Comment les politiques publiques peuvent-elles orienter les modes de consommation à l’horizon 2030 ? – Rapport : 25 propositions pour une consommation durable

Comment les politiques publiques peuvent-elles orienter les modes de consommation à l’horizon 2030 ? – Rapport : 25 propositions pour une consommation durable

Cdurable.info, David Naulin, vendredi 28 janvier 2011

http://www.cdurable.info/Rapport-25-propositions-pour-une-consommation-durable-Centre-Analyse-Strategique,3223.html

Les études réalisées par le Crédoc montrent que nous sommes de plus en plus nombreux à avoir conscience de la nécessité de protéger notre planète et de s’engager vers le développement durable, mais, que seule une minorité d’entre nous agit en ce sens. Le paradoxe est encore plus important dans la consommation. Les « consomm’acteurs », qui privilégient au moins occasionnellement les produits issus du commerce équitable, de l’agriculture biologique ou de circuits de production régionaux, ne représenteraient environ que 20 % de la population. Face à ces constats, le gouvernement a souhaité que le Centre d’analyse stratégique (CAS) établisse le bilan des pratiques actuelles de « consommation durable », explicite les leviers d’action dont dispose la puissance publique pour modifier les pratiques en faveur d’une consommation plus durable et propose des recommandations en ce sens. Commandé par le Gouvernement, ce rapport du groupe de travail présidé par Elisabeth Laville, présente 25 recommandations pour diffuser pleinement les réflexes de consommation durable au sein de la société française.

Éduquer à la consommation (durable) dès le plus jeune âge

Encourager les initiatives pionnières de terrain dans une logique « ascendante »

Soutenir l’innovation au service de la consommation durable

Mettre en place les outils économiques nécessaires

Encourager l’État et les collectivités territoriales à adopter des politiques de consommation et de commande publique durables

Assurer un suivi pérenne de la politique nationale de consommation durable

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Synthèse du rapport

Avant toute politique de consommation durable, il s’agit de déterminer dans quelle mesure une alternative au modèle de la « consommation-accumulation » est possible. Il ne s’agit aucunement de prôner l’émergence d’une société de la décroissance, qui ne serait compatible ni avec la prospérité de l’économie française ni avec la soutenabilité de notre endettement. Si une évolution vers une société durable doit être amorcée le plus tôt possible, elle ne doit pas être imposée brutalement. Elle devra être suffisamment attractive pour motiver les changements de comportements et se construire en collaboration avec les parties prenantes, comme le souligne le récent livre de Dominique Bourg et Kerry Whiteside, qui propose de « repenser la démocratie » pour répondre au défi écologique [1]. Une politique de consommation durable ne peut de fait se concevoir que dans la mesure où elle s’intègre dans la vision partagée d’une société qui relativise l’importance de la consommation dans nos vies, nos relations sociales, notre culture.

Nous devons faire décroître dès aujourd’hui notre impact environnemental, nos émissions de gaz à effet de serre et les prélèvements de ressources naturelles de manière sélective, dans certains secteurs. Dans le même temps, il est urgent d’explorer les opportunités de croissance liées à la consommation de produits et services durables, innovants (économie de fonctionnalité, écoconception, circuits courts…). Les fondements d’une politique spécifique de consommation durable pourraient donc être posés sous forme d’objectifs simples visant à réduire l’impact des modes de consommation français, en concertation avec les parties prenantes. Cette stratégie devra ensuite être déclinée dans des secteurs prioritaires compte tenu de leur impact (essentiellement l’alimentation, le logement dont l’électronique, le transport dont le tourisme).

L’implication de l’ensemble des acteurs, notamment des ménages dont la contrainte de revenu est la plus forte, est un aspect central et devra conduire à adopter des approches différenciées pour qu’ils ne restent pas à l’écart de cette politique.

Plusieurs facteurs devront être pris en compte pour assurer son efficacité :

  • reconnaître la consommation durable comme un sujet à part entière ;
  • considérer l’ensemble du cycle de vie des produits et services ;
  • instituer une gouvernance mêlant l’approche descendante traditionnelle (réglementation, contrôle, information, incitation, etc.) à une approche plus ascendante, volontaire, participative, à l’écoute des initiatives innovantes, en soutien des groupes sociaux pionniers et déjà convaincus, qui peuvent avoir un effet d’entraînement ;
  • faire évoluer notre modèle de consommation en s’appuyant sur des relais culturels ;
  • adapter la stratégie aux évolutions sociales et technologiques ;
  • viser la réorientation des comportements des producteurs et des consommateurs à long terme.
  • Éduquer à la consommation (durable) dès le plus jeune âge

L’éducation à la consommation devrait amener chaque citoyen, à tout âge, à intégrer le développement durable dans ses réflexes et habitudes de consommation. L’une des difficultés consistera à Lire la suite

Tim Jackson, économiste britannique – « Notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l’environnement »

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2011/01/03/tim-jackson-notre-modele-actuel-de-croissance-cree-des-dommages-irreversibles-sur-l-environnement_1460320_3244.html

lemonde.fr, Tim Jackson, propos recueillis par Hervé Kempf, le 3 janvier 2011

Tim Jackson, économiste britannique

« Notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l’environnement »

Professeur et chercheur à l’université du Surrey (Grande-Bretagne), Tim Jackson est un économiste atypique. En 2000, il devient le titulaire de la première chaire de développement durable créée au Royaume-Uni, à l’université de Surrey. Il y fonde aussi une unité de recherche croisant l’économie, la psychologie et la sociologie.

En 2004, nommé à la commission du développement durable créée par le gouvernement de Tony Blair, le chercheur dirige le travail du groupe « Redefining Prosperity » qui le conduit à écrire Prospérité sans croissance, livre publié en 2007 au Royaume-Uni, et deux ans plus tard en France (De Boeck). C’est l’un des ouvrages d’économie environnementale les plus marquants de ces dernières années. Alors que 2011 débute, M. Jackson livre son pronostic sur la croissance et sur les moyens de faire évoluer le modèle économique actuel, qu’il critique largement.

La croissance peut-elle reprendre en 2011 ?

En ce qui concerne les économies occidentales, la réponse est probablement non. Les mécanismes destinés à maintenir la croissance ont fragilisé le système économique en développant un endettement toxique qui a conduit à l’effondrement des marchés financiers. Or les éléments de cette dynamique de crise restent à l’oeuvre aujourd’hui, car l’expansion monétaire illimitée est par nature instable. De surcroît, le prix du pétrole repart à la hausse.

L’autre aspect de la question est de savoir si l’on peut poursuivre la croissance sans dommages environnementaux irréversibles, sachant que nous vivons dans un monde fini. Pour y parvenir, il faudrait découpler la croissance de la production matérielle, créer de la valeur économique non dans les biens, mais dans les services : loisir, santé, éducation…

Est-ce la tendance suivie jusqu’à présent ?

Non. Les progrès d’efficacité énergétique restent inférieurs à l’expansion de l’économie. De même, les tendances en ce qui concerne la forêt, l’eau ou l’érosion des sols vont dans le mauvais sens. Depuis vingt ans, le discours officiel proclame que la technologie, en dématérialisant l’économie, va résoudre l’impact environnemental négatif de la croissance. Mais ce découplage ne se produit pas. Le niveau de technologie nécessaire pour y parvenir est irréaliste. Ce n’est pas très populaire de le dire, mais la technologie ne peut plus être considérée comme la solution à nos difficultés.

La croissance verte est-elle une piste crédible ?

Il est bien sûr utile d’investir dans une meilleure productivité des ressources et dans les technologies faiblement carbonées. Mais Lire la suite

Hervé Kempf : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

http://www.cdurable.info/Herve-Kempf-l-oligarchie-ca-suffit-vive-la-democratie-Seuil,3147.html

cdurable.info, David Naulin, le 24 décembre 2010

En librairie le 6 janvier 2011

Hervé Kempf : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

Après Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf achève sa trilogie par un essai analysant la crise de la démocratie au regard de la crise écologique et sociale.

« Nous sommes entrés dans un système oligarchique qui n’a d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie »

Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les politologues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens.

Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.

Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l’Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n’y parviendra qu’en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l’équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l’autoritarisme.

Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.

Références : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie de Hervé Kempf – Editeur : Seuil – Date de publication : 6 janvier 2011 – EAN13 : 9782021028881 – Prix public : 14 €

Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, les précédents ouvrages d’Hervé Kempf, ont rencontré un important succès. Ils ont été traduits dans de nombreuses langues. L’intérêt soutenu qu’ils continuent de susciter en fait désormais des références de l’écologie politique.

« Nous sommes entrés dans un système oligarchique qui n’a d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie »

Voici un extrait de l’entretien avec Hervé Kempf réalisé par Thibaut Monnier publié dans Financité de décembre 2010.

Financité : En quoi la finance est-elle liée à la crise écologique ?

Hervé Kempf : Le développement extraordinaire de la spéculation financière depuis une trentaine d’années s’est traduit par une destruction massive de l’environnement et un creusement considérable des inégalités. Le résultat est qu’aujourd’hui une minorité Lire la suite

Le mouvement des objecteurs de croissance (MOC) : Masse critique et suffisance

les-oc.info, Michel Lepesant, le 5 décembre 2010

http://www.les-oc.info/2010/12/masse-critique-et-suffisance/

Masse critique et suffisance

Au cœur de la pratique politique du Mouvement des objecteurs de croissance (le MOC), se trouve la notion de « masse critique ». Dans cette manière de Penser et Faire la transition, sont en jeu : les expérimentations sociales, les alternatives concrètes, les rapports avec les autres partis/mouvements de la gauche anti-productiviste et anti-capitaliste, avec les décroissants, avec les mouvements sociaux. Cette expression ne doit pas être une « formule magique » et certaines confusions doivent être rapidement levées[1] : surtout ne pas réduire cette « masse critique » à une accumulation comptable de « vrais gens » dépolitisés !

La masse critique, c’est qui ?

La masse critique, c’est combien ?

La masse critique, c’est comment ?

La masse critique, c’est quand ? C’est « sans attendre, sans illusion ».

Il serait tellement plus simple de croire encore à la Révolution, celle du Grand soir, celle du prolétariat (comme sujet de la révolution). Les militants seraient encore l’avant-garde éclairée et éclairante, l’avenir serait écrit d’avance et garantirait sans aucun risque de scepticisme ou de pessimisme le sens de nos actions et de nos engagements !

Las, les objecteurs de croissance dénoncent déjà les illusions et les religions que le capitalisme – à chacune de ses phases – ne cesse d’utiliser à des fins de propagande pour modeler nos vies : le scientisme, la technologie, le mythe du progrès, la représentation… Il leur faut aussi ajouter à cette déjà longue liste une nouvelle croyance à rejeter : celle que la prise du pouvoir institutionnel est la condition préalable de toute transformation sociale et politique.

Croyance que partagent les capitalistes comme leurs adversaires socialistes, les sociaux-démocrates de la réforme comme les socialistes marxistes de la révolution, les adversaires trotskistes des léninistes comme les critiques anarchistes des trotskistes, etc. Manière pour les décroissants, quand ils assument d’entrer en politique de se mettre à dos à peu près tout le monde et ainsi de se sentir « décalés » dans presque tous les lieux traditionnels de militance.

Est-ce à dire alors que les décroissants doivent rejeter toute politique et ne plus continuer à poser la question du pouvoir ? Certainement pas mais la piste est escarpée, toujours menacée de glisser soit dans la pente du renoncement et du pragmatisme, soit dans la pente de la caricature et de la simplification. Comment agir politiquement sur la crête ?

La masse critique, c’est qui ?

Il serait tellement plus simple de croire qu’il existe une classe particulière porteuse du Lire la suite

Europe écologie : Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

europe-ecologie.fr, octobre 2010

http://www.europe-ecologie.fr/2010/09/20/manifeste-pour-un-nouveau-cours-ecologique-et-social/comment-page-6/#comments

Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

L’humanité est aujourd’hui devant un choix qui détermine son avenir. Un choix à assumer collectivement et qui requiert, en outre, l’implication de chacune et de chacun. Sous l’impact d’un système aveuglément productiviste et violemment inégalitaire, le train du progrès s’égare. Il faut de toute urgence le remettre sur une autre voie. C’est le sens de l’engagement des écologistes et leur responsabilité, ici et maintenant : ils refusent d’assister passivement au scénario d’une nature qui s’épuise et de sociétés qui se désagrègent ; ils veulent, en association avec les forces vives de la société et les partenaires politiques susceptibles de partager l’essentiel de leur projet, tracer une nouvelle ligne d’horizon sur la base d’une démarche de transition réaliste.

Tel qu’il s’applique, le système de création et de redistribution des richesses ne fonctionne plus. Retournement inédit qui, d’un même mouvement, précipite prédations du vivant et déchirures sociales, déséquilibres et discriminations, pollutions et récessions. Ce bouleversement majeur épuise les ressources aussi bien qu’il creuse les inégalités et déprime les consciences, dressant la biosphère contre les êtres humains et les êtres humains entre eux. Au point que le spectre d’un collapsus historique sans précédent hante l’avenir : celui d’un déclin écologique, économique et social brutal et simultané.

Néanmoins, une aspiration grandissante à refuser la défaite de l’Homme émerge partout dans le monde.

Une multitude d’initiatives entame le modèle dominant et ouvre des voies nouvelles. C’est l’autre visage de la mondialisation et il concerne tous les peuples, toutes les cultures. De nombreux acteurs et actrices de la société et des communautés locales cherchent et trouvent des issues. Ils interviennent dans toutes les couches de la société. Ce sont souvent ceux et celles que la crise fragilise en premier. Ils résistent, s’organisent, innovent, multiplient les initiatives. Chacun et chacune à leur façon, dans leur discipline, leur quartier ou leur village, ils esquissent les contours d’une alternative globale porteuse d’avenir. Des hommes et des femmes luttent et s’engagent, et c’est le seul espoir tangible, le seul point d’appui pour inverser le cours des choses.

Un choc sans précédent

Car les crises n’ont plus de limites. Elles surgissent dans tous les domaines de l’environnement et des activités. Elles se cumulent et s’alimentent pour mettre à nu un système en déroute. Nous sommes parvenus à ce moment clé où la croissance, moteur de l’histoire moderne, a atteint la frontière du possible. L’insoutenable est là, inscrit dans les réalités physiques de la planète et les souffrances des populations : les modes de production et les standards de vie, indexés sur l’imaginaire de la démesure et la boulimie des privilégiés, soumis à la surenchère de la marchandisation et de l’endettement massif, entraînent une consommation de ressources excédant leurs capacités de renouvellement. Elles provoquent un déséquilibre majeur des fondamentaux de la vie et de la culture.

Les conséquences sont sans appel : les modèles économiques et les pactes sociaux d’hier ne résistent pas aux sols qui s’épuisent, aux fleuves et aux mers qui se dépeuplent, aux forêts qui reculent et aux déserts qui avancent, aux séquences brutales d’inondations et de sécheresses, à la disparition des biotopes et à l’érosion de la diversité des espèces, à l’empoisonnement des airs et des eaux.

Déjà, dans les prémisses du chaos énergétique, climatique, alimentaire et sanitaire, dans la mise à sac des biens communs et publics que les logiques financières et marchandes provoquent, un nouveau monde émerge avec Lire la suite

Le Revenu social : sortir de la société salariale

http://cocomagnanville.over-blog.com/article-le-revenu-social-sortir-de-la-societe-salariale-54405880.html

cocomagnanville.over-blog.com, propos recueillis par Gaia Puliero et Yovan Gilles, le 24 juillet 2010

Le Revenu social : sortir de la société salariale

Yovan Gilles : Dans le film encore, André Gorz exprime qu’une crise de la société salariale apparaît aujourd’hui inévitable. Cela ne veut pas dire que le travail va disparaître selon l’idée propagée par Jérémy Rifkin dans les années 1990. À cette période, André Gorz et Jacques Robin dressent un constat à travers un certain nombre d’articles publiés dans la revue Transversale Science et Culture : en bref, l’automation et la robotisation de la production débouchent sur une contraction du volume de travail, de sorte que l’on produit de plus en plus de richesse avec de moins en moins d’heures de travail humain.

L’emploi vient donc à manquer, même si la société ne veut pas entendre parler de crise du salariat et rejette cette évidence, préférant mettre sur le compte de la conjoncture la persistance d’un chômage de masse dans les pays européens. Les deux auteurs incitent à prendre acte d’une mutation qui libère du temps, autant qu’elle produit de l’exclusion par le déni du sens possible de cette mutation. Cette perte de la centralité du travail salarié se traduit négativement par le chômage et la précarisation du travail, mais elle porte aussi l’espoir d’une émancipation progressive du travail salarié, qui est une conséquence irréversible de l’évolution du capitalisme à travers son nouveau mode de management et de gouvernance du travail, le reengenering [1].

Le temps libéré par un mode de production de plus en plus performant doit faire l’objet d’une appropriation sociale. Ce ne sera pas simplement du temps à consacrer aux activités de consommation ou aux loisirs, mais du temps pour travailler autrement, se réaliser. Pour André Gorz le travail comme production de soi se profile à l’horizon des sociétés postindustrielles. En même temps, il se refère à Keynes, qui loin d’avoir la fibre libertaire, prédisait très froidement dans les années 1940 que la semaine de 18 heures serait à l’avenir une réalité découlant logiquement de l’augmentation de la productivité du travail. Cette conception de la production de soi ne va pas de soi, et elle en a irrité beaucoup. Gorz précise que l’autoproduction doit être combinée avec un travail salarié utile, quantifiable, répondant à la satisfaction de besoins sociaux insuppressibles et qui doit être réparti sur la société de la façon la plus égale, comme c’était d’ailleurs l’opinion de Marx. Finalement le travail salarié persiterait pour Gorz sous une forme résiduelle et utilitaire et serait subordonné au déploiement par les individus d’espaces d’autoproduction.

La transition vers une telle société n’est possible que par l’instauration d’un revenu social garanti, ou d’un revenu d’existence (lire un extrait de L’immatériel) qui n’est pas une assistance mais un revenu inconditionnel, donné à chacun, cumulable avec d’autres revenus et activités. Cette position a valu à Gorz des critiques virulentes notamment parce que, à travers la notion de revenu d’existence, beaucoup ont le sentiment que l’on entérine l’exclusion, que l’on rémunère l’oisiveté, et qu’en disjoignant le travail et le revenu on enterre le modèle de la société salariale et les instruments de la justice sociale. Pourrions-nous évoquer ensemble ces questions ?

Marie-Louise Duboin : André Gorz a très clairement fait la distinction entre les deux façons de concevoir un revenu non lié à un travail. Dans une société où le travail est de plus en plus intermittent, l’instauration de ce qui est qualifié maintenant, dans la littérature en général, de revenu d’existence, se substitue aux indemnités de chômage et, en permettant au travailleur de survivre pendant les périodes où il n’a pas d’emploi, le maintient disponible à tout moment. En effet, assurer ainsi une contrepartie à l’intermittence permet à la société Lire la suite

L’autre écologie : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives

cip-idf.org, 2010

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5220

L’autre écologie – Le Sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs

L’autre écologie

L’omniprésence de la « question » écologique ne fait maintenant plus de doute. D’une part, les données écologiques prennent une place centrale dans un « système-monde » en perpétuelle mutation et d’autre part, l’incapacité des états à établir des accords mondiaux sur les émissions de gaz à effets de serre marque un réel échec pour le capitalisme.

Cette incapacité chronique confirme qu’il n’y a rien à attendre d’une conversion verte du capitalisme, celle-ci signifiant généralement une accentuation des inégalités sociales et un écrasement de toutes expressions populaires, elle confirme également que l’écologie n’est pas l’apanage des nouveaux entrepreneurs de l’économie verte et des apprentis sorciers de la gestion écologique mondiale. Une autre idée de l’écologie persiste, une idée démocratique : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives, mais aussi de ceux qui dans certaines luttes s’emparent de cette question alors qu’ils sont jugés a priori incompétents dans ce domaine.

