Débat sur France Culture entre Yves Cochet et Pascal Bruckner – Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie politique ?

Tribune – Les controverses du progrès – Le catastrophisme, maladie infantile de l’écologie politique ?

liberation.fr, Politiques, débat animé par Max Armanet, retranscrit par Tania Kahn, émission réalisée par Luc-Jean Reynaud et diffusée sur France Culture de 18h20 à 19 heures, le  29 octobre 2010

http://www.liberation.fr/politiques/01012299105-le-catastrophisme-maladie-infantile-de-l-ecologie-politique

Après bien d’autres organismes, l’Académie des sciences vient de confirmer l’essentiel des thèses du Giec, l’instance de l’ONU chargée de synthétiser le savoir scientifique sur le climat. Les émissions de gaz à effet de serre modifient les conditions climatiques qui prévalent sur la planète. Il faut admettre que le modèle de développement posé par l’Occident a atteint des limites, qu’il faut en inventer un autre privilégiant un équilibre à long terme. Pour y parvenir, faut-il jouer sur la peur ? Le catastrophisme est devenu l’un des termes du débat politique porté par une partie du mouvement écologiste. Le pire est-il certain ? Agiter la menace de la catastrophe est-ce le meilleur moyen de mobiliser nos concitoyens ? Cela ne révèle-t-il pas un pessimisme viscéral quant à la nature humaine ?

Yves Cochet : Je récuse la connotation négative du catastrophisme. Il y a bien une maladie sénile, celle du productivisme, du gâchis des ressources naturelles et humaines, qui nous amène vers le pire. L’espèce humaine a depuis deux siècles une empreinte écologique c’est-à-dire un impact sur la nature. 80% de notre mode de vie vient du sous-sol, d’une dotation initiale en matières premières et en énergies fossiles. Or elles s’épuisent au fur et à mesure qu’on les consomme, sans possibilité d’être renouvelées. Ces richesses sont le système de sustentation de notre vie individuelle et collective et leur diminution se ressent au niveau de l’économie, du social et des relations internationales. Tout est lié. Il est probable que la catastrophe soit inévitable. La suite dépendra de la démocratie, des élections et des politiques publiques à tous les échelons. Pour l’instant, la différence entre le constat scientifique et les politiques publiques est accablante. Le but des écologistes politiques est de changer cela.

Pascal Bruckner : Le contexte actuel me rappelle cet album de Tintin, l’Île mystérieuse, dont l’histoire débute par l’arrivée d’une météorite à proximité de la terre. Il fait chaud, l’asphalte fond, le prophète Philippulus annonce la fin du monde et exhorte la population à se repentir. Bien sûr, Tintin s’y refuse et la météorite passe à 45 000 km de la terre. Les savants sont désespérés de s’être trompés et font de nouveaux calculs pour voir si la fin du monde ne serait tout de même pas proche. Cette attitude de catastrophisme contraste avec l’euphorie d’il y a vingt ans. Souvenez-vous de la bonne humeur des démocraties occidentales. On avait gagné contre le communisme, la démocratie allait s’étendre naturellement en même temps que l’économie de marché. Ce conte de fée ne s’est pas produit. L’écologie est devenue l’idéologie dominante, nous avons une vision négative du genre humain et vivons sous l’épée de Damoclès d’un désastre imminent. Il y a une crise du progrès, ce n’est plus l’expansion, la joie de vivre mais l’obsession de la survie et de la longévité. Depuis un siècle, la question que se sont posé nos sociétés est «qui est mon ennemi ?» Les marxistes ont répondu le capitalisme. Les tiers-mondistes ont désigné l’occident impérialiste. L’écologie politique a apporté une réponse tout à fait nouvelle : l’homme serait coupable par nature, il doit se racheter. C’est un retour au péché originel. La notion d’empreinte carbone que vous employez me dérange, elle induit qu’en vivant, en respirant, nous laissons une marque nuisible sur la terre. Ce pessimisme culturel me rappelle les hérésies millénaristes qui ont émaillé l’histoire du christianisme.

Y.C. : L’écologie politique n’est pas une secte millénariste annonçant la fin du monde. Nous ne sommes pas des obscurantistes s’opposant au siècle des lumières. Notre approche est scientifique et quantitative, dans la clarté et la raison. Vous faites une confusion entre des mouvements irrationnels et l’écologie qui tente d’analyser les déterminants de la vie individuelle et collective. Parmi ces déterminants, il y a des phénomènes naturels dont l’évolution est incontestable. Nous avons à cet égard, en tant qu’humanité organisée de manière industrielle, les citoyens de l’OCDE en particulier, une responsabilité différenciée mais commune. Dire que l’homme est coupable n’est pas un discours antihumaniste. Nous appelons simplement à une modération dans l’utilisation de tout ce qui est extrait de la terre, en particulier les ressources énergétiques. Je ne me réfère à aucune religion mais au travail d’Aristote sur le vice d’avidité, l’être humain aura toujours envie de plus. La planète étant finie, nos consommations et nos productions devront l’être également. Nous ne pourrons plus vivre de la même manière d’ici quelques décennies.

P.B. : Vous avez là un discours très rationnel mais l’idéologie politique n’emprunte pas toujours les voies de la raison. Je pense à toutes ces images de catastrophes naturelles diffusées à la télévision pour étayer la thèse du réchauffement climatique : la banquise qui s’effondre, la désertification… J’entends les médecins moliéresques du Malade imaginaire crier au poumon, aujourd’hui c’est le réchauffement climatique. Sans nier le réchauffement, je me demande Lire la suite

Présentation du “Petit traité de la décroissance sereine” de Serge Latouche

ecoloinfo.com, Nicolas, le 18 octobre 2010

Présentation du “Petit traité de la décroissance sereine” de Serge Latouche

http://www.ecoloinfo.com/2010/10/18/presentation-decroissance-sereine-latouche/

Tout le monde (du moins beaucoup de monde) est d’accord: les choses, les usages, les gens doivent changer. Là où les divergences apparaissent, c’est dans la manière de traduire cette volonté en actions. La décroissance est une option… Késako ? Vous ne connaissez pas, ou que de nom? Alors cet article est fait pour vous !

Explications sur un ouvrage qui présente ce mouvement de façon globale sans être simpliste…

Ça parle de quoi ?

Serge Latouche est professeur émérite à la faculté de droit de Sceaux, créateur de la revue du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales) et directeur du GRAEEP (Groupe de Recherche en Anthropologie, Epistémologie et Economie de la Pauvreté)… Son “Petit traité de la décroissance sereine” s’inscrit comme le dernier volet d’un triptyque, également composé de “Survivre au développement” et du “Pari de la décroissance”. Ayant involontairement commencé ma lecture par le dernier opus de cette réflexion, je vous livre ici un rapide panorama de ce que vous pourrez y trouver…

La 4ème de couverture est assez éloquente :

La décroissance n’est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler d’a-croissance, comme on parle d’athéisme.

C’est tout à fait de cela dont il est question : l’abandon d’une foi, d’une religion qui est aujourd’hui tellement intégrée dans notre vie que nous ne voyons plus que par elle. Cette religion, c’est le culte de la croissance, du développement non maîtrisé et de l’économie en tant que fin et non moyen. Les constats de ce dysfonctionnement, aussi simples et édifiants soient-ils (notre empreinte écologique que l’on sait être bien trop importante, les modes de calcul des indicateurs économiques régissant les marché tels que le PIB qui ne tiennent pas compte de l’aspect fini des ressources…) ne sont pas suffisants pour changer notre trajectoire.

La décroissance, c’est possible ?

Le concret : c’est une des choses qui m’a le plus séduit dans ce livre. Etant par nature assez pragmatique, je dois dire que je craignais la description d’une utopie, certes nécessaire (les concepts ayant donné lieu à de grandes idées appliquées aujourd’hui sont souvent partis d’idées “folles” et irréalisables en leur temps) mais incompatible avec la nécessité urgente d’agir. Voici le plan de ce petit livre, partagé en 3 axes qui j’en suis sûr, vous parleront :

Le territoire de la décroissance (définition, analogie, fausses solutions…)

La décroissance : une utopie concrète (réformiste ou révolutionnaire, le défi pour le sud, le cercle vertueux de la décroissance…)

La décroissance : un programme politique (programme électoral, est-ce soluble dans le capitalisme, est-elle de droite ou de gauche…)

Ceci étant dit, les 150 pages de ce format poche ne laissent que peu de chance à notre mode de vie actuel. Les mots de Serge Latouche sont percutants, surtout lorsqu’il Lire la suite

Du Vert dans le Rouge : renforcer la prise en compte de l’écologie mais rester à gauche.

legrandsoir.info, Christian Delarue, le 3 août 2010

http://www.legrandsoir.info/Du-Vert-dans-le-Rouge-renforcer-la-prise-en-compte-de-l-ecologie-mais-rester-a-gauche.html

Du Vert dans le Rouge : renforcer la prise en compte de l’écologie mais rester à gauche.

Pour des raisons de fond comme pour des raisons d’alliances politiques contre le sarkozysme en France il importe de relier l’écologie et le social. Pour ce faire, une maitrise politique et démocratique de l’économie est nécessaire au lieu de la laisser à la logique marchande (produire des marchandises) et capitaliste (faire du profit). Il n’y a pas de capitalisme vert dit Michel Husson (1) ! La question dépasse évidemment l’horizon national.

I – Avancer des positions théoriques conséquentes à gauche sur le respect de la nature.

1. QUELLE CROISSANCE ? QUELLE PRODUCTION ?

La gauche de gauche écologiste et socialiste (pas au sens de social-démocrate) pense qu’il faut sortir du dogme de la croissance infinie et de la production anarchique non pas pour tordre le bâton dans l’autre sens avec un dogme de la décroissance généralisée et du ne rien produire du tout mais en se posant des questions sur le contenu et les modalités de la production . Il y a toujours besoin de construire des écoles, des logements, des hôpitaux, et nombres de biens utiles. D’autres productions sont inutiles voire nuisibles. La production de voitures ne va pas baisser sans une politique sectorielle transitoire.

Pour avancer, il faut lier les deux questions celle du contenu et celle du mode de production : Si vous voulez construire moins de voitures, moins d’avions et plus de trains par exemple il faut, outre le changement d’imaginaire, surement changer le mode de production tellement les paramètres en jeux sont importants. On peut user de façon transitoire de certaines taxes pour interdire l’accès aux voitures mais cela ne portera que contre les moins solvables (qui sont nombreux) mais c’est un capitalisme dictatorial qui est alors en place ; clairement contre les intérêts du peuple. On s’en approche ceci dit. On peut aussi baisser beaucoup plus les tarifs de transport ferroviaire ce qui suppose une très forte réhabilitation des services publics et de la fiscalité pour les faire fonctionner. Même ainsi, cela ne résoudra pas toutes les questions.

En fait, il est fort peu probable que le mode de production capitaliste orienté vers a valeur d’échange et le profit sache aller vers cette orientation. Dépasser les régulations marginales suppose d’aller vers le socialisme et pour cela il faut mettre le politique et la démocratie au poste de commande, pas le marché et le capital même avec quelques régulations.

2. TOUS RICHES AU NORD ?

Faut-il faire ici la critique de l’empreinte écologique ou celle de son usage ? Si l’empreinte écologique est pertinente, il faut alors se garder d’une interprétation intégriste de cet outil d’analyse. En effet, à écouter certains écologistes, usant de l’empreinte écologique comme critère, la question de la répartition des richesses est mondiale et oppose le Nord surconsommateur au Sud insolvable. Pourtant disposer d’une automobile ne fait pas le riche dans le vécu ordinaire des travailleurs. Ce qui n’empêche pas qu’ une ville comme Londres a une empreinte écologique 120 fois supérieure à sa superficie . La répartition des richesses se pose aussi au Nord. Il faut continuer à défendre le bouclier social et fiscal des 3000 euros et moins par mois dans les pays comme la France. Cela n’empêche pas de vouloir une bonne répartition des revenus au plan mondial et un meilleur accès au services publics. Mieux, il y a tout lieu de penser que si l’égalité avance au Nord, la volonté de justice sociale grandira alors pour le Sud. Il faut enfin préciser aussi qu’il y a du nord au sud. Il y a dans de nombreux pays du sud une bourgeoisie compradores qui émarge à la mondialisation capitaliste et qui place ses fortunes en Suisse et dans les paradis fiscaux.

3. POUR UN DÉVELOPPEMENT SOCIALISTE SOUTENABLE

Le socialisme c’est la démocratisation de l’économie qui devient un moyen au lieu d’être une fin en soi, un fétiche au-dessus des humains. Le socialisme c’est Lire la suite

« No impact man » de Colin Beavan est un livre qui pose au fond le problème de l’articulation entre comportement individuel et décision collective

Biosphère – INFO n° 240 : « No impact man »

Contact : biosphere@ouvaton.org

No impact man de Colin Beavan est un livre qui pose au fond le problème de l’articulation entre comportement individuel et décision collective. Ces deux aspects sont absolument complémentaires d’autant plus que nous agissons par mimétisme ou interaction spéculaire : tu fais parce que je fais parce que nous faisons tous. Colin Beaval espère une « réaction en chaîne » : plus nous serons nombreux à imiter le no impact man, plus la nécessité de faire de même se répandra dans la société. Mais dans une société bercée par le confort  et la sidération des masses, il n’est pas évident aujourd’hui de se diriger vers la simplicité volontaire et le refus de l’ascenseur quand il faut grimper 9 étages.

Pourtant, c’est possible, et la réduction des ressources naturelles nous incitera de toute façon à limiter notre empreinte écologique. Sauf régime autoritaire et inégalitaire, les politiques suivront alors l’exemple des objecteurs de croissance et seront eux-mêmes en nombre croissant à modifier leur mode de vie…

Voici quelques extraits du livre :

1/7) introduction

Pendant un an (en 2007), ma femme Michelle, ma fille Isabella et moi, qui habitons en plein cœur de New York, avons essayé de vivre sans causer d’impact sur l’environnement. Autrement dit, nous avons fait de notre mieux pour éviter de produire des déchets (finis les plats à emporter), réduire nos émissions de dioxyde de carbone (finis la voiture et l’avion), ne plus rejeter de substances toxiques dans l’eau (fini les détergents), arrêter d’acheter des denrées de contrées lointaines (finis les fruits de Nouvelle-Zélande). Evidemment, finis aussi : l’ascenseur, les aliments conditionnés, le plastique, la climatisation, la télé, les articles neufs…

Je n’avais pas l’intention de faire dans la demi-mesure, de me contenter d’utiliser des ampoules basse consommation ou de recycler à tout-va. L’idée était d’aller aussi loin que possible, d’atteindre le zéro impact environnemental. Je visais non seulement le zéro carbone mais aussi le zéro déchet, zéro pollution dans l’air, zéro toxine dans l’eau, zéro ressource pompée à la planète. Je ne voulais aucune empreinte écologique. J’avais décidé de contrebalancer tout impact négatif par un impact positif. J’avais conscience que ce serait dur. J’ai donc décidé que nous procéderions par étapes. Je ne tenais pas à ce que ma femme et ma fille me quittent. Mais en faisant du mal à ma famille pour ne pas faire du mal à la planète, j’ai mis le doigt sur des choses importantes.

2/7) les raisons d’un engagement

– Dans notre société, il est quasiment impossible d’assouvir ses besoins sans laisser derrière soir une traînée de détritus, de pollution et de gaz à effet de serre. Le jour où la planète ne pourra plus nous offrir cette abondance de ressources, l’humanité tout entière devra faire preuve d’une abstinence surhumaine.

– Evidemment que les Américains achètent des voitures ! L’industrie automobile a fait en sorte que Lire la suite

Vient de paraître : Entropia n°8 – Territoires de la décroissance

atheles.org, avril 2010

Entropia n°8 – Territoires de la décroissance

L’effondrement en cours possède une origine lointaine et toujours négligée. Il provient en partie d’une amnésie funeste et déterminante ayant fait oublier que l’économie s’exerçait bien sur la Terre et non pas sur Sirius. Les conséquences écologiques et sociales de cette négligence commencent à troubler sérieusement nos sociétés qui subissent une montée des périls et souffrent de leur extension qui menace la pérennité de notre espèce. Partant de cette observation banale que l’humanité ne possède pas de planète de rechange, l’objection de croissance s’affirme donc comme un bouleversement du regard, de la pensée et de l’action qui tend à se refléter et à se mettre en œuvre dans les territoires de la vie réelle et non pas à être relégué dans quelque chimérique empyrée.

L’objection de croissance est une option philosophique et politique. Elle se traduit par des engagements de vie sur des territoires matériels, immatériels et spirituels où se manifestent les capacités de résistance et création de celles et ceux qui affrontent les enjeux de notre temps sans renoncer aux rêves qui les habitent. Mais, c’est aussi une vision dérangeante, une conception et une construction du monde qui intègrent le moyen et le long terme, depuis si longtemps délaissés par les tenants du mythe de la croissance sans limites comme par les politiques autophages des choix à court terme.

Quand, désormais, la moitié de l’humanité est « logée dans des villes », n’est-il pas opportun de questionner les contradictions et les infernales difficultés liées à cet agglutinement ? Quand la globalisation mercantile déchire le tissu des souverainetés locales et territoriales, n’est-il pas légitime de replacer la question de l’échelle humaine au cœur d’un nouvel usage du monde et de son « habiter ».

Quand le livre est inquiété par l’écran, quand la beauté du monde est mutilée par l’injustice et la laideur, quand, de Tchernobyl dévastée aux fragiles territoires des Aborigènes, se répandent comme une peste les séquelles de la domination, de l’irresponsabilité, de l’argent roi, de la démence technologique et du mépris de « l’autre », le devoir d’insurrection est un impératif catégorique.

