Ecoconstruction et agroécologie : L’architecture de cueillette – Proto-histoire du bâtiment

terrecooperative.ouvaton.org, Alain Marcom, le 13 avril 2008

http://terrecooperative.ouvaton.org/spip.php?article24

Ce texte fait partie du « Petit Précis d’Agroécologie » Nourriture, Autonomie, Paysannerie, sous la direction de Silvia Perez-Vitoria et Eduardo Sevilla Guzman, édité par La Ligne d’Horizon, 7 villa Bourgeois 92240 Malakoff et qu’on peut le commander pour la somme redoutable de 6 € + frais de port

Ecoconstruction et agroécologie : L’architecture de cueillette – Proto-histoire du bâtiment

Jusqu’en 1750, origine de la mécanisation, les maisons de la grande majorité de la population mondiale étaient forcément des maisons à faible impact environnemental. Elles étaient issues de matériaux de proximité, montés avec un savoir faire local et dans le cadre d’une économie faiblement marchande. Le travail de mise en oeuvre était basé sur la consommation d’une énergie métabolique humaine ou animale. On était parfois aidé par les cours d’eau ou le vent à fin de transport ou d’aide mécanique au sciage des arbres ou de taille des pierres, pour la très ténue minorité des puissants économiques, politiques ou religieux.

Mais pour l’immense majorité de l’humanité, c’était le contexte général de l’architecture de cueillette. Ce qui ne servait pas, voire ce qui gênait dans l’agriculture, était utilisé en construction. On gérait plus qu’on ne cultivait des matériaux comme le bois ou les roseaux. On construisait avec les pierres qui affleuraient à la surface du champ et avec la terre des coins les moins fertiles. L’impact environnemental principal était du à la cuisson de la terre pour les briques ou les tuiles, et à la cuisson de la chaux, dans les régions où ces cuissons étaient pratiquées. Mais ces derniers matériaux étaient utilisés avec une grande parcimonie, surtout que la population mondiale était bien inférieure à la population actuelle, puisqu’elle n’atteint son premier millard d’habitants qu’au début du 19 ème siécle….

Seuls les monuments, bâtiments des puissants, s’exonéraient de cette pratique par l’importation de matières venues de loin, quand les matériaux locaux n’étaient pas assez prestigieux et coûteux pour éblouir les passants. En effet les matières pour construire étaient, et restent encore aujourd’hui lourdes et leur transport avant le règne des camions, des autoroutes et du pétrole, avait un coût considérable. A partir de 1850, la machine thermique a peu à peu permis de transformer la matière, de la transporter plus facilement sur de plus grandes distances. Le train, l’acier, le bateau à vapeur, le ciment, les engins de carrière ont transformé les matériaux et les savoir faire dans les pays en voie d’industrialisation tout au long du 19 ème siècle.

La croissance des villes dans le « premier monde » a participé à la naissance d’un marché du travail dans le bâtiment. Un secteur important de l’économie est né à partir de la révolution industrielle. Alors que le ciment est inventé au début du 19 ème, c’est vers le milieu de ce siècle qu’est déposé le premier brevet du béton armé, et c’est dans la dernière décennie du 19 ème qu’on voit apparaître des chantiers de construction d’immeubles en béton armé en Belgique, chantiers effectués par des entreprises allemandes. A ce moment, nous sommes au début de l’« art nouveau », et ce sont les capacités plastiques du béton qui sont recherchées.

L’industrialisation du bâtiment en France

La reconstruction après la première guerre mondiale a vu la première tentative de bétonnisation dans le Nord Est de la France. Cette tentative parfaitement réussie du point de vue économique, fera du chemin, bien que la ligne Maginot ait peu convaincu. L’occupation allemande, avec le chantier du mur de l’Atlantique a confirmé le formidable potentiel du béton et la facilité de façonnage, aussi appelée formation, de la main d’oeuvre. C’est fort de ces réussites économiques et mécaniques resplendissantes que le gouvernement provisoire de 1944 va se lancer dans une stratégie d’industrialisation à outrance sous prétexte de « reconstruction ». Les écoles d’ingénieurs formatés à ce projet, et les recherches pour la modélisation de ce matériau emblématique de la modernité, vont fleurir un peu partout en France.

Les tâches de la chaîne de production du bâti vont être finement découpées et séparées, atomisées, taylorisées. C’est à l’aune de la flèche de la grue que vont se concevoir les cités de banlieue. De véritables usines de béton armé vont se monter à une extrémité du chemin de grue. Celle-ci distribuera les coffrages-tunnels ou les éléments préfabriqués au bout de sa flèche de chaque côté du rail, donnant naissance à deux barres parallèles. Sur ce process industriel de conception et de réalisation, un peu partout des cités des mille, deux mille, jusqu’à quatre mille logements vont être construites. La puissance publique ne va pas ménager ses commandes, en cités-dortoirs de banlieue, hôpitaux, écoles, bâtiment administratifs, barrages, ponts, etc… Le béton über alles établira de la sorte sa domination actuellement encore sans partage. Un hasard bien planifié fait donc que nous avons aujourd’hui en France les deux plus puissants groupes de bâtiment mondiaux, et le premier producteur mondial de ciment.

De l’autre côté du Rhin, la tradition fédéraliste a engagé l’Allemagne dans une autre stratégie. Le montant des destructions était bien supérieur là-bas qu’ici. Mais là bas on a investi les fonds du plan Marshall dans le redressement du capital industriel lourd. Les régions, avec de très faibles moyens, ont eu en charge la « reconstruction ». Ainsi, on a pu voir des techniques traditionnelles régionales normalisées, et des ouvrages pédagogiques de vulgarisation de techniques constructives simples à base de matériaux peu transformés et de proximité diffusés, favorisant l’autoconstruction, l’apprentissage et la reconstruction d’un tissu économique constitué essentiellement de petites entreprises. L’organisation politique a produit une forme de retour à l’architecture de cueillette. Les savoir faire locaux, Lire la suite

Vers la décroissance : quelles actions ? Essai de classification

apeas.fr, Christian Araud, auteur dans la revue Entropia, le  20 juillet 2010

http://www.apeas.fr/Vers-la-decroissance-quelles.html

Vers la décroissance : quelles actions ? Essai de classification

Face à la crise climatique et à la fin du pétrole bon marché, toute personne convaincue qu’on va « dans le mur » à belle allure peut se poser la question concrète suivante : « Que faire pour ralentir, éviter l’obstacle, ou amortir le choc ? »

Une réponse typique se trouve dans le livre de Matthew Stein [1] dont le sous-titre est très explicite : A Manual for Self-Reliance, Sustainability, and Surviving the Long Emergency (un manuel pour l’autonomie durable et la survie pendant la longue situation d’urgence). Dans ce manuel de savoir-survivre à l’usage des nouvelles générations, l’auteur énonce à la fin de son ouvrage quelques actions, individuelles ou collectives, pour participer au changement nécessaire :

– conservation, recyclage,

– action collective,

– acheter local,

– diète adaptée,

– action politique,

– restructurer les affaires,

– remplacer les ampoules électriques,

– choisir une automobile peu consommatrice,

– aller en bicyclette, prendre le train, covoiturage,

– réduire le chauffage et la climatisation de l’habitat,

– installer des systèmes d’énergie renouvelable chez soi,

– développer ses capacités personnelles d’autonomie,

– participer à des communautés autonomes.

Cette liste est sans doute assez représentative de ce qui s’énonce dans les articles consacrés à ce qu’il faudrait faire pour répondre aux défis posés par le changement climatique. En fait, c’est un peu un inventaire à la Prévert. Il est indéniable que chacune des pistes proposées, si elle était mis en œuvre, serait « bénéfique pour la planète » en utilisant un cliché courant chez les chantres du « développement durable ».

Nous ne sommes pas dans une réflexion « compréhensive » sur la décroissance, tout en ayant une série d’indications concrètes sur ce qui serait « utile » de faire pratiquement pour traduire dans la réalité quelques-unes des idées des objecteurs de croissance. Par ailleurs du point de vue de la personne « active » (ou voulant le devenir), cette liste est fondamentalement hétéroclite.

Dans une première tentative de classification, en me plaçant sur un plan plus descriptif que philosophique, avec une approche résolument pragmatique, je distinguerais volontiers quatre niveaux, de plus en plus éloignés de « l’acteur » et donc embrassant un champ de plus en plus vaste.

Ces niveaux sont :

L’action personnelle et immédiate dont on est le seul maître, compatible avec l’environnement général, la société dans laquelle on vit, mais néanmoins Lire la suite

Peut-on s’en sortir dans le cadre d’un capitalisme réformé ?

pressegauche.org, Jean Gadrey, le 6 juillet 2010

Peut-on s’en sortir dans le cadre d’un capitalisme réformé ?

La crise actuelle, ainsi que la montée des périls écologiques (composante de cette crise), renforcent les doutes sur la possibilité de concilier capitalisme et société solidaire et soutenable, ou développement humain durable.

