Tim Jackson, économiste britannique – « Notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l’environnement »

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2011/01/03/tim-jackson-notre-modele-actuel-de-croissance-cree-des-dommages-irreversibles-sur-l-environnement_1460320_3244.html

lemonde.fr, Tim Jackson, propos recueillis par Hervé Kempf, le 3 janvier 2011

Tim Jackson, économiste britannique

« Notre modèle actuel de croissance crée des dommages irréversibles sur l’environnement »

Professeur et chercheur à l’université du Surrey (Grande-Bretagne), Tim Jackson est un économiste atypique. En 2000, il devient le titulaire de la première chaire de développement durable créée au Royaume-Uni, à l’université de Surrey. Il y fonde aussi une unité de recherche croisant l’économie, la psychologie et la sociologie.

En 2004, nommé à la commission du développement durable créée par le gouvernement de Tony Blair, le chercheur dirige le travail du groupe « Redefining Prosperity » qui le conduit à écrire Prospérité sans croissance, livre publié en 2007 au Royaume-Uni, et deux ans plus tard en France (De Boeck). C’est l’un des ouvrages d’économie environnementale les plus marquants de ces dernières années. Alors que 2011 débute, M. Jackson livre son pronostic sur la croissance et sur les moyens de faire évoluer le modèle économique actuel, qu’il critique largement.

La croissance peut-elle reprendre en 2011 ?

En ce qui concerne les économies occidentales, la réponse est probablement non. Les mécanismes destinés à maintenir la croissance ont fragilisé le système économique en développant un endettement toxique qui a conduit à l’effondrement des marchés financiers. Or les éléments de cette dynamique de crise restent à l’oeuvre aujourd’hui, car l’expansion monétaire illimitée est par nature instable. De surcroît, le prix du pétrole repart à la hausse.

L’autre aspect de la question est de savoir si l’on peut poursuivre la croissance sans dommages environnementaux irréversibles, sachant que nous vivons dans un monde fini. Pour y parvenir, il faudrait découpler la croissance de la production matérielle, créer de la valeur économique non dans les biens, mais dans les services : loisir, santé, éducation…

Est-ce la tendance suivie jusqu’à présent ?

Non. Les progrès d’efficacité énergétique restent inférieurs à l’expansion de l’économie. De même, les tendances en ce qui concerne la forêt, l’eau ou l’érosion des sols vont dans le mauvais sens. Depuis vingt ans, le discours officiel proclame que la technologie, en dématérialisant l’économie, va résoudre l’impact environnemental négatif de la croissance. Mais ce découplage ne se produit pas. Le niveau de technologie nécessaire pour y parvenir est irréaliste. Ce n’est pas très populaire de le dire, mais la technologie ne peut plus être considérée comme la solution à nos difficultés.

La croissance verte est-elle une piste crédible ?

Il est bien sûr utile d’investir dans une meilleure productivité des ressources et dans les technologies faiblement carbonées. Mais Lire la suite

Présentation du “Petit traité de la décroissance sereine” de Serge Latouche

ecoloinfo.com, Nicolas, le 18 octobre 2010

Présentation du “Petit traité de la décroissance sereine” de Serge Latouche

http://www.ecoloinfo.com/2010/10/18/presentation-decroissance-sereine-latouche/

Tout le monde (du moins beaucoup de monde) est d’accord: les choses, les usages, les gens doivent changer. Là où les divergences apparaissent, c’est dans la manière de traduire cette volonté en actions. La décroissance est une option… Késako ? Vous ne connaissez pas, ou que de nom? Alors cet article est fait pour vous !

Explications sur un ouvrage qui présente ce mouvement de façon globale sans être simpliste…

Ça parle de quoi ?

Serge Latouche est professeur émérite à la faculté de droit de Sceaux, créateur de la revue du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales) et directeur du GRAEEP (Groupe de Recherche en Anthropologie, Epistémologie et Economie de la Pauvreté)… Son “Petit traité de la décroissance sereine” s’inscrit comme le dernier volet d’un triptyque, également composé de “Survivre au développement” et du “Pari de la décroissance”. Ayant involontairement commencé ma lecture par le dernier opus de cette réflexion, je vous livre ici un rapide panorama de ce que vous pourrez y trouver…

La 4ème de couverture est assez éloquente :

La décroissance n’est pas la croissance négative. Il conviendrait de parler d’a-croissance, comme on parle d’athéisme.

C’est tout à fait de cela dont il est question : l’abandon d’une foi, d’une religion qui est aujourd’hui tellement intégrée dans notre vie que nous ne voyons plus que par elle. Cette religion, c’est le culte de la croissance, du développement non maîtrisé et de l’économie en tant que fin et non moyen. Les constats de ce dysfonctionnement, aussi simples et édifiants soient-ils (notre empreinte écologique que l’on sait être bien trop importante, les modes de calcul des indicateurs économiques régissant les marché tels que le PIB qui ne tiennent pas compte de l’aspect fini des ressources…) ne sont pas suffisants pour changer notre trajectoire.

La décroissance, c’est possible ?

Le concret : c’est une des choses qui m’a le plus séduit dans ce livre. Etant par nature assez pragmatique, je dois dire que je craignais la description d’une utopie, certes nécessaire (les concepts ayant donné lieu à de grandes idées appliquées aujourd’hui sont souvent partis d’idées “folles” et irréalisables en leur temps) mais incompatible avec la nécessité urgente d’agir. Voici le plan de ce petit livre, partagé en 3 axes qui j’en suis sûr, vous parleront :

Le territoire de la décroissance (définition, analogie, fausses solutions…)

La décroissance : une utopie concrète (réformiste ou révolutionnaire, le défi pour le sud, le cercle vertueux de la décroissance…)

La décroissance : un programme politique (programme électoral, est-ce soluble dans le capitalisme, est-elle de droite ou de gauche…)

Ceci étant dit, les 150 pages de ce format poche ne laissent que peu de chance à notre mode de vie actuel. Les mots de Serge Latouche sont percutants, surtout lorsqu’il Lire la suite

Corinne Lepage : « La décroissance n’est pas porteuse d’espoir »

lemonde.fr, Corinne Lepage, députée européenne et présidente de CAP 21, le 20 août 2010

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/08/20/corinne-lepage-la-decroissance-n-est-pas-porteuse-d-espoir_1400812_3232.html

Corinne Lepage : « La décroissance n’est pas porteuse d’espoir »

Pour Corinne Lepage, « nous devons faire du ‘bien-vivre’ un objectif partagé qui repose sur la sécurité humaine« .

