Lot et Garonne : lâcher de cistude à la réserve de la Mazière

Sud-ouest, Daniel Bozec, le 7 Octobre 2008

NATURE. A la réserve de la Mazière de Villeton, il a fallu employer les grands moyens pour perpétuer la tortue d’eau douce, menacée de disparition depuis la reconversion des prairies en champs de maïs

Le lâcher de cistudes. Une trentaine de cistudes ont été relâchées ces dernières semaines dans le marais par Laurent Joubert

La fin de la cistude, peu s’en préoccuperaient. Au bord de la Garonne, la culture du maïs anéantissait pourtant les efforts de ponte de la tortue d’eau douce du marais de la Mazière. Une espère dont les rangs s’étaient singulièrement clairsemés depuis des années, faute de nouvelles naissances. Une vingtaine d’individus, tout au plus, dont l’âge dépasse la bonne quarantaine. La réserve de la Mazière a engagé un pointilleux programme de sauvegarde en 2006. Les premières cistudes ont été relâchées dans le marais ces dernières semaines.

1. Un radio émetteur sur mon dos

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point », dit la fable. Trop beau pour être vrai. À la Mazière, les cistudes s’en allaient pondre en vain. Elles qui abandonnaient de nuit leur marais pour échapper aux prédateurs, elles qui s’imposaient une distance longue de plusieurs centaines de mètres, au-delà des terres humides, pour trouver un endroit au sec où creuser un puits de 10 centimètres de profondeur. Et, au bout de trois quatre heures de labeur, y fourrer une huitaine d’œufs. Du temps des prairies ancestrales, tout allait bien. Elles ont été reconverties en champs de maïs depuis les années 60.

2. Au chaud dans mon incubateur

Malheur aux tortues. Le maïs pousse très haut en quelques semaines et plonge dans l’ombre ces puits de ponte. Alors même que la chaleur est indispensable à l’éclosion des oeufs. Une hécatombe. Seules deux tortues sont nées en vingt ans – elles ont aujourd’hui 6 ans. Depuis l’été 2006, le garde technicien Laurent Joubert s’échine à coller un émetteur sur le dos de ces vieilles tortues femelles. Il les piste la nuit sur leur chemin de ponte, entre la fin du printemps et le début de l’été. Au petit matin, il vient retirer un à un les oeufs tout juste enfouis et les place dans un incubateur, au chaud dans un bureau de la Mazière. La nature est joliment faite : à une température oscillant entre 27,5 °C et 28 °C, l’embryon sera un mâle. Entre 28,5 °C et 29 °C, ce sera une femelle. D’où le puits creusé en hauteur par la cistude : les oeufs logés tout en bas donneront des mâles, à l’étage supérieur, des femelles. Laurent Joubert doit veiller à moduler la température de son incubateur tous les deux jours…

3. Il faut consolider sa carapace

Financé par l’unité Bristol-Myers Squibb du Passage, le programme de la Mazière peut s’enorgueillir de compter pas moins de 178 jeunes tortues. A elles de consolider leur caparace dans un aquarium puis une mare semi-artificielle aménagée selon le milieu de vie de la réserve. « Un fac-similé », explique Laurent Joubert. « L’important pour nous, c’est que les animaux que l’on relâche puissent être viables dans le milieu naturel. Je n’élève pas des tortues pour élever des tortues. » Lire la suite