Je n’ai pas de réponse ferme et définitive à cette redoutable question. Il me semble quand même que la crise actuelle, ainsi que la montée des périls écologiques (composante de cette crise), renforcent les doutes sur la possibilité de concilier capitalisme et société solidaire et soutenable, ou développement humain durable.

Voici neuf caractéristiques structurelles du capitalisme qui font douter de sa capacité à nous sortir de la zone des tempêtes à répétition. Sans doute chacune d’entre elles n’est-elle pas décisive. Mais leur ensemble l’est peut-être plus.

1. Le capitalisme s’est historiquement développé sur la base (entre autres) de la destruction et de la privatisation de biens naturels « communs » (en propriété commune : terres, forêts…), aussi bien au centre que dans la périphérie colonisée ou dominée. Ces expropriations/privatisations ont d’ailleurs beaucoup contribué à la « mise au travail salarié ». Et cela continue allègrement aujourd’hui. Or on ne voit pas comment on pourra sortir de la crise écologique sans reprendre le contrôle collectif, ou « communal », ou coopératif de ces biens communs privatisés : la terre, les sources d’énergie, l’eau, les forêts, etc. Il faut y ajouter aujourd’hui le climat et la maîtrise de son changement. Pour l’instant, les acteurs dominants du capitalisme résistent puissamment à toute maîtrise collective des risques écologiques majeurs où ils nous ont entrainés.

2. Les dirigeants politiques libéraux ont offert sur un plateau au capital financier le pouvoir de contrôler la monnaie et le crédit, qui sont ou devraient être eux aussi des biens communs, et de créer tous les outils d’une spéculation permanente sur tout. On ne s’en sortira pas sans remettre les pouvoirs financiers à des pôles publics ou coopératifs débarrassés de la pression des actionnaires. Mais enlever au capitalisme les possibilités de la spéculation monétaire et financière, les paradis fiscaux reconnus ou de fait (comme la City), c’est le priver d’une de ses sources majeures de profit et de domination. Aux Etats-Unis, la part des banques dans les profits des entreprises est passée de 10 % en 1980 à 40 % en 2007 !

3. Le capitalisme ne cesse par ailleurs de s’en prendre aux biens communs sociaux que sont le droit du travail, la protection sociale et d’autres droits humains, les services publics, etc. et il est souvent parvenu à les faire régresser depuis les années 1980. S’agissant du travail, toute perspective de société soutenable passe par la promotion du travail décent partout. Le travail indécent est probablement la principale source de profit des multinationales (dumping social). Mais il est devenu aussi, dans les pays dits développés, sous la forme du travail précaire et des petits boulots, sous la forme de la pression à la baisse de la part de la valeur ajoutée revenant aux salaires, sous la forme de l’intensification du travail, un mode d’emploi hautement profitable que les entreprises revendiquent comme une nécessité pour leur « compétitivité ». 4. Le capitalisme global s’est développé sur le terreau d’inégalités sociales mondiales (prenant la forme du colonialisme puis du néocolonialisme : voir le film « La fin de la pauvreté ») qu’il a eu tendance à renforcer depuis trente ans et dont il tire une large part de ses profits. Or on ne résoudra pas la crise écologique sans les réduire fortement. Voir par exemple mon post du 3 septembre 2008.

5. Le capitalisme a besoin de susciter sans cesse des désirs de possession de marchandises en faisant passer le futile pour l’utile et les pulsions pour des besoins, en poussant au renouvellement rapide des achats. C’est pour cela qu’il dépense 500 milliards de dollars par an en publicité et sponsoring. Cette course mortelle devra cesser pour qu’on sorte des crises. Il faudra quitter la voie de la croissance quantitative et s’orienter vers une « prospérité sans croissance ». Je ne développe pas cette hypothèse, j’en ai souvent parlé.

6. Le capitalisme résiste férocement à Lire la suite

Appel à contribution – Revue L’homme et la société – Agriculture et capitalisme mondialisé : Crise mais permanence d’un débat

calenda.revues.org, Karim Hammou, le 26 mars 2010

Appel à contribution – Revue L’homme et la société

Réponse avant le Samedi 30 octobre 2010

Agriculture et capitalisme mondialisé : Crise mais permanence d’un débat

Résumé

La crise économique et financière a eu un impact sur le secteur agricole et sur les producteurs eux-mêmes. Baisse des revenus des producteurs, fluctuations des prix, « émeutes de la faim » dans une quarantaine de pays, autant de signes annonciateurs d’un bouleversement du mode d’organisation des agricultures. Des questionnements surgissent alors sur le devenir de l’exploitation familiale, sur l’organisation des marchés agricoles, sur l’avènement de nouvelles pratiques agricoles, sur l’accès à la terre, et in fine sur l’identité professionnelle des paysans. Les rapports entre l’agriculture et le capitalisme mondialisé doivent donc être examinés sous différents angles (anthropologie, économie, droit, sociologie…). C’est pourquoi la revue L’homme et la société lance un appel à contributions pour un numéro consacré à l’agriculture et à la paysannerie dans le capitalisme mondialisé.

Annonce

La crise actuelle se distingue certes par la violence du choc financier, par la décomposition accélérée du modèle de croissance établi à partir des années quatre-vingt-dix aux États-Unis, débouchant sur une vaste littérature quant à la durée de cette crise, ses répercussions sociales, sans parler des interrogations resurgissant au sujet de la pérennité ou de l’arrivée aux limites du capitalisme. Elle se distingue tout autant par les effets qu’elle a exercés sur l’agriculture et les agriculteurs du monde entier. L’amplitude des fluctuations des prix des matières premières entre 2007 et 2009, les « émeutes de la faim » dans une cinquantaine de pays en développement qui en ont parfois découlé, le franchissement du milliard d’êtres humains désormais confrontés à la malnutrition, les phénomènes de razzia sur les terres agricoles de certains pays pauvres ou développés pour sécuriser les approvisionnements alimentaires des États loueurs ou acheteurs de ces terres comme la Chine ou la Corée du Sud, entraînant à la fois une dépossession foncière des paysans locaux, et une réhabilitation de ce que la mondialisation entendait éradiquer, à savoir la « souveraineté alimentaire », autant de signes révélateurs que la crise du capitalisme mondial a contaminé tous les secteurs, à commencer par l’agriculture.

Mais à y regarder de plus près, la crise agricole et alimentaire prend ses racines dans les processus enclenchés il y a un quart de siècle, processus s’inscrivant dans le tournant néolibéral visant au démantèlement des politiques agricoles et de tous les dispositifs de régulation, d’organisation des structures agraires, ayant conduit à des formes de dépossession des terres et de paupérisation des paysans, accompagnées de répercussions sur l’environnement. La mondialisation, les exigences du capital transnational et des institutions internationales ont favorisé l’émergence des grandes exploitations agricoles, dont les exemples brésilien et malaisien apparaissent comme les traductions les plus extrêmes, mais qui préfigureraient les structures productives agricoles de demain, caractérisées par une concentration accrue des exploitations, par de grandes surfaces et par une élimination des producteurs eux-mêmes. En découle une hyper-concurrence effrénée entre les pays producteurs de denrées agricoles et de produits alimentaires et désormais non alimentaires comme les agrocarburants, que l’Organisation Mondiale du Commerce ne parvient pas à réglementer tant sont puissants les intérêts des nations s’articulant aux pressions des firmes multinationales de l’agroalimentaire et de l’énergie. La vieille question de l’« absorption de l’agriculture dans le mode de production capitaliste », pour reprendre le titre d’un article célèbre de Claude Servolin, qui a suscité tant de débats depuis que Karl Kautsky l’a énoncée et analysée dans le sillage de Karl Marx, resurgit aujourd’hui. Quel est le devenir de l’agriculture dans Lire la suite

Prochains stages de l’Ecocentre de Gironde : Poêle de masse ou à inertie, restauration écologique du bâti ancien, ossature bois, terre, chaux, géobiologie, eau, isolation…

Solar rives de Garonne, communiqué, le 25 février

Prochains stages de l’Ecocentre de Gironde

Poêle de masse ou à inertie : du 12 au 16 avril 2010

Public : Tout public ayant l’envie et/ou l’expérience de la maçonnerie.

Formateur : Sébastien Laplace concepteur/constructeur de poêle à inertie.

Conception et construction d’un poêle de masse de type « Rocket Stove ». Le principe : un foyer à chargement vertical et à double combustion (1200°C en température de croisière) brûle du petit bois pendant environ 2 heures (préférence aux résineux). Ensuite les calories des fumées chaudes sont captées dans des conduits de briques de terre crue compressée (BTC). Ces calories sont restituées dans l’habitation pendant 12 à 24 heures par des rayonnements infrarouges d’une douceur incomparable. Les avantages en sont une fabrication  écologique et abordable aux auto-constructeurs, une combustion propre et économe et une chauffe saine et agréable.