Si l’écologie politique décide d’être le porteur de la décroissance et d’un projet défini comme avant tout anticapitaliste et antilibéral, alors elle ratera le coche de l’Histoire qui propose au monde multiple de l’écologie politique d’être le passeur d’une civilisation à à une autre, et ce grâce à un projet de transition.

Les drames climatiques de l’été ont une fois de plus illustré ce que sera le monde du changement climatique avec ses tragédies individuelles et ses risques collectifs. Pour autant, le prochain sommet sur le climat à Cancún s’annonce très mal !

Certes, les menaces économiques font planer les plus grands doutes sur la reprise. La faiblesse de la création d’emplois, la persistance d’un chômage à deux chiffres et touchant, dans le monde entier, les jeunes de plein fouet rendent très pessimiste. Et pourtant, la transformation du système financier apparaît des plus modestes.

Mais le projet d’une décroissance, même qualifiée de prospère (ce qui est un oxymore du même ordre qu’une croissance durable), ne peut aucunement fédérer nos concitoyens et constituer un projet porteur d’espoir. D’ailleurs, les décroissants l’abandonnent progressivement.

Dans un ouvrage, Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable (De Boeck, « Planète en jeu », 248 p., 17euros), Tim Jackson, de la Commission du développement durable du Royaume-Uni, propose d’abandonner le terme et l’idée pour proposer un autre modèle, proche de ce que j’ai appelé l’évolution soutenable.

Plusieurs changements sont nécessaires : il faut avant tout passer d’un modèle économique à deux dimensions (travail et capital) à un modèle macroéconomique à au moins trois dimensions, introduisant le principal facteur de rareté issu de la finitude de notre planète. Il est également indispensable de modifier notre rapport au travail.

Dans le système actuel, le travail est avant tout un coût de production qu’il convient de réduire pour les entreprises, et le moyen d’assurer son existence, qu’il convient donc de conserver coûte que coûte, pour le travailleur.

En prenant la dimension sociale du travail comme un des éléments d’existence dans une société, on ajoute une nouvelle valeur à ce travail. Le travail devient une valeur sociale centrale du modèle macroéconomique qu’il faut à tout prix préserver, développer, voire partager.

Mettre l’emploi au cœur des politiques permet de Lire la suite

Le Revenu social : sortir de la société salariale

http://cocomagnanville.over-blog.com/article-le-revenu-social-sortir-de-la-societe-salariale-54405880.html

cocomagnanville.over-blog.com, propos recueillis par Gaia Puliero et Yovan Gilles, le 24 juillet 2010

Le Revenu social : sortir de la société salariale

Yovan Gilles : Dans le film encore, André Gorz exprime qu’une crise de la société salariale apparaît aujourd’hui inévitable. Cela ne veut pas dire que le travail va disparaître selon l’idée propagée par Jérémy Rifkin dans les années 1990. À cette période, André Gorz et Jacques Robin dressent un constat à travers un certain nombre d’articles publiés dans la revue Transversale Science et Culture : en bref, l’automation et la robotisation de la production débouchent sur une contraction du volume de travail, de sorte que l’on produit de plus en plus de richesse avec de moins en moins d’heures de travail humain.

L’emploi vient donc à manquer, même si la société ne veut pas entendre parler de crise du salariat et rejette cette évidence, préférant mettre sur le compte de la conjoncture la persistance d’un chômage de masse dans les pays européens. Les deux auteurs incitent à prendre acte d’une mutation qui libère du temps, autant qu’elle produit de l’exclusion par le déni du sens possible de cette mutation. Cette perte de la centralité du travail salarié se traduit négativement par le chômage et la précarisation du travail, mais elle porte aussi l’espoir d’une émancipation progressive du travail salarié, qui est une conséquence irréversible de l’évolution du capitalisme à travers son nouveau mode de management et de gouvernance du travail, le reengenering [1].

Le temps libéré par un mode de production de plus en plus performant doit faire l’objet d’une appropriation sociale. Ce ne sera pas simplement du temps à consacrer aux activités de consommation ou aux loisirs, mais du temps pour travailler autrement, se réaliser. Pour André Gorz le travail comme production de soi se profile à l’horizon des sociétés postindustrielles. En même temps, il se refère à Keynes, qui loin d’avoir la fibre libertaire, prédisait très froidement dans les années 1940 que la semaine de 18 heures serait à l’avenir une réalité découlant logiquement de l’augmentation de la productivité du travail. Cette conception de la production de soi ne va pas de soi, et elle en a irrité beaucoup. Gorz précise que l’autoproduction doit être combinée avec un travail salarié utile, quantifiable, répondant à la satisfaction de besoins sociaux insuppressibles et qui doit être réparti sur la société de la façon la plus égale, comme c’était d’ailleurs l’opinion de Marx. Finalement le travail salarié persiterait pour Gorz sous une forme résiduelle et utilitaire et serait subordonné au déploiement par les individus d’espaces d’autoproduction.

La transition vers une telle société n’est possible que par l’instauration d’un revenu social garanti, ou d’un revenu d’existence (lire un extrait de L’immatériel) qui n’est pas une assistance mais un revenu inconditionnel, donné à chacun, cumulable avec d’autres revenus et activités. Cette position a valu à Gorz des critiques virulentes notamment parce que, à travers la notion de revenu d’existence, beaucoup ont le sentiment que l’on entérine l’exclusion, que l’on rémunère l’oisiveté, et qu’en disjoignant le travail et le revenu on enterre le modèle de la société salariale et les instruments de la justice sociale. Pourrions-nous évoquer ensemble ces questions ?

