

Quelles seront les conséquences pour chacun d’entre nous dans notre vie quotidienne ?

Les invités à cette réunion-débat et information sont : Lire la suite

Jouanno « Mon travail : vendre le Grenelle sur le terrain »

liberation.fr, Guillaume Launay, le 27 janvier 2009

«Mon travail : vendre le Grenelle sur le terrain»

Nouvelle secrétaire à l’Ecologie, Chantal Jouanno met l’accent sur la pédagogie et les concrétisations locales.

Pas de période d’adaptation. A peine arrivée au secrétariat d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno s’est trouvée face à la tempête, la vraie, ce week-end. Elle enchaîne aujourd’hui au Sénat, où débute l’examen de la loi Grenelle 1. Entretien avec celle qui présidait jusqu’à la semaine dernière l’Agence de l’environnement (Ademe), après avoir travaillé auprès de Nicolas Sarkozy sur la mise en place du Grenelle.

< Comment concevez-vous votre place au sein du ministère ?

Mon rôle, c’est do the job. Et d’abord le Grenelle : mettre en œuvre ce projet souhaité par Nicolas Sarkozy, qu’on a imaginé et proposé pendant la campagne présidentielle avec Nathalie Kosciusko-Morizet. Il y a eu la phase de négociation et de transformation en texte de loi conduite par Jean-Louis Borloo, maintenant il faut transformer l’essai. La priorité absolue, c’est le vote des lois Grenelle 1et 2, et la mise en place concrète sur le terrain. Le Grenelle ne doit pas rester qu’un texte. Mon rôle, c’est de faire vivre l’écologie. Le climat, l’énergie, on en a beaucoup parlé. Il faut qu’on s’occupe aussi de la biodiversité, de l’eau, de la gestion des risques, des déchets, de la consommation, de la santé environnementale. C’est un travail d’équipe avec Jean-Louis Borloo, la complémentarité doit jouer.

< Ne craignez-vous pas que la loi Grenelle 1 soit tirée vers le bas par certains amendements ?

Globalement, même si certains ne sont pas acceptables, les amendements renforcent plutôt le texte, comme à l’Assemblée. On est dans une démocratie, c’est normal que le Parlement s’exprime. Si les sénateurs ne déposaient aucun amendement, on leur dirait qu’ils se désintéressent de la question. Plus il y a de débat, mieux c’est, car il faut qu’on continue à faire de la pédagogie. On parle encore trop «techno».

< La majorité a-t-elle évolué sur ce sujet ?

Elle a énormément progressé. Les élus de la majorité, tous les hommes politiques d’ailleurs, sont à l’image de la société. Or le sujet a évolué très vite dans la société.

< Découpage en plusieurs lois, retards… Le Grenelle n’est-il pas devenu illisible ?

Le choix d’avoir une grande loi d’orientation, suivi de lois techniques, permet d’avoir un texte qui fixe bien la ligne générale. On ne mène pas la mutation de la société en claquant des doigts, avec une petite loi de quinze articles. Il ne s’agit pas de mettre du vernis, mais de faire entrer la société dans une autre dimension. Et si ça allait trop vite, on nous dirait «Vous ne faites que du vent». Ce qui est encore dur à faire passer, c’est que l’environnement, qui était le petit ministère, le vernis qu’on étalait pour faire beau, doit devenir l’axe structurant de la politique.

< La crise économique a un peu occulté l’écologie dans le discours présidentiel. La croissance verte est-elle enterrée ?

Moi, je préfère les actes aux discours. C’est ce qui reste. J’ai eu cette crainte à propos de la crise, mais, au contraire, tous les financements du Grenelle ont été votés. Si on veut s’en sortir, il faut prendre des décisions structurelles pour être moins dépendants des aléas de court terme, du pétrole, des matières premières. Enterrer le Grenelle, c’est se garantir que dans cinq ou dix ans, on subira encore une crise cyclique.

< Les ONG s’inquiètent que le Grenelle ne soit pas à la hauteur (Libération d’hier).

Le gros enjeu de 2009, Lire la suite

Maris, Limites de la croissance : la revanche de Meadows

marianne2.fr, Bernard Maris, le 22 Janvier 2009

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.

Limites de la croissance économique : la revanche de Meadows

Lors de la parution de son rapport sur les limites de la croissance, en 1972, Meadows était la risée de ses confrères économistes. Aujourd’hui, il est considéré comme un visionnaire et vient même de recevoir un prix. La crise a fait au moins un heureux.

Le professeur Meadows vient de remporter le « Japan Prize », l’un des prix scientifiques les plus prestigieux, pour un ouvrage qu’il a dirigé en 1972. Soit… 37 ans plus tard. Le rapport du professeur Meadows s’appelait « Les limites à la croissance » et il a été traduit en France sous le titre « Halte à la croissance ! » En effet le professeur Meadows, et les autres, proposaient, tout simplement, une croissance zéro. Meadows n’est pas si vieux que ça, il a 66 ans. Il a été prof au prestigieux Mit, Massachussets Institute of Technologie. Moi qui ai fréquenté les milieux économiques, je n’ai jamais vu autant de ricanements, je veux dire autour de Meadows et de son rapport. Meadows était un gauchiste au pire, un idéaliste au mieux, un ennemi du progrès, un amateur des cavernes et de la viande boucanée, un ennemi du Sud et des pauvres qui ne demandaient qu’à se développer ou à s’enrichir etc. etc.
Son rapport reposait sur une hypothèse infiniment simple. Les ressources sont limitées : le pétrole, le charbon, l’eau, l’uranium, les forêts, n’existent pas à profusion. Or la population humaine semble devoir croître indéfiniment. Et les besoins de la population humaine croissent encore plus vite que la population elle-même. Rien de commun entre les besoins de l’Américain moyen et les besoins du Bushiman ou du Pygmée lambda. Donc l’humanité va se heurter de façon dramatique au mur de la rareté. Cqfd. Stop à la croissance, vive la croissance zéro, arrêtons tout.

Meadows et Malthus avaient seulement raison trop tôt

Ce qui faisait ricaner les économistes. Ils s’esclaffaient, même. Ah ! ah ! Tout ce que dit Meadows, Malthus le disait déjà, Malthus le pasteur de l’apocalypse économique. Il disait ça en 1800, dans son « Essai sur le principe de population » et nous sommes en 1972, ah-ah ! Car Malthus, pas plus que ce pauvre Meadows, n’avait prévu une chose : la hausse des rendements ! l’incroyable progrès de la productivité qui fait que le quintal de blé produit par cent paysans en 1800 est produit par un seul paysan aujourd’hui. Et les économistes de rire.
En réalité, il n’y a pas de quoi rire. Malthus et Meadows ont simplement eu raison trop tôt. Le mur de la rareté approche, et nous allons nous heurter contre lui. Lire la suite