Paul Virilio: « La Terre est devenue trop petite pour le progrès. »

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 5 juillet 2010

Paul Virilio: « La Terre est devenue trop petite pour le progrès. »

Paul Virilio est un urbaniste d’origine devenu peu à peu sociologue et philosophe à force de penser inlassablement la vitesse. Depuis 1977, date à laquelle il a publié Vitesse et politique, essai sur la dromologie, il réfléchit à l’accélération du monde et à ses conséquences sur l’homme, l’économie, l’environnement, la géopolitique. L’urbaniste a travaillé sur la ville et son territoire. Très vite, il lie le territoire aux technologies qui permettent de le parcourir et de le contrôler. TGV, pigeon voyageur ou internet, avion ou minitel, qu’il s’agisse des techniques de communication ou des techniques de déplacement, le territoire est défini, selon lui, comme un espace-temps qui, finalement, rapetisse.

Dans L’administration de la peur, vous soutenez que la peur est un moyen de gouverner utilisé sans cesse.

Dans nos sociétés, depuis l’origine monarchique jusqu’à nos sociétés démocratiques, la peur fait partie des moyens de gouverner. On le voit bien avec les politiques sécuritaires actuelles. Le pouvoir de la peur domine le pouvoir de la reconnaissance du bien public. Dans ce livre, ce qui parle à travers moi, c’est ma génération qui constate que la même situation revient sans cesse, celle de la peur continuée par d’autres moyens, d’abord atomiques, puis terroristes et écologistes. Ainsi, je réactualise la maxime de Clausewitz selon laquelle «la politique est la guerre continuée par d’autres moyens». Non, la politique, c’est la peur continuée par d’autres moyens. Les trois peurs que j’évoque dans mon livre sont les suivantes: l’équilibre de la terreur, le déséquilibre de la terreur et la peur écologique. L’équilibre de la terreur a cessé avec la chute du mur de Berlin, laissant place au déquilibre de la terreur qui correspond au terrorisme qui peut survenir à tout instant, partout, à Londres, New York ou Madrid. Puis aujourd’hui, nous vivons la dernière grande peur: la peur écologique.

Equilibrer nature et homme, une nouvelle façon de gouverner par la peur?

Oui, l’écologie arrive après et il faut absolument éviter qu’elle conduise aux mêmes paniques. Après la forme interétatique de la guerre froide, la forme plus complexe du terrorisme, la peur écologique me rappelle le Lebensraum, cette notion géopolitique de l’espace vital. Je l’ai bien connue lorsque je travaillais en Allemagne où je voyais des pancartes qui signalaient des « forêts interdites aux Juifs ». L’espace vital niait la présence d’une frange de la population dans un lieu considéré comme sacré… Et bien l’idéologie de l’espace vital peut se superposer à l’idéologie de l’écologie aujourd’hui. Mais attention, je ne suis pas contre l’écologie, il est évident qu’il faut préserver notre lieu de vie. Je dis qu’il faut fse méfier énormément l’idéologie de cet espace qui nous manquerait.

Sans aller jusqu’à qualifier l’écologie d’idéologie totalitaire, pourquoi fait-elle si peur?

Nous sommes mortels et tout ce qui menace notre vie fait peur. Notre survie en tant qu’espèce devient notre grande peur. Il ne faut pas avoir peur, mais faire face car la peur fait partie des questions ancestrales. Dans la crise écologique actuelle, domaine extrême s’il en est, la tentation est grande de vouloir vaincre plutôt que convaincre. Il faut toujours refuser le globalitarisme écologique imposé par la peur parce que c’est toujours au nom du bien que l’on terrorise. En cela, les écologistes ont la tentation de gouverner par la peur. Mais je préfère vous convaincre que vous contraindre. Or, la conviction n’est pas la provocation de la peur, c’est Lire la suite

Patrick Viveret : Une Alliance civique pour l’humanité

mediascitoyens-diois_blogspot.com, septembre 2009, Claude Veyret

Une Alliance civique pour l’humanité

La conjonction de la crise écologique (dont la forme la plus reconnue est celle du dérèglement climatique) et de la crise financière, conséquence de la démesure du capitalisme financier, est grosse de risques de régression et même de guerre. Elle favorise la montée des courants autoritaires et de ce que Wilhelm Reich caractérisa dans les années trente comme une véritable « peste émotionnelle ».

Nous vivons ainsi un moment critique de l’histoire où l’humanité est confrontée à quatre rendez vous cruciaux où se joue son avenir :

– celui de son propre habitat écologique à travers notamment le réchauffement climatique et ses conséquences ;

– celui du risque d’une crise systémique provoquée ou au moins aggravée par la crise financière d’une économie casino vouée à l’alternance de cycles d’exubérance et de dépression irrationnelle des marchés financiers ;

– celui du cocktail explosif que constituent le couple de la misère et de l’humiliation d’une part, du terrorisme et des armes de destruction massive de l’autre ;

– celui de l’alternative entre guerre ou dialogue de civilisations.