Marie-Louise Duboin : André Gorz a très clairement fait la distinction entre les deux façons de concevoir un revenu non lié à un travail. Dans une société où le travail est de plus en plus intermittent, l’instauration de ce qui est qualifié maintenant, dans la littérature en général, de revenu d’existence, se substitue aux indemnités de chômage et, en permettant au travailleur de survivre pendant les périodes où il n’a pas d’emploi, le maintient disponible à tout moment. En effet, assurer ainsi une contrepartie à l’intermittence permet à la société Lire la suite

Les décroissantistes contre la société d’abondance

pauljorion.com, Pierre-Yves D,.le 19 juillet 2010

http://www.pauljorion.com/blog/?p=14018

Les décroissantistes contre la société d’abondance

L’abaissement de l’âge du départ à la retraite et plus généralement la diminution du temps de travail n’ont rien à voir avec le gaspillage des ressources naturelles.

Les décroissantistes se trompent de combat lorsque, au prétexte de sauver la planète et ses humains, ils font passer au second plan, voire éludent, le problème des inégalités, alors que ce sont bien elles qui sont à la source des gaspillages et destructions de nos milieux de vie.

J’appelle décroissantistes ceux qui parmi les décroissants se font forts de tout faire décroître indistinctement : d’abord bien entendu le niveau de consommation des matières premières et sources d’énergies non renouvelables. Sur ce point, rien à redire, tous ceux que préoccupent l’avenir immédiat et à plus long terme de l’humanité pensent depuis longtemps déjà que l’on ne peut faire croître cette consommation indéfiniment car plusieurs terres n’y suffiraient pas. Et d’ailleurs, quand bien même pourrions-nous coloniser des planètes lointaines, cela devrait-il nous dispenser de pendre soin de notre petite planète bleue et d’en dilapider les ressources parce que nous aurions des planètes de rechange ? Sans parler bien sûr du caractère fortement connoté de l’idée de colonisation elle-même.

Mais les décroissantistes vont plus loin, beaucoup plus loin. Pour eux il y aurait trop d’êtres humains, donc autant de consommateurs en trop. Ainsi pour eux la solution à nos maux est toute trouvée : diminuer le nombre total de consommateurs pour assurer la décroissance. On n’ose leur demander comment ils pensent s’y prendre pour diminuer leur nombre, tant les « solutions » qui furent testées grandeur nature étaient radicales et surtout la négation de tout humanisme : guerres, eugénisme, planning familial autoritaire. Pourtant la surpopulation est d’ores et déjà devenue une question tout à fait secondaire puisque les démographes nous apprennent que tous les pays qui voyaient leur population beaucoup augmenter accomplissent, plus tôt que prévu, leur transition démographique. Le spectre fantasmatique d’une terre surpeuplée s’éloigne. Comble de l’ironie, ce sont les pays qui consomment le plus qui voient diminuer leur croissance démographique, certains empruntant même la voie de la régression démographique !

L’hyper-consommation est le produit d’un système : en régime capitaliste il faut sans cesse créer de nouveaux besoins, créer de nouveaux marchés, c’est à dire entretenir la prédation pour reproduire l’ordre social pyramidal. Ainsi, la prémisse fondamentale pour tout raisonnement constructif devrait être d’abord : « Le monde actuel est très inégalitaire ». Et non pas : « la planète et ses ressources limitées ». Poser en première prémisse les ressources limitées c’est potentiellement faire de la pénurie un principe d’organisation sociale. C’est une façon de naturaliser au delà du raisonnable un problème qui a d’abord une origine humaine. Les ressources disponibles ne constituent pour nous des limites infranchissables que pour autant que nous renoncions à toute forme d’abondance. Pour ne l’avoir pas compris, les décroissantistes apportent sur un plateau des motifs supplémentaires pour justifier la rigueur, laquelle ne permet guère mieux, et même au contraire, que l’argent aille là où il serait le plus nécessaire pour créer justement les conditions de la sortie de la société de consommation, ce qui était pourtant, semble-t-il, leur objectif premier.

Et c’est bien ici que se trouve l’écueil principal de l’idéologie décroissantiste. Elle fait de la rigueur, de l’auto-limitation, un parangon de vertu, un principe philosophique, ce en quoi elle se fait l’alliée objective des Lire la suite

Mercredi 31 mars :Conférence chez Mollat « L’Avenir est notre poubelle – L’alternative de la décroissance »

Librairie Mollat, communiqué, mars 2010

Jean-Luc Coudray vous invite à une conférence autour de son dernier ouvrage avec Christian Malaurie comme modérateur

« L’Avenir est notre poubelle – L’alternative de la décroissance » aux éditions Sulliver

A la librairie Mollat – Salons Albert Mollat – 11 rue Vital Carles à Bordeaux – Tram ligne B – Arrêt Gambetta

Le mercredi 31 mars à 18 heures

L’Avenir est notre poubelle est un essai s’adressant aux lecteurs qui s’interrogent sur le futur de notre planète et de notre civilisation et veulent faire le tri dans la masse d’informations qui nous submerge. 

Avec humour et distance, Jean-Luc Coudray constate que nous marchons sur la tête et ne prenons pas le temps de nous poser les bonnes questions. Avant d’entreprendre une réflexion générale, ne faudrait-il pas que chacun d’entre nous se questionne sur son mode de vie ? Se demande s’il n’est pas en train de grever son avenir ? 

À travers des questions en apparence ludiques et superficielles – Pourquoi avons-nous des nains de jardin et des nounours ? – mais aussi plus sérieuses – De quoi libère le libéralisme ? Pourquoi sommes-nous condamnés au travail ? – l’auteur analyse nos comportements. 

De questions en réponses, Jean-Luc Coudray dresse le portrait de  notre civilisation marchande et consumériste. Il confronte ainsi la réflexion morale et écologique à nos actions quotidiennes, tant à l’échelle personnelle qu’à l’échelle nationale et mondiale. 