Sommaire

Territoires de la décroissance

Habiter en poète. Jean-Claude Besson-Girard

1. La ville questionnée

La ville cannibale. Rousseau, le grand nombre et l’abus du lien social. Marcel Hénaff

Un anthropologue en ville. Michael Singleton

Les territoires du temps. Thierry Paquot

La décroissance à l’âge de la révolution urbaine : écologie politique et hyperpolis. Tiziana Villani

L’empreinte écologique des villes. Aurélien Boutaud

2. Échelle humaine et territoires

Des abîmes quotidiens aux limites de la terre. David Besson-Girard

Guerres d’entropie négative Lire la suite

Steven Vromman : L’homme à la faible empreinte écologique – Douze gestes pour la planète

lalibre.be, Samuel Hoste, le 09 février 2010

Douze gestes pour la planète

Au nord du pays vit un homme aux pieds légers pour l’environnement. Son exemple montre qu’il est possible de polluer moins. Tout est question de choix.

Figure atypique à la notoriété grandissante en Flandre, Steven Vromman, dynamique quadragénaire gantois, a décidé après une vingtaine d’années d’une vie professionnelle bien remplie de changer radicalement sa façon de vivre. Son objectif est simple: prouver qu’il est possible à notre époque de vivre bien et durable. Il se lance le défi de réduire un maximum son empreinte écologique pendant 6 mois – celle-ci est calculée en nombre d’hectares nécessaires pour produire ce que nous consommons – et de consigner son histoire dans un livre intitulé « Low impact man« . Cela fait maintenant presque deux ans que Steven poursuit l’expérience et apparemment, il n’a aucune intention de revenir en arrière.

« Bien plus que des gadgets technologiques, ce qui fait la différence dans la lutte pour l’environnement c’est un changement de comportement, explique-t-il. Nous vivons dans une société jetable, il faut toujours avoir plus et changer souvent; pourtant on n’a pas l’impression que les gens soient vraiment plus heureux. Les gens optent souvent pour des choses matérielles à la place de choses vraiment importantes telles que l’amitié, le contact social, un travail enrichissant, etc. » Steven affirme que son changement de mode de vie a augmenté sa qualité de vie, « j’ai moins de produits toxiques dans la maison, je mange plus sain et je fais plus d’exercice. »

Tirés de son expérience quotidienne, voici douze gestes que tout un chacun peut facilement mettre en pratique.

1. Consommer moins. « Pour produire de nouveaux objets il faut beaucoup d’énergie et de matières premières qu’il a fallu extraire ou fabriquer. Ensuite, il y a encore le transport. Tout cela pollue énormément. Or, il n’est pas toujours nécessaire de posséder quelque chose pour en profiter.  » Partant de ce principe, Steven s’est abonné à la bibliothèque et à la médiathèque. Il a ainsi accès à des centaines de livres, CD et DVD. Ces supports resteront dans le circuit du prêt et l’impact écologique que leur production a nécessité est ainsi divisé par le nombre d’emprunteurs.

2. Réutiliser. Dans le même état d’esprit, Steven achète presque exclusivement des articles de seconde main: vêtements, mobilier, vaisselle « On trouve de tout sur les brocantes et dans les magasins de seconde main. C’est aussi une façon d’acheter moins cher.  » Mais Steven concède que certaines choses s’achètent difficilement de seconde main, comme les chaussures par exemple. Dans ce cas, il privilégie des articles de bonne qualité qu’il gardera longtemps.

3. Réduire ses poubelles. Le meilleur déchet est celui qui n’existe pas. Pour réduire ses poubelles, rien de tel que d’acheter un maximum de produits sans emballage, et quand ce n’est pas possible, il vaut mieux privilégier les emballages recyclables (verre, carton ) ou recyclés. Steven va plus loin: « je bois l’eau du robinet, donc pas de déchets. Quand je vais acheter du fromage, j’emporte ma boîte à fromage. Je réutilise les sachets à pain. Je fais aussi beaucoup mes courses sur le marché car les produits n’y sont pas préemballés. »

4. Manger moins de viande. « 18 % de la production mondiale de CO2 provient du bétail élevé pour nous nourrir.  » Dès lors, Steven a opté pour une alimentation végétarienne (dans son cas, sans viande ni poisson). « Si tous les Belges mangeaient végétarien un jour de la semaine, cela équivaudrait à Lire la suite

Le rendez-vous raté de la lutte contre le déclin de la biodiversité et six pistes pour trouver des solutions

lemonde.fr, Laurence Caramel, le 19 février 2010

Le rendez-vous raté de la lutte contre le déclin de la biodiversité

Depuis 2002, les chefs d’Etat ou de gouvernement ont adopté, au moins à quinze reprises, l’objectif de « réduire fortement le rythme actuel de perte de la biodiversité d’ici à 2010 ». Ils ont aussi réaffirmé une cinquantaine de fois – dont lors de trois G8 – leur soutien à cet objectif et la nécessité de prendre des mesures pour l’atteindre, selon le décompte établi par Jean-Patrick Le Duc, du Muséum national d’histoire naturelle.

Pour inaugurer l’Année internationale de la biodiversité, les responsables de la Convention sur la biodiversité biologique (CBD) des Nations unies, chargés aujourd’hui de faire le bilan, n’ont pas sorti les flonflons. Il n’y a, en effet, pas de quoi pavoiser. Aucun pays n’est au rendez-vous.

Le bulletin de santé de la biodiversité mondiale, qui sera officiellement dévoilé au mois de mai, à l’occasion de la publication des « Perspectives mondiales de la biodiversité », montre que les cinq pressions majeures exercées sur la diversité biologique « sont restées constantes, voire ont augmenté » par rapport au diagnostic établi en 2006.

Ces pressions sont le changement d’affectation des sols qui transforme les espaces naturels en surfaces agricoles ou en villes, la surexploitation des ressources, les pollutions, la progression des espèces invasives et le changement climatique.

PRUDENCE ET DOUTE

Irréaliste ! Huit ans après avoir décrété cette urgence mondiale, les gouvernements ont beau jeu de dénoncer un objectif perdu d’avance, faute d’avoir été défini avec précision et de disposer des bons outils pour faire un véritable état des lieux et mesurer le chemin parcouru. Du côté des scientifiques, le discours est très semblable.

En 2010, il est néanmoins question de se fixer un nouveau rendez-vous pour freiner le rythme d’extinction des espèces et la destruction des écosystèmes que les scientifiques jugent aussi menaçants pour l’avenir de l’humanité que le changement climatique. Les deux sont au demeurant étroitement liés.

2020 est l’année souvent évoquée. Il en sera débattu lors de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, en septembre, puis à la conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, en octobre, à Nagoya, au Japon.

Mais, au lendemain de l’échec de la conférence mondiale sur le climat à Copenhague (7-18 décembre), la prudence et le doute se sont immiscés dans les esprits. La directrice des biens publics mondiaux au ministère des affaires étrangères, Laurence Tubiana, s’interroge sur la stratégie : « Est-ce vraiment la bonne chose à faire ? Cela ne risque-t-il pas de décrédibiliser un peu plus le processus de gouvernance mondiale ? », demande-t-elle.

Les scientifiques continuent, eux, de se lamenter sur « cette maison qui brûle », pour reprendre la formule lancée par le président de la République, Jacques Chirac, à la tribune du Sommet de la Terre de Johannesburg, en 2002, tout en reconnaissant qu’ils Lire la suite

L’habitat groupé, ou comment vivre ensemble chacun chez soi

lemonde.fr, Catherine Rollot, le 28 décembre 2009

L’habitat groupé, ou comment vivre ensemble chacun chez soi

Laure Teulières, 40 ans, n’a jamais eu de « rêve pavillonnaire ». L’habitat idéal pour cette historienne, maître de conférences à l’université de Toulouse II-Le Mirail, rime plutôt avec « écologie, solidarité, mixité sociale et générationnelle ».

Depuis 2007, avec une vingtaine de familles toulousaines, elle travaille à deux projets d’habitat groupé coopératif. Le petit groupe, qui s’est constitué en association, La Jeune Pousse, comprend des chômeurs, un ingénieur, un artisan chauffagiste, une assistante sociale, des retraités… tous unis par le même désir de vivre dans des habitations écologiques gérées collectivement. Chacun y aura son appartement mais les familles se partageront des parties communes (buanderies, atelier, salle polyvalente et chambres pour y recevoir les hôtes de passage…).

Les différents statuts pour les projets collectifs

Plusieurs statuts sont possibles pour les projets collectifs d’habitat : les cohabitants peuvent se constituer en copropriété, en société civile immobilière (SCI), ou en société civile coopérative de construction (SCCC). Ces différentes solutions ne sont pas toujours bien adaptées notamment en cas de départ et de remplacement d’un propriétaire de l’habitat groupé. Contrairement aux coopératives d’habitants, toutes ces solutions laissent possible une spéculation sur la valeur immobilière des biens construits.

Depuis trois ans, des dizaines de collectifs comme La Jeune Pousse se sont créés autour de projets d’habitat groupé. Derrière ce terme se cachent des formules diverses qui vont de la bande de copains, prêts à partager quelques espaces communs, à des projets plus ambitieux autour de familles réunies dans une coopérative d’habitants. Une centaine de projets seraient en cours dans toute la France.

L’habitat groupé n’est pas vraiment une nouveauté. Dans les années 1970, ce concept collait à l’air du temps. De nombreux collectifs d’habitants fonctionnaient alors sur le mode de l’autogestion. Si quelques-uns survécurent à la décennie suivante, la dynamique était bel et bien cassée. « Les dernières réalisations ont plus de vingt-cinq ans, explique Philippe Yven, chargé de mission habitat durable au sein de l’association Cohérence. Au milieu des années 1980, c’est clairement le modèle de l’habitat individuel qui s’est imposé. »

Aujourd’hui, l’envolée des prix de l’immobilier, les préoccupations environnementales et le désir de retrouver du lien social expliquent ce regain d’intérêt. « Aucun d’entre nous n’aurait les moyens d’habiter dans une maison en ville avec un jardin. Ce rêve devient possible en se regroupant« , témoigne Carole Contant, présidente de l’association Parasol, qui soutient le projet rennais « Les Graines urbaines ».

La conscience écologique est aussi un moteur. Grâce à des achats groupés et à l’autopromotion, la construction à plusieurs permet de faire des économies d’échelle et rend plus accessible le bâti à haute performance énergétique. L’empreinte écologique peut aussi être réduite en mettant en place un système de covoiturage.

Mais la motivation principale reste l’envie de Lire la suite

Serge Latouche : La logique de croissance infinie repose fondamentalement sur la destruction de l’environnement

sudouest.com, Serge Latouche, propos recueillis par Sébastien Darsy, le 17 Janvier 2010

L’ENTRETIEN DU DIMANCHE. Pour l’économiste Serge Latouche, la « religion » de la croissance économique condamne inexorablement le monde au chaos, au profit d’une élite planétaire

Serge Latouche : « La logique de croissance infinie repose fondamentalement sur la destruction de l’environnement ».

Vivre mieux avec moins

 « Sud Ouest Dimanche ». Comment définissez-vous la croissance économique, notion qui importe tant aux dirigeants politiques ?

Serge Latouche. Il convient de distinguer la croissance avec un « c » minuscule, celle, quantitative de tel ou tel produit, et la croissance économique avec un « C » majuscule dont parlent les journaux et les hommes politiques, et que je définirai comme une véritable religion. C’est-à-dire un système qui est fondé sur la nécessité d’une croissance infinie et illimitée. Au fond, la croissance est un autre mot pour désigner le capitalisme. L’essence du capitalisme, tel que le définissait Marx, c’est la logique d’accumulation sans limites.

D’où l’importance du produit intérieur brut (PIB), qui mesure l’augmentation de la production de biens marchands…

C’est un indice fétiche supposé mesurer le bien-être dans les sociétés humaines, ce qui est une imposture. Il est intéressant de remarquer qu’il s’agit d’un produit intérieur « brut » et non pas « net », qui déduirait les dégâts engendrés sur l’homme et la nature par le processus de croissance.

Pour éviter l’épuisement des ressources naturelles, vous faites le pari de la décroissance. Faut-il comprendre que cette notion est le contraire de la croissance ?

Pour être tout à fait rigoureux, il conviendrait de parler d’acroissance, comme on parle d’athéisme, pour devenir des athées de l’idéologie de l’accumulation illimitée.

Quelles seraient donc les caractéristiques d’une société qui entrerait en décroissance ?

Alors que nous avons une seule société de croissance, il y aurait une infinité de sociétés de décroissance. La société de croissance a détruit tout autre forme de société : c’est ce qu’on appelle la mondialisation. Si l’on sort de ce monde unidimensionnel, on ouvre à nouveau l’espace à une diversité.

Toutes les sociétés qui ont duré ont été raisonnables en sachant vivre en harmonie avec leur environnement, ce qui implique nécessairement une certaine sobriété sans pour autant se priver des bonnes choses de ce monde : on peut boire une bonne bouteille de vin car le vin est renouvelable ! Faire des centrales nucléaires et des fusées interplanétaires, voilà qui n’est pas raisonnable…

Encore faut-il définir concrètement un projet de société. Or, il existe plusieurs formes de décroissances plus ou moins modérées…

La décroissance doit avant tout prendre la forme d’une société de sobriété choisie : elle doit être à la fois soutenable et équitable. Les sociétés sobres sont moins inégalitaires que la nôtre : comme le dit Hervé Kempf, ce sont les riches qui détruisent la planète (1). Les ressources étant limitées, il faut partager les richesses : vivre mieux avec moins est la base de la décroissance, qui doit être un projet attrayant. Mais les droits de chacun à exploiter les richesses naturelles doivent être limités. Il convient d’empêcher les riches de Lire la suite

Serge Latouche : Quel préfixe pour la décroissance ?

journaleuropa.info, Charlotte Loisy, le 7 janvier 2010

Quel préfixe pour la décroissance ?

Serge Latouche, professeur émérite d’économie de l’Université Paris-Sud, est l’un des grands penseurs de la décroissance. Outre des ouvrages comme Justice sans limite ou Petit traité de la décroissance sereine, il participe régulièrement à la revue La décroissance.

Son ouvrage Survivre au développement (Mille et une nuits, 2004) a été qualifié de « bréviaire de la décroissance ». Pourtant l’économiste préfère souvent parler d’« accroissance ». Tout comme l’athéisme, l’accroissance rompt avec une croyance : celle qui voit la croissance non plus comme un moyen, mais comme une fin. La publicité, réel « pousse-au-crime », l’obsolescence programmée des produits et le crédit nous poussent à consommer toujours plus en croyant satisfaire des besoins pourtant fictifs. On nous fait croire que la croissance est synonyme de bien-être d’une société en brandissant les chiffres du PIB (Produit intérieur brut) comme l’indice du bonheur. Or, doit-on considérer les catastrophes naturelles ou les guerres comme porteuses de joie parce qu’elles augmentent le PIB ? Une croissance infinie dans un monde fini, voilà le paradoxe qu’il soulève. Serge Latouche préconise donc un changement de cap radical. Un slogan, plutôt qu’un concept, la décroissance souhaite « décoloniser notre imaginaire ». Il ne s’agit pas d’un impossible retour en arrière, ni d’un accommodement avec le capitalisme, mais d’un dépassement. Sans renoncer à toutes les institutions sociales que l’économie a annexées, il propose de les réenchâsser dans une autre logique.

Refonte idéologique

Ce « cercle vertueux » comme il l’appelle, se décline en huit « r »

Réévaluer les aspects non marchands de la vie humaine, considérer l’amitié ou l’altruisme comme une richesse, pas seulement l’argent.

Reconceptualiser, c’est-à-dire appréhender la réalité autrement. Aujourd’hui la création du besoin et du manque transforme l’abondance en rareté (est-ce pourtant un fait établi ?).

Restructurer, en adaptant l’appareil de production et les rapports sociaux aux nouvelles valeurs adoptées. Par exemple, transformer les usines d’automobiles en usines de cogénération pour produire de l’énergie et de la chaleur.

Redistribuer les richesses entre les pays du Nord et du Sud et à l’intérieur même des sociétés. Non pas en donnant plus, mais en prélevant moins.

Relocaliser les productions.

Réduire la consommation, le temps de travail, le tourisme. Les gains de temps permettraient de développer la vie citoyenne, le temps consacré à la culture, à la détente. Une étude a montré que sur 1 000 euros d’un forfait voyage, seuls 200 euros revenaient au pays hôte. Et enfin,

Réutiliser et recycler, comme le tissus en fibre de nylon. Le but étant d’acquérir une autonomie, une soumission non servile à la loi qu’on s’est donnée.

D’où l’importance de la convivialité entre les membres d’une même société.

Ses théories accordent une place importante au local, à l’auto-organisation en « bio-régions » et au développement de l’activité de base pour chacune d’entre elles. Le réseau international des slow cities illustre bien sa vision. Actuellement, une vingtaine de villes labellisées s’engagent à suivre les 70 recommandations de leur manifeste, dont le développement des commerces de proximité, une réduction des consommations d’énergie, le développement d’une véritable démocratie participative… Les municipalités pourraient donc d’ores et déjà refuser les OGM, construire des espaces verts et des pistes cyclables plus importantes. L’OMC (Organisation mondiale du commerce) deviendrait l’OML : l’Organisation mondiale pour la localisation. Il n’en oublie pas pour autant les pays du Sud : « La décroissance des pays du Nord est une condition pour Lire la suite

En 2010, construisez votre maison en terre et sauvez la planète

bastamag.net, Agnès Rousseaux, le 24 décembre 2009

En 2010, construisez votre maison en terre et sauvez la planète

Construire une maison en terre ? A l’encontre des idées reçues, ce système de construction est possible pratiquement partout. La moitié de la population mondiale vit dans une habitation en terre crue et non en béton. Ces bâtiments sont écologiques et quasiment inusables : certains sont encore debout après des millénaires. Alors, la terre, une ressource pleine d’avenir ?