La restauration écologique du bâti ancien du 26 au 30 avril 2010

Public : tout public désireux d’approcher la restauration/rénovation écologique d’un point de vue théorique et global à partir d’exemples concrets (professionnels, autoconstructeurs, amateurs éclairés…).

Formateur : Claude Micmacher, écoarchitecte fondateur de l’Ecocentre® du Périgord.

Il s’agira de faire un tour d’horizon de ce qu’il est nécessaire de maîtriser avant de programmer et d’entamer une restauration/rénovation

Principaux thèmes abordés :

– typologie des constructions anciennes (avant 1920 jusqu’à nos jours), respect des caractéristiques de chaque mode constructif,

– introduction au bioclimatisme, solaire passif, éco-conception,

– propriétés des matériaux écologiques,

– diagnostics et résolutions des éventuels désordres, adaptations aux rénovations précédentes,

– gestion écologique de l’eau et récupération des eaux pluviales.

Stages en prévision (non exhaustif) :

Ossature bois type cadre américain : ossature très légère utilisant Lire la suite

L’artificialisation des terres agricoles s’accélère, un phénomène qualifié de « catastrophe » par Nicolas Sarkozy

lemonde.fr, le 8 février 2010, Hervé Kempf et Clément Lacombe

La forêt ne gagne plus de terrain en France

L’artificialisation des terres agricoles s’accélère, un phénomène qualifié de « catastrophe » par Nicolas Sarkozy

C’est la rupture d’une tendance historique de plus d’un siècle : en 2008, la forêt a cessé de gagner du terrain en France, après une progression continue pendant plus de cent cinquante ans. Ce tournant majeur dans l’occupation du territoire a été observé par les statisticiens du ministère de l’agriculture, dont l’enquête Teruti sur l’utilisation du territoire a été publiée fin 2009 (Agreste, Chiffres et données, n° 208). Menée chaque année depuis les années 1960, l’enquête observe l’occupation des terrains sur plus de 300 000 points du territoire. En 2008, il est apparu que les sols boisés reculaient (16,946 millions d’hectares) par rapport au relevé précédent (16,974).

Ce tournant s’inscrit dans un phénomène général et continu de conversion des terres agricoles vers d’autres usages : jusqu’à présent, ce mouvement s’opérait partie par boisement, partie par urbanisation. C’est maintenant l’urbanisation, ou « artificialisation des sols », qui absorbe les terres agricoles abandonnées. Les chiffres montrent aussi que l’urbanisation des sols s’accélère : de 54 000 hectares par an dans la décennie 1982-1992 à 74 000 hectares par an sur les années 2006-2008. Ce rythme dépasse largement la croissance de la population.

Le sujet est pris au sérieux au plus haut niveau : le 25 janvier, lors de l’émission télévisée « Paroles de Français », Nicolas Sarkozy a ainsi dit : « Nous avons besoin de protéger les terres agricoles, parce que les terres agricoles, c’est l’équivalent d’un département qui disparaît par an, c’est une catastrophe. » C’est en fait en dix ans que l’équivalent d’un département est absorbé par l’artificialisation, mais le danger est réel. « Le gaspillage des terres agricoles continue inexorablement, écrit André Thévenot, président de la fédération des Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer). L’étalement urbain ne cesse de s’amplifier au détriment des espaces agricoles, forestiers et naturels périurbains, au risque de perturber les équilibres écologiques et territoriaux. »

Un spécialiste du cabinet d’études Solagro, Philippe Pointereau, s’inquiète même pour l’autonomie du pays : « Au rythme actuel de perte des terres agricoles, la France pourrait devenir franchement importatrice de denrées agricoles en 2050, et perdre son indépendance alimentaire. »

La cause essentielle du gaspillage de l’espace est le décalage entre le revenu agricole et le prix du foncier : il est toujours plus intéressant de vendre une terre à la construction que de la conserver en culture. Ainsi, le prix national des terres et prés libres est d’environ 5 170 euros l’hectare en 2008, selon les Safer. Mais si le terrain devient constructible, sa valeur est d’un coup multipliée par quatorze dans la Creuse, par cinquante dans la région toulousaine et même par… trois cents en région parisienne. Rares sont d’ailleurs les agriculteurs à tirer profit de cette culbute, puisque plus des deux tiers des exploitations sont en fermage.

Taxer les plus-values

Quelles solutions envisager ? Lire la suite

Face à une crise multidimensionnelle, nous opposons la radicalité et la cohérence de l’objection de croissance

actu.adoc-france.org, site, septembre 2009

La Plate-forme de convergence

De l’Assemblée constitutive de Beaugency, le samedi 19 septembre, est sortie une proposition de Plate-forme de convergence

Téléchargez le PDF.

Face à une crise multidimensionnelle, nous opposons la radicalité et la cohérence de l’objection de croissance.

Après la campagne Europe-Décroissance, première expérience de campagne politique nationale autour des idées de la Décroissance, pourquoi ne pas avoir l’audace de continuer cette aventure d’un mouvement politique dont les objectifs sont l’émancipation, le bien-être et l’épanouissement individuels et collectifs dans la simplicité volontaire ? Et par conséquent, l’audace de proposer à des individus, des associations, des collectifs, des réseaux, informels ou organisés, une plate-forme pour définir les contours de notre démarche, pour s’ouvrir à toutes celles et ceux qui pourraient s’y retrouver pour la construire ensemble, pour bâtir d’autres mondes écologiquement et socialement responsables, humainement décents et démocratiques.

La société de croissance accumule dramatiquement toutes les crises : énergétique, environnementale, sociale, économique, culturelle, politique. Mais il s’agit au fond d’un seul et même égarement : un monde devenu inhumain, comme si la croyance du « toujours plus » suffisait à donner du sens.

Face à la radicalité de ces « crises », nous opposons une autre cohérence : celle des sorties immédiates du capitalisme et de tout productivisme par toutes les alternatives concrètes de vie déjà existantes et à créer. Cette cohérence est notre radicalité. Nous ne voulons pas d’un autre développement, d’une autre croissance, d’une autre consommation, d’un autre productivisme. Nous voulons sortir de la religion de la croissance qui accroît les inégalités, qui dévore les ressources, qui épuise le vivant, qui confisque la dignité des humains.

Même si une croissance infinie dans un monde fini était possible, elle resterait absurde. Comment ouvrir des chemins vers d’autres mondes ?

Face à la stratégie classique de la prise de pouvoir préalable à tous changements, nous opposons la radicalité et la cohérence d’une Stratégie de l’Escargot.

La Décroissance ne doit pas seulement être le but d’un tel projet mais aussi son chemin et sa méthode. La stratégie politique de la Décroissance est une stratégie de rupture, et non pas d’accompagnement : cette stratégie de l’escargot, implique d’abord d’avoir abandonné l’illusion qu’il suffirait d’une prise préalable de pouvoir – qu’elle soit réformiste ou révolutionnaire – pour changer le monde. Nous ne voulons pas « prendre le pouvoir » mais agir contre les dominations en affaiblissant les pouvoirs ; et créer sans attendre les conditions de la maîtrise du sens de nos vies.

Notre rejet des chemins absurdes de la mondialisation marchande ne doit pas pour autant nous entraîner dans les impasses des Lire la suite

En 2010, construisez votre maison en terre et sauvez la planète

bastamag.net, Agnès Rousseaux, le 24 décembre 2009

En 2010, construisez votre maison en terre et sauvez la planète

Construire une maison en terre ? A l’encontre des idées reçues, ce système de construction est possible pratiquement partout. La moitié de la population mondiale vit dans une habitation en terre crue et non en béton. Ces bâtiments sont écologiques et quasiment inusables : certains sont encore debout après des millénaires. Alors, la terre, une ressource pleine d’avenir ?

Construire une maison de terre, ce n’est pas une lubie alternative de salon écologique. La moitié de la population mondiale vit dans des habitations en terre crue. Une tradition tombée en désuétude après 1945 dans les pays riches. « C’est un oubli paradoxal. En France, 15 % du patrimoine architectural est en terre crue  », souligne Romain Anger, chercheur au laboratoire CRATerre de l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble. Les maisons à colombage du Nord de la France sont, par exemple, constituées d’ossatures en bois remplies de terre. En Rhône-Alpes, 50 % des habitations sont construites en terre, selon la technique du pisé. « La norme était de construire avec ce qu’on avait sous les pieds. C’est la logique de la Muraille de Chine : là où le sol est en terre, la muraille est construite en terre. Lorsqu’il y a de la pierre, le matériau principal est la pierre. Comme un caméléon, la construction change de nature selon l’environnement ». Une réalité aujourd’hui oubliée en France, où on préfère transporter des matériaux sur de grandes distances.

Relocalisation des emplois et faible empreinte écologique

Aujourd’hui, dans la plupart des constructions, la terre est considérée comme un déchet. Elle est extraite des chantiers et transformée en collines artificielles reboisées. La terre est pourtant le matériau idéal. D’abord parce que c’est une matière recyclable sur place : les bâtiments détruits retournent à la terre, et celle-ci peut être recyclée indéfiniment. Elle ne subit pas de transformation chimique. La terre crue ne nécessite pas d’apports énergétiques pour la cuisson [1], elle est peu chère, et s’intègre dans le paysage.