1. L’écologie au cœur des mutations du capitalisme

L’émergence depuis quarante ans de la question écologique, du dérèglement climatique ou de la destruction des écosystèmes et des espèces vivantes a mis en cause les principes du capitalisme industriel. Sous l’influence d’un renouveau dans la théorie économique, les entreprises et les états sont en train d’opérer une modification de leurs modèles productifs sur la base d’une maîtrise des milieux complexes (1) et de la biosphère. Ce renouveau de la théorie économique et cette tentative de maîtrise signifient que l’économie va désormais intégrer des éléments occultés auparavant : les interactions non-économiques ; et analyser quels bénéfices ou pertes elles provoquent sur les échanges économiques. Ainsi la prise en compte et la maîtrise des ressources naturelles rares, des ressources énergétiques, ou des ressources en eau ou en matériaux nécessaires au processus de production, et qui sont le fruit de processus naturels longs de plusieurs millions d’années, deviennent des tâches primordiales pour l’économie et cela constitue une modification fondamentale du capitalisme, celui-ci reposant jusqu’à il y a peu sur un principe de non-limitation des ressources (2).

Si cette révolution écologique est pour le moment sans grandes conséquences visibles sur la destruction des écosystèmes ou sur le réchauffement climatique, c’est que comme le dirait Yann Moulier Boutang ou comme ne cessent de le répéter les cabinets de management : les entreprises et les états n’ont pas encore pris toute la mesure de la mutation qui leur est demandée. Pour ce faire, les états doivent adopter de nouvelles réglementations qui encouragent les entreprises à intégrer la protection de l’environnement et ainsi leur faire prendre conscience que cette question n’est pas réservée aux secteurs spécialisés mais qu’elle concerne toutes les entreprises et que cela constitue un potentiel de croissance important, les premières entreprises à prendre en compte la protection de l’environnement étant celles qui Lire la suite

Paul Virilio: « La Terre est devenue trop petite pour le progrès. »

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 5 juillet 2010

Paul Virilio: « La Terre est devenue trop petite pour le progrès. »

Paul Virilio est un urbaniste d’origine devenu peu à peu sociologue et philosophe à force de penser inlassablement la vitesse. Depuis 1977, date à laquelle il a publié Vitesse et politique, essai sur la dromologie, il réfléchit à l’accélération du monde et à ses conséquences sur l’homme, l’économie, l’environnement, la géopolitique. L’urbaniste a travaillé sur la ville et son territoire. Très vite, il lie le territoire aux technologies qui permettent de le parcourir et de le contrôler. TGV, pigeon voyageur ou internet, avion ou minitel, qu’il s’agisse des techniques de communication ou des techniques de déplacement, le territoire est défini, selon lui, comme un espace-temps qui, finalement, rapetisse.

Dans L’administration de la peur, vous soutenez que la peur est un moyen de gouverner utilisé sans cesse.

Dans nos sociétés, depuis l’origine monarchique jusqu’à nos sociétés démocratiques, la peur fait partie des moyens de gouverner. On le voit bien avec les politiques sécuritaires actuelles. Le pouvoir de la peur domine le pouvoir de la reconnaissance du bien public. Dans ce livre, ce qui parle à travers moi, c’est ma génération qui constate que la même situation revient sans cesse, celle de la peur continuée par d’autres moyens, d’abord atomiques, puis terroristes et écologistes. Ainsi, je réactualise la maxime de Clausewitz selon laquelle «la politique est la guerre continuée par d’autres moyens». Non, la politique, c’est la peur continuée par d’autres moyens. Les trois peurs que j’évoque dans mon livre sont les suivantes: l’équilibre de la terreur, le déséquilibre de la terreur et la peur écologique. L’équilibre de la terreur a cessé avec la chute du mur de Berlin, laissant place au déquilibre de la terreur qui correspond au terrorisme qui peut survenir à tout instant, partout, à Londres, New York ou Madrid. Puis aujourd’hui, nous vivons la dernière grande peur: la peur écologique.

Equilibrer nature et homme, une nouvelle façon de gouverner par la peur?

Oui, l’écologie arrive après et il faut absolument éviter qu’elle conduise aux mêmes paniques. Après la forme interétatique de la guerre froide, la forme plus complexe du terrorisme, la peur écologique me rappelle le Lebensraum, cette notion géopolitique de l’espace vital. Je l’ai bien connue lorsque je travaillais en Allemagne où je voyais des pancartes qui signalaient des « forêts interdites aux Juifs ». L’espace vital niait la présence d’une frange de la population dans un lieu considéré comme sacré… Et bien l’idéologie de l’espace vital peut se superposer à l’idéologie de l’écologie aujourd’hui. Mais attention, je ne suis pas contre l’écologie, il est évident qu’il faut préserver notre lieu de vie. Je dis qu’il faut fse méfier énormément l’idéologie de cet espace qui nous manquerait.

Sans aller jusqu’à qualifier l’écologie d’idéologie totalitaire, pourquoi fait-elle si peur?

Nous sommes mortels et tout ce qui menace notre vie fait peur. Notre survie en tant qu’espèce devient notre grande peur. Il ne faut pas avoir peur, mais faire face car la peur fait partie des questions ancestrales. Dans la crise écologique actuelle, domaine extrême s’il en est, la tentation est grande de vouloir vaincre plutôt que convaincre. Il faut toujours refuser le globalitarisme écologique imposé par la peur parce que c’est toujours au nom du bien que l’on terrorise. En cela, les écologistes ont la tentation de gouverner par la peur. Mais je préfère vous convaincre que vous contraindre. Or, la conviction n’est pas la provocation de la peur, c’est Lire la suite

Bordeaux – Machine à lire – 18h30 : Vendredi 18 juin à 18h30, rencontre autour du dernier numéro d’EcoRev’ : « Urgence écologique, urgence démocratique : vers une sortie civilisée du productivisme ? ».

ecorev.org, communiqué, 3 juin 2010

Bordeaux : rencontre autour de notre n°34, vendredi 18 juin

jeudi 3 juin 2010

Vendredi 18 juin à 18h30, rencontre autour du dernier numéro d’EcoRev’ : « Urgence écologique, urgence démocratique : vers une sortie civilisée du productivisme ? ».

Florent Marcellesi, coordinateur du dossier et consultant en participation citoyenne, présentera un tour d’horizon de mécanismes participatifs, à interroger et comparer « pour repenser la démocratie ».

F. Marcellesi, Isabelle Lamaud et Aude Vidal, tous trois membres du comité de rédaction de la revue, animeront ensuite un débat sur les tensions qui peuvent exister entre les nécessités démocratiques et la question écologique.

A la librairie La Machine à Lire – 8, place du Parlement à Bordeaux

Editorial du N°34

Crise climatique, crise énergétique, crise alimentaire, crise économique, crise de sens, crise de civilisation… La crise écologique, d’ampleur mondiale et aux conséquences « glocales » et transgénérationnelles, n’est plus une menace. C’est une réalité, une urgence. Face à cet impératif écologique, André Gorz nous mettait en garde contre la tentation du « fascisme vert » où « la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes » (Écologie et liberté) et où il expliquait que « la sortie du capitalisme aurait lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare » (ÉcoRev’ 28). Parce que nous croyons que l’écologie politique peut apporter une réponse civilisée à l’urgence écologique, il est indispensable de se pencher sur la théorie et la praxis démocratiques qui peuvent accompagner cette sortie du productivisme et la mise en place d’une gestion soutenable, respectant libertés individuelles et intérêt général aujourd’hui et demain, au Nord et au Sud.

De son côté, Cornelius Castoriadis, qui est ici notre classique, rappelait de même qu’il n’était pas impossible que, face à une catastrophe écologique mondiale, des régimes autoritaires imposent des restrictions draconiennes à une population affolée et apathique. Ce pour quoi il prônait une indispensable « insertion de la composante écologique dans un projet politique démocratique radical » et, comme l’expliquent Antoine Chollet et Romain Felli – qui nous proposent une vision condensée de la pensée du philosophe de Socialisme ou barbarie – un nécessaire passage de l’autonomie à l’écologie et d’une l’émancipation vis-à-vis du système technico-productif.

Pour réaliser cette émancipation Bruno Latour réfléchit, dans un entretien réalisée par Isabelle Lamaud, à la place, et à la signification, de la nature et des non-humains en politique et à la redéfinition de fond en comble de « la fonction politique, du rôle même des parlements, de la notion de porte-parole pour retrouver des règles d’autorité, de procédure, de débats » pour décider de notre futur. Bruno Villalba et Luc Semal nous incitent à intégrer le plus tôt possible dans nos sociétés démocratiques les contraintes Lire la suite

Transition vers une « prospérité sans croissance »?

transitioneconomique.blogspot.com, Christian Arnsperger, le 11 juin 2010

Transition vers une « prospérité sans croissance »?

L’ouvrage de Tim Jackson, Prosperity Without Growth (Earthscan, Londres, 2009), récemment traduit en français sous le titre Prospérité sans croissance (De Boeck & Etopia, Bruxelles, 2010), est un jalon très important dans la réflexion sur l’écologie politique. Il sera incontournable, à l’avenir, dans tous les débats sur les orientations à donner à nos économies et à nos sociétés dans une perspective de transition. (Le sous-titre français, d’ailleurs, est « La transition vers une économie durable », reprenant celui du rapport préalable de la Sustainable Development Commission qui a servi de base pour le livre.)

Jackson offre une analyse remarquable du contexte dans lequel se posent actuellement les enjeux de la transition: une logique de la dette écologique et économique, impulsée par un impératif de croissance perpétuelle, lui-même ancré dans un consumérisme basé sur la quête effrénée de la nouveauté, au sein d’un monde social où le « langage des biens matériels » prédomine comme moyen de communication entre les gens. Il explique aussi (dans un vocabulaire très clair, qui est l’une des vertus constantes de l’ouvrage) pourquoi il est absurde de vouloir invoquer la notion de « déconnexion » comme solution aux enjeux du changement climatique et de la rareté des ressources. En effet, cela revient à terme à croire que l’on pourra maintenir, voire dépasser, les rythmes actuels d’accumulation en utilisant des flux de ressources énergétiques sans cesse réduits. L’auteur démontre, preuves chiffrées à l’appui (et le degré de documentation statistique de son travail est impressionnant à travers tout son livre), que les chances d’une telle « déconnexion absolue » sont quasiment nulles. Jackson ne nie pas — loin de là — l’importance des progrès technologiques dans le combat environnemental, mais il ferme définitivement (et salutairement) la porte aux fantasmes d’un « productivisme de l’immatériel » qui voudrait que l’on puisse, un jour, produire tous les biens demandés par les consommateurs avec un grain de sable, à la faveur d’une technologie hyper-performante.

Il faudra donc inéluctablement, selon Jackson, en venir à réduire nos rythmes de consommation, et donc de production. Sans toutefois devenir un adversaire dogmatique de la croissance, car notre auteur — en grand pragmatique qu’il semble être — n’utilise jamais le mot « décroissance ». L’expression, en effet plus heureuse, de « prospérité sans croissance » lui permet de ménager la chèvre et le chou: il faut des limites à l’émission de polluants (dont le CO2), mais pas nécessairement un changement radical de rapport à la nature; il faut des investissements « verts » à rentabilité réduite, mais pas nécessairement un abandon de la logique financière en tant que telle; il faut abandonner l’obsession de la productivité du travail, mais pas dans tous les secteurs (car il reste des secteurs où être plus productif restera un impératif), et il ne faut certainement pas contester la logique du salariat comme telle; il faut mettre en question les causes sociales du consumérisme (langage des biens matériels, course au statut social, compulsion de la nouveauté), mais il ne s’agit pas de questionner la « nature humaine ».

Plus généralement, si l’économie de marché contient certes en germes des problèmes qui nous poussent à rechercher la croissance à tout prix, aux yeux de Jackson rien ne nous oblige à lier nécessairement croissance et capitalisme. (Il s’oppose, en cela, notamment à Richard Douthwaite dans son ouvrage The Growth Illusion, selon qui la structure même de l’endettement bancaire dans le capitalisme impulse un impératif absolu de croissance.) De sorte que la question de l’anti-capitalisme et du post-capitalisme est évacuée par l’auteur en deux coups de cuillères à pot. La société sans croissance sera-t-elle capitaliste ou non? Ce n’est pas important à ses yeux. Seules comptent Lire la suite

Marée noire : un avertissement

cyberpresse.ca, Kenneth Rogoff, le 4 juin 2010

L’auteur est un ancien économiste en chef du Fonds monétaire international. Il est actuellement professeur d’économie et de sciences politiques à l’Université de Harvard.

Marée noire : un avertissement

La marée noire de BP – parlez-en aux résidents de la Louisiane – est l’avertissement dont les sociétés occidentales ont besoin pour les inciter à repenser leur dépendance à l’égard d’une innovation technologique de plus en plus rapide destinée à soutenir une consommation pétrolière toujours à la hausse.

Alors que la plateforme endommagée de BP laisse échapper des millions de litres de pétrole des profondeurs du golfe du Mexique, la priorité est de parvenir à arrêter ce désastre environnemental qui prend des proportions catastrophiques. Espérons que l’on va pouvoir bientôt contenir la fuite et que les prévisions les plus funestes ne se réaliseront pas.

Cette catastrophe soulève cependant un problème fondamental quant à la manière dont les sociétés modernes réagissent face aux technologies complexes. Le rythme de plus en plus rapide de l’innovation semble dépasser la capacité de l’État à établir une réglementation et des contrôles adaptés aux risques qu’elles présentent, et encore plus à les anticiper.

Faire le parallèle entre la fuite de pétrole et la récente crise financière revient à tourner le couteau dans la plaie: la promesse d’innovation, une complexité difficilement gérable et le manque de transparence (les scientifiques disent que l’on ne sait pas grand-chose de ce qui se passe dans les profondeurs océaniques). Des lobbies disposant de moyens financiers considérables et politiquement très influents exercent une pression énorme sur la structure de gouvernance, aussi résistante soit-elle. Il est très embarrassant pour le président Obama d’avoir proposé – il est vrai sous la pression de l’opposition républicaine – d’accroître fortement les forages en mer peu avant la catastrophe de la plateforme pétrolière.

Le développement de la technologie pétrolière, comme celle des instruments financiers exotiques, forçait l’attention et entraînait l’adhésion. Les dirigeants des compagnies pétrolières se vantaient de pouvoir forer jusqu’à deux kilomètres en profondeur puis un kilomètre à l’horizontale pour atteindre leur cible presque au mètre près. Soudain, au lieu du «pic du pétrole» dû à des ressources de plus en plus rares qui se profilaient à l’horizon, la technologie offrait la promesse de ressources suffisantes pour encore une génération.

Les dirigeants occidentaux y étaient d’autant plus sensibles en raison des préoccupations liées à la stabilité des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient qui compte pour une grande proportion des réserves prouvées de la planète. Certains pays en développement, notamment le Brésil, ont découvert un énorme potentiel de richesses offshore.

Maintenant les paris sont clos. Aux États-Unis, le forage offshore va sans doute suivre la voie des centrales nucléaires, avec la mise au rancart des nouveaux projets pour des dizaines d’années. Et comme c’est souvent le cas, une crise qui survient dans un pays peut atteindre une dimension Lire la suite

Dominique Bourg : « La nature est devenue abstraite pour l’homme »

terra-economica.info, Karen Bastien, avril 2010

Dominique Bourg : « La nature est devenue abstraite pour l’homme »

Interview – SERIE : QUEL AVENIR POUR LA BIODIVERSITE ? 1/5

Cela fait 2 000 ans que l’homme croit vivre dans un immense décor, où il peut puiser sur les ressources naturelles sans compter. Le philosophe Dominique Bourg nous explique les origines religieuses et culturelles de cette relation distanciée entre l’homme et la nature.

Si l’on vous dit que vous faites partie intégrante de la biodiversité au même titre que l’oursin, le pivert, le poisson-lune, la hyène, le géranium ou l’ortie, ça vous chiffonne, n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le (la) seul(e). Cela fait plus de 2 000 ans que ça dure. La faute à l’Homo sapiens qui a toujours cherché à s’émanciper de la tutelle de la nature, en la dominant, en la domestiquant et en l’exploitant. L’homme a si bien réussi qu’il est aujourd’hui contraint de prendre en charge des régulations autrefois naturelles : tenir la comptabilité des gaz rejetés dans l’atmosphère, protéger la pureté des nappes phréatiques, sauvegarder des espèces animales et végétales… Il est devenu « comptable de ses propres conditions naturelles d’existence et du sort des générations futures », comme le souligne le philosophe Dominique Bourg. Comment en est-on arrivé là ? Réponses avec ce spécialiste des questions de philosophie politique et de durabilité, membre actif du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot et ancien vice-président d’une commission du Grenelle de l’environnement.

Depuis janvier, la biodiversité agite colloques et sommets internationaux, s’invite à la une des journaux. Pourquoi faut-il décréter une année internationale pour s’intéresser à la nature ?

Car nous entretenons depuis longtemps une relation distanciée avec elle. Nous n’avons pas l’impression d’en dépendre, nous continuons à supporter l’image d’une nature décor. Ce n’est que lorsque le baril de pétrole atteindra des sommets ou que nous manquerons d’eau que nous réaliserons ce que signifie de piller les ressources naturelles. Les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont aujourd’hui dégradés pour 60 % d’entre eux. Et à consommation constante, les réserves connues d’or, d’argent et de palladium s’élèvent à une quinzaine d’années. Le mot « nature » est lui-même en crise. Que recouvre-t-il ? Le pétrole, l’eau, le renard, le changement climatique, la plage ? Dans nos têtes, c’est un kaléidoscope de tout cela. Des années de célébration comme 2010 ont le mérite de remettre cette nature au centre de nos préoccupations. C’est sûrement nécessaire car nous ne prenons jamais conscience des choses de façon progressive. Il faut choquer, bousculer. 

Selon les spécialistes, nous serions au tout début d’une extinction de masse provoquée par l’homme. Le taux d’extinction actuel est 10 000 fois supérieur au taux naturel. Mesurons-nous ce qui est en train de se dérouler ?

Difficile à dire car la nature est en partie devenue abstraite à nos yeux. Elle n’est plus de l’ordre du sensible. Nous sommes en effet incapables de percevoir par nos sens les grandes dégradations que nous lui infligeons, par exemple Lire la suite

Face aux enjeux de la technoscience : notre démocratie sommée de se métamorphoser

mediapart.fr, Xavier Thibert, le 7 mars 2010

Face aux enjeux de la technoscience : notre démocratie sommée de se métamorphoser

Selon Dominique Bourg, philosophe et directeur de l’Institut des politiques territoriales et de l’environnement humain, la démocratie moderne serait atteinte de cécité : pour retrouver un regard responsable sur le long terme, le système représentatif de nos démocraties est sommé de se métamorphoser. Dans cet objectif, de nouveaux contours institutionnels, de nouvelles pratiques doivent émerger, notamment pour mettre des limites aux manipulations et contrôles technologiques. Avec une nouvelle approche des institutions démocratiques plus participatives et délibératives, Dominique Bourg nous propose de construire une véritable  » démocratie écologique « .

Le système représentatif de nos démocraties peut-il aborder le développement à long terme de nos sociétés ?

Aujourd’hui, le système de gouvernement représentatif est trop fixé sur le court terme : nos démocraties sont caractérisées, pour reprendre une expression de Pierre Rosenvallon, par  » une myopie vis-à-vis du futur « . Le mot d’ordre de la démocratie moderne est : j’obéis au présent. Nous sommes là pour jouir au présent et le temps démocratique devient une espèce d’éternel présent, sans passé ni futur. Avec ce mot d’ordre, la question du futur est mise aux oubliettes faute de personnes pour la représenter. Du coup, notre système n’est pas en mesure d’apprécier et de répondre aux problèmes environnementaux qui se pose sur le long terme.

