Les « SCoT-Grenelle » se mesurent à la maîtrise de la consommation d’espace

projetdeterritoire.com, Christopher de Laburthe, le 2 juillet 2010

http://www.projetdeterritoire.com/index.php/Espaces-thematiques/Gestion-de-l-espace/Actualites/Les-SCoT-Grenelle-se-mesurent-a-la-maitrise-de-la-consommation-d-espace

Les « SCoT-Grenelle » se mesurent à la maîtrise de la consommation d’espace

Le Ministère de l’Ecologie de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer a lancé en mars 2009, une démarche partenariale d’accompagnement de douze SCoT sur les thématiques mises en avant par le Grenelle de l’environnement : énergie, biodiversité, densification, gestion économe des espaces, déplacements. Baptisée « SCoT-Grenelle » cette démarche rassemble également les acteurs des SCoT lors de deux rencontres annuelles pour débattre des thématiques retenues. Les actes de la première journée d’échanges du 30 septembre 2009 consacrés à « la maîtrise et la mesure de la consommation d’espace dans les SCoT » viennent d’être publiés par le MEEDDM.

Dans le préambule des actes, Jean-Marc Michel, le Directeur général de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), insiste sur la place du SCoT comme pièce maîtresse dans l’échiquier des stratégies de lutte contre les consommations d’espaces pour l’urbanisme et met en avant sa place essentielle dans la nécessaire mise en œuvre d’une «densification acceptée des territoires ».

Consommation foncière. La première partie des actes débute par la restitution d’une étude du CETE qui fait un état de l’art sur les méthodes de suivi des consommations de l’espace, et se poursuit avec des échanges des participants qui, tous, insistent sur la difficulté d’identifier et d’accéder à des sources de données simples et fiables en matière de consommation foncière. Partant du constat alarmant d’une urbanisation annuelle de 75 000 hectares, les intervenants de la table ronde se sont employés à identifier les enjeux et les armes dont disposent, ou non, les SCoT en la matière. Toutes les interventions des représentant de ministères ou des têtes de réseaux impliqués dans les thématiques Grenelle (FNAU, GART, FNSAFER, Ministères de l’agriculture, de l’environnement) ont insisté sur le rôle de pivot du SCoT dans la mise en œuvre des différentes facettes du Grenelle. A ce titre le représentant des agences d’urbanisme a particulièrement insisté sur l’importance de l’émergence d’un portage politique des orientations du SCoT afin d’asseoir sa mise en œuvre locale. Les acteurs des transports et de l’agriculture ont également rappelé la nécessaire articulation des réflexions thématiques trop souvent cloisonnées ainsi que la nécessité de donner une visibilité aux acteurs économiques, particulièrement à la profession agricole. L’attention des acteurs des SCoT a été spécialement attiré sur l’enjeu important de la prise en compte de la biodiversité tant en termes de méthodes de travail, de compétences, d’investissements nécessaires – notamment à l’identification des trames vertes et bleues- que sur la complexité du traitement de la biodiversité ordinaire.

SCoT Grenelle. La seconde partie de la publication est consacrée à la restitution du tour d’horizon des «SCoT –Grenelle» suivis par le CERTU puis à une série de retours d’expériences de SCoT « pionniers » approuvés.

Du suivi des « SCoT –Grenelle », il ressort plusieurs traits saillants. Parmi ceux-ci on peut noter celui d’une très forte hétérogénéité tant en termes de périmètre (de 12 à 465 communes) que de structure porteuse ou de moyens techniques et humains. Le CERTU a également relevé la difficulté générale à cerner la thématique de l’étalement urbain et à envisager des outils de mesure. A ce titre l’ensemble des maîtres d’ouvrage sont en attente de Lire la suite

Projet Climator de l’INRA : Impact d’un changement climatique (1,6 à 3°) sur des systèmes agricoles et forestiers

inra.fr, Communiqué de presse, le 18 juin 2010

http://www.inra.fr/presse/presentation_resultats_projet_climator

Présentation des résultats du projet Climator

Elaborer des outils et produire des références pour analyser l’impact du changement climatique sur les systèmes agricoles et forestiers

Les résultats du projet Climator ont été présentés lors du colloque de clôture, co-organisé par l’INRA et Arvalis-Institut du végétal, qui s’est tenu à Versailles les 17 et 18 juin 2010. D’une durée de 3 ans, ce projet a fourni des méthodes pour analyser l’impact d’un changement climatique sur des systèmes agricoles et forestiers variés, et produit des résultats synthétisés dans un Livre Vert. S’ils ne concluent pas à un impact uniforme sur les cultures, les chercheurs montrent que l’augmentation de la température et de la concentration en CO2, et la diminution des précipitations auront une influence sur plusieurs facteurs déterminants pour les cultures, les forêts et l’environnement (alimentation des nappes phréatiques en particulier).

Réchauffement, modification de la pluviométrie, augmentation de la concentration en CO2 de l’atmosphère : autant de phénomènes au cœur du changement climatique qui sont susceptibles de modifier, positivement ou négativement, la productivité des cultures et des forêts, et par la suite l’occupation des sols. Ces évolutions sont déjà perceptibles dans les calendriers agricoles : anticipation des dates de floraison des arbres fruitiers et des vendanges, et sont mises en avant pour expliquer la stagnation des rendements du blé. Cependant l’hétérogénéité spatiale des bouleversements climatiques annoncés et la diversité des plantes cultivées, rendent impossible tout pronostic généraliste.

Un exercice de projections basé sur la modélisation

Le travail réalisé au sein du projet Climator est basé sur des hypothèses, devant tenir compte d’un ensemble d’incertitudes. L’agriculture y est représentée par des systèmes de grande culture, des systèmes prairiaux, la vigne et la forêt avec des niveaux de pratiques et des choix variétaux extrêmes (pluvial/irrigué, conventionnel/biologique, cycles longs/cycles courts, monocultures/rotations). Pour appréhender la diversité des climats français, 13 sites répartis sur l’ensemble du territoire français, ont été choisis, dont un situé en moyenne montagne et un autre en Guadeloupe.

Les résultats ont été obtenus en enchainant des simulations climatiques à l’échelle globale puis régionale avec des modèles agronomiques et forestiers. Deux périodes d’intérêt ont été simulées : le futur proche (2020-2049) et le futur lointain (2070-2099) en référence à une période de passé récent (1970-1999). L’hypothèse économique et démographique du monde de demain, qui fournit l’évolution future de l’émission des gaz à effet de serre, introduite dans le modèle global de climat, est, en standard, le scénario A1B du GIEC (forte croissance économique et pic démographique en 2050 aboutissant à 700 ppm de concentration en CO2 dans l’atmosphère à la fin du XXI° siècle, malgré une baisse des émissions mondiales à partir de 2050).

Cependant ces modèles ne sont pas parfaits puisque la connaissance des systèmes climatiques et agricoles est imparfaite. Pour cerner cette erreur plusieurs méthodes ou modèles ont été utilisés en parallèle que ce soit au niveau climatique, comme au niveau agronomique, considérant ainsi que chaque modèle est un point de vue sur la réalité complexe.

Des différences régionales et locales importantes

D’après les modèles, le changement climatique se traduira non seulement par une augmentation de température (de 1,6°C à 3°C selon le lieu et la période de temps considérée), mais également par une diminution des précipitations, surtout Lire la suite

Fret ferroviaire : la France prend un train de retard

http://www.actu-environnement.com/ae/news/fret-rail-10690.php4

actu-environnement.com, Sophie Fabrégat, le 13 juillet 2010

Fret ferroviaire : la France prend un train de retard

Alors que le ministère des Transports annonce des avancées lors du comité de suivi de l’engagement national pour le fret ferroviaire et que la SNCF confirme sa stratégie d’abandon du wagon isolé, les associations et les industriels s’inquiètent.

Comme d’autres engagements du Grenelle, l’objectif de croissance de 25 % de la part du non routier et du non aérien dans le transport de marchandises d’ici 2012 ne devrait rester qu’une douce utopie. Car si le ministère des Transports, tout comme la SNCF, se veulent rassurant, voire enthousiastes quant à l’avenir du fret ferroviaire, les associations et les chargeurs sont plutôt pessimistes, voire alarmistes.  »On marche sur la tête, on va à l’inverse de ce qu’il faut faire, constate Olivier Louchard, coordinateur du Réseau Action Climat. Alors que le non routier représentait 14 % du transport de marchandises en 2006, on est passé à 12 % en 2009. On décroît au lieu de progresser ».

Engagement national pour le fret ferroviaire : un train sans locomotive ?

Le compte rendu publié à l’issue de la deuxième réunion du comité de suivi de l’Engagement national pour le fret ferroviaire, organisée et présidée par Dominique Bussereau le 8 juillet, dresse un bilan d’étape optimiste de l’avancement des mesures engagées depuis le 16 septembre 2009,  »date de l’annonce de cet ambitieux programme d’actions représentant un montant de 7 milliards d’euros d’investissements de l’Etat ».

Dominique Bussereau  »s’est félicité des appels d’offres en cours pour les autoroutes ferroviaires Atlantique et Alpine, ainsi que de l’augmentation du nombre de trains sur l’autoroute ferroviaire Perpignan – Luxembourg, dont la fréquence est désormais de 3 allers-retours quotidiens ». D’après le communiqué de presse, il  »a également mentionné que le transport combiné est en plein essor et bénéficie désormais d’une aide de l’Etat augmentée de 50 %. Il a insisté sur l’importance de la mise en service des opérateurs ferroviaires de proximité (OFP) dès 2010 ».

Du côté des participants, c’est un tout autre son de cloche.  »Un an après le lancement de ce plan, il y a eu beaucoup de paroles mais pas beaucoup de choses faites. Comme l’a rappelé Dominique Bussereau, les objectifs initiaux risquent fortement de ne pas être atteints. Face à ce constat, aucune décision énergique n’est prise, on se trouve face à un gouvernement indifférent qui, pendant ce temps-là, fait des cadeaux au transports routiers », constate à regret Michel Dubromel, responsable transports à France Nature Environnement (FNE). L’autorisation des 44 tonnes pour le transport de produits agricoles ( »alors que le fret ferroviaire se prêtre très bien au transport de céréales »), le report d’une année de la taxe poids lourd, l’autorisation de trois nouveaux projets d’autoroutes ( »dont la mise en concession autoroutière de la RN154 qui relie Chartres au port de Rouen et sur laquelle on sait qu’il y a un important trafic de céréales ») restent en travers de la gorge des défenseurs du rail.

Parallèlement,  »si le ministère admet que la mise en place des OFP a été  »sabotée » (il y aurait eu des manœuvres pour l’empêcher), aucune mesure est annoncée pour y remédier. Le ministère Lire la suite

Relocalisons !

relocalisons.org, communiqué et appel, juillet 2010

Relocalisons !

www.relocalisons.org

Les 1ères Rencontres de la Relocalisation ont eu lieu les 3 et 4 juillet à Notre-Dame des Landes (44). En soutien aux opposants au projet d’aéroport, ces journées ont rassemblé des militants venus de toute la France, dont des élus de grandes villes et de milieux ruraux.

Elles ont donné lieu à des échanges très nourris et très riches, construits à partir de présentations d’acteurs impliqués et portant sur l’origine des échanges et les systèmes d’échanges locaux (SEL), sur les monnaies complémentaires locales, sur comment manger local et assurer la souveraineté alimentaire des territoires.

Dans le prolongement de notre appel « Relocalisons » puis de l’appel « Relocalisons Copenhague », lancés en Août 2009, les participants à ces Rencontres, dont l’association RELOCALISONS, lancent un appel pour développer partout des initiatives de relocalisation.

Nous appelons à renforcer le rapprochement entre producteurs, consomm-acteurs et citoyens, et au développement d’initiatives pour nous réapproprier nos conditions de vie.

Nous ne partons pas de rien, de nombreuses expériences de relocalisation existent déjà depuis des années et se développent rapidement : AMAPs, SELs, monnaies locales, jardins et éco-habitats partagés, coopératives de producteurs, associations de consomm’acteurs, organisations de financement solidaire et local, producteurs locaux d’énergie renouvelable, villes sobres, etc.

Il ne s’agit ni de repli sur soi, ni de nationalisme. Il s’agit de reprendre pouvoir sur nos conditions d’existence, dans la solidarité et la coopération. Il s’agit également de participer activement à la construction de la transition vers une société fraternelle en rupture avec le dogme de la croissance et le productivisme.

Nous appelons tous ces acteurs de la relocalisation :

– à se connecter par tous moyens et constituer des Lire la suite

LPO : Venez observer : Milans noirs, Bondrées, Busards, Faucons, Circaètes, Balbuzards, Cigognes, Pigeons, Laridés, Limicoles, Oies, Grues, Passereaux, Percnoptère, Aigle royal, Vautour fauve, Gypaète…

LPO Aquitaine, juillet 2010

Observatoire Régional de la Migration des Oiseaux en Aquitaine – Programme INTERREG Projet Lindux : Observatoire de la migration des oiseaux sur la voie atlantique Saison 2010

Ca y est, c’est reparti. Depuis le 15 juillet, deux équipes sont sur les cols pour le suivi de la migration postnutptiale. La coordination des sites du programme : Organbidexka, Lindux et Lizarrieta en Pays basque est assurée par la LPO Aquitaine dans le cadre de l’Observatoire, du 15 juillet au 15 novembre pour les deux premiers, du 15 septembre au 15 novembre pour le dernier. Déjà, près de 1 500 Milans noirs ont franchi les crêtes pour rejoindre l’Afrique via Gibraltar. Les résultats sont disponibles au jour le jour sur le site www.migraction.net . En quelques clics, vous serez au fait des derniers rebondissements sur les cols.

