Revue : Un nouvel Esprit écolo ?

ecolosphere.net, Philippe Colomb, le 24 décembre 2009

Un nouvel Esprit écolo ?

Laboratoire d’un certain modernisme progressiste, la revue Esprit découvre à l’occasion de Copenhague que l’écologie politique est l’avenir de la gauche. Une prise de conscience salutaire qui ouvre des chantiers prometteurs et dont on aurait tort de négliger l’importance.

Dossier « Retour sur Terre, retour à nos limites », Esprit décembre 2009, avec des articles de Nicolas Bouleau, Dominique Bourg, François Chérèque, Daniel Cohn-Bendit, Albert Levy, Olivier Mongin, Marc-Olivier Padis, Joël Roman, Edwin Zaccai.

Esprit, « Retour sur Terre, retour à nos limites »

Sommaire du numéro de décembre 2009 (sur le site de la revue).

Si l’on parle ici de ce dossier de la revue Esprit, c’est moins pour ce qu’il pourrait apporter sur le fond aux lecteurs et aux lectrices d’ecolosphere.net que pour ce que signifie une telle publication aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies, en effet, Esprit est un lieu essentiel d’élaboration théorique pour la « gauche moderniste ». Antitotalitarisme et autogestion dans les années 70, deuxième gauche dans les années 80, acceptation de l’économie de marché dans les années 90 : cette revue a contribué à façonner la pensée « progressiste » et a toujours revendiqué un rôle actif d’influence des responsables politiques.

Aussi, quand Esprit, qui ne s’est pas beaucoup préoccupé d’écologie politique ces dernières années, consacre son dossier mensuel à ce thème, on est tenté d’y voir un signe important en terme d’évolution socio-politique et de regarder son contenu de plus près.

Articuler en trois parties (« la fin du modèle productiviste », « le déphasage de la gauche » et « la mondialisation freinée par le bas »), ce dossier frappe d’abord par la vigueur de son positionnement. Pas de green washing, pas de croissance verte ou de fascination pour les green tech, une critique franche des mécanismes économiques soi-disant vertueux : dès son article introductif, Marc-Olivier Padis dénonce les « fausses pistes de la croissance », et souligne que « contre la perspective d’un emballement ou d’un effondrement, il convient de se demander comment freiner la mondialisation par le bas, c’est-à-dire maintenir le jeu des échanges mondiaux tout en retrouvant le sens des limites ». Si la revue ne se revendique pas de la décroissance (bien que, pour la première fois en quatre ans, elle ait récemment signalé la parution du dernier numéro de la revue Entropia), ce dossier insiste néanmoins sur la nécessaire limitation de l’emprise humaine sur les biens naturels et négocie la sortie de l’imaginaire productiviste et consumériste.

Du point de vue qui nous intéresse ici, deux articles sont particulièrement intéressants. Tout d’abord, le double entretien avec Daniel Cohn-Bendit et François Chérèque. En soumettant l’euro-député et le secrétaire général à la même série de questions, on voit bien comment la revue tente de lancer un pont entre son histoire (la CFDT, dont elle a été très proche) et l’avenir qu’elle est en train de se choisir. Les divergences entre les réponses soulignent, évidemment, le chemin qu’il reste à parcourir pour pleinement articuler le discours de défense des droits des salarié-e-s et celui de la protection de l’environnement, mais ce double entretien permet aussi de tracer des pistes de convergences et de préciser les points de tension à travailler.

Mais pour nous, c’est évidemment l’article de Joël Roman qui retiendra le plus l’attention puisque, dès son titre, « L’environnement, un défi pour la gauche », il marque une forte intention Lire la suite

Le père Noël ne passera pas à Copenhague ! ou la gouvernance de l’échec

portaildurisque.over-blog.com, Michel Lesbats, le 23 décembre 2009

Le père Noël ne passera pas à Copenhague ! ou la gouvernance de l’échec

Dans les domaines de la gouvernance globale l’heure était à la remise en cause des modèles dominants : la « réalité » géopolitique, la force, l’économie devait être tempérées par l’écologie et le social au niveau mondial. De plus la crise financière récente  devrait nous inciter à prendre le virage. Le GIEC, MM. Gore et Obama ne venaient ils pas d’obtenir le prix Nobel de la Paix ?

Quelle occasion d’espérer que le monde progresse par « bifurcation » et se mette sur les rails du changement de mentalités et de comportements en se montrant exemplaire au niveau de la gouvernance mondiale. Même l’apparition récente des climato-sceptiques semblait être le dernier sursaut d’une société  « has been  » qui avait vécue et que tout le monde (en Europe) semblait vouloir abandonner.

Quelle erreur collective d’appréciation : il est d’actualité de dire que nous croyions tous au Père Noël– le sommet de Copenhague  a servi de plateforme géopolitique et économique aux hommes d’affaires et aux politiques qui les soutiennent… un G20  pour régler des petits problèmes entre amis, sans se préoccuper de l’intérêt général. Tout le monde, à quelques exceptions près, n’a vu que ses intérêts géostratégiques et s’est intéressé qu’à son « petit commerce » ! Les intérêts particuliers des Etats et/ou des marchands priment, une fois de plus, sur l’intérêt général : espérons que cela ne soit pas une fois de trop !

Quelle déception pour les peuples pragmatiques, quelle victoire pour les gouvernants et les affairistes dominants. La rationalité est désormais du coté des peuples éclairés puisque la diplomatie internationale (ONU) qui devait nous accompagner pour changer le monde a accouché d’une souris.

Les Grands de ce Monde ont désormais perdu toute crédibilité et attitude de rationalité aux yeux des Petits. Comment cela sera – il perçu et analysé dans quelques années par les peuples qui seront inévitablement touchés directement ou indirectement par le réchauffement climatique et ses cascades d’effets associés… cet échec va accentuer le nombre de morts et de réfugiés sur la planète… tout le monde le sait !

Le crime contre l’Humanité  pourrait se découvrir deux nouvelles modalités dans les années qui viennent : l’ « inconscience écologique » et la « délinquance écologique mondiale » qui va tuer des millions de personnes, des espèces de la biocénose et de nombreux écosystèmes qui les hébergent – cette modalité devrait permettre, à terme, de condamner les Grands de la  planète, y compris lorsqu’ils  «auront pêché par omission de prendre des décisions ».

Comment mobiliser et demander aux entreprises et aux citoyens français de consentir et d’accentuer les efforts en matière d’écologie sans les contraindre trop…  alors que d’autres vont ruiner ces efforts en quelques semaines aux Etats Unis, en Chine ou en Inde et que le comportement incontrôlé de ces derniers vont de toutes les façons nous précipiter vers la catastrophe ?

Pas mal d’argent et d’intelligence ont été gaspillé ces derniers temps pour mobiliser les « citoyens éclairés » et organiser le Sommet de Copenhague ; cela aurait été mieux utilisé à la prévention sur le terrain du drame humain qui se prépare.

Le Président Sarkozy lui même pensait que le sommet ne pouvait pas échouer parce que Lire la suite

Bilan familial : Qu’avons nous fait en 2009 pour la décroissance ?

decroissance-pratique.blogspot.com, Paul Tarolf, le mardi 22 décembre 2009

Bilan de l’année 2009

Qu’avons nous fait en 2009 pour la décroissance ? Il est temps de se poser et de faire un premier bilan… Pour ma part, je couche ici les actions entreprises dans la famille cette année :

Catégorie alimentation et potager :

* Acquisition d’actions Terre de Liens (une bonne part de nos économies) pour soustraire les terres arables aux promoteurs immobiliers.

* Mise en place d’un système de courses lourdes trimestrielles

* Division par deux la consommation de protéines animales (plus de viande ou poisson le soir)

* Culture d’un (micro) potager de 7 m2 qui nous a fourni des tomates, carottes, plantes aromatiques, courgettes et radis.

Catégorie libération mentale :

* Suppression de la plupart du matériel informatique et PDA personnel

* Plus de montre (sauf jours compliqués)

* Passage effectif au 90 % soit aux 32 heures par semaines

* Vente de nombreux objets dans les vides grenier (même s’il ne nous reste plus grand chose à vendre)

Catégorie énergie :

* Acquisition (en commun avec des collègues) d’un gaussmetre pour mesurer les champs magnétiques et prendre des contre-mesures (déplacement ou suppression d’appareils électriques).

* Arrêt du nucléaire (EDF) et passage chez Enercoop depuis aout (100% énergie renouvelable).

* Mise de la quasi-totalité des appareils électriques sur prises avec interrupteur ou timers.

Catégorie eau :

* Environ -20% de consommation par rapport à l’année précédente par la mise en place d’économiseurs d’eau (robinet et douche) et réutilisation plus poussée de l’eau de bain et de veiselle (pour les chasses d’eau et le potager)

Catégorie prosélytisme :

* Écriture de ce blog ayant pour vocation de fournir des retours d’expérience concrets et quelques réflexions personnelles sur la décroissance.

* Valorisation de la décroissance auprès de la famille, amis et collègues.

Objectifs 2010 :

* Installer des toilettes sèches Lire la suite

« La lutte contre les inégalités est au cœur du sujet » ou l’insoutenable train de vie des riches

alternatives-economiques.fr, Guillaume Duval, Manuel Domergue, le 22 décembre 2009

« La lutte contre les inégalités est au cœur du sujet » ou l’insoutenable train de vie des riches

Les plus riches du Nord ont une responsabilité dans les désordres écologiques, qui va bien au-delà de l’impact direct de leurs gaspillages sur l’environnement. Par Guillaume Duval et Manuel Domergue, extrait du hors-série « L’économie durable », d’Alternatives Economiques.

« Le mode de vie américain n’est pas négociable« , assénait il y a près de vingt ans George Bush père, pour refuser de s’engager à limiter les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Et ce mode de vie a servi de modèle au monde entier tout au long du XXe siècle. Mais aujourd’hui il est tout simplement incompatible avec les grands équilibres écologiques de la planète. Ce qui complique terriblement les choses pour en changer, c’est l’ampleur des inégalités qui se sont creusées depuis trente ans : la consommation de plus en plus purement ostentatoire des riches des pays riches continue en effet à entraîner la planète tout entière dans la dynamique du toujours plus de gaspillage. Pour pouvoir combattre efficacement le changement climatique et les autres menaces écologiques, il faut donc limiter drastiquement les inégalités.

En théorie, chacun des 6,5 milliards d’habitants de la Terre dispose d’un hectare et demi de ce qu’on appelle « l’empreinte écologique », c’est-à-dire la surface au sol nécessaire pour satisfaire ses besoins de base sans puiser dans les ressources non renouvelables de la planète. Mais, d’après les calculs, cette empreinte soutenable a déjà été dépassée depuis les années 1970, puisque chaque humain « consomme » en moyenne actuellement 2,7 hectares. Cette moyenne, déjà excessive, cache en plus de fortes disparités. Avec cinq hectares, un Européen consomme le double de cette moyenne. Mais il apparaît presque sobre par rapport à un habitant des Etats-Unis (9,5 ha) ou des Emirats arabes unis (9,6 ha).

Un exemple à ne pas suivre

Et ces moyennes nationales masquent elles-mêmes des disparités importantes. Les ménages les plus riches des pays riches sont en effet de très loin ceux qui consomment le plus, et donc ceux qui polluent le plus : des vacances à Bali sont plus énergivores que celles à la campagne, chauffer une maison de 200 m2 nécessite en moyenne plus d’énergie qu’un petit appartement, etc. Sans même parler de la consommation d’eau des parcours de golf d’un vert éclatant au mois d’août, ni des yachts, des jets privés et des hélicoptères dilapidateurs de carburant… Ces intuitions sont confirmées par les données publiées par l’Insee : les 10% des ménages les plus riches dépensent environ 2 000 euros par an en France pour l’énergie, contre 800 euros par an pour les plus bas revenus. De même pour la facture transports : les 10% les plus riches dépensent plus de 7 000 euros par an, contre moins de 2 000 pour les 10% les plus pauvres.

Est-ce si grave ? Les riches des pays riches ne constituent-ils pas finalement une goutte d’eau certes très visible, mais en réalité quantitativement insignifiante à l’échelle de la planète ? 793 personnes sur Terre possèdent plus d’un milliard de dollars et accumulent à elles seules 2 400 milliards de patrimoine en 2009 (classement Forbes). Néanmoins, le gros bataillon des riches est constitué de millionnaires, et rien qu’en Chine, on en compterait 450 000 cette année, selon le Boston Consulting Groupe. Mais la contribution la plus nocive des plus riches à la crise écologique tient surtout à leur fonction Lire la suite

Energie : Coup de solaire sur le Sud-Ouest

sudouest.com, Bernard Broustet, le 22 Décembre 2009

ENERGIE. Alors que le numéro un mondial des panneaux va investir en Gironde, les projets de fermes solaires pullulent dans la région.

Coup de solaire sur le Sud-Ouest

La région abrite déjà à Losse (Landes) ce qui sera la plus grande installation photovoltaïque de France. Et la plus grosse usine française de panneaux va être construite à Blanquefort (Gironde) par l’américain First Solar, numéro un mondial de la spécialité (cliquez ici pour lire l’article). Le chantier devrait débuter en septembre 2010, la production en 2012. Le contrat-cadre de cette opération a été signé hier entre le ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Espace rural, Michel Mercier, les collectivités locales qui apportent leur contribution et le président de First Solar, Bruce Sohn. Ces deux opérations témoignent de l’ampleur de la fièvre solaire qui se manifeste dans l’Hexagone, et notamment en Aquitaine.

Incitations juteuses

Plus encore que l’éolien, le photovoltaïque était longtemps resté en France dans une situation de marginalité absolue, du fait de son coût et de la prépondérance du nucléaire. Mais la conférence de Kyoto, les directives européennes, les baisses de coûts progressives et le Grenelle de l’environnement ont changé la donne. Le ministre de l’Écologie, Jean-Louis Borloo, a fixé pour objectif en 2020 un potentiel installé de 5 400 mégawatts, soit moins que la somme des puissances installées des centrales nucléaires de Golfech et de Braud-et-Saint-Louis, mais infiniment plus que les quelques dizaines de mégawatts aujourd’hui en service.

Une moitié ou plus de ce potentiel pourrait provenir des modules installés sur les toitures des maisons et des locaux professionnels (hangars agricoles, parkings), bénéficiant à ce jour au moins d’incitations juteuses (prix de rachat garanti sur vingt ans, crédit d’impôt, etc.). Mais une bonne partie de ce courant solaire devrait être fournie par des « fermes » regroupant des panneaux au sol.

Dans cette perspective, la forêt des Landes de Gascogne fait l’objet d’une sollicitude nourrie. Car si elle n’est pas la zone la plus chaude de France, elle n’est pas non plus la plus froide. Surtout, l’espace y est vaste et peu cher. Et, après les ravages de la tempête, le photovoltaïque apparaît, à tort ou à raison, comme une bouée de sauvetage.

Le massif a donc été prospecté en long et large par des opérateurs divers. Le plus puissant d’entre eux est EDF Énergies nouvelles. La filiale du géant français se taille la part du lion dans les projets aujourd’hui en cours de réalisation (Losse) ou de gestation (Saint-Symphorien, Cestas, etc.). La Compagnie du Vent, filiale de GDF-Suez, fait aussi partie des visiteurs du massif, au même titre que de plus petites entreprises comme Eosol ou Solarezo (voir ci-dessous).

Dans ce domaine, la discrétion est souvent de mise : parfois placés en concurrence, les communes et les propriétaires n’ont pas forcément envie de voir partir la poule aux oeufs d’or (les locations de surfaces) chez le voisin. « Le photovoltaïque est parfois devenu une obsession », constate Philippe Sartre, maire de Garein (Landes) et président de la commission urbanisme du Parc naturel des Landes de Gascogne, qui s’efforce de faire respecter le très riche patrimoine environnemental du massif.

La fièvre qui a frappé la région était sans doute d’autant plus forte que le paysage institutionnel et économique était plutôt favorable aux porteurs de projet. D’une part, EDF s’est engagée à Lire la suite

Bernos-Beaulac. Le maire Philippe Courbe réactive un vent de fronde anti-LGV

sudouest.com, Lascurreges, le 22 décembre 2009

BERNOS-BEAULAC. Le maire Philippe Courbe réactive un vent de fronde anti-LGV

Cette LGV dont ils ne veulent pas

 «Il y a l’itinéraire grand gabarrit, le gazoduc, l’A 65, la LGV et maintenant, cerise sur le gâteau, on nous annonce une nouvelle ligne à haute tension. Il ne nous manque plus que le deuxième aéroport de Bordeaux. » Philippe Courbe a envie de pousser un coup de gueule, à l’idée de voir sa commune lacérée et balafrée par tout un tas d’infrastructures. Le maire socialiste de Bernos-Beaulac qui a le soutien de son Conseil municipal rappelle ici les raisons pour lesquelles il s’oppose en particulier au projet de LGV.

Des atteintes irréversibles

« L’opposition locale est importante et sous-estimée par RFF. Il y a derrière ce projet une réelle atteinte à la qualité de vie doublée de nuisances et préjudices à l’environnement et au patrimoine. Les impacts sont de plusieurs ordres. Il y a une atteinte à la biodiversité et aux espèces endémiques sur des zones classées Natura 2000, dans les vallées de la Gouaneyre et du Ciron. On va hypothéquer la vulnérabilité des captages de nos eaux de sources gérées par le Syndicat des eaux et de l’assainissement du Bazadais. Et puis, il y a un impact sur la forêt à un moment où l’on parle de la régénérer. »

Le maire de Bernos-Beaulac ajoute à ces éléments tous les arguments d’ordre économique, considérant que « ces investissements vont mettre en faillite les finances régionales et ne prennent pas en compte les déficits d’exploitation des A 65 et de la LGV, qui vont entraîner une hausse de la fiscalité, au-delà d’une sous-évaluation du coût des travaux ».

Un signal à Alain Rousset

Bref, Philippe Courbe note au passage l’abstention des Verts à la dernière séance plénière du Conseil régional sur le grand projet ferroviaire. Lui aussi privilégie la LGV sur des lignes existantes et priorise un réel développement du ferroutage, voire même du cabotage pour le transport des marchandises plutôt que de valoriser la grande vitesse au profit de quelques voyageurs privilégiés.

La campagne des régionales est lancée. Et même si Philippe Courbe considère « qu’Alain Rousset est un bon président », il indique qu’il n’en partage pas tous les points de vue au moins sur la politique des nouvelles infrastructures. « Je suis prêt à inviter Alain Rousset et le directeur de RFF, ici sur le terrain », lance le maire de Bernos-Beaulac : « Je leur montrerai par exemple que la vallée de la Gouaneyre est un endroit magnifique et qu’elle ne mérite pas ce que l’on lui réserve ». Et que l’on ne vienne pas lui parler de gare, de fret ou de service express régional. « On n’en croit pas un mot. Et de toute façon, on n’en veut pas », lui soufflent les conseillers municipaux présents.

Appel à la résistance

Aujourd’hui, une voix s’élève dans le pays bazadais. Philippe Courbe aura sans doute besoin d’ici peu de compter les maires qui voudront le rejoindre dans ce qui pourrait être un appel à la résistance, sans occulter le droit de faire des propositions.