Pourquoi cette impuissance ?

Cela tient principalement au fait que c’est le marché qui décide de tout. Nous n’avons aucune prise sur les logiques économiques et sur l’influence qu’elles exercent sur notre vie quotidienne par l’intermédiaire des nouveaux objets produits par les sciences et les techniques. Regardez le problème des OGM, ce n’est pas les citoyens qui ont décidé, c’est un système économique qui a dit :  » tu auras ça dans ton assiette et tu le mangeras « .

Pour vous, pas de doute, le principe du gouvernement représentatif est prisonnier de logiques économiques pernicieuses.

Le principe du gouvernement représentatif ne peut plus jouer le rôle qu’il a joué dans le monde classique, au XIXème et dans le première partie du XXème siècle car aujourd’hui l’innovation scientifique et technique obéit à une logique économique qui est la logique de croissance du PIB. On sait très bien maintenant que le développement de la technoscience est complètement déconnecté de la poursuite du bonheur, du bien-être ou de la satisfaction des citoyens. C’est une espèce de machine économique internationale qui nous dépasse et semble nous écraser. Dans certain cas, l’innovation scientifique et technique est bien reçue, pensez aux gens qui se précipitent pour avoir la dernière génération de l’i phone. Sur d’autres aspects, elle peut être très contestée, regardez le débat public sur les nanotechnologies. Je pense que c’est une situation qui va nous échoir pendant longtemps.

Quelles solutions proposez-vous ?

Nous n’avons plus le choix : il faut reprendre en main Lire la suite

Jean-Marie Pelt : Faire coïncider écologie et économie

lalibre.be, Charles Delhez, le 17 février 2010

Entretien avec Jean-Marie Pelt, président de l’Institut européen d’écologie.

Faire coïncider écologie et économie

Dossier « Notre planète »

Fils et petit-fils d’horticulteur, botaniste, Jean-Marie Pelt est un amoureux de la nature. Fondateur de l’Institut européen d’écologie à Metz, voici déjà quarante ans, il est de plus en plus préoccupé de l’avenir de notre la petite Planète bleue, riche jusqu’à présent, d’une étonnante biodiversité, véritable assurance-vie de l’humanité. Elle met en effet des ressources à notre disposition, que nous prélevons directement pour nous nourrir, nous vêtir Elle nous fait également bénéficier de sols fertiles, de forêts prospères, d’eau pure, d’insectes pollinisateurs Et, s’exclame Jean-Marie Pelt, ces services-là sont gratuits ! Rencontre à Metz, dans les bureaux de l’Institut, abrités dans le cloître des Récollets du XIVe siècle.

Jean-Marie Pelt, quel est donc votre vocabulaire actuel ? Parleriez-vous de développement durable, de modération joyeuse, de décroissance ?

Je ne parlerais pas de décroissance, car on reste alors dans le vocabulaire usuel. Or, il faut aujourd’hui percevoir les choses autrement. Je préfère donc parler d’économie durable, d’économie verte, d’économie en équilibre. L’économie doit devenir le mode ordinaire de production et de consommation des biens et services, et le lieu ordinaire où les gens trouvent un emploi. La croissance, elle, fait la part grande à la production de richesses, expression que je n’aime pas. En effet, en créant des richesses, on épuise les ressources qui serviraient aux suivants pour en produire eux-mêmes. Il faut repenser les axiomes de l’économie. Cette science s’est installée uniquement dans la société humaine et n’a pas du tout tenu compte des ressources de leurs limites. Economie et écologie doivent finir par coïncider, sinon l’économie sera une sorte de cancer se développant sur le monde des vivants, qui va finir par s’épuiser et tomber gravement malade.

Dans notre évaluation de la croissance des entreprises, par exemple, n’oublie-t-on pas la variable écologique et la variable humaine ? Sous cet angle, n’est-on pas en décroissance ?

Tout à fait ! Je vois que des gens souffrent au travail, à cause de la non-lisibilité des buts de l’entreprise, à cause de l’encadrement, de la pression au travail. Le bonheur intérieur brut n’y est pas. Il faut changer le fonctionnement de l’économie. Cette science récente repose sur des axiomes et des postulats qui n’ont jamais été démontrés, ainsi celui que plus on a de biens et de richesses, plus on est heureux. Côté écologie, rappelons-nous le procès Erika : on a évalué le prix des oiseaux mazoutés et la compagnie a dû payer. On a donné un prix à la nature pour qu’elle puisse entrer dans la mécanique économique. Mais en fait, c’est à la mécanique économique d’entrer dans la nature. L’économie est un sous-système de l’écologie et pas l’inverse.

Michel Serres reproche d’avoir pensé toujours les choses à deux termes, maîtres et esclaves, riches et pauvres, Nord et Sud… Il nous faudrait aujourd’hui les penser à trois termes, en donnant la parole à ce qu’il appelle la “Biogée”, la sphère des vivants. Serait-ce cela l’économie verte ?

Oui. Il s’agit de voir les choses en cohérence, de manière transversale (pluridisciplinaire aurait-on dit jadis). La vie, en effet, fonctionne en réseau. Les choses les plus lointaines peuvent avoir des rapports entre elles sans que le lien ne soit perceptible par nous. Au Canada, par exemple, les orques, qui sont carnivores, finissent par dévorer les loutres, parce qu’ils n’ont plus de poissons à manger. Du coup, les oursins – nourriture des loutres – se sont mis à proliférer, et le matelas d’algues, à diminuer. Mais c’est là que se logent les coquillages et les alvins. La population de poissons est donc menacée. Nous revoilà à la case départ : les orques dévorent désormais les loutres. C’est en interrelation subtile, avec des effets qui sont parfois éloignés de la cause première par un jeu de causes secondes, comme aux dominos.

L’écologie ne serait-elle pas aussi vieille que l’humanité, datant du jour où l’homme s’est distancé de la nature, tout en disant : et pourtant j’en fais partie ?

Justement, depuis quelques siècles, nous ne parlons plus ainsi en Occident. Les peuples premiers, eux, les Indiens, par exemple, ont un rapport fusionnel avec la nature. A la Renaissance, nous nous en sommes séparés. Cette dernière, devenue inerte, a perdu son sens. On en a fait un objet des sciences et de l’exploitation. C’est à tel point que Descartes Lire la suite

La querelle des vacants ou l’histoire édifiante d’une Ligne à grande vitesse

mediapart.fr, Patrick Rodel, Edition : Bordeaux sur Garonne, le 20 Février 2010

La querelle des vacants ou l’histoire édifiante d’une Ligne à grande vitesse

Au Moyen-age, les pauvres avaient le droit de faire paître leurs quelques animaux sur des zones de terre des Landes qui n’appartenaient à personne.

Vint une époque où les riches propriétaires s’indignèrent de cet obstacle à la rationalisation de l’agriculture et, puisqu’ils étaient les plus forts, ils s’emparèrent des « vacants ». Il y eut des procès. Certaines communes purent se porter acquéreurs de ces terrains. Les conflits durèrent longtemps.

Pourquoi rappeler cette histoire qui semble n’intéresser plus que quelques érudits locaux ? parce qu’elle a laissé des traces dans la mémoire collective et lorsqu’il a été question de revenir sur certains droits de passage, lors du projet de création d’une LGV, un vent de jacquerie a soufflé sur les Landes et Coteaux de Gascogne.

Association de sauvegarde des landes et coteaux de Gascogne, c’est le nom de la jeune association qui s’est constituée en décembre 2009, mais qui est déjà forte de quelques centaines de membres, pour poser des questions, embarrassantes, aux promoteurs de ce projet. Après tout, la population avait été consultée sur le principe d’une telle ligne et une majorité s’y était montrée favorable – qui refuserait de gagner du temps  lors d’un voyage, et qui pourrait s’opposer à un développement des transports ferroviaires en une période de pétrole cher ? personne, à l’image des politiques qui, du PS à l’UMP en passant par le PC et quelques autres, présentaient la LGV comme l’occasion de désenclaver (?) la région, de créer des emplois, d’impulser le développement économique.

Quel fut donc le déclencheur de la révolte ? la découverte que RFF (Réseau Ferré de France) avait décidé de ne pas suivre le circuit existant mais d’en créer un de toutes pièces – ce qui allait entraîner la destruction de 3 600 hectares de coteaux et de forêts. Sans raisons valables. Suivons l’argumentaire que présente l’Association.

La LGV est inutile : en effet, le TGV passe déjà entre Bordeaux et  Hendaye, entre Bordeaux et Toulouse. Il s’agit simplement de le faire aller plus vite. On pourrait raisonnablement penser qu’il suffit de transformer les voies existantes pour y parvenir. Tous calculs faits, les nouveaux tracés ne feraient gagner, respectivement, que 5 et 15 minutes  sur les tracés existants et rénovés. On peut s’en étonner à juste titre.

D’autant que la LGV est ruineuse. Qu’on en juge ! Bordeaux/Hendaye : 12,5 milliards d’euros (1 seul milliard pour l’aménagement des lignes déjà existantes) Bordeaux/Toulouse : 7 milliards. Sans compter que la facture grimpera nécessairement au fil des ans. (A titre de comparaison, je rappelle que l’on estime à 14 milliards de dollars le coût de la reconstruction de Haïti !!!)

Ruineuse donc pour l’Etat, mais également pour les collectivités locales qui devront participer à hauteur de 50 % au prix de ces investissements. Pour exemple, le Lot-et-Garonne, qui ne roule pas sur l’or, devra s’acquitter d’une centaine de millions d’euros – ce qui correspond à son budget annuel (combien de maisons de retraite auraient pu être construites, combien d’établissements scolaires et sportifs, combien de logements sociaux ?)

Le contre argument avancé par les promoteurs de la LGV est qu’elle va permettre de développement des TER qui s’y raccorderont. Belle réponse, qui oublie seulement que ce sont les régions qui ont en charge les TER – que leur développement donc ne peut s’effectuer que par l’augmentation de l’impôt et la disparition des lignes de proximité et des lignes réservées au fret.

Elle est dévastatrice pour l’environnement : 3 600 hectares de Lire la suite

Une autre pédagogie de l’environnement, par Chantal Jouanno

lemonde.fr, Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’écologie. le 8 janvier 2010

Quelle nouvelle taxe carbone en 2010 ?

Une autre pédagogie de l’environnement, par Chantal Jouanno

Instaurer une contribution carbone est une réforme historique et donc délicate. Inciter à de nouveaux comportements écologiques et corriger notre fiscalité qui pèse tant sur l’emploi et si peu sur la pollution n’est pas une mince affaire.

Le président de la République a pris cet engagement car nous devons sortir d’un système périmé. Face aux réalités démographiques, nos ressources, notamment énergétiques, ne sont plus illimitées, et surtout nous devons laisser une planète vivable. L’enjeu n’est pas tant de préserver l’environnement que l’homme, c’est-à-dire le potentiel de développement pour nos enfants et la cohésion de nos sociétés. Ne nous y trompons pas, les sociétés à venir n’auront plus le luxe de supporter les excès.

Notre responsabilité d’homme ou de femme politique est d’assumer cette réalité. Nous n’avons pas de droit à la lâcheté. Or non seulement ce nouveau modèle de développement est nécessaire, mais il est porteur d’espérance. Au-delà du progrès technologique, la réponse à la crise du climat se trouve dans le progrès de nos comportements et de nos modes de vie. Pour la première fois, nous nous sentons responsables des conséquences de nos actes à l’autre bout de la planète et pour nos enfants.

Or la fiscalité est un outil efficace et juste pour susciter et accompagner ce changement de comportement. Efficace, car cette contribution est une forme de bonus-malus climat. Chaque euro est redistribué aux ménages selon une éthique simple : seuls les excès sont coûteux ; par contre, la vertu des économies d’énergie est récompensée. Pour les entreprises, l’enjeu est de basculer d’une fiscalité pesant sur les investissements, la taxe professionnelle, à une fiscalité pesant sur la pollution.

Et cette efficacité ne dépend pas du niveau initial de cette taxe, mais de l’annonce de sa progressivité qui incite chacun à faire les bons choix pour l’avenir. Juste socialement, car le « chèque vert » est proportionné à la taille de chaque foyer et à sa situation géographique, notamment pour les ruraux. Dans tous les cas, une commission verte indépendante, dans laquelle seront représentées différentes tendances politiques, sera chargée d’en proposer les ajustements et améliorations. Ayons la modestie de considérer que toute innovation est perfectible. Le défi écologique s’accommode mal de la prétention des certitudes.

Le Conseil constitutionnel n’a pas contesté le principe de la contribution carbone, ni ses modalités de compensation. En revanche, il considère que ce système doit être étendu aux grandes entreprises couvertes par le système européen de quotas d’émission de CO2. De nombreux juristes et économistes Lire la suite

Dominique Bourg et Kerry Whiteside : Pour une démocratie écologique

laviedesidees.fr, Dominique Bourg, Kerry Whiteside, le 1er septembre 2009, Toutes les versions de cet article : [English] Télécharger ce(s) document(s) :

Pour une démocratie écologique (PDF – 548.1 ko) par Dominique Bourg & Kerry Whiteside

Dossier Les défis de l’écologie

Pour une démocratie écologique

Notre consommation ne cesse d’augmenter et la planète est exsangue. Confier notre salut au progrès technologique et à l’économie relève de l’illusion. Car la solution est politique : c’est à la refondation de notre démocratie représentative qu’il faut tendre.

Nous partirons d’une hypothèse acquise pour les environnementalistes, mais dont la réception est mitigée dès qu’on sort d’un cercle restreint, soit pour des raisons d’ignorance, soit au nom d’une autre posture. Quelle que puisse être l’issue de la crise financière et économique actuelle, le monde où nous entrons sera profondément différent de celui que nous quittons. L’expression « inversion des raretés », parfois évoquée, caractérise assez bien le monde qui vient. À une population mondiale massive, quasiment 7 milliards et 9 au milieu du siècle, dotée d’un pouvoir d’achat et de capacités technologiques croissants, s’opposera une planète exsangue.

Il est probable que nous ne parviendrons jamais à extraire plus de 100 millions de barils de pétrole par jour alors que l’Agence internationale de l’énergie estime à 120 millions la production nécessaire en 2020. Nous aurons épuisé au début du siècle prochain l’héritage fossile de l’humanité avec un taux de croissance de la consommation annuelle de 2 %, alors que le rythme était encore de plus de 3 % ces dernières années [1]. À consommation constante, les réserves d’or, d’argent et de palladium s’élèvent à une quinzaine d’années ; elles se situent entre 15 et 30 ans pour le plomb, le cuivre ou le zinc. Nous provoquons la disparition d’un grand nombre d’espèces, les services écologiques que nous rendent les écosystèmes sont pour 60 % d’entre eux dégradés [2].

À quoi s’ajoute le changement climatique en cours. Avec une hausse d’un degré de la température moyenne, que nous atteindrons avant le milieu du siècle, c’est par exemple l’Ouest des États-Unis, du Texas au Dakota, qui pourrait redevenir ce qu’il fut il y a quelques millénaires, un immense désert de sable. La prochaine disparition de la banquise estivale arctique, dans une ou deux décennies, déplacera le front polaire vers le Nord. Il en résultera un changement non moins perturbant du régime des pluies, asséchant par exemple régulièrement et sur de longs mois l’Angleterre. Les ouragans qui ont fait leur apparition sur les côtes du Brésil et au Sud de l’Europe seront plus nombreux et pourraient s’étendre à la Méditerranée [3].

On peut toujours croire que le génie humain permettra, en dépit de ces conditions nouvelles et hostiles, non seulement de continuer à honorer les promesses de la fête industrielle, mais de les étendre à des centaines de millions de convives nouveaux. Qu’on nous permette d’en douter, en dépit des capacités indéniables du génie en question. Cette croyance repose en effet sur un raisonnement par induction relativement étroit. Certes, les exemples qui attestent de la capacité de sociétés à se sortir d’impasses ne manquent pas. Une déforestation précoce avait conduit la Londres du XIIIe siècle à se chauffer déjà largement au charbon ; un ingénieur anglais avait calculé au seuil du XIXe que le crottin de cheval devait atteindre à la fin du siècle le 1er étage des immeubles londoniens ; les révolutions vertes successives n’ont cessé de contredire Malthus. Ces exemples ne confirment qu’une chose : qu’il en est allé maintes fois ainsi, ce qui ne prouve nullement qu’il en ira toujours et systématiquement de la sorte. Le croire reviendrait à omettre trois choses.

La première est qu’il existe de nombreux contre-exemples, ceux recensés par Jared Diamond, comme Lire la suite

Climat : qui est responsable du Flopenhague ?

sciences.blogs.liberation.fr, sylvestre Huet, le 21 décembre 2009

Climat : qui est responsable du Flopenhague ?

Qui est responsable du Flopenhague ? La question est posée dans nombre d’éditoriaux depuis ce matin, après le résultat de la COP-15 de Copenhague, et la réponse est souvent naïve.

Les méchants gouvernements n’auraient pas écouté les gentilles ONG environnementalistes. La solution au problème serait de les écouter plus à l’avenir, dans un système de gouvernement mondial miraculeusement compétent, honnête et n’écoutant que les impératifs du développement durable et l’intérêt des générations futures.

Cette vision relève plus des bisounours au pays des négociations mondiales sur le climat que d’une analyse lucide des raisons de leur enlisement actuel.

Comme l’affiche ci-dessus le suggère, le plus gros lobby ayant conduit Obama à la position minimaliste adoptée à Copenhague, c’est tout simplement… celui de ses électeurs. Et c’est pourquoi il ne suffit pas de rompre avec la brutalité d’expression de Georges Bush – l’auteur de «American way of life is not negociable» – pour rejoindre le bal des bons sentiments et des Yaka professés par la plupart des ONG. La grande majorité du peuple américain ne veut pas bouleverser en profondeur un mode de vie énergivore, n’entend ne le négocier avec personne, et c’est cela le « problème » – si problème il y a – d’Obama.

Si Hu Jintao ne veut pas de contrôle sur les émissions de son pays et refuse d’aller plus loin qu’une croissance des émissions inférieure à celle de son PIB, c’est que 200 millions de chinois ont les moyens d’acquérir une voiture et ont bien l’intention de le faire. Et les deux milliards d’être humains qui n’ont pas d’électricité aimeraient bien en avoir… or, elle se fabrique à plus de 60% avec du charbon et du gaz. Toute approche du problème ne partant pas du fait suivant : 80% de l’énergie consommée dans le monde – pour se nourrir, se loger, se chauffer, se déplacer, travailler et commercer – provient de combustibles fossiles, n’a aucune chance de déboucher sur des solutions efficaces. Dénouer le noeud gordien climat/développement constitue le point de passage obligé d’une politique lucide.

Qu’avions nous à Copenhague ?

► Des gouvernements de pays industrialisés et démocratiques – USA, Canada, Europe de l’Ouest, Japon… – contraints de reconnaître la solidité du dossier scientifique des climatologues. Mais incapable de construire un programme économique, technologique, mais surtout social voire culturel, susceptible de conduire à l’objectif des 80% de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Le volet international d’un tel programme consisterait à une réorientation massive des investissements vers des activités peu ou pas carbonées, à l’aide d’encouragements (prêts à taux zéro….) pour ces derniers, et à des mécanismes défavorisants (prêts à taux élevés, taxes) les activités fortement carbonées. En l’absence de miracle technologique, un tel programme suppose en effet non seulement d’utiliser massivement toutes les technologies connues non ou peu émettrices de carbone, mais également de réduire des consommations, des activités, les importations massives d’objets fabriqués dans les nouvelles usines du monde, en Chine et ailleurs. Ou alors il faut remplacer les charters de retraités allant passer une semaine à Louxor ou Marrakech par des bateaux à voiles. Ces réductions d’activités ne seraient aujourd’hui pas acceptées par les électeurs, donc il faudrait choisir entre démocratie et bonne politique climatique si ce choix avait un sens.

