David Holmgren : les quatre scénarios de la décroissance

bellaciao.org et damienperrotin.com, Damien Perrotin, le 14 août 2009

David Holmgren : les quatre scénarios de la décroissance

David Holmgren n’est pas un inconnu dans le monde de l’écologie et de la soutenabilité. Cet australien né en 1955 a été avec Bill Mollison l’inventeur du concept de Permaculture. Son premier ouvrage Permaculture One, basé sur les travaux de l’écologue américain T. Howard Odum, a posé les bases du mouvement pour une agriculture durable en Australie et plus largement dans les pays anglo-saxons. Son dernier livre Future Scenarios : how communities can adapt to peak oil and climate change a donc suscité un intérêt certain dans le monde, malheureusement restreint, de ceux qui s’intéressent au pic énergétique et ses conséquences sur nos sociétés, tout comme d’ailleurs son site : future scenario.org

Dans ce petit livre d’environ 120 pages, David Holmgren examine notre avenir à la lumière de la situation écologique présente. Il n’est certainement pas le premier à l’avoir fait. Le Club de Rome en son temps, et John Michael Greer plus récemment s’y sont également essayé. Leurs conclusions se rejoignent d’ailleurs. Holgrem envisage d’abord quatre futurs possible pour notre civilisation :

La techno-explosion prévoit une croissance indéfinie de notre richesse matérielle et de notre capacité à surmonter les contraintes environnementales. Elle dépend de la disponibilité en grande quantité d’une énergie concentrée et de haute qualité. Poussée au bout de sa logique elle aboutit à la colonisation de l’espace. Il s’agit en gros de la continuation du modèle actuel de développement.

La techno-stabilité suppose une conversion sans accrocs à une économie de non-croissance basée sur des énergies renouvelables et capable de garantir au moins le même niveau de richesse que celle d’aujourd’hui. C’est en gros ce dont rêvent les Verts.

L’effondrement envisage une destruction de la société industrielle sous l’effet combiné de l’épuisement des ressources du changement climatique. Cet effondrement serait rapide et plus ou moins continu et aboutirait à la disparition de la plus grande partie de la population humaine, ainsi que l’essentiel de son héritage culturel. C’est un scénario « à la Mad Max »

La descente énergétique correspond plus ou moins à la longue descente de Greer ou à la longue urgence de Kunstler. Elle implique une réduction progressive de l’activité économique, de la population et la complexité de la société au fur et à mesure que s’accentuera l’épuisement de nos ressources. L’importance croissante des énergies renouvelables fera évoluer nos sociétés vers des structures proches de celles qui prévalaient avant la révolution industrielle. Cela suppose une ruralisation progressive de l’économie et de la société et un déclin également progressif de la population.

Holmgren n’écarte pas à priori l’effondrement mais le juge peu probable. Comme Greer, il fait remarquer que dans le passé les civilisations ont décliné plus qu’elles se sont effondré brutalement et que ce processus a toujours été graduel. Par ailleurs, ce scénario, populaire dans certaines franges du mouvement écologiste, n’est pas très constructif. Il conduit à une attitude fataliste, axée sur la survie individuelle ou en petites communautés.

Il récuse également les scénarios de la techno-explosion et de la techno-stabilité. Ils reposent en effet sur toute une série de présupposés dont tout indique qu’ils sont faux.

–          La production des matières premières non-renouvelables Lire la suite

Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déclaration sur la crise du capitalisme et de la civilisation occidentale

openfsm.net, communiqué, mars 2009

Appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation : Déclaration sur la crise du capitalisme et de la civilisation occidentale

Vers un Forum thématique en 2010 qui articule les paradigmes alternatifs : La décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien-vivre et les droits collectifs
Le capitalisme colonial moderne a commencé il y a plusieurs siècles et a imposé au continent américain l’invasion du 12 Octobre 1492. Cela a commencé par le pillage et l’invention des théories globales de la « race » pour justifier l’ethnocide américain, l’invasion de l’Afrique pour la traite des esclaves et le pillage des autres continents. Ces génocides se sont poursuivis et ont été maintenus par le capital transnational et ses appuis militaires. Cette exploitation et oppression capitaliste globale produisent le réchauffement de la planète qui entraîne le suicide planétaire.