Construire en terre, c’est aussi favoriser une relocalisation des emplois, puisque la production peut s’effectuer tout près des chantiers. Sans compter que la terre confère aux habitations un grand confort climatique grâce à son inertie thermique : elle garde une température constante, et écrête les pics de chaleur. Les constructions en terre crue ont une empreinte écologique proche de zéro ! Alors que la fabrication du ciment est à l’origine de 5 % des émissions de CO2 en France : la production d’une tonne de ciment correspond à une tonne de Co2 émis. Quand on sait que le secteur du bâtiment est responsable de 23 % des émissions (soit autant que l’industrie), construire en terre représente une alternative intéressante pour réduire les émissions.

Une ville durable vieille de 5000 ans

Construire en terre est une tradition ancestrale. Elle date sans doute de Lire la suite

Ecoconstruction : La maison en paille et en bois, ils y croient

ouestfrance-immo.com, Élodie Dardenne, le 14 août 2009

La maison en paille et en bois, ils y croient

Les temps ont changé, l’écologie est devenue la préoccupation de tous. Hier fantaisie d’une poignée de privilégiés, aujourd’hui la maison écologique est dans l’air du temps. Rencontre.

Cornillé, petit village d’à peine 700 âmes. C’est ici que Madeleine et Gérard David, ont décidé de se lancer dans un nouveau projet « une maison passive, qui produit sa propre énergie, et qui est également saine et écologique ». Ce projet, ils en rêvaient pour leur retraite, alors ils ont contacté l’association Empreinte, basée à Messac et spécialiste de l’habitat écologique.

Former à la construction des maisons passives

Empreinte, qui œuvre pour la promotion d’un habitat passif et écologique, propose à des particuliers des conseils pour lancer leur projet d’habitation « on invite souvent les gens qui ont un projet de visiter d’autres chantiers et de se former ensuite lors de stages pour découvrir le travail et surtout éviter que de grosses erreurs soit commises », explique Fabrice Auvé, président de l’association créée en 2004.

Car c’est bien là que repose l’originalité du projet : aller se former sur d’autres chantiers pour pouvoir un jour sinon construire complètement sa maison, au moins être capable d’intervenir sur une partie, « construire une maison en paille et en bois ne se fait pas comme ça, il faut apprendre une technique très pointue et les stages permettent cela. Nous sommes deux formateurs et dix stagiaires sur cette maison ».

Gérard et Madeleine David ont décidé de construire à côté de leur première habitation, cette nouvelle maison de 120 m2. Elle devrait être terminée d’ici fin 2010-début 2 011, « nous avons beaucoup d’amis qui sont curieux de ce projet et qui viennent nous aider ». Fabrice Auvé le rappelle, la plupart des maisons sont en partie auto-construites, « certains construisent en un an d’autres prennent leur temps et mettent trois ans ».

Plus de 500 maisons en paille en France

L’origine des maisons de paille n’est pas nouvelle. La plus vieille maison en paille de France date de 1921, « aux États-Unis il y en a de plus vieilles encore ». L’espérance de vie pour ces maisons écologiques tourne autour de 100 ans. En Europe si l’idée a fait son chemin aujourd’hui, pendant longtemps on a négligé cette forme d’habitat, « on compte aujourd’hui à peu près 500 maisons en paille ou projets en cours ». L’association Empreinte regroupe Lire la suite

Résumé de l’article collectif de la revue Entropia n° 6 : Crise éthique, éthique de crise ?

biosphere.ouvaton.org, printemps 2009

Résumé de l’article collectif de la revue Entropia n° 6 : Crise éthique, éthique de crise ?

Entropia, terme grec signifiant « se retourner », a été introduit dans le vocabulaire scientifique en 1874 par le physicien Clausius pour désigner la dégradation de l’énergie, ce qui condamne l’humanité à limiter sa consommation aux capacités de régénération de la biosphère. Ce nom était donc tout indiqué pour désigner la muse inspiratrice d’une revue des objecteurs de croissance.

1/3) Résumé du chapitre Objections d’ici et d’ailleurs à l’éthique de la croissance de Pierre Charbonnier

Les étapes de la modernité sont bien connues : l’éthique anthropocentrée des religions du livre et le désenchantement de la nature qu’elle implique ; le mouvement d’objectivation de la nature au tournant du XVIIe siècle, ainsi que les révolutions techniques qu’il a suscitées ; la mise en place progressive d’institutions juridiques et économiques garantissant l’accès des individus aux espaces et ressources à exploiter ainsi qu’aux moyens de les échanger. Mais comme tout ce qui domine, l’éthique moderne de la croissance a dû gagner sa place contre des morales et des pratiques rebelles. L’ethnologie accumule depuis un bon siècle les témoignages d’hommes et de femmes qui ne regardent pas leur environnement comme un espace étranger à eux et offert à leur emprise. On a affaire à des éthiques et pratiques profondément marquées par l’idée de sobriété.

Le fait qu’une société donnée se reconnaisse une identité avec les non-humains en général, avec une partie d’entre eux, ou même avec aucun d’entre eux, comme c’est le cas de notre société, est le fait de l’arbitraire des constructions symboliques humaines. Autrement dit, chaque être humain dispose des aptitudes mentales qui peuvent faire de lui un Occidental, un Achuar (de l’ethnie Jivaro), ou un membre de n’importe quelle société. Une fois ces dispositions éduquées et spécialisées, l’individu perd son humanité générique pour endosser celle, plus restreinte, qui domine à l’endroit et au moment où il vit.

La neutralisation éthique du rapport à la nature dans l’Occident moderne, qu’Aldo Leopold identifie comme la raison principale de l’absence d’une véritable « éthique de la terre » dans notre société, doit s’inverser. Au modèle dualiste qui suppose l’extériorité réciproque entre le milieu exploité et la société qui l’exploite, doit succéder un modèle moniste, où les activités humaines prennent place comme un des aspects intégrés d’un ensemble plus vaste de relations. Informée et guidée par la science écologique, cette praxis socio-environnementale doit s’accompagner d’une représentation de l’homme où celui-ci n’est qu’un segment du cycle total des dons et contre-dons que se font entre eux les êtres naturels. La formule de communauté biotique est l’appui nécessaire d’une redéfinition radicale de ce qu’est la vie bonne, et cela à l’échelle collective.

 Mais que peut valoir ce manifeste pour reconnaître la valeur culturelle de la nature sauvage ? Entre l’expérience individuelle d’un écologue philosophe et la mutation historique qui se fait attendre, l’écart est immense. Que peut-on faire de l’écho que se renvoient anthropologie et éthique environnementale ? Le constat des crises environnementales présentes et à venir ne semble avoir pour l’instant fait son effet qu’au niveau des dispositions psychiques, suscitant un décalage ontologique. La justification écologique des choix individuels se répand aujourd’hui autour de nous sans que son corrélat institutionnel n’intègre ces représentations à une légitimité publique. Il est légitime d’espérer que de la culture moderne naîtra une autre culture, pour laquelle la responsabilité écologique sera toute autre chose qu’un compromis factice avec le système actuel.

2/3) Résumé du chapitre Vie et Lumière, Croissance et Décroissance de Philippe Leconte

Ernst Schumacher avait tiré la sonnette d’alarme : « Toute multiplication des besoins tend à augmenter la dépendance à l’égard des forces extérieures qui échappent à notre contrôle, et alimente par conséquent la peur existentielle. Ce n’est qu’en réduisant ses besoins que l’on peut encourager une authentique réduction des tensions fondamentalement responsables des luttes et des guerres (in Small is beautiful) ».

La nature a le pouvoir d’arrêter les processus de croissance. Chez l’animal supérieur par exemple, la croissance est très finement contrôlée. Seuls la peau, les ongles et les poils croissent sans cesse comme chez des végétaux. Après une blessure, une intense activité de division cellulaire reconstitue la peau. Puis une fois la plaie refermée, le processus cesse. Une cellule normale a constamment besoin que l’organisme lui envoie des signaux pour confirmer son utilité. Elle peut mourir sur ordre, c’est l’apoptose. Ainsi, la beauté de la vie s’épanouit à chaque instant dans un équilibre entre l’impulsion de croissance et sa retenue. De même, des peuples entiers ne sont pas entrés dans la course à la croissance. Et Pierre Rabhi pose justement la question de la décroissance en terme de sens : « Je préconise une réorganisation dans laquelle la satisfaction d’être et la satisfaction d’agir puissent avoir du sens. Ce qui a du sens, c’est d’avoir l’impression que notre vie n’est pas en train d’être gaspillée à faire des choses inutiles, voire du rebut et des déchets. »

Il est très difficile de dire ce que signifie le mot sens. Lire la suite

Quand M. Allègre invente « l’écologie productive », la planète pleure

lespetitspoissonsrouges.org, Corinne Morel Darleux, le 17 juillet 2009

Quand M. Allègre invente « l’écologie productive », la planète pleure

Dans une tribune publiée ce jour dans Libération, M. Allègre poursuit son entreprise de sape. Avec des positions pour le moins partielles et partiales…

Mal informé, l’ancien Ministre ? Aidons-le un peu.