Construire une maison de terre, ce n’est pas une lubie alternative de salon écologique. La moitié de la population mondiale vit dans des habitations en terre crue. Une tradition tombée en désuétude après 1945 dans les pays riches. « C’est un oubli paradoxal. En France, 15 % du patrimoine architectural est en terre crue  », souligne Romain Anger, chercheur au laboratoire CRATerre de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble. Les maisons à colombage du Nord de la France sont, par exemple, constituées d’ossatures en bois remplies de terre. En Rhône-Alpes, 50 % des habitations sont construites en terre, selon la technique du pisé. « La norme était de construire avec ce qu’on avait sous les pieds. C’est la logique de la Muraille de Chine : là où le sol est en terre, la muraille est construite en terre. Lorsqu’il y a de la pierre, le matériau principal est la pierre. Comme un caméléon, la construction change de nature selon l’environnement ». Une réalité aujourd’hui oubliée en France, où on préfère transporter des matériaux sur de grandes distances.

Relocalisation des emplois et faible empreinte écologique

Aujourd’hui, dans la plupart des constructions, la terre est considérée comme un déchet. Elle est extraite des chantiers et transformée en collines artificielles reboisées. La terre est pourtant le matériau idéal. D’abord parce que c’est une matière recyclable sur place : les bâtiments détruits retournent à la terre, et celle-ci peut être recyclée indéfiniment. Elle ne subit pas de transformation chimique. La terre crue ne nécessite pas d’apports énergétiques pour la cuisson [1], elle est peu chère, et s’intègre dans le paysage.

Construire en terre, c’est aussi favoriser une relocalisation des emplois, puisque la production peut s’effectuer tout près des chantiers. Sans compter que la terre confère aux habitations un grand confort climatique grâce à son inertie thermique : elle garde une température constante, et écrête les pics de chaleur. Les constructions en terre crue ont une empreinte écologique proche de zéro ! Alors que la fabrication du ciment est à l’origine de 5 % des émissions de CO2 en France : la production d’une tonne de ciment correspond à une tonne de Co2 émis. Quand on sait que le secteur du bâtiment est responsable de 23 % des émissions (soit autant que l’industrie), construire en terre représente une alternative intéressante pour réduire les émissions.

Une ville durable vieille de 5000 ans

Construire en terre est une tradition ancestrale. Elle date sans doute de Lire la suite

« La lutte contre les inégalités est au cœur du sujet » ou l’insoutenable train de vie des riches

alternatives-economiques.fr, Guillaume Duval, Manuel Domergue, le 22 décembre 2009

« La lutte contre les inégalités est au cœur du sujet » ou l’insoutenable train de vie des riches

Les plus riches du Nord ont une responsabilité dans les désordres écologiques, qui va bien au-delà de l’impact direct de leurs gaspillages sur l’environnement. Par Guillaume Duval et Manuel Domergue, extrait du hors-série « L’économie durable », d’Alternatives Economiques.

« Le mode de vie américain n’est pas négociable« , assénait il y a près de vingt ans George Bush père, pour refuser de s’engager à limiter les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Et ce mode de vie a servi de modèle au monde entier tout au long du XXe siècle. Mais aujourd’hui il est tout simplement incompatible avec les grands équilibres écologiques de la planète. Ce qui complique terriblement les choses pour en changer, c’est l’ampleur des inégalités qui se sont creusées depuis trente ans : la consommation de plus en plus purement ostentatoire des riches des pays riches continue en effet à entraîner la planète tout entière dans la dynamique du toujours plus de gaspillage. Pour pouvoir combattre efficacement le changement climatique et les autres menaces écologiques, il faut donc limiter drastiquement les inégalités.

En théorie, chacun des 6,5 milliards d’habitants de la Terre dispose d’un hectare et demi de ce qu’on appelle « l’empreinte écologique », c’est-à-dire la surface au sol nécessaire pour satisfaire ses besoins de base sans puiser dans les ressources non renouvelables de la planète. Mais, d’après les calculs, cette empreinte soutenable a déjà été dépassée depuis les années 1970, puisque chaque humain « consomme » en moyenne actuellement 2,7 hectares. Cette moyenne, déjà excessive, cache en plus de fortes disparités. Avec cinq hectares, un Européen consomme le double de cette moyenne. Mais il apparaît presque sobre par rapport à un habitant des Etats-Unis (9,5 ha) ou des Emirats arabes unis (9,6 ha).

Un exemple à ne pas suivre

Et ces moyennes nationales masquent elles-mêmes des disparités importantes. Les ménages les plus riches des pays riches sont en effet de très loin ceux qui consomment le plus, et donc ceux qui polluent le plus : des vacances à Bali sont plus énergivores que celles à la campagne, chauffer une maison de 200 m2 nécessite en moyenne plus d’énergie qu’un petit appartement, etc. Sans même parler de la consommation d’eau des parcours de golf d’un vert éclatant au mois d’août, ni des yachts, des jets privés et des hélicoptères dilapidateurs de carburant… Ces intuitions sont confirmées par les données publiées par l’Insee : les 10% des ménages les plus riches dépensent environ 2 000 euros par an en France pour l’énergie, contre 800 euros par an pour les plus bas revenus. De même pour la facture transports : les 10% les plus riches dépensent plus de 7 000 euros par an, contre moins de 2 000 pour les 10% les plus pauvres.

Est-ce si grave ? Les riches des pays riches ne constituent-ils pas finalement une goutte d’eau certes très visible, mais en réalité quantitativement insignifiante à l’échelle de la planète ? 793 personnes sur Terre possèdent plus d’un milliard de dollars et accumulent à elles seules 2 400 milliards de patrimoine en 2009 (classement Forbes). Néanmoins, le gros bataillon des riches est constitué de millionnaires, et rien qu’en Chine, on en compterait 450 000 cette année, selon le Boston Consulting Groupe. Mais la contribution la plus nocive des plus riches à la crise écologique tient surtout à leur fonction Lire la suite

Copenhague Dico, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 19 décembre 2009

Copenhague Dico, par Hervé Kempf

Activistes : le mot sonne mieux que « militants ».

Afrique : doute d’elle-même.

American way of life : dépassé, dégoûtant ou décadent ?

Avenir : mieux vaut qu’il soit pris en charge par les citoyens que par des leaders sélectionnés par l’oligarchie.

Banques : elles vont bien, merci.

Bike Bloc : drôle, non violent, beau, insurrectionnel. Vive la Vélorution !

Capitalisme : désigné par certains comme la cause du changement climatique.

Chameau : « passe plus facilement par le chas d’une aiguille qu’un riche n’entre au paradis » ; selon Jésus-Christ, rapporté par Hugo Chavez, lecteur de livres.

Changement climatique : volet de la crise écologique globale.

Chine : lancée sur une voie sans issue. Freiner avant la catastrophe.

Consommation : toxicomanie.

COP 15 : 15e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Frénétique.

Danemark : confortable.

Développement durable : roue de secours de plus en plus dégonflée.

Double contrainte : ou injonction contradictoire. Exemple : vouloir obtenir en même temps la croissance économique et la décroissance des émissions de gaz à effet de serre (cf. effondrement).

Effondrement : solution trouvée par un individu ou une civilisation pour sortir d’une situation prolongée de double contrainte.

Empreinte écologique : méthode de mesure discutable, mais beaucoup moins que celle du PIB (produit intérieur brut).

Espoir : Lire la suite

Flipo et Gaudillière : Inégalités écologiques, « croissance verte » et utopies technocratiques.

mediapart.fr, Fabrice Flipo, Jean-Paul Gaudillière, le 23 Novembre 2009

Première publication par Mouvements

Inégalités écologiques, « croissance verte » et utopies technocratiques.

Les auteurs de ce texte, tout en définissant la notion de « décroissance », déclinent trois priorités : reconnaître une « valeur » et non un prix à la nature ; redistribuer et réduire les inégalités tant celles sous-jacentes à la crise écologique que celle induites par les mesures imaginées pour y remédier ; relocaliser et resocialiser l’économie pour démocratiser les choix.

La crise écologique et financière oblige les décideurs à se pencher sur les scénarios de sortie de crise verte. Mais cette prise de conscience court le risque de s’arrêter à mi-chemin. « Capitalisme vert », « croissance verte », « keynésianisme vert » et « technologies propres » constituent autant de confortables mirages destinés à nous épargner les nécessaires remises en cause liées aux limites écologiques d’une planète aux ressources finies. La prise en compte conséquente de ces limites amène à aborder de front la question des inégalités écologiques et sociales et à changer les modes de production, de consommation et donc les modes de vie les plus prédateurs. Sans autre échappatoire, dans cette redistribution des richesses à opérer, que la redéfinition collective du sens de ces richesses elles-mêmes.

Grenelle de l’environnement, succès aux élections européennes, invitation des leaders écologistes à l’Élysée, débat (difficile) sur une loi créant une taxe carbone…L’écologie politique semble avoir gagné un statut nouveau sur la scène politique française. La crise écologique et la dégradation de notre environnement ont apparemment cessé d’exister comme cette chose dont il faut parler en fin de discours pour faire bonne mesure pour devenir un enjeu à propos duquel il est bon de réfléchir, voire même d’inventer des événements.

Cette nouvelle donne doit beaucoup à la conjonction des deux crises : la crise climatique et la crise financière. La visibilité de la première tient bien sûr à l’agenda des négociations internationales, aux discussions sur l’après Kyoto. Au-delà de la conjoncture, en matière de climat, tous les signaux sont en effet au rouge. Les organisations internationales, du GIEC aux grandes ONG environnementales en passant par le PNUD, multiplient les mises en garde sur l’accélération du réchauffement, sur l’ampleur de ses effets à relativement court terme, sur la vulnérabilité phénoménale des pays d’Afrique, d’Asie du Sud et d’Amérique Latine, sur les inégalités que le changement climatique va créer ou renforcer. Les médias européens et nord-américains relaient désormais le consensus des experts du climat sur la réalité du phénomène et font largement écho à la fonte des calottes glaciaires, aux migrations d’espèces ou encore aux nouvelles « guerres » de l’eau. Parallèlement, l’éclatement de la crise financière a rouvert un espace pour discuter des changements du capitalisme, du fonctionnement des marchés financiers, des effets « pervers » du déplacement de pouvoir vers l’actionnariat et les places boursières, des défauts de « l’auto-régulation » des marchés et du même coup signé le retour en grâce de l’intervention publique, ne serait-ce que pour sauver les banques et assurer la pérennité d’un régime d’accumulation (légèrement) amendé.

À gauche, cette conjonction des deux crises a paradoxalement des effets délétères. En rendant la question écologique plus visible et urgente, elle rend encore plus patente la difficulté à proposer des réponses autres que cosmétiques. La vivacité et surtout la nature des dénonciations venant tant du parti socialiste que de la gauche de la gauche d’un projet de taxe carbone présenté comme « anti-sociale » alors qu’il s’agit au contraire de le configurer pour en faire un outil liant redistribution et changement des façons de produire en a été un bien triste révélateur.

On n’aurait toutefois tort de considérer que les discours sur la sortie de crise « verte » ou le Green Deal ne sont que des temporaires, de simple effet de couverture médiatique grâce auxquels on découvre ces exotiques décroissants du midi de la France. Bénéficiant des acquis de l’expertise économico-climatique poursuivie depuis une dizaine d’années dans et autour du GIEC et des institutions en charge des politiques énergétiques, les propositions – voire les scénarios – liant réponse à la crise financière, re-régulation et investissements écologiques massifs tendent à faire référence, y compris du côté de la présidence américaine. Les registres varient, depuis la simple mise en avant d’un recours significatif aux sources d’énergie renouvelables dans le « bouquet » énergétique jusqu’à des argumentations plus fondamentales sur la nécessité d’une politique écologique globale faisant intervenir des transferts importants de ressources vers les pays du Sud. Dans un ouvrage récent, Lester Brown évoquait ainsi la perspective d’une « éco-écologie » Lire la suite

Jean-Marc Jancovici : A quoi sert le développement durable ?

manicore.com, Jean-Marc Jancovici, décembre 2002

A quoi sert le développement durable ?

Les modes sont des facteurs puissants pour guider le comportement des représentants de notre espèce. Que les résultats en aient été heureux ou malheureux, le propre de la mode a toujours été de substituer l’émotion à la réflexion, et de remplacer l’analyse par le mimétisme. Cela a bien sûr valu pour les idées encore plus que pour les objets.

Aujourd’hui, l’unes des idées très à la mode est la notion de « développement durable », imparfaite traduction du terme anglais « sustainable development » (développement « soutenable »), et qui se définit comme « un développement qui satisfait les besoins de la génération actuelle sans compromettre ceux des générations futures« .

Cela part assurément d’un bon sentiment de souhaiter l’épanouissement de tout le genre humain, présent et à venir, partout et tout le temps, mais l’existence d’un tel concept est-il d’un quelconque intérêt pratique pour mieux y parvenir ? Permet-il de déboucher sur un projet de société particulier, ou de tracer des voies particulières pour l’avenir ? A bien y regarder, cela n’est hélas pas le cas : cette définition n’a malheureusement aucune portée opérationnelle, en ce sens qu’elle ne fournit de réponse objective ou d’aide à la décision pour aucune des deux questions précédentes.

Parlons environnement, tout d’abord : le développement durable nous aide-t-il à fixer des limites à notre empreinte sur la planète ? Non : il est parfaitement impossible de faire correspondre à la définition du « développement durable » un état particulier du monde physique, car personne ne sait définir les besoins des générations présentes de manière univoque, et donc la quantité de ressources nécessaires qui y correspond. Avons nous « satisfait nos besoins » depuis que notre espérance de vie a dépassé 40 ans ? Où faudra-t-il attendre que chacun d’entre nous vive 120 ans pour que nous nous estimions repus ? Avons nous « satisfait nos besoins » lorsque nous disposons de 10 m2 chauffés par personne, ou cela sera-t-il le cas uniquement quand tout terrien disposera de 150 m2 chauffés, plus un jacuzzi et un sauna privé par personne ? Avons nous satisfait nos besoins lorsque chaque terrien dispose de 0,5 tonne équivalent pétrole d’énergie (niveau d’un Indien, en gros), ou est-ce 7 tonnes équivalent pétrole par habitant de la planète (niveau d’un Américain) qui correspond à cet état de plénitude ?

Avons nous « besoin » de prendre l’avion 1, 50, ou zéro fois au cours de notre existence ? Avons nous « besoin » de manger 20, ou 100 kg de viande par an ? Avons nous « besoin » d’avoir 1, ou 10 cadeaux à chaque anniversaire ? Avons nous « besoin » de zéro, une ou deux voiture(s) par ménage ? Il faut bien admettre que c’est la notion même de « besoin » qui, passés les besoins vitaux (boire, manger, dormir, se protéger du froid et des prédateurs, perpétuer l’espèce) sur lesquels il est à la rigueur possible de s’accorder, ne correspond à aucune consommation de ressources précise : aucune aide pour fixer un objectif ou une limite n’est donc fournie par l’énoncé du développement durable, or gérer c’est souvent fixer des objectifs et des limites.

Enfin « besoins » individuels et « besoins » collectifs peuvent être parfaitement antagonistes, et le « développement durable » ne nous fournit alors pas non plus l’ombre d’une solution pour arbitrer entre les deux : au nom de considérations sociales et économiques, nous avons « besoin » de garantir à tout le monde le droit de rouler en voiture, mais au nom de considérations environnementales nous avons aussi « besoin » d’émettre de moins en moins de gaz à effet de serre, ce qui est difficile à envisager avec la mobilité actuelle. Où est la solution pour choisir entre les deux dans l’énoncé du développement durable ?

***

Voilà pour le présent, mais il est tout aussi impossible de faire correspondre à cette définition du développement durable un état particulier du monde futur. D’abord, quel horizon de temps Lire la suite

Dur, dur, d’être écolo

lexpress.fr, Eric Lecluyse, Richard De Vendeuil, le 09 novembre 2009

Dur, dur, d’être écolo

Se soucier de l’état de la planète, c’est bien. Sauf quand le quotidien du citoyen « vert » devient un parcours du combattant. Et vire au stress, voire à la parano.

Depuis quelques semaines, avec la disparition des ampoules à filament de 100 watts et plus, un étrange spectacle se répète au rayon luminaires des grands magasins. Des grappes de clients hagards tentent désespérément de décrypter les étiquettes des lampes basse consommation ou d’accrocher un vendeur qui les sauvera (peut-être) de l’enfer. Certains transpirent même carrément d’angoisse, depuis qu’ils ont vu la vidéo alarmiste postée sur DailyMotion par Annie Lobé, une journaliste indépendante. La dame -dont on n’entend que la voix off- y compare les champs électromagnétiques émis par les ampoules classiques et par les fluo-compactes, très inférieurs. Les fréquences basses « sont des cancérogènes possibles pour l’homme », affirme-t-elle, citant un rapport de l’Agence internationale de recherche sur le cancer. Le tout sans apporter d’autre preuve scientifique que son « gaussmètre », un boîtier mesurant les fameux champs, filmé en gros plan. Panique chez les internautes. Au point que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a dû publier un avis pour rassurer le public. Annie Lobé, elle, se défend : « J’apporte des élements scientifiques et j’émets des hypothèses ».

conso verte: des sites utiles

Pour mieux choisir, Mescoursespourlaplanete.com : un guide soutenu par l’Ademe, avec de nombreuses fiches produit, de l’épicerie aux vacances équitables.