Ce sera sans doute difficile, si l’on considère que Lire la suite

Surfrider Foundation : Bayonne, Anglet et Biarritz en concurrence pour le siège européen

sudouest.com, Pierre Penin, le 22 Décembre 2009

SURFRIDER. La Ville propose l’ancien site de l’université à l’organisation. Mais Anglet et Biarritz sont en lice

Bayonne en concurrence pour le siège européen

Où Surfrider foundation installera-t-elle son siège européen ? Actuellement à l’étroit dans ses locaux biarrots (avenue de Verdun), l’organisation écologiste a fait savoir au printemps dernier sa volonté de déménager. La Ville de Bayonne est sur les rangs. Jean Grenet observe une grande prudence : « Rien n’est signé, il est donc prématuré d’évoquer ce sujet », pose le maire. Le dossier est très sensible, car Bayonne, Anglet et Biarritz se disputent Surfrider.

« On est en début de négociation », tempère Xavier Giamporcaro, chef de projet partenariat et développement pour Surfrider Europe. « Nous avons sollicité la Communauté d’agglomération du BAB, nous avons précisé nos besoins. » Soit, au grand minimum, « le double » des 225 m2 de surface utile actuels. Plutôt dans les 1 000 m2, pour loger son équipe actuelle et anticiper son développement. « Nous explosons depuis quatre ans, les nouveaux locaux devront répondre à nos besoins futurs. »

L’option Saint-Crouts

Initialement, l’association envisageait une construction, évidemment en haute qualité environnementale (HQE). « L’idée de départ est celle-là, confirme le président Gilles Asenjo. Mais on s’interroge aussi sur la possibilité d’adapter des locaux existants. » C’est la proposition bayonnaise. La Ville ouvre l’espace encore vacant sur le site de l’ancienne université, à Saint-Crouts.

Surfrider l’envisage et ne s’en cache pas, affirme « avancer dans les discussions avec Bayonne ». Mais son président nuance dans la seconde : « Il n’y a rien de figé. On n’a pas pris de décision. Toutes les possibilités ont leur intérêt. On est encore à l’écoute des trois municipalités. »

Pour Biarritz, l’adjoint aux sports Michel Poueyts revendique la légitimité des origines. Les surfeurs mobilisés pour l’environnement ont toujours siégé à Biarritz. « Surfrider a toute sa place chez nous. Nous sommes des partenaires privilégiés et naturels. » La perspective de la Cité de l’océan renforce, pour l’élu biarrot, la candidature de sa ville. Ne pas comprendre ici que la cité côtière envisage un lieu sur ladite cité. C’est dans le futur quartier Kleber que Biarritz envisage de loger Surfrider. Ce ne sera pas avant deux ans : l’association attendra-t-elle ?

Quant à Anglet, elle suggère deux espaces. L’un à la Barre, face à l’ancien camping éponyme, avec vue sur l’Adour. L’autre pourrait être Baia parc, sur le domaine portuaire.

« Pas un choix politique »

L’organisation réserve donc son choix. Mais les concurrents devraient bientôt savoir. Courant janvier, l’association réunira un conseil d’administration censé trancher la destination du déménagement.

Les administrateurs seront guidés par « des impératifs professionnels, techniques uniquement », appuie Gilles Asenjo. Pour être plus clair encore : « On ne fera pas un choix politique. » Précision d’importance dans ce dossier aux enjeux certains, sur fond de rivalité entre les villes. Le siège de Surfrider est une Lire la suite

Quelles pratiques démocratiques ? Pour mieux faire société

mediapart.fr, Jean-Claude Charrié, le 22 Décembre 2009

Quelles pratiques démocratiques ? Pour mieux faire société

La mode, la grande mode est à la « démocratie participative ».

Aujourd’hui « leitmotiv » assumé de leaders politiques célèbres et célébrés, la démocratie participative est en réalité dans les tuyaux depuis bien avant la dernière élection présidentielle, elle trouve ses racines si je ne me trompe dans la décentralisation, du moins dans sa forme et son acception moderne.

Et nul doute qu’ils sont forts nombreux, tous les élus et toutes les élues qui « s’en réclament ».

De quoi s’agit-il ?

Tout simplement d’associer. D’associer le citoyen à la prise de décision, d’associer la « société civile » à l’exercice politique, d’associer la mythique démocratie directe à la désormais suspecte démocratie représentative.

Pour une étude très sérieuse de la chose, je ne saurais trop recommander les travaux de Pierre Rosanvallon, en particulier « La légitimité démocratique » (Septembre 2008 au Seuil).

En contrepoint, je vous propose, beaucoup plus brièvement ici, de rester au raz des pâquerettes et de la chose vécue, de notre quotidienne citoyenneté en quelque sorte.    

Au-delà de l’association des gens aux décisions qui les concernent, il s’agit bien en effet de légitimité.
Les prémices de cette affaire sont peut-être à rechercher du côté par exemple du Conseil Economique et Social inscrit dans notre constitution de 1958
(lui-même lointain héritier à en croire Wikipédia d’une initiative de la IIIe République en 1925).

Puis il y eut aussi et vivent encore, les « commissions extramunicipales », les « conseils de quartier », « les assemblées de ceci ou de cela »… toutes formes qui doivent beaucoup à notre gauche nationalement minoritaire pendant les si longues années de règne du Général, puis de Pompidou, puis de Giscard.

Ce fut une éternité, un tunnel pendant la traversée duquel la gamberge est venue au secours de l’impatience et/ou de la frustration.

Et l’imagination prenant le pouvoir faute de l’exercer, les esprits en surchauffe n’ont pas manqué de produire, d’inventer, de construire et d’argumenter.

Et c’est ainsi que sont convoqués au sacre de la démocratie participative, tous les archétypes de la rhétorique démocratique tout court : contre pouvoirs, équilibre des pouvoirs, démocratie directe … tous concepts procédant de l’exercice critique légitime d’une minorité.   Et c’est à partir de ces constructions théoriques, de ces représentations principielles qu’il me semble intéressant d’apprécier Lire la suite

Malgré l’échec de Copenhague, M. Sarkozy continue d’investir le terrain de l’écologie

lemonde.fr, Arnaud Leparmentier, le 21 décembre 2009

Malgré l’échec de Copenhague, M. Sarkozy continue d’investir le terrain de l’écologie

On continue comme avant. En dépit de l’échec de Copenhague, Nicolas Sarkozy veut continuer d’occuper le terrain de l’écologie en France. « Le président ne cédera pas d’un pouce sur les engagements qu’il a pris« , explique Franck Louvrier, conseiller en communication de l’Elysée.

Le chef de l’Etat recevra en début de semaine les associations environnementales et compte, selon M. Louvrier, prendre des « initiatives fortes », alors que de nouveaux rendez-vous sont attendus au printemps 2010 à Bonn, en Allemagne, et à la fin de l’année à Mexico. Il n’empêche, la France est menacée d’un « Copenhague-blues ».

« Il va y avoir un questionnement sur les politiques française et européenne qui avaient vocation à s’inscrire dans un espace mondial« , analyse la spécialiste de l’environnement, la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet. « Ces politiques ne perdent pas forcément de leur pertinence, mais doivent être réinterprétées. Soit l’on tombe dans les désillusions : le monde va dans le mur, allons-y gaiement sous la pression des industriels qui demanderont la levée des contraintes. Soit l’on persévère. Mais cela implique de poser la question de la compensation carbone aux frontières de l’Europe ou d’un espace plus vaste de pays décidés à lutter contre le réchauffement« , précise-t-elle.

Toutefois, la taxe aux frontières proposée par M. Sarkozy ne fait pas l’unanimité en Europe. Mme Kosciusko-Morizet déplore que l’Union européenne impose essentiellement des normes. Elle propose la création d’une politique de l’environnement intégrée, par exemple en matière de recherche.

« PERSÉVÉRANCE »

A l’approche des élections régionales de mars 2010, la droite veut capitaliser sur l’engagement écologique du chef de l’Etat. L’UMP oppose son « écologie populaire » qui lie environnement et croissance, à l' »écologie politique » des Verts, qui aurait reçu un camouflet. « On l’a bien vu à Copenhague, l’argument de la décroissance ne fonctionne dans aucun pays du monde« , estime M. Louvrier, qui conseille aux Verts de « faire un séminaire pour repenser leurs thèses ».

L’idée est de se différencier du parti écologiste après le coup de semonce reçu en septembre à Rambouillet, où les Verts ont failli gagner une législative dans une circonscription ancrée à droite. « Nous devons tenir notre discours sur la croissance verte créatrice d’emplois« , renchérit Mme Kosciusko-Morizet.

Il convient aussi de convaincre les Français qu’ils ne sont pas dispensés d’efforts. « L’Europe fait partie des grands pollueurs« , rappelle Brice Hortefeux, le ministre de l’intérieur. Le gouvernement ne remettra pas en cause l’introduction au 1er janvier de la taxe carbone, qui renchérira le prix de l’essence. « Les Français toucheront leur chèque Vert en février », affirme M. Louvrier.

Pour Hervé Mariton, « Copenhague est une invitation à la persévérance ». Le député de la Drôme, proche de Dominique de Villepin, estime que la politique de l’environnement doit Lire la suite

« On a oublié d’inviter la Terre à la conférence sur le climat »par Michel Serres

lemonde.fr, Michel Serres, philosophe, propos recueillis par Catherine Vincent, le 21 décembre 2009

« On a oublié d’inviter la Terre à la conférence sur le climat »

Professeur à l’université de Standford, Académicien, Michel Serres est l’un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture. Dans son dernier essai en date, Temps des crises (éd. Le Pommier, 84 p., 10 euros), il retrace les bouleversements qui ont récemment transformé notre condition humaine, et soutient que la planète doit devenir un acteur essentiel de la scène politique. Nous lui avons demandé sa version du sommet de Copenhague.

Douze jours de négociations pour aboutir à un accord a minima : la montagne a accouché d’une souris. Pourquoi un bilan si décevant ?

Copenhague est à la géopolitique ce que les accords de Munich, en septembre 1938, ont été à la politique : un compromis lâche et dilatoire. Mais la comparaison s’arrête là. Si le sommet sur le climat a été un échec, c’est d’abord parce que mettre 192 personnes autour d’une table relève de la grand-messe plus que de négociations véritables. Le problème vient surtout de ce que ces 192 personnes sont des hommes d’Etat, dont la mission première est de défendre les intérêts de leur gouvernement et de leur pays. La politique, c’est son rôle, examine les relations humaines, fussent-elles conflictuelles.

Or, l’enjeu de Copenhague n’était pas les relations humaines, mais le réchauffement de la planète, la fonte des pôles, la montée des eaux, la disparition des espèces. Il s’agit d’un objet qui dépasse l’horizon classique du politique. Ce que montre avant tout le sommet de Copenhague, c’est que les limites du politique, au sens traditionnel du mot, sont aujourd’hui atteintes à un point sans précédent dans l’histoire.

L’échec était donc écrit d’avance ?

Il était en tout cas probable, et pour une raison simple : on a oublié d’inviter à Copenhague un partenaire essentiel, composé d’air, de feu, d’eau et d’êtres vivants. Cette absente, qui n’a encore jamais siégé dans aucun Parlement, je l’appelle la « Biogée », pour dire en un seul mot la vie et la Terre. C’est un pays dont nous sommes tous issus. Qui va représenter ce pays-là ? Quel sera son ambassadeur, quelle langue parlera-t-il ? Cela reste à inventer. Mais nos institutions ne peuvent plus désormais se contenter de jeux à deux. Le jeu de demain doit se jouer à trois : nous ne pourrons plus rien faire sans tenir compte de la Biogée.

Jouer à trois, que voulez-vous dire ?

Il y a un tableau de Goya, Duel à coups de gourdin, qui l’explique très bien. On y voit deux hommes se battre avec des bâtons. De ce jeu à deux, qui va sortir gagnant ? Quand Hegel met aux prises le maître et l’esclave, il donne le résultat de leur lutte (l’esclave devenant le maître du maître), mais il oublie de dire où se déroule la scène. Goya, qui est peintre, ne peut pas se permettre cet oubli, et il situe cette bagarre… dans les sables mouvants. A mesure que les deux hommes se tapent dessus, ils s’enfoncent ! Et voilà pourquoi le jeu à trois, aujourd’hui, devient indispensable.

Les hommes politiques peuvent continuer de gérer leurs conflits de façon stratégique, guerrière ou diplomatique : tant qu’ils oublieront de représenter la Biogée, ils s’enfonceront dans les sables mouvants. A Copenhague, j’aurais voulu que ce tableau soit au milieu de l’amphithéâtre !

« Si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé », a ironisé le président du Venezuela, Hugo Chavez, durant le sommet. Que vous inspire cette remarque ?

Ce que souligne Chavez, c’est la suprématie qu’a prise l’économie dans la gestion de notre monde. Depuis cent cinquante ans, il est entendu, aussi bien par la gauche extrême marxiste que par la droite la plus pure, que l’économie Lire la suite

Planète : la société civile ne peut plus compter que sur elle-même, par Corinne Lepage

lemonde.fr, Corinne Lepage, vice-présidente du MoDem, présidente de CAP21, eurodéputée, le 22 décembre 2009

Planète : la société civile ne peut plus compter que sur elle-même, par Corinne Lepage

Tout d’abord, soyons clairs. C’est un échec sur toute la ligne et il n’y a même pas de quoi sauver la face. Il n’existe aucun accord puisque les 192 nations réunies à Copenhague n’ont fait que prendre acte d’un texte sans l’approuver. Il n’y a aucun accord puisqu’il n’y a aucun engagement. Aucun objectif précis dans la lutte contre le réchauffement climatique n’est fixé pour 2050, et a fortiori pour 2020. Et contrairement à ce qu’a annoncé le président Sarkozy, les trois annexes jointes au texte accepté par vingt nations ne seront pas remplies puisque aucun accord n’a été signé.

C’est un échec humiliant pour l’Europe puisque le président Obama, qui n’a pas été à la hauteur de son prix Nobel, a présenté ce pseudo-accord aux Européens après l’avoir négocié avec la Chine, l’Inde et le Brésil. Non seulement l’Europe s’est révélée incapable de parler d’une voix et d’avoir sa place, mais encore elle apparaît comme à la traîne, alors qu’elle est en réalité, parmi les pays industrialisés, la seule à avoir pour le moment réalisé des efforts concrets. Enfin, pour ceux qui, comme le président Sarkozy ou Gordon Brown, croyaient pouvoir endosser l’habit de sauveur de la planète, l’échec est encore plus retentissant.

Il est évident que tout ou presque est à recommencer. Personne – à commencer évidemment par tous écologistes sincères – ne doit se contenter de lancer des invectives et de désigner des responsables. Chacun doit repenser la stratégie pour ne pas laisser le champ libre aux fossoyeurs organisés de Copenhague et d’une partie au moins de l’humanité.

Eviter que ce fiasco se transforme en succès pour les climato-sceptiques, les pétroliers et autres lobbys – dont la cupidité, l’esprit de rentier, et pour certains le simple ego, l’emportent sur tout, y compris leur simple intérêt d’être humain, responsable, ne serait-ce qu’à l’égard de leur propre famille – à l’instar du patronat d’un grand pays industrialisé fêtant au champagne au Bella Center, vendredi soir, l’échec de la convention ou du premier ministre du Canada qui se dit très heureux de l’échec ? La réponse est dans la révolte, le refus de toute résignation et l’action organisée des citoyens et consommateurs.

Eviter que les débuts d’une économie verte, qui pourrait jouer un rôle majeur dans la transformation du monde, même si ce n’est pas la solution unique, ne se fracassent devant une incertitude des politiques publiques à venir ? La réponse est dans la responsabilité sociale des entreprises, le développement de la consommation responsable et les nouveaux comportements qui encourageront les entreprises dans cette voie.

Eviter que les engagements financiers à l’égard des pays en développement, à commencer par l’Afrique et l’Alliance des petits Etats insulaires (Aosis), même s’ils n’ont pas été formalisés dans un accord, soient oubliés, à commencer par l’Europe qui a besoin de redorer son blason. La réponse est dans le changement d’attitude à l’égard de l’Afrique, en particulier, pour rétablir la confiance en tenant à la virgule les promesses faites et en assurant réellement les transferts de technologie et la réalisation d’opérations concrètes.

Il est désormais clair qu’il n’est plus possible de faire confiance aux politiques, devenus des hommes d’affaires et non des responsables politiques, pour reprendre l’expression du président brésilien Lula, pour résoudre les problèmes du monde. Le court terme et les visions géostratégiques l’emportent sur le fondamental : notre survie.

Il restera de l’année 2009 que les dirigeants du monde ont été capables de sauver les banques et de leur allouer des milliers de milliards de dollars sans contrepartie, mais ont été incapables de mobiliser quelques dizaines de milliards de dollars pour éviter la disparition de zones entières, l’exode de millions de personnes, l’accroissement de la famine et de la pauvreté de millions d’autres ou les conséquences humaines des phénomènes extrêmes. Et même, puisqu’ils semblerait que cela soit la seule donnée qui compte, la perte de centaines de milliards de dollars, puisque c’est le coût du réchauffement, réévalué récemment par Lord Stern.

Il faut donc changer de gouvernance et le gouverneur Schwarzenegger l’a clairement exprimé. Ce n’est pas dans les couloirs de Washington, a-t-il affirmé, mais dans les grands mouvements sociaux, citant le mouvement des femmes ou de la résistance à la guerre du Vietnam, que se font les grands changements. Au fiasco de Copenhague, il faut opposer les réalisations présentées par les villes et régions, dans toutes les régions du monde qui, elles, changent le monde concrètement. Les technologies existent. Restent à trouver les financements en particulier dans le Sud.

La société civile ne peut désormais plus compter que sur elle-même pour assurer son avenir, et c’est cette gouvernance qu’il convient d’organiser. Notre qualité de consommateur doit être utilisée pour choisir en fonction de nos objectifs généraux. Et si la Chine décide de refuser des efforts et exporte son carbone en considérant qu’il doit être mis à notre débit, la réponse est simple : refusons ses produits et achetons-en d’autres fabriqués à proximité ou issus du commerce équitable. Ce que les politiques occidentaux n’ont pas été capables de faire, les consommateurs, s’ils le décidaient réellement, pourraient le faire.

De même, décidons d’encourager les entreprises socialement et environnementalement responsables en favorisant leurs produits au détriment des autres. Un mouvement de grande ampleur en ce sens est indispensable, et il ne pourra se faire qu’avec une alliance entre les grandes associations de consommateurs, les ONG oeuvrant pour le développement et celles qui agissent pour le climat. Il est indispensable que le monde de l’écologie au niveau national comme au niveau international fasse sa mue pour Lire la suite

Climat : qui est responsable du Flopenhague ?

sciences.blogs.liberation.fr, sylvestre Huet, le 21 décembre 2009

Climat : qui est responsable du Flopenhague ?

Qui est responsable du Flopenhague ? La question est posée dans nombre d’éditoriaux depuis ce matin, après le résultat de la COP-15 de Copenhague, et la réponse est souvent naïve.

Les méchants gouvernements n’auraient pas écouté les gentilles ONG environnementalistes. La solution au problème serait de les écouter plus à l’avenir, dans un système de gouvernement mondial miraculeusement compétent, honnête et n’écoutant que les impératifs du développement durable et l’intérêt des générations futures.

Cette vision relève plus des bisounours au pays des négociations mondiales sur le climat que d’une analyse lucide des raisons de leur enlisement actuel.