Quand il mentionne le Club de Rome, le concept de décroissance et la notion de frugalité (pour les taxer d’écologie « dénonciatrice et punitive »), on mesure bien l’étendue de son cadre de référence politique. Le plus loin qu’il daigne aller sur le terrain de la radicalité, c’est Nicolas Hulot et les Verts, ces dangereux extrémistes… Visiblement M. Allègre n’a jamais entendu parler des objecteurs de croissance ni de la sobriété joyeuse… Chiche, on l’abonne à la Décroissance ?

Quand il évoque le nucléaire, c’est pour nous annoncer que la 4e génération multipliera les réserves d’uranium par 100 (il doit vouloir dire le temps d’épuisement des réserves, mais passons) et détruira les déchets à vie longue. Petit décryptage d’utilité publique : sous l’appellation de « 4e génération », c’est en fait le retour en fanfare du projet Superphénix, pourtant fermé en 1997 sous la pression de l’opinion publique (aka nous, les rétrogrades). Et ce, après avoir englouti 10 milliards d’euros ! Un réacteur fonctionnant au sodium, hautement inflammable au contact de l’air et de l’eau, une centrale toujours en cours de démantèlement et à hauts risques… La seule chose certaine dans ce type de projet, c’est sa capacité à engloutir plusieurs milliards d’euros, sans garantie de résultats. Autant d’argent public qui ne sera pas affecté aux nécessaires programmes de maîtrise de l’énergie ou de développement des renouvelables… On l’inscrit à Sortir du Nucléaire ?

Quand il dénonce les méfaits de l’agriculture chimique, on se prend à espérer à un salutaire retour à la réalité. Raté. C’est pour mieux nous livrer sa solution miracle : les plantes génétiquement modifiés (PGM) ! On se pince. Et si on suggérait à Sarkozy, qui voulait en faire son Ministre, de l’inviter lors de son prochain déplacement éclair dans les pays du Sud ? Pourquoi pas en Inde, tiens, où les paysans sont acculés à la ruine par Monsanto, ou en Afrique du Sud où 82 000 hectares de maïs génétiquement modifiés se sont avérés stériles ? Mais fi de la souveraineté alimentaire ! Pour M. Allègre, l’avenir de l’agriculture doit être envisagé à l’aune du droit des agriculteurs (du Nord, sans doute) à « être compétitifs sur un marché désormais international de plus en plus sévère ». Allez, on l’abonne à une AMAP ?

Enfin, la coupe ne saurait être pleine sans cette bonne tarte à la crème de la foi scientiste volant au secours du climat. Kyoto est un fiasco, Copenhague ne sera pas mieux ? Pourquoi pas… Une seule solution : l’innovation ? Pourquoi pas… Mais pas n’importe laquelle, attention, car après quelques considérations floues sur les renouvelables, on sent bien que l’avenir de l’ « écologie dynamique », celle qui crée des emplois et relance la compétitivité, s’appelle pour M. Allègre : capture et stockage du CO2 ou encore voitures électriques (voilà qui assurerait la croissance de l’industrie nucléaire, au moins ce monsieur est cohérent). Dites, on lui offre un vélo ?

Pour Allègre, l’écologie « non productive » signerait l’arrêt du progrès. Lui appelle de ses voeux une « société de liberté, de libre entreprise et de progrès constant », enfin, une « vision Lire la suite

La grande catastrophe écologique est prévue pour 2030

 

libertesinternets.wordpress.com, Gregor Seither – IES News Service, le 21 mars 2009]

La grande catastrophe écologique est prévue pour 2030, dite le chef du conseil scientifique britannique

Si vos gosses vous demandent quel métier choisir quand ils seront grands, dites leur que paysan/marraicher c’est un métier d’avenir… Et commencez déjà à leur chercher un lopin de terre à exploiter…

Le directeur du conseil scientifique du gouvernement britannique, le Professeur John Beddington, tire la sonnette d’alarme : les effets combinés de la crise alimentaire, de la limitation d’accès à de l’eau potable et de la raréfaction des sources d’énergie risquent de provoquer des émeutes, des conflits transfrontaliers et une vague massive d’immigration de réfugiés cherchant à fuir les régions les plus affectées. Pour le professeur Beddington, ces crises deviendront aigues dès 2030.

Dans un discours devant les participants de la conférence Sustainable Development UK, organisée par le gouvernement britannique à Westminster, Beddington a expliqué que l’accroissement démographique, les succès des programmes d’amélioration de la santé et de lutte contre la pauvreté ainsi que la croissance économique des nations émergentes ont pour conséquence un accroissement exponentiel de la demande en nourriture, eau potable et ressources énergétiques. L’accroissement de cette demande, qui devrait aller en s’accélérant au cours des 20 prochaines années, survient à un moment où les pays de la planète sont confrontés à une autre urgence : modifier leurs comportements énergétiques et de consommation afin de lutter contre l’émission des gaz à effet de serre. (…)

Toujours selon le Prof. Beddington, si les prix alimentaires se sont à nouveau tassés après leur forte augmentation l’an dernier, la production mondiale de céréales telles que le blé ou le mais n’arrive toujours pas à suivre la demande. Aujourd’hui les réserves mondiales ne représentent que 14% de la demande annuelle, un taux tellement bas qu’il suffirait d’une sécheresse, d’une inondation ou d’une mauvaise récolte dans une région productrice majeure pour faire à nouveau exploser les prix.

“Une inondation comme celle qui a frappé les Etats-unis l’an dernier ou encore un été trop sec en Chine suffiraient à faire basculer la situation. Les prix grimperaient à nouveau, déclenchant des émeutes de la faim à travers le monde. Et cette fois ci la gouvernance mondiale alimentaire n’a plus les moyens de réguler les prix en mettant des réserves sur le marché” explique Beddington, “car la majorité des réserves ne sont pas stockées dans des hangars mais sont simplement des tonnages d’aliments actuellement en transit entre les différents ports“.

Nos réserves alimentaires n’ont jamais été aussi basses depuis 50 ans, alors que nous devons accroître notre production alimentaire de 50% d’ici à 2030. Et simultanément il va nous falloir 50% de plus d’énergie et 30% de plus d’eau potable.”

Cette situation explosive représente la plus grande menace pour la stabilité et la paix mondiale qui ait jamais existé. Des centaines de millions d’hommes et de femmes vivent dans les régions les plus exposées et n’auront pas d’autre choix que de partir pour tenter de survivre ailleurs. Les sources de conflits, d’épidémies, de guerres seront innombrables… et jusqu’à présent l’humanité n’a encore jamais apporté la preuve qu’elle savait gérer ce genre de situation.“

Avant d’occuper le poste de Conseil scientifique en chef du gouvernement, John Beddington était professeur de Biologie démographique appliquée (population biology) au Imperial College de Londres. Il est reconnu comme un expert mondial sur Lire la suite

Des légumes solidaires à consommer au rythme des saisons

midilibre.com, Olivier SCHLAMA, le 23 mars 2009

Des légumes solidaires à consommer au rythme des saisons

Acheter, sous forme d’abonnement, un panier de légumes de saison par semaine : c’est ce que proposent les Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) en plein boom. Le principe, qui permet de partager les risques et le coût des aléas climatiques, est une nouvelle forme de production, généralement bio, plus écolo, qui n’est plus soumise au sacro-saint prix du marché. L’acheteur de ces produits extra-frais devient un « consomm’acteur » éclairé et impliqué. Pour le pionnier des Amap, Daniel Vuillon, ce système répond aujourd’hui parfaitement aux angoisses du consommateur…