La crise du modèle de développement capitaliste, eurocentrique, sexiste et raciste, est totale et conduit à la plus grande crise socio-environnementale de l’histoire humaine. La crise financière, économique, de l’énergie, augmente la production d’un chômage structurel, l’exclusion sociale, la violence, les propos racistes, sexistes et le fanatisme religieux, tout à la fois. La crise est si profonde qu’elle constitue une véritable crise de civilisation capitaliste, la crise du développement capitaliste et de la « modernité » qui menacent toutes les formes de vie.

Mais certains continuent à rêver d’amender ce modèle et ne veulent pas assumer que ce qui est en crise, c’est le capitalisme, l’eurocentrisme, avec son modèle d’État uni-national, d’homogénéité culturelle, de droit positif occidental, le développementisme et la marchandisation de la vie.

La crise de la civilisation capitaliste, nous oblige à reconstruire et à réinventer de nouvelles options pour la coexistence entre la nature et de la société, la démocratie, l’état de consommation. Il est urgent de trouver des nouveaux paradigmes de la civilisation et, dans ce contexte, « d’autres mondes sont possibles » mais urgents, et, d’ailleurs, ils sont déjà en cours de construction par les premières victimes des formes les plus barbares de la violence capitaliste / coloniale / moderne : les peuples et les communautés indigènes, paysannes, côtières, Quilombolas, Afro-descendantes, Garifunas, Caboclos, Dalits, entre autres, et leurs enfants qui ont émigré dans les bidonvilles et favelas, et tous les autres exclus et invisibles  » intouchables » dans le monde, qui continuent de résister, d’actualiser et de renforcer d’autres formes de civilisation et d’organisation sociale, technique, éthique, politique, économique, culturelle et spirituelle de l’existence humaine.

Les peuples autochtones pratiquent et proposent l’unité de la Terre Mère, de la société et de la culture.

Nourrir la Terre-Mère et se laisser nourrir par elle. Protéger l’eau comme un droit humain fondamental et s’opposer à sa marchandisation. Décoloniser le pouvoir par le principe de « commander en obéissant », développer l’autogestion communautaire, l’auto-détermination, l’unité dans la diversité comme autres formes de l’autorité collective ; Promouvoir l’unité, la dualité, la complémentarité et l’égalité entre les sexes, la spiritualité de la vie quotidienne et la diversité ; Se libérer de toute domination ou discrimination raciste, ethnique ou sexiste ;

Développer les décisions collectives sur la production, les marchés et l’économie ;

Décoloniser la science et la technologie ; Lire la suite

Changer de société ?!

agoravox.fr, Caramelle, le 14 février 2009

Changer de société ?!

« La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. » Pierre Rabhi

Quoi de plus séduisant au demeurant quand on devine ce que Pierre Rabhi veut dire par là.

Mais, quoi de plus périlleux aussi, si l’on passe sans se poser la question fondamentale du changement… de paradigme et d’utopie.

Nombreux sont ceux qui aujourd’hui entendent la crise comme une opportunité de changement. Et j’en suis ! Mais prenons le temps de la réflexion car il s’agit rien de moins que de changer de cap ! Et c’est énorme !

Je m’empresse de dire ce qu’est mon postulat : on voit ce que l’on croit et non pas l’inverse, telle est ma conviction !

C’est ce qui me fait parler d’utopie et de paradigme plutôt que de l’homme ou de la société tels qu’ils sont car en réalité on ne les voit jamais tels qu’ils sont mais plus simplement, comme on les voit… avec nos yeux, nos prismes déformants et nos partis pris… Et notre regard est indissociable de nos perceptions !

Sur quelle base donc « refonder » notre société ?