La vérité, désagréable, c’est que même les leaders politiques ayant compris (si l’on en croit leurs discours) la direction à long terme, ne savent pas comment y parvenir… en restant au Lire la suite

La voiture électrique, dernier sursaut d’une chimère en déroute ?

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 8 novembre 2009

La voiture électrique, dernier sursaut d’une chimère en déroute ?

Objet d’un engouement tardif de la part des industriels, la voiture électrique est présentée comme le remède aux maux du climat et comme une alternative écologique. Mais les performances annoncées ne sont-elles pas une manière de déplacer le problème

? »Who Killed the Electric Car ? ». C’est le titre d’un documentaire de l’Américain Chris Paine, qui retrace la fascinante épopée de l’automobile électrique EV-1 (Electric Vehicule 1), mise sur la route par General Motors en 1997 avant d’être envoyée à la casse. Quelque 10 ans plus tard, l’EV-1 a complètement disparu de la circulation et GM est en faillite. La voiture à essence n’est plus au goût du jour, mais l’industrie automobile, inféodée à l’industrie pétrolière, a raté le rendez-vous. Résultat : la voiture américaine électrique est passée dans les poubelles de l’histoire et la Prius Toyota a conquis les autoroutes californiennes. Aux Etats-Unis, General Motors a reçu quelque 50 milliards de dollars de la part de l’Etat américain qui a racheté 65% des parts de l’entreprise. Pour autant, les contreparties environnementales se font attendre. Certes GM a vendu en octobre dernier sa marque de gros 4×4 Hummer au groupe chinois Sichuan Tengzhong Heavy Industrial Machinery, le premier rachat par des intérêts chinois d’une filiale d’un constructeur automobile américain. Et la mise sur le marché de la berline hybride rechargeable de GM, la Chevrolet-Volt, est annoncée pour 2011. Entre temps, la Prius est devenue l’emblème du véhicule hybride. Et le géant automobile américain vacille. Dans son rapport annuel, remis aux autorités boursières en mars 2009, il a admis être au bord de la faillite.

Saturation de l’espace, des esprits et du marché

Pourtant, le mythe automobile demeure enraciné dans les imaginaires. Roland Barthes, dans un texte sur la DS paru dans ses fameuses Mythologies (1957), décrit l’automobile comme  »l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques ». L’imaginaire occidental mondialisé est façonné par le rêve de voiture individuelle toute puissante, à grand renfort de campagnes publicitaires. Sans scrupule de greenwashing, BMW, dans une campagne récente, fait l’apologie de la  »joie » procurée par ses surpuissants engins métalliques :  »la Joie est une énergie positive »,  »la Joie adore la technologie de récupération de l’énergie au freinage »,  »la Joie est généreuse en équipements, en financements, en avantages »… Tout un programme existentiel. Dont l’emprise est réelle. Ce fétiche moderne qu’est l’automobile est bel et bien parvenu à occulter d’autres manières d’envisager la mobilité. On ne relira jamais assez le texte phare d’Ivan Illich, Energie et équité (1973), où le penseur de l’écologie politique assimile les déplacements et la recherche de la vitesse à une manie qui aboutit à dessaisir l’usager de son autonomie, confondant liberté de mouvement et liberté d’être transporté, dont la  »perception traditionnelle de l’espace, du temps et du rythme propre a été déformée par l’industrie ». Dans le même ordre d’idées, l’historien des techniques Jean Robert distingue vitesse de circulation et vitesse généralisée d’un mode de transport, laquelle tient compte de la quantité de travail nécessaire pour acquérir le moyen d’être transporté. Si l’on considère la vitesse généralisée comme le résultat de la division du kilométrage annuel effectué par le temps passé dans ce mode de transport et, à l’extérieur, à gagner de quoi le payer, seuls les très riches gagnent du temps en auto. Les autres ne font qu’effectuer des transferts entre temps de travail et temps de transport. Résultat : les sociétés industrielles consacrent entre le quart et le tiers de leur budget-temps social à la production des conditions d’existence de la vitesse. C’est l’envers, encore largement impensé, de ce que le philosophe Peter Sloterdijk désigne comme  »l’automobilisation » complète de la société :  »Qui conduit une voiture s’approche du divin, il sent son petit moi s’élargir en un Soi supérieur qui lui donne en patrie le monde entier des voies rapides et qui lui fait prendre conscience du fait qu’il a vocation à une vie supérieure à l’existence semi-animale du piéton », ironise-t-il dans La Mobilisation infinie (1989).

 Entre célébration de la jouissance et projet d’émancipation métaphysique, les constructeurs tablent sur l’addiction des consommateurs, qui selon Lire la suite

Economie verte et emplois dans l’environnement, quelles perspectives ?

emploi-stage-environnement.com, Philippe Aujard, le 18 octobre 2009

Economie verte et emplois dans l’environnement, quelles perspectives ?

La mission prospective, mise en place depuis novembre 2008 au sein de la délégation au Développement durable (DDD) du commissariat général au Développement durable (CGDD), a publié une note sur l’économie verte : « L´économie verte en perspectives ».

Selon la mission prospective, c’est une des caractéristiques remarquables de la plupart des plans de relance lancés depuis l’automne 2008 que d’avoir consacré un volet important à ce qu’on appelle désormais l’économie verte qui recouvre l’ensemble des activités économiques liées directement ou indirectement à la protection de l’environnement, à la gestion des ressources rares, aux énergies renouvelables, au changement climatique, à la prévention des risques, …

On cite ainsi souvent un ordre de grandeur de 15 % de la relance globale qui aurait été consacré à la relance verte et sensiblement plus en Chine, en Corée du Sud ou en France.

 Même si ce chiffre n’est qu’une approximation – par ailleurs, contestée – il indique, au minimum, une convergence dans les intérêts et les anticipations des grands acteurs publics et privés mondiaux, convergence qu’a solennisée le communiqué final du G20 d’avril 2009 : « l’économie de demain sera inclusive, verte et soutenable […] la crise est une opportunité pour accélérer la nécessaire transition vers cette économie ».

Si l’économie verte suscite ainsi autant d’espoirs partagés, c’est qu’elle apparaît la seule à pouvoir combiner trois avantages considérés comme majeurs dans la situation d’incertitude actuelle : apporter une réponse aux défis climatiques et énergétiques futurs tout en favorisant une sortie de crise rapide et l’émergence à plus long terme d’un nouveau sentier de croissance.

Depuis le début de la crise, l’attention s’est naturellement portée sur ses effets contracycliques et sur ses impacts potentiels sur l’emploi – de multiples analyses venant confirmer, qu’à investissement égal ce type d’activité était susceptible de créer deux à quatre fois plus d’emplois que dans d’autres secteurs.

On dispose aussi d’évaluations sectorielles très nombreuses qui montrent l’importance des bénéfices économiques que l’on pourrait attendre de la mise en place de politiques ambitieuses dans ces domaines ; la plus récente, faite au Japon, prévoyant, par exemple, une multiplication par 2 d’ici 2020 des emplois liés aux technologies propres.

En revanche, la capacité de l’économie verte à amorcer un nouveau sentier de croissance à long terme reste plus discutée. Au-delà des impacts sectoriels déjà très largement anticipés, faut-il envisager des conséquences macro-économiques beaucoup plus globales sur l’économie ou même, éventuellement, des changements encore plus radicaux dans les régulations et les futurs modèles économiques de production, de consommation ou d’échange ?

C’est une question que l’on doit nécessairement se poser si on s’intéresse, comme c’est le cas dans ce dossier, aux transitions de long terme. Elle suppose de passer d’analyses sectorielles, centrées sur l’offre, à des approches macro-économiques ou macro-sociales intégrant le contexte, les grands cycles de croissance, les modes de vie, les normes socio-économiques, les systèmes de valeur, parmi bien d’autres dimensions, …

Elle exige aussi des approches plus Lire la suite

La démocratie technique pour ajuster désirs et limites

vivagora.org, Dorothée Benoit Browaeys, le 14 septembre 2009

La démocratie technique pour ajuster désirs et limites

Une intervention de Dorothée Benoit Browaeys, Déléguée générale de VivAgora, aux ateliers d’été du développement durable, le 12 sept 2009 à Versailles.

Table ronde – Le rôle des politiques et des citoyens face à la crise : que faire ici et maintenant ?

Les crises financières et écologiques actuelles sont l‘une comme l’autre le fruit d’un désajustement (1). On parle moins de la crise technologique, incarnée par l’opposition aux OGM qui se traduit de plus en plus par un rejet de la technocratie.

Chacun se sent pris dans un étau entre le déferlement de toutes les innovations possibles et un sentiment d’impuissance. Le progrès technique est vécu comme une fatalité à subir plutôt que comme un problème de société qui engage des choix. Car la domination des experts a évacué la « mise en politique des questions scientifiques et techniques ». Elle cache le fait que la technoscience remodèle le monde de façon controversée… Elle tente de minimiser les dégâts sanitaires que subissent les citoyens (sang contaminé, vache folle, pesticides, ondes…).  Mais l’émergence de risques incalculables, délocalisés et irrémédiables (cf Ulrich Beck (2) l’ambivalence des usages et l’importance des impacts sociétaux des innovations accroissent l’angoisse et la méfiance.

Dans le contexte de crises des modèles (économique, scientifique…), de butée sur les limites des ressources planétaires et de méfiance des citoyens envers leurs gouvernants, de nouvelles procédures de dialogue sont nécessaires pour qualifier, hiérarchiser ce qui est souhaitable, désirable, raisonnable. « Nous n’habitons plus le monde des modernes, nous nous heurtons à la finitude « écrit Dominique Bourg dans son article « Pour une démocratie écologique » (4), après avoir décrit la tension entre la valeur de la liberté portée par la démocratie moderne, et l’intérêt collectif. Nos gouvernements sont davantage au service du droit de l’individu à consommer le plus possible (programme de progrès sans fin, de transgression) que capables d’arbitrages vis-à-vis de scénarii futurs.

Les outils politiques doivent être enrichis pour co-élaborer – dans une confrontation des cultures et des visions de l’avenir – des préférences, des normes, des décisions. Trois exigences s’imposent :

1 – Engager les citoyens dans l’élaboration des enjeux de gouvernance ; sortir des cadrages strictement techniciens ; produire une information pertinente qui répond aux expériences et demandes des citoyens. exemples : Nouveaux indicateurs de progrès- Réseau Fair-Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, pétion parue dans Libération pour une gestion sociale et démocratique de l’épidémie de gripe H1N1. Engagements de VivAgora : Alliance citoyenne sur les enjeux des nanotechnologies

2 – Développer une culture du débat public qui permette de dépasser le débat « politiquement correct » pour créer peu à peu les conditions d’une authentique démocratie participative, condition de la co-construction souhaitée des technologies et de la société de demain ; construire les collectifs ou mobiliser les ONG dans des instances de dialogue fondées comme permanentes. Exemples : Cycles de débats publics sur la biologie synthétique (prochains OGM). Engagements de VivAgora : NanoForum ou cahier d’acteurs pour le débat national sur les nanotechnologies de la CNDP

3 – Introduire Lire la suite

Chantal Jouanno – Ne laissons pas les idéologues de tout poil monopoliser l’écologie

lemonde.fr, Chantal Jouanno, Secrétaire d’Etat à l’écologie, le 7 septembre 2009

Ne laissons pas les idéologues de tout poil monopoliser l’écologie

L’humanité a le choix de sa régression ou de son développement face à la crise écologique. A quelques semaines de la négociation internationale sur le climat à Copenhague, les enjeux sont connus. Le dramatisme du film Home, de Yann Arthus Bertrand, a ouvert nombre d’yeux. Allons au-delà pour mesurer notre dépendance aveugle à ce modèle de vie.

La vie comme l’écologie nous enseignent le doute, un doute qui fait défaut aux idéologies. L’écologie productiviste comme l’écologie radicale ont le même fondement. Contester la démocratie et le débat de société au nom de pseudo-certitudes scientifiques. Nous ne trouverons pas de solution à la crise écologique dans une économie administrée ou une idéologie de la technologie. La solution est 50 % dans la technologie, 50 % dans les changements de comportement.

Certains politiques ex-scientifiques prônent l’écologie productiviste, le 100 % technologie. C’est une impasse pour la société. Notre mode de consommation est responsable de la moitié des émissions de gaz à effet de serre. Nous jetons nos aliments quand les enfants du Sud meurent de faim et de soif. Nous n’avons pas d’autre choix que de tourner le dos aux excès de la société de consommation. A défaut, nous accepterions implicitement d’accroître les inégalités.

Plus encore, chaque nouvelle technologie induit des changements dans nos sociétés. Certaines ne sont pas acceptées, souvent faute de prouver leur intérêt, comme les organismes génétiquement modifiés (OGM) aujourd’hui. D’autres modifient radicalement nos modes de vie, comme Internet hier et les énergies renouvelables demain.

Enfin, sommes-nous certains que le progrès est linéaire ? Certaines grandes civilisations ont disparu faute d’avoir pris en compte les limites de la nature.

L’écologie radicale prônée par certains partis glorifie la décroissance absolue et le refus de la technologie. Certes, les émissions de gaz à effet de serre sont le fait des pays développés. Mais ce sont les pays les moins développés qui souffrent le plus des pollutions. Un enfant meurt toutes les dix-sept secondes, victime d’une eau sale.

Dans un monde en croissance démographique, il faut des ressources économiques pour traiter l’eau ou les déchets. Plus encore, ce n’est pas la croissance qui pose problème, c’est son « carburant », c’est-à-dire le pétrole, le charbon ou le gaz, responsable des changements climatiques. Et ce sont ses excès, principalement ceux de la société de consommation, qui sont responsables de l’épuisement de nos ressources.

Il faut avoir l’audace de faire confiance à la démocratie et à la société. Or la société, par la voix du Grenelle, a eu l’audace de croire qu’une autre voie est possible. Jamais ce gouvernement ne renoncera aux engagements du Grenelle de l’environnement.

Encore insuffisamment relayé, le débat mené par la commission Amartya Sen et Joseph Stiglitz est à l’évidence le plus crucial. Le président de la République a chargé cette commission de corriger le PIB, qui ignore notre patrimoine humain et écologique. Il augmente avec les accidents de la route ou la destruction des forêts. Comme le PIB a été créé pour donner une valeur à la société industrielle contre la société agraire, ce nouvel indicateur donnera une valeur à la société écologique après la société industrielle.

Un progrès différent, une croissance « soutenable », est possible. Avec Lire la suite

Do it yourself (1/5) : Le guide pratique du hippie écolo

ecrans.fr, Marie Lechner, le 25 août 2009

Do it yourself (1/5) : Le guide pratique du hippie écolo

« Les gens ont peur aujourd’hui, mais moi et mes pairs nous ne craignons pas l’effondrement économique. Nous avons appris, avec l’aide du Whole Earth Catalog, à prendre soin de nous », déclarait récemment l’acteur Peter Coyote au magazine écolo Plenty.

Alors que le mouvement Do it yourself opère un retour en force outre-Atlantique – réaction contre les excès de la société de consommation et ses effets dévastateurs sur la planète mais aussi stratégie de survie en période de récession -, flash-back sur une publication fulgurante dont les idées sont, quarante ans plus tard, plus que jamais d’actualité : la construction durable, le commerce équitable, les énergies alternatives mais aussi la cyberculture ayant toutes été façonnées par ses pages.

Le Whole Earth Catalog (WEC) est lancé en 1968 par Stewart Brand. Ce diplômé de biologie à Stanford en Californie, ex-para et membre des Merry Pranksters (bergerie hippie expérimentale autour de l’écrivain Ken Kesey, carburant au LSD) avait lancé deux ans plut tôt une campagne nationale pour convaincre la Nasa de diffuser pour la première fois une photo de la Terre prise de l’espace. Cette fameuse photo fera la couverture de son premier catalogue, une soixantaine de feuilles miméographiées (imprimées maison) qui vont devenir un document décisif de la contre-culture américaine.

A l’époque, ses amis chevelus de la Bay Area fuient la ville en masse pour vivre en communauté. Pour les aider dans leur retour à la terre, Stewart se lance dans la conception d’un catalogue pratique regorgeant d’informations pour tout faire soi-même (matériel, conseils pour acheter pas cher, livres, plans de maisons et de machines…) En quatre ans, il va s’étoffer et compter jusqu’à 448 pages en 1972, année où « ce catalogue pour hippie de la côte ouest » obtient le National Book Award.

« Pendant les quinze ans où j’ai vécu dans une cabane sans électricité, explique Peter Coyote, le WEC était ma ressource pour une technologie low tech, bon marché et peu polluante. Sans les bons outils, les bonnes compétences et les bons livres, le mouvement Do it yourself aurait été voué à l’échec. »

Le Whole Earth Catalog ne ressemblait à rien de connu en matière d’édition. Réalisé avec une machine à écrire électrique, des ciseaux et un appareil photo Polaroid, ce n’était pas vraiment un livre, ni un magazine, ni un catalogue de vente par correspondance mais une « cacophonie d’artefacts, de voix et de design visuel », décrit Fred Turner dans From Counterculture to Cyberculture (2).

« Des kits pour tisser à domicile côtoient des reportages sur la science du plastique. Les flûtes en bambou partagent leur espace avec des livres sur la musique générée par ordinateur. » La construction de dômes géodésiques voisine avec la chronique d’une expérience dans un kibboutz. Le marteau et les clous avec de l’électronique sophistiquée.

Le catalogue n’était pas seulement un réservoir d’outils mais aussi d’idées visionnaires. Il jette un pont entre la science de pointe et la contre-culture, exposant les théories de Lire la suite

Contre Allègre : une écologie qui émancipe

liberation.fr, Denis Baupin, adjoint au maire de Paris chargé de l’environnement, du développement durable et du plan climat, le 5 août 2009

Contre Allègre : une écologie qui émancipe

Fidèle à la stratégie de son nouveau maître – Nicolas Sarkozy -, Claude Allègre prétend, en s’appropriant indûment l’identité de ceux qu’il veut combattre – les écologistes -, se parer lui-même des habits de l’écologie, avec la création prochaine de sa Fondation pour l’écologie productive (Libération du 17 juillet).

Venant d’un des principaux négationnistes du dérèglement climatique, y compris au prix du tripatouillage de travaux scientifiques, le propos pourrait faire sourire. Mais on aurait tort de se contenter de ce premier réflexe. Claude Allègre n’est que la figure la plus caricaturale d’une entreprise plus globale visant à se réapproprier le succès des écologistes pour mieux le dénaturer. Cette entreprise utilise deux artifices.

Le premier est un grand classique : faire passer les écologistes pour des passéistes, des opposants au progrès, etc. Refrain connu chez les productivistes et les scientistes de droite et de gauche, depuis Robert Hue, qui refusait le retour à «la lampe à pétrole», à Martine Aubry, qui ne veut pas s’intéresser «aux radis», en passant par Luc Ferry, dont l’ouvrage le Nouvel Ordre écologique disait le mépris d’une certaine classe intellectuelle pour qui ne partageait pas sa vision du progrès humain.

Le second, plus nouveau, est devenu un passage obligé pour tout politique en panne de discours : repeindre en vert les politiques les plus productivistes et polluantes, afin de leur donner une nouvelle légitimité. En la matière, Claude Allègre ne craint personne. Après avoir été le héraut du lobby de l’amiante (qui continue de tuer chaque année plusieurs milliers de personnes), le voici en porteur de valise du nucléaire, des organismes génétiquement modifiés (OGM), voire du stockage de carbone comme réponse au dérèglement climatique.

Il y a pourtant un point sur lequel on peut être d’accord avec Claude Allègre : oui, l’écologie peut être productive, innovante, source de progrès pour l’humanité, créatrice d’emplois et aussi – même si cela l’intéresse sans doute moins – de justice sociale. Mais pour cela, pour être résolument moderne – car nous revendiquons la modernité -, l’écologie n’a pas besoin d’épouser une fuite en avant technoscientiste promue au rang d’idéologie. Notre écologie s’appuie sur l’innovation et les technologies modernes, mais en privilégiant celles qui accroissent l’autonomie des gens, qui émancipent au lieu d’asservir.