Pour repérer ceux qui abusent, Observatoiredelapublicite.fr : les pires marques du greenwashing (ou « écoblanchiment », procédé qui consiste à faire passer pour vert ce qui ne l’est pas) sont épinglées par ce site qui émane de l’Alliance pour la planète (groupement d’associations écologistes).

Pour échanger, Planete-attitude.fr: édité par le WWF-France, ce réseau social est un lieu d’échanges et de débats, de la meilleure façon d’introduire le bio dans les cantines à la préservation du loup…

N’empêche. Réchauffement climatique, famine, désertification, taxe carbone : les nerfs sont à vif. Même les gosses s’y mettent. « Maman, tu aurais dû jeter ce papier dans la poubelle à recycler », lance Grégoire, 6 ans, à sa mère, débordée. Et Nicolas Hulot qui enfonce le clou, avec son documentaire Le Syndrome du Titanic, tour d’horizon affolant de notre amie la Terre martyrisée par l’Homme. Certes, il faut bien donner l’alerte, puisqu’il y a urgence, mais comment empêcher qu’une affreuse angoisse ne submerge ceux qui ont capté le message ? L’autre jour, j’ai lu un article sur la qualité de l’eau potable dans certains coins de Paris, ça m’a fait flipper », confie la jeune actrice Sara Forestier au magazine Elle. Et flipper peut mener loin. « Les piles, ça ne se jette jamais, c’est quand même pas compliqué d’aller dans un centre de tri en un coup de Noctambus ! » hurle Valérie Lemercier dans son dernier spectacle, en écolo givrée tellement préoccupée de l’état de la planète qu’elle harcèle ses voisins jusqu’à pas d’heure pour qu’ils trient leurs déchets.

« A force de voir la vie comme une série de nuisances, une source d’émissions de carbone et de pollutions diverses, on tombe dans l’anxiogène, confirme la géographe Sylvie Brunel, auteure de A qui profite le développement durable ? (Larousse). Hélas, donner mauvaise conscience et demander aux gens de se repentir est au cœur du discours écolo! C’est même le nerf de la guerre. L’empreinte écologique -l’impact des activités humaines sur les écosystèmes- est une façon de nous dire: ‘Combien de bonnes terres gaspillées par votre train de vie!' »

Des labels trompeurs…

Le citoyen « vert » a compris qu’il devait changer de comportement. Oui, mais Lire la suite

Indicateur de développement durable — L’empreinte écologique discréditée

ruefrontenac.com, Jessica Nadeau, le 17 septembre 2009

Indicateur de développement durable — L’empreinte écologique discréditée

L’empreinte écologique, utilisée de plus en plus par les organisations environnementales pour sensibiliser la population aux incidences de leurs modes de consommation, est jugée « peu pertinente » comme indicateur de développement durable par l’Institut de la statistique du Québec.

C’est la conclusion de la nouvelle étude L’empreinte écologique : revue de littérature et analyse critique, publiée jeudi par l’Institut de la statistique du Québec.

Dans le document, rédigé par Stéphanie Uhde, économiste pour l’institut, on soutient que même si l’évaluation des mesures de suivi en matière de développement durable est « cruciale » pour la société québécoise, « l’empreinte écologique se révèle peu pertinente comme indicateur de développement durable ».

« Bien qu’elle soit utile pour sensibiliser les individus aux conséquences de leur mode de consommation, sa démarche vis-à-vis du développement durable tranche avec l’approche théorique que la communauté internationale tend à privilégier. De plus, son cadre statistique est loin de constituer un standard qui fasse consensus dans la littérature ou la pratique. »

L’empreinte écologique ne serait donc « pas un bon outil pour orienter la prise de décision politique ». D’autant plus que, toujours selon l’Institut, son utilisation demeure controversée et que les gouvernements l’ayant adoptée sont peu nombreux.

En entrevue à RueFrontenac.com, l’auteure affirme que « les résultats de l’empreinte sont trop agrégés pour qu’ils puissent être utiles à la prise de décisions », d’autant plus qu’ils ne prennent pas en considération les effets qualitatifs comme la pollution ou l’érosion des sols.

Marginalisation des indicateurs environnementaux

Pour Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki, nul besoin d’une étude pour démontrer que l’empreinte écologique n’est pas un indicateur de développement durable. Il s’agit selon lui d’une évidence puisque l’empreinte écologique est d’abord et avant tout un outil d’éducation permettant aux citoyens d’évaluer leur propre impact sur la planète. D’ailleurs, dans un récent rapport du Vérificateur général du Québec, le commissaire au développement durable soutenait que, si tous les habitants du monde consommaient comme le Québec, on aurait besoin de trois planètes pour répondre à la demande.

« L’argument principal de l’institut de la statistique est que l’empreinte écologique ne tient pas compte des aspects sociaux et économiques alors que les trois piliers du développement durable Lire la suite

Jean Gadrey et Enrico Giovaninni – Rapport Stiglitz : accords et désaccords

planete-terra.fr, Karine Le Loët, septembre 2009

Rapport Stiglitz : accords et désaccords

Jean Gadrey et Enrico Giovaninni, deux économistes qui ont participé au travaux de la commission, divergent sur les recommandations du rapport Stiglitz visant à développer de nouveaux indicateurs pour mesurer la richesse des nations.

Terra eco : Que pensez-vous du rapport de la commission ?

Jean Gadrey : « C’est évidemment un événement à saluer. Un nombre important d’experts de renom a reconnu les fortes limites au PIB. C’est une victoire. J’ai néanmoins des réserves vis-vis de ce rapport. La méthode a laissé peu de place à la société civile. On a fait de l’expertise en chambre. La commission était composée à 90% d’économistes. Ce n’est pas la même chose que si on avait eu autour de la table WWF, les Amis de la Terre ou le réseau Alerte. Du coup, j’étais par exemple le seul à soutenir l’empreinte écologique, un indicateur qui, s’il a beaucoup de défaut, permet à mon sens de faire adhérer la population aux efforts environnementaux. Inversement dans le rapport final, on trouve une très forte domination des indicateurs monétaires de progrès. Le rapport propose par exemple l’adoption d’un indicateur de l’Épargne nette ajustée. C’est une mesure qui vise à transformer en monnaie le capital économique, humain ou les dégâts environnementaux. On met tout dans la même boîte et on pense que cet indicateur va mesurer le développement humain. C’est aberrant. On risque de se retrouver dans le même genre d’impasse qu’avec le PIB. Et de ne pas avoir à temps les bons signaux, notamment face au risque environnemental ! »

Enrico Giovaninni : « Nous n’avons pas trouvé le Saint Graal. Mais le rapport comporte trois points essentiels à mon sens. D’abord il montre un glissement essentiel de la production au bien-être. Ensuite, il reconnaît que les mesures subjectives sont aussi importantes que les mesures objectives. Et pas seulement pour mesurer le bonheur mais dans tous les domaines : santé, relations inter-personnelles… Enfin, il a mis au point une liste de domaines essentiels : l’éducation, la santé… qui pourront fournir un cadre à l’élaboration de nouveaux indicateurs. »

Vous êtes quand même arrivés à un consensus ?

Jean Gadrey : « Joseph Stiglitz a fait état du plaisir qu’il a eu à travailler au sein de cette Commission. Il a parlé des échanges cordiaux, du consensus. Mais il y a eu de vrais désaccords qui n’ont pas toujours donné lieu à des débats riches. Les trois sous-groupes [mesure du PIB, environnement et qualité de la vie, Ndlr] travaillaient de façon étanche… Oui, c’est vrai, nous avons tous signé le résumé de douze pages du rapport. Mais Joseph Stiglitz n’a pas tenté de nous faire signer le rapport complet. Pour ma part, je ne l’aurais pas fait. Il y a dans ce rapport des éléments et des analyses que je ne peux pas endosser. »

Enrico Giovaninni : « Il n’y a pas un consensus sur chaque mot. Mais tout le monde a souscrit aux conclusions du rapport et j’en suis content. Évidemment, les discussions ont vu s’opposer différents points de vue. Certains poussaient vers la simple adoption d’un indicateur du bonheur, d’autres vers la mesure des choses intangibles comme les relations inter-personnelles. D’autres encore insistaient pour qu’on n’incluent pas dans la mesure de la production les activités du foyer ou les moments de loisir. Mais tout le monde a fait des concessions. Et ça ne veut pas dire pour autant que nous sommes arrivés à une solution au rabais ou à une juxtaposition de propositions ! Il y a un vrai fil rouge dans toutes ces recommandations. »

Et maintenant ?

Jean Gadrey : « Joseph Stiglitz l’a bien dit : le rapport n’est pas la fin d’un processus mais bien un début. Lire la suite

Camp action climat : A Nantes, un projet d’aéroport réchauffe le climat social

bastamag.net, Daniel Maunoury, Aurélien Dailly, Benoît Kubiak, http://avenirclimat.info, le 16 septembre 2009

Camp action climat : A Nantes, un projet d’aéroport réchauffe le climat social

Début août 2009, le premier « camp action climat » s’est déroulé sur le sol français, à Notre-Dame-des-Landes, non loin de Nantes. L’initiative s’inscrit dans la mobilisation en préparation du sommet de Copenhague sur les changements climatiques, en décembre. Elle fait aussi écho à la résistance locale contre un projet d’implantation d’un d’aéroport à la place de ces landes forestières. 82 exploitations agricoles sont menacées. Plusieurs centaines de personnes ont ainsi tenté de relier mobilisation internationale, réflexions, autogestion, lutte locale et mode de vie en adéquation avec ces combats. Récit en texte et en images. [NDLR : pour voir les images aller sur l’article d’origine]

Un demi millier de personnes ont, chaque jour, fréquenté le premier camp action climat français, du 2 au 9 août à Notre Dame des Landes en Loire Atlantique. Ce camp est né d’une conjonction de volontés et d’expériences : la participation d’un couple de militants au camp climat anglais l’année précédente, la volonté de l’association Les amis de Silence ! d’organiser un camp davantage tourné vers l’action, et une coordination d’associations locales cherchant à développer la lutte contre un projet d’aéroport. L’initiative rassemble des individus sans drapeau ni porte-parole. Les décisions sont prises par consensus pour essayer d’être le plus inclusif possible. Beaucoup découvrent pour la première fois quelques principes concrets d’autogestion. Vivre ensemble, à plusieurs centaines durant une semaine, dans un pré complètement vide quelques jours auparavant : le pari est de taille !

En 2006, le premier camp climat au Royaume-Uni réunit 600 personnes qui squattent un pré et tentent de fermer une centrale thermique, principal site d’émission de gaz à effet de serre du pays. L’expérience fait des petits : trois ans plus tard, on dénombre une vingtaine de camps climat dans le monde, inspirés par quatre grands principes : des actions directes non-violentes ciblant des « crimes » climatiques, une empreinte écologique minimale, le partage de savoirs et la construction d’un réseau de militants du climat. Ce mouvement, où les jeunes sont très présents, invente et tente de construire un mouvement mondial pour une justice climatique.

Le soleil est au rendez vous. L’autogestion du camp se passe sans incident majeur. Pour 2,70 euros minimum, on peut se nourrir correctement (et parfois gratuitement) sous des chapiteaux et des yourtes. Les diverses conférences se préparent sous des toiles tendues. La plupart des « résistants » dorment dans leurs tentes individuelles dispersées ça et là sur la vaste pelouse prêtée par un propriétaire lui-même engagé dans la lutte. Une forêt magnifique borde le camp dans laquelle on peut se promener à pied, traversant ainsi la future parcelle aéroportuaire de la région nantaise. Un gâchis environnemental immense quand on pense aux hectares de forêt coupée et remplacée par des parkings ou autres pistes largement goudronnées.

Ce projet de « Grand aéroport du Grand–Ouest pour une Grande Métropole », avec bien sur un Grand maire et un Grand président d’agglomération, est proposé par Lire la suite

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

bloguez.com, Eric Dupin, le 5 septembre 2009

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques. En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient ainsi croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

Il fallait voir l’air interloqué de M. François Fillon. Ce 14 octobre 2008, M. Yves Cochet défendait les thèses de la décroissance du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. Diagnostiquant une « crise anthropologique », le député Vert de Paris affirmait, sous les exclamations de la droite, que « la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique ». Son appel à une « société de sobriété » n’avait guère de chances d’emporter l’adhésion de l’hémicycle. Toutefois, l’idée provocatrice de « décroissance » avait forcé les portes du débat public.

La récession est passée par là. Bien sûr, la décroissance « n’a rien à voir avec l’inverse arithmétique de la croissance », comme le souligne M. Cochet (1), le seul homme politique français d’envergure à défendre cette idée. La mise en examen de la croissance apparaît toutefois comme une conséquence logique de la double crise économique et écologique qui secoue la planète. Les penseurs de la décroissance sont subitement écoutés d’une oreille plus attentive. « Je suis beaucoup plus sollicité », se réjouit Serge Latouche, l’un de ses pionniers. « Les salles sont pleines dans nos débats », lui fait écho Paul Ariès, un autre intellectuel de référence de ce courant de pensée.

Le mot même de « décroissance » est de plus en plus repris, bien au-delà des cercles restreints de l’écologie radicale. « Au moment où les adeptes de la décroissance voient leur argumentaire conforté par la réalité, y a-t-il une alternative entre la décroissance subie ou non dite, comme l’est la récession actuelle, et la décroissance conduite (2) ? », s’interrogeait, pendant la campagne européenne, Nicolas Hulot, pourtant régulièrement qualifié d’« écotartuffe » par les objecteurs de croissance. Soutien d’Europe Ecologie, l’animateur avouait douter de la « croissance verte » et envisageait plutôt une « croissance sélective doublée d’une décroissance choisie ». « Seule la décroissance sauvera la planète », lâcha même le photographe Yann Arthus-Bertrand, dont le film Home, au demeurant largement financé par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), semble avoir contribué au succès électoral printanier des écologistes (3).

Certains partisans de la décroissance sont convaincus que la crise actuelle constitue une formidable opportunité pour leur cause. « Que la crise s’aggrave ! », s’exclame Latouche, reprenant le titre d’un ouvrage du banquier repenti François Partant. « C’est une bonne nouvelle : la crise est enfin arrivée, et c’est l’occasion pour l’humanité de se ressaisir (4) », explique ce tenant de la « pédagogie des catastrophes » jadis développée par l’écrivain Denis de Rougemont.

Sans aller aussi loin, M. Cochet estime que c’est en butant sur les limites de la biosphère que l’humanité sera contrainte de devenir raisonnable. « Il n’y aura plus de croissance pour des raisons objectives. La décroissance est notre destin obligé », prévient le député écologiste, « géologue politique et profond matérialiste ». Ne reste alors qu’à espérer que la crise accélère les prises de conscience, et à « préparer la décroissance afin qu’elle soit démocratique et équitable ».

Mais ce point de vue optimiste est loin d’être partagé par tous. « Cette pédagogie des catastrophes, on n’est pas du tout là-dedans », se démarque Vincent Cheynet. Le rédacteur en chef du journal La Décroissance estime que, « si la crise offre une opportunité de s’interroger et de se remettre en cause, elle risque aussi Lire la suite

Le point de vue de Lutte Ouvrière et de l’UCI sur la décroissance.

revoltunited.canalblog.com, NC, le 16 août 2009

Le point de vue de Lutte Ouvrière et de l’UCI sur la décroissance.

Je connais assez mal l’idéologie de la décroissance, je ne peux donc que publier ce qu’en dise les camarades de LO. Pour ce que j’en sais, cela ressemble assez à l’idéologie des petits propriétaires terriens du début du XXème siècle vis à vis du capitalisme industriel naissant. Mais je vous laisse juger.

La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire

Si les années quatre-vingt-dix ont vu émerger et se développer les idées de l’altermondialisme, ce courant est aujourd’hui concurrencé, chez un certain nombre de jeunes et moins jeunes plus ou moins contestataires, par un courant qui s’est baptisé : la décroissance. Refus de la croissance économique, « antiproductivisme », lutte contre la consommation, volonté de revenir à une économie locale, rejet du progrès technique, démarche de « sobriété » ou de « simplicité volontaire », sont les piliers de ce nouvel évangile.

Il est difficile de savoir si le relatif succès de ce courant sera un phénomène durable. Mais il est incontestable qu’il est, pour l’instant, à la mode. Certes, cela ne s’est pas vu lors des récentes élections européennes, où les listes Europe Décroissance n’ont recueilli que des scores insignifiants – entre 0,02 et 0,04 % suivant les circonscriptions. Mais la percée électorale des listes Europe-écologie reflète, en partie du moins, cette tendance, car nombre de partisans de la décroissance ont apporté leurs voix, au nom d’une sorte de « vote écologique utile », aux listes menées par Daniel Cohn-Bendit.

L’intérêt pour la décroissance d’une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle, d’une frange de la jeunesse étudiante, paraît indéniable. En témoigne entre autres le relatif succès du journal La Décroissance, qui tire à quelque 50 000 exemplaires – ce qui est conséquent pour un journal politique.

Il est clair que le glissement vers la décroissance d’une partie des partisans de l’altermondialisme serait un recul, du point de vue des idées.

L’altermondialisme en effet, malgré ses limites et son caractère profondément réformiste, se situe au moins sur le terrain de la dénonciation des inégalités, et prétend vouloir mieux répartir les richesses entre les différentes régions de la planète.