Nous avons rendez-vous avec plus deux cent cinquante espèces migratrices. Milans noirs, Bondrées, Busards, Faucons, Circaètes, Balbuzards,… Cigognes, Pigeons, Laridés, Limicoles, Oies, Grues et d’innombrables passereaux pourront être observés. Ce sera aussi l’occasion d’admirer le Percnoptère, l’Aigle royal, le Vautour fauve, le Gypaète…, symboles du Pays basque. Entre autres espèces étudiées, nous continuerons le suivi minutieux des Cigognes noires, Circaètes et Milans royaux. Et comme chaque automne, nous accorderons une attention particulière à la migration des Pigeons et à l’impact de la chasse sur leurs déplacements.

Année après année, votre participation au suivi de la migration permet d’accumuler de précieuses informations sur les tendances de certaines populations migratrices. Par exemple, le Milan royal dont on a détecté une baisse des effectifs transpyrénéens depuis 1989, corroborant ainsi les études menées sur certaines zones de reproduction semble aujourd’hui en un peu meilleure position depuis 2004, ou à l’inverse, le constat réjouissant de la hausse des populations de Cigognes, avec une année 2008 record pour la Cigogne noire et la Cigogne blanche. Le programme offre aussi l’opportunité d’accueillir un nombreux public, de l’informer sur la migration des oiseaux en Europe et en Aquitaine, et le sensibiliser sur les abus de la chasse et les dégradations infligées aux milieux montagnards et à la nature en général.

Mener à bien le suivi scientifique et l’information nous paraît essentiel pour que progresse la protection des espèces et des voies migratoires. Cet objectif ne peut être réalisé sans votre implication et ce, quel que soit votre niveau d’expérience car après quelques jours de terrain et d’échanges avec les permanents, les connaissances minimales sont acquises. Nous vous invitons de nouveau à collaborer, en nous rejoignant sur les sites d’étude. Se rencontrer ou se revoir pour partager la magie des grands mouvements migratoires survolant la mer de nuages, les soirées conviviales autour d’un feu et d’un plat.

Sans les bénévoles, la réussite du programme est impossible. Aussi, comme les années passées, nous vous invitons à y participer en vous inscrivant dès aujourd’hui auprès de la coordination par Lire la suite

France Nature Environnement : Déluge nucléaire au cœur de l’été !

fne.asso.fr, communiqué de presse, le 30 juillet 2010

http://www.fne.asso.fr/fr/deluge-nucleaire-au-cur–de-lete-.html?cmp_id=33&news_id=1751&vID=1

Déluge nucléaire au cœur de l’été !

Le rapport Roussely sur l’avenir de la filière française du nucléaire civil enfin rendu public, sous forme de synthèse (expurgée du confidentiel défense ?). Le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire qui remet son avis sur la gestion des matières et déchets radioactifs. Le Président de la république annonçant que EDF sera le chef de file du nucléaire français à l’exportation associé à AREVA. EDF qui reconnaît deux nouvelles années de retard pour l’EPR de Flamanville. N’en jetez plus ! Tout ceci part du fait que le nucléaire français va mal, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est la raison du rapport Roussely.

Des projets de réacteurs en forme de chantiers-écoles

Un premier élément commun réside dans les déboires graves des deux chantiers des réacteurs EPR, celui d’AREVA en Finlande et celui d’EDF à Flamanville. Pour Maryse Arditi, pilote du réseau Risques industriels de FNE : « Rappelons que cela fait 20 ans que ni EDF, ni AREVA n’ont construit un réacteur de A à Z et que les compétences se sont estompées. Tous les intervenants doivent réapprendre à faire. En fait, ces 2 réacteurs sont des chantiers-écoles comme il en existe dans tout le secteur de la formation professionnelle, mais on n’a pas osé nous les présenter ainsi ! ». Dans ces conditions, FNE rappelle sa demande de moratoire sur Penly 3, le temps que Flamanville soit terminé et expérimenté 3 années.

Des exportations menacées

Depuis des années, EDF exporte le courant (la France garde les déchets) et AREVA exporte (ou tente d’exporter) les réacteurs. Pour poursuivre l’exportation du courant, EDF est confronté à une indisponibilité croissante du parc de réacteurs pour cause, entre autres, de vieillissement. Cela ne va pas s’arranger avec le temps ! Le rapport Roussely part de l’idée que nos réacteurs vont durer non pas 40 ans, mais 50 ans, voire 60 ans, ce qui n’est pas sans soulever des questions fondamentales sur la sûreté, comme l’illustre l’état de santé de Fessenheim, centrale de seulement 40 ans ! Il en déduit que la seule activité possible pour le nucléaire civil français est à l’exportation. Et Roussely de s’apercevoir que l’EPR est inadapté pour des pays sans compétences fortes en nucléaire : trop gros, trop complexe, trop dangereux, nécessitant un surcroît de sécurité difficile à opérer ! D’où l’idée de créer de nouveaux « objets nucléaires » plus aisément commercialisables.

De la mine aux déchets

L’uranium que nous utilisons vient du monde entier, sauf de la France. Au Niger, Lire la suite

L’écorésistance ?

voie-militante.com, Virginie, le 29 juillet 2010, Catégorie: Environnement

http://www.voie-militante.com/politique/environnement/lecoresistance/

L’écorésistance ?

L’écologie en aura fait des déçus tout au long de son histoire… l’attrape couillons qu’est – ou plutôt qu’a été – Europe Ecologie en est le dernier exemple, significatif !

Mais est-ce utile de s’apitoyer sur son sort ? Non ! Mieux vaut agir ou réagir !

Michel TARRIER, écologue et écosophe, notamment reconnu pour ses publications en tant qu’entomologiste, a ainsi poussé un cri d’alerte et a créé le groupe ECORESISTANCE !
Si cela vous intéresse, vous pouvez le rejoindre sur Facebook en cliquant ici.

Voici son argumentaire, tiré d’un article paru sur l’excellent site notre-planete.info et dont je ne partage pas l’intégralité des propos mais que je mets simplement à votre disposition :

Causes de cette prise de position

L’écocitoyen français est aujourd’hui plus que perplexe, dubitatif et écœuré. Au moins trois évènements, vécus comme d’irréparables désillusions ou outrages, ont fait de lui un insurgé.

1.- Le formidable dîner de cons qu’a constitué la mascarade du Grenelle de l’environnement ; On sait maintenant de quoi il s’agissait et où nous en sommes…

2.- L’impensable déception qui résulta de l’échec du Sommet de Copenhague dont le battage préalable, du type ultimatum, allait jusqu’à l’envisager comme une opération de dernière chance pour sauver la planète ; Depuis : rien, et les lanceurs de la méga alarme sont passés à autre chose ! Ne s’agissait-il donc qu’un effet d’annonce tout autant hyperbolique que gratuit  à l’échelle mondiale ?

3.- La création, sous l’impulsion de Claude Allègre, d’une fondation intitulée  « Écologie d’avenir », qui serait indûment hébergée par l’Institut de France (rien que ça !), rassemblant un cartel de grands prédateurs que sont des leaders mondiaux de la finance, d’industries de luxe, de l’énergie, de la chimie, de l’agroalimentaire, etc. (Alstom, EDF, Limagrain, Axa, groupe LVMH avec Moët & Chandon, Louis Vuitton, Christian Dior et autres marques prestigieuses…). « Même si l’homme casse et dégrade, la science peut toujours réparer. », tel est l’inacceptable précepte de C. Allègre.

En conséquence :

L’écologie comme confessionnal du consumérisme, ou pire comme caution verte du capitalisme, y’en a un peu-beaucoup marre !

La charte

Il s’agit tant d’entrer en dissidence qu’en résistance afin de pouvoir retrouver les marques principielles d’une écologie-sagesse, d’une écologie contre-culture, d’une écologie-conscience, tout à l’opposé de ce qu’est devenue l’écologie dévoyée, c’est à dire un Lire la suite

Abandon et artificialisation des sols agricoles en Aquitaine : la déprise s’accélère

agreste.agriculture.gouv.fr, Agreste Aquitaine, N° 38, juin 2010

Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt Aquitaine, Enquête Utilisation du territoire (TERUTI), Analyses et résultats

http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_R7210A19.pdf

Abandon et artificialisation des sols agricoles : la déprise s’accélère

Le territoire aquitain ne cesse d’évoluer…

Sous une apparente stabilité, l’espace régional ne cesse de se modifier. Les évolutions des usages des sols aquitains résultent d’échanges mutuels entre ces différentes composantes. Entre 2006 et 2009, ce sont près de cent cinquante mille hectares, soit 4% du sol aquitain qui ont changé d‘orientation.

A cela, il convient d’y adjoindre les surfaces ayant changé d‘assolement, mais au sein d’une même famille. Ce phénomène est marqué en agriculture à l‘exemple de terres en jachères en 2006 cultivées en céréales en 2009. Au total en Aquitaine sur la période, près d’un hectare sur dix a connu au moins un changement de statut.

… selon des rythmes différents et différenciés

Les espaces naturels occupent en moyenne, en 2009, 91% du territoire régional. Ils comprennent les sols boisés (47%), les sols cultivés (23%) les sols toujours en herbe à usage agricole ou non (13%) ainsi que les espaces non valorisés tels que landes, friches, roches, dunes et zones humides (8%).

Les espaces artificialisés sont le complément dans le territoire des espaces naturels. Ils occupent donc 9% de l’espace aquitain. Ils regroupent les sols bâtis (maisons d’habitation, bureaux, usines,…) les sols de formes aréolaires (place, square, parking,…) et les sols linéaires (routes, ponts, voies ferrées,…).

Entre 2006 et 2009, les sols artificialisés progressent de 20 000 hectares. Avec 8% d’augmentation, les sols bâtis grignotent près de 5 000 hectares par rapport à 2006. Hausse identique pour les autres sols urbanisés mais non bâtis, mais cette fois, ce sont 15 000 hectares de plus qui viennent grossir leurs rangs.

Entre 1992 et 1999, l’urbanisation consommait près de 4 500 hectares de sols naturels chaque année, 5 500 hectares entre 2000 et 2004. Depuis 2006, ce sont 6 500 hectares qui sortent du giron des sols naturels annuellement.

Sans pour autant remettre en cause le caractère rural de l’Aquitaine, cette accélération l’entame.

20 000 hectares de sols urbanisés de plus entre 2006 et 2009, en Aquitaine. Ces derniers continuent de poursuivre leur extension. Démographie, habitat, transports et loisirs sont le moteur de cette croissance.

Les changements d’occupation des sols d’Aquitaine au cours des trois dernières années confirment la tendance observée entre 1992 et 2004. L’artificialisation progresse plus vite que la population.

Toutefois par rapport à la période précédente, de nouveaux éléments apparaissent. Les surfaces en sols boisés Lire la suite

Pour ERDF, le photovoltaïque serait dangereux

developpementdurable.com, Héloïm Sinclair, le 21 juillet 2010

http://www.developpementdurable.com/technologie/2010/07/U195/pour-erdf-le-photovoltaique-serait-dangereux.html

Pour ERDF, le photovoltaïque serait dangereux

Cette semaine du début de l’été 2010 nous vaut une parfaite illustration du tropisme français : une culture anti-énergies renouvelables héritée de l’atom’cratie. Ainsi, lors du congrès de l’Union Française de l’Electricité du 22 juin, Mme Bellon, présidente d’Electricité réseau de France (ERDF), a créé le buzz médiatique en affirmant que le développement du photovoltaïque en France pourrait dans les prochaines années, être cause de « black-out ». En clair, pour la présidente d’ERDF, le photovoltaïque va faire courir des risques de rupture de l’alimentation électrique aux Français, pour cause de surproduction d’électricité solaire.

Michèle Bellon, présidente du directoire d’ERDF, a mis en garde «contre la prolifération des panneaux photovoltaïques, qui pourrait se traduire par des coupures de courant… Je suis assez inquiète car tout cela va très vite. D’ici deux ou trois ans, on sera confronté à de vrais problèmes d’équilibre entre l’offre et la demande sur la boucle locale… ».

Quand j’ai lu cela, j’ai en premier lieu cru qu’il s’agissait d’une blague. La France cumulait moins de 300 MW connectés au réseau électrique fin 2009, l’Allemagne près de 10 000 MW. Alors que l’Allemagne a déjà atteint en 2010 l’objectif officiel français pour l’électricité solaire (1 % de la consommation) pour 2020, force est de constater que le réseau allemand se révèle robuste pour absorber la contribution solaire.

Le gestionnaire du réseau électrique français est-il parano ou juste de mauvaise foi ? L’un n’empêchant pas l’autre… Avec 1/30ème de la puissance solaire installée en Allemagne, la France a de quoi voir venir sans se faire peur… Qui plus est, les réseaux intelligents permettront d’accroître encore les possibilités de raccordement du solaire de nos pays.

Pour que Madame Bellon se rassure (et nous rassure), elle pourrait utilement consulter l’étude européenne « European Distributed EnErgy Partnership – Eu DEEP », regroupant toutes les parties prenantes (distributeurs, producteurs, fabricants, agences nationales de l’énergie et laboratoires de recherche,…). Cette initiative pour l’intégration de sources d’énergies décentralisées dans le système électrique est réellement crédible, de par ses 42 partenaires (RWE, Iberdrola, GDFSUEZ, SAFT, Siemens, …). Elle conclut que Lire la suite

Energie éolienne : la leçon danoise – Un mélange de volonté politique

lemonde.fr, Bertrand d’Armagnac, le 27 juillet 2010

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2010/07/27/energie-eolienne-la-lecon-danoise_1392444_3244.html

Energie éolienne : la leçon danoise

Le parc Horns Rev 1, au large du port d’Esbjerg sur la mer du Nord, dépoie 80 éoliennes d’une puissance de 160 MW.