Reprenons les exemples de l’énergie, des OGM et du stockage de carbone pour en faire la démonstration.

Pour la production énergétique, peu importe à Claude Allègre que le nucléaire dit de quatrième génération – supposé recycler ses propres déchets – ne soit qu’une chimère dont les seuls exemples, à commencer par Superphénix, furent des échecs retentissants, si cela lui permet de justifier la fuite en avant franco-française dans l’industrie énergétique la plus dangereuse (par ses déchets, ses accidents et la prolifération qui lui est liée) et la plus coûteuse… Comme vient de le confirmer le PDG d’EDF en Lire la suite

Les dangers de la «croissance verte»

auditalentsawards.liberation.fr, Aurèlien Boutaud, ni ancien ni futur ministre, environnementaliste, chargé de cours à l’université Jean-Moulin (Lyon-III), membre du comité de rédaction de la revue d’écologie politique EcoRev’ , le 5 août 2009

Les dangers de la «croissance verte»

Dans une tribune publiée le 17 juillet dans les colonnes de Libération, Claude Allègre expliquait sa vision d’une écologie politique fondée sur la «croissance verte». En ces temps de crise économique, l’idée a de quoi séduire : réparer la planète, voilà un marché qui s’annonce prometteur ! Nos gouvernants l’ont d’ailleurs bien compris : de Jean-Louis Borloo, qui n’hésite plus à affirmer que «l’adaptation aux changements climatiques va doper la croissance», à Nicolas Sarkozy, pour qui la croissance verte est le «stade ultime du capitalisme». Autant dire que M. Allègre n’a sans doute pas grand-chose à craindre de cette «écologie punitive» qu’il dénonce avec véhémence et qui, selon ses propres termes, serait défendue par de dangereux écologistes qui ont «la haine des hommes» et ne désirent rien d’autre que «la multiplication des taxes, les interdictions diverses et l’arrêt du progrès».

Pourtant, ce que ne dit pas assez M. Allègre, c’est que l’idéologie qu’il défend présente également quelques dangers pour l’avenir de l’humanité.

La technoscience nous sauvera…

Pour bien le comprendre, il faut se souvenir que les scientifiques considèrent que l’impact d’une société sur l’environnement relève de trois facteurs : la démographie, le niveau «moyen» de consommation ou de production par habitant et les technologies utilisées. Tout projet politique visant à réduire notre empreinte écologique est donc voué à agir sur un ou plusieurs de ces trois leviers d’action : population, consommation-production et technologie.

Il faut tout de suite constater que la question démographique est quasi systématiquement laissée de côté par les différents courants de pensée de l’écologie politique. C’est donc essentiellement sur les deux autres facteurs de l’équation que les projets s’affrontent. Et il va sans dire que pour les tenants de la «croissance à tout prix», à qui on a appris que «plus» équivalait à «mieux», il faut croître… c’est-à-dire consommer et produire toujours davantage. C’est d’ailleurs cela qu’ils nomment progrès. Pour faire face aux enjeux écologiques, ne reste à leur disposition que le troisième levier d’action : la technologie.

On comprend pourquoi celle-ci exerce une telle fascination sur les décideurs politiques et économiques, mais aussi sur les médias : la croyance en une technoscience capable de résoudre à elle seule tous nos soucis présente le grand avantage de ne pas remettre en cause les bonnes vieilles recettes productivistes. «Continuez à consommer, nos savants s’occuperont du reste

… A condition de laisser faire le marché

Bien entendu, tout cela doit s’opérer grâce à la main invisible du marché. C’est là le second point central de l’idéologie de la croissance verte décrite par M. Allègre : il ne faut pas que l’Etat intervienne. Point de taxes ! Point d’interdictions !

Pour éviter toute réglementation contraignante, les champions du libre marché n’ont alors qu’un mot à la bouche : Lire la suite

La trahison des patriciens

agoravox.fr, Forest Ent (son site), le 5 août 2009

La trahison des patriciens

Quelques réflexions estivales sur la structure de nos sociétés, avec zooms sur les IIIème et XIVème siècles, et moult commentaires pseudo-scientifiques, que les lecteurs auront à cœur de démonter. Ces deux périodes n’ont pas l’air d’avoir grand chose à voir, mais ce sont deux tournants de l’histoire de l’occident : la fin de l’empire romain et du moyen-âge qui en a résulté. Ce sont deux périodes d’effondrement social.

L’été est un bon moment pour se replonger dans les livres d’histoire. J’en profite pour développer quelques réflexions sur la structure de notre société. Elles prendront ici la forme d’un roman noir, afin de vous faire frémir sur les plages, de manière je l’espère modérée.

Dans un article cette année, j’ai comparé la période actuelle au XIVème siècle qui a vu le début du « monde plein » et de l’écroulement des structures médiévales. Je vais y revenir ici, mais aussi sur le troisième siècle, qui a vu le début de la fin de l’empire romain. C’est devenu une banalité de parler du déclin de l’empire occidental, après entre beaucoup d’autres Emmanuel Todd et Denys Arcand. Mais chaque spécialiste a tendance à voir les choses à travers le prisme de ses propres investigations. A l’heure actuelle, il n’y a pas vraiment de consensus sur les causes de la chute de l’empire romain, bien qu’il y ait beaucoup d’explications convergentes. Je vais en présenter ici une vision assez sociale. Ce n’est heureusement pas pour un doctorat, car je ne connais pas grand chose à ces périodes. J’ai remarqué qu’il y a des spécialistes parmi les rédacteurs. Ils voudront bien signaler et corriger les erreurs. Mon but est de rappeler quelques éléments qui éclairent notre époque, et tendent à montrer qu’elle est grosse de changements.

Qu’est-ce qui conduit le destin des nations ? Amha, ce sont la géographie physique (climat et ressources naturelles) et la technologie. La « politique », c’est à dire la manière selon laquelle une société s’organise et peut arriver à gaspiller les atouts que l’histoire lui a donnés, peut aussi y jouer un rôle négatif. Il me semble que les éléments économiques, monétaires, démographiques, les domaines militaires et la géographie politique en sont des conséquences. Ceci repose sur une vision assez mécaniste de l’humanité, qu’il convient d’expliciter tout d’abord.

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal

Le couple géographie-technologie détermine la quantité de nourriture produite. Celle-ci engendre une économie et une démographie. Comme toutes les espèces animales sans prédateurs, l’humanité n’est limitée en nombre que par la quantité de nourriture disponible, car elle dispose d’une importante marge de fécondité, qui lui permet par exemple de se reconstituer rapidement après une catastrophe : il lui est arrivé de doubler en nombre en moins d’un siècle. En général, elle régule sa fécondité, et la démographie, comme la monnaie, est normalement une anticipation de l’économie. La manière la plus répandue est le contrôle spontané des naissances, qui n’a pas été inventé au vingtième siècle. Il s’accompagne assez bien d’un contrôle par la société, comme le célibat forcé – trait caractéristique des meutes de loups où la fécondité est monopolisée par le couple dominant. L’infanticide a été aussi pas mal pratiqué. Le cocotier et d’autres ballades de Narayama ont permis parfois d’éviter que les vieux improductifs ne n’incrustent trop. En cas d’échec de la prévision, il y a la famine, les épidémies et les guerres civiles.

La performance de la production de nourriture détermine la quantité d’actifs qui pourront se consacrer à autre chose, donc l’activité industrielle. Je ne défend pas une thèse physiocrate comme quoi seule l’agriculture serait productrice, mais je constate Lire la suite

Les civilisations meurent aussi

contreinfo.info, Debora MacKenzie, New Scientist, 2 avril 2008, traduction Contre Info, Richard Dawkins

Les civilisations meurent aussi

Les civilisations ne sont pas immortelles. L’épuisement des ressources, les atteintes à l’environnement, les conflits, la complexité, source de fragilité, ont par le passé provoqué la disparition de civilisations entières. Jugée à cette aune, l’hyper technicité occidentale, la mondialisation des réseaux et des flux, sont-elles des forces, un gage d’adaptabilité, ou des faiblesses potentielles ? Chercheurs et scientifiques apportent des éléments de réponse.

Apocalypse. La fin de la civilisation. La littérature et le cinéma regorgent de récits de peste, de famine et de guerres qui ravagent la planète, ne laissant que quelques survivants réduits à mener une existence primitive, parmi les ruines. Toutes les civilisations se sont effondrées finalement. Pourquoi en serait-il autrement pour la nôtre ?

Les scénarios d’apocalypse comportent en général une catastrophe majeure : un gigantesque astéroïde, une guerre nucléaire totale ou une pandémie catastrophique. Il existe cependant une autre possibilité glaçante : et si c’était dans la nature même des civilisations, la nôtre comme toutes les autres, que d’être destinées à s’effondrer tôt ou tard ?

Quelques chercheurs l’affirment depuis des années. Malheureusement, les recherches récentes effectuées dans des domaines comme la théorie de la complexité donnent à penser qu’ils ont raison. Il semble que lorsqu’une société se développe au-delà d’un certain niveau de complexité, elle devienne de plus en plus fragile. Finalement, elle atteint un point où même un incident relativement mineur peut provoquer l’écroulement de l’ensemble.

Ils sont quelques uns à considérer que nous avons déjà atteint ce point, et qu’il est temps de commencer à réfléchir sur la façon dont nous pourrions gérer l’effondrement. D’autres insistent sur le fait qu’il n’est pas encore trop tard, et que nous pouvons – nous devons – agir maintenant pour prévenir l’échec.

Les précédents historiques ne plaident pas en notre faveur. Pensez à Sumer, à l’Égypte ancienne et aux Mayas. Dans son ouvrage « Effondrement », paru en 2005, Jared Diamond, professeur à l’Université de Californie, considère que c’est leur mauvaise gestion de l’environnement qui est à l’origine de la chute de la civilisation Maya et des autres qui ont connu le même sort. Il avertit que nous pourrions prendre le même chemin si nous ne décidons pas de cesser de détruire l’environnement qui nous porte.

Lester Brown, du Earth Policy Institute à Washington, en convient. Il fait valoir depuis longtemps déjà que les gouvernements devraient accorder plus d’attention aux ressources environnementales vitales. « Il ne s’agit pas de sauver la planète. Il s’agit de sauver la civilisation », considère-t-il.

D’autres chercheurs estiment que nos problèmes ont une racine plus profonde. A partir du moment où nos ancêtres ont commencé à s’installer et à bâtir des villes, nous avons dû trouver des solutions aux problèmes nouveaux qu’apportait le succès. « Durant les 10 000 dernières années, la résolution des problèmes a produit une complexité croissante dans les sociétés humaines », Lire la suite

Voiture à air comprimé, le bout du tunnel approche !

univers-nature.com, Pascal Farcy, le 29 juillet 2009

Voiture à air comprimé, le bout du tunnel approche !

Si jusqu’alors la voiture à air comprimé faisait office d’arlésienne, elle nous revient aujourd’hui dans une version différente, plus adaptée au marché auquel elle se destine et avec une appellation ‘tendance’ : AIRPod, qui n’est pas sans rappeler la dénomination des célèbres baladeurs MP3 d’Apple (1). A l’inverse des nombreux autres prototypes du fabricant MDI (Motor Development International), l’AIRPod est présenté dans une version d’ores et déjà fort aboutie, dont sept exemplaires vont être testés dès ce mois, par Air France et KLM sur les sites de Paris-Charles de Gaulle et Amsterdam-Schiphol.

Le concept de ce véhicule, initié par Guy Nègre (2), repose sur un moteur mono-énergie à air comprimé, sans aucun rejet polluant à l’utilisation. Alimenté par un réservoir de 200 litres, à une pression de 350 bars, l’AIRPod offre une autonomie variant entre 120 et 200 km selon l’utilisation qui en est faite (charge, vitesse, etc.). Affichant clairement sa vocation urbaine : 2,07 m de long, 1,60 m de large et 1,74 m de haut pour un rayon de braquage record de 1,90 m, la MDI AIRPod se limite à une vitesse maxi comprise entre 45 et 70 km/h selon sa version.
Reposant sur 4 roues, dont 2 jumelées à l’avant en position centrale, elle se présente sous un design étonnant, qui ne laissera personne indifférent. En accédant à l’intérieur, par le hayon situé à l’avant du véhicule, le conducteur trouve en lieu et place du traditionnel volant un simple levier se terminant par un joystick, tandis qu’au plancher les choses sont plus conventionnelles avec deux pédales (frein et accélérateur). Malgré son gabarit très réduit (60 cm de moins qu’une Smart !), son habitabilité est étonnante. En effet, selon la version, plus d’un mètre cube de marchandise ou deux adultes et un enfant peuvent y prendre place en plus du conducteur, le tout pour un poids en charge d’environ 500 kg.

Le plein d’air s’effectue à l’aide d’un compresseur électrique du commerce (entre 3 et 4 heures de charge), mais la mise en place de stations d’air à haute pression promet un remplissage en 3 minutes. Economiquement, le coût d’utilisation oscille entre 0,5 et 1 € d’électricité aux 100 km. Au niveau tarif, la facture d’achat devrait s’élever à environ 6 000 € selon MDI, un montant qui semble nettement plus réaliste que ceux des annonces précédentes.

Selon Guy Nègre, prévu pour une commercialisation en fin d’année 2009, début 2010, ce véhicule devrait essentiellement intéresser les flottes de location de véhicules urbains type Autolib’, et des structures aux besoins spécifiques de déplacement/livraison en milieu urbain ou en recherche d’image ‘propre’ comme des compagnies aériennes, par exemple. Une fois l’homologation obtenue, les premiers exemplaires destinés à la vente seront fabriqués en France à Lire la suite

Alain Lipietz : « le monde d’après sera moins productiviste et moins libéral »

latribune.fr, Alain Lipietz, le 3 août 2009

Alain Lipietz : « le monde d’après sera moins productiviste et moins libéral »

Dans notre série d’été Visions de l’après-crise, « La Tribune » a interrogé l’économiste vert, Alain Lipietz. Ce dernier voit dans la solution à la crise écologique la réponse à la crise économique.

« Rien ne sera plus comme avant » a dit Nicolas Sarkozy. Partagez vous ce pronostic ?

Toute crise est un moment de rupture, où l’on ne peut plus continuer comme avant. Cette fois, elle nous dit que l’on ne peut pousser plus avant l’économie globalisée, sur le mode libéral et ultra-productiviste qui s’est imposé depuis vingt ans. La crise actuelle me semble relever de deux crises que nous avons déjà connues. Une crise écologique, où la rareté des ressources énergétiques et alimentaires devient criante, comme en 1848. Et une crise à la 1930 liée à un partage salaires/profits très déséquilibré, et surtout une distribution trop concentrée au profit des plus hauts salaires comme des plus gros bénéfices. Insidieusement, nous sommes revenus à une économie de la rente. Et ceci est vrai, tant au niveau local qu’à l’échelle mondiale. C’est bien cette double crise qui a conduit les travailleurs pauvres à s’endetter pour se loger, puis, quand les prix du pétrole et de la nourriture se sont envolés, à arbitrer contre leurs remboursements, provoquant la crise des subprimes. Le monde d’après sera, sans doute, moins productiviste et moins libéral. Sera-t-il plus ou moins social, plus ou moins démocratique ? Je ne sais. L’histoire a montré que les lendemains de crise pouvaient prendre des voies multiples.

Vous voyez donc tout de même un monde plus dirigiste et moins ouvert ?

Oui, et avant même l’éclatement de la crise financière, on a vu un retour du protectionnisme qui était alors passé inaperçu en France. Dès l’été 2007, la crise des jouets chinois a provoqué une levée de boucliers au parlement européen. Certains mettaient en avant le nécessaire respect des normes internationales, d’autres défendaient carrément la préférence européenne. De même, avec les débats sur l’Agence de l’Energie, les objectifs obligatoires du « paquet climat », on a vu une remontée du planisme.

La crise écologique que vous mentionnez a-t-elle déjà joué le rôle de détonateur d’une prise de conscience écologique chez les chefs d’Etat ? Pensez vous que chacun a pris la mesure de l’urgence à agir ?

Ceux qui niaient l’existence même d’une crise écologique se sont rendus à l’évidence. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde est pareillement conscient de l’urgence. On voit bien qu’entre les pays les plus pauvres du sud, qui ont compris qu’il fallait agir tout de suite, et ceux qui, comme les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde, estiment que s’il faut agir, ce n’est pas à eux de commencer, il y a les pays européens qui ne sont prêts à agir que si les autres bougent aussi en même temps. Bref, il existe toujours une palette d’attitudes face au réchauffement climatique qui empêche d’agir vite, et de façon coordonnée. Or, les Nobel de l’an dernier nous en avertissent : si, en 2020, on n’a pas réduit de 30% par rapport à 1990 nos émissions de gaz à effet de serre, et si les pays émergents n’ont pas inversé la courbe de leurs émissions, la hausse de la température mondiale dépassera les 3 degrés. Et le monde ressemblera à celui de Mad Max, où une partie de ses habitants Lire la suite

Claude Allègre : L’écologie non productive, c’est quoi ?

liberation.fr, Claude Allègre, ancien ministre, le 17 juillet 2009

L’écologie non productive, c’est quoi ?

Présentant la fondation que je suis entrain de créer avec pour titre Ecologie productive, un journaliste s’est interrogé. Qu’est ce que l’écologie non-productive ? Il m’incombait donc d’éclairer sa lanterne.

L’écologie productive est la démarche qui consiste à résoudre les problèmes écologiques en créant de nouveaux emplois et de nouvelles richesses. C’est ce que l’on appelle parfois la croissance verte, concept que j’ai contribué à définir et à développer depuis vingt ans (dans mes livres Economiser la planète, Fayard, 1990 et Ecologie des villes, écologie des champs, Fayard, 1993). Cette démarche s’oppose radicalement à la vision, hélas très répandue, qui a vu le jour dans les années 1970 avec le fameux rapport du Club de Rome «Halte à la croissance» et qui s’est prolongée plus récemment avec les concepts de décroissance et de frugalité prospective, qui constituent la base du livre de Nicolas Hulot le Pacte écologique aussi bien que le programme des Verts.

A une écologie dénonciatrice et punitive, qui ne voit l’écologie que comme l’annonce de catastrophes, la multiplication de taxes, des interdictions diverses et, l’arrêt du progrès, («le progrès pose problème», écrit Hulot), nous souhaitons substituer une écologie de la création, de l’invention, du dépassement, de la réparation qui débouche sur la croissance économique en même temps que l’établissement d’une certaine harmonie entre l’homme et la nature mais dans laquelle l’homme n’est jamais sacrifié aux exigences écologiques.

Prenons trois exemples pour illustrer cette démarche. L’énergie nucléaire est à l’évidence une source d’énergie essentielle à notre développement futur et l’on ne dénoncera jamais assez les dommages créés à l’Europe par les verts allemands en interdisant à ce pays cette source d’énergie ! Mais peut-on, d’un autre côté, ignorer qu’avec la technologie actuelle nous produisons des déchets potentiellement dangereux et que les réserves d’uranium ne dépassent pas un siècle ? La solution ce n’est pas l’abandon du nucléaire, c’est de développer la technologie dite de «quatrième génération» qui utilisera 97 % de l’uranium multipliant les réserves par 100 et qui détruira les déchets à vie longue rendant cette filière plus sûre.