Comme l’affiche ci-dessus le suggère, le plus gros lobby ayant conduit Obama à la position minimaliste adoptée à Copenhague, c’est tout simplement… celui de ses électeurs. Et c’est pourquoi il ne suffit pas de rompre avec la brutalité d’expression de Georges Bush – l’auteur de «American way of life is not negociable» – pour rejoindre le bal des bons sentiments et des Yaka professés par la plupart des ONG. La grande majorité du peuple américain ne veut pas bouleverser en profondeur un mode de vie énergivore, n’entend ne le négocier avec personne, et c’est cela le « problème » – si problème il y a – d’Obama.

Si Hu Jintao ne veut pas de contrôle sur les émissions de son pays et refuse d’aller plus loin qu’une croissance des émissions inférieure à celle de son PIB, c’est que 200 millions de chinois ont les moyens d’acquérir une voiture et ont bien l’intention de le faire. Et les deux milliards d’être humains qui n’ont pas d’électricité aimeraient bien en avoir… or, elle se fabrique à plus de 60% avec du charbon et du gaz. Toute approche du problème ne partant pas du fait suivant : 80% de l’énergie consommée dans le monde – pour se nourrir, se loger, se chauffer, se déplacer, travailler et commercer – provient de combustibles fossiles, n’a aucune chance de déboucher sur des solutions efficaces. Dénouer le noeud gordien climat/développement constitue le point de passage obligé d’une politique lucide.

Qu’avions nous à Copenhague ?

► Des gouvernements de pays industrialisés et démocratiques – USA, Canada, Europe de l’Ouest, Japon… – contraints de reconnaître la solidité du dossier scientifique des climatologues. Mais incapable de construire un programme économique, technologique, mais surtout social voire culturel, susceptible de conduire à l’objectif des 80% de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Le volet international d’un tel programme consisterait à une réorientation massive des investissements vers des activités peu ou pas carbonées, à l’aide d’encouragements (prêts à taux zéro….) pour ces derniers, et à des mécanismes défavorisants (prêts à taux élevés, taxes) les activités fortement carbonées. En l’absence de miracle technologique, un tel programme suppose en effet non seulement d’utiliser massivement toutes les technologies connues non ou peu émettrices de carbone, mais également de réduire des consommations, des activités, les importations massives d’objets fabriqués dans les nouvelles usines du monde, en Chine et ailleurs. Ou alors il faut remplacer les charters de retraités allant passer une semaine à Louxor ou Marrakech par des bateaux à voiles. Ces réductions d’activités ne seraient aujourd’hui pas acceptées par les électeurs, donc il faudrait choisir entre démocratie et bonne politique climatique si ce choix avait un sens.

La vérité, désagréable, c’est que même les leaders politiques ayant compris (si l’on en croit leurs discours) la direction à long terme, ne savent pas comment y parvenir… en restant au Lire la suite

Une économie durable ? Ce n’est pas gagné…

alternatives-economiques.fr, Guillaume Duval, décembre 2009

Une économie durable ? Ce n’est pas gagné…

L’économie peut-elle devenir durable ? On en est très loin pour l’instant, et notre capacité à y parvenir avant que l’humanité se soit fracassée sur les conséquences des désastres écologiques qu’elle a suscités paraît bien incertaine. Cela tient moins à la difficulté technique de la chose, bien réelle, qu’aux obstacles sociopolitiques qui s’opposent à toute réorientation rapide et massive de nos modes de production et de consommation. Car les actions à mener ont à la fois un coût élevé et un impact très fort sur la distribution des richesses et des positions sociales. De quoi heurter de puissants intérêts et remettre en cause bien des positions acquises. Dit autrement, réduire les inégalités du monde et de nos sociétés est à la fois une condition pour engager les réorientations nécessaires et, en même temps, une condition pour obtenir des résultats à la hauteur de l’enjeu.

Des outils à disposition

Les périls écologiques qui se sont accumulés depuis les débuts de l’ère industrielle sont colossaux. Dans le contexte de la conférence de Copenhague, il est beaucoup question actuellement du changement climatique et des moyens de le limiter. Et c’est bien normal: il s’agit incontestablement d’une des menaces à la fois les plus lourdes de conséquences et les plus difficiles à combattre, car pour être efficace, la lutte doit absolument être mondiale. Mais le climat est malheureusement très loin d’être le seul problème: les pénuries d’eau douce, la dégradation des sols, les pertes de biodiversité, l’accumulation des déchets toxiques dans notre environnement et dans les chaînes alimentaires…, nous n’avons que l’embarras du choix, alors même que la croissance de la population mondiale, bien qu’en net ralentissement, devrait se poursuivre encore jusqu’au milieu du siècle. Sauf guerre ou catastrophe sanitaire, pas totalement improbables dans le contexte actuel.

Pourtant on sait, dans une grande mesure, ce qu’il faudrait faire. Tout d’abord réduire rapidement et massivement l’usage des combustibles fossiles et des matières premières non renouvelables. Production d’énergie, transports, isolation des bâtiments…, on maîtrise déjà de nombreuses techniques pour y parvenir. Il y a une quinzaine d’années déjà, un rapport du Club de Rome intitulé « Facteur 4 » dénombrait toutes les technologies qui permettraient de diviser par quatre les consommations tout en offrant les mêmes services au final. Et encore, un de ses auteurs, Amory Lovins, du Rocky Mountain Institute, aux Etats-Unis, expliquait-il qu’à l’origine ce rapport devait s’appeler « Facteur 10 », mais qu’il avait été décidé de n’afficher « que » Facteur 4 pour ne pas effaroucher les incrédules… On sait également que si l’on consacrait à ces questions un effort de recherche et développement majeur, au détriment par exemple de celui consacré aux armes de destruction massives, nous serions en mesure d’élargir rapidement le champ des possibles.

Au-delà des technologies proprement dites, on sait aussi dans quelle direction il faudrait réorienter le système productif et les modes de consommation. Il faut emprunter la voie de ce qu’on appelle « l’écologie industrielle » ou encore « l’économie circulaire »: comme c’est le cas dans la nature, les processus de production que nous organisons ne doivent plus produire de déchets, mais Lire la suite

Changement climatique : Les psychologues se mobilisent aussi

courrierinternational.com, le 18 décembre 2009

Les psychologues se mobilisent aussi

La tendance actuelle à vouloir réagir face au changement climatique est certes liée à de nombreuses raisons économiques ou politiques, mais surtout à des facteurs psychologiques. Telle est la conclusion du Sydney Morning Herald à la suite des débats houleux qui ont précédé, en Australie et ailleurs, l’ouverture de la conférence de Copenhague.

La charge émotionnelle que les débats ont suscitée n’est pas si surprenante, commente le journal de Sydney. Les politiciens sont des hommes, et la nature humaine étant ce qu’elle est le plus grand blocage pourrait être ni économique ni politique mais psychologique.” Les sondages montrent que plus de 80 % des Australiens acceptent le fait que le changement climatique est dû aux activités humaines et que 70 % de la population souhaitent que les gouvernements lui donne la plus grande priorité. “Avec un tel consensus, on pourrait penser que nous sommes en alerte maximum ; que citoyens et élus sont mobilisés pour faire le nécessaire. Néanmoins, le soutien mondial à cette action a été décrit comme large de ‘1 km mais épaisse de 1 mm’”, regrette le SMH.

Qualifiée de “tragédie ordinaire”, la situation présente, où se mêlent inaction, inertie, incompétence et incompréhension, rappelle l’exemple qu’utilisait le sociologue américain Garrett Hardin pour commenter les ravages écologiques occasionnés par des bergers partageant les mêmes pâturages. S’ils ne pensent qu’à leur intérêt personnel en mettant trop de bêtes sur ces terres, les bergers détruisent les pâturages pour tout le monde, y compris pour eux-mêmes. “Des facteurs sociologiques œuvrent contre le partage des responsabilités. Des pays craignent de prendre trop de risques ; que le coût soit disproportionné ; que des ‘électrons libres’ évitent de faire quoi que ce soit. De telles craintes ont aboli la volonté politique d’agir face à une menace mondiale.”

Le Sydney Morning Herald mentionne les conclusions d’une étude que le groupe de réflexion Taskforce sur l’interface entre la psychologie et le changement climatique mondial a présentée, en août dernier, à la prestigieuse American Psychological Association (APA), indiquant qu’existent des obstacles encore plus fondamentaux, d’ordre psychologique, à cette action.

D’abord, il est plus difficile d’avoir peur de quelque chose qui se produira dans un futur éloigné. Le changement graduel de température de la planète n’est pas perçu comme un danger personnel imminent, donc son risque apparaît réduit ; on ne lui donne pas la priorité absolue parmi d’autres dangers, comme celui de perdre son emploi, par exemple.

Ensuite, nous sommes dans l’incapacité d’apprécier les effets du futur. En illustration de cette assertion, “des études ont montré que si l’on nous donne le choix entre prendre maintenant 50 dollars ou attendre six mois pour avoir 100 dollars, invariablement nous prenons les 50 dollars”. Ce n’est donc pas une surprise si l’on hésite à souffrir un peu maintenant pour un bénéfice qui n’apparaîtra que dans quelques décennies.

La Taskforce relève aussi que lorsqu’il y a incertitude, les individus ont tendance à hésiter ou ne pas agir du tout. “Tout climatologue sérieux n’hésitera pas à dire qu’il reste un certain niveau d’incertitude quant au changement climatique. Et ceux qui déclarent qu’il n’y a aucun problème – une minorité mais qui trouve un écho dans le public – exploitent cette incertitude.”

Le groupe de réflexion trace également un parallèle entre l’inaction concernant le changement climatique et l’attitude de déni fréquemment adoptée quant aux effets du tabac sur la santé : il est plus facile Lire la suite

Bordeaux : Le projet Darwin bien lancé

sudouest.com, Yann Saint-Sernin, le 19 Décembre 2009

BORDEAUX. La transformation de la caserne Niel débutera au printemps 2010

Le projet Darwin bien lancé

 «Doux rêveurs », entendait-on parfois pour qualifier les porteurs du projet Darwin. Aujourd’hui, Philippe Barre et ses acolytes de la holding spécialisée dans le soutien d’entreprises impliquées dans le développement durable, Évolution, savourent. Hier matin, la CUB a finalement voté à l’unanimité la cession de 10 000 mètres carrés de foncier sur l’ancienne caserne de Niel à la Bastide, pour un montant de 1,3 million d’euros. Soit le prix réclamé par l’entreprise.

Après l’avis favorable obtenu le 15 décembre sur le permis de construire déposé en juillet dernier, autant dire que le projet semble bel et bien sur les rails. « Nous attendions ce vote depuis plusieurs mois. C’était le verrou principal pour la réalisation du projet. Désormais, le calendrier est ouvert », se réjouit Jean-Marc Gancille, directeur du développement durable de la société.

15 millions d’euros

Le rêve quelque peu pharaonique du PDG d’Évolution, Philippe Barre, devrait donc devenir réalité. Il s’agit à terme de transformer les 20 000 mètres carrés de la vieille caserne militaire en pépinière écoresponsable où cohabiteraient entreprises, commerces, associations culturelles et institutions. Le tout dans une enveloppe la plus respectueuse possible de l’environnement. « Nous voulons en faire un lieu d’échange et de décloisonnement avec des espaces communs », explique-t-il.

Les travaux, dont le montant est toujours estimé à 15 millions d’euros (foncier compris), devraient débuter par le curage des bâtiments dès le mois de mars, selon Olivier Martin, l’un des deux architectes en charge du projet. Le gros de la rénovation devrait suivre dans l’été. Objectif : livrer les premières tranches en 2011.

Il s’agira du « volet économique » du projet. C’est-à-dire celui portant deux des quatre magasins militaires dont Évolution vient de se porter acquéreur. « La quasi-totalité des locaux est déjà réservée », indique Philippe Barre. En tout, douze PME écocréatives devraient signer les baux courant janvier. Selon la société, « le groupe Suez pourrait aussi se joindre au lot ».

L’endroit devrait aussi comporter notamment des chambres d’hôte « écolodge », des salles de décompression, une crèche écoresponsable, ainsi qu’une « cathédrale d’eau » destinée à recueillir l’eau de pluie et à alimenter une climatisation naturelle.

L’économie avant la culture

Bref, une véritable Sillicon valley du troisième type où chaque élément se verra estampillé du label « éco »… et Évolution. Car outre son rôle de promoteur et d’initiateur du projet, la holding financière devrait prendre des parts dans plusieurs sociétés qui s’implanteront sur le site.

Philippe Barre ne semble d’ailleurs pas refuser le costume de démiurge : « Ce sera une vitrine. Une entreprise doit partager un projet de société, nous voulons montrer la voie d’une sobriété heureuse. » Sobre mais visible, le chantier devrait être Lire la suite

Copenhague Dico, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 19 décembre 2009

Copenhague Dico, par Hervé Kempf

Activistes : le mot sonne mieux que « militants ».

Afrique : doute d’elle-même.

American way of life : dépassé, dégoûtant ou décadent ?

Avenir : mieux vaut qu’il soit pris en charge par les citoyens que par des leaders sélectionnés par l’oligarchie.

Banques : elles vont bien, merci.

Bike Bloc : drôle, non violent, beau, insurrectionnel. Vive la Vélorution !

Capitalisme : désigné par certains comme la cause du changement climatique.

Chameau : « passe plus facilement par le chas d’une aiguille qu’un riche n’entre au paradis » ; selon Jésus-Christ, rapporté par Hugo Chavez, lecteur de livres.

Changement climatique : volet de la crise écologique globale.

Chine : lancée sur une voie sans issue. Freiner avant la catastrophe.

Consommation : toxicomanie.

COP 15 : 15e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Frénétique.

Danemark : confortable.

Développement durable : roue de secours de plus en plus dégonflée.

Double contrainte : ou injonction contradictoire. Exemple : vouloir obtenir en même temps la croissance économique et la décroissance des émissions de gaz à effet de serre (cf. effondrement).

Effondrement : solution trouvée par un individu ou une civilisation pour sortir d’une situation prolongée de double contrainte.

Empreinte écologique : méthode de mesure discutable, mais beaucoup moins que celle du PIB (produit intérieur brut).

Espoir : Lire la suite

Copenhague : les trous béants d’un projet d’accord

mediapart.fr, Jade Lindgaard, le 18 Décembre 2009

Copenhague : les trous béants d’un projet d’accord

Si le projet d’accord de Copenhague ne permet même pas de limiter la hausse de la température au-dessous de 2 °C, alors à quoi sert-il ? C’est l’interrogation explosive formulée dans une note confidentielle du secrétariat de la convention de l’Onu sur le climat – les organisateurs de la Cop 15 – révélée par Mediapart jeudi après-midi. Même si les pays respectent les objectifs qu’ils se sont fixés de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, la hausse de la température mondiale risque d’atteindre 3 °C.

Cette note est un désaveu cinglant. Elle met à bas l’une des principales bases des négociations climatiques: comment faire pour que les émissions de CO2 provoquées par l’activité humaine ne réchauffent pas la température mondiale de plus de 2 °C. Le Giec avait conçu des scénarios de l’évolution du climat. Les récentes données de l’agence internationale de l’énergie que cite la note interne de l’Onu les radicalisent : les objectifs de baisse de 25% à 40% des émissions de gaz à effet de serre, pour les pays industrialisés, et de ralentissement de 15% à 30% pour les pays en développement, ne suffiront pas à empêcher de forts dérèglements climatiques. 

« Ce document prouve que l’accord qui se prépare à Copenhague nous mène à la catastrophe si personne ne réagit, a fait savoir Kumi Naidoo, directeur de Greenpeace International, dans un communiqué. Une augmentation de trois degrés signifie la dévastation de l’Afrique et l’effondrement probable d’écosystèmes dont des milliards d’êtres humains dépendent. » C’est un brusque retour au réel dans la bulle des négociations du Bella Center danois.

Jeudi soir, assis dans l’atrium encore bondé du Bella Center, le climatologue Hervé Le Treut, membre du Giec, illustre la portée des chiffres brassés quasi-mécaniquement depuis qu’ont débuté les négociations climatiques : « Si l’on passe à plus de 2 °C, cela ne veut pas dire que la planète va mourir, mais qu’on rentre dans un monde de plus en plus conflictuel, explique-t-il à Mediapart. Des conflits pour l’eau, l’alimentation, le maintien d’agriculture et de sylviculture durables… Plus on dépasse ce seuil de 2 °C, plus la nécessité de construire un système qui permette le vivre ensemble au niveau politique est important. Mais le danger de conflit dans les sociétés existe aussi si on passe à des mesures trop rapides, mal comprises. »

Cette analyse impressionne beaucoup plus que tous les effets de manche entendus jeudi 17 décembre à la tribune de l’Onu, en ce premier jour de sommet climatique avec les chefs d’Etat. « Quand on a fait des études de vulnérabilité, en particulier des écosystèmes, on se rend compte qu’à partir de 2 °C, l’évolution devient non linéaire, poursuit Hervé Le Treut. Il n’y a plus de proportionnalité entre la cause et les effets. On pourrait avoir des effets plus grands que la cause qui les crée. C’est une zone de danger. Ce n’est pas un chiffre absolu. C’est un seuil, une zone grise dans laquelle il ne faut pas pénétrer. »

Le drame de la conférence de Copenhague, c’est que le nez collé aux documents, les yeux rivés sur l’évolution des alliances diplomatiques, petit à petit les grands enjeux de la négociation sont perdus de vue. C’est la raison pour laquelle l’accord de Copenhague – s’il existe – s’annonce si décevant. En deçà des préconisations scientifiques.

Et il y a la bataille financière. Dix milliards de dollars chaque année Lire la suite

Harald Welzer : Les nouvelles guerres seront climatiques

mediapart.fr, Jacques Dubois, le 15 Décembre 2009

Harald Welzer : Les nouvelles guerres seront climatiques

Dans Les Guerres du climat, Harald Welzer, psychosociologue et quelque peu géopolitiste, poursuit ses investigations sur la violence de masse de l’époque moderne. Mais à celle-ci il donne une actualité particulière en l’inscrivant au cœur de la crise climatique que vit notre planète. En fait, pour lui, de nouvelles formes de guerre vont marquer le XXIe siècle, qui seront particulièrement destructrices et qui vont aggraver ce que Welzer nomme l’asymétrie de notre univers, celle des pays riches face aux pays pauvres.

S’il peut ainsi jeter le pont entre un désastre écologique, qu’il tient pour gravissime, et la violence, c’est qu’il considère le premier sous un angle résolument social — mais culturel aussi, ainsi qu’on verra. Et cela donne un ouvrage certes alarmant mais tout autant passionnant en ce qu’il renouvelle largement le discours écologique habituel. Donc à lire de toute urgence.

Welzer a pour thème de départ la violence de masse. C’est pourquoi il remonte à l’Holocauste ou encore aux génocides rwandais ou bosniaque. Il y allait déjà, note-t-il, de l’élimination d’excédents de population. Or, l’extermination des Juifs n’est pas à lire comme un « retour à la barbarie » mais avant tout comme le produit d’une haute technicité qui permet d’éliminer des milliers de personnes rapidement et, si l’on ose dire, proprement. Ce qui donne valeur paradigmatique à cette violence abominable. Mais ce qui la rend encore « exemplaire », c’est que la population allemande s’est progressivement accommodée de la disparition massive d’une de ses composantes. Cela s’est mis sans retard à aller de soi. Et de même pour les hutus s’accoutumant sans mal à massacrer des voisins tutsis avec lesquels leurs relations étaient bonnes jusque là. Donc violence massifiée par la technique, conjointe avec une accoutumance collective au pire. Voilà le modèle que les catastrophes climatiques vont relancer de plus en plus en notre siècle.