Peu à peu, il nous conduit à admettre que la folie productiviste a contaminé notre façon de penser et s’est insinuée dans nos comportements les plus anodins

De manière précise et claire, Jean-Luc Coudray décrypte nos Lire la suite

Bilan familial : Qu’avons nous fait en 2009 pour la décroissance ?

decroissance-pratique.blogspot.com, Paul Tarolf, le mardi 22 décembre 2009

Bilan de l’année 2009

Qu’avons nous fait en 2009 pour la décroissance ? Il est temps de se poser et de faire un premier bilan… Pour ma part, je couche ici les actions entreprises dans la famille cette année :

Catégorie alimentation et potager :

* Acquisition d’actions Terre de Liens (une bonne part de nos économies) pour soustraire les terres arables aux promoteurs immobiliers.

* Mise en place d’un système de courses lourdes trimestrielles

* Division par deux la consommation de protéines animales (plus de viande ou poisson le soir)

* Culture d’un (micro) potager de 7 m2 qui nous a fourni des tomates, carottes, plantes aromatiques, courgettes et radis.

Catégorie libération mentale :

* Suppression de la plupart du matériel informatique et PDA personnel

* Plus de montre (sauf jours compliqués)

* Passage effectif au 90 % soit aux 32 heures par semaines

* Vente de nombreux objets dans les vides grenier (même s’il ne nous reste plus grand chose à vendre)

Catégorie énergie :

* Acquisition (en commun avec des collègues) d’un gaussmetre pour mesurer les champs magnétiques et prendre des contre-mesures (déplacement ou suppression d’appareils électriques).

* Arrêt du nucléaire (EDF) et passage chez Enercoop depuis aout (100% énergie renouvelable).

* Mise de la quasi-totalité des appareils électriques sur prises avec interrupteur ou timers.

Catégorie eau :

* Environ -20% de consommation par rapport à l’année précédente par la mise en place d’économiseurs d’eau (robinet et douche) et réutilisation plus poussée de l’eau de bain et de veiselle (pour les chasses d’eau et le potager)

Catégorie prosélytisme :

* Écriture de ce blog ayant pour vocation de fournir des retours d’expérience concrets et quelques réflexions personnelles sur la décroissance.

* Valorisation de la décroissance auprès de la famille, amis et collègues.

Objectifs 2010 :

* Installer des toilettes sèches Lire la suite

Jean Zin : Un seul monde, plusieurs systèmes

jeanzin.fr, Jean Zin, le 12 septembre 2009

Un seul monde, plusieurs systèmes

Le capitalisme ne s’est pas effondré, la finance est repartie au quart de tour mais le chômage n’a pas fini de monter et le système restera en panne longtemps encore, tant que les pays les plus peuplés ne tireront pas une croissance mondiale qui ne peut plus reposer sur le crédit américain. En attendant, les effets en chaîne de la faillite du modèle de financiarisation néolibérale continueront à se faire sentir de façon implacable dans les années qui viennent. Une des leçons de la crise (en 1929 déjà), sous l’apparence d’une transmission instantanée à la Terre entière, c’est l’inertie considérable de l’économie mondiale (fonction de la taille), inertie renforcée cette fois par les mesures gouvernementales relativement appropriées ainsi que par les protections sociales qui ne font sans doute que retarder la destruction des emplois et la restructuration de la production sur un modèle plus soutenable. A court terme, une rechute rapide semble inévitable, au moins du dollar, provoquant une récession pire sans doute que la précédente, sans signifier pour autant un effondrement total du système en tant que tel, habitué de ces épisodes dramatiques et dont il finit par sortir au bout d’un temps plus ou moins long, au prix de guerres souvent, de profondes restructurations toujours. En tout cas, malgré les signes contradictoires de reprise et de détresse sociale, ni le grand soir, ni le retour de la croissance ne sont pour demain, on pourrait en avoir pour 10 ans ou plus, c’est dans ce contexte qu’il faut penser notre présent et préparer la sortie de crise, même si des accélérations de l’histoire sont toujours possibles.

Si le schéma de la crise est assez classique, on peut la caractériser comme la première véritable crise planétaire et, à coup sûr, la première de l’ère du numérique. Une nouvelle guerre mondiale n’a certes rien d’impossible dans cette ambiance de réarmement général et il faut souhaiter un peu plus de protectionnisme raisonné mais on ne retournera pas à des économies fermées ni à l’affrontement de systèmes, sans doute, car s’il y a bien un acquis sur lequel on ne reviendra pas, selon toute vraisemblance, c’est sur la mondialisation des réseaux, des images et donc des marchandises. Si « un autre monde est possible » malgré tout, c’est dans ce contexte d’unification planétaire, au moins des communications, même si le processus est, certes, loin d’être achevé.

S’il n’y a plus qu’un seul monde, cela voudrait-il dire qu’il n’y aurait plus qu’un seul système comme on peut le craindre légitimement devant la contamination de toutes les activités par la logique marchande et l’extension infinie des marchés ? Non, bien sûr, ce serait nier l’existence d’une économie familiale et d’une économie publique, au moins. Le néolibéralisme a bien tenté de nier cette pluralité au nom d’un totalitarisme du marché mais son échec et son inhumanité sont désormais patents. Il y a donc bien possibilité d’une pluralité de systèmes, simplement ils ne vont plus se différencier en blocs territoriaux, ni selon les pays comme on changeait de religion en changeant de prince, mais seront obligés de cohabiter sur le même territoire. Il s’agit de voir comment.

D’abord, il faut souligner qu’une singularité de not re situation historique, c’est l’absence de toute alternative depuis l’effondrement (complet cette fois) du communisme. Il y a bien l’islamisme pour certains pays comme résistance à la modernisation mais l’expérience iranienne annonce déjà son déclin. Or, les révolutions ne s’improvisent pas et ne trouvent pas spontanément et comme par miracle les solutions aux problèmes qui n’ont pas été résolus jusqu’ici. Le mythe imbécile de l’auto-organisation se cogne rapidement au réel. Ainsi, la désorientation de Chavez est totale dans la tentative de construire un socialisme du XXIème siècle, cherchant sincèrement des pistes mais se heurtant aux dures réalités et à l’absence de propositions praticables. Pour réussir, les révolutions doivent être préparées par tout un travail intellectuel préalable (Rousseau ou Marx), ce qui pour l’instant manque cruellement. On n’est peut-être pas à la fin de l’histoire mais cela y ressemble furieusement par certains côtés au moins, de l’unification planétaire à la pensée unique dont l’incidence est massive (au moins dans les mass média) depuis la fin de la division planétaire. Seulement, cela ne peut être la victoire totale d’un camp contre l’autre et plutôt l’intériorisation de la pluralité des systèmes, la transformation d’une division extérieure en division intérieure.