Sur la façade, la croix du Languedoc brille même sous le ciel laiteux. En un an, les yeux de Magali Dorques se sont éclairés : 130 familles renouvellent en ce moment le contrat de confiance avec l’Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) qu’elle a créée à Villeveyrac (Hérault) à l’Enclos de la potagère. C’est l’une des 1 500 Amap de France (elles étaient 50 il y a deux ans) ! Une constellation qui remodèle le paysage et ce, en dehors des circuits traditionnels de distribution. « Au début, on se disait, avec Denis, mon compagnon : « ça ne marchera pas ». On passait pour des hurluberlus. » Magali Dorques disposait d’atouts : d’abord 8 hectares de belle argile, parcourus d’un système préexistant d’irrigation unique. Malgré la petite taille de l’exploitation et le peu de mécanisation, c’est une réussite qui ne recourt ni aux subventions ni aux contrats avec une collectivité. « Nous pensons même acheter d’autres terres », espère Magali Dorques, élue récemment présidente de la toute nouvelle fédération régionale des Amap du Languedoc-Roussillon, qui compte déjà dix Amap. Satisfaction suprême, son banquier n’a pas eu besoin de lui prêter un euro.
Pensez donc, une femme qui s’installe en bio sans emprunter ! Magique, le mot d’Amap a déclenché quelques impostures, dérapages et même un engouement institutionnel. Il faut dire qu’il est source d’aides, via le fonds social européen – 1 M€ pour quatre ans dans l’Hérault – par exemple. Pas question que l’État récupère cette réussite. « Les Amap doivent rester des Amap », s’arc-boutent des acteurs du secteur. Comment s’est bâtie cette success story ? En faisant respecter une éthique. « Les vraies Amap qui marchent sont celles qui ont pris le temps de se construire », définit Daniel Vuillon. Premier en France à importer ce concept des États-Unis, il y a bientôt dix ans, à Aubagne puis à Ollioules, cet érudit (lire ci-contre ) dit : « Dans notre ferme, nous nourrissons 210 familles et 170 sont sur liste d’attente. La demande est très forte, surtout des jeunes, d’une nourriture bonne et saine. » Ensuite, la formule (partager l’incertitude de la production) implique naturellement les abonnés dans « leur » exploitation. Et, évidemment, les légumes – mais aussi des oeufs, céréales, du vin, de l’arboriculture, etc. – sont extra-frais : « Habituellement, un chou-fleur bio reste légèrement amer, il se passe du temps. Ici, cueilli la veille au soir, il est sucré ! » Ça fait rêver. L’idée, aussi, c’est qu’il y a trop de produits superflus et trop de superflu dans les produits. « Les gens veulent bien bouffer, consommer local, être des « consomm’acteurs » et voir comment ça pousse. C’est une autre façon d’acheter » , reprend Magali Dorques. Et puis, à Villeveyrac, on n’est pas chez « un distributeur de paniers » , comme on dit d’une Amap qui a mal tourné. Elle ajoute : « Nous gagnons 1 000 € chacun avec mon mari et on dépense 50 % de nos revenus dans l’alimentation bio. C’est un choix. »

Choisir une Amap, c’est acheter ce qui veut bien pousser. Pas de fraises en hiver donc… Lire la suite

Aimer les paysans !

actionconsommation.org, Yann Fiévet, 3 février 2009

Aimer les paysans !

L’une des leçons économiques majeures de la dernière décennie sera – quand on en aura pleinement pris conscience au Nord comme au Sud – la faillite générale des stratégies agricoles mises en œuvre à partir des années 1960. On redécouvrira partout demain le rôle prépondérant des paysans dans l’évolution équilibrée des sociétés humaines et des milieux naturels qui les portent. Pour le moment les tenants des modèles agro-technocratiques parviennent encore à dissimuler l’ampleur de la déconfiture du « monstre » qu’ils ont engendré et apparaissent toujours comme « progressistes » aux yeux des croyants du salut de l’humanité par la transformation des sols en paillasse de laboratoire. Cependant, le vrai progrès est déjà à l’ouvrage, dans les marges des systèmes dominants maintenus artificiellement en vie grâce aux perfusions financières, chimiques ou scientistes.

Toute révolution mentale commence par détruire les mythes de l’ordre ancien. On avait décrété trop vite « la fin des paysans ». Certes, la figure du paysan défini par Henri Mendras en 1967 dans son célèbre ouvrage n’existe presque plus quarante ans plus tard dans nos contrées. Il faut tout le talent cinématographique et ethnographique d’un Raymond Depardon pour faire vivre brillamment les survivants d’un monde submergé par les fastes dérisoires de la modernité. Pourtant, si le paysan maître de son labeur et de son temps, cultivant péniblement sa terre a disparu chez nous il est illusoire de voir dans sa disparition le signe premier et décisif de l’avènement de son successeur naturel : l’agriculteur exploitant rationnellement la terre. Il n’est rien de plus faux que cette dichotomie entre le paysan qui incarne la tradition qu’il faut nécessairement dépasser et la modernité qu’incarnerait l’entrepreneur des campagnes rationalisées. Finalement, il n’a pas fallu si longtemps pour réaliser que cultiver une terre c’est l’entretenir, la faire durer tandis qu’exploiter la terre c’est l’appauvrir puis la détruire à terme bref.

Entre la figure disparue à jamais et l’épouvantail qui bientôt sera nu, il y a toute la place pour des hommes et des femmes respectant de nouveau la terre nourricière. Qu’ils se nomment encore paysans ou qu’ils préfèrent se dénommer agriculteurs paysans, ils (ré)inventent les formes d’une agriculture durable pour une transmission convenable aux générations futures. Ils veulent vivre du fruit de leur travail et non de subventions quémandées et sans cesse renégociées par des représentants à la légitimité douteuse. Ils veulent ne pas trop – voire pas du tout – dépendre du complexe agro-bio-business pour leurs semences, la nourriture de leurs animaux d’élevage, leurs débouchés sur le marché qu’ils souhaitent plus équilibré. Ils développent des circuits courts par la vente directe aux consommateurs qu’ils apprécient de rencontrer quand la Grande Distrib’ méprise ce lien social essentiel. Bref, ils aiment la terre et ses fruits, la vie, les autres…

Chaque jour désormais, le consommateur se tourne davantage vers eux et voudrait se détourner au contraire des faiseurs de mal bouffe. Le moment est donc venu de « pousser » l’offre de l’agriculture paysanne par un basculement des subventions de l’agriculture productiviste prédatrice des écosystèmes vers le financement de la conversion des terres et l’installation de nouveaux paysans aux « méthodes douces ». Il faut mettre un frein – et pourquoi pas un coup d’arrêt – au mouvement de Lire la suite

Kempf : Dépasser la dictature du PIB par l’empreinte écolo

Le Monde, Hervé Kempf, le 31 janvier 2009

Dépasser la dictature du PIB

Prononcez le mot de « décroissance » devant un économiste, et vous le verrez lever les yeux au ciel, vous accuser de vouloir la misère du tiers-monde et, vraisemblablement, tourner les talons en fulminant contre les écologistes rétrogrades. Mais il se trouve que… nous sommes déjà en décroissance. Par la crise, qui fait reculer pour la première fois depuis longtemps le niveau du produit intérieur brut (PIB) ? Non. Du fait de l’atteinte continue que l’humanité inflige au capital naturel de la planète, c’est-à-dire à l’ensemble des ressources biologiques qui servent de support à ses activités.

Mais, si cette atteinte est documentée par des milliers d’études sur le changement climatique, la crise de la biodiversité, la multiplication des pollutions, elle souffrait de ne pas pouvoir être synthétisée par un indicateur significatif. Rien à opposer au règne du PIB – qui en est venu à devenir le fétiche de l’enrichissement et du bien-être. Hausse du PIB, bien. Baisse du PIB, mal. Et quand le PIB monte, et que pourtant, la société exhibe de manière de plus en plus manifeste ses malaises et ses tensions, c’est… qu’il ne monte pas assez ! Quant à la crise écologique, eh bien, c’est une autre affaire, que le PIB ne peut pas mesurer, et qui est donc secondaire…

NOUVEAUX INDICATEURS

De la même manière qu’il a fallu passer de la médecine des docteurs moqués par Molière à la médecine infectieuse inspirée par Pasteur, de même il faut passer d’une « science économique » à une vision de la société humaine au XXIe siècle qui pense la prospérité générale en relation avec son environnement. Il y faut, pour commencer, de nouveaux indicateurs. La bonne nouvelle est que, depuis une dizaine d’années, un tel indice s’est progressivement développé et affermi : « l’empreinte écologique » suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques.

Le livre d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran vient donc à point : expliquant en termes clairs et rigoureux la méthode élaborée par Mathis Wackernagel et William Rees depuis une dizaine d’années, il est à notre connaissance la première présentation en français de cet outil essentiel. L’exposé commence par la question première : « En quoi la capacité de l’environnement à répondre à nos besoins actuels et à venir est-elle limitée ? » Pour le comprendre, un rappel du fonctionnement général de la biosphère souligne le jeu des interrelations qui s’y établissent et que l’énergie en est fournie par le Soleil, à travers différentes formes dont celle, essentielle, de la photosynthèse.

L’économie est ramenée à la modestie : « La sphère des activités humaines (« l’éconosphère ») est intimement dépendante de la biosphère dont elle tire son énergie et ses matières premières. » Donc, « l’activité humaine ne saurait continuer à se développer sur le long terme si la biosphère venait à être trop gravement endommagée« . Mais « l’éconosphère mobilise-t-elle aujourd’hui davantage de services issus de la biosphère que celle-ci peut en régénérer ? »

Pour répondre Lire la suite

A vendre : pays pauvres

nouvelobs.com, Nº 2303, Doan Bui, le 23 Décembre 2008

20 millions d’hectares sur le marché

A vendre : pays pauvres

Comment nourrir son peuple quand on a trop d’habitants et trop peu de terres cultivables ? Il suffit d’aller les chercher où elles sont. C’est ainsi que la Chine, la Corée du Sud ou les Etats du Golfe se sont lancés dans une véritable course à la terre. Ce ne sont pas seulement des récoltes qu’ils achètent mais des régions entières, dans des pays qui ont déjà du mal à alimenter leur propre population. Doan Bui raconte les premiers épisodes de ce qui sera une des grandes batailles du XXIe siècle : celle de la nourriture.

