Strasbourg va susciter la création de circuits agricoles courts et Les grandes villes soutiennent leur agriculture périurbaine

Les Echos, no. 20666, Didier Bonnet, Philippe Moreau, Emmanuel Guimard, Marie-Annik Depagneux, Paul Molga, le 28 avril 2010

Strasbourg va susciter la création de circuits agricoles courts

La Communauté urbaine de Strasbourg veut créer des circuits agricoles courts pour sauver quelque 200 exploitations et renouer les liens entre l’urbain et le rural.

Près de 10.000 hectares sont actuellement cultivés autour de Strasbourg, soit un tiers de la superficie de la Communauté urbaine (CUS), dont une bonne moitié consacrée à la culture du maïs. Cette agriculture extensive souffre d’une image dégradée, d’autant que les terres cultivables sont menacées par l’urbanisation. Dans le cadre d’une convention avec la chambre d’agriculture, la collectivité veut renverser ce mouvement. Principaux enjeux, sauver ce secteur économique et en assurer la pérennité en lui fournissant des débouchés économiquement viables. « Notre objectif est d’abord économique, indique Jacques Bigot, président PS de la CUS . Ici comme partout, les agriculteurs souffrent de la baisse des revenus, mais nous faisons aussi face à la distorsion de concurrence provoquée par le système social plus favorable aux agriculteurs allemands, nos voisins immédiats. »

Pour atteindre ces objectifs, l’agriculture locale et la collectivité doivent toutefois s’entendre. La convention passée entre la CUS et la chambre d’agriculture prévoit ainsi un changement d’attitude des pouvoirs publics vis-à-vis des terres en culture qu’on ne doit plus considérer comme de simples réserves foncières pour l’urbanisation. Charge à l’agriculture de proposer des cultures les plus favorables à l’environnement -les surfaces « bio » sont trois fois inférieures dans la CUS que la moyenne régionale –et de s’adapter à la demande urbaine de produits sains, locaux et abordables.

Prendre une place visible

Par exemple, le maraîchage et les cultures vivrières, devenues marginales sous l’effet de la PAC, doivent reprendre une place visible : « Nous prévoyons de les tripler d’ici à dix ans », annonce Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg chargée de l’environnement. Pour favoriser la distribution de ces produits, la CUS prévoit de favoriser leur vente directe via les marchés ainsi que dans un ou des lieux dédiés, au centre de l’agglomération, sans oublier la fourniture des cantines scolaires.

Grâce à ce partenariat avec le monde agricole, l’agglomération espère à la fois sauver un secteur économique en grande difficulté, alimenter les consommateurs avec des produits locaux, et modifier les abords de la ville pour en refaire un grand jardin débarrassé des pollutions agricoles, sans bannir pour autant les grandes productions céréalières. Si la convention entre la CUS et la chambre d’agriculture prévoit une feuille de route méthodique, restera à résoudre un souci majeur : les agriculteurs allemands gagnent des parts de marché considérables grâce à leurs tarifs bien plus bas et leur image bien plus verte qu’en France

Les grandes villes soutiennent leur agriculture périurbaine

La capitale alsacienne n’est pas la seule à se soucier de son environnement agricole proche. D’autres grandes villes se sont lancées dans des actions similaires.

« Il ne faut pas accepter de laisser la crise détruire des pans entiers de l’agriculture européenne au nom de la réalité du marché », déclarait en début de semaine à Copenhague le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos . Nombre de grandes villes françaises n’ont en tout cas pas attendu ce discours pour Lire la suite

Strasbourg veut passer au zéro pesticide d’ici fin 2010

univers-nature.com, Alex Belvoit, le 15 juillet 2009

Strasbourg veut passer au zéro pesticide d’ici fin 2010

Sur les trottoirs et dans les allées des parcs, de la Communauté Urbaine de Strasbourg (CUS), la présence d’herbe ne devra bientôt plus être prise comme le signe d’un laisser-aller des personnes en charge de l’entretien. Cela sera au contraire le signe positif d’une évolution sensible d’une gestion différente de l’espace public, où de nouvelles méthodes de désherbage vont être appliquées. En effet, la CUS vient de se fixer comme objectif de stopper le recours à tout pesticide lié à cet usage, d’ici la fin 2010, dans le but de préserver la nappe phréatique, la santé des administrés et la biodiversité.