La décroissance, elle, ou plutôt la nébuleuse d’organisations, de journaux et d’individus qui se réclament d’elle, se situe sur un tout autre terrain : celui des idées franchement réactionnaires. Ses partisans ne le nient d’ailleurs pas vraiment : Serge Latouche, le principal porte-parole de la décroissance en France, dénonce par exemple, dans l’introduction de son Petit traité de la décroissance sereine, « le totalitarisme développementiste et progressiste ». Le « totalitarisme progressiste » ! Il faut se pincer pour y croire. Il est peu probable que les femmes africaines qui font des dizaines de kilomètres à pied pour trouver un peu d’eau potable, ou les centaines de milliers de gens dans le tiers-monde qui meurent du sida faute de trithérapies, se réjouissent de ne pas être victimes du « totalitarisme progressiste ». On retrouve le même type de propagande anti-progrès dans un numéro de la revue décroissante Silences, qui a publié en Une un dessin montrant trois personnages monstrueux, mi-humains mi-reptiles, sous la légende : « Ils veulent détruire le monde ». Ces trois personnages étaient ainsi présentés : « La trilogie maléfique : croissance, consommation, progrès. »

Le décor est planté. Le courant décroissant affiche clairement non seulement son refus Lire la suite

Contre Allègre : une écologie qui émancipe

liberation.fr, Denis Baupin, adjoint au maire de Paris chargé de l’environnement, du développement durable et du plan climat, le 5 août 2009

Contre Allègre : une écologie qui émancipe

Fidèle à la stratégie de son nouveau maître – Nicolas Sarkozy -, Claude Allègre prétend, en s’appropriant indûment l’identité de ceux qu’il veut combattre – les écologistes -, se parer lui-même des habits de l’écologie, avec la création prochaine de sa Fondation pour l’écologie productive (Libération du 17 juillet).

Venant d’un des principaux négationnistes du dérèglement climatique, y compris au prix du tripatouillage de travaux scientifiques, le propos pourrait faire sourire. Mais on aurait tort de se contenter de ce premier réflexe. Claude Allègre n’est que la figure la plus caricaturale d’une entreprise plus globale visant à se réapproprier le succès des écologistes pour mieux le dénaturer. Cette entreprise utilise deux artifices.

Le premier est un grand classique : faire passer les écologistes pour des passéistes, des opposants au progrès, etc. Refrain connu chez les productivistes et les scientistes de droite et de gauche, depuis Robert Hue, qui refusait le retour à «la lampe à pétrole», à Martine Aubry, qui ne veut pas s’intéresser «aux radis», en passant par Luc Ferry, dont l’ouvrage le Nouvel Ordre écologique disait le mépris d’une certaine classe intellectuelle pour qui ne partageait pas sa vision du progrès humain.

Le second, plus nouveau, est devenu un passage obligé pour tout politique en panne de discours : repeindre en vert les politiques les plus productivistes et polluantes, afin de leur donner une nouvelle légitimité. En la matière, Claude Allègre ne craint personne. Après avoir été le héraut du lobby de l’amiante (qui continue de tuer chaque année plusieurs milliers de personnes), le voici en porteur de valise du nucléaire, des organismes génétiquement modifiés (OGM), voire du stockage de carbone comme réponse au dérèglement climatique.

Il y a pourtant un point sur lequel on peut être d’accord avec Claude Allègre : oui, l’écologie peut être productive, innovante, source de progrès pour l’humanité, créatrice d’emplois et aussi – même si cela l’intéresse sans doute moins – de justice sociale. Mais pour cela, pour être résolument moderne – car nous revendiquons la modernité -, l’écologie n’a pas besoin d’épouser une fuite en avant technoscientiste promue au rang d’idéologie. Notre écologie s’appuie sur l’innovation et les technologies modernes, mais en privilégiant celles qui accroissent l’autonomie des gens, qui émancipent au lieu d’asservir.

Reprenons les exemples de l’énergie, des OGM et du stockage de carbone pour en faire la démonstration.

Pour la production énergétique, peu importe à Claude Allègre que le nucléaire dit de quatrième génération – supposé recycler ses propres déchets – ne soit qu’une chimère dont les seuls exemples, à commencer par Superphénix, furent des échecs retentissants, si cela lui permet de justifier la fuite en avant franco-française dans l’industrie énergétique la plus dangereuse (par ses déchets, ses accidents et la prolifération qui lui est liée) et la plus coûteuse… Comme vient de le confirmer le PDG d’EDF en Lire la suite

J’ai testé pour vous l’écologie au quotidien

lemonde.fr, Frédéric Potet, le 17 juillet 2009

J’ai testé pour vous l’écologie au quotidien

C’est l’histoire d’un type qui, un soir, en rentrant du boulot, lance à sa femme :  » Chérie, il faut sauver la planète.  » Carrément ! Ce type n’est autre que… ma pomme – expression (fruitière) appropriée s’il en est. Ma pomme est, au départ, un écologiste  » théorique  » : en accord avec les grands principes environnementaux, mais moyennement regardant sur leur application au jour le jour ; familier avec les terminaisons en  » able  » (équitable, durable, raisonnable, responsable, soutenable, renouvelable…), mais coupable de ne pas passer plus souvent à l’acte. Ma pomme est propriétaire (depuis peu) d’une maison mal isolée, roule dans une voiture vieille de bientôt dix ans, trie ses déchets sans toujours faire très attention, aime traîner sous la douche et oublie souvent d’éteindre ses appareils électroménagers.

Sauver la planète ? Oui, bien sûr ! N’est-ce pas le message dominant du moment ? Partout – à la radio, dans le métro, sur les paquets de céréales, dans les magazines (comme Le Monde 2) –, il n’est question que de  » gestes citoyens  » et d' » éco-attitude « . Pas un jour ne passe sans que nous soient chantés les mérites des maisons passives et des panneaux photovoltaïques. Impossible de regarder tranquillement les réclames à la télévision sans entendre parler de développement durable – pour un peu, la pub nous demanderait presque de réduire nos achats, ce qui serait bien le comble ! Résister à cet épanchement d’exhortations et de grands sentiments relève, au choix, de l’exploit ou du déni. Alors, chiche ! Adoptons les recommandations tambourinées quotidiennement. Bio-responsabilisons-nous. Testons la  » vie écolo  » à la micro-échelle d’un foyer moyen (deux adultes, deux enfants). Dans la mesure du possible, s’entend.

EMPREINTE. Ce qui compte, en priorité, c’est de voir d’où l’on part. Faire un diagnostic environnemental de son propre mode de vie. Plusieurs outils existent pour cela. Premièrement, l’ » empreinte écologique «  individualisée que l’association WWF (World Wide Fund for Nature) vous propose d’établir sur Internet en quelques clics. Une dizaine de questions vous est posée afin de savoir si vous êtes plus surgelés que produits frais, plus mazout que bois de chauffage, plus voiture individuelle que transports en commun… A la faveur d’on ne sait quel algorithme, le résultat est alors mesuré en hectares, l’empreinte écologique se définissant comme une estimation de la superficie nécessaire à un individu pour répondre à ses besoins en ressources naturelles.

Nous concernant, la sentence est cruelle : avec Lire la suite

Les Français consommateurs durables… en théorie !

2.cnrs.fr, Patricia Chairopoulos, date NC

Les Français consommateurs durables… en théorie !

Nicolas Herpin, sociologue à l’Observatoire sociologique du changement (OSC), directeur de recherche au CNRS et chargé de mission à l’Insee (1)

Les opérations de sensibilisation à une meilleure consommation se multiplient (Semaine du développement durable, Assises nationales du développement durable, Journée de la Terre…) et nous semblons de plus en plus acquis à la cause qu’il faut faire durer les ressources de la planète. Cela se traduit-il dans les pratiques des Français au quotidien ? Nicolas Herpin : Au-delà du tri sélectif des ordures, que les ménages respectent assez largement, leur comportement vertueux ne va pas beaucoup plus loin. Les évolutions récentes de la consommation ne sont globalement pas en phase avec la réforme écologique. Prenons l’exemple de l’alimentation : les produits « bio » commercialisés à des prix relativement plus élevés que les autres peinent à s’installer dans le panier de la ménagère. Des produits industriels trop sucrés, trop gras et dont la valeur nutritionnelle est faible mais qui ne demandent aucune préparation constituent l’essentiel de l’alimentation de nombreux jeunes.
Dans l’habillement, rien n’indique non plus un retour du goût vers des articles durables voire recyclables. Au contraire, la tendance est de faire des modes s’adressant à toutes les strates de la société, donc à petits prix. C’est ce que les anglo-saxons appellent des « fast clothes », dont la caractéristique essentielle est d’être « tape-à-l’œil » et de ne pas résister au-delà du premier lavage.

Comment expliquer ces tendances ?

N.H. : C’est d’abord l’information du consommateur qui est déficiente. Reprenons le cas des vêtements. Un rapport de l’Université de Cambridge compare l’empreinte carbone des tissus, en particulier celle du coton et celle des fibres synthétiques. Les résultats remettent en question l’usage du coton, généralement considéré comme « durable ». Si sa fabrication est assez faible en énergie, son coût d’entretien est très élevé (lavage à haute température, emploi de détergents très polluants pour l’eau, repassage, etc.) par rapport à la viscose. Il y a ensuite la contrainte budgétaire, particulièrement serrée pour les milieux modestes. Les produits bio coûtent plus cher. Il y a aussi et surtout le mode de vie qui crée des besoins. Habiter une maison dans la périphérie d’une grande agglomération oblige à avoir deux voitures si les deux membres du couple sont actifs. Enfin, une fois que l’individu s’est habitué à vivre d’une certaine façon, il peut trouver beaucoup de bonnes raisons de ne pas changer son mode de vie. En se passant de voiture, une personne estimera qu’elle contribue généreusement au développement durable… mais, à côté de cela, elle fait deux longs trajets touristiques par avion et par an, engendrant autant de gaz à effet de serre qu’une voiture sur toute l’année. Face à ces tendances lourdes, les convictions écologiques restent à l’état de bonnes intentions.

Par ailleurs, la crise financière n’incite pas les consommateurs à modifier leurs comportements dans un sens écolo. Le parc automobile, en particulier, en fait les frais : avant la crise, le renouvellement de ce parc laissait apparaître un intérêt pour les voitures hybrides. Mais avec la baisse des prix des carburants, les bonnes résolutions semblent oubliées. Même les voitures hybrides sont en fort recul, alors que leurs constructeurs n’arrivaient pas à satisfaire la demande au premier semestre 2008.
Mais à votre avis, existe-t-il une déception à l’égard de la consommation de masse ?

N.H. : Oui, effectivement, mais la contestation de la société de consommation n’est pas nouvelle. Rappelez-vous Lire la suite

CESE : Les indicateurs du DD et l’empreinte écologique

ladocumentationfrancaise.fr, LE CLEZIO Philippe, Conseil économique, social et environnemental, 23 juin 2009

Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique

Le 20 janvier 2009, le Premier ministre a saisi le Conseil économique, social et environnemental de la question des indicateurs du développement durable et, plus spécifiquement, de l’empreinte écologique. Cet avis définit le champ des informations nécessaires pour enrichir la mesure du PIB et l’associer, au sein d’un tableau de bord, à une douzaine d’indicateurs permettant d’apprécier les évolutions sociales et environnementales tout en traçant les voies d’une association de la société civile et des citoyens à leur choix. Lire la suite

CESE : Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique

Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique

Conseil économique, social et environnemental, Notes d’Iena n°338, le 20 mai 2009

Aux termes de la loi de programme relative a la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement adoptée par le Parlement en février 2009, l’Etat se fixe pour objectif de disposer, en 2010, d’indicateurs a l’échelle nationale. Dans cette perspective, le Premier ministre, par lettre du 20 janvier 2009, a soumis au Conseil économique, social et environnemental les trois questions suivantes : « De quelle information les hommes politiques, les citoyens et les acteurs économiques doivent-ils disposer pour prendre des décisions ou adopter des comportements favorables a un développement durable ? Quels indicateurs phares doit-on retenir pour envoyer les signaux les plus lisibles ?

L’empreinte écologique doit-elle en faire partie ? ».

Suite a lire a : Lire la suite

La vie d’un… Flamand vert : L’homme sans empreinte

telerama.fr, Nicolas Delesalle, n° 3099, le 9 juin 2009

La vie d’un… Flamand vert : L’homme sans empreinte

LE MONDE BOUGE – On le surnomme “Low Impact Man”. Steven Vromman, belge, 48 ans, est en pleine décroissance. C’est-à-dire qu’il prouve qu’on peut bien vivre sans épuiser la nature. En réduisant sa consommation, et donc son empreinte écologique. Nous avons rendu une petite visite à ce citoyen de la Terre. Tiens, il a pas la télé…

Entre Bruxelles et Gand, le train ballotte et nous aussi. Quelque part, dans le quartier de Sint-Amandsberg, Steven Vromman, 48 ans, connu sous le nom de « Low Impact Man », innove à sa manière. Depuis un an, ce Flamand vert délarde joyeusement son existence pour réduire son impact écologique. A quoi ressemble-t-il ? A un ours tapi dans une caverne éclairée à la bougie ? Un néohippie ? Un écologiste high-tech entouré de chanvre et d’éoliennes, qui se soulage dignement dans la litière de ses toilettes sèches ?

Voilà l’antre. L’immeuble est bas, sans âme. Porte anonyme. On toque, toque, toque. Boucles blondes, teint rose, visage sportif de petit prince du plat pays monté sur baskets, Steven Vromman nous accueille avec un sourire, mais sans tongs, ni pancho, ni barbe fleurie. Loft dénudé de mâle célibataire, avec plafond, toit, murs et rien d’autre à rapporter, sauf un piano demi-queue curieusement recouvert d’un drap. Au premier coup d’oeil, aucune innovation écologique. Vromman a peu de ressources. Locataire, il se dépouille avec les moyens du bord.

« Café ? ». Il tutoie d’emblée et conte son histoire belge avec un accent des Flandres qui persille la langue de Proust d’intonations bataves. Avant de décroître, il bûchait pour l’ONG Ecolife. Un jour, à bout de cernes, il se pose la question risquée du quadra surmené : « Qu’est-ce que je suis en train de faire de ma vie ? » Le 1er mai 2008, il s’invente une réponse frugale : dorénavant, il marchera le plus délicatement possible sur la planète pour réduire au minimum son empreinte écologique. L’empreinte écologique ? Un outil inventé au début des années 90 pour mesurer l’impact de nos activités de primates évolués sur la nature. Elle se conjugue en « hectare global » et correspond à la surface nécessaire au mode de vie d’une personne pour produire sa nourriture, les biens qu’elle consomme et pour absorber ses déchets. Le Belge moyen, comme le Français, a besoin de 5,1 hectares pour vivre d’iPhones, de viandes rouges et de vols longs courriers. Or il n’y a sur Terre que 1,8 hectare de terre disponible par tête de pipe. Aujourd’hui, après quatre saisons spartiates, Vromman a atteint son but et réduit son empreinte à 1,6 hectare ! « Tout le monde peut le faire, dit-il. Deux milliards de personnes vivent déjà ainsi en Afrique et en Asie. »

Vromman a réinventé l’eau froide.

Mais il avoue deux bains en un an.

Après le marathon de Bruxelles et un voyage de 14 heures en bus.

Vromman s’est d’abord débarrassé des objets gourmands : télé, aspirateur, micro-ondes, bouilloire électrique. Ensuite, il a réinventé l’eau froide. Pendant un an, Lire la suite

Quels indicateurs pour compenser les faiblesses du PIB ?

journaldelenvironnement.net,  Victor Roux-Goeken, le 1er juin 2009

Quels indicateurs pour compenser les faiblesses du PIB ?

Comment prendre en compte les atteintes à l’environnement, non comprises dans le calcul de la croissance économique ? Dans un avis consacré aux «indicateurs du développement durable» et à l’empreinte écologique, le CESE propose de mettre sur pied une douzaine d’indicateurs, en plus du PIB.

Elaboré pendant la Grande dépression aux Etats-Unis, le produit intérieur brut (PIB) a perdu de sa pertinence. Ne mesurant que les activités transitant par les marchés, il ne dit rien de la qualité de la vie, de la répartition des richesses et des atteintes à l’environnement, relève le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Dans un rapport intitulé «Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique», Philippe Le Clézio, membre de la section des questions économiques générales et de la conjoncture au CESE, propose à la demande du gouvernement plusieurs pistes pour compenser ces lacunes. Le rapport a été adopté en plénière mercredi 27 mai.

Philippe Le Clézio propose de mettre au point, en concertation avec l’opinion publique, une douzaine d’indicateurs de développement durable, fréquemment mis à jour et soumis au Parlement. Les députés ont d’ailleurs rejeté la proposition de loi de leur confrère Yves Cochet (Verts, Paris) tendant à réduire l’empreinte écologique de la France. Elle prévoyait que la France divise par deux son empreinte entre 2009 et 2025 et une évaluation par les régions avant la fin 2012 (1).

Ces indicateurs pourraient être : le taux de croissance du PIB par habitant, les émissions totales de GES, la part des énergies renouvelables dans la consommation intérieure brute d’énergie, la consommation d’énergie des transports, la productivité des ressources, l’indice d’abondance des populations d’oiseaux communs, les prises de poissons en dehors des limites biologiques de sécurité, l’espérance de vie en bonne santé, les taux de risque de pauvreté après transferts sociaux, les taux d’emploi des travailleurs âgés et l’aide publique au développement.