Il n’y a aucune chance qu’on se débarrasse du capitalisme au niveau mondial, encore moins Lire la suite

Jean Gadray : Pour une société du plein-emploi sans croissance

lemonde.fr, Jean Gadrey, le 12 juin 2009

Pour une société du plein-emploi sans croissance

Nous allons devoir changer de paradigme de développement. La crise nous y conduit. Manifestement, les électeurs y pensent, et pas seulement ceux qui ont voté « écologie ». Le paradigme actuel est fondé sur l’impératif de croissance, avec le raisonnement suivant :

1 – Il y aura toujours des gains de productivité du travail, car le progrès technique permet de « produire la même chose avec moins de travail » ;

2 – Pour maintenir l’emploi, il faut donc soit réduire sans cesse la durée du travail au rythme des gains de productivité, soit augmenter la production (c’est la croissance) au même rythme, soit mélanger ces deux solutions.

Ce schéma a été vérifié depuis un demi-siècle, bien qu’avec des ratés. Il va s’écrouler. Il faudra créer massivement des emplois sans croissance ni gains de productivité. Pour deux raisons.

La première est que les gains de productivité permettent certes de produire plus de biens avec la même quantité de travail, mais pas avec la même quantité de ressources naturelles, d’énergie et de pollutions diverses. Cela n’était pas trop grave tant que l’on restait loin des seuils d’épuisement ou de renouvellement naturel de ces ressources. Cela devient aujourd’hui le problème majeur. Il va donc falloir privilégier des solutions économisant non plus seulement le travail (gains de productivité), mais aussi, de plus en plus, les ressources naturelles et les rejets (gains de durabilité). Ce qui conduit à la deuxième faille du raisonnement « croissanciste ».

Le fait est massif : produire des biens (ou des services) de façon écologiquement durable exige plus de travail que produire les « mêmes » biens en détruisant les ressources naturelles et le climat. Or, les comptes actuels de la croissance et des gains de productivité ne font aucune différence entre ces deux types de production. Supposons qu’on remplace progressivement l’agriculture industrielle, avec ses innombrables dommages collatéraux sur l’environnement et sur la santé, par de l’agriculture biologique de proximité.

A production identique en quantité, il faudrait approximativement 50 % d’emplois en plus. Les comptes nationaux actuels nous diront alors que la croissance est nulle (même quantité produite) et que la productivité du travail baisse. Pourtant, on aura créé de nombreux emplois, il y aura plus de valeur ajoutée agricole, et surtout la qualité et la durabilité de la production auront été bouleversées positivement.

Dans un autre secteur essentiel, celui de l’énergie, le scénario NégaWatt, Lire la suite

« Décroissance et détravail », posologies à la crise ?

travail.blogs.liberation.fr, Laurent Dupin, blog  Sérial Worker,  le 5 mai 2009

« Décroissance et détravail », posologies à la crise ?

Interview intéressante lundi matin, que j’ai écoutée à l’émission Médialogues sur la RSR. Vincent Cheynet y expliquait en quoi les médias participent à cette furia, cette obsession, cette idée fixe de la « croissance économique » comme seul et unique objectif. Furia particulièrement exprimée en temps de crise, où il s’agit uniquement de la « relancer », de la « remuscler », de la « soutenir », on en passe et des meilleurs.

Cheynet se concentre sur la critique des médias, propriétés en majeure partie de « puissances économiques », qui ont intérêt à cautionner cette « doxa dominante », à nous pousser dans le sens de « la croissance et de la consommation sans limite ». Les vrais limites sont pourtant bien réelles, concrètes et palpables: celle de vivre dans un espace fini (la terre) et d’aller au pas de course face à un mur (la fin des réserves naturelles). L’idée de décroissance et d’anti-productivisme est dès lors déconsidérée, ostracisée, peu relayée, etc.

Mais il y a, me semble-t-il, un autre angle à prendre, un autre terrain où ce débat devrait naître et se développer de façon contradictoire : l’entreprise elle-même, le monde du travail pardi ! Car cette obsession de la croissance permanente va avec ses corollaires dans le cadre de l’organisation du travail, de notre façon même de penser notre vie en société. D’autres maux en découlent en effet, que nous subissons tous :

l’obsession de la productivité : avec l’idée que la consommation nationale est un ventre sans fin qu’il faut gaver, au sortir des chaînes de production matérielles (héritage du fordisme et du taylorisme) mais aussi servicielles (immatérielles). Avez-vous déjà visité un call center (centre de contacts) ? On y comprend de suite cette folie furieuse du « toujours plus, toujours plus vite » pas si éloigné du stakhanovsime

l’obsession de la performance : exprimée dans les +20% et +30% fixés comme objectifs permanents par des directions et managers qui perdent le sens de la mesure, et surtout ne donnent pas les moyens de les réaliser… D’où la prise en étau.

l’obsession de l’évaluation : modèle anglo-saxon de plus en plus imposé chez nous, qui place l’audit en méthode de management opérationnel et l’évaluation des salariés (avec entretien et notation) en outil RH (ressources humaines, ndlr) incontournable.

l’obsession du paraître : sur-travailler, sur-produire, sur-consommer…tout cela a aussi ses codes, son langage, son imaginaire. Qui s’exprime par des vestimentaires dispendieux, 4×4 imposants, panoplie high tech envahissante…

l’obsession de la possession : qui est aussi une forme de névrose, de course à combler un manque (lequel ?) inscrit dans notre éducation même. Les « anciens » accumulaient les denrées alimentaires par réflexe, en ayant connu le manque sous la guerre ; les « jeunes » accumulent par habitude et rythmique, sans Lire la suite

Les 33 propositions d’Utopia pour l’Europe

mediapart.fr, Nicolas Pagnier, le 25 Avril 2009

Les 33 propositions d’Utopia pour l’Europe

Edition : Les conférences politiques et citoyennes du mouvement Utopia

 

Nous estimons que les dirigeants politiques ont renoncé depuis longtemps à changer radicalement la société et nous appelons les citoyens européens à réagir et à proposer la construction d’une Europe « Sociale, Altermondialiste, Ecologiste ».

