La multiplication des désordres climatiques coûtera très cher aux assureurs

lemonde.fr, Pascale Santi, le 12 décembre 2010

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2000/12/12/la-multiplication-des-desordres-climatiques-coutera-tres-cher-aux-assureurs_126801_3244.html#ens_id=1459414

La multiplication des désordres climatiques coûtera très cher aux assureurs

Lothar et Martin, les noms des deux tempêtes qui ont balayé l’Europe les 26 et 27 décembre 1999, touchant particulièrement la France, resteront dans la mémoire des victimes… et de leurs assureurs. Ils n’avaient pas vu une telle catastrophe depuis plus d’un siècle. Ces tempêtes ont joué le rôle d’un électrochoc. Elles ont fait prendre conscience des conséquences pour la profession de l’assurance des bouleversements climatiques en cours sur la planète. Inondations, coulées de boues, cyclones… se sont multipliés l’an dernier. Le climat de la planète change et augure de vastes bouleversements pour le prochain millénaire.

C’est « une révolution en marche, une nouvelle problématique », selon les termes des assureurs et réassureurs. « Nous sommes entrés dans une période de variations considérables du climat« , a affirmé Alexis Ruset, PDG de Sorema (filiale de réassurance de Groupama), et président de l’association des réassureurs français, aux Entretiens de l’assurance, organisés par la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), lundi 11 décembre.

Ces désordres climatiques vont coûter très cher aux assureurs et aux réassureurs qui partagent le risque. Particulièrement pessimiste, l’allemand Munich Ré, le premier réassureur mondial, affirmait dans la revue Environnement et finance de septembre que, si la tendance actuelle des catastrophes se poursuit sur le même rythme jusqu’en 2065, « l’ensemble des acteurs de l’assurance va droit à la faillite ». De nombreuses compagnies se retrouveraient en faillite du jour au lendemain si elles devaient faire face à une tempête dont les dégâts assurés se monteraient à 100 milliards de dollars.

La FFSA a de son côté effectué des simulations, qui n’ont pas été rendues publiques, se fondant à chaque fois sur deux scénarios climatiques. Les conclusions ne sont guère réjouissantes. S’agissant des tempêtes, le surcoût global pour les cinquante années à venir varierait de 10 milliards de francs (hypothèse la plus optimiste) à 50 milliards de francs (hypothèse la plus pessimiste) pour l’ensemble des dommages aux biens. Pour les inondations, ce n’est guère mieux : le surcoût se situerait cette fois entre 35 et 47 milliards pour l’ensemble du marché dommages aux biens, selon le scénario. Ces deux seuls désordres climatiques pourraient coûter en plus 27,5 à 97 milliards de francs aux assureurs… et donc à leurs clients dans les cinquante ans à venir.

DES TARIFS INADAPTÉS

Selon ces schémas, les tarifs actuels en matière de dommages pour les entreprises et les particuliers ne sont pas du tout adaptés, plaide la profession. Les réassureurs ont déjà augmenté leurs tarifs de 30 % à 50 % et considèrent que cela reste totalement insuffisant. Mais la concurrence très vive entre les compagnies ne leur permet pas d’augmenter aussi brutalement leurs tarifs. Pour contourner la difficulté, les réassureurs mettent au point de nouveaux produits spécialement conçus pour se prémunir contre les conséquences des variations du climat.

Les assureurs sont aujourd’hui convaincus que les catastrophes liées aux modifications climatiques vont se multiplier dans les prochaines années. Si de nombreuses incertitudes scientifiques demeurent, les études sur l’évolution du climat sont plutôt Lire la suite

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L’impact du réchauffement en France se précise

lemonde.fr, Laurence Caramel, le 26 septembre 2009

L’impact du réchauffement en France se précise

La France peut s’attendre à un impact globalement négatif du changement climatique, avec des coûts supérieurs à plusieurs centaines de millions d’euros par an dans les secteurs économiques qui n’auront pas pris des mesures d’adaptation suffisantes : telle est la conclusion du rapport sur « l’évaluation du coût des impacts du changement climatique et de l’adaptation en France », publié très discrètement, lundi 21 septembre, par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), placé sous la tutelle du ministère de l’écologie.

Cette photographie de la France face au réchauffement nuance l’idée selon laquelle les pays tempérés peuvent se sentir relativement à l’abri. Certes, les enjeux ne sont pas comparables à ceux auxquels certains pays en développement seront confrontés, mais l’étude montre que la France aussi, devra faire un important effort d’adaptation si elle veut limiter les effets négatifs du réchauffement.

L’exercice de prospective de l’Onerc prend pour hypothèse que l’élévation des températures atteindra entre 3 °C et 4 °C à la fin du siècle. La répétition des événements climatiques extrêmes (canicules, tempêtes, inondations) ressort comme le risque majeur pour plusieurs secteurs comme l’agriculture, la forêt, ou la production d’énergie. Sans être encore en mesure de les quantifier avec précision, les auteurs mettent aussi en avant « l’existence de seuils au-delà desquels les impacts du changement climatique auront des conséquences graves voire irréversibles ».

Toutes les régions – ce n’est pas surprenant – ne seront pas logées à la même enseigne, mais il faudra aussi gérer l’inégalité des individus face au bouleversement climatique. « Les plus défavorisés seront probablement les plus affectés et le plus rapidement (…) les inégalités pourraient alors se creuser« , avertissent les auteurs. Le travail, destiné à éclairer les décideurs publics et privés, balaie tous les grands domaines sur lesquels le réchauffement aura le plus de prise.

Eau. A demande constante, la France pourrait connaître un déficit de 2 milliards de m3 par an pour satisfaire les besoins de l’industrie, de l’agriculture et de l’alimentation en eau potable à l’horizon 2050. Cela représente 13 % des besoins actuels. Les zones les plus touchées seraient les zones déjà concernées aujourd’hui par des déficits structurels comme le Sud-Ouest.

Agriculture. La hausse des températures serait globalement une bonne nouvelle si elle ne s’accompagnait pas d’une multiplication de pics climatiques et de tempêtes, de sécheresses et d’une grande variabilité d’une année sur l’autre. En prenant l’exemple du blé, l’étude arrive à la conclusion que la récurrence de canicules comparables à celle de 2003, « pourrait, en l’absence de mesures d’adaptation, représenter un coût annuel de plus de 300 millions d’euros » à l’horizon de la fin du siècle.

Il y aura également des gagnants et des perdants dans la viticulture. Avec des rendements en hausse pour Lire la suite