C’est à nous tous collectivement d’en décider (c’est l’étymologie même du mot « crise »)… du moins d’en échafauder les principes tant il est vrai que nos gouvernants sont très majoritairement désorientés face à cette crise, notamment en France.

Il n’est que d’écouter les discours présidentiels qui s’enchaînent et se contredisent quand ils ne mettent pas en avant des annonces sans liens entre elles… Je passe sur la suppression des taxes professionnelles si franco-françaises et l’énormité de la question de la mondialisation et des délocalisations… C’est perdre quelque peu le sens des réalités et des proportions, me semble t’il.

Quoi qu’il en soit, quel aveu de désarroi !

De « il faut promouvoir la retraite par capitalisation » ou encore « il faut développer le principe des stock-options » ou de « je veux une France de propriétaires »… même et surtout grâce au crédit… nous sommes soudainement passés à « il faut refonder le capitalisme, le moraliser », « la spéculation c’est fini, le marché qui a toujours raison, c’est fini… », « le monde est passé à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer », « comment ceux qui nous ont mis dans cette situation sont-ils légitimes à nous montrer le chemin pour en sortir ? ».

En effet, je vous retourne la question. N’est-ce pas Monsieur le Président, n’est-ce pas Monsieur Messier ?!

Et comment peut-on encore prédire une sortie de crise milieu 2010 ? Personne n’en sait fichtre rien ! On peut tout juste intuitivement se douter que se sera bien au-delà car il ne s’agit pas d’une seule crise financière ni économique…

Arrêtez là vos élucubrations et laissez-nous réfléchir un peu sérieusement à la question de ce que nous voulons devenir ensemble plutôt que de se demander quand on va pouvoir reprendre vos fâcheuses habitudes !

Il faut nous rendre à ce constat, c’est à la société civile de proposer des pistes et comme j’ai eu l’occasion de le dire dans un précédent article ne pas se laisser confisquer cette indispensable réflexion.

Dans les années 70, on voulait « changer LA société » ; aujourd’hui nous nous trouvons dans l’obligation de changer de société… comme l’on change de civilisation, en tournant la page, assez brutalement et sans que le système de substitution n’ait été réellement pensé par avance…ni n’ait fait l’objet d’un quelconque consensus. On avance en marchant dit-on…

Un changement de société ne se décrète pas, mais Lire la suite

La citation du jour : Edgar Morin « Vers l’abîme ? » 2007

Or ce chaos où l’humanité risque de sombrer porte en lui son ultime chance. Pourquoi ? parce que nous devons savoir que quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désintègre, soit il est capable dans sa désintégration de se métamorphoser en un méta système plus riche, capable de traiter ses problèmes. Et ici l’idée de feed-back positif, nous est utile. Dans le monde physique, un feed-back positif conduit inévitablement à la désintégration ou à l’explosion. Mais dans le monde humain… le feed-back positif en désintégrant d’anciennes structures sclérosées, peut susciter l’apparition de forces de transformation et de régénération.

La métamorphose de la chenille en papillon nous offre une métaphore intéressante Lire la suite

(D)ébats sur les plaisirs

Sud-Ouest, le 12 septembre 2008, AMR

VENDANGES DE MALAGAR. La dixième édition de ce rendez-vous culturel, philosophique et sociétal se tient demain et samedi sur le thème des Plaisirs

(D)ébats sur les plaisirs

Bien-être, délectation, satisfaction, désir, euphorie, délice, amusement, réjouissance, quand il n’est pas jouissance… À lui seul, le mot plaisir est une invitation aux sens. C’est dire s’il y a matière à disserter sur le sujet. Imaginez alors, proposé dans sa dimension plurielle, les perspectives qui s’offrent de le découvrir dans toute son intimité.

Après le Rire ou encore l’État spectacle, Les Plaisirs sont donc le thème choisi par le centre François Mauriac pour les Vendanges de Malagar. Cette dixième édition dont l’ouverture des débats est programmée demain à partir de 15 heures dans la demeure mauriacienne de Saint-Maixant pour s’achever en fin d’après-midi samedi.