Notre projet appelle à dépasser le système capitaliste et remet en cause ses principaux dogmes :

– La « religion » de la croissance comme solution « magique » à tous les maux ;

– La consommation, quidoit être liée à l’aspiration à une meilleure qualité de vie, et non à une accumulation illimitée de biens matériels ;

– Le travail érigé en « valeur » : ce n’est pas le travail, mais sa place, comme unique vecteur de droits et de reconnaissance, que nous remettons en cause.

Utopia met en avant un nouveau projet politique : l’alterdéveloppement, pour changer radicalement de société.

La planète est un patrimoine commun : nul ne choisit ni le lieu, ni l’époque, ni l’environnement familial, politique, économique et environnemental de sa naissance. Pour la Gauche, seule une politique solidaire, réaliste, ouverte et humaniste est dès lors acceptable.

Utopia est un mouvement fondamentalement attaché à l’idée d’Europe à plusieurs titres : elle matérialise le rapprochement des peuples et des cultures. Elle est facteur de paix et de stabilité. Elle doit contribuer aussi à donner plus de poids, au niveau international, à la défense de valeurs comme la démocratie, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Tout en reconnaissant certaines avancées dues à l’Union Européenne, Lire la suite

France Culture « André Gorz : précurseur ou prophète ? »

radiofrance.fr, le 3 mars 2009

André Gorz : précurseur ou prophète ?

« André Gorz est mort volontairement en 2007 mais, aujourd’hui, alors que nous vivons le difficile passage d’une société à une autre, nous avons plus que jamais besoin de son œuvre. » Voilà ce qu’écrivait Alain Touraine, en décembre dernier, dans Le Nouvel Observateur. Et, en effet, la crise que nous traversons n’est pas seulement économique, elle est aussi culturelle et morale. La question des effets de notre système de production sur les ressources de la planète et sur son climat, André Gorz y réfléchissait déjà il y une quarantaine d’années. Raison pour laquelle, avec Bernard Charbonneau ou encore Jacques Ellul, il peut être tenu pour l’un des fondateurs de l’écologie politique en France. Mais si les chrétiens Charbonneau et Ellul sont arrivés à l’écologie par une critique radicale de la logique technicienne, le chemin de Gorz, lui, passe par la confrontation de toute une vie avec le marxisme.

Son analyse des rapports sociaux s’énonce selon les catégories « d’aliénation » et de « conscience de classe ». Sa critique du capitalisme vise l’émancipation, l’autonomie, la réappropriation, par les acteurs, du sens de ce qu’ils produisent. Ses analyses des métamorphoses du travail et du salariat avaient une longueur d’avance, notamment lorsqu’il réfléchissait sur la montée de cette « non-classe » de chômeurs et de sous-employés, que Robert Castel définira comme « désaffiliée ».

Gorz, qui avait le souci de l’analyse concrète des situations concrètes autant que de la théorie, s’est aussi intéressé à l’économie de l’immatériel et à ses conséquences. Ses réflexions ont débouché sur des propositions concernant, par exemple, la durée du travail ou la création d’un revenu social universel.

Bref, la pensée d’André Gorz est de celles qui peuvent nous aider à penser la crise – ce à quoi nous nous employons chaque mardi dans le cadre de cette émission.
Sabine Hérold.  Présidente d’Alternatives Libérale

Christophe Fourel.  Directeur Général de l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives

Arno Münster.  Maître de conférence de l’université de Picardie

Ecoutez l’émission Lire la suite

Le DD : quelle réalité pour les Français ?

cdurable.info, David Naulin, le mardi 3 février 2009

Enquête Ipsos : les français et le développement durable

Le développement durable : quelle réalité pour les Français ?

A l’occasion des 5èmes Assises Nationales du Développement Durable et à la demande du Conseil régional Rhône-Alpes organisateur de cette manifestation en janvier 2009, Ipsos a réalisé une enquête auprès de la population française sur sa connaissance, ses convictions et ses pratiques en matière de développement durable. Il en ressort une maturité croissante de la population sur le sujet, non seulement sous l’angle des convictions mais aussi sur celui de l’engagement personnel.

Le développement durable : qu’en sait-on d’abord ?

Quel est le degré de prise de conscience à fin 2008 de la population ? Est-on prêt à changer de cap ?

De la prise de conscience au geste concret individuel : une évolution très notable.

L’action concertée de tous peut-elle permettre d’améliorer la situation pour les générations futures ?

Quels repères dans le monde d’aujourd’hui et pour celui de demain ?

Réformer seulement ou repenser totalement les modèles économiques ?

François de Sars, Directeur Général d’Ipsos Lyon apporte les principaux enseignements de cette étude [1].

 Visionner le diaporama présentant les conclusions de l’enquête sur le site d’Ipsos

Le développement durable : qu’en sait-on d’abord ?

Consacré par le sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992 et médiatisé depuis cette date, le concept relativement complexe de « développement durable » est un terme aujourd’hui totalement vulgarisé auprès du grand public. L’enquête réalisée en fin d’année 2008 révèle en effet que 97% des Français déclarent avoir déjà entendu parler de l’expression « développement durable ». Le chemin parcouru est grand, ne serait-ce que depuis ces deux dernières années où près d’un tiers de la population ignorait ce concept et, parmi ceux qui disaient le connaître, un tiers seulement déclarait avoir une idée précise de sa signification. Force est de reconnaître que les alertes successives sur la pénurie potentielle des ressources énergétiques naturelles (avec leurs conséquences sur le budget des ménages), tout comme la crise économique, ont largement contribué à cette vulgarisation.