Second exemple, les pesticides, insecticides et engrais. Il est exact que le développement excessif de la «chimie agricole» a conduit à créer des problèmes de pollution alimentaire pour les humains, les animaux domestiques mais aussi les animaux sauvages. La décroissance des populations d’oiseaux, des rivières trouve sans aucun doute sa source dans la pollution. Faire semblant de l’ignorer n’est pas responsable pas plus qu’accuser les agriculteurs et leur interdire les moyens de continuer a être compétitifs sur un marché désormais international de plus en plus sévère. La solution, c’est de développer les plantes génétiquement modifiées qui permettront d’éviter les pesticides, les insecticides, en partie les engrais et qui permettront de minimiser les besoins en eaux ou les contraintes de salinité. L’avenir de l’agriculture est là !

Troisième exemple, le contrôle du gaz carbonique. Laissons de côté la question des prévisions climatiques car elle sera réglée par les faits d’observations à condition de ne pas les masquer (pourquoi cache-t-on ces jours-ci le fait que la banquise arctique Lire la suite

L’innovation au cœur de la crise… et de la reprise

blogs.lesechos.fr, Philippe Escande, le 20 juillet 2009

L’innovation au cœur de la crise… et de la reprise

Au cœur des grandes crises économiques, se love toujours un couple infernal, celui formé par l’innovation, entendue comme une invention qui trouve son marché, et son double, la consommation. C’est cet extraordinaire mouvement qui traverse les siècles et reste central dans l’explication de nos déboires actuels, que raconte le nouvel et foisonnant ouvrage des économistes Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur (1).

Quel rapport entre la crise actuelle et l’innovation ? Côté pile, l’innovation est un peu responsable de nos malheurs. Ce sont les technologies de l’information, grande révolution industrielle de la fin du siècle dernier, qui ont permis la circulation continue des capitaux, l’imagination financière débridée et la connexion en temps réel de toutes les économies de la planète.
Côté face, le choc de l’environnement et des matières premières nous renvoie aujourd’hui en pleine figure l’impréparation de nos sociétés à des mouvements pourtant visibles depuis de nombreuses années. On n’a pas assez innové dans ce domaine. C’est pourquoi, pour les auteurs, le tremblement de terre actuel n’est pas uniquement une crise de la demande et de la finance, comme l’affirment certains, mais aussi une crise de la consommation et de l’innovation. D’un coup, il n’y a plus adéquation entre le consommateur, ses désirs, ses moyens financiers et les produits qu’on lui propose. La norme de consommation est en train de changer.

L’économiste David Flacher distingue 4 normes dans l’histoire récente. La première, la plus rudimentaire, était celle d’avant le XVII siècle, la seconde est apparue au XVIII avec le développement fantastique des indiennes, ces cotonnades venues d’Asie, mais aussi de la porcelaine. On passe de l’inusable au cassable et l’on découvre la mode. La troisième norme est celle du XIX, caractérisée par l’apparition d’un début de classe moyenne avide de produits moins haut de gamme, plus industriels, donc moins chers. La quatrième est la société de consommation de l’après-guerre, enfantée dans la douleur par la crise de 1929. Celle-ci est née d’une inadéquation entre une innovation technologique et industrielle débridée, notamment dans l’automobile, face à l’absence d’une vraie classe moyenne solvable. Les profits des entreprises, insuffisamment redistribués, ont alimenté une spéculation boursière effrénée. Dix ans de récession et une guerre ont été nécessaires pour donner naissance à une grande classe moyenne qui a alimenté la croissance des Trente Glorieuses.
La mondialisation a cassé ce progrès continu, maintenu artificiellement par l’endettement au début des années 2000. Une nouvelle norme émerge donc avec de nouveaux besoins, plus qualitatifs, plus en phase avec les nouvelles préoccupations mondiales, du moins dans les pays développés : l’énergie, l’écologie, la démographie et le vieillissement. Or l’histoire nous enseigne que ces normes de consommation ne naissent pas des innovations mais souvent les précèdent, puis les accompagnent et les attisent, comme le vent sur la braise. La folie des indiennes du XVIII siècle a créé le terreau pour le développement de l’industrie du tissage, point de départ de la première révolution industrielle. C’est donc maintenant que se jouent les vingt prochaines années et qu’il faut mettre en place des structures et des moyens pour favoriser et accélérer l’émergence de cette nouvelle innovation répondant à ces nouveaux besoins. Cela passe à la fois par une stimulation financière forte. On en trouve la trace dans de nombreux plans de relance, en Amérique, au Japon ou en Corée.
Mais cela demande aussi la mise en place de ce qu’Alain Villemeur appelle le « système d’innovation ». C’est-à-dire l’environnement favorable au Lire la suite

Entropia n°6 « Crise éthique, éthique de Crise ? »

 entropia-la-revue.org, revue d’étude théorique et politique de la décroissance

Entropia n°6 « Crise éthique, éthique de Crise ? » 

Malgré les caricatures dont elle est l’objet, et face à la crise systémique sans précédent qui sévit partout en tout domaine, l’idée de décroissance a commencé à s’insinuer dans les charnières d’un système sans avenir. Dans un climat de désenchantement général, il se pourrait bien qu’elle puisse introduire un sursaut de conscience collective modifiant tout à la fois les mentalités et les actes, en particulier dans nos relations avec la nature qui sont inséparables de nos rapports avec les autres et avec nous-mêmes.

La voie étroite de la décroissance est une éthique générale. C’est une mobilisation contre l’absurdité, le cynisme et la déréliction dont souffrent la planète et ses habitants. Si elle n’est pas « le remède-miracle » et encore moins un projet normatif et moralisant, elle est bien un engagement qui invite impérativement à ne plus séparer pour dominer, à ne plus morceler pour humilier et qui convie à reconnaître les liens qui unissent fondamentalement la condition humaine localisée à l’espèce entière et à la totalité du vivant.

À ces relations d’« harmonie conflictuelle », l’histoire ne cesse de substituer l’inertie où les choses suivent leur cours, mais aussi les menaces de barbarie dont l’impérialisme de l’économie fait le lit. Comprendre comment nous en sommes arrivés là peut aider à inventer une éthique de la décroissance. Et c’est aussi un appel à retrouver un art de vivre, la joie de la connaissance, la gratuité et la beauté, sans lesquels disparaît le monde commun.

Alors que nous participions à l’assemblée réunie par Entropia, le 29 mars 2008 en un séminaire intitulé « André Gorz, Décroissance, Utopie« , nous vous avions diffusé en quatre documents sonores originaux et en différé, les tribunes de Thierry Paquot, Alain Gras,  Serge Latouche et Edgar Morin :

– Thierry Paquot Lire la suite

Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déclaration sur la crise du capitalisme et de la civilisation occidentale

openfsm.net, communiqué, mars 2009

Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déclaration sur la crise du capitalisme et de la civilisation occidentale

Vers un Forum thématique en 2010 qui articule les paradigmes alternatifs : La décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien-vivre et les droits collectifs
Le capitalisme colonial moderne a commencé il y a plusieurs siècles et a imposé au continent américain l’invasion du 12 Octobre 1492. Cela a commencé par le pillage et l’invention des théories globales de la « race » pour justifier l’ethnocide américain, l’invasion de l’Afrique pour la traite des esclaves et le pillage des autres continents. Ces génocides se sont poursuivis et ont été maintenus par le capital transnational et ses appuis militaires. Cette exploitation et oppression capitaliste globale produisent le réchauffement de la planète qui entraîne le suicide planétaire.

La crise du modèle de développement capitaliste, eurocentrique, sexiste et raciste, est totale et conduit à la plus grande crise socio-environnementale de l’histoire humaine. La crise financière, économique, de l’énergie, augmente la production d’un chômage structurel, l’exclusion sociale, la violence, les propos racistes, sexistes et le fanatisme religieux, tout à la fois. La crise est si profonde qu’elle constitue une véritable crise de civilisation capitaliste, la crise du développement capitaliste et de la « modernité » qui menacent toutes les formes de vie.

Mais certains continuent à rêver d’amender ce modèle et ne veulent pas assumer que ce qui est en crise, c’est le capitalisme, l’eurocentrisme, avec son modèle d’État uni-national, d’homogénéité culturelle, de droit positif occidental, le développementisme et la marchandisation de la vie.

La crise de la civilisation capitaliste, nous oblige à reconstruire et à réinventer de nouvelles options pour la coexistence entre la nature et de la société, la démocratie, l’état de consommation. Il est urgent de trouver des nouveaux paradigmes de la civilisation et, dans ce contexte, « d’autres mondes sont possibles » mais urgents, et, d’ailleurs, ils sont déjà en cours de construction par les premières victimes des formes les plus barbares de la violence capitaliste / coloniale / moderne : les peuples et les communautés indigènes, paysannes, côtières, Quilombolas, Afro-descendantes, Garifunas, Caboclos, Dalits, entre autres, et leurs enfants qui ont émigré dans les bidonvilles et favelas, et tous les autres exclus et invisibles  » intouchables » dans le monde, qui continuent de résister, d’actualiser et de renforcer d’autres formes de civilisation et d’organisation sociale, technique, éthique, politique, économique, culturelle et spirituelle de l’existence humaine.

Les peuples autochtones pratiquent et proposent l’unité de la Terre Mère, de la société et de la culture.

Nourrir la Terre-Mère et se laisser nourrir par elle. Protéger l’eau comme un droit humain fondamental et s’opposer à sa marchandisation. Décoloniser le pouvoir par le principe de « commander en obéissant », développer l’autogestion communautaire, l’auto-détermination, l’unité dans la diversité comme autres formes de l’autorité collective ; Promouvoir l’unité, la dualité, la complémentarité et l’égalité entre les sexes, la spiritualité de la vie quotidienne et la diversité ; Se libérer de toute domination ou discrimination raciste, ethnique ou sexiste ;

Développer les décisions collectives sur la production, les marchés et l’économie ;

Décoloniser la science et la technologie ; Lire la suite

Voyage dans l’innovation sociale britannique (1/3) : Qu’est-ce que l’innovation sociale ?

internetactu.net, Hubert Guillaud, le 5 juin 2009

Voyage dans l’innovation sociale britannique (1/3) : Qu’est-ce que l’innovation sociale ?

A l’occasion d’un voyage d’études organisé par la 27e Région, nous sommes allés à la découverte de l’innovation sociale britannique, en rencontrant la plupart des cabinets de design et les principaux acteurs qui participent à redéfinir le rôle des usagers dans les services publics. Comment l’innovation s’inscrit-elle concrètement dans la vie des gens ? Peut-on faire de l’innovation sans technologie ? L’innovation sert-elle à faire de la politique ? Immersion.

L’innovation sociale : redonner le pouvoir aux utilisateurs

L’innovation sociale désigne un ensemble de stratégies, de concepts, d’idées et de formes d’organisation qui cherchent à étendre et renforcer le rôle de la société civile dans la réponse à la diversité des besoins sociaux (éducation, culture, santé…). Dans ce vaste creuset, le terme désigne à la fois des techniques et processus d’innovation et des innovations elles-mêmes (comme le microcrédit, l’apprentissage à distance…) ainsi que tout le champ d’action que cette innovation recouvre : entrepreneuriat social, mouvement coopératif, et plus généralement l’économie sociale et solidaire, comme on l’appelle plus traditionnellement en France ; un terme qui désigne à la fois les organisations qui jouent ce rôle et les processus qui expérimentent de nouveaux “modèles” de fonctionnement de l’économie (comme le commerce équitable ou l’insertion par l’activité économique). Le périmètre de l’innovation sociale est à la fois plus vaste et plus précis que celui de la démocratie participative à la française, qui concerne surtout le moment de la prise de décision politique.

Image : L’un des slogans du cabinet Think Public, tiré de leur plaquette de présentation : “Nous pensons que les gens qui utilisent et délivrent des services ont l’expérience et les idées pour les améliorer”.

L’innovation sociale est un mode de pensée qui met l’accent sur la personnalisation et la cocréation, explique Catherine Fieschi directrice de CounterPoint, le think tank du British Council, l’agence britannique internationale chargée des échanges éducatifs et des relations culturelles (et ancienne directrice de Demos, un think tank britannique lui aussi spécialisé sur ce sujet, comme elle nous le confiait en mai 2008). C’est-à-dire que l’individu est appelé à cocréer les biens et services collectifs qu’il veut utiliser et ne pas en être seulement consommateur. Le projet consiste à redonner du pouvoir à l’utilisateur, l’aider à s’émanciper, développer ses “capacités” ou plus précisément encore développer sacapacitation“, c’est-à-dire faire que chacun exprime et cherche des solutions à ses demandes individuelles tout en créant de nouvelles formes de sociabilité pour éviter de se diriger vers une société trop fragmentée.

L’idée qui sous-tend le principe de l’innovation sociale est d’autonomiser l’individu tout en renforçant le lien social, en mettant l’accent sur l’analyse des comportements pour mieux y répondre. Pour Charles Leadbeater de Participlequi travaille notamment à construire des solutions sociales pour les plus âgés -, si nous concevons l’innovation sociale comme nous concevons un bien de consommation, nous allons rater l’essentiel. “Les professionnels ont tendance à penser que les solutions aux problèmes passent toujours par l’augmentation des moyens consacrés aux solutions traditionnelles et professionnelles : si nous voulons plus de sécurité, il faut plus de policiers, si nous voulons une meilleure école, il faut plus de professeurs, si nous voulons un meilleur système de soin, il faut plus de services et de personnels… Quand on a un problème de service public, on a tendance à vouloir y répondre par plus de services publics, alors que bien souvent les solutions sont ailleurs.” Et de prendre l’exemple de la diminution des incendies domestiques. Faut-il mieux équiper les pompiers pour qu’ils puissent maîtriser les incendies ou développer des programmes d’installation de détecteurs de fumée ou de raccordement des appareils ménagers au gaz de ville… ou encore convaincre les gens d’arrêter de fumer ? “La solution ne consiste pas toujours à réorganiser les services, mais plutôt de regarder les besoins et les demandes des gens. Portons le regard sur les utilisateurs plutôt que sur le système en place”, assure le consultant.

Pour l’agence de design social Think Public, l’innovation sociale consiste à impliquer les gens dans les processus d’amélioration, de rénovation et de création des services publics. Là encore, il s’agit de Lire la suite

Biosphere-hebdo : spécial « oxymores »

biosphere.ouvaton.org, biosphere-hebdo n° 17.2009 (spécial « oxymores  »), le 2 mai 2009

(Extraits de La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust)

La pression de confort (techniques imbéciles)

La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens.

Or un univers psychique qui n’admet par principe aucune limitation, aucun interdit, court vers l’abîme. Pendant la Seconde guerre mondiale, la vitesse des voitures aux Etats-Unis a été plafonnée à 55 km/h pour économiser le carburant. Il a fallu une menace extérieure pour mettre en place cette mesure qui devrait s’imposer aujourd’hui. Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Aucun effort méthodique pour prévoir le futur et organiser le décrochage du pétrole n’a été conduit : si c’était le cas, cela se saurait, des voitures ultralégères seraient déjà disponibles depuis longtemps sur le marché, leurs moteurs seraient bridés, etc.

Les Hikikomoris, ces jeunes japonais gavés d’informatique qui ne sortent plus de leur chambre, sont un des premiers symptômes de l’épuisement vital vers lequel nous tendons. En moins d’un siècle, le marché, couplé à la technologie, en instrumentalisant et en artificialisant les désirs, aura stérilisé tout ce qui donnait aux hommes le goût de vivre depuis des millénaires. La publicité, cette forme moderne, insidieuse et inédite de contrôle des esprits, que l’on devrait débaptiser et nommer une fois pour toutes propagande, va bien au-delà de tous ce qu’on pouvait imaginer dans les débuts optimistes et naïfs de la « réclame » d’après guerre.

La pression démocratique (écologie appliquée/action politique)

Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.

L’aveuglement des élites et le formatage subséquent de l’opinion via les médias Lire la suite

Eclairage : la révolution LED est à nos portes

Futura-Sciences, Jean Etienne, le 4 mars 2009

Eclairage : la révolution LED est à nos portes

Après s’être discrètement introduites dans la signalisation et les feux de nos véhicules, les LED se préparent à s’imposer en ville et dans nos foyers. Et elles ont tout pour plaire…

Les signes ne trompent pas. En Allemagne, la ville de Darmstadt a déjà remplacé de nombreux lampadaires d’un quartier résidentiel par des luminaires équipés chacun de 86 LED (Light Emitting Diode) à haute puissance, avec lentilles et réflecteurs. A Los Angeles, le maire Antonio Villaraigosa a annoncé le remplacement de 140.000 ampoules de la mégalopole de 4 millions d’habitants par des diodes électroluminescentes. « Ce programme de rénovation est le plus ambitieux au monde jamais entrepris par une municipalité. Il devrait réduire nos émissions de gaz carbonique d’environ 40.500 tonnes par an, ce qui équivaut à retirer 6.000 voitures de la circulation », a déclaré le maire lors d’une conférence de presse donnée le 16 février en présence de l’ancien président Bill Clinton, aujourd’hui à la tête de la Clinton Climate Initiative, une branche de sa fondation créée en 2006.

Et la France ? Elle se tâte… La communauté d’agglomération du Val de Fensch (Moselle) a décidé, fin de l’année dernière, d’installer trois lampadaires LED dans son parc d’activités de Sainte-Agathe. Les économies d’énergie semblent plus courtisées dans le privé, puisque l’assureur Generali éclaire désormais exclusivement en LED les 18.000 m² de ses bureaux sur les Champs-Elysées.

Des économies loin d’être négligeables

Car les économies sont au rendez-vous. Avec une durée de vie moyenne de 50.000 heures, les LED sont cinq fois plus durables que les ampoules basse consommation traditionnelles, dont elles ne consomment que 20% de l’énergie. Le coût de revient horaire face aux ampoules à incandescence en devient presque négligeable avec 0,04%, d’autant que les dispositifs à LED équivaut à présent aux meilleures lampes fluocompactes et que la recherche est loin d’avoir dit son dernier mot dans le domaine.

La LED à haute puissance trouve son origine dans l’invention de la LED bleue par le Japonais Shuji Nakamura en 1992. Cette technologie devait rapidement, en association avec les LED rouge et verte, permettre de réaliser une lumière blanche. Par la suite, une loi de Moore similaire à celle qui dope l’informatique a permis le doublement de leur puissance tous les deux ans, et l’évolution est loin d’être terminée. Parallèlement, les ingénieurs s’activent à ranger parmi les mauvais souvenirs la « froideur » des premières LED en leur donnant un spectre d’émission similaire à l’éclairage à incandescence, ou mieux, à la lumière naturelle.

Une nouvelle révolution se profile déjà à l’horizon avec les Oled (Organic light-emitting diode), Lire la suite

Laure Noualhat : Sortir du rouge avec le vert

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 3 mars 2009

Sortir du rouge avec le vert

Pour ceux qui ne savent avec quoi encombrer leur table de nuit, voici deux ouvrages « boîtes à outils » qui nous livrent de quoi envisager l’avenir. La richesse de nos économies s’appuie sur des ressources naturelles en voie d’épuisement et l’accroissement du PIB -graal politique s’il en est- exerce une pression trop forte sur l’environnement. Le constat est commun à ces deux ouvrages en librairie depuis janvier, mais les solutions qu’ils livrent pour y remédier diffèrent.

Pour Hervé Kempf, journaliste au Monde, il faut sortir du capitalisme pour sauver les meubles, la Terre, et ceux qui s’assoient dessus, les Humains. Il compare le capitalisme à la rafflésie, une fleur tropicale qui pompe l’énergie de la plante qu’elle parasite. Elle grossit subitement jusqu’à 1 mètre de diamètre, et meurt.

Si la croissance verte se greffe sur les racines du capitalisme, elle ne peut aider à sortir du rouge. Pas d’un point de vue environnemental en tous cas. Au fil de ses reportages, Kempf nous convie à un terrifiant tour du monde du green new deal en marche. La croissance verte est déjà en train de produire de considérables effets pervers. A savoir : le nucléaire qui, avec ses déchets et risques, hypothèque l’avenir; l’éolien industriel qui défigure les paysages de France; les agrocarburants qui déciment les forêts tropicales; la séquestration de CO2 qui… émet du CO2; … D’après Kempf, trois idées -erronées- structurent la pensée dominante: la technologie résoudra le problème ; la consommation d’énergie va continuer à croître et la croissance du PIB va se poursuivre ; le changement climatique est le seul problème -exit la biodiversité en péril et la dangereuse dégradation des écosystèmes sur lesquels se base l’économie. Ces problèmes-là, il est vrai, n’intéressent ni les hommes politiques, ni les industriels car ils ne se traduisent pas en promesses de revenus verts.