Ici il faut partir de la détérioration de l’écosystème : déforestation et désertification, raréfaction du sol et de l’eau, épuisement des ressources énergétiques, réchauffement généralisé. Conséquence inévitable : les pays qui sont les plus atteints, c’est-à-dire les pauvres, sont aussi les plus mal équipés pour trouver des solutions protectrices ou novatrices. Dès lors, des conflits pour la possession des biens rares surviennent forcément entre groupes différents à l’intérieur d’une même zone. Par ailleurs, les phénomènes migratoires vont se multipliant : des groupes se réfugient là où des ressources subsistent et se heurtent aux populations indigènes ; de l’autre et plus individuellement, un certain nombre de gens tentent d’accéder aux pays riches avec tous les aléas de l’aventure. Dans tous les cas se dessine un horizon de misère qui atteint désormais des États entiers. On estime que trente de ces pays, pour la plupart africains, sont en voie de disparition.

Pour ce qui est des conflits internes, le Darfour est emblématique des  guerres climatiques à venir et qui marqueront le XXIe siècle. Un des aspects de ces drames est la création d’un marché de la violence où les États ne sont plus guère en mesure de jouer un rôle. Y interviennent des armées régulières mal contrôlées, des groupes paramilitaires, des unités d’autodéfense, des « prestataires privés ». Beaucoup de ces soldats étant peu ou pas payés se rétribuent sur l’habitant. Et l’on sait ce que cela veut dire.

Quant aux mouvements migratoires vers les pays riches, Lire la suite

La trajectoire verte de Nicolas Sarkozy

lefigaro.fr, Charles Jaigu, le 16 décembre 2009

La trajectoire verte de Nicolas Sarkozy 

Le chef de l’État arrive ce jeudi à Copenhague, où se tient la conférence sur le climat. Depuis 2002, il s’est progressivement rallié aux idées écologistes.

C’était pendant la traversée du désert de Nicolas Sarkozy, il y a plus de dix ans. Sonné par la défaite de Balladur, le quadra du RPR avait du temps. Et, comme il le dira plus tard, il «prend conscience de ses manques». Un jour, il croise dans un mariage à Neuilly Allain Bougrain-Dubourg, le fondateur de la Ligue pour la protection des oiseaux. Le maire de la ville le salue d’un «vous savez je ne suis pas chasseur !» «Ça tombe bien, moi non plus», répond l’ancien compagnon de Brigitte Bardot et militant antichasse. Ce dernier lui explique que l’écologie n’a pas vocation à être le monopole de la gauche. Le propos intéresse Nicolas Sarkozy, qui lui demande de venir le voir. «Nous avons eu depuis de nombreuses réunions de travail.» Au menu : biodiversité, règne animal en péril. Nicolas Sarkozy papillonne autour de ces sujets désertés par la droite, mais il est loin, très loin d’avoir accompli sa mue. Il se montre simplement conscient que la droite doit élargir son spectre vers les sujets plus sociétaux.

En 2002, Claude Guéant devient son directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur, et il demande à la toute jeune Chantal Jouanno de suivre les dossiers environnementaux. «J’étais l’emmerdeuse qui travaille sur les sujets considérés comme risibles», se souvient-elle. Ancien haut fonctionnaire au ministère de l’Environnement, Guillaume Sainteny se souvient d’ailleurs que le ministère de l’Intérieur restait «totalement indifférent à ces problématiques». Aujourd’hui Chantal Jouanno est devenue secrétaire d’État chargée de l’Écologie. Elle a été la première issue du cabinet de Nicolas Sarkozy à entrer au gouvernement. Quand elle se retourne sur la trajectoire verte du président, elle indique une date : le début du mois de janvier 2007, quand Nicolas Sarkozy, qui a accepté de signer le pacte de Nicolas Hulot, se présente devant un parterre de militants associatifs au Musée de l’homme, pour y lire un texte dont la durée a été limitée à dix minutes précises. Mais le candidat dépasse d’une minute le temps prescrit : il est sifflé par une partie de la salle. Il ressort ulcéré de ces mauvaises manières. Pourtant, selon Jouanno, ce fut un moment décisif : «Nicolas Sarkozy avait mal vécu la pression exercée par Hulot pour signer le pacte. Dans les coulisses ils se sont expliqués franchement, mais il a apprécié des vrais pros qui connaissaient leur sujet», explique la secrétaire d’État.

Sarkozy endosse donc le combat de Hulot, qui fut si longtemps celui de Chirac. Il y voit un intérêt politique – ne pas laisser Ségolène Royal coloniser cet espace politique. Et il y est sans cesse encouragé par une partie de son cabinet, dont Claude Guéant et Emmanuelle Mignon.

La rencontre avec Al Gore

Dans l’intervalle, Sarkozy fait la connaissance de Yann Arthus-Bertrand, lors d’un déplacement resté fameux en Guyane, où il est accompagné de Cécilia Sarkozy. Survol en hélicoptère de la marée verte des huit millions d’hectares de la forêt guyanaise. Le photographe lui parle beaucoup de l’importance capitale des forêts primaires. Message reçu : c’est devenu, au fil des rencontres, l’un des sujets de prédilection du chef de l’État. Le jour de son arrivée à l’Élysée, le 18 mai 2007, le premier hôte de Nicolas Sarkozy sera d’ailleurs Arthus-Bertrand. «On a découvert ensemble son bureau de président», avoue le photographe qui a renoncé au vote vert pour voter Sarkozy, encore tout étonné de voir le tout nouveau chef d’État essayer devant lui le fauteuil de Chirac, et ouvrir la fenêtre pour admirer la vue.

Dès les premières semaines de son quinquennat, Nicolas Sarkozy reçoit les grands experts en matière d’écologie, avant de lancer le Grenelle de l’environnement. Il voit l’économiste Nicholas Stern, auteur d’un rapport sur le péril climatique commandé par Tony Blair, ou Al Gore, alors en tournée de présentation de son film, Une vérité qui dérange, qu’il rencontre trois fois en 2007. «C’est à ce moment-là qu’il s’est forgé une vraie conviction», raconte Chantal Jouanno : «Il était devant des experts de renommée internationale, ce qui le sortait du débat politicien avec les Verts.» Ils lui expliquent alors, diagrammes à l’appui, que le réchauffement climatique actuel – plusieurs degrés en trente ans – n’a rien à voir avec le cycle interglaciaire classique qui s’étale sur 150.000 ans, objection classique des «climato-sceptiques de droite devenus aujourd’hui pro-Allègre», résume l’un de ses collaborateurs. «Sur l’environnement, Sarkozy est à 50% sincère et à 50% dans la stratégie politique», conclut Nicolas Hulot. «C’est lui qui a porté le paquet climat en Europe, c’est lui qui Lire la suite

Les ONG et l’alerte écologique

laviedesidées.fr, Sylvie Ollitrault, le 8 décembre 2009

Les ONG et l’alerte écologique

La préoccupation écologique semble aujourd’hui faire consensus. On en oublierait presque que ce sont des ONG, longtemps perçues comme marginales, qui les premières ont donné l’alerte et porté le mouvement pour la protection de la planète. Retour sur trente années de mobilisations qui ont changé les représentations.

La défense de l’environnement appartient à la catégorie de ces grandes causes mondialisées comme la lutte contre les discriminations ou la promotion des droits de l’homme. Ce qui se joue à Copenhague relève d’un agenda international qui réunit les représentants des gouvernements, les experts internationaux et les organisations non-gouvernementales (ONG). Le rôle de ces dernières en matière de protection de la planète est complexe ; toutefois, depuis l’origine, le cœur de leur action consiste à informer l’opinion publique et à diffuser l’idée que les enjeux environnementaux réclament des décisions d’urgence. Il s’agit pour elles d’alerter l’opinion, de souligner les paradoxes des politiques publiques internationales – notamment les écarts de conduite des États.

Cependant, à l’occasion de cette conférence, on peut constater que les ONG ont peu renouvelé leur répertoire d’action collective, c’est-à-dire les manières et les mises en scènes permettant de porter la plainte ou de défendre un intérêt (en l’occurrence, la défense de l’environnement). Si le scénario est si bien réglé que les acteurs ne font pas preuve d’inventivité, c’est que les organisations sont de véritables professionnelles de la contestation et que leur savoir-faire militant est extrêmement bien rôdé.

Dans la galaxie des contestataires écologistes, certains groupuscules affectionnent l’action directe sans pesanteur organisationnelle (anti-pub, antivivisection, etc.), d’autres réseaux d’obédience anarchiste et antimondialisation peuvent choisir des modes de vie radicalement alternatifs (squatt, retour à la nature). Les partis politiques écologistes, quant à eux, impulsent de nouvelles orientations, relaient des préoccupations notamment environnementales. Tous ces acteurs interagissent, parfois se connaissent, se croisent au moment des grandes mobilisations fédératrices. Néanmoins, les ONG ont un profil tout à fait singulier et incontournable au niveau des négociations internationales. Tour à tour expertes mandatées par les institutions internationales (onusiennes) ou agitatrices maniant l’arme de la mobilisation de l’opinion publique, certaines savent jouer des deux registres tandis que d’autres, en raison de leur histoire, excellent dans l’un plutôt que dans l’autre. WWF, Sierra Club ou IUCN sont reconnus par leurs travaux d’expertise sur les questions de protection, tandis que Greenpeace ou Les Amis de la Terre ont une image de trublion qu’elles utilisent à dessein. Le paysage français de la défense de l’environnement à un niveau planétaire s’est trouvé, depuis le milieu des années 1990, transformé par l’action locale de ces ONG, nées outre-Atlantique, et par l’émergence d’un nouvel entrepreneur en mobilisation, Nicolas Hulot, qui reprend des registres d’action déjà éprouvés mais en y ajoutant son aura médiatique et son style personnel.

Au moment où commence la conférence de Copenhague, cet article se penche sur le dynamisme de la mobilisation écologiste qui, à force de persévérance, a réussi à imposer ses préoccupations sur les agendas internationaux. Les ONG, aux profils si variés, sont parvenues à impulser des orientations environnementales ambitieuses alors que les acteurs politiques locaux peinaient à exiger l’application de ces mesures internationales. Dans un contexte où les questions environnementales sont prises au sérieux par les opinions publiques nationales et où les bonnes volontés politiques s’affichent de toutes parts, les ONG doivent-elles renouveler leur positionnement ? En effet, de nouveaux acteurs se déclarent écologistes (entreprises) et d’autres se disent prêts à réformer dans ce sens (les dirigeants politiques). Par exemple, le style de la Fondation de Nicolas Hulot est-il Lire la suite

Climat : Dans les coulisses des lobbys pétroliers américains

novethic.fr, Béatrice Héraud, le 7 décembre 2009

Dans les coulisses des lobbys pétroliers américains

A l’occasion de la COP 15, France 4 diffuse le 9 décembre un documentaire aussi éclairant qu’inquiétant sur la façon dont les lobbys pétroliers ont influencé la position du gouvernement américain sur le climat pendant l’administration Bush. Alors que le « climategate » fait rage aux Etats-Unis, l’enquête de Paul Moreira nous donne des clés pour mieux comprendre le scepticisme des Américains.

Depuis quelques semaines, le « Climatgate » fait fureur aux Etats-Unis. Cette affaire, qui a finalement moins d’échos en France, est basée sur le piratage de 13 ans d’e-mails échangés par d’éminents scientifiques du Giec. Selon les « climato-sceptiques », ces conversations montreraient que ces climatologues ont cherché à « minimiser le déclin » des températures ces dix dernières années dans le but de renforcer la gravité du changement climatique. Outre-Atlantique, le buzz est tel que les Parlementaires républicains- et certains démocrates- brandissent l’argument du « doute » pour batailler contre le Plan climat d’Obama… A en croire les derniers sondages, ils sont d’ailleurs soutenus par une large frange de la population américaine : selon le Pew Research Center, ils ne seraient plus que 57 % à juger que les preuves du réchauffement sont solides et scientifiquement prouvées.

Pour comprendre pourquoi ces thèses ont tellement de résonnance aux Etats-Unis, le documentaire de Paul Moreira, « Enfumés », diffusé sur France 4, est particulièrement intéressant. Il montre comment les lobbys pétroliers, automobiles, énergétiques, etc, réunis dans ce que les écologistes appellent le « carbon club », se sont infiltrés au cœur même du gouvernement américain, faisant perdre 10 à la lutte contre la réduction des émissions de gaz à effets de serre. ExxonMobil aurait ainsi distribué près de 16 millions de dollars entre 1998 et 2005 à un réseau composé d’une quarantaine de think tanks et de lobbyistes. Si Exxon a ensuite commencé à admettre la réalité des changements climatiques, le retard qu’il a pris sur cette question a fait douter ses plus grands actionnaires. En mars 2006, 17 fonds de pensions américains contrôlant 110 millions d’actions de l’entreprise, avaient demandé à être reçus par le président du groupe pour évoquer sa stratégie sur ces questions.

Petit retour en arrière. En décembre 1997, au sommet de Kyoto, le vice-président Al Gore « prononce une phrase qui sonne comme une déclaration de guerre », commente Paul Moreira : «  Dans mon pays, nous nous souvenons des industriels du tabac qui nous expliquaient que fumer n’était pas mauvais pour la santé. A ceux qui vont chercher à faire obstruction à notre démarche, nous disons : nous ne vous laisserons pas mettre des intérêts privés étroits au dessus de ceux de toute l’espèce humaine… » Et pourtant, à son retour, le Congrès désavouera son engagement sur le protocole de Kyoto…

Les lobbys au cœur de l’administration

Mais c’est pendant les années Bush, où rappelons-le, au moins trois des dirigeants du pays – le Président lui-même, le vice-président Dick Cheney et la secrétaire d’Etat Condoleeza Rice- venaient de l’industrie pétrolière, que ces agents d’influence vont avoir la voie libre pour diffuser massivement leur thèse. Des lois aussi aberrantes que celle permettant Lire la suite

TCHAT avec Pierre Rabhi : Notre modèle de société va déboucher sur un dépôt de bilan planétaire»

liberation.fr, Pierre Rabhi, le 7 décembre 2009

«Notre modèle de société va déboucher sur un dépôt de bilan planétaire»

La conférence sur le climat sera-t-elle à la hauteur des enjeux? Le philosophe et agronome Pierre Rabhi, pionnier de l’écologie, n’y croit pas et propose des solutions pour protéger la planète. Il a répondu à vos questions.

Vrille. La crise économique pourrait-elle avoir un effet positif sur la crise climatique ?

Je crois que c’est abusif de donner le joli nom d’«économie», et incorrect. Ce que nous appelons économie n’est absolument pas de l’économie, puisqu’il s’agit du pillage généralisé de la planète. C’est-à-dire par cette croissance indéfinie sur laquelle nous avons fondé notre mode de gestion des ressources planétaires. Avant toute chose, il faut s’entendre sur ce qu’est l’économie, qui, pour moi, consiste d’abord à répartir équitablement les ressources entre les êtres humains.

Francoise. Cher monsieur Rabhi, mes respects et mon admiration. Voici ma question : comment décroître en France sans créer de chômage ?

Il faut se rendre à l’évidence : notre modèle de société, basé justement sur une vision erronée de la planète, ne pourra certainement pas se poursuivre sans aboutir à une sorte de désastre et de dépôt de bilan planétaire.

La décroissance doit être mise en perspective et graduellement organisée sur les bases d’un vivre ensemble fondé sur ce que j’appelle «la sobriété heureuse», un art de vivre fondé sur la modération. Cela passe, évidemment, par revoir nos comportements. Pour chacun de nous, au quotidien. Il faut aussi militer pour que le politique et l’économique soient révisés sur la base d’une réalité absolue. Nous ne pourrons pas continuer à appliquer le toujours plus sur une réalité planétaire limitée.

boudhinette@yahoo.com. La reforestation peut-elle avoir un impact contre l’effet de serre ?

Oui. Il est connu que la reforestation a des effets bénéfiques sur le climat. Cependant, cette reforestation devrait être précédée d’une réglementation drastique sur la destruction des forêts existantes. Il ne sert à rien de déforester d’un côté, et, de l’autre, prétendre corriger par la reforestation. En gros, cessons d’abord de déforester, et envisageons ensuite l’avenir avec la reforestation.

Kwami12. Pourquoi, selon-vous, la France est-elle aussi en retard par rapport à d’autres pays européens quant à la création de lieux de vie écologiques et solidaires (écovillages, etc.) ?

Je ne connais pas la raison pour laquelle il n’y a pas encore cet esprit ou cette réalité. L’avenir ne pourra pas être au chacun pour soi, ni à une urbanisation extravagante, comme nous en sommes témoins aujourd’hui. La question qui se pose, c’est: qu’allons-nous faire après que notre modèle de société, qui assure la survie des citoyens par des rémunérations et autres moyens, lorsque ce modèle arrivera à ses limites. Il faut absolument une politique Lire la suite

Xavier renou – Une idée à défendre : la désobéissance civile !

idee-jour.fr, le mardi 7 juillet 2009, par Xavier Renou

Une idée à défendre : la désobéissance civile !

Il y a près d’un quart de siècle, l’Europe passait en bloc au néo-libéralisme, à la suite des Etats-Unis. Vraies droites et pseudo-gauches renonçaient du jour au lendemain à leurs vieux habits keynésiens pour se convertir aux politiques dites du consensus de Washington : désinflation compétitive, dérégulation du crédit, des loyers, des taux de change et des marchés financiers, indépendance des banques centrales, politique de monnaies fortes, réduction du coût du travail, transfert massif des revenus vers le capital, sous-traitance et libre-échange imposés ou généralisés, privatisation ou démantèlement progressif des services publics… Avec pour résultat une explosion de la nouvelle pauvreté et de la population carcérale, une accélération du réchauffement climatique et des bénéfices tirés des revenus financiers, l’augmentation des morts aux frontières fermées et la précarisation d’une grande partie de la main d’œuvre.

Tout cela est relativement connu, au moins d’une partie significative de la population, qui a accès au minimum de culture politique et économique disponible dans la presse, dans les cours d’université, dans les livres et dans les interventions de nombre d’associations militantes, écologistes, de solidarité ou d’éducation populaire. Une partie de la population qui pour n’être peut-être pas majoritaire, n’en constitue pas moins une force capable de peser. Mais qui ne pèse pas. Pourtant, les victimes du néolibéralisme et les gens un peu éclairés continuent de défiler dans les rues, de mener des grèves d’une journée par catégorie professionnelle, de fréquenter les conférences où l’on s’indigne ensemble, en se tenant chaud, et n’oublient évidemment jamais de signer la pétition à la fin. Puis rentrent chez eux, en attendant la prochaine occasion de protester en chœur. Pour rien, bien souvent, mais qui ose se l’avouer ?