A 30 km de la côte ouest du Danemark, au large du port d’Esbjerg, les 91 turbines du parc éolien de Horns Rev 2 tournent jour et nuit, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve. Au total, 209 MW sont déployés depuis septembre 2009 sur près de 35 km2. Un peu plus près de la côte, le parc Horns Rev 1, mis en place en 2002, déploie 80 machines d’une puissance de 160 MW. Cet ensemble constitue actuellement le plus grand parc offshore au monde. Il est aussi le plus récent exemple de la politique du Danemark en matière de promotion des énergies renouvelables.

Alors qu’en France l’adoption tumultueuse de la loi Grenelle 2 a ouvert une période d’incertitude pour l’éolien, les Danois affichent les résultats flatteurs d’un développement construit, depuis une trentaine d’années, sur un mélange de volonté politique, de simplification administrative et de coopération avec les populations locales.

Plus de 22 % de l’électricité produite au Danemark provient de l’éolien, terrestre ou marin, contre environ 1,5 % en France. Pour en arriver là, les Danois ont joué sur plusieurs leviers. Tout d’abord, cette énergie est ici un peu plus « l’affaire de tous » que dans d’autres pays. « Le mouvement pour les éoliennes est parti du terrain », explique Ann Pedersen Bouisset, du ministère des affaires étrangères, « les premières petites éoliennes ont été installées par des coopératives issues de communautés ou de municipalités ».

L’IMPLICATION DE LA POPULATION

Cette démarche participative est toujours présente dans l’accord de politique énergétique, élaboré en février 2008 par le gouvernement et le Parlement afin de tracer la stratégie énergétique du pays. Le texte permet aux citoyens de prendre des participations dans les projets de parcs éoliens proches de chez eux. Et un fonds aide les associations de propriétaires locaux de turbines à financer les études préliminaires sur les projets d’implantation.

Cette méthode a facilité l’acceptabilité sociale de l’éolien en garantissant aux populations qu’elles auraient voix au chapitre. Ainsi 90 % des Danois citent en priorité l’éolien pour le développement des énergies renouvelables, selon un récent sondage.

Pour les parcs Horns Rev 1 et 2, le dialogue avec les pêcheurs s’est aussi fait en amont. Les pêcheurs d’Esbjerg ne se sont pas opposés au projet, convaincus Lire la suite

Comité interministériel du développement durable : Les ministres planchent sur une croissance verte adaptée à la crise

lesechos.fr, Julie Chauveau, le 27 juillet

http://www.lesechos.fr/info/energie/020682617442-les-ministres-planchent-sur-une-croissance-verte-adaptee-a-la-crise.htm

Les ministres planchent sur une croissance verte adaptée à la crise

Le Comité interministériel du développement durable se réunit aujourd’hui. Il doit adopter un texte dont « Les Echos » ont eu copie, résumant la stratégie française d’ici à 2013. La prise en compte des déficits publics est mise en avant.

Le symbole fera sourire les défenseurs de l’environnement. Aujourd’hui, doit se tenir la réunion du Comité interministériel du développement durable (CIDD) sous l’égide de Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, et du Développement durable. En 2003 et en 2007, les deux premières réunions de ce comité avaient été présidées par le Premier ministre afin d’adopter la stratégie nationale de développement pour les années à venir. Doit-on y voir un symbole du fait que ce sujet est passé au second rang des préoccupations du gouvernement à la faveur de la crise économique et de l’échec des négociations sur le changement climatique à Copenhague ? Une chose est sûre, le titre du document sur la future stratégie nationale du développement durable, sur laquelle doivent se pencher les ministres et les secrétaires d’Etat aujourd’hui et dont « Les Echos » ont eu copie, est dans l’air du temps : « Vers une économie verte et équitable ».

Lors du sommet de la Terre à Rio en 1992, les gouvernements avaient pris l’engagement d’adopter des stratégies nationales de développement durable. Alors qu’on prépare déjà en coulisse les vingt ans de cet événement qui devrait être célébré en grande pompe dans la capitale Brésilienne en 2012, ce texte d’une quarantaine de pages porte sur la période 2010-2013. Trois ans après le démarrage des débats du Grenelle de l’environnement, il en reprend les principaux objectifs… tout en insistant sur la nécessité de prendre en compte la crise économique et la détérioration des finances publiques. « La stratégie doit à l’évidence inclure la question de la soutenabilité des finances publiques. […] Elle doit s’interdire toute dépense nouvelle qui ne correspondrait pas à un investissement profitable aux générations futures », peut-on lire dans l’introduction, qui précise que cette préoccupation a « sous-tendu » toute l’élaboration de la démarche. Mais si chacun des neuf défis proposés sont assortis d’indicateurs le plus précis possible afin d’en suivre l’application, aucun détail n’est donné sur la manière dont les investissements nécessaire à la réalisation des objectifs seront financés.

Un contenu social enrichi

Pour les profanes, la principale surprise vient du fait que le changement climatique n’est pas le premier mais le Lire la suite

Entretien avec Dominique Bourg : Démocratie, le défi écologique

scienceshumaines.com, Article de la rubrique « Les pensées vertes », Grands Dossiers N° 19, – juin-juillet-août 2010

Entretien avec Dominique Bourg : Démocratie, le défi écologique

http://www.scienceshumaines.com/articleprint2.php?lg=fr&id_article=25631

Démocratie participative et démocratie délibérative sont les deux pistes à explorer pour enrichir la démocratie représentative et se donner les moyens de répondre aux enjeux environnementaux qui se présentent à nous.

Née dans les années 1970, l’écologie politique a jusqu’à présent peu pesé dans les grandes démocraties, dans lesquelles semblent primer les intérêts de court terme et la satisfaction des besoins individuels. Le mariage entre écologie et démocratie serait-il difficile à réaliser ?

Il est vrai qu’il existe une certaine incompatibilité entre l’écologie et nos démocraties représentatives telles qu’elles fonctionnent aujourd’hui. J’y vois deux raisons.

D’une part, le mécanisme même de la représentation : nos élus doivent régulièrement rendre des comptes aux électeurs, élevés en juges ultimes de leur action. Ils s’adressent alors à la conscience spontanée de chaque citoyen : chacun de nous est considéré comme le meilleur juge de sa situation, en termes de souffrance sociale, de sentiment de bien-être, de satisfaction économique. Or les questions d’environnement sont inaccessibles aux sens, à la « conscience spontanée » du citoyen. Ce dernier perçoit la météo du jour mais il est insensible aux variations de la moyenne des températures sur une longue durée, ou au phénomène de raréfaction globale des ressources. Il est donc difficile de prendre en compte les enjeux environnementaux dans le fonctionnement électoral : ils sont trop abstraits et éloignés.

D’autre part, il y a un problème de fins. Le gouvernement représentatif, tel qu’il est notamment apparu à la fin du XVIIIe siècle dans les écrits d’auteurs modernes tels que Benjamin Constant, est censé limiter l’intervention de la sphère publique et protéger les droits des individus (encadré ci-dessous). Pour les Modernes, le gouvernement a plutôt pour fonction de contribuer à la maximisation des intérêts individuels et de faciliter le commerce entre les nations. Cette conception très individualiste et économiciste était pertinente dans un monde où la croissance de la production et de la consommation n’avait pas de limites perceptibles. Elle est aujourd’hui inadaptée à un monde de ressources limitées et d’équilibres écologiques menacés par les activités humaines…

Cela signifie-t-il que l’écologie aurait besoin d’un cadre autoritaire minimal, d’une « dictature bienveillante » ? Hans Jonas propose par exemple la création d’un Conseil de sages, non tributaires des élections, pour s’assurer que nos choix politiques ne mettent pas en péril les générations futures…

H. Jonas a effectivement prôné l’instauration d’une « tyrannie bienveillante et bien informée ». Il s’agirait de refonder le « Conseil nocturne » imaginé par Platon, agissant dans le secret, sans aucune forme de contrôle et indépendamment des contraintes électorales. On construirait ainsi une Lire la suite

A qui profite la construction de nouvelles autoroutes ?

rue89.com, David Servenay, le 24 juillet 2010

http://www.rue89.com/explicateur/2010/07/24/a-qui-profite-la-construction-de-nouvelles-autoroutes-159791

A qui profite la construction de nouvelles autoroutes ?

Anti-Grenelle selon les associations, « indispensable » pour Borloo, le projet devrait bénéficier aux sociétés privées.

Trois ans après le Grenelle de l’environnement, le ministère de l’Ecologie vient de publier son Schéma national des infrastructures de transport (SNIT). Ce document prospectif prévoit de construire 879 kilomètres d’autoroutes supplémentaires. Un vrai reniement pour les associations écologistes, une « révolution » pour Jean-Louis Borloo.

1. Le SNIT remet-il en cause les engagements du Grenelle de l’environnement ?

« La priorité ne sera plus au rattrapage routier, mais au rattrapage des autres modes de transport. »

Octobre 2007, la promesse de Nicolas Sarkozy ravit les protagonistes du Grenelle de l’environnement qui s’achève. Fini le « tout-routier » dominant, car compte-tenu de sa position géographique en Europe, la France est un pays suréquipé :

11 042 kilomètres d’autoroutes,

20 000 kilomètres de nationales,

377 984 kilomètres de départementales,

630 000 kilomètres de routes communales et de rues.

La promesse du président de la République sonne donc le glas du tout-puissant lobby routier qui, associé aux constructeurs automobiles, a façonné la politique d’aménagement du territoire durant les Trente glorieuses.

Pour les associations écologistes, les dix-neuf projets prévus au SNIT pour les vingt ans à venir constituent donc un virage à 180 degrés. Sans remettre à l’ordre du jour de nouveaux grands axes, ces projets sont parfois conséquents : 80 km entre Langres et Vesoul, 160 km pour la route Centre Europe-Atlantique… Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, l’a dénoncé sur le blog Reporterre :

« Alors que le Grenelle énonçait un certain nombre de principes assez flous, le ministre adopte, a contrario, un vaste programme autoroutier qui marque le grand retour de l’Etat pollueur et décomplexé !

La croissance verte de Borloo ressemble à s’y méprendre à Lire la suite

Le Revenu social : sortir de la société salariale

http://cocomagnanville.over-blog.com/article-le-revenu-social-sortir-de-la-societe-salariale-54405880.html

cocomagnanville.over-blog.com, propos recueillis par Gaia Puliero et Yovan Gilles, le 24 juillet 2010

Le Revenu social : sortir de la société salariale

Yovan Gilles : Dans le film encore, André Gorz exprime qu’une crise de la société salariale apparaît aujourd’hui inévitable. Cela ne veut pas dire que le travail va disparaître selon l’idée propagée par Jérémy Rifkin dans les années 1990. À cette période, André Gorz et Jacques Robin dressent un constat à travers un certain nombre d’articles publiés dans la revue Transversale Science et Culture : en bref, l’automation et la robotisation de la production débouchent sur une contraction du volume de travail, de sorte que l’on produit de plus en plus de richesse avec de moins en moins d’heures de travail humain.

L’emploi vient donc à manquer, même si la société ne veut pas entendre parler de crise du salariat et rejette cette évidence, préférant mettre sur le compte de la conjoncture la persistance d’un chômage de masse dans les pays européens. Les deux auteurs incitent à prendre acte d’une mutation qui libère du temps, autant qu’elle produit de l’exclusion par le déni du sens possible de cette mutation. Cette perte de la centralité du travail salarié se traduit négativement par le chômage et la précarisation du travail, mais elle porte aussi l’espoir d’une émancipation progressive du travail salarié, qui est une conséquence irréversible de l’évolution du capitalisme à travers son nouveau mode de management et de gouvernance du travail, le reengenering [1].

Le temps libéré par un mode de production de plus en plus performant doit faire l’objet d’une appropriation sociale. Ce ne sera pas simplement du temps à consacrer aux activités de consommation ou aux loisirs, mais du temps pour travailler autrement, se réaliser. Pour André Gorz le travail comme production de soi se profile à l’horizon des sociétés postindustrielles. En même temps, il se refère à Keynes, qui loin d’avoir la fibre libertaire, prédisait très froidement dans les années 1940 que la semaine de 18 heures serait à l’avenir une réalité découlant logiquement de l’augmentation de la productivité du travail. Cette conception de la production de soi ne va pas de soi, et elle en a irrité beaucoup. Gorz précise que l’autoproduction doit être combinée avec un travail salarié utile, quantifiable, répondant à la satisfaction de besoins sociaux insuppressibles et qui doit être réparti sur la société de la façon la plus égale, comme c’était d’ailleurs l’opinion de Marx. Finalement le travail salarié persiterait pour Gorz sous une forme résiduelle et utilitaire et serait subordonné au déploiement par les individus d’espaces d’autoproduction.

La transition vers une telle société n’est possible que par l’instauration d’un revenu social garanti, ou d’un revenu d’existence (lire un extrait de L’immatériel) qui n’est pas une assistance mais un revenu inconditionnel, donné à chacun, cumulable avec d’autres revenus et activités. Cette position a valu à Gorz des critiques virulentes notamment parce que, à travers la notion de revenu d’existence, beaucoup ont le sentiment que l’on entérine l’exclusion, que l’on rémunère l’oisiveté, et qu’en disjoignant le travail et le revenu on enterre le modèle de la société salariale et les instruments de la justice sociale. Pourrions-nous évoquer ensemble ces questions ?