Sortir du capitalisme? Autant miser sur un changement anthropologique majeur, ricanent les auteurs de C’est maintenant!, Jean-Marc Jancovici, expert du climat, et Alain Grandjean, économiste. «Cela a autant de chances de se produire à brève échéance que l’apparition d’une 2ème Lune la semaine prochaine.» Ils tirent à boulets rouges sur Les Verts, les écolos, les militants radicaux, ceux qui se rassemblent «contre» (les ogm, le nucléaire, la chasse à la baleine, …), à défaut d’être d’accord sur les «pour» à défendre. Selon les coauteurs, ces militants-là n’ont rien compris au capitalisme, qui ne se définit pas comme «la domination de tous par de grandes multinationales, mais seulement comme la propriété privée des moyens de production».

Du fait de leur expérience auprès des grands groupes, les deux compères de l’X proposent des solutions plus pragmatiques et surtout dédiées à l’urgence climatique. D’abord et avant tout, il est urgent de renvoyer les députés à leurs chères études, écrivent-ils. Une fois cela fait, ils pourront peut-être débattre en profondeur avant de voter de superficiels Grenelle. Les deux auteurs proposent la nomination à tous les postes de l’Etat d’un conseiller technique ressources et énergie qui fourrerait son nez dans tous les dossiers, retraites et diplomatie comprises.

Comme Kempf, ils prônent la décroissance des biens matériels («on va devoir se faire à l’idée d’être plus heureux avec moins») et le courage politique de le faire comprendre. Mais contrairement au journaliste, en bons polytechniciens, ils célèbrent la technologie (nucléaire, séquestration de CO2, …). Ils imaginent un monde où l’on devra déplacer les villes à la campagne, car il y aura «moins d’emplois tertiaires et plus de bras dans l’agriculture, l’artisanat, les métiers techniques». Les zones pavillonnaires énergivores seront condamnées à mourir. Dans certains secteurs régaliens comme l’énergie, Grandjean et Jancovici défendent la régulation pour ne point perdre le pilotage des investissements. En clair, déployer le nucléaire et construire au plus vite 4 réacteurs. Mais leur leitmotiv, c’est la taxation de l’énergie. D’après eux, on taxe trop le travail et pas assez l’énergie.

Pour Kempf, Lire la suite

L’empreinte écologique de Google exposée

etopia.be, le 12 février 2009, publié sur Euractiv, le 14 janvier 2009, traduction pour Etopia, Valérie Watillon, Texte original sur : http://www.euractiv.com/en/energy-e…

L’empreinte écologique de Google exposée

Une étude récente, menée par le physicien Alex Wissner, démontre que les moteurs de recherche tel que Google génèrent des émissions massives de CO2. Expliquant sa recherche au Sunday Times, l’académicien de Harvard révèle que, malgré le secret sur l’empreinte écologique de Google, il a calculé, sur base d’informations disponibles publiquement, chaque recherche Google génère 5-10 grammes de CO2.

Le quotidien a reporté que 2 recherches libèrent 7 grammes de CO2 ; l’équivalent d’une bouilloire sifflant pour une tasse de thé. Wissner-Gross a dit plus tard que son travail était surtout axé sur l’ensemble du web et que l’exemple de la bouilloire n’était pas un des siens.

L’échelle de l’empreinte écologique du moteur de recherche provient du fait que la requête est envoyée vers des serveurs multiples autour du monde, mais uniquement les réponses les plus rapides atteignent l’utilisateur, selon Wissner Gross.

« Google n’est pas pire que les autres centres d’opération de données. Si vous voulez fournir un résultat vraiment excellent et rapide, cela va prendre de l’énergie supplémentaire pour y parvenir (ndtr : a dit Wissner Gross à la BBC).

Google, qui tient à promouvoir son image d’entreprise verte, rejeta ces chiffres comme « many times too high ». Il est déclaré sur son blog officiel que le retour des résultats d’une recherche type, en moins de 0.2 secondes, rejette à peu près 0.2 grammes de C02.

« Nous avons fait de grandes avancées pour réduire l’énergie utilisée par nos centres de données, mais nous voulons encore trouver des sources d’énergie propre et abordable,… ». Le géant internet fait allusion à l’investissement de $45 millions dans le domaine de la recherche dans les technologies d’énergie propre, en 2008.

En moyenne, chaque seconde de navigation sur le web produit 0.02 grammes de CO2, selon l’étude. Wissner-Gross fait remarqué aussi que, vu l’augmentation des animations et du contenu des vidéos, le nombre peut atteindre 0.03 grammes chaque seconde. Selon le physicien, la consommation électrique de l’ordinateur doit endosser plus la responsabilité de l’empreinte écologique induite par une « expérience internet type », en fonction de l’infrastructure du réseau qui transmet les site web. Les serveurs d’hébergement web sont les plus petits contributeurs. L’analyse du site du Bureau du Premier Ministre anglais, samedi 10 janvier dernier, montre qu’il était opérationnel à 64% de sa capacité énergétique, pendant que le rendement du site de la BBC était de seulement 49%. Gartner, une compagnie de recherches en technologie de l’information, estime, en 2007, que l’industrie IT a déjà causé 2% de l’émission totale de CO2, soit l’équivalent de l’empreinte écologique de toute l’industrie aérienne.

L’UE prévoit d’introduire des normes « énergie-efficacité » pour le secteur ICT afin de contrer le changement climatique et réduire le gaspillage énergétique (Euractiv 12/12/08)). La commission espère publier les recommandations politiques après un rapport industriel daté de juin 2008 argumentait que l’impact industriel sur le climat allait progresser plus que diminuer si des mesures n’étaient pas prises (Euractiv 27/06/08)

Réflexion sur l’exemple Facebook Lire la suite

Hervé Kempf : « La croissance verte est une illusion »

bienpublic.com, propos recueillis par Elisabeth HUARD, le 10 février 2009

« Pour sauver la planète… »

H. Kempf : « La croissance verte est une illusion »

Dijon l’invite, demain, à une double rencontre : à la librairie Grangier l’après-midi ; à la Maison des associations, le soir, avec les Voix sans maître, pour poursuivre la réflexion.
Hervé Kempf, journaliste au Monde, spécialiste de l’environnement : deux essais, une voix dissonante dans le concert d’un capitalisme en crise.

Le Bien public. – Comment les riches détruisent la planète (2007), Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (2009) : le moins que l’on puisse dire est que vous tranchez dans le vif.
Hervé Kempf. – Mon premier essai, analyse de la crise écologique, a suscité de multiples rencontres. Et toujours la même question revenait durant les discussions : « Que faire ? ».

Le deuxième livre cherche à y répondre, en proposant des perspectives à un public conscient de ce qui se passe.

La réflexion s’impose : pourquoi, malgré toutes les informations dont elle dispose, la société est-elle impuissante à enrayer la crise écologique ?

LBP. – La crise, économique et planétaire, est l’occasion d’une prise de conscience ?

Hervé Kempf. – Alors que 99 % des journalistes économiques, comme l’ensemble des politiques et dirigeants, rabâchent le même discours – soutenir la croissance, relancer la consommation -, le public rencontré, dans son ensemble, juge recevable l’idée d’une baisse des consommations matérielles et de la consommation d’énergie.

Il n’est pas possible de poursuivre sur le modèle d’une croissance sans fin et sans frein. Pour quel profit et avec quel impact ? Le capitalisme a suffisamment démontré son incapacité à répondre à l’enjeu écologique. Il veut nous faire croire que la technologie peut surmonter l’obstacle. La croissance verte est une illusion : elle est le germe de nouveaux lobbies.

LBP. – Ce « sortez du capitalisme » est un impératif ?

Hervé Kempf. – Loin de moi l’idée d’imposer quelque chose, il s’agit plutôt d’indiquer la voie d’un avenir possible : sortir du capitalisme, pour mettre l’urgence écologique et la justice sociale au cœur du projet politique. Engagé, mais non militant. Mon rôle de journaliste n’est pas de m’abstraire, mais d’observer la réalité avec du recul.
Au-delà des articles qu’il m’est permis d’écrire, le livre m’apporte la liberté de ma propre écriture, celle d’introduire beaucoup plus d’histoires. Elles disent la traversée du capitalisme dans nos vies, la façon dont il impose son modèle au monde – profit maximal, individualisme forcené -. Ce que je dis du délitement des rapports sociaux, c’est ce que les gens vivent tous les jours.

La crise implique un changement dans la répartition des richesses, un changement de point de vue.

LBP. – L’histoire du capitalisme – courte, au regard des millénaires – pourrait avoir une fin ?

Hervé Kempf. – Le sort de la planète passe par une société soucieuse de coopérer pour le bien commun et pour la préservation de la santé de la biosphère. On ne pourra plus faire d’économie sans faire d’écologie. C’est la clé de ce livre : ce que l’on pourrait appeler écologie sociale.

Ce n’est que le début d’une réflexion qui se nourrit de la parole partagée. De la pensée. Cette crise est l’occasion d’agir. De réinvestir la démocratie vidée de sa substance. Il y a urgence. Lire la suite

La crise financière : tenir compte des limites de la planète

info-durable.be, WWF, le 29 octobre 2008

La crise financière invite à mieux tenir compte des limites de notre planète

Le monde va bientôt devoir faire face à une grave crise écologique. En effet, la pression exercée par les hommes sur la planète, par leur manière de produire, de consommer et de générer des déchets dépasse de presque un tiers ses capacités de régénération. Si notre demande vis-à-vis de la Terre continue à croître au même rythme, nous aurons besoin de deux planètes pour répondre aux besoins de notre train de vie actuel d’ici la moitié des années 2030. A côté de ce que risque de devenir la crise écologique, la crise financière actuelle fera pale figure. Mais il n’est pas encore trop tard. Si nous prenons ces enjeux au sérieux, nous pouvons parfaitement vivre dans les limites de notre planète. Voilà ce qui ressort du Rapport Planète Vivante publié aujourd’hui par l’organisation de protection de l’environnement WWF.

Les conséquences de la crise écologique sont bien plus graves

« Nous agissons avec l’environnement comme l’ont fait les institutions financières dans le domaine économique : nous voulons la satisfaction immédiate et ne regardons absolument pas aux conséquences à plus long terme » explique Geoffroy De Schutter, directeur des programmes au WWF-Belgique. « Il y a cependant une différence : les conséquences de la crise écologique mondiale sont bien plus graves que celles de la crise économique actuelle. En effet, dans le cas de la crise écologique, ce sont nos actifs environnementaux qui sont sous-évalués. Or, ces derniers sont à la base de toute vie. La logique de croissance à l’infini que suit notre consommation dans une seule planète finie montre aujourd’hui ses limites. » Le changement climatique et la crise alimentaire mondiale ne sont que quelques unes des conséquences auxquelles nous devrons faire face.

L’empreinte écologique augmente, la biodiversité diminue

Le Rapport Planète Vivante donne tous les deux ans un bilan de santé de la Terre via différents paramètres. L’indice Planète Vivante, basé sur le suivi de 5 000 populations de 1686 espèces animales indique une tendance à la baisse de 30% en moyenne depuis les années 1970. D’un autre côté, l’empreinte écologique de l’humanité, c’est à dire la surface nécessaire pour produire toutes les ressources naturelles que nous consommons et pour absorber nos déchets, est en constante augmentation. En moyenne, au niveau mondial, l’empreinte écologique est de 2,7 hectares alors que seulement 2,1 hectares sont disponibles. Par ailleurs, nous consommons d’énormes quantités d’eau. La quantité globale d’eau douce disponible est de plus en plus mise sous pression par la demande croissante de produits dont la production demande énormément d’eau comme la viande, les produits laitiers, le sucre et le coton. Pour la production d’un t-shirt en coton, par exemple, il faut près de 3 000 litres d’eau. Aujourd’hui déjà, une cinquantaine de pays rencontre de graves pénuries d’eau. A cause du changement climatique, le nombre de personnes qui n’ont pas assez d’eau que ce soit tout au long de l’année ou pour seulement quelques périodes, devrait très sensiblement augmenter.

Et la Belgique ?

La Belgique, tout comme la plupart des pays occidentaux, reste mauvaise élève. L’empreinte écologique belge a quasiment doublé (+87%) depuis 1961 et arrive aujourd’hui à 5,1 hectares, principalement à cause de l’augmentation de nos émissions de CO2. Notre empreinte est près de cinq fois plus importante que la surface de terre productive disponible par Belge (1,1 ha). Lire la suite

Le pari mondial de la croissance verte

lemonde.fr, Antoine Reverchon, le 2 février 2009

Le pari mondial de la croissance verte

Aide fiscale aux énergies renouvelables et à l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, rénovation du réseau électrique, subventions à la recherche et au développement de produits et de services moins polluants dans l’industrie et les transports, normes environnementales plus sévères… L’une, l’autre ou plusieurs de ces mesures se retrouvent dans le plan de relance de 819 milliards de dollars (639 milliards d’euros) voté par la Chambre des représentants américaine le mercredi 28 janvier, et dans le plan de relance de 26 milliards d’euros adopté par le Parlement français le lendemain, dont les mesures devaient être détailléees le 2 février par le premier ministre, François Fillon.

Mais au-delà des effets attendus à court terme sur l’emploi et l’activité, ce  » verdissement  » des plans de relance, que l’on retrouve en Chine, en Allemagne, au Japon, pose les jalons du basculement d’un modèle économique basé sur le pétrole et responsable du réchauffement climatique, vers un modèle gérant au mieux les ressources de la planète.

Barack Obama s’est inspiré du programme  » Repower America  » élaboré par Al Gore, l’ancien vice président de Bill Clinton, qui prévoit de mettre en place en dix ans un modèle énergétique rendant les Etats-Unis indépendants du pétrole, et donc des pays producteurs. La double signification de power (pouvoir et énergie) prend ici tout son sens. Il s’agit de changer de système économique et de résoudre un problème de sécurité nationale. En France, 35 % des investissements prévus par le plan  » anticipent sur l’application du Grenelle de l’environnement « actuellement discuté au Sénat, a affirmé Nathalie Kosciusko-Morizet, l’ex-secrétaire d’Etat à l’environnement.

Mais le risque est alors de voir l’argent public s’engouffrer dans des secteurs ou des technologies non viables. Ceci simplement parce qu’ils bénéficient d’un meilleur lobbying ou d’un effet de mode, redoute l’économiste américain Robert Bell (City University of NewYork M. Bell a mis en évidence les gaspillages engendrés par certains choix technologiques à Washington. De même, ajoute-t-il, des incitations fiscales, couplées au comportement mimétique des marchés financiers, peuvent conduire les investisseurs à créer une nouvelle bulle financière sur la  » green tech ».

Pour que les pouvoirs publics, mais aussi les agents économiques – entreprises, investisseurs et consommateurs – ne s’égarent pas dans un maquis de promesses parées des vertus de l’écologie, les économistes estiment que les prix des biens et services consommés doivent intégrer le coût de leurs effets réels sur le climat, via un prix par tonne de CO2. Seul ce  » signal prix « , indique Cédric Philibert, économiste à l’Agence internationale de l’énergie, peut inciter les industriels à investir dans des technologies propres, les investisseurs à mesurer le risque de leurs choix, les ménages à adopter un mode de consommation plus durable.

L’économiste britannique Terry Barker(Cambridge) a même mis au point un modèle économique montrant que plus le prix du carbone est élevé, plus les investissements massifs que cette contrainte entraîne génèrent une croissance forte, explique son collègue Patrick Criqui (université de Grenoble) . Mais les économistes se divisent sur l’instrument le plus apte à émettre le signal prix : le marché, où entreprises et Etats échangent les tonnes de CO2 au-delà ou en deçà des quotas qu’ils sont autorisés à émettre ? Ou bien la fiscalité, qui taxerait les biens et les services au prorata de leur teneur en carbone ? Les risques de volatilité excessive du prix de la tonne de carbone sur un marché d’autant plus imparfait qu’il n’inclut pas les émissions de l’Inde ou de la Chine font préférer la solution de la taxe carbone à certains. Lire la suite

Le brillant avenir de l’énergie solaire

pourlascience.fr,  N°375, Daniel Lincot, janvier 2009

Le brillant avenir de l’énergie solaire

D’ici 10 à 15 ans – c’est-à-dire demain –, l’électricité photovoltaïque sera compétitive avec les autres sources d’électricité.

La découverte de l’effet photovoltaïque est attribuée à Edmond Becquerel, fils d’Antoine Becquerel et père de Henri, découvreur de la radioactivité. C’était en 1839. Il avait 19 ans et venait de constater que l’éclairement de lames métalliques corrodables au contact de solutions acides provoque l’apparition d’un courant. Ainsi la lumière était capable de faire apparaître un courant électrique, ce qui ouvrait la voie à la conversion de l’énergie lumineuse en énergie électrique. En 1869, l’ingénieur français Augustin Mouchot confirme le potentiel énergétique du rayonnement solaire, dont la puissance est déterminée quantitativement. Chaque mètre carré de sol reçoit entre 0,8 mégawattheure par an en Finlande et 2,9 au Sahara (1,3 en moyenne en France). Cela représente entre 80 et 290 litres d’équivalent pétrole : c’est considérable. L’énergie solaire reçue par la Terre chaque année représente environ 10 000 fois la consommation énergétique mondiale.

C’est cette ressource immense, renouvelable, accessible dans toutes les régions du monde, propre et sûre, qui suscite à nouveau aujourd’hui tous les espoirs pour répondre à la crise énergétique et les enjeux climatiques. Il a fallu attendre 1954 et les travaux sur les transistors à base de silicium, pour que naisse la première cellule solaire photovoltaïque au silicium. En l’espace de quatre ans, le rendement de conversion avait atteint 14 pour cent (le rendement est le rapport entre la puissance électrique produite et la puissance lumineuse incidente venant de l’éclairement solaire). Cela a permis le lancement du premier satellite alimenté par énergie photovoltaïque, Vanguard, en 1958. Ainsi le photovoltaïque fut et reste un élément clé de l’aventure spatiale. Il fallut attendre les années 1970 et le premier choc pétrolier pour que les applications terrestres du photovoltaïque commencent à être considérées, avant de repasser au second plan en raison de la baisse du prix du pétrole et du choix du nucléaire dans de nombreux pays. Ce fut une première occasion manquée, qui a ouvert une période d’environ 25 ans d’attentisme, voire d’opposition systématique, en particulier en France, qui après avoir été pionnière dans ce domaine, a sombré en queue de classement.

Heureusement, l’Europe a pris le relais et quelques pays, notamment le Japon et l’Allemagne, ont adopté des politiques volontaristes. En même temps, la recherche a continué à progresser, les technologies se sont améliorées. C’est à la fin des années 1990 et au début des années 2000 que s’amorce enfin le retournement de tendance en faveur des énergies renouvelables et en particulier du photovoltaïque, avec le renforcement du soutien public au Japon et en Allemagne, et l’introduction de la politique de rachat de l’électricité solaire : l’électricité produite par les particuliers qui disposent de panneaux solaires est rachetée par les compagnies d’électricité à un tarif supérieur (cinq fois, en France) au prix facturé. Grâce à cette politique, on assiste au décollage industriel, avec une augmentation de la production industrielle de modules proche de 40 pour cent par an. Peu à peu, d’autres pays mettent également en place des politiques de soutien, en particulier en France en 2006, qui rejoint enfin l’Allemagne sur ce terrain, après avoir vaincu de fortes oppositions au nom d’un dogme suivant lequel les énergies renouvelables devaient se développer initialement sans aides. C’est oublier les soutiens accordés aux autres secteurs énergétiques !