Avant ce stade, le CESE propose de compléter cette mesure rénovée du PIB par un nombre d’indicateurs réduit: l’évolution des inégalités de revenus, des émissions de CO2 ou de la biodiversité. Le rapporteur s’est aussi exprimé sur l’empreinte écologique (GFN, Global footprint network), Lire la suite

À la recherche de l’indicateur idéal de développement durable

À la recherche de l’indicateur idéal de développement durable

actu-environnement.com, F. Roussel,  le 27 mai 2009

Attendus pour 2010 conformément aux engagements du Grenelle, les indicateurs développement durable nationaux sont à l’étude. La commission Stiglitz et le Conseil économique, social et environnemental proposent deux approches différentes.
Depuis les années 1930, le développement et les progrès d’un pays se traduisent en termes de croissance et de performances économiques illustrées par le sacro-saint Produit Intérieur Brut (PIB). Mais l’émergence sur le devant de la scène des questions environnementales pousse à remettre en cause cet indicateur qui ne prend en compte ni la répartition des richesses ni les atteintes à l’environnement. Comme l’a indiqué le Comité économique et social européen dans un avis adopté et publié en octobre 20081, le PIB est un bon indicateur du rythme de l’économie qui montre les efforts consentis pour gagner plus d’argent, sans se soucier si cela génère des produits et services utiles ou si cela nuit à l’homme et à l’environnement.
Elaboration d’un « PIB vert »

En réponse à cette situation, certains pays développent de nouveaux indicateurs à l’image du Bhoutan, pays d’Asie qui prône son « Bonheur national brut » (BNB) en lieu et place de son « Produit National Brut ». Les pays occidentaux se penchent aussi sur la question des nouveaux indicateurs. En 2007, les représentants de la Commission européenne, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de l’Organisation de la conférence islamique, du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et de la Banque mondiale ont signé la déclaration d’Istanbul invitant à aller au-delà des indicateurs habituels.

En France, le groupe de travail n°6 mis en place en 2007 dans le cadre du Grenelle de l’environnement a défini un premier programme d’actions visant à « améliorer et mieux diffuser les indicateurs du développement durable ». Le projet de loi Grenelle 1 prévoit d’ailleurs de disposer en 2010 d’indicateurs du développement durable à l’échelle nationale.
Une commission présidée par Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, a été mise en place en 2008 dans ce sens. Elle travaille à l’élaboration d’un « PIB vert » également appelé « Epargne nette ajustée ». Indicateur développé à l’origine par la Banque mondiale, l’Epargne nette ajustée cherche à mettre en évidence le surplus de ressources dont dispose une économie à l’issue d’un cycle de production et de consommation une fois compensée la dépréciation du capital économique humain et naturel. Cet indicateur se base par conséquent sur l’évaluation monétaire des dommages environnementaux et des bénéfices économiques procurés par l’environnement pour les compenser et réajuster le PIB initial. Si cet indicateur présente le mérite de coupler les enjeux économiques, humains et environnementaux, il est le fruit d’une réflexion basée uniquement sur les mécanismes financiers actuels. La commission Stiglitz souhaite le compléter par un indicateur de développement humain et un indicateur d’empreinte écologique.

L’autre approche du Conseil économique, social et environnemental

En parallèle, le Premier ministre a saisi le Conseil économique, social et environnemental en janvier 2009 sur cette question. Dans son avis adopté et publié hier2, le CESE propose une autre approche que celle de la commission Stiglitz. Il recommande de privilégier une logique de tableau de bord intégrant une douzaine d’indicateurs rattachés aux trois piliers du développement durable que sont l’économie, le social et l’environnement. Chaque indicateur serait associé à des objectifs quantifiés et Lire la suite

Entreprises et ONG : des relations parfois ambiguës

actu-environnement.com , R. Boughriet, le 27 mai 2009

Entreprises et ONG : des relations parfois ambiguës

Si elles inspirent le plus souvent la confiance, certaines ONG collaborent avec les entreprises pour les inciter à réduire leurs impacts. Se pose alors la question de l’indépendance vis-à-vis de leurs donateurs. A fortiori en temps de crise !

Alors que de plus en plus d’entreprises misent sur la responsabilité sociale (RSE) pour  »verdir » leur image, certaines organisations non gouvernementales (ONG) nouent des partenariats avec les sociétés pour les accompagner dans une démarche de réduction de leur empreinte écologique.

C’est le cas par exemple du WWF qui a d’ailleurs commandé un sondage à l’Ifop1 pour évaluer le jugement des Français sur les partenariats ONG / entreprises. Publiés le 13 mai, les résultats du sondage montrent que 92% des Français jugent ces partenariats  »légitimes », 44% les estimant même  »tout à fait légitimes ». 78% des Français jugent que la politique de partenariat est une méthode  »efficace » pour inciter les entreprises à réduire leurs impacts sur l’environnement. Ils montrent également une préférence pour une logique de partenariat sur le long terme entre associations écologistes et entreprises privées (78%), au détriment d’autres pratiques, notamment l’appel au boycott (55%) ou la réparation des dégâts environnementaux grâce à la collecte de dons auprès des entreprises (47%). Un résultat qui semble donc conforter la stratégie adoptée par le WWF, engagé depuis plus de 11 ans dans une relation partenariale avec le secteur privé et qui servira de toute évidence à renforcer le discours de l’ONG vis-à-vis de ses interlocuteurs Entreprises pour conclure de nouveaux partenariats.
Les ONG indépendantes ?

Car pour le WWF, le monde de l’entreprise est à la fois au coeur des enjeux environnementaux et porteur de solutions. Son capital humain, financier et sa réactivité peuvent lui permettre de modifier rapidement ses pratiques et contribuer à la réduction de l’empreinte écologique.

Néanmoins, le risque de perte d’indépendance est non nul. Il est d’ailleurs appréhendé par 63% des sondés. Ils sont même 49% des personnes interrogées à penser que les partenariats entre entreprises et associations environnementales  »ne sont pas crédibles » et dénoncent  »une stratégie de communication ». Si les actions de terrain de l’organisation ont bonne presse auprès du grand public, la politique du WWF peut donc parfois être jugée ambiguë ou contestable dans ses relations avec les entreprises qui alimenteraient un quart du budget de l’organisation. Rappelons que la problématique de financement des associations de protection de l’Environnement par des entreprises revient régulièrement sur la table. La Fondation Nicolas Hulot est par exemple régulièrement taxée, y compris par ses paires, d’adopter une position conciliante vis-à-vis du nucléaire du fait qu’EDF compte parmi ses partenaires donateurs. Son fondateur, initiateur du Grenelle, a beau s’en défendre, le doute subsiste inlassablement.

La  »perte d’indépendance » concerne donc le WWF International mais pas seulement si l’on en croit l’ouvrage  »Green Inc. »2, publié en septembre 2008 par la journaliste américaine Christine MacDonald et qui cite d’autres ONG environnementales telles que Lire la suite

Hervé Kempf et Pascal Canfin: « Le capitalisme vert, ça n’existe pas ! »

ecolosphere.net, Sabrina Kassa et Emmanuelle Cosse, mai 2009

Hervé Kempf et Pascal Canfin: « Le capitalisme vert, ça n’existe pas ! »

Le revirement écologique appelé à « bonifier » le capitalisme est-il possible ? Les journalistes Pascal Canfin et Hervé Kempf restent sceptiques. Entretien.

Qu’est ce que le concept de « capitalisme vert » évoque pour vous ? Que représente-t-il dans la réalité, notamment en termes de poids économique ?

Hervé Kempf. Le « capitalisme vert », c’est la continuation du capitalisme et donc la continuation d’un système qui dans son principe est destructeur de l’environnement et qui, dans sa dernière phase, s’est traduit par une expansion extraordinaire des inégalités. Donc, le capitalisme vert, ce n’est même pas un oxymore, ça n’existe pas. C’est seulement une construction et un habillage idéologique pour faire croire que l’on peut évoluer par rapport à l’environnement sans changer les déterminants fondamentaux de nos régulations sociales, de notre système économique et de la répartition des pouvoirs dans cette société.

Pascal Canfin. La question est complexe car le capitalisme n’est pas quelque chose qui se distingue de la société. La société nourrit le capitalisme comme le capitalisme nourrit la société. Et une des alternatives au capitalisme qui est l’économie sociale et solidaire n’a de sens que si les personnes qui y participent ont des valeurs et des modes de fonctionnement qui ne sont pas ceux du capitalisme. Avec, par exemple, un partage du pouvoir qui ne dépend pas de la détention du capital. Donc ce sont les valeurs que porte la société qui vont permettre le dépassement du capitalisme. L’autre question, c’est celle du productivisme. On a bien vu que l’on pouvait être dans un système non capitaliste, comme l’Union soviétique, mais totalement productiviste, concept qui me semble encore plus difficile à déconstruire que celui du capitalisme. Donc j’ai envie de dire que ça va au-delà du capitalisme. L’aspiration à vouloir contrôler la nature, c’est la modernité, c’est Descartes… dont le capitalisme est la conséquence et non la cause.

H.K. La question essentielle, aujourd’hui, c’est la transformation des systèmes de valeurs. Une chose est sûre, il y aura toujours des entreprises. En revanche, la question du pouvoir dans les entreprises, de l’appropriation des moyens de production, ou plus simplement le contrôle des travailleurs, des consommateurs sur l’entreprise mais aussi des citoyens et des contribuables redevient tout à fait d’actualité. Par exemple, on aura toujours besoin d’entreprises qui gèrent des déchets mais il y a une différence entre Véolia environnement, qui a un capital mis en bourse et est possédé par un petit nombre de gens, et une entreprise de déchets qui assumerait ces mêmes fonctions avec une partie d’actionnariat privé, un d’actionnariat public et avec une vraie participation des travailleurs au conseil d’administration.
P.C. Par rapport aux systèmes de valeurs, je crois qu’il faut comprendre « valeur » au double sens du terme, c’est-à-dire à la fois ce qui fait sens et ce qui rentre dans les comptes. Aujourd’hui, il faut changer les deux. Par exemple, faire payer le CO2 aux entreprises qui en émettent via une taxe carbone est un élément important pour changer nos modes de production et de consommation dans la mesure où, jusqu’à présent, on surconsomme parce que l’on n’intègre pas au juste prix les ressources écologiques utilisées. Il faut par ailleurs faire la distinction entre capitalisme et économie de marché. Lire la suite

Blanquefort : Amaplanète souffle sa première bougie

sud-ouest.com, Marie-Françoise Jay, le 25 Mai 2009

Amaplanète souffle sa première bougie

BLANQUEFORT, PRODUCTEURS. Le bilan de l’association est plus que satisfaisant. En projet : la mise en vente d’huîtres pour le plaisir des adhérents

En mai 2008, débutait la première distribution de l’Amap de Blanquefort sur des contrats légumes et volailles. Dimanche dernier, l’association a soufflé sa première bougie autour d’un pique-nique avec 192 familles contre 50 Amapiens l’an dernier, et divers contrats : légumes avec Aurore Sournac d’Eysines, bœuf et veau avec Laurent Labégurie de Blanquefort, agneau avec Pascal Sancier de Saint-Antoine-sur-l’Isle, fromage de brebis avec la famille Sarres du château Sénéjac au Pian-Médoc, fromage de chèvre avec la famille Serrano de Courpiac, miel avec Mme Purrey de Saint-Hélène, volaille avec M. Petit de la ferme de Vertessec à Avensan, pommes avec M. Bourg des Esseintes, kiwis avec M. Ducos des Esseintes, poisson avec Nicolas Brin jeune marin pêcheur d’Arcachon.

Des produits de qualité

« Les producteurs, explique Joëlle Corral, une des responsables de l’Amap, ont été choisis pour la qualité de leurs produits relevant de l’agriculture bio ou raisonnée ; pour leur proximité, il ne doit pas y avoir plus d’une heure de transport ; pour la possibilité de faire un contrat satisfaisant pour les deux parties ; la base de l’Amap restant la solidarité et le soutien aux producteurs. Et dans ce domaine, nous avons été gâtés, depuis janvier avec deux catastrophes : la tempête et la grêle !

Ces contrats Amap leur permettent d’assurer une production et surtout une vente directe, qui crée des relations appréciées par tous, des contacts, des échanges, le plaisir de connaître les gens qui achètent leurs produits. »

Actuellement pour l’Amaplanète, c’est la ressouscription des contrats légumes, une centaine au total, sans dépasser 200 sur tous les contrats cumulés. La progression a été particulièrement rapide, l’Amap est devenue une des plus importantes de la CUB. Le contrat huîtres pourrait faire son entrée.

Pour Mme Dominique Bret, une des responsables de contrat, « les Amap Lire la suite

Comment modifier en profondeur nos comportements ?

ecoloinfo.com, Brendan, le 30 avril 2009

Des girouettes aux panneaux indicateurs : comment modifier en profondeur nos comportements ?

Au niveau mondial, les 7% les plus riches sont responsables de 50% des émissions de CO2 tandis que la part d’émissions des 50% les plus pauvres n’est que de 7%. Fred Pearce, auteur et journaliste sur les questions d’environnement, s’est appuyé sur ces données du Princeton Environment Institute pour argumenter que le problème de l’empreinte écologique de l’humanité n’était pas tant le problème de surpopulation, mais surtout le problème de la surconsommation. Et qu’à moins de continuer à faire l’autruche et à sa voiler la face, il est absolument nécessaire de s’attaquer à la surconsommation en adoptant et en faisant la promotion de modes de vie plus sobres.

Fred Pearce

Actuellement, les stratégies visant à faire adopter des comportements éco-responsables sont basées sur des techniques du marketing. Le message est calibré pour correspondre aux valeurs dominantes caractéristiques des différents publics cibles. Les particuliers sont ainsi encouragés à changer de comportement pour des raisons de statut social ou d’intérêt financier plutôt que de bénéfice environnemental.

L’échec de l’approche marketing

Un rapport du WWF de Grande Bretagne publié en avril 2008 (Weathercocks and Signposts: The Environment Movement at a Crossroads, “Girouettes et panneaux indicateurs: le mouvement environnemental à un carrefour”) indique que de telles approches peuvent retarder, voire même saper, les tentatives visant à entrainer des changements de comportement beaucoup plus ambitieux. L’importance actuellement portée aux petits gestes simples et faciles peut en effet détourner des comportements nécessaires pour réellement s’attaquer aux crises écologiques et économiques (climat, énergie, eau, biodiversité, etc.).

Pire, l’intérêt marqué pour la consommation verte détourne l’attention des problèmes fondamentaux inhérents au consumérisme. L’échelle des enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés demande pourtant un engagement systémique avec ce problème comme l’a démontré Fred Pearce.

Les schémas de consommation alternatifs (auto-partage, AMAP, etc.) sont importants mais ne peuvent pas être disséminés largement sans d’abord s’attaquer aux motivations portant à la consommation. En effet, l’alter-consommation ne pourra pas présenter de bénéfice environnemental global tant que l’argent potentiellement économisé en consommant mieux sera réinvesti dans d’autres dépenses énergétiques.

C’est la raison pour laquelle les raisons qui mènent à l’adoption de nouveaux comportements ont des implications très importantes pour l’obtention de réelles diminutions des consommations d’énergie et pour la persistence de ces comportements dans le temps. Une personne Lire la suite

De l’empreinte écologique à la fin prochaine du PIB

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 14 avril 2009

Mathis Wackernagel, co-inventeur de l’empreinte écologique, veut croire à la fin prochaine du PIB

Mathis Wackernagel est tombé dans l’écologie quand il était petit : « Mon père avait été très frappé par le rapport réalisé en 1972 par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour le club de Rome sur « les limites de la croissance ». Quand j’avais à peu près 10 ans, il m’a montré les graphes de ce livre en m’expliquant ce qu’ils signifiaient. Cela a fondé mon intérêt pour la question. »

Un intérêt qui ne s’est jamais démenti et a conduit Mathis Wackernagel à devenir le co-inventeur de l’empreinte écologique, une méthode de mesure de l’activité humaine qui pourrait concurrencer le produit intérieur brut (PIB). Celui-ci ne prend pas en compte la dégradation environnementale causée par l’activité économique. Le principe de l’empreinte écologique vise au contraire à calculer la surface d’écosystèmes nécessaire pour fournir les éléments requis par l’activité d’un pays ou d’une région et absorber ses pollutions.

Basé à Oakland, en Californie, Mathis Wackernagel est venu à Paris au début du mois d’avril pour rencontrer des statisticiens du ministère de l’écologie, de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ainsi que ceux de la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, créée début 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy et présidée par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie. Mission de cette dernière ? Définir de nouveaux indicateurs capables de remédier aux lacunes du système statistique mondial actuel. Son rapport est attendu pour la mi-mai.

Mathis Wackernagel est-il entendu ? « De plus en plus par les experts, estime-t-il. Mais quand l’on regarde les dirigeants du G20, ils abordent tous la récession comme le simple recul du PIB et ne pensent qu’à trouver le moyen de le faire croître encore… » Un postulat que le gamin tombé dans la marmite du rapport au club de Rome s’est juré de mettre à bas.

SCIENTIFIQUE MILITANT

Né en Suisse, à Bâle, en 1962, le jeune Mathis étudie à l’Ecole polytechnique de Zürich, d’où il s’envole en 1990 pour préparer son doctorat au Canada, à Vancouver. Il vient étudier la capacité d’un environnement à supporter l’impact de l’aménagement des territoires. Des mots compliqués, que Mathis Wackernagel, avec son professeur David Rees, cherche à simplifier. « On discutait, une fois de plus, et un jour, David a dit : « Regarde cet ordinateur, il a une faible empreinte au sol ». » La remarque paraît simple mais elle sera féconde. Elle conduit les deux compères à formaliser le concept d’empreinte écologique. Après un premier article de David Rees, en 1992, l’idée devient une méthode de calcul validée par de nombreux articles scientifiques.

Mathis Wackernagel a adopté la stratégie d’un scientifique militant. « Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance a été tué par le débat académique, faute de soutien populaire« , explique-t-il. Pour s’assurer que le milieu des statisticiens, par définition conservateur – « Ils doivent maintenir des séries de chiffres dans la durée » -, n’enterrera pas l’empreinte écologique, il fait alliance avec des associations puissantes, trouve son principal appui au Fonds mondial pour la nature (WWF) et fonde, en 2003, le Global Footprint Network (Réseau de l’empreinte écologique).