Marie-Louise Duboin : André Gorz a très clairement fait la distinction entre les deux façons de concevoir un revenu non lié à un travail. Dans une société où le travail est de plus en plus intermittent, l’instauration de ce qui est qualifié maintenant, dans la littérature en général, de revenu d’existence, se substitue aux indemnités de chômage et, en permettant au travailleur de survivre pendant les périodes où il n’a pas d’emploi, le maintient disponible à tout moment. En effet, assurer ainsi une contrepartie à l’intermittence permet à la société Lire la suite

L’autre écologie : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives

cip-idf.org, 2010

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5220

L’autre écologie – Le Sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs

L’autre écologie

L’omniprésence de la « question » écologique ne fait maintenant plus de doute. D’une part, les données écologiques prennent une place centrale dans un « système-monde » en perpétuelle mutation et d’autre part, l’incapacité des états à établir des accords mondiaux sur les émissions de gaz à effets de serre marque un réel échec pour le capitalisme.

Cette incapacité chronique confirme qu’il n’y a rien à attendre d’une conversion verte du capitalisme, celle-ci signifiant généralement une accentuation des inégalités sociales et un écrasement de toutes expressions populaires, elle confirme également que l’écologie n’est pas l’apanage des nouveaux entrepreneurs de l’économie verte et des apprentis sorciers de la gestion écologique mondiale. Une autre idée de l’écologie persiste, une idée démocratique : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives, mais aussi de ceux qui dans certaines luttes s’emparent de cette question alors qu’ils sont jugés a priori incompétents dans ce domaine.

1. L’écologie au cœur des mutations du capitalisme

L’émergence depuis quarante ans de la question écologique, du dérèglement climatique ou de la destruction des écosystèmes et des espèces vivantes a mis en cause les principes du capitalisme industriel. Sous l’influence d’un renouveau dans la théorie économique, les entreprises et les états sont en train d’opérer une modification de leurs modèles productifs sur la base d’une maîtrise des milieux complexes (1) et de la biosphère. Ce renouveau de la théorie économique et cette tentative de maîtrise signifient que l’économie va désormais intégrer des éléments occultés auparavant : les interactions non-économiques ; et analyser quels bénéfices ou pertes elles provoquent sur les échanges économiques. Ainsi la prise en compte et la maîtrise des ressources naturelles rares, des ressources énergétiques, ou des ressources en eau ou en matériaux nécessaires au processus de production, et qui sont le fruit de processus naturels longs de plusieurs millions d’années, deviennent des tâches primordiales pour l’économie et cela constitue une modification fondamentale du capitalisme, celui-ci reposant jusqu’à il y a peu sur un principe de non-limitation des ressources (2).

Si cette révolution écologique est pour le moment sans grandes conséquences visibles sur la destruction des écosystèmes ou sur le réchauffement climatique, c’est que comme le dirait Yann Moulier Boutang ou comme ne cessent de le répéter les cabinets de management : les entreprises et les états n’ont pas encore pris toute la mesure de la mutation qui leur est demandée. Pour ce faire, les états doivent adopter de nouvelles réglementations qui encouragent les entreprises à intégrer la protection de l’environnement et ainsi leur faire prendre conscience que cette question n’est pas réservée aux secteurs spécialisés mais qu’elle concerne toutes les entreprises et que cela constitue un potentiel de croissance important, les premières entreprises à prendre en compte la protection de l’environnement étant celles qui Lire la suite

Isabelle Autissier : « N’attendons pas que de belles décisions nous tombent sur la tête et qu’il y ait des sauveurs de la planète qui se manifestent. »

actu-environnement.com, Propos recueillis par Agnès Sinaï, le 19 juillet 2010

http://www.actu-environnement.com/ae/news/interview-isabelle-autissier-wwf-10714.php4#xtor=EPR-1

Mieux vaut inventer une autre façon de faire pour continuer à naviguer ensemble

 « N’attendons pas que de belles décisions nous tombent sur la tête et qu’il y ait des sauveurs de la planète qui se manifestent. » C’est en substance la doctrine du PANDA que nous relaie Isabelle Autissier, présidente du WWF France.

Actu Environnement : Quels sont les dossiers qui vous occupent actuellement ?

Isabelle Autissier : Il y a eu les discussions autour du Grenelle 2, la marée noire du Golfe du Mexique, bien que le WWF France ne soit pas en première ligne sur ce dossier. Et tout ce qui tourne autour de l’année de la biodiversité, avec la création de l’IPBES (Intergovernmental Science Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services). Et il y a le dossier de l’eau, grande oubliée du Grenelle, qui est lié à l’agriculture, sur lequel je rencontre beaucoup d’acteurs. Il y a longtemps que le WWF travaille sur la qualité de l’eau, sur les raisons des pollutions, en particulier la question agricole, qui n’a pas beaucoup avancé. Or c’est une des causes majeures de la pollution des eaux. Il se trouve que la France est en train d’affiner ses arguments pour la renégociation de la PAC. C’est l’occasion de pousser le plus fort possible pour que soit reconnue à un certain type d’agriculture la qualité de l’environnement, de la biodiversité et de la nature et que ce soit cette agriculture là qu’on favorise au détriment de celle qui consomme beaucoup de polluants et qui ne donne pas une nourriture extraordinaire. Malheureusement ce n’est pas si simple que ça. On en est encore à subventionner des exploitations agricoles qui utilisent beaucoup d’intrants et qui sont très mécanisées, par rapport à des agricultures, biologiques ou durables – qui emploient de la main d’œuvre et permettent aux gens de vivre correctement. Même dans la logique actuelle du marché, ces agricultures fonctionnent. Du point de vue des comptes, il est évident que même l’agriculture productiviste a des coûts lourds. Le WWF a d’ailleurs demandé un rapport de la Cour des comptes sur la responsabilité des pouvoirs publics et le coût supporté par les Français depuis 1980 pour ces aides dommageables à l’environnement.

AE : La trame verte a été remise en question par la commission mixte paritaire du Grenelle II. Comment réagissez-vous à cette décision ?

Isabelle Autissier : On est extrêmement déçus ! On avait déjà vigoureusement protesté sur le fait que la trame verte n’était pas opposable localement ou régionalement. Et maintenant voilà qu’elle n’est pas opposable nationalement ! En résumé, on vous demande d’être gentil avec la nature, et puis s’il y a une autoroute à faire passer, excusez-moi M’sieursdames ! En gros, on n’a aucune compensation à envisager, on n’a pas à se poser la question de savoir s’il faut aménager des passerelles pour que les animaux puissent migrer, donc on fait comme d’habitude, et ce n’est pas la peine d’avoir inventé le concept de trame verte et bleue si c’est pour ne rien en faire. A partir du moment où cette mesure n’est plus obligatoire, elle sera laissée au bon vouloir des acteurs locaux. Or l’érosion de la biodiversité devait être stoppée en 2010, selon l’engagement de la communauté internationale, ce qui est loin d’être le cas. D’un côté on voit que les choses se dégradent, de l’autre on invente des outils pour ne pas les utiliser !

AE : Quels sont les prochains grands rendez-vous environnementaux de l’année ?

IA : Il semblerait que la Plate-forme scientifique intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) soit sur les rails, ce qui est une bonne nouvelle, si cet organisme acquiert la même puissance que celui sur le climat. Reste à voir jusqu’où Lire la suite

« Je participe, tu participes, il participe, nous participons, vous participez, ils décident » (Slogan anarchiste) : La démocratie participative entre détournement et inachèvement

divergence.be, Jean-Pierre Garnier, 17 juillet 2010

http://divergences.be/spip.php?article1993

La démocratie participative entre détournement et inachèvement

 « Je participe, tu participes, il participe, nous participons, vous participez, ils décident. » (Slogan anarchiste)

Aujourd’hui, la démocratie participative est devenue un symbole promu officiellement comme une avancée dans le droit octroyé aux citoyens de prendre réellement les affaires de la Cité en main. Mais ce qui est promu ainsi rencontre des limites, qui pourraient — on verra plus loin pourquoi j’utilise le conditionnel — se résumer en deux mots : détournement et inachèvement.

Dans bon nombre de cas, l’expression populaire a été instrumentalisée, voire domestiquée par les municipalités. La plupart des conférences, assemblées et autres réunions « citoyennes », pour ne rien dire des conseils de quartiers ou des « budgets participatifs », sont organisées de telle sorte que les participants soient conduits à donner des avis « constructifs », acceptant les termes de la question posée, collaborant, au même titre que les « experts » chargés de la formuler, à la production de l’étiquette « acceptabilité », un nouveau label de qualité pour les « projets innovants ». Cette manipulation a été d’autant plus aisée que les « dispositifs » induisant la bonne volonté et la soumission — penser dans le cadre institutionnel et conceptuel où l’on vous dit de penser — sont beaucoup plus faciles à mettre en place, pour les « autorités » ou les « responsables », et surtout moins risqués, que ceux qui permettraient de poser les questions qui gênent.

Dans d’autres cas, malgré des efforts louables pour que l’intervention des citoyens dans la prise de décision soit plus effective, la démocratie participative telle quelle est mise en œuvre donne une nette impression d’inachèvement. D’abord, parce les thèmes ou les objets du débat restent confinés dans le localisme et, s’agissant de l’aménagement urbain, dans le spatialisme, alors que l’origine des problèmes à traiter se trouve la plupart du temps « ailleurs », c’est-à-dire à d’autres niveaux géographiques et dans des domaines autres que spatiaux. Ensuite, et ceci explique peut-être cela, parce que le peuple, c’est-à-dire — je vais dire un gros mot — les classes dominées, reste largement en marge des politiques publiques censées l’inclure et l’impliquer. À tel point que certains parlent, à propos de ce retrait ou de cette réserve populaire, d’une « démocratie de l’abstention ». Réponse du berger à la bergère à cette « démocratie sans le peuple » dont le philosophe italien marxiste Domenico Losurdo, pour ne mentionner que lui, a pointé depuis longtemps les tenants et les aboutissants.

Cette non participation de la majorité des citoyens-citadins, n’a pourtant guère de quoi étonner, si l’on y réfléchit bien. « Qui participe ? Qui ne participe pas ? Et pourquoi ? », se demande-t-on souvent dans les cercles de réflexion inféodés aux détenteurs du pouvoir. Une question, qui permettrait pourtant de répondre aux autres, brille par son absence : participer à quoi ? À la prise de décisions ou aux mécanismes mis en place pour faire participer ? Ce n’est pas exactement la même chose.

Affirmer, comme le font certains sociologues ou politologues, que « la question de la mobilisation dans la démocratie participative est un enjeu essentiel tant pour les acteurs de la démocratie participative que pour les chercheurs », laisse entendre que c’en n’est apparemment pas un pour les gens qui ne sont ni des acteurs ni des chercheurs. Laissons de côté les chercheurs. Qui sont les « acteurs » ? Lire la suite

Vers la décroissance : quelles actions ? Essai de classification

apeas.fr, Christian Araud, auteur dans la revue Entropia, le  20 juillet 2010

http://www.apeas.fr/Vers-la-decroissance-quelles.html

Vers la décroissance : quelles actions ? Essai de classification

Face à la crise climatique et à la fin du pétrole bon marché, toute personne convaincue qu’on va « dans le mur » à belle allure peut se poser la question concrète suivante : « Que faire pour ralentir, éviter l’obstacle, ou amortir le choc ? »

Une réponse typique se trouve dans le livre de Matthew Stein [1] dont le sous-titre est très explicite : A Manual for Self-Reliance, Sustainability, and Surviving the Long Emergency (un manuel pour l’autonomie durable et la survie pendant la longue situation d’urgence). Dans ce manuel de savoir-survivre à l’usage des nouvelles générations, l’auteur énonce à la fin de son ouvrage quelques actions, individuelles ou collectives, pour participer au changement nécessaire :

– conservation, recyclage,

– action collective,

– acheter local,

– diète adaptée,

– action politique,

– restructurer les affaires,

– remplacer les ampoules électriques,

– choisir une automobile peu consommatrice,

– aller en bicyclette, prendre le train, covoiturage,

– réduire le chauffage et la climatisation de l’habitat,

– installer des systèmes d’énergie renouvelable chez soi,

– développer ses capacités personnelles d’autonomie,

– participer à des communautés autonomes.

Cette liste est sans doute assez représentative de ce qui s’énonce dans les articles consacrés à ce qu’il faudrait faire pour répondre aux défis posés par le changement climatique. En fait, c’est un peu un inventaire à la Prévert. Il est indéniable que chacune des pistes proposées, si elle était mis en œuvre, serait « bénéfique pour la planète » en utilisant un cliché courant chez les chantres du « développement durable ».

Nous ne sommes pas dans une réflexion « compréhensive » sur la décroissance, tout en ayant une série d’indications concrètes sur ce qui serait « utile » de faire pratiquement pour traduire dans la réalité quelques-unes des idées des objecteurs de croissance. Par ailleurs du point de vue de la personne « active » (ou voulant le devenir), cette liste est fondamentalement hétéroclite.

Dans une première tentative de classification, en me plaçant sur un plan plus descriptif que philosophique, avec une approche résolument pragmatique, je distinguerais volontiers quatre niveaux, de plus en plus éloignés de « l’acteur » et donc embrassant un champ de plus en plus vaste.

Ces niveaux sont :

L’action personnelle et immédiate dont on est le seul maître, compatible avec l’environnement général, la société dans laquelle on vit, mais néanmoins Lire la suite

Mise en garde de la philosophe américaine Martha Nussbaum : Une crise planétaire de l’éducation

courrierinternational.com, The Times Literary Supplement, Martha C. Nussbaum, le 24 juin 2010

Une crise planétaire de l’éducation

Partout dans le monde, au nom du progrès économique, les pays renoncent à cultiver chez les jeunes des compétences pourtant indispensables à la survie des démocraties. Mise en garde de la philosophe américaine Martha Nussbaum.