La contestation ne conteste pas ses propres méthodes

Parce que la contestation ne se conteste plus elle-même. Je veux dire qu’elle conteste l’ordre injuste des choses, mais assez peu ses propres méthodes. Elle soumet le monde à l’analyse, mais choisit de protéger de l’analyse ses modes d’action, dont l’efficacité est pourtant criante. Pour une part, cette absence d’auto-critique peut être mise au compte de responsables associatifs et syndicaux aux situations professionnelles confortables. C’est un processus classique, auquel il est difficile d’échapper : on proteste, puis on s’organise, et finalement certains conquièrent des positions, attachées à des rentes (symboliques ou matérielles) qui leur procurent de redoutables satisfactions : payés, travaillant dans des conditions de travail meilleures que la plupart des salariés, ils ont en prime un supplément d’âme, la considération de leurs concitoyens, et la reconnaissance des médias. Bref, ils ont réussi à se mettre à l’abri contre les maux qu’ils dénoncent par ailleurs, et tant mieux pour eux ! Seulement, du coup, ils regardent la possibilité de changer de méthode, de s’ouvrir à de nouvelles tactiques plus radicales comme présentant des risques incompatibles avec leurs sécurités professionnelles et personnelles. Les permanents du changement qui ne vient jamais n’aiment pas le changement quand il s’agit du leur, on peut le comprendre facilement.

Mimer la contestation d’un ordre sans jamais lui désobéir est devenu notre lot quotidien

Mais on serait de bien mauvaise foi si l’on s’en prenait aux seuls permanents des organisations progressistes : nous, les militants, avons aussi notre part de responsabilité dans cette attitude qui consiste à préférer le confort de moyens routiniers mais absolument sans risques à l’aventure de la radicalité, avec ses formes de résistance plus « désobéissantes ». Mimer la contestation d’un ordre sans jamais lui désobéir est devenu notre lot quotidien : nous déclarons bien sagement nos manifestations, et acceptons par conséquent qu’elles soient dirigées par les forces de l’ordre et qu’elles s’achèvent à l’heure et au lieu choisis par la préfecture de police. Nous continuons de proposer nos pétitions aux gens sans jamais questionner leur efficacité ni le signal qu’elles leur envoient : est-ce qu’on ne leur fait pas croire à la bonne foi des décideurs ? Est-ce qu’on ne les aide pas à se soulager la conscience à peu de frais, en leur garantissant une absence totale de risques ?

L’urgence sociale et environnementale exige pourtant de revenir à des modes d’action plus radicaux. Qu’on se rappelle un peu Lire la suite

Laure Noualhat – Climat : pédaler pour mieux sauter

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 15 décembre 2009

Climat : pédaler pour mieux sauter

Après plusieurs jours de négociations foutraques, l’invitation faisait carrément saliver: « Put the fun between your legs »! Et pour mettre de la joie entre ses jambes, il fallait à tout prix se procurer un vélo (muni d’une selle, rassurez-vous) pour se rendre à l’usine de bonbons, un squat situé dans le nord de Copenhague surveillé en permanence par une caméra de la police. C’est ici que devait officiellement avoir lieu le dernier entraînement des «Bike Bloc», dénomination du groupe de manifestants qui va pédaler aujourd’hui pour pénétrer le Bella Center, où se déroulent les négociations climatiques.

En réalité, c’est dans la cour d’un autre squat, sous de gros flocons de neige, que 150 bikers sont venus accompagnés de leur destrier pour organiser des actions de diversion. « Nous disposons de plusieurs machines pour notre manif' », explique John Jordan, à l’origine des Bike bloc et fondateur de Reclaim the streets, un mouvement né en Grande-Bretagne dont le but ultime est la reconquête des rues, dessinées pour et colonisées par les voitures. La stratégie des Bike bloc se calque sur les regroupements naturels (essaim d’abeilles, nuée de criquets ou banc de poisson) et nécessite trois types d’appareils. Il y a d’abord le «swarm» ou essaim de vélos individuels, rapides, réactifs, se déplaçant en mode anarchique. Puis le Double, double trouble: deux vélos surélevés grâce à un cadre supplémentaire soudé au premier et reliés entre eux par une plate-forme. Pour finir, la machine… Celle-ci sera dévoilée demain. Motus sur la constitution de cet appareil révolutionnaire. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle alimente les spéculations des journalistes du Bella Center: catapulte? Bélier sauteur? Ressort géant? Rendez-vous demain à 8 heures à la station de métro Tarnby.

A l’entraînement cet après-midi, sous les flocons de neige et le froid, les bikers apprenaient surtout à pédaler ensemble. Pour réaliser un swarm, il faut beaucoup d’adresse, une parfaite maîtrise de son destrier, et surtout, exercer son don de l’anticipation: « voir les trous dans la meute, réagir aux mouvements des autres, c’est le plus dur », confirme John Jordan. Lui fait confiance à l’ingéniosité et à la créativité des manifestants, elles seules devraient assurer le succès de la prise du Bella center. Emmitouflée sous quatre couches de pull, Carla prévient: « moi je n’affronte pas la police, au mieux, je fais le clown pour les attirer à moi mais je ne me jette pas sur eux… » Volodia, venu s’entraîner pour la première et dernière fois, ne se fait pas d’illusion. « De toute façon, on va se faire arrêter tout de suite… »

Au fait, la prise du Bella center n’a pas pour objectif de foutre le bordel pour le plaisir de foutre le bordel. Simultanément, des participants à la COP15, qui négocient, ONG, délégués mais aussi diplomates et journalistes vont sortir du Bella center et tenir une Assemblée des peuples sur le parking. L’idée étant de fusionner les participants aux négos officielles avec ceux qui ont animé le sommet parallèle et citoyen qui se tenait au centre sportif Byen, le Klimaforum.

Toutefois, Volodia a raison, il se pourrait que l’action n’ait jamais lieu car la police poursuit ses arrestations préventives. Trois fourgons de police sont stationnés devant l’usine à bonbons, une arrestation. Puis une vingtaine de personnes ont été arrêtées au klimaforum. Par ailleurs, le porte-parole de Climat Justice Action, Tadzio Müller a été arrêté par trois policiers en civil alors qu’il sortait du Bella center. Lundi soir, il avait appelé à manifester pacifiquement lors d’une grande conférence sous un chapiteau à Christiana en compagnie de la journaliste Naomi Klein et de Michael Hardt. Pourtant, ses mots étaient clairs : de la Lire la suite

Corinne Lepage – Copenhague : La réalité en pleine figure

terra-economica.info, Corinne Lepage, Députée européenne (Modem), le 15 décembre 2009

La réalité en pleine figure

Il est désormais certain qu’il n’y aura pas d’accord au sens juridique et l’accord politique devient très aléatoire. Pour plusieurs raisons. D’abord, il est techniquement impossible qu’un texte de 250 pages comportant des centaines de points à régler au niveau ministériel puisse être adopté. Ensuite, parce que le travail préparatoire qui avait prévalu lors du burden sharing européen en 1997 n’a pas été fait. Autrement dit, il n’existe aucun GIEC pour l’application des politiques, capable d’étudier les capacités et les effets de réduction des GES pour chaque pays et de proposer une juste répartition.

Ensuite, encore, parce qu’il est possible de résoudre un problème mais qu’il est très difficile d’en résoudre simultanément 3 qui sont interdépendants et à somme multiple : les objectifs, la contrainte, les modalités de financement. Or, telle est l’équation actuelle. Enfin, parce que la vraie question, celle de trouver la voie d’une gouvernance mondiale pour résoudre un problème planétaire dans lequel il existe une interdépendance de toutes les Nations impliquant une action collective et non la somme d’actions nationales , est posée et que certains Etats refusent, par principe de s’engager dans cette voie.

Or, cette configuration nouvelle de l’interdépendance modifie profondément les rapports de force. Pour la première fois, l’Afrique et le groupe des 77 adoptent une attitude de grande fermeté à laquelle la Chine n’est probablement pas étrangère. Refusant de s’engager dans Kyoto et dans tout mécanisme de financement contraignant et automatique, les Etats-Unis mettent l’Europe en difficulté alors que les pays du sud font de la reconduction de Kyoto pour une seconde période un impératif absolu. La situation est d’autant plus difficile que la parole européenne est peu audible avec une présidence danoise jugée par certains maladroite et des pays à commencer par la France qui refusent de jouer collectif et veulent à tous prix faire croire à leur opinion publique qu’ils vont à eux seuls changer le monde.

Que va-t-il sortir de tout cela ?

Le risque est grand que nous soyons renvoyés à Mexico après que la conférence de Bali qui fut un échec ait renvoyé à Copenhague le soin d’agir. Si tel était le cas, les opinions publiques qui ont été chauffées à blanc et sont à juste titre inquiètes ne pourraient que constater la carence de leurs politiques à assurer la base, c’est-à-dire les conditions de la survie à moyen et long terme. C’est alors le problème de la gouvernance mondiale qui Lire la suite

Le pape donne sa feuille de route à l’écologie chrétienne

plunkett.hautetfort.com, Benoît 16, le 15 décembre 2009

Le pape donne sa feuille de route à l’écologie chrétienne (message du 1er janvier 2010)

Benoît XVI désigne les causes économiques  de la crise écologique et appelle à changer de modèle – L’écologie chrétienne est renforcée et encouragée –  Démarche de conversion – Débat de fond à ouvrir avec les écologistes non chrétiens et les altermondialistes –  Un message magistral, à lire entièrement : MESSAGE DE SA SAINTETÉ BENOÎT XVI POUR LA CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX 1er JANVIER 2010 SI TU VEUX CONSTRUIRE LA PAIX, PROTEGE LA CREATION

1. Au début de cette nouvelle année, je désire adresser mes vœux de paix les plus fervents à toutes les communautés chrétiennes, aux responsables des Nations, aux hommes et aux femmes de bonne volonté du monde entier. J’ai choisi comme thème pour cette XLIIIème Journée Mondiale de la Paix: Si tu veux construire la paix, protège la création. Le respect de la création revêt une grande importance, car «la création est le début et le fondement de toutes les œuvres de Dieu»[1] et, aujourd’hui, sa sauvegarde devient essentielle pour la coexistence pacifique de l’humanité. Si, en effet, à cause de la cruauté de l’homme envers l’homme, nombreuses sont les menaces qui mettent en péril la paix et le développement intégral authentique de l’homme – guerres, conflits internationaux et régionaux, actes terroristes et violations des droits de l’homme – les menaces engendrées par le manque d’attention – voire même par les abus – vis-à-vis de la terre et des biens naturels, qui sont un don de Dieu, ne sont pas moins préoccupantes. C’est pour cette raison qu’il est indispensable que l’humanité renouvelle et renforce «l’alliance entre l’être humain et l’environnement, qui doit être le miroir de l’amour créateur de Dieu, de qui nous venons et vers qui nous allons».[2]

2. Dans l’Encyclique Caritas in veritate, j’ai souligné que le développement humain intégral est étroitement lié aux devoirs qui découlent du rapport de l’homme avec l’environnement naturel, considéré comme un don de Dieu fait à tous, dont l’exploitation comporte une commune responsabilité à l’égard de l’humanité tout entière, en particulier envers les pauvres et les générations à venir. J’ai noté, en outre, que lorsque la nature et, en premier lieu, l’être humain sont considérés simplement comme le fruit du hasard ou du déterminisme de l’évolution, la conscience de cette responsabilité risque de s’atténuer dans les esprits.[3] Au contraire, considérer la création comme un don de Dieu à l’humanité nous aide à comprendre la vocation et la valeur de l’homme. Avec le psalmiste, pleins d’émerveillement, nous pouvons proclamer en effet: «À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci?» (Ps 8, 4-5). Contempler la beauté de la création nous aide à reconnaître l’amour du Créateur, Amour qui, comme l’écrit Dante Alighieri, «meut le soleil et les autres étoiles».[4]

3. Il y a vingt ans, en consacrant le Message de la Journée Mondiale de la Paix au thème La paix avec Dieu créateur, la paix avec toute la création, le Pape Jean-Paul II attirait l’attention sur la relation que nous avons, en tant que créatures de Dieu, avec l’univers qui nous entoure. «À l’heure actuelle, on constate – écrivait-il – une plus vive conscience des menaces qui pèsent sur la paix mondiale […] à cause des atteintes au respect dû à la nature». Et il ajoutait que la conscience écologique ne doit pas être freinée, mais plutôt favorisée, «en sorte qu’elle se développe et mûrisse en trouvant dans des programmes et des initiatives concrets l’expression qui convient».[5] Auparavant, d’autres parmi mes Prédécesseurs avaient déjà fait allusion à la relation existant entre l’homme et l’environnement. Par exemple, en 1971, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, Paul VI avait souligné que «par une exploitation inconsidérée de la nature, (l’homme) risque de la détruire et d’être, à son tour, la victime de cette dégradation». Et il ajoutait qu’ainsi «non seulement l’environnement matériel devient une menace permanente: pollutions et déchets, nouvelles maladies, pouvoir destructeur absolu, mais c’est le cadre humain que l’homme ne maîtrise plus, créant ainsi pour demain un environnement qui pourra lui être intolérable : problème social d’envergure qui regarde Lire la suite

Copenhague : Le mouvement altermondialiste promis à un bel avenir !

copenhague.blogs.liberation.fr, Ronack Monabay (UCJS : Urgence climatique, justice sociale), ; le 13 décembre 2009

Le mouvement altermondialiste promis à un bel avenir !

La manifestation internationale du 12 décembre a été un succès. Plus de 100.000 personnes du monde entier se sont jointes à cette mobilisation unitaire. Au total, 538 organisations de 67 pays ont répondu à l’appel. C’est sous un soleil bienvenu, que le cortège coloré, et son lot de vélos comme c’est la tradition au Danemark, s’est rendu au Bella Center, lieu des négociations officielles. On pouvait lire sur les banderoles et les pancartes de nombreux slogans radicaux tournant autour de l’idée suivante: «Climate Justice means System Change not Climate Change».

On m’a demandé à plusieurs reprises, en tant que membre de l’équipe organisatrice du Klimaforum09, de m’exprimer sur la répression injustifiée qui a eu lieu lors de cette manifestation. Mais se limiter à ces seuls aspects conduirait à se détourner d’une mobilisation massive de fond et des vrais enjeux climatiques qui se jouent à Copenhague, en insistant encore et toujours sur les relations entre police et manifestants. Ce n’est pas un hasard si dimanche pour la première fois les écrans du Bella Center ont diffusé en continu des images de l’extérieur (et non pas des conférences comme c’est le cas habituellement), en l’occurrence celles des arrestations, comme pour assener l’idée que les mobilisations citoyennes sont vouées aux débordements et nier les messages portés des heures durant dans la marche par 100.000 personnes.

Certains médias auraient pu, s’ils l’avaient voulu, évoquer la franche solidarité des centaines de manifestants qui ont refusé de poursuivre la manifestation afin de soutenir les personnes injustement arrêtées, en interpellant les policiers qui constituaient le cordon par des slogans tels que «Let them go». Une action improvisée devant les lignes de la police interloquée par cette attitude bon enfant mais déterminée, le tout alimenté par les rythmes des «sambactivistes»…

Au-delà, cette manifestation est la preuve que les mouvements sociaux rejoignent largement désormais la bataille pour la justice climatique et constitue à ce titre un renouvellement du mouvement altermondialiste. Les mouvements sociaux et les mouvements environnementaux font en effet désormais front commun. Le bloc massif «System Change Not Climate Change» regroupait des mouvements divers tels que les Amis de la Terre, Attac, les réseaux Climate Justice Now! et Climate Justice Action, la Via Campesina et de nombreuses organisations du Sud comme Jubilee South ou Focus on the Global South.

Ces organisations ont défilé pour réclamer un véritable accord contraignant ne s’appuyant pas sur les fausses «solutions» qu’elles reposent sur le marché –dont les récentes crises devraient prouver à tous son inefficacité- ou qu’elles soient technologiques (OGM, agrocarburants, nucléaire, …). La reconnaissance des droits des peuples autochtones -notamment leur droit à participer réellement aux négociations- et celle de la dette écologique étaient également à l’ordre du jour. Derrière toutes ces revendications, c’est bel et bien la logique capitaliste qui est remise en cause et ce d’autant plus que les grandes entreprises ont envahi la ville de leurs logos et le Bella Center de leurs lobbyistes. Le grand prix de la Sirène en colère récompensera le 15 décembre l’entreprise ou le lobby qui a eu l’action la plus néfaste (efficace?) pour bloquer les négociations.

Pendant ce temps là au Klimaforum, le contre sommet de la société civile, une déclaration des mouvements sociaux également intitulée «System Change not Climate Change» a enfin été finalisée. Signée par près de 300 organisations en moins de 3 jours, elle sera présentée prochainement dans des modalités qui restent à déterminer au sein de la COP15. Depuis plusieurs mois, via un forum internet des personnes du monde entier ont envoyé leurs contributions autour d’un ou plusieurs des neuf thèmes du Klimaforum. Une partie de l’équipe du Klimaforum a synthétisé l’ensemble des propositions en rédigeant un premier document, lequel a été soumis à l’ensemble des participants qui ont alors renvoyé leurs commentaires et amendements, permettant la rédaction d’un second document.

Enfin, lors des séances plénières et ateliers des trois premiers jours, toutes les personnes qui le souhaitaient ont pu participer à la finalisation du document. Au terme d’une dernière séance épique, l’ensemble de l’assemblée s’est finalement mis d’accord sur une déclaration finale. Celle-ci est novatrice à plusieurs niveaux. Premièrement, à l’image de la manifestation, elle a rassemblé, les mouvements environnementaux et sociaux et par la même tissé des liens forts entre les questions écologiques et sociales. Si ce n’est pas la première fois, cette alliance très large est révélatrice d’une dynamique renforcée.

Deuxièmement, si elle s’est avérée beaucoup plus longue que les déclarations issues des Forums Sociaux Mondiaux, elle n’en est que plus précise. Radicale tant sur l’état des lieux qu’elle dresse de la situation -une crise multidimensionnelle qui voit converger chaque crise du capitalisme dans sa séquence libérale, elle se veut également source de proposition pour une transition vers des sociétés durables: abandon des énergies fossiles, Lire la suite

Pourquoi le monde gaspille autant de nourriture

lemonde.fr, Gaëlle Dupont, le 11 décembre 2009

Pourquoi le monde gaspille autant de nourriture

Et si, au lieu de chercher à augmenter la production agricole pour nourrir le monde, les hommes commençaient par cesser de gaspiller la nourriture ? Une étude, parue dans la revue scientifique PLOS One de novembre, démontre que, chaque année, 40 % de l’alimentation disponible aux Etats-Unis est jetée. Ce gâchis entraîne la dilapidation d’un quart de l’eau douce consommée annuellement dans le pays (utilisée pour produire ces aliments) et de l’équivalent en énergie de 300 millions de barils de pétrole par an. Ces données confirment des estimations antérieures du gaspillage alimentaire dans les pays développés, évalué de 30 % à 40 % des denrées.

Le phénomène touche également les pays en développement. Les chiffres sont discutés, mais les pertes atteindraient entre 10 % et 60 % des récoltes, en fonction des produits agricoles. « La pensée dominante veut que pour répondre au doublement de la demande alimentaire dans les décennies à venir, il faut augmenter la production, affirme Jan Lundqvist, directeur du comité scientifique du Stockholm International Water Institute (SIWI). Il serait plus rationnel de chercher d’abord à réduire le gaspillage. Celui-ci conduit à une dilapidation de ressources qui se font de plus en plus rares, notamment l’eau. »

Pour aboutir à leur estimation du gaspillage outre-Atlantique, des physiologistes de l’Institut national de la santé américain ont calculé la différence entre les quantités de nourriture disponibles dans le pays et la consommation des habitants, estimée à partir de l’évolution de leur poids moyen.