Un scientifique pressé ? « C’est une erreur de croire que Lire la suite

Economie verte : comment réinventer un modèle ?

Actu-Environnement.com, Agnès SINAI, le 3 avril 2009

Economie verte : comment réinventer un modèle ?

Organisée à l’initiative du quotidien Le Monde, une conférence sur le « green business » a présenté les résultats d’un sondage réalisé dans 17 pays qui révèle un certain scepticisme des opinions vis-à-vis des stratégies « vertes » des entreprises…Apparue dans les années 90 à la faveur du Sommet de la Terre de Rio (Brésil), la notion d’économie verte s’est d’abord manifestée à travers l’intérêt porté au développement durable par une centaine de firmes internationales rassemblées, dès 1992, au sein du World Business Council for Sustainable Development. La vocation de ce réseau est, depuis sa création, d’impliquer les entreprises, notamment les plus polluantes, dans des initiatives volontaires de développement durable, les firmes étant désormais présentées comme « parties de la solution » à la crise écologique.

Près de vingt ans plus tard, quel bilan tirer de l’engouement pour ces stratégies vertes, célébrées chaque année à l’occasion de la semaine du développement durable ? A en croire une étude internationale réalisée en juillet 2008 par l’institut TNS Sofres, la réponse à la crise écologique est jugée insuffisante par les quelques 13.000 personnes interrogées dans dix-sept pays, industrialisés ou « émergents ». Or, l’état de la planète est perçu comme « mauvais » par 93% des sondés japonais, 92% des Français, 90% des Russes et 64% des Américains.
Scepticisme des citoyens

Diffusés le 31 mars 2009 à l’occasion de la conférence sur le Green business organisée par Le Monde, les résultats de ce sondage traduisent un scepticisme largement partagé quant aux engagements « verts » des entreprises. Une grande majorité des citoyens interrogés dans les 17 pays, du Brésil à la Corée du Sud, ont le sentiment que les entreprises prennent des initiatives vertes soit pour vendre plus, soit pour améliorer leur image. En France et en Allemagne, seules 4% des personnes interrogées pensent que les entreprises sont animées par une réelle motivation en faveur de la protection de l’environnement, aux Etats-Unis 16%, et au Japon 38%. C’est à se demander si le développement durable n’est pas, fondamentalement, une valeur vouée à demeurer étrangère au « business ».

Selon Philippe d’Iribarne, directeur de recherche au CNRS, les résultats de ce sondage sont liés à la diversité de l’insertion de l’entreprise dans son environnement. En France, par exemple, l’idée d’éthique est vue comme de la « com » par les salariés. Alors qu’aux Etats-Unis, l’entreprise est perçue autant comme un business que comme un membre de la communauté, en France l’initiative éthique est mise en doute par la prétention de l’entreprise à faire le bien autour d’elle, à se mettre au-dessus de ses sujets.

Alors, le business vert peut-il convaincre ? Selon Yves Cochet, député (Verts) de Paris, invité par Le Monde à alimenter le débat, une entreprise devrait d’abord mettre en cohérence non seulement ses modes de production, mais surtout les objets qu’elle produit, avec les finalités du développement durable : « Quel est l’objet que je vends ? Est-ce qu’il est d’intérêt général ? ». Evoquant comme exemple le Koléos, modèle de 4×4 lancé par Renault en 2008, le député interroge : Est-ce un objet socialement, citoyennement et écologiquement utile ?. Ce questionnement rejoint celui de près d’un quart des Américains et de 30% des Brésiliens, pour qui le surdéveloppement apparaît comme un facteur majeur de la crise écologique, après la pollution de l’air, la déforestation, et à égalité avec la pollution de l’eau. Selon le sondage TNS-Sofres, l’hyperconsommation et les modes de production sont clairement identifiés parmi les grands maux de la crise écologique. Et l’imagerie « verte » des entreprises ne suffit plus à occulter le problème. Les citoyens attendent des preuves. La communication ne peut plus être séparée de l’action. Lire la suite

Antimanuel d’écologie par Yves Cochet

cdurable.info, le 15 mars 2009, David Naulin

Est-il raisonnable d’être alarmiste ?

Antimanuel d’écologie par Yves Cochet

’’La décroissance est inéluctable »

Crise énergétique, changement climatique, pollutions chimiques, OGM : est-il raisonnable d’être alarmiste ? Le dérèglement climatique est-il inéluctable ? Quelle est la responsabilité de l’être humain dans la disparition des espèces ? Devons-nous craindre la raréfaction du pétrole et des matières premières ? Quelles conséquences aurait la relance du nucléaire dans le monde ? Bref, que va-t-il nous arriver ?

Yves Cochet dans le 7/10 de France Inter

Pour répondre à ces questions, Yves Cochet n’y va pas par quatre chemins, et dresse un portrait inquiet de la planète. Il devient urgent, car le temps nous manque déjà, de réinventer le monde de demain. Parmi les différentes mesures qu’il prône, Yves Cochet défend une politique de la « décroissance », pour lutter contre l’alarmante dissipation des ressources terrestres et de leur inévitable déplétion. « L’humanité demande à la Terre de lui fournir 25% de plus que ce qu’elle peut offrir, et ce chiffre ne cesse d’augmenter« , prévient-il. Si un changement de civilisation ne s’opère pas rapidement, nous devrons nous préparer à subir une catastrophe écologique, économique, politique et sociale.

En conclusion de son livre, Yves Cochet nous propulse en 2022 et imagine le monde tel qu’il sera, si nous ne révolutionnons pas nos modes de vie, de production et de consommation.

« La décroissance a déjà commencé. Mais peu de personnes l’ont anticipée. C’est pour cela que l’on va dans le mur. Mieux vaut la décroissance choisie, démocratique et solidaire, que la décroissance subie actuelle. De toute façon, qu’on le veuille ou non, la décroissance de notre empreinte écologique est inéluctable. » Yves Cochet

Sommaire :

 Est-il raisonnable d’être alarmiste ? Lire la suite

Embarquement dans le bateau ivre de la crise systémique

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 11 mars 2009

Embarquement planétaire dans le bateau ivre de la crise systémique

Le système financier mondial est en cours d’implosion. À force d’avoir spéculé sur la dette plutôt qu’avoir misé sur l’économie réelle, le capitalisme de casino s’apprête à léguer à la société un gouffre d’irresponsabilité, tant sociale qu’environnementale.

La démesure de la dette financière s’affiche, telle une béance, dans les courbes ascendantes de déficits qui vibrent en rouge dans le début d’une longue nuit. En 2008, le montant des prêts hypothécaires américains se chiffrait à 11 000 milliards de dollars, dont 60% étaient « titrisés » sous forme d’obligations vendues au public. Le taux d’endettement de la France devrait s’approcher de 80 % du PIB à la fin de l’année 2010, rapporte mardi 3 mars, Le Figaro1 en citant une source gouvernementale. Ce taux, actuellement de 66 % du PIB, augmenterait de sept points par an jusqu’en 2010, assure cette même source. La dette dépasserait alors les 22.000 euros par Français, constate le quotidien. Plus tôt dans la journée, le premier ministre François Fillon avait estimé sur Europe1 qu’aucun plan de relance ne permettra d’éviter la crise […] Personne aujourd’hui ne peut savoir quand on sortira de cette crise. Ce qu’on sait, c’est que toute l’année 2009 sera une année de crise, avait-il affirmé, pressentant le caractère hors d’échelle du phénomène et formulant un aveu d’impuissance sidérée.

A l’échelle des Temps Modernes, l’apothéose du capitalisme aura finalement été de courte durée : ascension des Trente Glorieuses à partir des années cinquante, libéralisme sans entraves dans les années 80, achèvement de la dérégulation financière jusqu’à nos jours. Mais dans ce bref laps de temps, le système lègue une ardoise gigantesque, une panne du système, un credit crunch, tant économique qu’écologique. Le découplage du capitalisme financier par rapport à sa base de survie n’a cessé de s’accentuer. Et les remèdes proposés par les plans de relance ici et là tournent tous bon an mal an autour de mêmes recettes éculées, autant de manières de soigner le mal par le mal : renflouer les caisses des banques pour relancer la consommation et revenir à l’état antérieur, un retour à la « normale » du cycle de la croissance consumériste et productiviste. Comme si le socle du vivant et le tissu social pouvaient indéfiniment continuer à soutenir la perpétuation de la consommation et de l’endettement, sans autre forme de projet existentiel et politique. Pourtant, et la présente « crise » le démontre, la survie du capitalisme lui-même suppose que toutes les instances de la société et de la nature ne soient pas gangrenées par la dette.

Un système global hors d’usage

Or n’est-ce pas la pulsion de l’avidité sans limites d’un système vorace, où la richesse des uns est fondée sur l’endettement des autres, qu’il faut questionner au nom d’un nouveau modèle de société fondé sur d’autres valeurs ? C’est sans doute le moment ou jamais. Selon les experts du LEAP/Europe, un groupe européen de réflexion prospective, la crise économique pourrait évoluer vers des situations de chaos social, faites de violentes révoltes populaires. Dans son dernier bulletin, daté du 15 février, le LEAP annonce le début de la phase 5 de la crise systémique globale : la phase de dislocation géopolitique mondiale, après quatre grandes phases de déclenchement, d’accélération, d’impact et de décantation. Selon le LEAP, les dirigeants du monde entier n’ont pas tiré les conséquences de l’effondrement en cours du système qui organise la planète depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Hélas, à ce stade, il n’est plus vraiment permis d’être optimiste en la matière. Aux Etats-Unis comme en Europe, en Chine ou au Japon, les dirigeants Lire la suite

L’économie mixte en pointe pour les éco-quartiers

developpementdurablelejournal.com, Patrick Cros, le 11 mars 2009,

Aménagement : L’économie mixte en pointe pour les éco-quartiers

L’aménagement est un secteur qui peut accélérer une conception développement durable dans la vie économique. Réalisés par des sociétés d’économie mixte (Sem), des éco-quartiers commencent à voir le jour dans l’ensemble de l’hexagone. Nous ouvrons aujourd’hui le dossier qui se poursuivra jusqu’au mardi 17 mars avec des reportages à Frontignan, Angers, Rouen et Grenoble. En partenariat avec le journal des Entreprises publiques locales, servirlepublic.fr.

Concevoir un éco-quartier suppose de sortir des chemins habituels de la promotion immobilière et de l’aménagement. Une mission délicate qui demande d’intégrer de nouveaux paramètres comme l’utilisation des énergies renouvelables, la qualité environnementale ou encore la mixité sociale. C’est pourquoi les collectivités locales qui se fixent de telles orientations, très développement durable, préfèrent souvent les confier aux sociétés d’économie mixte (Sem), ces sociétés de droit privé dont elles contrôlent légalement la majorité du capital, associées à d’autres opérateurs privés.

Dans le domaine des éco-quartiers c’est une Sem, Val de Bourgogne, qui a joué les pionnières avec l’aménagement de l’éco-quartier de Saint-Jean des Jardins à Chalon-sur-Saône. Mais elles sont nombreuses à relever aujourd’hui le défi à travers l’hexagone comme Rouen Seine Aménagement, Hérault Aménagement (à Frontignan), la Sara (à Angers) ou encore la Sages (à Grenoble).

La création d’au moins un éco-quartier par ville d’ici à 2012 figure, il est vrai, parmi les propositions issues du « Grenelle de l’environnement ». C’est sans doute l’un des défis les plus complexes auxquels les Sem doivent faire face. Il ne s’agit pas d’aménagement classique et il faut prendre en compte de multiples paramètres, souvent innovants.
Des exigences environnementales, mais aussi sociales

L’éco-quartier doit minimiser son impact sur l’environnement, utiliser autant que possible les énergies renouvelables, réduire son empreinte écologique et renforcer l’efficacité énergétique de ses bâtiments. Le concept est d’ailleurs généralement lié à une approche HQE (Haute qualité environnementale). Mais, il doit aussi assurer une mixité sociale et urbaine et une intégration harmonieuse avec le reste de la ville. Nos voisins européens avaient ouvert la voie avec le quartier Vauban de Fribourg (Allemagne) en 1993 ou l’ensemble BedZed, à Sutton (Grande-Bretagne) en 2001. Les villes européennes s’étaient d’ailleurs engagées dès 1994, lors de la conférence sur les villes durables d’Aalborg, au Danemark, à mettre en oeuvre un urbanisme responsable.

Une démarche européenne

Sept ans plus tard, le PUCA (Plan, Urbanisme, Construction et Architecture) a été précurseur en France avec son programme « Villa urbaine durable » (VUD), lancé en 2001, en partenariat avec le ministère de l’Écologie et du développement durable, pour « un habitat urbain, mixte et écologique ». C’est dans ce cadre que Lire la suite

« Qui sont les antiécolos ? » dans Psychologies magazine

naturavox.fr, Benoît Saint Girons, le 9 mars 2009

Un article de Christilla Pellé-Douël intitulé « Qui sont les antiécolos ? » dans Psychologies magazine du mois de mars 2009.

Les antiécolos

Quels sont les arguments des antiécolos résistent-ils à l’analyse ?

Psychologie donne matière à réflexion…

Intéressant article qui, en donnant la parole à des « objecteurs de bobo-écologie », dresse un catalogue non exhaustif des caricatures et des excuses trop souvent utilisées pour justifier l’inaction.

« Au début des années 1970, les premiers écologistes faisaient figure de gentils allumés. Trente ans plus tard, les acharnés des énergies douces ont gagné du terrain dans les mentalités » commence l’article. Et entre les deux, rien ? Sommes-nous vraiment directement passés des doux rêveurs aux extrémistes américains de la deep ecology qui « envisagent la nécessité de la disparition de l’espèce humaine afin de préserver la Terre et les autres espèces vivantes » ?

Que dans ces circonstances Laurent Larcher, auteur de La Face cachée de l’écologie, puisse écrire « L’écologie est un antihumanisme » ne surprend guère. A écologie extrémiste raccourci extrémiste ! Mais cette affirmation n’en demeure pas moins fausse. D’abord parce qu’elle confond écologie (science) et écologisme (protection de l’environnement), ensuite parce que l’humain faisant partie du vivant, il a tout intérêt à préserver lui aussi la nature !

L’écologisme est naturellement humaniste parce que nous ne pouvons pas nous déconnecter de la nature sans en subir de graves troubles, comme le démontre la croissance exponentielle des pathologies, du stress aux cancers en passant par l’obésité ou la stérilité. Nous vivons plus longtemps, certes, mais dans quel état ? Et la tendance aux pathologies est telle que les jeunes pourraient désormais vivre moins vieux que leurs parents…

Prendre soin de notre planète est chronologiquement une question de bien-être avant d’être une question de survie. Nous pouvons fort bien vivre sans écran plat mais nous vivrons relativement mal avec un air pollué ou une nourriture à dominance industrielle.

« Au cœur du débat : notre place d’êtres humains » ? Non. Au cœur du débat : la place de l’humain dans le système ! 

Notre « capacité à se penser et à penser la nature » nous donne une responsabilité que les autres espèces n’ont pas. Si les ours polaires avaient leurs maux à dire, voilà longtemps qu’ils nous auraient balancés leurs grosses pattes dans la figure !

De ce constat de la « transcendance humaine », Sylvie Brunel, auteur de A qui profite le développement durable ?, en arrive à la conclusion qu’ « Il n’existe pas de nature qui ne soit façonnée par l’homme ». Monsanto aurait donc déjà réussi à breveter l’intégralité du vivant ? 

Non, décidément, il n’existe pas de bêtise qui ne soit façonnée par l’homme !

L’auteur n’a sans doute pas tort de dénoncer la culpabilisation à l’écologie. Avant qu’il n’y ait de « mauvais citoyens », il y a bien évidemment d’abord de mauvais politiciens et de mauvais industriels. Mais qui vote pour les uns et achète les produits des autres ? Au final, nous ne sommes peut-être pas tous coupables mais nous sommes tous responsables !

L’auteur conclut que « les antiécologistes d’aujourd’hui seraient des écologistes raisonneurs, au sens de « faire appel à la raison » ? A suivre ce raisonnement, il y aurait donc, d’un côté, des écologistes idiots qui agissent et, de l’autre, des écologistes intelligents, qui réfléchissent mais, parce qu’ils réfléchissent, ne font rien au prétexte qu’ils n’auraient rien fait de mal ? Curieux raisonnement… « Le grand but de la vie n’est pas le savoir mais l’action » Lire la suite

Empreinte écologique… les pistes de la commission Stiglitz

Le Monde, Marie-Béatrice Baudet, le 26 février 2009

Empreinte écologique, qualité de la vie… les pistes de la commission Stiglitz

Les trente-trois économistes travaillent depuis plus d’un an. Américains, Français, Anglais, Indiens, tous appartiennent à la « Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social« , créée début 2008 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, et présidée par Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie. Leur mission ? Définir de nouveaux indicateurs capables de remédier aux lacunes du système statistique mondial actuel.

Les aberrations du produit intérieur brut (PIB) sont connues : il augmente en cas de catastrophe naturelle grâce aux dépenses de reconstruction engagées, mais le coût de la catastrophe, lui, n’est pas comptabilisé. De même, la progression du PIB est loin d’aller de pair avec l’amélioration des conditions de vie des populations. « Nous allons proposer des mesures qui font sens, pas seulement pour la France mais pour tous les pays intéressés par nos travaux« , précise l’économiste Jean-Paul Fitoussi, coordinateur de la commission. Le rapport final devrait être rendu au plus tard mi-mai. Mais des pistes existent déjà.