Nous traversons actuellement une crise de grande ampleur et d’envergure internationale. Je ne parle pas de la crise économique mondiale qui a débuté en 2008 ; je parle d’une crise qui passe inaperçue mais qui risque à terme d’être beaucoup plus dommageable pour l’avenir de la démocratie, une crise planétaire de l’éducation.

De profonds bouleversements sont en train de se produire dans ce que les sociétés démocratiques enseignent aux jeunes et nous n’en avons pas encore pris toute la mesure. Avides de réussite économique, les pays et leurs systèmes éducatifs renoncent imprudemment à des compétences pourtant indispensables à la survie des démocraties. Si cette tendance persiste, des pays du monde entier produiront bientôt des générations de machines utiles, dociles et techniquement qualifiées, plutôt que des citoyens accomplis, capables de réfléchir par eux-mêmes, de remettre en cause la tradition et de comprendre le sens des souffrances et des réalisations d’autrui.

De quels bouleversements s’agit-il ? Les humanités et les arts ne cessent de perdre du terrain, tant dans l’enseignement primaire et secondaire qu’à l’université, dans presque tous les pays du monde. Considérées par les politiques comme des accessoires inutiles, à un moment où les pays doivent se défaire du superflu afin de rester compétitifs sur le marché mondial, ces disciplines disparaissent à vitesse grand V des programmes, mais aussi de l’esprit et du cœur des parents et des enfants. Ce que nous pourrions appeler les aspects humanistes de la science et des sciences sociales est également en recul, les pays préférant rechercher le profit à court terme en cultivant les compétences utiles et hautement appliquées adaptées à ce but.

Nous recherchons des biens qui nous protègent, nous satisfassent et nous réconfortent – ce que [l’écrivain et philosophe indien] Rabindranath Tagore appelait notre “couverture” matérielle. Mais nous semblons oublier les facultés de pensée et d’imagination qui font de nous des humains et de nos rapports des relations empathiques et non simplement utilitaires. Lorsque nous établissons des contacts sociaux, si nous n’avons pas appris à imaginer chez l’autre des facultés intérieures de pensée et d’émotion, alors la démocratie est vouée à l’échec, car elle repose précisément sur le respect et l’attention portés à autrui, sentiments qui supposent d’envisager les autres comme des êtres humains et non comme de simples objets. Aujourd’hui plus que jamais, nous dépendons tous de personnes que nous n’avons jamais rencontrées. Les problèmes que nous avons à résoudre – qu’ils soient d’ordre économique, écologique, religieux ou politique – sont d’envergure planétaire. Aucun d’entre nous n’échappe à cette interdépendance mondiale. Les écoles et les universités du monde entier ont par conséquent une tâche immense et urgente : Lire la suite

Les décroissantistes contre la société d’abondance

pauljorion.com, Pierre-Yves D,.le 19 juillet 2010

http://www.pauljorion.com/blog/?p=14018

Les décroissantistes contre la société d’abondance

L’abaissement de l’âge du départ à la retraite et plus généralement la diminution du temps de travail n’ont rien à voir avec le gaspillage des ressources naturelles.

Les décroissantistes se trompent de combat lorsque, au prétexte de sauver la planète et ses humains, ils font passer au second plan, voire éludent, le problème des inégalités, alors que ce sont bien elles qui sont à la source des gaspillages et destructions de nos milieux de vie.

J’appelle décroissantistes ceux qui parmi les décroissants se font forts de tout faire décroître indistinctement : d’abord bien entendu le niveau de consommation des matières premières et sources d’énergies non renouvelables. Sur ce point, rien à redire, tous ceux que préoccupent l’avenir immédiat et à plus long terme de l’humanité pensent depuis longtemps déjà que l’on ne peut faire croître cette consommation indéfiniment car plusieurs terres n’y suffiraient pas. Et d’ailleurs, quand bien même pourrions-nous coloniser des planètes lointaines, cela devrait-il nous dispenser de pendre soin de notre petite planète bleue et d’en dilapider les ressources parce que nous aurions des planètes de rechange ? Sans parler bien sûr du caractère fortement connoté de l’idée de colonisation elle-même.

Mais les décroissantistes vont plus loin, beaucoup plus loin. Pour eux il y aurait trop d’êtres humains, donc autant de consommateurs en trop. Ainsi pour eux la solution à nos maux est toute trouvée : diminuer le nombre total de consommateurs pour assurer la décroissance. On n’ose leur demander comment ils pensent s’y prendre pour diminuer leur nombre, tant les « solutions » qui furent testées grandeur nature étaient radicales et surtout la négation de tout humanisme : guerres, eugénisme, planning familial autoritaire. Pourtant la surpopulation est d’ores et déjà devenue une question tout à fait secondaire puisque les démographes nous apprennent que tous les pays qui voyaient leur population beaucoup augmenter accomplissent, plus tôt que prévu, leur transition démographique. Le spectre fantasmatique d’une terre surpeuplée s’éloigne. Comble de l’ironie, ce sont les pays qui consomment le plus qui voient diminuer leur croissance démographique, certains empruntant même la voie de la régression démographique !

L’hyper-consommation est le produit d’un système : en régime capitaliste il faut sans cesse créer de nouveaux besoins, créer de nouveaux marchés, c’est à dire entretenir la prédation pour reproduire l’ordre social pyramidal. Ainsi, la prémisse fondamentale pour tout raisonnement constructif devrait être d’abord : « Le monde actuel est très inégalitaire ». Et non pas : « la planète et ses ressources limitées ». Poser en première prémisse les ressources limitées c’est potentiellement faire de la pénurie un principe d’organisation sociale. C’est une façon de naturaliser au delà du raisonnable un problème qui a d’abord une origine humaine. Les ressources disponibles ne constituent pour nous des limites infranchissables que pour autant que nous renoncions à toute forme d’abondance. Pour ne l’avoir pas compris, les décroissantistes apportent sur un plateau des motifs supplémentaires pour justifier la rigueur, laquelle ne permet guère mieux, et même au contraire, que l’argent aille là où il serait le plus nécessaire pour créer justement les conditions de la sortie de la société de consommation, ce qui était pourtant, semble-t-il, leur objectif premier.

Et c’est bien ici que se trouve l’écueil principal de l’idéologie décroissantiste. Elle fait de la rigueur, de l’auto-limitation, un parangon de vertu, un principe philosophique, ce en quoi elle se fait l’alliée objective des Lire la suite

Le « Bristol Peak Oil Report » : Préparer l’après pétrole

decroissance.blog.lemonde.fr, Thierry Caminel, Ingénieur, le 12 juin 2010

http://decroissance.blog.lemonde.fr/

Notes sur le “Bristol Peak Oil Report”

Le « Bristol Peak Oil Report »

Note de lecture

Saviez-vous qu’on anticipe des émeutes de la faim, en ce début du 21 ° siècle, dans la 6e économie mondiale, et que des villes importantes estiment que les crises énergétiques à venir auront des conséquences locales majeures, et s’y préparent ?

Cette note présente le « Bristol Peal Oil Report » [1],  un document officiel d’une ville anglaise de 430.000 habitants publié récemment.  Après une exposition du contexte de ce rapport,  son contenu est présenté sommairement, et l’on essaie ensuite de montrer les profondes différences d’appréciation de la situation énergétique mondiale entre le France et l’Angleterre.

Contexte

Anciens exportateurs d’hydrocarbures, les Britanniques voient leurs champs de pétrole et de gaz de la mer du Nord décliner depuis 10 ans. L’information concernant l’état des réserves de pétroles mondiales est largement relayée par la presse, alimentant le débat public, renforçant la lutte contre le réchauffement climatique

Au plus haut niveau sont écrits des rapports sur le ‘peak oil’ et ces possibles conséquences économiques et sociales [2]. Les Anglais investissent par ailleurs massivement dans des sources d’énergie non fossile (éolien offshore, nucléaire,…), dans les transports collectifs et vélos, etc. Ils ont introduit une taxe carbone, et prennent en compte le carbone contenu dans la commande publique.

Au niveau local se met en place un réseau de ‘villes en transition’ [3], regroupant plus d’un millier de villes, quartier ou district, destinés à renforcer la résilience de ces communautés, c’est-à-dire leur capacité à résister à un choc externe. Certaines sont de véritables laboratoires,  expérimentant des monnaies complémentaires, des cartes de rationnement ou de nouvelles techniques agricoles.

Bristol s’inscrit dans ce mouvement de ville en transition. La taille de la ville, son importance économique et la qualité de son rapport en font un bon exemple de ce qui se passe outre-Manche et du niveau de prise de conscience des problématiques énergétiques.

« Peak oil Report – Building a positive future for Bristol after Peak Oil »

Ce rapport de 100 pages, publié il y a quelques mois par le conseil municipal de Bristol, commence par expliquer en quoi le pétrole est important, et les raisons qui font qu’il va devenir de plus en plus rare et cher. Il cite les études de l’Agence Internationale de l’Énergie [4], des agences nationales, de Total, Shell ou Aramco, explique qu’il n’y pas d’alternative au pétrole disponible suffisamment rapidement, et rappelle le lien avec le réchauffement climatique.

Le rapport synthétise ensuite les vulnérabilités de Bristol au Peak Oil, telles que Lire la suite

10 octobre 2010, 10/10/10 : AlternativA en Aquitaine à Bayonne, Bordeaux, Dax, Pau… réservez cette date

350.org, Diana, juillet 2010

http://www.350.org/fr/about/blogs/marquez-cette-date-et-allez-voir-le-nouveau-350org

10/10/10 : Réservez cette date (et allez voir le nouveau 350.org!)

Chers amis,

Ces derniers mois ont été incroyables ici à 350.org: des mois de campagne ininterrompue – et nous allons encore passer à la vitesse supérieure. 

A compter d’aujourd’hui, nous sortons le grand jeu et nous nous lançons à l’assaut du 10/10/10, la « Fête Globale du Travail ». Elle a été décrite comme « journée de fête autour des solutions au réchauffement climatique » – et effectivement, il s’agit sans doute de notre meilleure chance cette année de faire pression sur nos dirigeants, tout en s’amusant. Si vous ne connaissez pas encore tous les détails du 10/10/10, lisez ci-dessous la nouvelle lettre d’invitation de Bill McKibben.

Si vous connaissez déjà tous les détails, c’est une occasion parfaite pour en informer quiconque ne serait pas au courant. Le nouveau 350.org peut être diffusé en quelques clics sur Facebook ou Twitter; vous pouvez aussi simplement faire passer la lettre de Bill à 10 de vos amis (nous aimons assez le chiffre 10 cette année), et faire ainsi prendre 10 fois plus d’ampleur au mouvement pour des conditions climatiques plus sûres. 

En avant pour le 10/10/10

Cher Monde,

L’année a été rude: en Amérique du Nord, la marée noire a submergé le Golfe du Mexique; en Asie, jamais température aussi élevée n’avait été enregistrée; dans l’Arctique, la fonte des glaces s’est accélérée jusqu’à un rythme jamais vu auparavant; en Amérique latine, des pluies torrentielles ont dévasté des flancs entiers de la montagne.

Et donc, nous allons faire la fête. 

Marquez le 10/10/10 sur votre calendrier: c’est la date. Le lieu, votre lieu de résidence. Le but, agir pour tenter d’enrayer le changement climatique depuis votre ville ou votre collectivité

Nous l’avons nommée « Fête du Travail Globale« , en insistant sur « travail » autant que sur « fête ». A Auckland, en Nouvelle Zélande, aura lieu un gigantesque atelier de réparation de vélos, pour que tous les vélos de la ville soient remis en circulation. Dans les Maldives, des panneaux solaires vont être mis en place sur les bâtiments présidentiels. A Kampala, en Uganda, des milliers d’arbres seront plantés, et en Bolivie des fours solaires vont être installés, et seront mis à profit dans un immense pique-nique écologiquement neutre. 

Nous avons déjà appelé, écrit, pétitionné, manifesté, par tous les moyens possibles pour faire bouger les hommes politiques: ils ont été trop lents; aussi est-il temps à présent de leur montrer que nous disposons des moyens nécessaires pour corser notre action climatique. 

Le 10/10/10 montrera que Lire la suite

Appel à propositions de recherche – Transition(s) vers une économie écologique ?

agora21.org, Karim Hammou, le 21 juin 2010

http://www.agora21.org/transitions/community/pg/pages/view/258/

Transition(s) vers une économie écologique ?

La Mission prospective du MEEDDM lance un appel à propositions de recherches consacré au verdissement à long terme de l’économie française. En complément aux réflexions en cours et stratégies à l’œuvre sur le thème de la croissance verte, cet appel vise à fournir un éclairage spécifique sur les modalités et enjeux de transition, dans l’hypothèse d’un changement structurel de nos économies à l’horizon 2030-2050. Des contributions sont attendues tant en matière d’évaluation économique et environnementale que d’analyse des freins à l’innovation sociale ou institutionnelle. La date limite de réception des projets est fixée au 30 juillet 2010.

Annonce

La Mission Prospective du MEEDDM pilote et réalise des travaux de prospective sur les modèles et transitions de long terme vers un développement durable au travers de cinq programmes  dont un traite spécifiquement des hypothèses et enjeux de transition relatifs au « verdissement » à long terme de l’économie française. A l’appui de ce dernier programme, la Mission souhaite engager trois types de réflexions complémentaires (1) en organisant un séminaire de prospective, (2) en initiant un appel à projets de recherche et (3) en contribuant à une mise en débat avec les secteurs et territoires concernés. Pour ce faire, le présent appel à propositions s’ouvre sur un rappel du contexte et des enjeux caractérisant la démarche d’ensemble (§.I), avant de proposer un cadre commun aux trois volets évoqués (§.II), puis d’entrer dans le détail des réponses attendues pour chacun d’eux (§.III).