Spontanément, le concept de développement durable connote le plus souvent (cité par près de 2 répondants sur 3) la dimension environnementale mais pas seulement. Pour près d’1 Français sur 4 le développement durable est aussi associé à la sphère de l’économie, à la notion de long terme et, presque dans la même proportion, au champ social.

Sur relance et à partir de choix proposés, pour 87% des personnes interrogées l’environnement est bien le premier domaine concerné par le développement durable, devant l’activité économique et financière (56%) et la solidarité – l’équilibre social (50%). Dans le triptyque – Environnement, Economie, Social – la dimension environnementale est toujours la première citée comme étant concernée par le développement durable, mais de façon beaucoup plus appuyée par les plus jeunes (citée en premier rang par 69% des moins de 35 ans vs 48% par des 60 ans et plus).

En outre, ce qui est vraisemblablement la conséquence des semaines de crise économique précédant la mesure, c’est la restitution par 45% des interviewés, parmi les domaines concernés par le développement durable, du « mode de gouvernance ou façon de gérer de l’Etat, des collectivités et des entreprises ». Etaient ensuite restituées la santé (40%) et, dans une moindre mesure, l’éducation (22%).

Quel est le degré de prise de conscience à fin 2008 de la population ? Est-on prêt à changer de cap ? Lire la suite

Jancovici « C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde »

cdurable.info, David Naulin, le 24 janvier 2009

Après « le plein, s’il vous plait », le nouveau livre d’Alain Grandjean et Jean-Marc Jancovici

C’est maintenant ! 3 ans pour sauver le monde

Au rythme de l’océan, dont le niveau s’élève insensiblement de quelques millimètres par an, énergie et changement climatique s’insinuent doucement dans les discours. En petits cercles pour l’heure, industriels, économistes, politiques, débattent de plus en plus des risques encourus, et des mesures à prendre pour les éviter ou les atténuer. Ici et la émergent des propositions nouvelles : abandonner les outils économiques obsolètes, en finir avec l’obsession du court terme en matière financière et politique, réaménager radicalement le territoire, les transports et le travail. Mais la fin annoncée du pétrole bon marche sera surtout celle d’une façon – dépassée – de voir l’avenir des hommes. Pour les prochaines décennies, tout reste à inventer, et tout va se jouer dans les années qui viennent. Un plaidoyer alarmiste, mais o combien réaliste et enthousiaste, pour que nous prenions enfin le problème a bras-le-corps !

Sommaire du livre

Chapitre 1 : Le calme avant la tempête

 Elle est où, l’Apocalypse ?

 Pétrole : pic et pic et…

 Pas plus écolo qu’un PDG de compagnie pétrolière ?

 Cher, le pétrole !

 Cher, le fossile !

 Quoi de neuf sous le soleil, exactement ?

 Du rapport entre le PIB de Clermont-Ferrand et les pingouins

 Dis-moi combien tu es proche du pétrole, je te dirai combien tu me crois

 Et les climato-sceptiques dans tout ça ?

 Verre à moitié vide, ou à moitié plein ?

Chapitre 2 : Dix bonnes raisons de ne rien faire

 Nous ne croyons pas ce que nous savons

 Notre Faust des temps modernes : Monsieur Court-Termisme

 Tout, tout de suite !

 Quoi, tu n’as pas de portable ?

 Le roi, c’est moi

 Consommer is (very) good for you

 In ingénieurs we trust

 Mon patron ? Vous voulez dire mon actionnaire ?

 La politique, ça sert à quoi, papa ?

 Quel CAC 40 fera-t-il demain ?

 Et pourtant, il faut croire…

Chapitre 3 : Les deux énarques de l’île de Pâques

 L’argent n’achète que des hommes Lire la suite

Jean Zin : Programme minimal d’un système alternatif

agoravox.fr, Jean Zin, le 27 janvier 2009

Programme minimal

On rêve de tous côtés d’un après-capitalisme qui reste complètement mythique alors que ce qui se met en place pour l’instant ce n’est qu’une régulation minimale du système, son renforcement beaucoup plus que sa remise en cause, même s’il y a des inflexions notables vers plus de justice sociale ainsi qu’une totale déconsidération des classes supérieures et de leur cynisme, considérées désormais comme aussi parasitaires et inutiles que la noblesse a pu l’être aux tout débuts de la révolution industrielle !

Certes, pour le moment on est encore dans « l’avant-guerre », avant les « événements » qui se multiplient un peu partout, avant que les conséquences de l’effondrement ne se fassent sentir socialement dans la vie de tous les jours. Pour l’instant tout cela reste abstrait, de l’ordre de l’événement médiatique qu’on proclame si facilement historique voire révolutionnaire alors qu’on avait perdu la notion même d’événement dans un monde où plus rien ne semblait pouvoir changer.

L’histoire risque de bousculer ces trop beaux ordonnancements et la catastrophe engendrer des possibilités nouvelles mais il n’y a jamais création ex nihilo. Les révolutions s’inspirent inévitablement de philosophies et d’expériences révolutionnaires précédentes plus qu’elles n’en inventent de toutes pièces. On part toujours de quelque part. Il n’est donc pas inutile de faire un état des lieux des propositions qui émergent pour l’instant afin de tenter d’évaluer leur portée et tirer le maximum du peu de potentialités révolutionnaires qu’elles laissent.