Un nouveau PIB. Pour M. Fitoussi, « il s’agit de compter en négatif ce qui est négatif, et en positif ce qui est positif ». Exemple : quand le prix des loyers en centre-ville s’enflamme, il pousse les citadins vers la campagne. La construction de nouvelles maisons et les trajets du domicile au travail font progresser le PIB, alors que le temps de transport, un temps inutile, et les dégradations de l’environnement liées aux déplacements, sont nuisibles. La commission souhaite qu’ils s’inscrivent en négatif dans le PIB. De même, ce dernier devrait prendre en compte des éléments sans valeur marchande apparente, comme le bénévolat ou le travail domestique.

Les experts veulent aussi contrer les fausses perceptions liées au calcul actuel du PIB. D’où un travail important sur la mesure des inégalités qui devrait les conduire à préférer le revenu médian – qui sépare la population en deux parties égales : les 50 % qui ne l’atteignent pas, les 50 % qui le dépassent – plutôt que le revenu moyen qui peut augmenter parce que les revenus des riches progressent, mais pas forcément ceux des plus pauvres.

Développement durable. Emissions de CO2, biodiversité et empreinte écologique Lire la suite

Conseil rég. et Sud-Ouest : Chronique du DD en Aquitaine

 Sud-Ouest, Publi-info, Alain Rousset, Conseil régional d’Aquitaine, le 1er Mars 2009

Rendez-vous chaque première semaine du mois dans Sud Ouest, afin de vous présenter à travers ces chroniques du développement durable les réalisations, les partenariats, les projets que nous sommes fiers d’engager en Aquitaine

La chronique du développement durable dans votre région

En ce début d’année, les éléments ne nous ont pas épargnés. La tempête a meurtri l’Aquitaine toute entière. Le tissu économique et social de notre région est aujourd’hui dans une situation encore plus difficile qu’en 1999 du fait de l’ampleur des dégâts et d’un contexte de récession qui a touché en premier lieu l’industrie du papier avant de s’étendre au reste de l’économie. Au delà de la crise, la répétition des tempêtes que l’on n’ose plus qualifier d’exceptionnelles questionne directement l’impact du changement climatique sur les activités et les milieux naturels aquitains.

S’il faut dans l’urgence répondre par un effort de solidarité à tous les niveaux, nous devons inscrire notre action dans la durée. Il ne s’agit pas en effet de se borner à reconstruire, il importe aujourd’hui d’offrir des perspectives à long terme à des populations désabusées voire découragées face à l’ampleur de la tâche : il faut en effet 40 ans au pin maritime pour arriver à maturité. Dans cet esprit, la Région a débloqué immédiatement 20 Millions d’euros pour venir en aide aux filières sinistrées tout en lançant dans le même temps une réflexion globale avec l’INRA et les pôles de compétitivité sur les conditions de reforestation en Aquitaine et sur la diversification des débouchés pour l’industrie du bois.
C’est ce même souci de l’anticipation et de l’adaptation aux changements climatiques que nous portons dans l’ensemble de nos politiques publiques car, nous disent les scientifiques, l’Aquitaine sera la région la plus affectée par ces mutations. Le Conseil régional s’engage ainsi à améliorer l’empreinte écologique, la solidarité et la viabilité économique de toutes ses actions qui touchent autant les transports et la mobilité douce que l’éducation, la recherche, les éco-technologies, l’emploi, la formation, l’agriculture, la santé ou le cadre de vie des Aquitains.

Nous devons nous mobiliser ensemble afin que nos actions contribuent, par cet effort collectif, à réduire les conséquences néfastes de nos activités et de nos modes de vie sur notre milieu et pour les générations futures. Une vie sociale et économique renouvelée, plus saine et plus dynamique, ce sont des femmes et des hommes plus heureux, plus épanouis. Du moins, c’est le défi que nous entendons relever, avec vous et pour vous.

Je vous donne donc rendez-vous chaque première semaine du mois dans Sud Ouest, afin de vous présenter à travers ces chroniques du développement durable les réalisations, les partenariats, les projets que nous sommes fiers d’engager en Aquitaine. Notre objectif et notre vision sont clairs : Lire la suite

«Cradle-to-cradle» : l’empreinte écologique positive ?

novethic.fr, Véronique Smée, le 17 février 2009

«Cradle-to-cradle» : l’empreinte écologique positive ?

Récupérer les matières pour les réutiliser à l’infini, c’est le concept d’éco-conception « cradle-to-cradle » (du berceau au berceau), imaginé par l’architecte américain William McDonough et Michael Braungart, chimiste allemand spécialiste du cycle de vie des produits et ancien activiste de Greenpeace.

Encore peu connus en France, l’architecte designer William McDonough et le chimiste allemand Michael Braungart sont pourtant deux personnalités de l’écologie industrielle. Leur ouvrage « Cradle to Cradle » date déjà de 2002. Leur credo, il est vrai, diffère des courants plus connus de l’écologie : loin d’une approche décroissante, ils défendent une consommation « intelligente », fondée sur la réutilisation permanente des matières et des objets. Tous deux préconisent une « empreinte écologique positive », à travers une philosophie d’éco-conception qui consiste à penser le produit dès l’origine pour lui donner ensuite plusieurs vies. Et  idéalement, le réutiliser à l’infini, y compris pour d’autres usages que sa fonction initiale. Eric Allodi, représentant en France de la technologie « CtoC », explique le procédé : « Toutes les matières qui composent un produit sont analysées pour identifier ce qui peut être recyclé et dans quelles filières de recyclage on peut les orienter, pour recréer de la matière première. » Aujourd’hui, rares sont les produits pensés pour être recyclés, pourtant les solutions techniques existent. Eric Allodi donne l’exemple de la moquette « dépolymérisable », qui peut facilement être récupérée, pour être retraitée. « Les entreprises y voient leur intérêt, puisqu’on vient les débarrasser gratuitement de vieux produits. Sous chaque dalle est inscrit le numéro à appeler, c’est simple ». 
Mais pour être « Cradle to Cradle », la première condition est d’utiliser des matières non toxiques, qui pourront être réintroduites sans accroître la pression sur l’environnement, voire le « nourrir ». Comme par exemple des cosmétiques biodégradables ou des T-Shirts entièrement compostables, utilisés pour nourrir la terre. Ou encore des livres fabriqués dans un plastique réutilisable et des chaises conçues pour être démontées et recyclées.

Certification
Les industriels qui veulent adopter la démarche « C to C »  peuvent le faire de manière progressive, trois niveaux de certification (argent, or ou platine) leur sont proposés. « Il faut d’abord s’assurer de la non toxicité des produits, puis instaurer un circuit de récupération de la matière première pour ensuite la réinjecter dans un nouveau produit. En fin de vie, chaque objet réintègre son circuit d’origine sans perte de qualité ni gaspillage de nutriments qui ont servi à la constituer », explique Eric Allodi. Depuis la première certification (qui comprend une vingtaine de critères) attribuée en 2005, 109 produits ont obtenus le label « Cradle to Cradle-C2C », pour un coût annuel compris entre 10 000 dollars (T-Shirt), et 15 à 20 000 dollars (chaise). Rhoner, fabricant suisse de textile, a ainsi revu toute sa production pour adopter des matières et des teintures naturelles compostables, qu’il revend à un consortium de producteurs de fraises… En France, la marque de collants Dim s’est également engagée dans ce procédé, en abandonnant  polyamide et teintures conventionnelles pour des matières premières plus naturelles, avec l’appui financier de l’Ademe (à hauteur de 50 % soit 130 000 euros). Objectif : faire des collants compostables ou recréer de nouveaux produits à l’infini, à condition bien sûr que les consommatrices s’impliquent pour « rendre » leurs collants usés… Lire la suite

La crise offre l’occasion de décarboner l’économie

Le Monde, Laurence Caramel, le 16 février 2009

Achim Steiner : « la crise offre l’occasion de décarboner l’économie »

Achim Steiner est directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’institution phare de l’ONU sur les questions d’environnement. Créé en 1972, le PNUE avec un budget de 58 millions de dollars en 2008 – inférieur à celui de l’ONG le Fonds mondial pour la nature – dispose de peu de moyens. A sa tête depuis 2006, Achim Steiner, 47 ans, a lancé en octobre 2008, une « initiative mondiale pour une économie verte » à laquelle il espère convertir les gouvernements et les entreprises. Le sujet sera au menu du Forum annuel mondial sur l’environnement organisé au siège de l’institution à Nairobi, du 16 au 20 février. Une centaine de ministres seront présents.

Depuis des mois, vous plaidez pour que les centaines de milliards de dollars injectés dans les plans de relance servent à créer une économie mondiale moins émettrice de gaz à effet de serre. Quel bilan en tirez-vous ?

Nous avons une opportunité historique de financer une économie mondiale décarbonée. Il y a urgence. Les coûts économiques associés au changement climatique deviennent de plus en plus lourds. La vulnérabilité des pays pauvres s’accroît et nous pourrions nous rapprocher très rapidement de ce que les scientifiques appellent le « point de bascule » au-delà duquel les conséquences du réchauffement deviendront difficilement gérables.

Jusqu’à présent, seuls quelques gouvernements ont répondu en partie de façon satisfaisante à cette situation. Cela est pour moi un motif d’optimisme mais l’enjeu est maintenant de changer d’échelle et de transformer ces initiatives éparpillées en programmes de grande ampleur.

Quelles initiatives vont particulièrement dans le bon sens ?

La Corée du Sud va consacrer 38 milliards de dollars (près de 30 milliards d’euros) à un « New Deal vert » qui permettra la création d’un réseau de transport écologique, la dépollution des quatre principaux fleuves du pays, des économies d’énergie dans l’habitat. Une part importante du plan de relance chinois est affectée à des investissements « verts ». Le Japon a également adopté un ambitieux programme pour développer les énergies renouvelables…

Relancer la croissance par la consommation, est-ce vraiment compatible avec la nécessité d’économiser les ressources naturelles ?

Tout dépend de quelle consommation on parle. Celle qui perpétue la vieille économie polluante, ou celle qui soutient une nouvelle économie « verte« . Des études ont montré qu’un climatiseur standard utilisé en Floride émet autant de CO2 qu’un Cambodgien pendant toute sa vie ou que le lave-vaisselle d’une famille moyenne européenne génère par an autant de gaz à effet de serre que trois personnes en Ethiopie. Cette consommation-là, je ne peux la soutenir.

Notre objectif doit être de réduire notre empreinte écologique. Il y a plusieurs manières d’y parvenir. Cela ne passe pas nécessairement par un changement de notre mode de vie. Les Japonais parlent, par exemple, d’une économie des 3R dans laquelle les matières premières sont utilisées en quantité Réduite, Réutilisées ou Recyclées. Tout y devient potentiellement matière première à commencer par les déchets.

Les différentes instances internationales chargées de traiter des questions environnementales ont peu de moyens et aucun pouvoir. La création d’une organisation mondiale de l’environnement est-elle enterrée ?

La réforme de ces différentes instances – dont le PNUE – reste un sujet de débat. Mais Lire la suite

La crise financière : tenir compte des limites de la planète

info-durable.be, WWF, le 29 octobre 2008

La crise financière invite à mieux tenir compte des limites de notre planète

Le monde va bientôt devoir faire face à une grave crise écologique. En effet, la pression exercée par les hommes sur la planète, par leur manière de produire, de consommer et de générer des déchets dépasse de presque un tiers ses capacités de régénération. Si notre demande vis-à-vis de la Terre continue à croître au même rythme, nous aurons besoin de deux planètes pour répondre aux besoins de notre train de vie actuel d’ici la moitié des années 2030. A côté de ce que risque de devenir la crise écologique, la crise financière actuelle fera pale figure. Mais il n’est pas encore trop tard. Si nous prenons ces enjeux au sérieux, nous pouvons parfaitement vivre dans les limites de notre planète. Voilà ce qui ressort du Rapport Planète Vivante publié aujourd’hui par l’organisation de protection de l’environnement WWF.

Les conséquences de la crise écologique sont bien plus graves

« Nous agissons avec l’environnement comme l’ont fait les institutions financières dans le domaine économique : nous voulons la satisfaction immédiate et ne regardons absolument pas aux conséquences à plus long terme » explique Geoffroy De Schutter, directeur des programmes au WWF-Belgique. « Il y a cependant une différence : les conséquences de la crise écologique mondiale sont bien plus graves que celles de la crise économique actuelle. En effet, dans le cas de la crise écologique, ce sont nos actifs environnementaux qui sont sous-évalués. Or, ces derniers sont à la base de toute vie. La logique de croissance à l’infini que suit notre consommation dans une seule planète finie montre aujourd’hui ses limites. » Le changement climatique et la crise alimentaire mondiale ne sont que quelques unes des conséquences auxquelles nous devrons faire face.

L’empreinte écologique augmente, la biodiversité diminue

Le Rapport Planète Vivante donne tous les deux ans un bilan de santé de la Terre via différents paramètres. L’indice Planète Vivante, basé sur le suivi de 5 000 populations de 1686 espèces animales indique une tendance à la baisse de 30% en moyenne depuis les années 1970. D’un autre côté, l’empreinte écologique de l’humanité, c’est à dire la surface nécessaire pour produire toutes les ressources naturelles que nous consommons et pour absorber nos déchets, est en constante augmentation. En moyenne, au niveau mondial, l’empreinte écologique est de 2,7 hectares alors que seulement 2,1 hectares sont disponibles. Par ailleurs, nous consommons d’énormes quantités d’eau. La quantité globale d’eau douce disponible est de plus en plus mise sous pression par la demande croissante de produits dont la production demande énormément d’eau comme la viande, les produits laitiers, le sucre et le coton. Pour la production d’un t-shirt en coton, par exemple, il faut près de 3 000 litres d’eau. Aujourd’hui déjà, une cinquantaine de pays rencontre de graves pénuries d’eau. A cause du changement climatique, le nombre de personnes qui n’ont pas assez d’eau que ce soit tout au long de l’année ou pour seulement quelques périodes, devrait très sensiblement augmenter.

Et la Belgique ?

La Belgique, tout comme la plupart des pays occidentaux, reste mauvaise élève. L’empreinte écologique belge a quasiment doublé (+87%) depuis 1961 et arrive aujourd’hui à 5,1 hectares, principalement à cause de l’augmentation de nos émissions de CO2. Notre empreinte est près de cinq fois plus importante que la surface de terre productive disponible par Belge (1,1 ha). Lire la suite

Kempf : Dépasser la dictature du PIB par l’empreinte écolo

Le Monde, Hervé Kempf, le 31 janvier 2009

Dépasser la dictature du PIB

Prononcez le mot de « décroissance » devant un économiste, et vous le verrez lever les yeux au ciel, vous accuser de vouloir la misère du tiers-monde et, vraisemblablement, tourner les talons en fulminant contre les écologistes rétrogrades. Mais il se trouve que… nous sommes déjà en décroissance. Par la crise, qui fait reculer pour la première fois depuis longtemps le niveau du produit intérieur brut (PIB) ? Non. Du fait de l’atteinte continue que l’humanité inflige au capital naturel de la planète, c’est-à-dire à l’ensemble des ressources biologiques qui servent de support à ses activités.

Mais, si cette atteinte est documentée par des milliers d’études sur le changement climatique, la crise de la biodiversité, la multiplication des pollutions, elle souffrait de ne pas pouvoir être synthétisée par un indicateur significatif. Rien à opposer au règne du PIB – qui en est venu à devenir le fétiche de l’enrichissement et du bien-être. Hausse du PIB, bien. Baisse du PIB, mal. Et quand le PIB monte, et que pourtant, la société exhibe de manière de plus en plus manifeste ses malaises et ses tensions, c’est… qu’il ne monte pas assez ! Quant à la crise écologique, eh bien, c’est une autre affaire, que le PIB ne peut pas mesurer, et qui est donc secondaire…

NOUVEAUX INDICATEURS

De la même manière qu’il a fallu passer de la médecine des docteurs moqués par Molière à la médecine infectieuse inspirée par Pasteur, de même il faut passer d’une « science économique » à une vision de la société humaine au XXIe siècle qui pense la prospérité générale en relation avec son environnement. Il y faut, pour commencer, de nouveaux indicateurs. La bonne nouvelle est que, depuis une dizaine d’années, un tel indice s’est progressivement développé et affermi : « l’empreinte écologique » suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques.

Le livre d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran vient donc à point : expliquant en termes clairs et rigoureux la méthode élaborée par Mathis Wackernagel et William Rees depuis une dizaine d’années, il est à notre connaissance la première présentation en français de cet outil essentiel. L’exposé commence par la question première : « En quoi la capacité de l’environnement à répondre à nos besoins actuels et à venir est-elle limitée ? » Pour le comprendre, un rappel du fonctionnement général de la biosphère souligne le jeu des interrelations qui s’y établissent et que l’énergie en est fournie par le Soleil, à travers différentes formes dont celle, essentielle, de la photosynthèse.

L’économie est ramenée à la modestie : « La sphère des activités humaines (« l’éconosphère ») est intimement dépendante de la biosphère dont elle tire son énergie et ses matières premières. » Donc, « l’activité humaine ne saurait continuer à se développer sur le long terme si la biosphère venait à être trop gravement endommagée« . Mais « l’éconosphère mobilise-t-elle aujourd’hui davantage de services issus de la biosphère que celle-ci peut en régénérer ? »

Pour répondre Lire la suite

Greendex : premier indice global des “éco-consommateurs”

La National Geographic Society présente les résultats de l’étude Greendex, un sondage planétaire des comportements de 14 000 consommateurs-internautes de 14 pays différents. Les types d’habitations, les modes de transport et les habitudes de consommation sont les principaux critères d’évaluation de ce grand comparatif mené début 2008. Les consommateurs des nouveaux pays industriels obtiennent les meilleurs scores. Si les Etats-Unis finissent derniers, la France occupe elle la queue du peloton européen. Compte-rendu. Lire la suite