I – Contexte et enjeux du programme 

La reconnaissance du caractère irréversible et globalisé des menaces que l’activité humaine fait peser sur le climat, les ressources ou la biodiversité a conduit les principales économies mondiales à s’engager, au cours de la dernière décennie, dans la voie d’un découplage – entre développement économique et pression environnementales – dont la part d’incertitude et les impacts potentiels sont d’une ampleur considérables. Comme l’illustrent à la fois l’ambition des orientations et la diversité des mesures issues du Grenelle de l’environnement, contenir de tels risques suppose en effet d’agir simultanément sur les modèles productifs, les processus d’innovation, les instruments de régulation et les comportements. Ce qui, à long terme, et du point de vue des stratégies publiques aussi bien que privées, revient ni plus ni moins qu’à devoir accompagner ou conduire – et a fortiori anticiper – une mutation structurelle de nos économies.

Au regard de ce changement de trajectoire conçu en régime permanent et amorcé à des rythmes sensiblement variés selon les secteurs ou les pays concernés, la conjonction récente d’une crise économique mondiale et d’alarmes environnementales majeures (alertes climatiques, choc pétrolier, crise alimentaire) constitue une véritable rupture

de par le caractère d’urgence politique soudainement conféré à la recherche d’un nouveau sentier de Lire la suite

Landes, une centrale solaire de 300 ha – Energie solaire : trouver l’équilibre

sudouest.fr, Bernard Broustet, le 10 juillet 2010

Energie solaire : trouver l’équilibre

Après la mise en service de l’immense centrale du Gabardan (40), seule une partie des projets régionaux devrait voir le jour.

La plus grande centrale photovoltaïque développée à ce jour en France a été inaugurée hier à Losse (Landes). Pour l’heure, cette centrale du Gabardan, nom du territoire où elle est installée, a une puissance installée d’une quarantaine de mégawatts (MW), dont 12 alimentent d’ores et déjà le réseau. D’ici au début 2011, les panneaux photovoltaïques devraient s’étendre sur une superficie de quelque 300 hectares, délivrant une puissance maximale de 44 MW, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de 40 000 habitants.

L’entrée en service de la centrale marque l’aboutissement d’une démarche menée conjointement par EDF Énergies Nouvelles, filiale de l’électricien français, et par la Communauté de communes du Gabardan, qui s’efforce d’enrayer le déclin démographique de ce territoire de l’Est landais, où les tempêtes et le pernicieux champignon Fomes ont causé de graves dégâts au massif forestier.

Une usine à Blanquefort

L’opération s’est accompagnée de l’aide au reboisement d’une surface équivalente à celle de la centrale (environ 300 hectares) auprès d’une cinquantaine de propriétaires forestiers du canton. Par ailleurs, la création de la centrale a donné en quelque sorte le coup d’envoi du partenariat entre EDF Énergies Nouvelles et la société américaine First Solar, qui a équipé le site en panneaux. Ce partenariat va se concrétiser par la construction à Blanquefort d’une usine de First Solar, engendrant la création annoncée de quelque 400 emplois. Une opération dans laquelle EDF Énergies Nouvelles, dont le président Pâris Mouratoglou se trouvait hier à Losse, est fortement impliqué.

La réalisation du Gabardan ne constitue que le premier chapitre d’un feuilleton photovoltaïque régional à la fois fourni et incertain. Car l’Aquitaine, et notamment le massif forestier gascon, a été un véritable aimant pour les entreprises désireuses de développer des installations au sol. La présence de grandes disponibilités foncières, accrues par la tempête Klaus, a déclenché une véritable ruée. Selon le préfet des Landes Evence Richard, on compte quelque 110 projets dans le seul département, dont une bonne partie émane d’EDF Énergies Nouvelles. L’on sait par ailleurs que celle-ci a obtenu le feu vert pour une installation à Saint-Symphorien (Gironde), tandis qu’une enquête publique est en cours à Cestas pour un projet de First Solar, presque équivalent à celui du Gabardan.

Tarifs avantageux

Mais, comme l’a souligné hier Henri Emmanuelli, seule une fraction des multiples projets en gestation devrait aboutir. D’une part, en effet, il n’est pas sûr que le tarif de rachat Lire la suite

Monde diplo – Vient de paraître : Le temps des utopies

monde-diplomatique.fr, Dominique Vidal, juillet 2010

Monde diplo – vient de paraître : Le temps des utopies

Besoin d’utopie

Stupéfiant paradoxe ! Le néolibéralisme étale tous les jours sa faillite : la suraccumulation des richesses s’accompagne d’un nombre croissant de pauvres et de chômeurs ; la spéculation provoque la crise la plus grave depuis 1929 ; la logique du profit menace jusqu’à la survie de l’espèce. Et pourtant le système tient bon.

Cette contradiction s’explique — après les années Thatcher, Reagan et… Mitterrand — par l’événement qui, voici plus de vingt ans, bouleversa le cours de l’histoire : la chute du mur de Berlin. La victoire de l’Occident dans la guerre froide précipita la fin du camp socialiste, dont l’Union soviétique, forte de son rôle dans l’écrasement du nazisme, avait considérablement étendu l’empire. Mais elle porta aussi un coup sévère, peut-être mortel, à l’idéal communiste, perverti par des apparatchiks qui affectaient de s’en réclamer.

Certains espéraient que la disparition du communisme soviétique lèverait une hypothèque. Depuis 1917, tout projet socialiste se voyait opposer le « socialisme réel ». Et l’horizon de l’URSS bornait l’élaboration d’une alternative radicale. On pouvait donc estimer que la chute de la « maison communiste » permettrait de repenser le socialisme dans la liberté. Que, loin d’annoncer la fin de l’histoire et la marginalisation de tout souffle révolutionnaire, elle libérerait au contraire pleinement l’utopie.

Force est de reconnaître que, jusqu’ici, il n’en a pas été ainsi. Dans le Sud, les luttes pour la souveraineté politique et économique ont perdu le point d’appui que le camp socialiste représentait. Dans le Nord, les luttes sociales ne peuvent plus exploiter la pression que sa concurrence exerçait sur les pouvoirs occidentaux. Et surtout, partout, les peuples semblent orphelins d’un idéal.

Or les deux décennies écoulées depuis l’ont démontré : sans l’horizon d’un idéal, les combats sociaux manquent d’âme. Ils se déroulent le plus souvent sur la défensive, avec pour objectif de défendre des acquis menacés. Car le grand capital et les hommes qui le servent profitent de la crise dont ils portent la responsabilité pour tenter de démanteler les conquêtes sociales accumulées au fil du XXe siècle.

L’académicien Jean-Denis Bredin l’avait pressenti, quatre mois avant que le drapeau rouge ne disparaisse des tours du Kremlin : « Est-il possible d’avancer que le socialisme n’eût peut-être été, chez nous, qu’un radicalisme autrement dénommé, s’il n’y avait eu le communisme (…) qui l’empêchait de dériver trop vite, ou trop fort ? Est-il permis d’avancer que, tantôt dérangeant, tantôt épaulant le reste de la gauche, le communisme français, étrange gardien d’un catéchisme universel, porteur d’une terrible légitimité, a aidé le socialisme français à tenir son cap, que sans lui le Front populaire n’eût pas été un front populaire, que l’union de la gauche n’eût sans doute été qu’une union des centres, ou un rêve, et que beaucoup de lois sociales seraient encore attendues ? Est-il possible d’avancer que tous ces entêtés, ces sectaires, ces grévistes infatigables, ces envahisseurs de nos usines et de nos rues qui fichaient le désordre, ces obstinés qui ne cessaient de réclamer des réformes en rêvant de la révolution, ces marxistes, à contre-courant de l’histoire, qui empêchèrent le capitalisme de bien dormir, nous leur devons beaucoup (1) ? »

Vingt ans plus tard, le mouvement social pâtit de l’absence d’alternative. M. Benyamin Netanyahou se serait-il Lire la suite

Les Lloyd’s nous assurent d’une crise énergétique et appellent à décarboniser l’économie

journaldelenvironnement.net, Valéry Laramée de Tannenberg, le 12 juillet 2010

Les Lloyd’s nous assurent d’une crise énergétique

Les Lloyds appellent à décarboniser l’économie.

Dans une étude réalisée avec Chattham House, les Lloyd’s appellent gouvernements et entreprises à préparer la révolution énergétique.

Les responsables du marché des Lloyd’s ne sont pas de grands bavards. Aussi, quand ces très sérieux organisateurs du plus grand marché mondial de l’assurance tirent la sonnette d’alarme, il y a tout lieu de s’inquiéter. Leur dernière contribution n’est effectivement pas des plus rassurantes. Réalisé en collaboration avec un centre d’études des relations internationales réputé, Chattham House, le dernier rapport des Lloyd’s porte sur la sécurité énergétique « durable ».

En une cinquantaine de pages, le document brosse le contexte énergétique actuel et esquisse son futur annoncé. Reprenant presque mot pour mot les discours de certains écologistes, le document rappelle que notre développement s’est construit sur l’accès, presque illimité, d’une source d’énergie carbonée (charbon, pétrole, gaz) et très bon marché. Or, ce temps a vécu, estiment les experts britanniques.

Les cyclones Rita et Katrina nous ont prouvé (en mettant hors circuit une bonne part du système de production et de transformation des hydrocarbures américains pendant plusieurs mois) qu’un événement climatique extrême pouvait gravement perturber notre alimentation en pétrole ou en gaz. L’histoire et la géographie nous rappellent que la plupart des pays producteurs d’hydrocarbures sont politiquement fragiles. Et que les routes qu’empruntent pétroliers, méthaniers et pipelines ne sont pas sans risques.

Les Lloyd’s et Chattham House soulignent aussi qu’avec la montée en puissance des grands émergents (Chine, Inde, Brésil, Indonésie), l’accès aux ressources pétrolières, charbonnières et gazières devient plus difficile pour les pays les plus industrialisés. Or, les producteurs d’huile, de houille et de précieuses molécules ne seront probablement pas au rendez-vous fixé par les consommateurs. La raison ? des décennies de sous-investissements, notamment dans les domaines de l’exploration-production pétrolière et gazière et dans les infrastructures de transport (gazoducs et oléoducs). Une critique que l’on peut aussi adresser à nombre de compagnies électriques. Des industriels qui savent pertinemment qu’il se passe au moins une décennie entre le moment où un investissement est décidé et où il fournit ses premiers kilowattheures (kWh).

Reprenant les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, les auteurs du rapport soulignent que les énergéticiens devront investir 26.000 milliards de dollars (20.691 milliards d’euros) d’ici 2030 pour satisfaire, collectivement, nos besoins énergétiques les plus élémentaires. Pas simple en période de récession.

D’autant que la facture pourrait être plus lourde encore. Car nombre de pays industrialisés se sont engagés à maîtriser leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce qui les obligera à investir davantage dans l’efficacité énergétique ou les énergies « bas carbone » ou renouvelables.

Première conclusion du document : « La sécurité d’approvisionnement énergétique est inséparable de la transition vers Lire la suite

Education nationale : La géographie, l’écologie, l’esprit critique et… les nouveaux programmes

lemonde.fr  (Point de vue), Aurélien Dupouey-Delezay, professeur d’histoire et géographie, le 13 juillet 2010

La géographie, l’écologie, l’esprit critique et… les nouveaux programmes

Certaines personnes se piquent d’esprit critique. On ne saurait trop s’en réjouir ; à condition pourtant de se souvenir que « de tous les animaux l’homme a le plus de pente à se porter dedans l’excès ». Eh oui ! Il est même possible de pécher par excès de vertu.

Ainsi, un esprit critique poussé à outrance peut facilement devenir borné : on tombe alors dans une attitude facile qui consiste à regarder de haut, avec condescendance et même dédain, tout ce qui est « à la mode », tout ce que transmettent « les médias », et plus généralement tout ce que le monde tient pour acquis. L’esprit critique oublie, paradoxalement, de faire son propre examen critique : il devient alors bien plus (ou bien moins) qu’un doute méthodique et raisonné : on affiche face à toute affirmation un scepticisme de principe d’autant plus fort qu’elle est davantage présentée comme une certitude.

Une telle attitude garantit le succès de celui qui l’adopte, car qui se démarque tend toujours à briller par sa différence si celle-ci se fonde sur un principe universellement reconnu comme positif. L’impression de ne pas tomber dans les mêmes pièges que le vulgaire fait le reste : c’est ainsi que l’on assiste, par exemple, au succès populaire de L’imposture climatique, de Claude Allègre, alors même que le livre se fonde sur de nombreuses approximations ou erreurs.

Mais ce genre de scepticisme ne se rencontre pas que parmi les géologues. Depuis plusieurs années, un certain nombre de géographes semble également s’être lancé sur cette voie.

Pour illustrer ce phénomène, l’application qui semble devoir être faite des nouveaux programmes de géographie en classe de seconde est éclairante. Précisons tout d’abord que le programme en lui-même semblait aller dans la bonne direction. Intitulé Sociétés et développement durable, il était certainement critiquable : qu’est-ce que le « développement durable » ? Est-ce un concept véritablement pertinent ? Dans quelle mesure un développement peut-il être durable ? Mais enfin, il avait au moins le mérite de se saisir de l’enjeu écologique, un des plus fondamentaux de notre temps.

Un programme n’est rien cependant à côté de la manière dont il est mis en œuvre. Face à la nécessité de traiter dès la rentrée prochaine des thèmes qu’ils n’auront encore jamais travaillés, les enseignants vont naturellement se ruer sur les spécimens des manuels qui ont déjà commencé à sortir, ainsi que sur leurs inséparables « livres du professeur ». Bien sûr, ils ne sont pas tous parus, et il est donc un peu tôt pour se faire une idée. On peut toutefois commencer avec les premiers.