Il faut bien dire que, pour l’instant, en fait de révolution, ça ne va pas très loin ! Même s’il y a un sensible retour des idées révolutionnaires, il y a bien peu de gens qui souhaitent une étatisation de l’économie avec suppression du marché et rationnement généralisé. Encore moins voudraient sortir de l’économie industrielle ! D’un autre côté, il y en a peut-être moins encore qui se projettent dans le futur d’un mode de vie plus écologique et d’une ère de l’information qui commence à peine…

Les revendications qui émergent actuellement apparaissent très décevantes, on ne peut plus réformistes quand elles ne se cantonnent pas à la régulation du système financier. On peut penser que leur ensemble dessine malgré tout un autre modèle relativement révolutionnaire par rapport à la situation précédente, et qu’on pourrait comparer au programme du Conseil National de la Résistance d’où est née la Sécurité Sociale, bien qu’avec moins de cohérence et d’ambition (puisque les conventions collectives avaient l’ambition de sortir du marché du travail par des niveaux de salaires négociés en fonction du poste et des diplomes). Ce n’est pas la prise du palais d’hiver, non, ni la fin du capitalisme et plutôt une nouvelle de ses multiples métamorphoses comparable au fordisme des 30 glorieuses, mais ce ne serait déjà pas si mal quand même et presque une révolution si on pousse un peu au-delà. En tout cas il m’a semblé utile d’essayer d’en faire une liste minimum qui puisse trouver un large accord, à compléter mais en restant dans l’essentiel, et comment dans ce cadre aller un peu plus loin.

J’ai assez souvent martelé, en long, en large et en travers, ce qui me semblait, à la suite d’André Gorz, la condition d’alternatives locales à la globalisation marchande : revenu garanti, monnaies locales et coopératives municipales. De même, comme Jacques Robin et le Grit, j’ai toujours insisté sur la nécessaire prise en compte de l’ère de l’information et du devenir immatériel d’un travail où l’autonomie est devenue centrale. Il s’agit de voir comment ces orientations peuvent s’insérer dans les revendications plus traditionnelles et les mesures plus globales.

Le renversement du communisme dans son contraire nous rend certes moins naïfs que les anciens révolutionnaires. C’est un acquis historique et cognitif qui est décisif. Dans une démocratie on ne peut plus imaginer incarner le peuple et changer simplement le pouvoir en « renversant les oppresseurs ». Lire la suite

Jean Zin : Les 4 alternatives écologistes

Jean Zin, le 7 décembre 2003

Les propositions des écologistes me semblent pouvoir se répartir selon 4 axes :

1) la correction de la valeur économique afin d’obtenir une « vérité des prix » écologique, l’internalisation des externalités par des taxes et l’orientation des mécanismes de marché vers les solutions écologiques (ecolabels, commerce équitable, normes, subventions) ainsi que la constitution d’un secteur protégé hors marché (biens communs et tiers-secteur). Ces mécanismes correctifs (de régulation par le marché) sont sensés rendre le productivisme capitaliste plus efficace écologiquement moins destructeur et plus durable. C’est donc ce qu’on peut appeler le productivisme durable.

2) Une autre façon de résoudre le problème d’une croissance destructrice serait de restreindre le productivisme en ralentissant la croissance, dans la production par la réduction continue du temps de travail et dans la consommation par la frugalité volontaire, tout cela sans changer la logique du système mais en luttant simplement contre ses excès et en essayant de garder les protections salariales. C’est la même chose, mais en moins (ou en mieux), une économie « plus économe », ce qu’on peut appeler un productivisme bridé.
3) Ceux qui défendent une décroissance conviviale se situent par contre clairement dans une alternative au productivisme et une critique de l’économisme dominant. C’est la version politique de l’écologisation de l’économie, les régulations économiques étant remplacées par des régulations collectives débattues publiquement. Ce n’est pas un retour aux économies planifiées et centralisées puisque c’est au contraire une relocalisation de l’économie, une auto-gestion démocratique décentralisée de la production et des échanges ; mais il faut bien dire que les modalités et leur efficacité restent problématiques.

4) Enfin, la dernière façon de répondre à un productivisme insoutenable est de construire une production alternative tirant partie de la révolution informationnelle pour réorienter l’économie sur le développement humain, les services et les consommations immatérielles en passant d’une logique concurrentielle à une logique coopérative et d’une productivité à court terme à l’investissement dans l’avenir, c’est-à-dire en développant l’autonomie de chacun, en particulier l’autonomie financière par une garantie de revenu. C’est la seule alternative concrète qui me semble à la hauteur des mutations en cours et d’une écologie qui doit nous apprendre à penser à long terme.

On remarquera justement qu’il y a une certaine gradation dans ces différentes alternatives, à plus ou moins long terme, et chacune des politiques défendues est susceptible d’utiliser accessoirement les propositions précédentes. Ainsi, la décélération de la croissance ne répugne pas à utiliser les écotaxes, la décroissance conviviale prône la réduction du temps de travail et la multiplication par 10 des prix du pétrole, le revenu garanti est inséparable d’une relocalisation de l’économie et les coopératives municipales ne peuvent se passer de régulations collectives, etc. Pourtant ces stratégies ne sont pas équivalentes ni toujours compatibles et, pour des écologistes, les mesures à court terme ne prennent sens qu’en fonction des objectifs à long terme. C’est pourquoi, même si le revenu garanti n’est pas notre horizon immédiat, il me semble que c’est seulement dans ce cadre qu’on peut parler d’une véritable alternative écologiste.

Il s’agit d’examiner les arguments pour ou contre chacune des solutions afin d’essayer de construire un consensus à partir de nos divergences, sur la pertinence et le cadre des politiques à défendre selon le contexte et les enjeux. Lire la suite

Qu’est-ce qu’un Freegan ?

Les freegans ont fait le choix stratégique d’un mode de vie alternatif qui limite leur participation dans l’économie conventionnelle et qui limite au maximum leur consommation de matières premières. Les freegans se retrouvent dans la communauté, la générosité, le souci social, la liberté, la solidarité et le partage et sont en total opposition avec une société basée sur le matérialisme, l’apathie morale, la concurrence, la conformité et l’avarice.

Après avoir essayé de boycotter pendant des années les produits de firmes responsables de violations des droits de l’homme ; de destruction de l’environnement ; de maltraitance sur les animaux, beaucoup d’entre nous ont réalisé que quoi que nous achetions nous nous retrouvions à supporter un système déplorable. Nous avons réalisé que le problème ne réside pas dans quelques entreprises seulement mais bien dans le système lui-même.

Le freeganisme est le boycott total d’un système économique dans lequel le souci de rentabilité a totalement balayé toute considération éthique Lire la suite