Le Soudan, j’achète !», «Et moi, le Kazakhstan !» Imaginez un Monopoly où l’on n’achèterait plus des rues, mais des pays entiers. Evidemment, comme au Monopoly, les gagnants seraient ceux qui amasseraient le plus de terres, bref, les plus riches à la banque. Les perdants ? Eh bien, ce serait les fauchés, obligés de céder leur bout de terrain pour renflouer les caisses. Ce Monopoly serait un peu particulier. Il s’agirait non pas de construire des immeubles, mais d’installer des tracteurs et des machines agricoles pour produire du blé, du riz, du maïs. Bref, de la nourriture. Ce serait un jeu où les nantis, au lieu de piquer l’hôtel de la rue de la Paix au voisin ruiné, lui faucheraient ses récoltes futures. Amusant, non ? Sauf qu’il ne s’agit pas d’un jeu.

Depuis quelques mois, une gigantesque partie de Monopoly planétaire est en train de se jouer. Et les participants jouent vite. Et gros. D’un côté, des pays riches ou émergents comme la Chine, la Corée du Sud ou les pays du Golfe, qui tous s’inquiètent pour leur sécurité alimentaire. De l’autre, une cohorte de pays pauvres comme le Soudan, l’Ethiopie, l’Ouganda, l’Indonésie, Madagascar… Des pays aux caisses désespérément vides, mais à qui il reste une richesse : leurs terres, si vastes, si prometteuses. A vendre ou à louer.
La terre ! Pour elle, les pays se sont déchirés en guerres meurtrières. Pour elle, les conquistadors ont bravé les mers inconnues, décimé les populations locales afin d’y planter leur drapeau. «La ruée vers les terres n’est pas un fait nouveau. Mais c’est peut-être la première fois dans l’histoire que le phénomène est complètement mondialisé. Et que le rythme est si rapide», s’inquiète Paul Mathieu, expert de la gestion des terres à la FAO (Food Agriculture Organization). Les cris d’alarme de la FAO ont été éclipsés par le krach financier. Et pourtant la crise alimentaire risque d’empirer. Conséquence directe des émeutes de la faim du printemps, les pays importateurs nets de nourriture ont fait de la sécurité de leurs approvisionnements alimentaires leur objectif politique numéro un. Début novembre, la Corée du Sud vient de frapper un grand coup en raflant la moitié – vous avez bien lu : la moitié ! – des terres arables de Madagascar (voir encadré ci- dessus). Mais ce n’est qu’un début. On parle de millions d’hectares en Indonésie ou en Afrique. «On n’arrive même pas à avoir des chiffres exacts tellement cela change vite», se plaint Paul Mathieu. Même l’Ethiopie, où plane à nouveau le spectre des grandes famines, veut entrer dans la danse. Pas comme acheteur, mais comme vendeur. Le Premier ministre éthiopien a déclaré qu’il était «plus que désireux» de signer des accords avec les pays du Golfe. De quoi donner des sueurs froides à Jacques Diouf, le patron de la FAO, qui s’inquiète du «risque d’un néocolonialisme agraire».

Parmi les néocolons, voici les pays du Golfe. Ils ont du pétrole, des dollars. Mais pas d’eau : il y fait si chaud et si sec qu’il faut rafraîchir les quelques bêtes du cheptel avec des ventilateurs et des machines à va peur pour éviter qu elles ne meurent… Comment nourrir la population ? Lire la suite

Agriculture, bonne pioche au Burkina Faso

Libération, mardi 16 septembre 2008, Envoyé spécial au Burkina Faso Yves Sciama

Bonne pioche au Sahel

Agriculture. Au Burkina Faso, des paysans ont développé des techniques simples pour augmenter les rendements des cultures de 30 %. Et stopper la désertification. Reportage.

Le long des routes rectilignes et plates du Burkina Faso, à travers l’air qui tremble de chaleur, on les voit défiler sans fin, ensablés ici, écroulés là, toujours renaissants : des murets de pierres empilées, hauts comme la main, une vingtaine de centimètres au maximum. Ils ont commencé à quadriller la campagne sahélienne après les grandes famines des années 70, et depuis, ils s’allongent, se multiplient, s’entrelacent, totalisant des milliers de kilomètres. Ici, les experts les appellent des «cordons pierreux». Bâtis au prix d’heures de travail éreintant sous un soleil hostile, ils sont l’instrument d’un ensemble d’innovations agronomiques discrètes, parfaitement low-tech, et qui ont pourtant l’ambition de faire la révolution verte en ces terres désolées. Leur horizon ? Rien moins que la victoire sur la désertification et la famine sur un territoire grand comme dix fois la France, où vivront bientôt 100 millions d’habitants. Plus prosaïquement, il s’agit d’instaurer au Sahel des modes de culture qui assurent la sécurité alimentaire des hommes, et la bonne santé des écosystèmes qui les nourrissent.

Explosion démographique. Il y a urgence car la terre, ici, va s’épuisant sous l’effet de pratiques agricoles bouleversées par l’explosion démographique. Jusque dans les années 60, les paysans sahéliens pratiquaient la jachère. Afin de maintenir leurs rendements, ils abandonnaient périodiquement leur parcelle pour aller défricher la brousse, puis y revenaient plusieurs dizaines d’années plus tard. Mais l’accroissement de la population sahélienne (+ 3 % par an !) a augmenté la pression sur les terres cultivables et fait exploser ce système ancestral : aujourd’hui, les jachères disparaissent, la terre est surexploitée tandis que la consommation de bois de feu, croissante, décime les arbres, dont les ruminants, omniprésents, empêchent la repousse… Ainsi les Sahéliens sont-ils piégés dans un cercle vicieux bien connu des agronomes des zones arides : les sols à la végétation raréfiée sont exposés à l’érosion stérilisante du vent et surtout de pluies qui sont, ici, à la fois rares (entre juin et septembre) et violentes. La végétation ne retient plus la terre qui ne retient plus l’eau des orages qui entraînent la terre. De vastes plaques désertiques encroûtées, les «zipélés», grandissent puis convergent… Ainsi, la désertification avance. Pis, le réchauffement climatique devrait accélérer sa marche, en apportant dans cette région des précipitations accrues réparties sur une saison encore plus courte.

Partie perdue ? Lire la suite

Face aux inondations, repenser l’affectation des sols

Le Monde, 15 septembre 2008, Gaëlle Dupont

Face à l’aggravation des inondations, repenser l’affectation des terres et des sols

Depuis plusieurs semaines, des inondations dévastent de nombreuses régions du monde. En Inde, le bilan officiel fait état de près de cent cinquante morts et de millions de sinistrés. En Afrique de l’Ouest, une quarantaine de personnes sont mortes et 130 000 auraient été affectées. En Haïti, les inondations et coulées de boue consécutives au passage des tempêtes tropicales Fay, Hanna, Gustav et Ike ont provoqué la mort de plusieurs centaines de personnes et en ont touché près d’un million d’autres. La Grande-Bretagne et le Vietnam ont également été frappés, mais dans des proportions moins importantes.

Au-delà des pertes humaines, les conséquences sont multiples : destruction d’habitations, d’infrastructures, de récoltes, diffusion de maladies hydriques comme le choléra, déplacements de populations… « De nombreuses personnes perdent leurs moyens de subsistance. Elles sont contraintes de quitter leur lieu de vie et de vendre tous leurs biens ou d’emprunter de l’argent, simplement pour se nourrir, explique Colin Green, du Centre de recherche sur les inondations, basé à l’université du Middlesex, en Grande-Bretagne. Elles peuvent mettre des années à se remettre, voire ne pas se remettre du tout. » D’autant plus que les personnes touchées, qui résident dans des zones vulnérables où le prix du logement est bas, sont également les plus pauvres.

Les inondations sont chaque année plus nombreuses, et cette évolution devrait se poursuivre. En 1990, le Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED) en avait dénombré une soixantaine, contre plus de 200 en 2007. Pour cette dernière année, elles ont provoqué 8 500 morts, affecté 177 millions de personnes et ont causé des pertes évaluées à 17 milliards d’euros.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance, en premier lieu le changement climatique. « Le cycle de l’eau est la partie la plus sensible du système climatique, explique Andras Szöllösi-Nagy, chef du programme hydrologique de l’Unesco. Sous l’effet du réchauffement des températures, il pourrait être en train d’accélérer. »

Les conséquences de ce phénomène sur la distribution des précipitations sont discutées au sein de la communauté scientifique, mais un consensus se dégage sur la probabilité de subir plus fréquemment des pluies intenses, et donc des inondations. Parler de crue décennale ou centennale n’a plus de sens, proclament les hydrologues. Lire la suite

Grenelle et Education à l’environnement pour le DD

NaturaVox, lundi 15 septembre 2008, RG

Cerise sur le gâteau Grenelle

L’éducation a eu toutes les peines du monde à faire sa place dans le processus du Grenelle de l’environnement. Voilà, en fin de parcours, la sensibilisation, l’information et la formation du public aux questions d’environnement et de développement durable qui viennent se faire leur place. Cela pourrait bien être le signe d’une réelle avancée.