Érotisme et hormones. Autour d’une dizaine d’universitaire, d’écrivains et de journalistes les plaisirs lèveront leurs voiles sur leurs dimensions culturelle, littéraire, philosophique ou historique quand ils ne se trouvent pas au cœur des questions de société.

Auteur depuis une trentaine d’années et cinéphile avisé, Olivier Barrot évoquera samedi en fin de matinée le simple plaisir de lire. Lire la suite

Etes-vous un créatif culturel ?

Ekopédia

Ce terme désigne une famille sociologique occupant une part importante des populations occidentales : 17% en France et 25% aux Etats-Unis [1]. Il est la traduction de l’américain cultural creatives, créé par le sociologue Paul H. Ray et la psychologue Sherry Ruth Anderson.

Le courant porté par les créatifs culturels, ou « créateurs de culture », est perçu par les sociologues comme l’avènement d’une nouvelle culture. Elle serait d’après ces deux chercheurs «la manifestation d’une lente convergence de mouvements et de courants jusqu’alors distincts vers une profonde modification de notre société», l’éveil d’une civilisation post-moderne, aussi importante que celle qui, il y a cinq cents ans, marqua la fin du moyen-âge [2].

Quesionnaire : Etes-vous un créatif culturel ?

Les créateurs culturels vivent d’ores et déjà dans un système de valeur et de comportement nouveaux :

– Mode de consommation fondé sur le respect et la reconnaissance de la valeur de l’environnement (consommation d’aliments biologiques, utilisation de la médecine naturelle).

– Conscience des valeurs féminines (place des femmes dans la sphère publique, coopération et préoccupation par rapport à la violence)

– Prédominance de l’être sur l’avoir et le paraître. Lire la suite

La France est la lanterne rouge du bien-être animal

LE MONDE 2, 5 septembre 2008, entretien avec Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe, auteur d' »Ethique animale », PUF, propos recueillis par Martine Valo

La France est la lanterne rouge du bien-être animal

Pays des mangeurs de grenouilles, de gibier, de foie gras, la France est souvent montrée du doigt par les mouvements de défense des animaux, voire par ses voisins de l’Union européenne. Pas seulement pour ses mœurs gourmandes, mais aussi à cause des conditions d’existence dans ses poulaillers géants et ses porcheries industrielles, son goût pour la chasse, la corrida. Pourtant, la cause animale y suscite, comme ailleurs, de plus en plus de questions, comme le montre le nombre d’écrits publiés ces derniers mois sur le sujet.

Des associations qui pétitionnent, mènent des procès, un élevage d’animaux de laboratoire récemment détruit par un incendie criminel, un abattoir de volaille saccagé… Ce dossier devient si peu anodin que Nicolas Sarkozy a demandé à l’issue du Grenelle de l’environnement qu’une consultation publique lui soit consacrée. Les rencontres  » Animal et société  » se sont tenues avant l’été, sous l’égide du gouvernement. Elles ont réuni 150 personnes à plusieurs reprises pendant quatre mois, sur des questions comme la souffrance des animaux au moment de l’abattage ou le sort des bêtes sauvages recueillies.

Lors de la clôture, le 8 juillet, le ministre de l’agriculture Michel Barnier a conclu à « un consensus sur l’importance de l’animal dans notre société et sur le respect que nous lui devons en tant qu’être sensible », et a annoncé l’établissement d’une charte nationale d’ici fin 2008.

Pour mieux comprendre les enjeux de ce débat public émergent, nous avons rencontré Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, auteur d’Ethique animale, publié aux Presses universitaires de France. Son livre balaie le vaste champ des questions que posent les comportements humains vis-à-vis de la faune – non seulement la consommation, la fourrure, l’expérimentation, mais aussi les combats, les courses, les cirques, les zoos… –, c’est-à-dire « l’étude du statut moral des animaux » et donc « la responsabilité des hommes à leur égard ». Lire la suite