Pour cela, les services concernés sont en train de se livrer à une véritable révolution culturelle et testent d’ores et déjà plusieurs techniques alternatives comme le balayage et brossage mécaniques, le désherbage thermique à flamme, des appareils à vapeur ou à eau chaude, etc. Parallèlement, des techniques pour prévenir ‘les mauvaises herbes’ sont mises en œuvre avec des plantes plus couvrantes, du paillage, des espaces du type ‘pelouses fleuries’, etc. Au final, le riverain de l’espace public de la CUS devrait voir une différence sensible. L’approche va être différenciée pour s’adapter à chaque spécificité. Par exemple, un désherbage manuel et régulier sera de mise pour les massifs de fleurs et autres zones florales pour des raisons esthétiques, tandis qu’au pied des arbres urbains de la végétation devrait faire son apparition. De même, un arbre mort ne sera pas systématiquement retiré, de façon à favoriser la micro-faune et les bénéfices qui vont avec…

Cette campagne ‘Zéro pesticides’ n’oublie pas les habitants. Dans le but de les convaincre du bien-fondé de la démarche et de faciliter leur transition vers des pratiques alternatives, l’argumentaire se veut sans concession : ‘Seuls 10 % des produits phytosanitaires atteignent leur cible. Le reste est disséminé dans l’environnement.’ et d’ajouter ‘Savez-vous qu’une seule goutte de pesticides suffit à polluer plusieurs centaines de milliers de litres d’eau ?’ Au-delà du verbe, moult conseils sont également avancés en allant de la mise en place d’abris pour les insectes à la plantation de haies fleuries.

Paillage : il limite fortement le développement des herbes folles et l’évaporation de l’eau. Vous pouvez utiliser des résidus de tonte séché, des copeaux de bois, de la paille… Pour le désherbage, l’huile de coude est proposée, que cela soit manuellement ou en ébouillantant les plantes vivaces installées depuis longtemps. Au niveau de la sacro-sainte pelouse, la révolution n’est pas loin. Lire la suite

Déclinaison alsacienne pour le Grenelle de l’environnement

libestrasbourg.fr, T.C., le 14 mai 2009

Déclinaison alsacienne pour le Grenelle de l’environnement

ECO-TERRE – Le Grenelle de l’environnement ? « Rassurez-vous, il n’est pas mort. Il est en marche. » C’est la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno, qui le dit. Mercredi, elle était à Strasbourg pour signer avec la région Alsace la première « convention » d’application du Grenelle. Ce « pacte écologique », baptisé « Réussir la transition énergétique en Alsace« , court sur la période 2009-2012.

Les objectifs sont triples : réduire fortement les consommations énergétiques des constructions neuves, accélérer la rénovation du parc de logements actuel et développer les énergies renouvelables. Les moyens sont incitatifs. La région offre ainsi en plus des aides de l’Etat une prime de 3000 euros, dans la limite de 200 dossiers par an, pour les particuliers qui acquièrent un logement neuf répondant aux normes « bâtiment basse consommation » (moins de 50 kWh/m2/an). Elle prévoit aussi des aides aux bailleurs pour le logement social neuf ou issu d’opérations d’acquisition-amélioration (jusqu’à 50 euros par m2). Pour la rénovation du parc social actuel, la région lance un appel à projets de 500 logements par an pour lesquels elle apportera une aide permettant de ramener le taux d’intérêt des prêts à 0 % (contre 1,9 % dans le dispositif prévu par l’Etat).

Le conseil régional prévoit également de « sensibiliser et mobiliser » les acteurs locaux dans le cadre des appels à projets pour la construction de centrales de cogénération alimentées à partir de biomasse et « d’accompagner cinq projets de géothermie profonde à l’horizon 2015« . Elle compte encore lancer un programme d’équipement des lycées en solaire photovoltaïque, là où « ce sera possible ».

Pour l’appui financier de cette convention, l’Ademe et le conseil régional bénéficieront en Alsace d’un budget annuel de 19,2 millions d’euros. Au plan national, le Grenelle de l’environnement dispose de « 19 milliards d’euros sur trois ans auxquels s’ajoutent 5 milliards du plan de relance », précise Chantal Jouanno.

« Territorialiser » le Grenelle par le biais de ces conventions régionales est la clé de sa réussite, argumente le président UMP du conseil régional, Adrien Zeller, partisan d’une plus large décentralisation : « Le développement durable est en train d’imprégner tout notre développement régional. La croissance verte est un élément majeur de la sortie de crise que nous préparons. Chaque convention sera adaptée au contexte, au terrain, à la nature des acteurs. Ici, on n’a pas d’éolien, mais on a la géothermie« .

Certains restent cependant dubitatifs. A l’image du conseiller régional Vert Jacques Fernique, qui s’interroge sur le sort de la taxe expérimentale alsacienne sur la circulation des poids lourds, évoquée et débattue depuis longtemps mais toujours pas appliquée. « Cette inertie annonce-t-elle Lire la suite