Le « Comop 34 » a démarré ses travaux le 4 septembre dans les locaux du cabinet de Jean Louis Borloo. Un Comop c’est un comité opérationnel chargé de mettre en musique les résolutions qui sont prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

33 « Comops » ont été mis en place suite aux conclusions des tables rondes et au discours du Président de la République de fin octobre 2007 quand Al Gore et quelques autres étoiles (espérons pas filantes) de l’environnement international étaient venues nous voir à Paris. Un ensemble de propositions devaient être fait pour le 15 mars « afin notamment d’alimenter le projet de loi de programmation du printemps 2008 ». Bon, le processus a pris quelques retard, mais aujourd’hui le projet de loi est sur nos bureaux, qu’on soit de l’Etat, des collectivités, des entreprises ou de la société civile… et on attend ardemment que les représentants du peuple s’emparent de nos travaux et nous fassent une belle et bonne loi.

Vent frais fleurant bon le terrain !

En ce qui concerne l’éducation à l’environnement on ne va pas refaire le film, le lecteur pourra revenir aux articles précédents, mais il faut rappeler qu’on reste un peu sur notre faim après les travaux du Comop 26 « Education » présidé par Jacques Brégeon. Nous étions plus de 80 dans ce groupe, nous avons travaillé des heures et des heures. Nous avons été cantonné contre notre gré à l’enseignement scolaire (vision on ne peut plus restrictive de l’éducation) et le président lui même ne sait pas nous dire aujourd’hui ce qui en sera retenu !… silence… expectative… suspens… qu’en ressortira-t-il ? Nous sommes à l’affût du moindre mouvement. Apparemment rien ne bouge ! Nous espérons être démenti au plus tôt, tant nos écoles, collèges, lycées, facs et grandes écoles tireraient grand bénéfice d’un vent frais fleurant bon le terrain !

Avec les participants du comop 34 les acteurs de l’éducation à l’environnement se réjouissent donc de voir à nouveau mise sur l’établi la question de la culture de la société, parce que oui, c’est bien de cela qu’il s’agit : le changement de culture en profondeur que nous avons à vivre collectivement et de toute urgence pour trouver un terme heureux à la crise écologique et sociale que nous connaissons sur la planète Terre.

Degré « 0 » de la coordinationLire la suite

Favoriser l’accès collectif et solidaire au foncier et au bâti

Cdurable infos, le mardi 9 septembre 2008, David Naulin

Favoriser l’accès collectif et solidaire au foncier et au bâti

Terre de liens : s’unir pour agir

En milieu préiurbain, l’extension des zones urbaines et la pression qu’elles exercent sur le foncier rendent l’accès à la terre cher et difficile pour des projets agricoles alternatifs. La seule solution pour acquérir du foncier actuellement est souvent un endettement qui peut peser sur le bon développement des activités. Pourtant, il est fondamental de conserver des terres agricoles dans les régions périurbaines qui bénéficient en outre d’un fort potentiel de développement d’activités alternatives à la grande culture, grâce à la proximité des agglomérations. En Ile-de-France par exemple, la volonté de la société est réelle de s’engager pour soutenir une agriculture respectueuse des hommes et de l’environnement, ainsi que le montrent le succès de la SCI Terres Fertiles et le développement des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) dans la région. Terre de Liens a été fondée en 2003, suite aux conclusions d’un groupe de travail sur le foncier créé en 1998 par l’association RELIER (Réseau d’Expérimentation et de Liaison des Initiatives en Espace Rural). Une charte a été rédigée pour définir le type de projets soutenus (agriculture paysanne, biologique…). Le mouvement Terre de Liens est une dynamique nationale qui porte sur l’accès collectif et solidaire à la terre. Le mouvement est constitué d’une association nationale, de dix antennes et associations relais en régions, de la Foncière Terre de Liens, outil financier d’épargne solidaire, et bientôt d’une Fondation Terre de Liens, reconnue d’utilité publique.

L’association Terre de Liens

La Fondation Terre de Liens

La Foncière Terre de Liens

Construire un projet : Acheter à plusieurs, oui, mais comment ?

La Fondation de France soutient l’association Terre de Liens : vidéo

L’association Terre de Liens

Terre de Liens a été créée en 2003. Elle est née du constat de l’urgence à agir face à la disparition de terres agricoles (notamment à cause de la spéculation foncière et à la pression environnementale sur les sols et la biodiversité) et à la difficulté pour les agriculteurs de s’installer ou de transmettre leur ferme. Lire la suite

Tout pour un habitat écolo

Sud-Ouest le 12 septembre 2008

SAINT-PIERRE-DE-FRUGIE. Samedi et dimanche, les citoyens à la fibre nature sont invités à élargir leurs connaissances en matière de construction écologique en se rendant au troisième Écofestival

Tout pour un habitat écolo

Il y a deux ans, pour la seconde édition de l’Écofestival à Saint-Pierre-de-Frugie, 2 500 personnes s’étaient rendues sur le site de l’écocentre pour parler écoconstruction et biomatériaux. Samedi 13 et dimanche 14 septembre, ce sont autant de visiteurs, voire plus, que l’association Pégase attend pour ce troisième rendez-vous à la fibre écologique.

Le thème de l’événement cette année sera l’eau, et d’une manière générale l’utilisation de cette ressource si précieuse dans la société.

Sur deux jours, les visiteurs pourront profiter du site et se balader de conférence en exposition en faisant un détour par les nombreuses animations.

Cinq maisons. Les novices s’arrêteront devant les cinq maisons de démonstration de l’écocentre. Un peu comme celles des « Trois Petits Cochons », le conte pour enfants, elles sont construites avec des matériaux naturels : terre crue, chaux-chanvre, bois, terre cuite et maison de paille.

Près de 80 professionnels de la construction écologique présenteront techniques et matériels aux visiteurs tentés par des aménagements ou carrément la construction de leur maison. Les stands seront déclinés autour de plusieurs pôles : construction, chanvre, laine, énergies renouvelables, eau, bois et jardin-décoration.

Et après une visite aux stands, l’isolation en coton recyclé grâce à de vieux vêtements ou les panneaux en plumes n’auront plus de secrets pour vous.

« Même si on en parle de plus en plus, l’écoconstruction reste encore une nouveauté pour le grand public », Lire la suite

Formation à l’agroécologie en Ardèche avec Pierre Rabhi

La terre nourricière, enjeu majeur de notre temps

« La restauration de la terre nourricière ne devrait plus être considérée comme étant de la seule responsabilité des professionnels de la terre. Chaque citoyen peut, et je dirais doit, contribuer à cette œuvre de sauvegarde de l’humanité et de la nature.

Nous rêvons ainsi d’une multitude de jardiniers, chacun soignant, pansant, animant un fragment de la terre commune pour son bien-être propre et par conséquent celui de la communauté terrestre« .

Pierre Rabhi

L’association Terre & Humanisme propose plusieurs types de stages, pour la plupart d’une durée de 6 jours, ouverts à tous, tout au long de l’année. Lire la suite

Conscience planétaire et politique de civilisation

Edgar Morin dans Wikipédia

Conscience planétaire et Politique de civilisation [modifier]

Avec Terre-Patrie, écrit en 1993, (avec Anne-Brigitte Kern), Edgar Morin en appelle à une « prise de conscience de la communauté du destin terrestre », véritable conscience planétaire.

« C’est en Californie, en 1969-1970, que des amis scientifiques de l’université de Berkeley m’ont éveillé la conscience écologique » rapporte-t-il, avant de s’alarmer : «Trois décennies plus tard, après l’assèchement de la mer d’Aral, la pollution du lac Baïkal, les pluies acides, la catastrophe de Tchernobyl, la contamination des nappes phréatiques, le trou d’ozone dans l’Antarctique, l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, l’urgence est plus grande que jamais ».

En 2007, il est l’auteur de L’an I de l’ère écologique : La Terre dépend de l’homme qui dépend de la Terre. Le livre comporte un dialogue avec Nicolas Hulot.

Cette conscience doit s’accompagner pour Edgar Morin[5] d’une nouvelle « politique de civilisation », pour sortir de cet « âge de fer planétaire… préhistoire de l’esprit humain ».

La politique de civilisation (concept emprunté à Leopold Sedar Senghor [réf. nécessaire]), explique Edgar Morin, « vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être »[6]. Lire la suite