Résultat : en 1970, chaque Américain absorbait en moyenne 2 100 calories par jour, tandis que la nourriture disponible par personne équivalait à 3 000 calories. Aujourd’hui, ces chiffres atteignent respectivement 2 300 et 3 800 calories. Dans l’intervalle, le poids moyen a augmenté de 10 kg. « La différence entre les deux chiffres correspond aux quantités jetées, explique Kevin Hall, responsable de l’étude. Elles s’élevaient à un peu moins de 30 % de l’alimentation disponible en 1970, contre 40 % aujourd’hui. »

Dans les pays riches, l’essentiel des pertes a lieu « en bout de chaîne ». La distribution rejette une partie des produits en fonction de critères esthétiques, et applique des marges de sécurité importantes sur les dates limites de consommation. Mais des pertes considérables ont également lieu dans la restauration collective et… dans les cuisines des particuliers.

Une étude détaillée du contenu des poubelles en Grande-Bretagne, parue en novembre 2009, estime que 25 % des aliments achetés par les ménages sont jetés. On trouve dans les détritus, par ordre d’importance, des légumes frais et des salades, des boissons, des fruits, des produits de boulangerie, de la viande et du poisson… Selon WRAP (Waste and resources action programme), l’organisme public qui a mené l’enquête, l’essentiel de ce gaspillage est évitable : soit Lire la suite

Eurobaromètre : le changement climatique est le deuxième problème le plus grave auquel le monde est confronté aujourd’hui

europa.eu, communiqué, 2 décembre 2009

Eurobaromètre : le changement climatique est le deuxième problème le plus grave auquel le monde est confronté aujourd’hui

Les Européens demeurent préoccupés par le changement climatique et ils croient que la lutte contre celui-ci pourrait relancer la croissance économique dans l’UE. Telles sont les principales conclusions d’une enquête Eurobaromètre spéciale sur l’attitude du public qui est publiée aujourd’hui.

Margot Wallström, vice-présidente de la Commission européenne, a déclaré: «Le message des citoyens européens est clair : la lutte contre le changement climatique doit demeurer une priorité absolue de l’action de l’UE. Il confirme notre conviction que s’attaquer au changement climatique et surmonter la récession économique ne s’excluent pas mutuellement».

Le changement climatique est un problème très grave

63  % des citoyens européens estiment que le changement climatique est un problème très grave et 24 % un problème assez grave. Seuls 10 % ne le considèrent pas comme un problème grave et 3 % sont sans opinion. 47 % des personnes interrogées pensent que le changement climatique est l’un des deux problèmes les plus graves auxquels le monde est confronté aujourd’hui. Seule la pauvreté est considérée comme un problème plus grave, puisqu’elle est classée en première ou deuxième position par 69 % des citoyens. La plupart des Européens (62 %) croient qu’il n’est pas impossible de l’enrayer.

Une large majorité estime que le changement climatique peut relancer la croissance économique dans l’UE

Selon l’enquête, près des deux tiers des citoyens européens pensent que la lutte contre le changement climatique peut avoir un effet positif sur l’économie européenne. Au total, 63 % des répondants affirment que c’est le cas, contre 56 % en mars-avril 2008. 66 % sont aussi d’accord avec le fait que «la protection de l’environnement peut relancer la croissance économique dans l’Union européenne».

Demande d’une action renforcée

Une majorité d’Européens considère que l’industrie, les citoyens eux-mêmes, les gouvernements nationaux et locaux ainsi que l’UE ne font pas assez pour lutter contre le changement climatique. Seuls 19 % pensent que les entreprises et l’industrie prennent des mesures suffisantes pour lutter contre le changement climatique, contre 30 % dans le cas de l’UE. Bien que ces résultats marquent une évolution positive par rapport à mars-avril 2008, une majorité variant de 55 % à 72 % estime que les mesures sont insuffisantes à ces niveaux. 63 % des Européens confirment avoir agi d’une manière ou d’une autre pour lutter contre le changement climatique, alors que 31 % déclarent le contraire.

Les citoyens européens sont prêts à payer plus pour une énergie plus verte

49  % des citoyens interrogés indiquent qu’ils seraient prêts à payer plus cher une énergie produite à partir de sources émettant moins de gaz à effet de serre, alors que Lire la suite

ONG à Copenhague : Une mobilisation militante à l’ampleur inédite

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 12 décembre 2009

Une mobilisation militante à l’ampleur inédite

Pour Jorn Andersen, moustache et cheveux poivre et sel, le succès est déjà au rendez-vous : « 522 organisations de 67 pays ont appelé à la manifestation de samedi. Ce sera le plus grand rassemblement au Danemark depuis les protestations contre la guerre en Irak ». M. Andersen est un des militants danois qui préparent depuis des mois ce qui sera sans doute la mobilisation la plus importante jamais vue sur le changement climatique.

La manifestation devait partir en début d’après-midi de la place du Parlement, au centre de la capitale danoise, pour rejoindre le Bella Center, à six kilomètres, où se tient la Conférence sur le climat des Nations unies. Le mot d’ordre : « changer le système, pas le climat » (system change, not climate change). Multicolore et internationale, elle réunit les associations écologistes traditionnelles (Greenpeace, WWF, etc.), mais aussi le mouvement altermondialiste réuni dans la coalition Climate Justice Now, et une coalition plus nettement anticapitaliste, Climate Justice Action.

« JUSTICE CLIMATIQUE »

Ce rassemblement marque l’élargissement de la question climatique au-delà de l’environnement, jusqu’aux questions économiques et sociales. Pour Christophe Aguiton, d’Attac, « le premier enjeu est d’obtenir un bon accord, qui reconnaisse la responsabilité historique des pays du Nord, qui n’introduise pas les mécanismes de marché dans le changement climatique, qui trouve des ressources pour le Sud. Mais il y a un deuxième enjeu : que les mouvements sociaux s’impliquent dans cette bataille pour exiger la justice climatique ».

Depuis deux jours, les militants arrivent par train, auto ou bus, logeant en appartements communautaires, dans des entrepôts aménagés, chez des amis, voire dans des caravanes. Leurs motivations sont diverses. Pour Corrina Cordon, venue de Londres, « la croissance n’est plus possible, on attend de la manifestation que le public puisse dire qu’il faut faire quelque chose pour que ça change« . Jonas Schnor, étudiant danois en théâtre, pense que « la façon dont nous vivons est mauvaise pour la planète, nous devons changer. Moi, je vivrai avec moins de consommation que mes parents« . Karine Plantier est venue de Nantes dans un bus alimenté à l’huile de tournesol. Elle vient « dénoncer » le projet d’aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Si les Européens domineront la manifestation, la conférence de Copenhague suscite un intérêt planétaire exceptionnel. « La couverture de l’événement est très importante au Brésil, dit Andrea Fran, un journaliste brésilien, il y a même une télé qui fait une émission d’une heure par jour sur ce qui s’y passe. »

Quel impact la manifestation aura-t-elle sur la négociation ? Elle appuiera nettement Lire la suite

Copenhague, les actions sur Bordeaux – De Copenhague à Bordeaux : Climat, Pont BaBa, Agriculture, Vague bleue, Facteur 4…

Collectif Gironde Copenhague 09, Communiqué de presse, le 7 décembre 2009

De Copenhague à Bordeaux : Climat, Pont BaBa, Agriculture, Vague bleue, Facteur 4…

Les négociations de Copenhague sont dans l’impasse !

Girondine, Girondin, prends ton avenir en main

Du 7 au 18 décembre 2009, le plus grand sommet sur le climat jamais tenu, aura lieu à Copenhague. Nous sommes à un carrefour de l’histoire humaine. Ce sommet est considéré comme un de nos « derniers espoirs » d’arrêter le changement climatique. Les critères minimum de réussite des négociations sont la réduction de 40 % des GES des pays développés d’ici 2020 et une aide de 110 milliards d’euro par an aux pays du Sud.

Après la Flash Mobilisation du samedi 5 décembre à 12h18 devant le Grand Théâtre, à l’initiative de Greenpeace Bordeaux  avec 150 personnes le Collectif Gironde Copenhague 09 appelle les Girondines et les Girondins à se retrouver :

–        mardi 8 décembre – Soirée-débat à 19h00 au Boulevard des Potes 29 rue Bergeret à Bordeaux. Diffusion du film « Climat en crise » support à un débat sur le dérèglement climatique.

–         mercredi 9 décembre – A l’initiative du Collectif Gironde Copenhague 09 pour un concert de casseroles pour la pose par les élus de la première pierre du Pont Bacalan-Bastide. Rendez-vous à 18h30 sur les quais au niveau de Cap Sciences. A noter que Trans’Cub organise à 12H30 la pose de la première « pierre tombale ». 

– jeudi 10 décembre – A l’Athénée municipal de Bordeaux à 19h30, la Confédération Paysanne de Gironde organise une Conférence-Débat sur le thème : Agriculture et changement climatique. Comment assurer une production agricole répondant aux besoins des populations, dans un climat bouleversé,  tout en minorant radicalement les dégagements de gaz à effet de serre ?

samedi 12 décembre

Manifestation « Ni nucléaire, ni effet de serre » à partir de 11h00 au miroir d’eau sur les quais face à la Bourse à Bordeaux avec TchernoBlaye…

…ensuite à partir du miroir d’eau, à l’appel du Collectif Gironde Copenhague 09 en écho avec la manifestation qui aura lieu à Copenhague, déambulation festive dans Bordeaux avec une Batucada, musique brésilienne, tout le monde habillé en bleu, avec chapeau ou bonnet de bain, lunette de soleil ou de plongée, tuba… vos pancartes et vos banderoles,  vos casseroles ou autres ustensiles à faire du bruit… arrivée de la vague bleue au Grand Théâtre, place de la Comédie…

…où l’association TACA sera présente de 17h00 à minuit pour une veillée climatique (350.org, tck tck tck…). A 19h regroupement des jeûneurs volontaires en soutien des militants de Climate Justice Fast en grève de la faim pour le Climat depuis le 6 novembre. Plus d’information : <http://www.climatejusticefast.com/> <http://taca.asso-web.com/>

lundi 14 décembre – Spectacle débat « Les enjeux de Copenhague » de 20h30 à 22h30 salle La Glacière, rue Armand Gayral, à Mérignac. Le spectacle « Le grand Chaud du Facteur 4 », pédagogique et interactif, sera en introduction du débat entre la salle et les représentants associatifs et municipaux organisateurs de la soirée (entrée gratuite).

Les 26 membres du Collectif : Lire la suite

Atelier sur le Co-habitat à Bordeaux – Le partage fait maison : La longue route d’H Nord

sudouest.com, Julien Rousset, le 10 Décembre 2009

LOGEMENT. La mairie consacre un atelier de deux jours à l’habitat coopératif, qui voit des résidents s’associer pour créer puis gérer leur immeuble. Deux projets à l’étude sur Bordeaux

Le partage fait maison La longue route d’H Nord

Un « vivre-ensemble sobre » : c’est le mot d’ordre des militants de l’habitat coopératif, dont quelques représentants, venus d’Allemagne, de Mulhouse, de Lyon ou de Bordeaux, phosphorent depuis hier à la mairie, réunis dans un atelier que devrait conclure aujourd’hui Alain Juppé.

Relancé par la flambée des loyers et par les appétits de concertation, ce système d’habitat coopératif est encore, en France, embryonnaire. Si bien que pour cet atelier, il y a tout à penser, y compris la définition même de cette forme de logement.

Chambres d’hôtes partagées

La version orthodoxe veut que des habitants s’associent en coopérative pour concevoir, puis gérer leur propre immeuble. Ces coopérateurs sont propriétaires, non pas de leur appartement, mais des parts de la coopérative qui gère les appartements. « Chacun est locataire de son logement mais collectivement propriétaire de l’immeuble », résume Thomas Nesme, au nom de l’association H-Nord.

Les habitants sont ainsi liés par l’évolution de leur cadre de vie : chaque décision concernant leur résidence est prise lors d’un vote, où, en principe, un habitant ou un ménage valent une voix. Et, en vue d’économies d’énergie, pas mal de prestations sont communes, mutualisées : buanderie, laverie, garage à vélos, voitures en autopartage… ou même, selon le projet lyonnais du Village vertical présenté hier, des chambres d’hôtes, réservées pour moitié à des amis des locataires, et destinées, pour l’autre moitié, aux touristes, avec les recettes qui vont avec.

Festival de difficultés

Quand il s’agit de passer à la mise en oeuvre, ce modèle achoppe toutefois sur un festival de difficultés, largement abordées hier au cours d’une discussion qui slalomait entre enthousiasme et tâtonnements. Par exemple, il n’y a pas encore, en France, de statut juridique propre à cet habitat en coopérative. Plusieurs projets « explorés » hier se rapprochaient plutôt de la copropriété. La conduite d’une telle entreprise par de seuls habitants paraît par ailleurs périlleuse. « Les coopérateurs doivent apprendre cinq ou six métiers à la fois ! », a averti une cheville ouvrière du Village vertical de Lyon, un juriste ajoutant que tout projet d’habitat coopératif doit s’appuyer sur « au moins trois professionnels : un architecte, un notaire spécialisé dans ce régime et un expert-comptable ».

Autre aléa apparu dans diverses expériences d’habitat coopératif : la difficulté à mobiliser des volontaires. « Il n’est pas facile de toucher les ménages susceptibles d’être intéressés », Lire la suite

Croissance contre «décroissance», la guerre est déclarée

slate.fr, Thomas Legrand, le 8 décembre 2009

Croissance contre «décroissance», la guerre est déclarée

Le consensus autour du sommet de Copenhague dans la classe politique française est un leurre. Il existe un vrai clivage.

Depuis la signature du pacte de Nicolas Hulot, pendant la campagne de 2007 et le Grenelle de l’environnement, on a pris l’habitude d’entendre des accents écologistes dans le discours du président. C’est relativement nouveau (2007) et ça représente une virevolte idéologique assez spectaculaire, si l’on y réfléchit bien. Elle est soudaine mais personne ne peut dire (et finalement peu importe) si elle est due à l’analyse de l’évolution des rapports de force politique ou à une véritable prise de conscience de l’ampleur de la catastrophe annoncée. Un peu des deux sans doute.

Alors au fur et à mesure que se généralise l’idée de l’urgence écologique, on assiste aussi, et tout naturellement, à la naissance d’une écologie dite de droite et d’une écologie dite de gauche. La différence entre ces deux versants de l’écologie se cristallise autour de la définition de la croissance. Après avoir affirmé qu’il était écologiste et qu’il œuvrait pour le sauvetage de la planète, Nicolas Sarkozy, à l’approche des élections régionales, a dû réadapter son discours pour ne pas valider trop ouvertement les thèses des écologistes et risquer de subir la fameuse règle (qui ne se vérifie pas toujours d’ailleurs), la règle du «quand on a la choix entre l’original et la copie, on préfère toujours l’original»… donc il s’est démarqué. Ce n’est pas une démarcation que tactique, elle correspond d’abord à une différence idéologique.

Le chef de l’Etat développe l’idée d’une écologie qui ne fustige pas la croissance, qui, de ce fait, accepte et même promeut le nucléaire, présenté comme une énergie propre, non émettrice de CO2. En réaffirmant sa foi en la croissance, l’écologie dite de droite peut également se présenter comme une idéologie du progrès qui fait le pari que les avancées technologiques apporteront les solutions de remplacement à la raréfaction et au danger des énergies fossiles. Ces idées sont par exemple défendues par le philosophe Luc Ferry. C’est ce que le Président appelle la «croissance verte»... Réconcilier croissance et écologie correspond à un positionnement assez confortable. Il comporte une forme d’optimisme qui tranche avec les analyses déprimantes et catastrophistes des écologistes classiques. Il permet, en plus (et pour une fois), de mettre la droite dans le parti du mouvement, de la foi en l’avenir.

Un positionnement qui promet enfin de ne pas trop bouleverser nos modes de vie consuméristes, voilà pour l’aspect conservateur nécessaire pour rassurer l’électorat de ce côté du spectre politique. De l’autre côté, les Verts et Europe écologie se classent, eux-mêmes, à gauche. C’est assez cruel pour le PS parce que, en gros, la vision de l’écologie, telle que la développe en ce moment Nicolas Sarkozy, n’est pas éloignée de ce que peut dire un PS qui place aussi la croissance au pinacle. Mais le PS doit éviter l’affrontement idéologique avec les écologistes avec lesquelles ils comptent construire une alternance ! Ils sont donc, en quelque sorte, squeezés du débat !

Parce que de l’autre côté, les Verts et Europe écologie ont aussi un discours spécifique sur la croissance. Contrairement à la caricature que veut en faire Nicolas Sarkozy qui dénonce leur penchant pour la décroissance, les écologistes (la plupart d’entre eux en tout cas) refusent d’employer ce terme qui reprend Lire la suite

Jean-Paul Besset (Europe Ecologie) face à Pierre Moscovici (PS) : «Vive la sociale» ou «sauvons la planète» ?

hebdo.nouvelobs.com, Daniel Cohn-Bendit, Guillaume Malaurie, Maël Thierry, le 3 décembre 2009

Jean-Paul Besset (Europe Ecologie) face à Pierre Moscovici (PS)

«Vive la sociale» ou «sauvons la planète» ?

Taxe carbone contre pouvoir d’achat, croissance contre décroissance, progressisme contre environnementalisme… Entre écologistes et socialistes, l’échange est vif

Le Nouvel Observateur. – Vous avez politiquement grandi l’un et l’autre dans la religion du progrès servie par une croissance éternelle et une nature inépuisable. Et pourtant, à gauche, René Dumond, Edgar Morin, André Gorz ou… Serge Moscovici tiraient très tôt la sonnette d’alarme sur l’inévitable crise de ce modèle trahi par la finitude des ressources. On y est. Pourquoi un tel retard à l’allumage ?

Jean-Paul Besset. – Ce constat-là vaut tout autant pour la gauche que pour la droite. Ces deux grands courants idéologiques sont issus, pour aller vite, de la même matrice : la révolution industrielle. La grande ligne de clivage, c’était la répartition des fruits de cette croissance. Et c’est l’honneur de la social-démocratie d’avoir su utiliser cette richesse pour développer la justice sociale et forger les bases de l’Etat-providence. Mais quand cette manne de la croissance conçue comme une vis sans fin vient à disparaître sous l’impact de la crise écologique, la social-démocratie, qui fut la grande aventure de ces deux derniers siècles, arrive à bout de souffle.

Pierre Moscovici. – Vous semblez considérer que le clivage gauche-droite n’est plus pertinent. Et moi, je continue de penser qu’il l’est, peut-être plus que jamais face à un président liquidateur comme Nicolas Sarkozy ! La question écologique est certes essentielle, mais je ne crois pas du tout que la question sociale soit éteinte. Je note d’ailleurs que les pères de l’écologie qui étaient évoqués, vous avez cité à juste titre le mien, se situent tous dans le champ culturel de la gauche. Je reconnais bien volontiers que le manque d’appétence des socialistes pour l’approche écologique s’explique par leur passé ouvriériste, productiviste ou étatiste. L’avenir, aujourd’hui, je suis d’accord, c’est la social-écologie. Mais pas le dépassement de la gauche et de la droite.