Ainsi, prenons le Magnard. Le « livre du professeur » s’ouvre sur un interview d’Yvette Veyret, géographe spécialiste du développement durable, par Jacqueline Jalta, de l’équipe de coordination du manuel. On peut remarquer que nous sommes entre amis, les deux géographes ayant déjà travaillé ensemble. Mais c’est surtout le fond qui interpelle : on nous invite ainsi, au nom de l’esprit critique bien évidemment, à « ne pas faire du développement durable un dogme », à bannir les « solutions clés en main », à « éviter le catastrophisme », les discours « passéistes » et une « vision rousseauiste de la nature ». On vante la qualité de la vie en ville ; on qualifie d’inutiles, voire de néfastes, les « parcs et autres réserves » d’Afrique et de Madagascar ; on parle avec dédain des « ONG protectrices du panda ou de l’éléphant ». La ligne directrice est clairement posée.

Le manuel lui-même, le livre donc que nos élèves sont destinés à tenir en main, ne la trahit pas. La dernière « question en débat », par exemple, se demande si le réchauffement du climat constitue Lire la suite

Comment le faux scandale du Climategate s’est dégonflé

rue89.com, Sylvain Biville, le 8 juillet 2010

Comment le faux scandale du Climategate s’est dégonflé

Une commission d’enquête réhabilite les chercheurs de l’université d’East Anglia, accusés d’avoir manipulé des données.

 (De Londres) Après six mois d’enquête, une commission indépendante blanchit les scientifiques britanniques accusés à tort d’avoir manipulé les données sur le réchauffement de la planète.

Trop tard. Le pseudo scandale a contribué à faire capoter le sommet de Copenhague et a réussi à semer le doute sur le rôle de l’homme dans les changements climatiques.

Depuis huit mois, les chercheurs de l’université d’East Anglia vivaient comme des parias. Ils peuvent désormais relever la tête. La commission d’enquête indépendante sur « l’affaire des e-mails » les dédouane de toute pratique frauduleuse.

« Leur rigueur et leur honnêteté ne peuvent être mises en doute » affirment les auteurs de ce rapport très attendu, publié ce mercredi. Le document est censé mettre un point final à l’un des épisodes les plus désolants de la lutte contre le changement climatique.

Le « Climategate » a plombé le sommet de Copenhague fin 2009

Le prétendu scandale, baptisé « Climategate », débute en novembre 2009, lorsque plusieurs centaines d’e-mails privés de membres de l’Unité de recherche climatique (CRU) de l’université d’East Anglia se retrouvent mystérieusement en ligne. Ce prestigieux laboratoire, basé à Norwich, à 170 kilomètres au nord-est de Londres, est réputé pour ses mesures de la température mondiale.

Le CRU a donc un rôle éminemment stratégique. Ses données servent de base aux rapports du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), l’instance suprême chargée de prédire l’avenir de la planète.

Dans un des e-mails, daté du 16 novembre 1999, le chef du CRU se vante d’avoir trouvé une « ruse » pour « dissimuler la baisse » d’une courbe de températures.

Avec ces trois mots, extraits d’une correspondance frauduleusement piratée, les climatosceptiques pensent avoir trouvé la preuve irréfutable d’un complot mondial contre le mode de vie à l’occidentale.

Sarah Palin et la théorie du complot des climatosceptiques

Sarah Palin s’auto-proclame égérie de la coalition hétéroclite des « négationnistes », qui nient le rôle de l’homme dans le réchauffement de la planète. Le 9 décembre 2009, au moment où s’ouvre le sommet de Copenhague, l’éphémère candidate à la vice-présidence américaine écrit dans le Washington Post :

« Le Climategate met au jour un cercle scientifique hautement politisé. […] Ce scandale remet en cause les propositions qui sont sur la table à Copenhague. J’ai toujours pensé qu’un programme de gouvernement devait se baser sur une science solide, pas sur des jugements politiques. […]

Nous ne pouvons pas dire avec certitude que les activités humaines sont Lire la suite

Le Grenelle 2 confronte la droite et la gauche à leurs bilans

lemonde.fr, Gaëlle Dupont (Service Planète), le 9 juillet 2010

Le Grenelle 2 confronte la droite et la gauche à leurs bilans

A de multiples reprises, la scène s’est produite, lors des discussions au Parlement sur la loi Grenelle 2, définitivement adoptée fin juin. A chaque dénonciation d’un « recul » du gouvernement par l’opposition, le ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, a renvoyé la gauche dans ses buts d’une phrase : « Vous nous donnez des leçons, mais qu’avez-vous fait quand vous étiez au pouvoir ? »

Les vrais écologistes, c’est nous, disent aujourd’hui en substance les élus de la majorité. « Nous avons le seul bilan crédible », estime l’ancienne secrétaire d’Etat à l’écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. La droite peut revendiquer la création du premier ministère de l’environnement en 1971, la loi sur les déchets (1975), les lois fondatrices sur les installations classées et la protection de la nature (1976), la loi sur le renforcement de la protection de l’environnement (1995), la charte de l’environnement (2005), la création du grand ministère de l’écologie et le Grenelle de l’environnement (2007)…

« L’écologie est identifiée à la gauche, du fait de l’alliance politique entre les Verts et le Parti socialiste, analyse Michel Prieur, professeur de droit de l’environnement. Mais la production juridique en matière de protection de l’environnement a été, quantitativement et qualitativement, plus importante à droite. »

Le bilan des années Mitterrand et Jospin apparaît maigre, avec comme seuls textes majeurs les lois montagne et littoral (1985 et 1986). Géraud Guibert, le fondateur du pôle écologique du Parti socialiste, ne le nie pas. « La droite a su mieux marquer par des textes importants, estime l’élu. Je pense toujours que la gauche, qui est plus régulatrice, devrait être mieux placée sur ces questions, mais elle ne l’a pas encore démontré. »

Plusieurs facteurs relativisent toutefois l’avantage. Un bilan ne se limite pas au nombre de lois promulguées. La politique fiscale et budgétaire, l’application du droit sur le terrain, les tentatives de revenir sur des textes déjà votés, les mesures symboliques pèsent aussi, mais les comparaisons détaillées restent à faire.

Les politiques environnementales sont largement influencées par des facteurs extérieurs. « Le mouvement est impulsé par les Nations unies et l’Union européenne », estime M. Prieur. « 85 % de notre droit de l’environnement provient des politiques communautaires, souligne Arnaud Gossement, fondateur du Réseau environnement et droit. Et les deux camps ont traîné des pieds pour transposer les directives. »

Pour beaucoup d’observateurs, le facteur temps explique aussi le décalage. Le temps passé au pouvoir, mais aussi l’évolution des mentalités et de la sensibilité du public. « Entre le début des années 2000 et aujourd’hui, les époques ne sont pas comparables », estime Christophe Caresche, député PS de Paris, membre du pôle écologique. « Il faut reconnaître le culot et l’ambition de la démarche du Grenelle, juge Dominique Voynet, ministre (Verts) de l’environnement du gouvernement Jospin de 1997 à 2001. Mais il n’aurait pas pu avoir lieu il y a dix ans. Les esprits n’étaient pas prêts. » Il a été lancé en 2007, en pleine prise de conscience internationale de la gravité du changement climatique. Et après une campagne électorale marquée par la démarche de Nicolas Hulot, qui avait fait signer son pacte écologique à tous les candidats.

Mais les explications sont aussi politiques.  » Lionel Jospin Lire la suite

Décroissance ou développement durable ? – Pour le bonheur national brut !

actualites.ca.msn.com, Éric Darier, Directeur de Greenpeace au Québec, le 2 juillet 2010

Décroissance ou développement durable ?

Pour le bonheur national brut !

Les symptômes de la crise économique actuelle (forte fluctuation de la bourse et des devises, instabilité des prix des matières premières, montée du chômage, déficits publics, actifs toxiques dans les institutions bancaires, endettement accrus des ménages, etc.) révèlent un malaise plus profond.

Même la relative reprise économique dans certains endroits comme au Québec ne doit pas être interprétée comme étant la fin de la crise pour autant. Derrière l’instabilité économique se cache une crise bien plus grave qui risque de faire empirer à terme… l’économie. Je veux parler notamment de l’effondrement de la biodiversité et des changements climatiques aux conséquences extrêmes et imprévisibles. Bref, on parle ici d’une crise écologique planétaire qui rend la survie de l’humanité plus incertaine. Vue de cette perspective, la crise économique n’est que le symptôme… de la crise écologique.

Croissance perverse

L’orthodoxie de la croissance illimitée se base un mode de calculs pervers. Par exemple, un accident sur la route va générer des dépenses en services d’urgence, en soin de santé, en réparation, etc. Toutes ces dépenses seront comptabilisées dans les indicateurs d’activités économiques additionnelles et positives alors qu’on devrait les comptabiliser comme une activité… négative.

Même chose, lorsqu’on coupe une forêt intacte, l’économie conventionnelle comptabilisera la vente du bois et les coûts d’extraction comme un plus dans l’activité économique. Nulle part ne sera comptabilisée la perte nette des services écologiques que nous fournissait gratuitement, et jusqu’alors, cette forêt intacte comme la filtration de l’eau et de l’air, la capture du CO2, un milieu de vie pour de nombreuses espèces, un paysage, etc.

Bref, l’orthodoxie de la croissance illimitée dans un contexte de finitude écologique n’est pas durable. Voilà la source fondamentale de la crise actuelle. Ne pas vouloir le reconnaître et faire comme si elle n’existait pas ne fera que retarder et rendre encore plus difficile notre adaptation collective à cette nouvelle réalité.

Le pire est que nous connaissons ce problème depuis longtemps. Déjà dans les années 1970, un groupe d’experts (le Club de Rome) avait, en vain, tiré la sonnette d’alarme dans leur livre sur les limites à la croissance : Halte à la croissance. Aurait-on perdu une génération à la course à la croissance illimitée?

Décroissance ou développement durable ?

Le concept de « développement durable », adopté en 1992 lors du Sommet de la Terre à Rio, représentait, à l’époque, une prise de conscience internationale sur les limites de la croissance illimitée sur une planète aux ressources, elles limitées. Le problème est que le terme de « développement durable » qui signifie un développement des activités humaines qui soit écologiquement et socialement durable, s’est retrouvé perverti avec le temps par les partisans de la croissance illimitée. En effet, pour ces derniers, l’expression « développement durable » signifie pour eux que la croissance (développement!) est durable, c’est-à-dire illimitée!

C’est pour cela que bon nombre d’écologistes actuels sont de plus en plus critiques par rapport au concept de « développement durable » et à juste titre!

Il existe actuellement un foisonnement de critiques notamment regroupé autour de la « décroissance » qui Lire la suite

« Le Monde émergent (tome 1) », sous la direction d’Yves Charles Zarka : pour une philosophie de l’écologie

lemonde.fr, Roger-Pol Droit, le 7 juillet 2010

« Le Monde émergent (tome 1) », sous la direction d’Yves Charles Zarka : pour une philosophie de l’écologie

Nous sommes en train de changer de monde. Sans l’avoir voulu, sans le comprendre encore clairement. Sans le penser encore à la hauteur qui convient. Telles sont les convictions de départ qui ont donné naissance à un vaste programme de recherche du CNRS, en collaboration avec l’université Paris-Descartes (Sorbonne). L’objectif est pour le moins ambitieux : dresser un premier état des lieux de toutes les dimensions de la crise écologique dont la planète commence à prendre conscience.

Il ne s’agit pas seulement, on s’en doute, du réchauffement climatique, mais aussi de la fin des ressources énergétiques, des modifications de la biodiversité, de l’interdépendance entre les activités humaines et les équilibres du globe. Sans oublier les multiples mutations de nos comportements, de nos gestes quotidiens aussi bien que de nos horizons politiques. Ce « monde émergent » soulève donc quantité de questions économiques, sociales, politiques, que des problématiques philosophiques nouvelles doivent aborder.

Il ne faudra pas moins de trois volumes pour embrasser les lignes de force et les perspectives de ces changements en cours. Maître d’œuvre de cet ensemble original, le philosophe Yves Charles Zarka, qui dirige notamment la revue Cités, réunit dans ce premier tome onze contributions d’économistes, géographes, sociologues, juristes et philosophes.

Ces études portent sur les problèmes cruciaux qui se posent à présent dans l’espace social et politique. L’urgence écologique et le politique, les nouveaux territoires urbains, les cycles de vie des produits, la diversité des cultures et l’universalité de l’environnement, l’Europe et le développement durable figurent parmi les thèmes retenus.

Si la diversité des analyses et des objets d’étude interdit tout résumé laconique de l’ensemble, il saute aux yeux que ce livre devrait devenir une référence importante pour ceux que préoccupe le renouvellement de la réflexion qu’exige le basculement du monde. Car l’intérêt de ce vaste projet, on l’aura compris, n’est pas de proposer une prospective de plus, mais bien de contribuer à poser les questions de fond.

C’est pourquoi il s’intéresse notamment à l’impact politique des changements d’attitude envers la consommation et la production, et demande, par exemple, comment le passage à une société différente est possible sans détruire la démocratie.

Réflexion interdisciplinaire

Après ce volume consacré aux « Lieux », doivent paraître dans les mois à venir un volume sur les « Défis » et un troisième intitulé « Dénouement ». Outre cette trilogie collective, la collection Emergences, que ce volume inaugure, doit également accueillir un Manifeste sur l’urgence du Lire la suite

Peut-on s’en sortir dans le cadre d’un capitalisme réformé ?

pressegauche.org, Jean Gadrey, le 6 juillet 2010

Peut-on s’en sortir dans le cadre d’un capitalisme réformé ?