Soutenue par un cadre incitatif et pérenne, une forte demande des populations, des possibilités de développement quasi illimitées, une grande industrie de l’énergie solaire photovoltaïque prend maintenant son envol, autour de plusieurs compagnies de l’électronique. Près de 70 000 emplois ont été créés en Europe dans ce domaine en quelques années (dont 40 000 en 2007 !). Lire la suite

Kempf: Sortir du capitalisme pour sauver la planète

naturavox.fr, Héloïm Sinclair, le 29 janvier 2009

Sortir du capitalisme pour sauver la planète

Hervé Kempf n’est pas que journaliste au Monde. C’est un écologique de raison, un militant de la plume qui a commit un nouvel ouvrage de référence pour la cause environnementale. « Pour sauver la planète. Sortez du capitalisme », un livre d’une actualité brulante.

Ne croyez pas qu’Hervé Kempf soit un khmer rouge/vert. Il ne veut pas abandonner l’économie de marché, juste sortir de ce qu’il nomme être « un état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ».

Kempf met en perspective 30 ans de capitalisme débridé et mortifère, que d’aucuns appellent ultralibéralisme pour faire oublier l’actionnaire. 30 ans où les grands actionnaires et leurs serviles hauts dirigeants, gagnent en influence – et en profit -pour imposer leur matrice égoïste. Alors que la crise financière fait rage, « rien ne serait pire que de laisser l’oligarchie, face aux difficultés, recourir aux vieux remèdes, à une relance massive, à la reconstitution de l’ordre antérieur ». L’urgence écologique et la justice sociale doivent être au cœur du projet politique de l’époque !

Un altermondialiste Kempf ? Peut-être. Mais avec la rigueur d’un scientifique pour le constat. Nous accélérons la destruction de la terre pour assouvir les besoins compulsifs d’une oligarchie et de ceux qui aspirent à en être. En contrepartie d’une aliénation à un système qui génère cette crise économique majeure, doublée d’une crise écologique sans précédent, la classe moyenne prend quelques miettes du gâteau des oligarques et les pauvres, les miettes des miettes. Seule une petite oligarchie mondiale, jouit véritablement d’un système qu’elle a détourné à son unique profit. Merci pour les autres – vous, moi, nous, …

Alors, pourquoi continuer ? Pourquoi accepter plus longtemps cette aliénation ? Parce que la manipulation collective du système capitaliste a détourné l’individu des logiques collectives. Un conditionnement psychique du chacun pour soi, où le bien commun a été réduit à l’augmentation du PIB. En prendre conscience. Plus que jamais, « être subversif, c’est passer de l’individuel au collectif ».

Hervé Kempf démystifie la « croissance verte », cet artéfact de la vieille croissance teinté de bonne conscience, que l’oligarchie a fini par intégrer. Qui ne vise qu’à perpétuer le système capitaliste sans rien changer à son caractère dévastateur. La croissance verte est un « big green washing » inventé par l’élite sous la pression de l’opinion publique, pour perpétrer l’illusion technologique et continuer d’engranger des dividendes.

La technologie ne sera pas suffisante pour vaincre la crise environnementale. Ni le nucléaire, ni les énergies renouvelables n’empêcheront le désastre du changement climatique. Le nucléaire encore moins que les énergies renouvelables. Il faudrait un changement radical pour dérouter la trajectoire du désastre.

Le constat du livre pourrait paraître sombre, exit l’illusion de la croissance verte. Déconstruction globale, il faut aller plus loin, réinventer l’organisation des relations sociales pour servir des objectifs de biens communs, pour ne plus rester aliéné dans une matrice individualiste. Il faut se déconditionner pour ouvrir l’avenir des possibles.

Rester dans l’économie de marché et sortir du capitalisme, c’est nourrir une exigence de solidarité salvatrice pour l’humanité et l’écosystème. Ce n’est pas revenir à l’âge des cavernes ou à l’économie planifiée. C’est vivre dans une époque où le marché serait « un usage du monde, et non un despote névrosé », pour Lire la suite

Maris, Limites de la croissance : la revanche de Meadows

marianne2.fr, Bernard Maris, le 22 Janvier 2009

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.

Limites de la croissance économique : la revanche de Meadows

Lors de la parution de son rapport sur les limites de la croissance, en 1972, Meadows était la risée de ses confrères économistes. Aujourd’hui, il est considéré comme un visionnaire et vient même de recevoir un prix. La crise a fait au moins un heureux.

Le professeur Meadows vient de remporter le « Japan Prize », l’un des prix scientifiques les plus prestigieux, pour un ouvrage qu’il a dirigé en 1972. Soit… 37 ans plus tard. Le rapport du professeur Meadows s’appelait « Les limites à la croissance » et il a été traduit en France sous le titre « Halte à la croissance ! » En effet le professeur Meadows, et les autres, proposaient, tout simplement, une croissance zéro. Meadows n’est pas si vieux que ça, il a 66 ans. Il a été prof au prestigieux Mit, Massachussets Institute of Technologie. Moi qui ai fréquenté les milieux économiques, je n’ai jamais vu autant de ricanements, je veux dire autour de Meadows et de son rapport. Meadows était un gauchiste au pire, un idéaliste au mieux, un ennemi du progrès, un amateur des cavernes et de la viande boucanée, un ennemi du Sud et des pauvres qui ne demandaient qu’à se développer ou à s’enrichir etc. etc.
Son rapport reposait sur une hypothèse infiniment simple. Les ressources sont limitées : le pétrole, le charbon, l’eau, l’uranium, les forêts, n’existent pas à profusion. Or la population humaine semble devoir croître indéfiniment. Et les besoins de la population humaine croissent encore plus vite que la population elle-même. Rien de commun entre les besoins de l’Américain moyen et les besoins du Bushiman ou du Pygmée lambda. Donc l’humanité va se heurter de façon dramatique au mur de la rareté. Cqfd. Stop à la croissance, vive la croissance zéro, arrêtons tout.

Meadows et Malthus avaient seulement raison trop tôt

Ce qui faisait ricaner les économistes. Ils s’esclaffaient, même. Ah ! ah ! Tout ce que dit Meadows, Malthus le disait déjà, Malthus le pasteur de l’apocalypse économique. Il disait ça en 1800, dans son « Essai sur le principe de population » et nous sommes en 1972, ah-ah ! Car Malthus, pas plus que ce pauvre Meadows, n’avait prévu une chose : la hausse des rendements ! l’incroyable progrès de la productivité qui fait que le quintal de blé produit par cent paysans en 1800 est produit par un seul paysan aujourd’hui. Et les économistes de rire.
En réalité, il n’y a pas de quoi rire. Malthus et Meadows ont simplement eu raison trop tôt. Le mur de la rareté approche, et nous allons nous heurter contre lui. Lire la suite

Ce que nous faisons, nos enfants ne pourront plus le défaire

liberation.fr, Laure Noualhat, le 19 janvier 2009

« Ce que nous faisons, nos enfants ne pourront plus le défaire»

Les 5es assises nationales du développement durable se sont ouvertes ce lundi à Lyon. Pendant trois jours, il s’agira de faire l’état des lieux de la planète et de l’humanité.

Fervent lecteur de feu La gueule ouverte, manifestant antinucléaire à Creys-Malville en 1977, Didier Jouve est un fin connaisseur du développement durable, au sens premier du terme lorsqu’il fut évoqué pour la première fois par le rapport Bruntland en 1987.

Aujourd’hui vice-président de la région Rhône-Alpes, délégué au développement durable, il accueille les 5es Assises nationales du développement durable à Lyon durant trois jours. Plus qu’ambitieuses, ces Assises tenteront de faire l’état des lieux de la planète et de l’humanité, d’ouvrir d’autres voies et d’élaborer des propositions. Le tout en 3 jours.
Les Assises du développement durable visent à redéfinir la richesse. Pourquoi ?

Cette année, les Assises visent à re-questionner la priorité de l’avoir. La crise est une vraie opportunité pour la remettre en cause. La crise, on l’a vue venir. Elle était tendancielle, elle est désormais tangible. André Gorz, Ivan Illitch, de nombreux penseurs ont écrit sur cette crise écologique, sociale, économique, à venir. Aujourd’hui, il faut veiller à ce que la société ne pourrisse pas le concept de développement durable, concept qui mérite d’être sauvagement défendu alors que certains s’en contenteraient bien pour vendre à peu de frais, avec une peinture verte toute fraîche, ce qui a été vendu dans le passé.
Quelle est votre analyse de la situation actuelle ?

Trois pilotes automatiques sont grippés. Le premier pilote automatique, c’était la croissance. Et toute une génération de responsables, qu’ils soient de droite ou de gauche, ont cru qu’il s’agissait d’une potion magique, d’un médicament général qui répondait à tout. Le pilote automatique numéro 2, c’était le marché et nombreux étaient ceux qui pensaient que tout ce qui avait attrait au public était inefficace. Le pilote numéro 3, et on n’en parle pas assez, c’était et c’est encore la religion technologique.

C’est-à-dire ?

Au XVIIIe siècle, la science nous sort de l’obscurantisme. Au XIXe siècle, la science est rachetée par l’industrie, principal mécène de l’époque. Chemin faisant, le capitalisme s’est organisé sur la prédation des ressources des autres. Et la société s’est articulée autour d’une équation quasi-religieuse : la croissance + le progrès scientifique = le bonheur.

Pourquoi cette équation a-t-elle échoué ?

La création d’une véritable religion matérialiste a conduit à une déconnexion totale entre les avancées des sciences dures, les technologies, et les sciences humaines ainsi que tout ce qui permet d’absorber les progrès scientifiques. Aujourd’hui, on manque d’argent pour développer l’épidémiologie, regardez l’état de nos botanistes en France, etc. La société n’arrive plus à suivre, ni à digérer les progrès et créations technologiques qui nous inondent. Le XXe siècle est donc le siècle de l’irresponsabilité technologique. Et on doit gérer cet héritage : celui des PCB déversés dans le Rhône, des déchets radioactifs, des 400000 substances chimiques présentes dans notre environnement et notre quotidien. Et demain, nous devrons gérer des objets dont nous n’avons pas la maîtrise : OGM, nanotechnologies etc.
Nous avons franchi une étape, et nous ne savons plus gérer la réversibilité de nos actes. Ce que nous faisons aujourd’hui, nos enfants ne pourront plus le défaire. Lire la suite

Pile à combustible : Fiable et compétitive dès 2015 ?

Développement durable – le journal, 15 septembre 2008, William Bolle

Si de nombreux prototypes de véhicules à pile à combustible existent déjà, comme la Chevrolet Volt, les premières voitures de série devraient sortir progressivement à partir de 2010.

Grâce aux progrès technologiques en cours, la pile à combustible sera parfaitement fiable et économiquement compétitive dès 2015, selon Pierre Beuzit, président d’« Alphea Hydrogène », pôle de compétence sur l’hydrogène et ses applications. Mais aucun véhicule fonctionnant avec une pile à combustible ne pourra être produit en grande série tant que le soutien politique à la filière hydrogène, notamment à la mise en œuvre d’un réseau de distribution, fera défaut.

« Les voitures à hydrogène seront technologiquement au point et compétitives sur le plan économique dès 2015. La production en grande série pourrait commencer dès 2020  », professe Pierre Beuzit(1), ex-directeur de la recherche de Renault et président d’« Alphea Hydrogène  », pôle de compétence sur l’hydrogène et ses applications. S’il estime que ce vecteur énergétique est en bonne voie, en dépit des nombreux obstacles (coût de production des piles à combustible, difficultés à stocker et distribuer l’hydrogène…) qui lui barrent depuis toujours la route, c’est parce que des progrès technologiques notables ont été récemment accomplis.

Avec un effet positif sur les coûts de fabrication. Car si l’on a l’habitude de dire que les piles à combustible sont onéreuses, en raison notamment du prix du platine ou du graphite qui entrent dans leur composition, « les choses ont bien évolué. On utilise de moins en moins de platine, on remplace le graphite par l’acier, les membranes sont de moins en moins chères…Tous les grands constructeurs automobiles et même les avionneurs travaillent sur les piles à combustible, et je pense qu’elles seront compétitives dans cinq ans  », estime Pierre Beuzit.  

 

 

Pile à combustible : Fiable et compétitive dès 2015

Produire de l’hydrogène grâce aux centrales nucléaires Lire la suite

Le simulateur climatique Météo-France et Sciences et Vie

Le simulateur climatique Météo-France et Sciences et vie

Précisons d’emblée que cet outil ne fournit pas des prévisions météorologiques. Comme tout modèle climatique, Arpège-Climat génère des projections, à partir de différents scénarios d’avenir. Ces scénarios, établis par des économistes, dépendent largement des évolutions des sociétés humaines selon qu’elles seront, à l’avenir, plus ou moins émettrices de gaz à effet de serre.Si un autre modèle climatique régional avait été retenu pour ce simulateur,les résultats obtenus différeraient pour une semaine particulière, tout en restant globalement cohérents.

Sur notre simulateur, ce sont les conséquences climatiques de deux scénarios qui peuvent être consultées.

Le premier, qualifié de « modéré », parie sur une croissance démographique faible, un réel souci d’équité sociale et de modestes évolutions technologiques.

Le second qualifié « d’intensif », fait l’hypothèse d’une croissance dmographique soptenue, d’une croissance économique vigoureuse et de disparités régionales marquées.

Mais il faut garder à l’esprit que l’évolution du climat sera peut être « pire » ou, à l’inverse, « meilleure » que ce que prévoient

Pour accéder au simulateur Lire la suite

Champignon

NaturaVox, le 2 septembre, Dominique Bidou

Champignon

N’assombrissons pas cette rentrée avec des approches trop dures du champignon, du type bombe atomique. Parlons plutôt du bonus que nous offre la nature, notamment en cette fin d’été. La cueillette des cèpes, bolets, chanterelles, girofles autres trompettes des morts est un véritable bonheur. La récolte des fruits spontanés de la nature reste une tradition profondément ancrée dans les cultures populaires, et permet d’attiser la curiosité envers le milieu, donne envie de mieux le comprendre pour dénicher les meilleurs sites à champignons. Il faut aussi apprendre à les reconnaître, l’erreur se paye cher. Les champignons représentent une porte d’entrée dans le monde de la nature, une approche à la fois populaire et savante des milieux et de leur complexité. C’est aussi un revenu, complément bienvenu dans les campagnes, avec parfois des abus, l’exploitation à outrance de la ressource, avec le risque de tuer la poule aux œufs d’or. C’est un équilibre à trouver, et qui peut conduire à l’adoption de techniques particulières d’exploitation, agricole ou forestière à la recherche du double dividende que le développement durable suggère. C’est ainsi que, par exemple, la truffe[1] vient au secours de la forêt méditerranéenne, avec la sylviculture truffière.

D’une vision presque bucolique de la cueillette, nous sommes ainsi parvenus à une approche technique et économique, ce qui serait dommage s’il n’y avait pas aussi la sauvegarde de territoires, de paysages, de traditions culinaires. Lire la suite

Changement climatique : la CE lance une consultation

Territorial – Lettre d’information du réseau europe, le 28 août 2008

Changement climatique : la Commission européenne lance une grande consultation sur l’après-2012

La lutte contre le changement climatique est une priorité européenne importante, notamment dans le cadre de la Présidence Française de l’UE qui doit voir adopter le paquet « énergie-climat ». Au niveau national également, suite au Grenelle de l’environnement, cette priorité a été clairement affichée. Dans ce contexte, la Commission européenne a lancé au début du mois d’août une consultation publique sur l’approche à adopter par l’Union européenne dans la perspective de la conclusion d’un accord international destiné à encadrer la lutte contre le changement climatique à compter de 2012, lorsque les objectifs du protocole de Kyoto cesseront d’être valables. La consultation se déroulera jusqu’au 29 septembre 2008.

Les parties prenantes et le grand public sont invités à exprimer leur point de vue sur un certain nombre de questions essentielles comme les objectifs intermédiaires de réduction des émissions à assigner aux pays développés et les mesures de réduction des émissions à prendre dans les pays en développement, l’adaptation au changement climatique, la coopération technologique et les questions de financement. Les résultats de l’enquête seront utilisés pour définir la position de l’UE quant à l’accord international pour l’après-2012. Pour participer à cette grande consultation, cliquer ici.

 

OUVRAGE « Signons la paix avec la terre »

Entretien avec Jérôme Bindé, directeur du bureau de la prospective à l’Unesco le 28 février 2008, par Frédéric Stucin (M.Y.O.P) et Walter Bouvais

La crise économique américaine focalise l’attention des médias. Aura-telle la peau du développement durable ? Non, répond Jérôme Bindé, directeur du bureau de la prospective à l’Unesco et coauteur d’un livre qui suggère la dématérialisation de l’économie. Entretien avec l’organisateur des « Entretiens du XXIe siècle ».

2007 a été une année riche pour le développement durable. 2008 démarre avec des secousses financières. Ne craignez-vous pas que la santé de la planète repasse au second plan ?

Vous avez raison de vous en inquiéter : beaucoup vont penser « finances d’abord ». Mais nous avons changé d’époque. Les signes annonciateurs d’une catastrophe environnementale se multiplient et même le citoyen le moins informé ne peut ignorer que quelque chose se passe. Qu’une action vigoureuse, à la fois urgente et de long terme, est nécessaire. La conscience planétaire croît chaque année : peut-on désormais revenir en arrière ? Il me semble que la question du développement durable ne peut plus être mise de côté, comme cela est arrivé Lire la suite

Pic de production du pétrole ou pic de Hubbert ou peak-oil

ASPO France est une association à but non lucratif poursuivant 3 objectifs principaux :

– Informer sur les ressources mondiales de pétrole et de gaz naturel et leurs incertitudes

– Expliquer la réalité du phénomène de déplétion

– Etudier la déplétion et ses conséquences en tenant compte de la demande en énergie ainsi que des aspects technologiques, économiques, sociaux et politiques

De formation scientifique, les membres d’ASPO France tentent d’apporter rigueur et clarté au débat sur le pic de production de pétrole.

Le sixième bulletin d’ASPO France est disponible, vous pouvez le télécharger au format PDF en cliquant sur le lien ci-dessous. Le prochain paraîtra en décembre 2008. Lire la suite

La fin du monde tel que nous le connaissons

Actu-Environnement.com, le 30 mai 2008, Yves Cochet

Le compte à rebours a commencé : drogués au pétrole, nous ne pouvons pas nous en passer de sorte que c’est bien le monde que nous connaissons qui tire à sa fin. C’est dans une période d’inflation, de récession, de tensions internationales, de guerres que nous entrons bel et bien.

Nous sommes drogués au pétrole, nous ne pouvons pas nous en passer, nous sommes prêts à tout pour continuer notre addiction. Nous, c’est-à-dire le tiers le plus riche des habitants de la planète. Cette situation, à elle seule, aura bientôt des conséquences dévastatrices dans tous les domaines, sur tous les continents. La hausse actuelle du cours des hydrocarbures n’est pas un simple choc pétrolier – comme ceux que nous avons affrontés en 1973 et 1979 – c’est la fin du monde tel que nous le connaissons.

Cet événement, dont nous apercevons les prémisses, provient de la coïncidence, sur quelques années, de trois facteurs inédits : Lire la suite

Le portail de l’éco-innovation en Aquitaine

Le portail de l’éco-innovation en Aquitaine sera présenté au salon Pollutec du 2 au 5 décembre 2008. Cette action, entièrement financée par le Conseil Régional et conduite par la Chambre Régionale de Commerce et Industrie Aquitaine, vise à valoriser les éco-entreprises de la région.

L’environnement se situe aujourd’hui au coeur de la stratégie d’entreprise, tant au niveau du développement de nouveaux produits ou procédés plus respectueux que dans la gestion des déchets, effluents et résidus de production. Lire la suite