J.-P Besset. – Ne faites pas comme si l’écologie politique ignorait la question sociale, dont vous seriez propriétaire ! Moi aussi, j’ai la question sociale rivée au cœur, mais elle est désormais indissociable de la question écologique. Les inondations, les sécheresses, les cyclones, les mers qui se dépeuplent, les forêts qui reculent et les déserts qui avancent, ça concerne quand même 60% de la population mondiale. La vraie question sociale contemporaine, massive, intolérable, elle est là !

N. O. – Et sur la croissance, verte ou grise, forte ou faible, vous pouvez trouver un langage commun ?

P. Moscovici.

Ce dont je suis sûr, c’est que nous avons toujours besoin de croissance. Prenons l’exemple de la France : il y a 3,7 millions de chômeurs, des déficits publics de 140 milliards d’euros, une dette publique équivalente à 82% du PIB. Je ne sais pas comment nous pouvons résorber ces gouffres financiers, investir dans des programmes écologiques lourds et réduire le chômage sans un taux de croissance significatif. Tout le défi est là : il faut à la fois Lire la suite

Michel Serres : « L’amorce d’un nouveau monde »

lejdd.fr, le 5 Décembre 2009, Michel Serres  

Michel Serres : « L’amorce d’un nouveau monde »

Le philosophe Michel Serres ne veut pas s’illusionner sur Copenhague. Sauf si les politiques admettent qu’ils ne sont pas à la hauteur…

Il a pensé l’écologie quand ce n’était pas à la mode, s’est fait vilipender en voulant introduire la nature dans le débat politique. Aujourd’hui que l’actualité lui donne raison, Michel Serres pense le Temps des crises (*) et se méfie d’un soulagement conjoncturel. Les politiques et les peuples sauront-ils retrouver un lien au monde? En dehors de cela, point de salut.

Copenhague commence, la planète est sauvée ?

Copenhague me passionne, mais méfions-nous de notre regard scotché à l’actualité. On ne rattrape pas si vite des années d’oubli. Les chefs d’Etat, les politiques, seront à Copenhague, chacun représentant leur Nation, leur peuple. Mais personne ne représente la terre; il n’y a pas de représentant des océans, de la banquise, des espèces menacées. Et nos gouvernants n’ont pas la culture nécessaire pour parler au nom de la planète. Elle, personne ne l’a invité au sommet…

Les politiques sont dépassés par la crise climatique ?

La crise climatique est un aspect d’une crise globale : l’homme, l’espèce humaine, a perdu son lien avec la terre, avec la planète, ses rythmes, ses limites et ses dangers. Cette crise-là, les politiques ne sont pas armés intellectuellement pour l’affronter. Depuis des millénaires, la politique, c’est l’art de gérer les relations humaines : les rapports de force, de pouvoir, de territoire, la liberté ou l’oppression.

Ce ne sont plus des sujets ?

Cela reste. Mais la terre, le monde, se dérobe à l’homme, et c’est le sujet politique majeur. Il y a vingt ans, j’ai écrit le Contrat naturel. J’y expliquais pourquoi la politique traditionnelle devait céder la place, puisque que la nature devenait l’enjeu. Tout le monde m’est tombé dessus. Réintroduire la nature dans le débat, c’était du fascisme! Je suis allé présenter ma thèse devant les députés à l’Assemblée nationale. Ils sortaient tous de sciences po, je leur disais qu’ils devaient apprendre la physique et l’écologie, sinon, ils ne s’en sortiraient pas. Ils ont éclaté de rire. Ils avaient un nouveau métier à apprendre, ils ne l’ont pas fait.

«Je tiens les philosophes pour responsables. Ils sont silencieux, pris par l’actualité immédiate»

Il n’y a donc plus d’espoir ?

Non, parce que la science est là. Les scientifiques appréhendent le risque climatique depuis un quart de siècle. La science est la clé, et ceux qui la portent. On le voit avec le GIEC, dont je partage l’optimisme de combat. Les politiques doivent écouter les scientifiques… Ils sont les seuls à avoir une expertise de ces questions complexes.

Mais où est la démocratie si les « sachants » mènent le monde ?

Je connais par cœur cet argument. Mais la clé de la démocratie, c’est le peuple, et le peuple bouge. La question, c’est d’établir un nouveau rapport entre le peuple et la science. Lire la suite

Mélenchon fan d’écologie

Mélenchon fan d’écologie

lemonde.fr, Sylvia Zappi, le 5 décembre 2009

Jean-Luc Mélenchon a décidé d’afficher son ancrage écolo. Lors de la convention du Parti de gauche (PG), qui se réunit samedi 5 et dimanche 6 décembre à Crosnes (Essonne), le député européen devrait annoncer que le nom du parti comportera dorénavant un sous titre Ecologie – Socialisme – République. Et que, comme porte-parole, il a choisi Martine Billard, partie des Verts pour le rejoindre. Aux yeux de la députée de Paris, qui amène avec elle quelque trois cents écolos, « la prise en compte de l’écologie est réelle » et pas seulement un vernis.

Les amis de Jean-Luc Mélenchon entendent proclamer leur flamme écolo aussi fortement que leur fibre sociale et républicaine. « Pour nous, c’est une refondation intellectuelle qui nous fait nous revendiquer de l’écologie politique au nom de l’intérêt général humain pour parvenir au socialisme et à la république« , affirme le président du PG. Pas moins. Plus question d’apparaître comme la « vieille gauche », le PG est moderne et donc écolo.

Et il recrute. Depuis sa fondation, voilà un an, les effectifs ont gonflé pour afficher quelque cinq mille cinq cents adhérents. Des recrues venues du PS – « une centaine depuis un mois », explique un communiqué – et de toute la gauche. « On ne fait pas de gonflette comme le NPA, mais nous, on ne s’est pas mangé de scission ni de tendances », ricane M. Mélenchon.

Faire la différence était vital pour ce petit parti qui a du mal à se faire entendre, coincé entre le PCF et le NPA. Alors, pestant contre le premier qui « reste l’arme au pied en attendant de régler ses équilibres internes » et le second qui « a préféré une ligne gauchiste en partant seul aux régionales », le député européen veut tendre la main aux Verts en préparation des régionales et, pourquoi pas, en faire un nouveau partenaire.

Jean-Luc Mélenchon l’avait déjà fait, mercredi 2 décembre, sur France Inter en lançant à un Cohn-Bendit médusé une proposition d’alliance « préalable » avant de négocier avec le PS au second tour des régionales. Il la refera dimanche en annonçant une rencontre, mardi 8 décembre, avec Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts. « Je m’adresse aux Verts, car c’est là qu’il reste un rai de lumière après les déclarations de Martine Aubry sur France 2, où elle fait une offre d’alliance au MoDem », explique-t-il. Il sait que les écolos doivent décider de leur stratégie pour le second tour en janvier et veut « les aider ». Pour le député européen, l’objectif est simple, déloger le PS de sa position dominante à gauche, et tous les moyens sont bons. Y compris de passer un accord avec les Verts pour leur faire gagner des présidences de région en échange de quelques postes.

Il sait qu’il choque ses alliés du Front de gauche – PCF et Gauche unitaire –, mais n’en a cure. « Je veux être en mouvement, sinon Lire la suite

Copenhague: Juppé favorable à « une forme de décroissance »

tempsreel.nouvelobs.com, AP, le 4 décembre 2009

Copenhague : Juppé favorable à « une forme de décroissance »

Alain Juppé s’est déclaré vendredi favorable à « une forme de décroissance », à trois jours de l’ouverture du sommet de Copenhague, auquel le maire UMP de Bordeaux participera, entrant ainsi en contradiction avec des propos récemment tenus par Nicolas Sarkozy sur le sujet.

Interrogé lors d’une conférence de presse sur la croissance ou la décroissance verte, M. Juppé s’est dit en partie « en phase » avec l’eurodéputé d’Europe-Ecologie Daniel Cohn-Bendit: « La crise et la dégradation de notre planète reposent sur une forme de folie humaine basée sur la démesure généralisée. Faut-il faire de la décroissance? Je pense que dans les pays pauvres, il faut de la croissance et qu’ailleurs, là où l’on gaspille, il est nécessaire d’envisager une forme de décroissance« , a estimé l’ancien Premier ministre. « Le combat pour la sauvegarde de la planète ne doit pas passer au second plan du fait de la crise. La sortie de crise passe par le succès de toutes les initiatives« .

Le 28 novembre, lors de son discours devant les membres du conseil national de l’UMP, Nicolas Sarkozy s’était lancé dans une diatribe contre le principe de « décroissance », prôné notamment par les Verts. « Quand j’entends nos écologistes parfois dire qu’ils vont faire campagne sur le thème de la décroissance, est-ce qu’ils savent qu’il y a du chômage? Est-ce qu’ils savent qu’il y a de la misère dans le monde? Est-ce qu’ils savent qu’il y a près d’un milliard de gens qui ne mangent pas à leur faim et que la décroissance ça veut dire plus de misère pour tous ces gens-là? », avait lancé le chef de l’Etat.

Par ailleurs, M. Juppé a souligné l’importance du sommet de Copenhague: « Il n’y a pas de doute possible: l’enjeu est de sauver les espèces vivantes! Kyoto arrive à échéance en 2012 et il faut obtenir des objectifs chiffrés! », a-t-il lancé.

Alors que 57% des Français estiment dans un sondage (réalisé par l’institut BVA les 27 et 28 novembre auprès d’un échantillon de 1.012 personnes pour BFM/BFM-TV/ »La Tribune ») que Nicolas Sarkozy ne parviendra pas à obtenir un accord fixant des engagements contraignants en matière de réduction de gaz à effet de serre, Alain Juppé ne se « sent pas pessimiste »: « Je vois pour la première fois le président américain prendre des engagements chiffrés et cela va dans le bon sens », a-t-il expliqué.

A Copenhague, le maire de la capitale aquitaine participera notamment au « sommet des villes »: « j’y parlerai de l’implication citoyenne. Les villes sont en première ligne car elles englobent 80% de la population mondiale et concentrent les problèmes de déchets de transport et d’habitat« .

Coprésident, avec Michel Rocard (PS), de la commission chargée de réfléchir sur le grand emprunt, Alain Juppé a insisté sur « le fil conducteur écologique » qui a prévalu. Biotechnologie, énergies renouvelables, Lire la suite

Prochains stages de l’Ecocentre de Gironde : restauration écologique, poêle de masse, ossature bois, terre, chaux, enduits, badigeons, moellonage, géobiologie, eau…

Ecocentre de Gironde, Communiqué, décembre 2009

Prochains stages

La restauration écologique du bâti ancien en avril 2010 :

Public : tout public désireux d’approcher la restauration/rénovation écologique d’un point de vue théorique et global à partir d’exemples concrets (professionnels, autoconstructeurs, amateurs éclairés… )

Formateur : Claude Micmacher, écoarchitecte fondateur de l’Ecocentre® du Périgord.

Il s’agira de faire un tour d’horizon de ce qu’il est nécessaire de maîtriser avant de programmer et d’entamer une restauration/rénovation.

Principaux thèmes abordés :

typologie des constructions anciennes (avant 1920 jusqu’à nos jours), respect des caractéristiques de chaque mode constructif

– introduction au bioclimatisme, solaire passif, éco-conception

propriétés des matériaux écologiques

diagnostics et résolutions des éventuels désordres,adaptations aux rénovations précédentes

gestion écologique de l’eau et récupération des eaux pluviales

Poêle de masse ou à inertie : du 12 au 16 avril 2010, et un mois plus tard : 5 jours de spécialisation sur le même thème.

Public : Tout public ayant l’envie et/ou l’expérience de la maçonnerie.

Formateur : Sébastien Laplace concepteur/constructeur de poêle à inertie.

Conception et construction d’un poêle de masse de type « Rocket Stove ». Le principe : un foyer à chargement vertical et à double combustion (1200°C en température de croisière) brûle du petit bois pendant environ 2 heures (préférence aux résineux). Ensuite les calories des fumées chaudes sont captées dans des conduits de briques de terre crue compressée (BTC). Ces calories sont restituées dans l’habitation pendant 12 à 24 heures par des rayonnements infra-rouges d’une douceur incomparable. Les avantages en sont Lire la suite

Avis défavorable du commissaire enquêteur à Mérignac : L’aéroport entre deux eaux

sudouest.com, Olivier Delhoumeau, le 3 décembre 2009

MERIGNAC. Le commissaire enquêteur rend un avis défavorable concernant un dossier de rejet des eaux pluviales

L’aéroport entre deux eaux

Coup de tonnerre dans le ciel de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Le commissaire enquêteur chargé du dossier d’autorisation de rejet des eaux pluviales de l’aéroport dans les eaux du bassin-versant n° 3 vient de livrer son avis : défavorable (1). De quoi refroidir les projets de développement de l’aéroport.

D’autant que dans son analyse, Jean-Jacques Ducout porte le fer à plusieurs niveaux. Il estime ainsi d’entrée que les observations relatives au transport aérien en général et au low-cost en particulier et qui justifient la demande sont « hors sujet ». « Les aménagements projetés sont liés à une croissance du trafic qui, actuellement, n’est pas démontrée », détaille-t-il. Pourtant, la construction d’une aérogare à services simplifiés est l’élément déterminant dans la stratégie de l’aéroport pour faire face à la menace TGV. Selon les prévisions affichées, le nombre de passagers low-cost à Bordeaux devrait passer de 500 000 en 2008 à 1,2 million à l’horizon 2015. Et les projections portent ce segment à 40 % du trafic total en 2017.

Qualité des eaux

Le commissaire enquêteur s’avoue aussi dubitatif quant à la maîtrise du rejet des eaux pluviales. Le dossier expose la nécessité de travaux s’appuyant sur des données anciennes. « Des événements climatiques particuliers actuels, mettant en cause ces données, ne sont pas pris en compte. » Pire, Jean-Jacques Ducout estime que l’arrêté préfectoral d’autorisation de 1997 (voir ci-contre) formulait des exigences sur les retenues d’eau qui n’ont pas été suivies d’effet.

Côté pollution, il relève les carences dans la qualité des eaux rejetées. Qui seraient dues à la présence de micropolluants minéraux dont l’origine n’est pas déterminée. L’aéroport ne nie pas cet aspect des choses. « Toutefois, dans son mémoire en réponse, il ne donne aucune réponse claire sur la résolution du problème. Des actions de sensibilisation sont en cours. Est-ce suffisant ? L’ambition de qualité des eaux affichée par l’aéroport reste faible », assène Jean-Jacques Ducout. Sur ce point, Pascal Houbre, chargé des relations territoriales et de l’environnement à l’aéroport, plaide qu’il n’existe dans les textes aucun objectif de qualité des eaux de la Devèze sud, ce ruisseau où se déversent les eaux pluviales. Il souligne, par ailleurs, que toutes les préconisations techniques relatives au décret préfectoral de 1997 ont été respectées : création d’un bassin de stockage de 10 000 mètres cubes à côté de Météo France, régulation à 2 mètres cubes par seconde pour le rejet des eaux pluviales, mise en place d’un dispositif de traitement assurant la séparation des hydrocarbures… « On est même allé au-delà, en prenant en compte les autres micropolluants. Malgré notre transparence, on est pénalisé. Ce n’est pas très cohérent », regrette le représentant de l’aéroport.

En première ligne sur le front de l’attaque, les Verts de Mérignac se sont signalés début octobre en votant contre cette autorisation de rejet au conseil municipal.

Métaux lourds

Ils avaient formulé divers griefs : pollution par les métaux lourds (cuivre et zinc) et les pesticides, insuffisance de capacité du bassin de rétention pouvant générer Lire la suite

Laure Noualhat « Climat: militants malvenus à Copenhague ? »

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, Ronack Monabay, le 2 décembre 2009

Climat: militants malvenus à Copenhague?

Le flegme danois est en train d’en prendre un coup. Et c’est à croire que les autorités danoises commencent à se mordre les doigts d’avoir voulu organiser la 15ème conférence sur le climat, vous savez, la fameuse conférence internationale qui démarre lundi et qui doit enterrer ou mettre sous perfusion le protocole de Kyoto…

Demain, une énième manifestation est organisée devant le parlement danois. Pourquoi ? Parce que les autorités danoises ont durci la législation concernant les actes de désobéissance civile. Il faut dire que lesdites autorités paniquent un peu: 5000 journalistes déjà accrédités, 15000 délégués et des dizaines de milliers d’activistes prêts à en découdre pour faire de ce sommet un événement historique. Quelle qu’en soit l’issue.

Ci-après, vous trouverez un texte de Ronack Monabay, qu’il a gracieusement accepté de publier dans ce bistrot. Pour te remercier, cher Ronack, je t’amène un bon Côtes-du-Rhône lundi, en descendant du train. Tiens bon d’ici là!

Minority Report en danois

Jeudi 26 novembre, le parlement danois, dominé par les libéraux et les conservateurs avec le soutien du parti d’extrême droite dit du «Peuple Danois», a adopté une nouvelle loi renforçant les pouvoirs de la police dans le cadre des manifestations. Cette loi, proposée le 18 octobre par le ministère de la Justice, a pour but officiel d’instaurer des sanctions suffisamment dissuasives afin d’éviter tout débordement pendant les deux semaines de la conférence onusienne sur le changement climatique. Le point d’orgue de la mobilisation sera la manifestation internationale du 12 décembre.

Le texte procure à la police des pouvoirs élargis en matière d’arrestation préventive et accentue les sanctions à l’encontre des actions de désobéissance civile. La police aura la possibilité d’arrêter les manifestants pendant une durée de douze heures (contre six précédemment) si elle soupçonne ceux-ci de vouloir enfreindre la loi. «Si, par exemple, des manifestants étrangers louent un autocar pour se rendre à une manifestation légale au centre de Copenhague, la police aura la possibilité d’arrêter l’autocar et tous les passagers, même si ceux-ci ont des intentions pacifiques uniquement, parce qu’elle estimera que l’endroit où se rend l’autocar va être le lieu d’affrontements», explique l’avocat danois Bjørn Elmquist. La garde à vue pour les «étrangers» (nous ne sommes plus Européens dans ce cas) est portée à 72h, contre 24h pour les Danois. La police n’aura pas l’obligation de notifier aux personnes arrêtées ni le motif ou le soupçon à la base de leur arrestation, ni leurs droits – comme la possibilité de voir un avocat afin de contester par la suite cette arrestation – ce qui constitue une atteinte grave aux droits élémentaires

Au-delà de la garde à vue, si la police considère que les manifestants ont entravé le bon déroulement de son travail, elle pourra les embastiller pendant… 40 jours, sur simple décision d’un procureur ! Enfin, l’amende Lire la suite

Naomi Klein : Le passage à l’âge adulte des militants de Seattle sera désobéissant

mouvements.info, Naomi Klein, le 23 novembre 2009

Le passage à l’âge adulte des militants de Seattle sera désobéissant

Le sommet de Copenhague s’ouvrira quasiment 10 ans jour pour jour après que quelques milliers de militants ont bloqué le sommet de l’OMC à Seattle – le « coming out » d’un nouveau mouvement, dont Copenhague marquera le passage à l’âge adulte. Adulte, mais désobéissant, nous explique Naomi Klein.