La crise actuelle, ainsi que la montée des périls écologiques (composante de cette crise), renforcent les doutes sur la possibilité de concilier capitalisme et société solidaire et soutenable, ou développement humain durable.

Je n’ai pas de réponse ferme et définitive à cette redoutable question. Il me semble quand même que la crise actuelle, ainsi que la montée des périls écologiques (composante de cette crise), renforcent les doutes sur la possibilité de concilier capitalisme et société solidaire et soutenable, ou développement humain durable.

Voici neuf caractéristiques structurelles du capitalisme qui font douter de sa capacité à nous sortir de la zone des tempêtes à répétition. Sans doute chacune d’entre elles n’est-elle pas décisive. Mais leur ensemble l’est peut-être plus.

1. Le capitalisme s’est historiquement développé sur la base (entre autres) de la destruction et de la privatisation de biens naturels « communs » (en propriété commune : terres, forêts…), aussi bien au centre que dans la périphérie colonisée ou dominée. Ces expropriations/privatisations ont d’ailleurs beaucoup contribué à la « mise au travail salarié ». Et cela continue allègrement aujourd’hui. Or on ne voit pas comment on pourra sortir de la crise écologique sans reprendre le contrôle collectif, ou « communal », ou coopératif de ces biens communs privatisés : la terre, les sources d’énergie, l’eau, les forêts, etc. Il faut y ajouter aujourd’hui le climat et la maîtrise de son changement. Pour l’instant, les acteurs dominants du capitalisme résistent puissamment à toute maîtrise collective des risques écologiques majeurs où ils nous ont entrainés.

2. Les dirigeants politiques libéraux ont offert sur un plateau au capital financier le pouvoir de contrôler la monnaie et le crédit, qui sont ou devraient être eux aussi des biens communs, et de créer tous les outils d’une spéculation permanente sur tout. On ne s’en sortira pas sans remettre les pouvoirs financiers à des pôles publics ou coopératifs débarrassés de la pression des actionnaires. Mais enlever au capitalisme les possibilités de la spéculation monétaire et financière, les paradis fiscaux reconnus ou de fait (comme la City), c’est le priver d’une de ses sources majeures de profit et de domination. Aux Etats-Unis, la part des banques dans les profits des entreprises est passée de 10 % en 1980 à 40 % en 2007 !

3. Le capitalisme ne cesse par ailleurs de s’en prendre aux biens communs sociaux que sont le droit du travail, la protection sociale et d’autres droits humains, les services publics, etc. et il est souvent parvenu à les faire régresser depuis les années 1980. S’agissant du travail, toute perspective de société soutenable passe par la promotion du travail décent partout. Le travail indécent est probablement la principale source de profit des multinationales (dumping social). Mais il est devenu aussi, dans les pays dits développés, sous la forme du travail précaire et des petits boulots, sous la forme de la pression à la baisse de la part de la valeur ajoutée revenant aux salaires, sous la forme de l’intensification du travail, un mode d’emploi hautement profitable que les entreprises revendiquent comme une nécessité pour leur « compétitivité ». 4. Le capitalisme global s’est développé sur le terreau d’inégalités sociales mondiales (prenant la forme du colonialisme puis du néocolonialisme : voir le film « La fin de la pauvreté ») qu’il a eu tendance à renforcer depuis trente ans et dont il tire une large part de ses profits. Or on ne résoudra pas la crise écologique sans les réduire fortement. Voir par exemple mon post du 3 septembre 2008.

5. Le capitalisme a besoin de susciter sans cesse des désirs de possession de marchandises en faisant passer le futile pour l’utile et les pulsions pour des besoins, en poussant au renouvellement rapide des achats. C’est pour cela qu’il dépense 500 milliards de dollars par an en publicité et sponsoring. Cette course mortelle devra cesser pour qu’on sorte des crises. Il faudra quitter la voie de la croissance quantitative et s’orienter vers une « prospérité sans croissance ». Je ne développe pas cette hypothèse, j’en ai souvent parlé.

6. Le capitalisme résiste férocement à Lire la suite

La maison écologique est-elle trop chère ?

sudouest.com, Thierry Magnol, le 5 juillet 2010

La maison écologique est-elle trop chère ?

Le logement à faible consommation d’énergie est en plein essor. Mais à quel prix et pour quelles économies ? Éléments de réponse et comparatif détaillé dans la région

BBC, HQE, RT 2012… Difficile de se repérer dans la forêt de ces sigles barbares (lire le lexique ci-contre) qui servent à identifier des labels ou des normes que bien souvent les professionnels du bâtiment sont les seuls à comprendre.

Ils traduisent en fait la révolution qui est en train de se dérouler en matière de construction de logements neufs. La nécessité de réduire notre facture énergétique et d’améliorer la qualité de notre environnement entraîne de profondes modifications traduites notamment par le Grenelle de l’environnement. Une nouvelle réglementation, la RT 2012, imposera à partir du 1er janvier… 2013 que la consommation énergétique d’une construction neuve ne dépasse pas 45 kWh/m²/an, hors appareils électriques. Sachant que la norme actuelle est de 100 kWh, il faudra donc parvenir à une division par deux. Ce n’est pas un exploit car cela correspond en fait à celle du bâtiment basse consommation (BBC). Toutefois, ces nouvelles exigences qui concerneront tous les types de logements ne sont pas forcément faciles à mettre en œuvre.

Traquer les kWh

« Ce qui va changer, c’est qu’il faudra traquer les kWh partout et cela demandera une réalisation parfaite, notamment au niveau des ponts thermiques, explique Éric Aufaure, animateur du pôle bâtiment durable à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Par ailleurs, il faudra sans doute utiliser de l’énergie renouvelable, au moins pour l’eau chaude. Nous sommes en effet sur un niveau de performances élevées qui nécessitera une formation de tous les acteurs du bâtiment. »

En revanche, il n’est pas forcément utile d’employer des matériaux d’un nouveau type. On peut très bien respecter la norme avec du traditionnel. Le Cerib (Centre d’études et de recherche de l’industrie du béton) propose par exemple une maison en blocs béton creux qui consomme moins de 45 kWh/m²/an.

Mais la première question que se pose l’acheteur potentiel, c’est de savoir si ce type de construction est économiquement rentable. Selon l’Ademe, le coût est en moyenne supérieur de 15 % à celui d’un logement construit selon les normes actuelles.

Pour être concret, une maison de 100 m² vendue 100 000 euros en construction classique (donc consommant 100 kWh/m²/an) reviendra à 115 000 euros avec une consommation réduite à 45 kWh/m²/an.

Les aides proposées par l’État, notamment le crédit d’impôt, permettent Lire la suite

Paul Virilio: « La Terre est devenue trop petite pour le progrès. »

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 5 juillet 2010

Paul Virilio: « La Terre est devenue trop petite pour le progrès. »

Paul Virilio est un urbaniste d’origine devenu peu à peu sociologue et philosophe à force de penser inlassablement la vitesse. Depuis 1977, date à laquelle il a publié Vitesse et politique, essai sur la dromologie, il réfléchit à l’accélération du monde et à ses conséquences sur l’homme, l’économie, l’environnement, la géopolitique. L’urbaniste a travaillé sur la ville et son territoire. Très vite, il lie le territoire aux technologies qui permettent de le parcourir et de le contrôler. TGV, pigeon voyageur ou internet, avion ou minitel, qu’il s’agisse des techniques de communication ou des techniques de déplacement, le territoire est défini, selon lui, comme un espace-temps qui, finalement, rapetisse.

Dans L’administration de la peur, vous soutenez que la peur est un moyen de gouverner utilisé sans cesse.

Dans nos sociétés, depuis l’origine monarchique jusqu’à nos sociétés démocratiques, la peur fait partie des moyens de gouverner. On le voit bien avec les politiques sécuritaires actuelles. Le pouvoir de la peur domine le pouvoir de la reconnaissance du bien public. Dans ce livre, ce qui parle à travers moi, c’est ma génération qui constate que la même situation revient sans cesse, celle de la peur continuée par d’autres moyens, d’abord atomiques, puis terroristes et écologistes. Ainsi, je réactualise la maxime de Clausewitz selon laquelle «la politique est la guerre continuée par d’autres moyens». Non, la politique, c’est la peur continuée par d’autres moyens. Les trois peurs que j’évoque dans mon livre sont les suivantes: l’équilibre de la terreur, le déséquilibre de la terreur et la peur écologique. L’équilibre de la terreur a cessé avec la chute du mur de Berlin, laissant place au déquilibre de la terreur qui correspond au terrorisme qui peut survenir à tout instant, partout, à Londres, New York ou Madrid. Puis aujourd’hui, nous vivons la dernière grande peur: la peur écologique.

Equilibrer nature et homme, une nouvelle façon de gouverner par la peur?

Oui, l’écologie arrive après et il faut absolument éviter qu’elle conduise aux mêmes paniques. Après la forme interétatique de la guerre froide, la forme plus complexe du terrorisme, la peur écologique me rappelle le Lebensraum, cette notion géopolitique de l’espace vital. Je l’ai bien connue lorsque je travaillais en Allemagne où je voyais des pancartes qui signalaient des « forêts interdites aux Juifs ». L’espace vital niait la présence d’une frange de la population dans un lieu considéré comme sacré… Et bien l’idéologie de l’espace vital peut se superposer à l’idéologie de l’écologie aujourd’hui. Mais attention, je ne suis pas contre l’écologie, il est évident qu’il faut préserver notre lieu de vie. Je dis qu’il faut fse méfier énormément l’idéologie de cet espace qui nous manquerait.

Sans aller jusqu’à qualifier l’écologie d’idéologie totalitaire, pourquoi fait-elle si peur?

Nous sommes mortels et tout ce qui menace notre vie fait peur. Notre survie en tant qu’espèce devient notre grande peur. Il ne faut pas avoir peur, mais faire face car la peur fait partie des questions ancestrales. Dans la crise écologique actuelle, domaine extrême s’il en est, la tentation est grande de vouloir vaincre plutôt que convaincre. Il faut toujours refuser le globalitarisme écologique imposé par la peur parce que c’est toujours au nom du bien que l’on terrorise. En cela, les écologistes ont la tentation de gouverner par la peur. Mais je préfère vous convaincre que vous contraindre. Or, la conviction n’est pas la provocation de la peur, c’est Lire la suite

« Philosophie et écologie », ouvrage de Anne Dalsuet chez Gallimard

nonfiction.fr, Manola ANTONIOLI, le 1er juillet 2010

« Philosophie et écologie », ouvrage de Anne Dalsuet chez Gallimard

Résumé : Un ouvrage qui présente à un vaste public les enjeux éthiques et philosophiques des questions environnementales.

Dans un contexte planétaire marqué par le dérèglement climatique, la disparition de la biodiversité, les grandes catastrophes environnementales et la perspective de l’épuisement des ressources énergétiques, on commence à voir apparaître, depuis une quarantaine d’années, un vaste renouvellement conceptuel axé sur les multiples dimensions de l’urgence écologique. Dans le domaine philosophique, le souci de l’environnement dépasse largement les acquis de la science écologique et vise à repenser radicalement les échanges entre la nature, la culture et la technique, à poser un nouveau regard sur les environnements naturels, les environnements sociaux et les environnements techniques contemporains, au-delà de l’ambition exclusive de maîtrise et de domination de la nature qui s’est imposée en Occident au moins depuis la modernité. La réflexion philosophique peut proposer une alternative à l’approche dominante et purement technocratique des problèmes environnementaux et aider à concevoir une vision plus authentiquement démocratique des rapports entre les sociétés humaines et les environnements naturels. L’ouvrage d’Anne Dalsuet, qui a été conçu pour les classes de terminale mais qui s’adresse visiblement à un public plus large, constitue une excellente introduction à ce nouveau champ de la réflexion philosophique, notamment grâce aux analyses consacrées aux approches théoriques d’auteurs étrangers dont la pensée et les travaux ont été longtemps ignorés en France.

La nature en crise

L’ouverture de l’ouvrage (structuré selon six grandes « perspectives ») vise à définir les caractéristiques de la crise écologique contemporaine qui ne fait que traduire une crise plus profonde. S’appuyant sur l’excellent ouvrage d’Isabelle Stengers intitulé Au temps des catastrophes, résister à la barbarie qui vient  , Anne Dalsuet affirme en effet dès le début de sa réflexion que la crise écologique ne demande pas seulement des réponses scientifiques ou techniques (dans l’esprit du « Grenelle de l’environnement », du « développement durable » ou de la « croissance verte »), puisqu’elle implique également une crise morale, métaphysique, sociale et politique, dont il faudra constater l’ampleur et la gravité. Dans cette perspective, nous n’avons plus affaire à des problèmes isolés, puisque les catastrophes environnementales entraînent toujours des effets en cascade sur tous les êtres vivants et notamment « sur la manière même dont les hommes pourront “habiter” cette Terre, s’y nourrir, y travailler, s’y loger, s’y déplacer, s’y gouverner » (p. 8). Les limites de la planète et de ses ressources nous imposent désormais de repenser le rapport de l’homme à la technique : recourir au catastrophisme ou à la déploration mélancolique d’une nature perdue sont deux postures insuffisantes et politiquement dangereuses, qui nous empêchent de comprendre la portée authentiquement politique des questions environnementales.

Cette dimension essentielle du problème écologique est très présente dans les pages des « bilans » qui concluent le livre, où l’auteure interroge les perspectives d’une écologie politique, à la suite de Bruno Latour et de ses Politiques de la nature  . Les analyses de Latour, qui s’efforcent de modifier les termes classiques du débat en renouant différemment les liens entre sciences et politiques, sont ainsi définies « capitales, Lire la suite