L’humanité a besoin de paix, de coopération et d’intelligence collective pour faire face à ces défis. Elle doit organiser l’autodéfense contre tous ceux, quelque soient leurs fonctions et leurs motivations, qui cherchent à imposer la guerre, la compétition généralisée et des régressions inacceptables dans l’ordre de l’intelligence et de la culture.

Nous ne pouvons laisser se développer, sans réagir, ces logiques meurtrières.

Nous devons donner vie concrètement à la déclaration universelle des droits humains et construire ensemble cette citoyenneté mondiale qui doit permettre à l’humanité de s’affirmer en sujet positif de sa propre histoire.

Nous devons réorienter en profondeur nos modes de vie, de production de consommation afin de cesser de mettre en danger les écosystèmes qui nous font vivre.

Nous devons organiser partout des écoles de paix et construire une objection de conscience mondiale face aux logiques de guerre économiques, militaires ou religieuses dans lesquelles on voudrait nous enrôler.

Comme le soulignait Antonio Gramsci “le vieux tarde à disparaître, le neuf tarde à naître et dans ce clair obscur des monstres peuvent apparaître”.

Comment accompagner la fin d’un monde sans qu’il s’agisse de la fin Lire la suite

Le changement climatique priorité pour 62% des Européens

Actu-Environnement.com, le 12 septembre 2008, R. Boughriet

L’étude en PDF

Eurobaromètre : 62% des Européens placent le changement climatique comme défi prioritaire

Selon le dernier sondage Eurobaromètre, 62% des Européens placent le changement climatique parmi les principaux problèmes mondiaux et estiment que les industries, les citoyens et l’UE ne font pas assez d’efforts dans la lutte contre le réchauffement.

Selon le sondage Eurobaromètre commandé par le Parlement européen et la Commission européenne publié le 11 septembre, 62% des Européens pensent que le changement climatique est l’un des problèmes les plus sérieux auquel le monde est confronté, après la pauvreté (68%) et devant le terrorisme international (53%).

Plus de 30.000 citoyens des 27 États membres de l’UE, des trois pays candidats (Croatie, Turquie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine) et de la communauté chypriote turque ont été interrogés entre les mois de mars et de mai 2008.

Outre le fait que les Européens reconnaissent largement la gravité du changement climatique, 60% des sondés estiment que ce problème  »n’est ni inéluctable ni insoluble ». Ils sont également 56% à penser que la lutte contre le changement climatique pourrait  »avoir une incidence positive sur l’économie ».

Alors qu’ils sont 76% à estimer que les grandes entreprises et les industries n’en font pas assez pour lutter contre le changement climatique, les sondés sont également d’avis que les citoyens eux-mêmes (67 %), leurs gouvernements nationaux (64 %) et l’UE (58 %) ne font pas suffisamment d’efforts.

Ils sont pourtant 61% à dire avoir déjà  »personnellement agi » pour lutter contre le réchauffement (tri des déchets, réduction de la consommation d’énergie, d’eau ou de produits jetables). 44 % des personnes interrogées indiquent qu’elles seraient prêtes à payer plus cher l’énergie produite par des sources émettant moins de gaz à effet de serre alors que 30 % ne seraient pas disposées à le faire (26 % n’ont pas répondu).

Finalement, seuls 7 % des Européens estiment que la menace du changement climatique n’est pas sérieuse. Plus de quatre Européens sur dix se considèrent également mal informés sur ce problème et sur les moyens qui pourraient contribuer à le résoudre. Lire la suite

La fin du monde tel que nous le connaissons

Actu-Environnement.com, le 30 mai 2008, Yves Cochet

Le compte à rebours a commencé : drogués au pétrole, nous ne pouvons pas nous en passer de sorte que c’est bien le monde que nous connaissons qui tire à sa fin. C’est dans une période d’inflation, de récession, de tensions internationales, de guerres que nous entrons bel et bien.

Nous sommes drogués au pétrole, nous ne pouvons pas nous en passer, nous sommes prêts à tout pour continuer notre addiction. Nous, c’est-à-dire le tiers le plus riche des habitants de la planète. Cette situation, à elle seule, aura bientôt des conséquences dévastatrices dans tous les domaines, sur tous les continents. La hausse actuelle du cours des hydrocarbures n’est pas un simple choc pétrolier – comme ceux que nous avons affrontés en 1973 et 1979 – c’est la fin du monde tel que nous le connaissons.

Cet événement, dont nous apercevons les prémisses, provient de la coïncidence, sur quelques années, de trois facteurs inédits : Lire la suite