L’autre jour, j’ai reçu une copie promotionnelle du livre « La bataille de l’histoire de la bataille de Seattle » par David et Rebecca Solnit. Le livre doit paraître 10 ans après qu’une coalition historique d’activistes ait réussi à bloquer le sommet de l’OMC à Seattle – l’étincelle qui a déclenché un vaste mouvement global contre les multinationales.

Le livre est un récit passionnant de ce qui s’est vraiment passé à Seattle. Mais quand j’ai discuté avec David Solnit, le gourou de l’action directe qui a aidé à organiser le blocage, je l’ai trouvé moins intéressé à nous remémorer ce qui s’est passé en 1999 qu’à parler du futur Sommet de Copenhague des Nations Unies sur le changement climatique et des actions pour la justice climatique qu’il contribue à organiser aux USA le 30 novembre prochain. « C’est clairement un événement de type Seattle », m’a-t-il dit. « Les gens sont prêts à tout renverser« .

De fait, la mobilisation pour Copenhague a quelque chose de Seattle : l’éventail des groupes impliqués, la diversité des tactiques qui seront mises en œuvre, comme le fait que les gouvernements de pays du Sud soient prêts à relayer les revendications des militants à l’intérieur du sommet lui-même. Mais Copenhague ne sera pas uniquement un autre Seattle. Il semble plutôt que les plaques tectoniques se déplacent, créant ainsi un mouvement qui construit à partir des forces issues d’une ère antérieure, tout en apprenant de ses erreurs.

Le mouvement que les médias s’obstinèrent à nommer « anti-mondialisation » a vivement été critiqué comme ne proposant qu’une liste fourre-tout de griefs, et très peu d’alternatives concrètes. Le mouvement qui va converger à Copenhague n’est en revanche focalisé que sur un seul sujet : le changement climatique. Il tisse par contre un récit cohérent sur ces causes et remèdes, qui intègre pratiquement tous les problèmes qui se posent de par le monde.

Dans ce récit, le climat ne change pas seulement à cause de pratique polluantes spécifiques, mais à cause de la logique sous-jacente du capitalisme, qui favorise le profit à court-terme et la croissance perpétuelle par-dessus tout. Nos gouvernements voudraient nous faire croire que cette même logique peut servir à résoudre la crise climatique – en créant un nouveau produit commercialisable appelé « carbone » et en transformant les forêts vierges et terres arables en puits censés compenser les émissions incontrôlées (runaway).

Les militants présents à Copenhague répondront que, loin de résoudre la crise climatique, le marché carbone représente une privatisation sans précédent de l’atmosphère, et que les compensations et puits menacent de déboucher sur un pillage des ressources d’ampleur coloniale. Ces solutions basées sur le marché ne vont pas simplement échouer à résoudre la crise climatique : leur échec augmentera de manière dramatique la pauvreté et les inégalités, parce que les plus pauvres et les plus vulnérables sont les premières victimes du changement climatique – en même temps qu’ils sont les premiers cobayes de ces marchés carbone.

Mais les militants présents à Copenhague ne se contenteront pas de refuser tout cela. Avec détermination, ils vont Lire la suite

Dominique Bourg : «  J’en appelle à la démocratie écologique »

terra-economica.info, Dominique Bourg, le 29 novembre 2009

«  J’en appelle à la démocratie écologique  »

Dominique Bourg est directeur de l’Institut de politiques territoriales et d’environnement humain à l’Université de Lausanne.

 « A quelques jours de Copenhague, on est bien obligé d’être pessimiste. Les faits parlent d’eux-mêmes. Sous la pression des lobbies pétroliers et charbonniers, Barack Obama n’a pas encore réussi à faire avaliser par le Sénat son marché du carbone. De son côté, l’Europe a refusé de chiffrer sa contribution sur le climat aux pays pauvres tant que Washington ne dévoilera pas ses intentions. Et, plus généralement, seule l’Europe affiche pour l’heure des objectifs répondant aux appels du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ce dernier recommande en effet une réduction des émissions de 25 à 40 % d’ici à 2020. 

Ce sont autant d’indices qui accréditent l’idée selon laquelle le gouvernement représentatif est aujourd’hui inadapté aux enjeux globaux et de long terme. Il est, par nature, coincé par des frontières spatiales et temporelles. En se développant dans le cadre d’Etats-nations, la représentation moderne impose des limites territoriales à la capacité des citoyens de se sentir concernés par les problèmes de leurs voisins. En outre, la démocratie vit au rythme électoral. Elle n’envisage pas la contrainte à long terme, ne serait-ce que sur les vingt ou trente ans à venir. Vulnérables face au court terme électoral, les élus sont réticents à considérer des changements politiquement risqués, dont les bénéfices ne concerneraient que de futurs électeurs.

L’écologie, ça n’est pas gentil

La légitimité de la représentation moderne est en outre conditionnée par une conception particulière de la liberté : la production et la consommation y sont virtuellement considérées comme illimitées et comme les instruments principaux du bonheur individuel. Or, l’écologie, cela n’est pas systématiquement gentil, ça impose des choses. Face à cette situation, j’en appelle à la démocratie écologique. Cette dernière nécessitera de faire bouger la représentation elle-même, notamment sa chambre haute. Il faudrait en effet pouvoir élire ses représentants sur un programme touchant exclusivement la défense du long terme, tant en matière environnementale qu’en ce qui concerne d’autres enjeux comme le devenir du soubassement biologique de notre condition humaine commune. Et concernant ces enjeux, à certains égards vitaux et à long terme, l’analyse coûts-avantages ne devrait pas avoir droit de cité.

Puis, face à une représentation qui flatte les intérêts particuliers, il faudrait renforcer dans l’espace public ce qui oblige à prendre en compte les causes. Par exemple, les ONG, vecteurs de démocratie écologique. Beaucoup sont de portée internationale ou sont organisées en fonction de territoires environnementaux définis. Leurs ordres du jour ne sont pas liés au court terme des cycles électoraux. Depuis trente ans, les ONG ont largement évolué dans l’espace politique mondial. En France, cette nouvelle gouvernance et la reconnaissance de ces structures ont pris forme depuis le Grenelle de l’environnement et la réforme du Conseil économique, social et environnemental. Plus les ONG feront pression, plus Lire la suite

Diplômé… maître composteur à l’initiative de l’ADEME et du Conseil général de la Gironde

aquí.fr, Piotr Czarzasty, le 26 novembre 2009

Diplômé… maître composteur à l’initiative de l’ADEME et du Conseil général de la Gironde

Plus de 330 girondins sont aujourd’hui guides ou maîtres composteurs. Les derniers viennent seulement de recevoir leurs diplômes le 25 novembre dernier au Conseil Général de la Gironde des mains de l’association formatrice Les Jardins d’Aujourd’hui. Cette curieuse formation, mise en place en juin 2008 par le Conseil Général et l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), a pour objectif de former au compostage et de favoriser ainsi l’essaimage de le pratique sur l’ensemble du département.

Avec 390 kg d’ordures ménagères par an et par habitant, la Gironde se situe aujourd’hui dans la moyenne nationale. Les autorités départementales ne comptent pas cependant en rester là. C’est notamment pour cela que le département a décidé d’encourager des actions comme le compostage afin de réduire le nombre de déchets (Selon les calculs, le compostage pourrait, à lui seul, diminuer jusqu’à 60 kg de biodéchets par an et par personne). Les chiffres sont d’ailleurs encourageants à ce niveau là ; car, en cinq ans, la quantité de matière compostée est passée de 207 à 6 200 t en Gironde. Quant à la pratique du compostage, celle-ci concerne aujourd’hui 33% des Girondins contre 26% il y a trois ans.

Un « achat raisonnable » c’est des déchets en moins

« On veut maintenir cette tendance. », affirme Alain Renard, vice-président du Conseil Général chargé du Patrimoine environnemental commun et du tourisme. L’initiative de la formation des guides et maîtres composteurs comporte d’ailleurs trois principaux « volets ». Le premier, déjà cité, consistant donc à diminuer, à l’échelle de tout le département, le volume des déchets. Deuxièmement, « il s’agit de d’insister sur la prévention, d’agir en amont du compostage lui-même ; car à la base de la majorité des déchets il y a l’acte d’achat. Il faut que celui-ci soit raisonnable. », ajoute Jean-Louis Bergey, directeur régional de l’ADEME. « Par exemple, on doit éviter de jeter des pommes, tout simplement parce qu’on en a trop acheté. »

Du geste individuel à l’action collective

A partir de ces expériences, il s’agit enfin de savoir « si on peut aller plus loin. », s’interroge M. Renard. « C’est-à-dire si l’on est en mesure de passer d’une dimension individuelle à des actions collectives. » On peut déjà noter ici plusieurs exemples d’actions réussies de tri et de compostage des déchets dans le département ; menées notamment par des groupes de jardiniers au Haillan ou les habitants d’une résidence à Saint-Yzan de Soudiac avec l’aide et le soutien de guides composteurs. « On essaie de fédérer les gens autour d’un projet commun ; il faut bien que tout le monde se sente concerné, c’est pour cela qu’on invite des personnes de tous âges, professions, milieux sociaux, pour qu’elles agissent ensemble dans l’intérêt de tous. », souligne Alain Renard.

« Un tas c’est pas du compost »

Quant aux guides composteurs, dernièrement diplômés, ils ne cachaient pas leur enthousiasme pour la formation: « J’avais depuis longtemps Lire la suite

Le PS veut convaincre de la réalité de sa conversion à la « social-écologie »

lemonde.fr, Jean-Michel Normand, le 1er décembre 2009

Le PS veut convaincre de la réalité de sa conversion à la « social-écologie »

A Copenhague, pour le PS, l’important ne sera pas tant de participer que de faire passer un message. Quelques jours avant l’ouverture du sommet mondial sur le climat, les socialistes ne lésinent pas sur les signaux. Martine Aubry a fait savoir qu’elle se rendrait les 15 et 16 décembre dans la capitale danoise avec une délégation.

En attendant, la première secrétaire préside mardi 1er décembre une réunion extraordinaire du bureau national consacrée aux enjeux de cette conférence dont les socialistes « souhaitent le succès ». Pour l’occasion, « des experts et des spécialistes » ont été invités afin « d’enrichir la réflexion engagée en faveur d’un nouveau modèle de développement« . Dans la cour de la Rue de Solferino, au siège du parti, les participants seront accueillis par une sculpture de glace, oeuvre éphémère représentant un globe terrestre.

« Il s’agit d’apporter la démonstration que les socialistes sont capables de prendre la question environnementale à bras-le-corps« , insiste Philippe Martin, député du Gers, récemment nommé secrétaire national adjoint à l’environnement en remplacement d’Eric Loiselet, qui a quitté le PS pour conduire la liste Europe-Ecologie en Champagne-Ardenne aux élections régionales. Ces dernières années, les socialistes avaient beau faire régulièrement référence à la « social-écologie » ou à « l’éco-développement » – le 29 novembre, devant l’UMP, Nicolas Sarkozy en a appelé à « l’écologie populaire » – ils admettent aujourd’hui que leur conversion était superficielle.

Le revers électoral des européennes de juin au profit d’Europe-Ecologie a agi comme un brutal rappel à la réalité. « Il ne faut pas noircir le tableau, plaide Géraud Guibert, co-fondateur du Pôle écologique au sein du PS. Le bilan de nos présidents de région est bon – financement des trains régionaux, interdiction des cultures OGM dans certains cas, fort développement des énergies renouvelables. Le problème est que ces expérimentations ne s’articulent pas avec un discours fort au plan national. »

A en croire Philippe Martin, les socialistes ont défini leur feuille de route. « Notre vision des choses, c’est que toute mesure environnementale doit être socialement acceptable« , dit-il. Au PS, le débat engagé sur la « fiscalité verte », s’est noué autour de l’idée d’une « contribution climat-énergie ». Cette proposition alternative à la taxe carbone vise à instaurer un prélèvement élargi aux entreprises et à l’ensemble de la consommation d’électricité. Encore faut-il s’accorder sur les mesures de compensation attribuées aux ménages, notamment en milieu rural ou péri-urbain. Pour l’heure, le dispositif envisagé reste flou. « Mieux vaudrait opter pour une politique de l’offre, comme en Poitou-Charentes, et concentrer les mesures fiscales vers ceux qui peuvent modifier leur comportement », considère Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres et proche de Ségolène Royal. « On ne peut tout de même pas considérer que la fiscalité écologique n’est envisageable qu’à condition de ne rien coûter ! », Lire la suite

2/3 des viticulteurs bordelais en dessous du SMIC

libebordeaux.fr, Laure Espieu, le 2 décembre 2009

2/3 des viticulteurs bordelais en dessous du SMIC

VIGNE – L’étude a été menée par la Chambre d’agriculture de la Gironde sur les dix dernières années. Elle se base sur le suivi d’un panel de cent exploitations en AOC Bordeaux, et fait le constat alarmant d’une situation qui, depuis cinq ans, ne cesse de se dégrader. «Il y a une morosité et une angoisse terribles», pointe Florence Lamoureux, l’auteur de la synthèse. «Deux tiers des exploitants ont dégagé moins d’un SMIC en 2007/2008, et parmi eux, 20% sont en perte. Les gens ne vivent pas de leur travail».

En dix ans, le chiffre d’affaire a baissé en moyenne de 27%. Les résultats économiques à l’hectare ont été divisés par quatre, voire même par cinq pour les viticulteurs qui vendent en vrac. Et les ressources globales des exploitations ont été réduites de plus de la moitié. «Avec d’aussi faibles ressources, les exploitations vont avoir du mal à faire face aux mises aux normes, tant au niveau du vignoble que des chais», souligne l’auteur, qui perçoit déjà la tendance des entreprises à se  «replier sur elles-mêmes».

Non seulement l’investissement est en berne, mais depuis 2007, les coûts sont brutalement remontés (+20%). «En effet, 2007 et 2008 ont été deux années difficiles d’un point de vue climatique (plus de traitements) et ont été des années de hausse du prix des intrants (phytosanitaires et fuel) ainsi que du barème des fermages», explique Florence Lamoureux. Comme les rendements ont également baissé, pour le millésime 2008, le coût de revient du tonneau était d’environ 1277 euros. Bien supérieur aux cours du vin de Bordeaux qui s’établissent plutôt entre 750 et 900 euros le tonneau.

Obligés de brader leur vin, les viticulteurs cherchent de l’argent ailleurs. Certains vendent leurs parcelles en terrains à bâtir. D’autres ont pu être tentés par l’arrachage, mais Lire la suite

Bassin d’Arcachon : La Sepanso et les associations critiquent sévèrement le projet d’aménagement du territoire

sudouest.com, Bernadette Dubourg, le 2 Décembre 2009

SCOT. La Sepanso et les associations regroupées au sein du Ceba critiquent sévèrement le projet d’aménagement du territoire

« Un brouillon à réviser »

 «Nous sommes déçus par le projet de PADD et très mobilisés pour y apporter les modifications qui s’imposent », résument Jean Mazodier, président de la Ceba qui regroupe 17 associations du bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre, et René Serrano, au nom de la Sepanso.

« On a salué, en son temps, le travail remarquable de l’État et sa note d’enjeux, rappellent les deux associatifs.

Aujourd’hui, nous désapprouvons les orientations qui sont prises par le Sybarval (Syndicat mixte du bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre), et nous tenons à le faire savoir, car ce texte doit être revu ». Explications.

1 Ateliers et séminaires

« Nous avons demandé à participer aux différents ateliers et groupes de travail mis en place pour élaborer le projet d’aménagement et de développement durable, préfiguration du futur Scot (schéma de cohérence territoriale).

Il a fallu une forte pression pour qu’on nous accepte. Il faut reconnaître que nous avons été aidés par certains élus.

Nous avons également participé aux deux séminaires des 16 juin et 15 octobre. Nous avons, chaque fois, fait des observations orales et écrites mais n’avons pas reçu un seul mot d’observation sur nos commentaires. Le sous-préfet que nous avons longuement rencontré nous a cependant assuré que nous interviendrions lors de la consultation. Le Scot est un document fondamental, il ne doit pas être élaboré en vase clos. »

2 La population et l’eau

« Le projet, qui privilégie très clairement les aspects économiques et démographiques, va à l’encontre des exigences de l’État quant à la hiérarchisation des priorités et la prise en compte des enjeux écologiques. L’État incitait à limiter l’accroissement de la population à 35 000 habitants de plus d’ici à 2030. Avec le PADD, nous atteignons les 70 000 habitants, soit une augmentation de la population de 4 % par an, c’est de la folie.

On ne sait pas comment alimenter cette population en eau potable. Le Siba ne sera pas non plus en capacité de traiter les eaux usées. Sans parler des risques Lire la suite

Le Vélib’ bordelais s’appellera VCUB et comptera 139 stations : Télécharger la liste des stations

sudouest.com,Yannick Delneste, le 2 Décembre 2009

TRANSPORT. Le système de vélos en libre-service sera mis en place le 22 février prochain sur Bordeaux mais aussi plusieurs communes de la première ceinture de l’agglomération.

Le Vélib’ bordelais s’appellera VCUB et comptera 139 stations

Télécharger le fichier (.pdf) de la liste des futures stations de vélo

Après le Vélib’parisien, le Vélo’v lyonnais ou encore le VélôToulouse… de Toulouse (bravo !), voici donc le VCUB sur l’agglomération bordelaise. Le nom n’est pas très sexy, on souhaite d’ailleurs du courage aux visiteurs extérieurs pour comprendre : VCUB ou V 3 la typographie sera double pour nommer le système de vélos en libre-service mis en place le 22 février prochain sur Bordeaux mais aussi plusieurs communes de la première ceinture de l’agglomération.

Depuis quelques jours, l’aménagement des 139 stations-vélos (1) a démarré. De 12 « bornettes » sur le quai de Paludate à 41 pour celle où on attend la plus grande fréquentation (Victoire, Stalingrad, Peixotto ou Forum à Talence), elles seront toutes construites dans les semaines qui viennent : outre ces points d’attache, chaque station est dotée d’un « totem », borne-client libérant les vélos à distance après règlement.

99 stations à Bordeaux

« Pour la première fois, un système de vélo libre-service est intégré à une délégation de service public », rappelait hier le président de la Communauté urbaine de Bordeaux, Vincent Feltesse sur le chantier de la station de la Buttinière à Lormont. « Pour la première fois aussi, il se déploie sur l’ensemble de l’agglomération. » 99 stations sur Bordeaux intra-muros (une tous les 300 mètres), 40 en périphérie : les emplacements ont été choisis pour optimiser la multimodalité. 9 sur 10 seront en effet au contact de lignes de tram et de bus.

Ces installations s’accompagnent sur le territoire de 1 050 places-arceaux de stationnement supplémentaires, dont 250 pour le seul pôle de la gare Saint-Jean.

Un vélo de moins de 20 kg

Comment ça va marcher ? Une adhésion à la carte (un jour, une semaine, un mois, une année), le dépôt d’une caution non encaissée et la première demi-heure gratuite, quel que soit l’abonnement souscrit. Les tarifs feront l’objet d’une délibération du conseil de CUB le 18 décembre. 80 stations seront équipées d’un terminal carte bleue. Et pour 31 d’entre elles, Lire la suite