La politique énergétique française vue par l’Agence Internationale de l’Energie : une analyse sourde, aveugle et muette !

Revue de l’AIE sur la politique énergétique française : une analyse sourde, aveugle et muette !

cdurable.info, le 27 juillet 2010.

http://www.cdurable.info/+Revue-de-l-AIE-sur-la-politique-energetique-francaise-une-analyse-sourde-aveugle-et-muette-pour-le-CLER,1766+.html

Tous les 4 ans, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) – organe de coopération entre les 28 pays membres de l’OCDE centré sur l’énergie – réalise une revue de la politique énergétique de chacun de ses pays membres.

Le rapport concernant la France publié le 26 Juillet 2010 se montre très décevant et même inquiétant. Les experts associatifs pointent les défauts du processus de concertation sur la forme et le manque d’analyse critique de la revue sur le fond.

Un rapport sourd aux ONG

Le processus d’élaboration du rapport comprend plusieurs phases de débat et de concertation entre les représentants des ministères des pays membres et le Secrétariat de l’AIE. Les autres acteurs concernés sont en principe eux aussi associés à la démarche.

Contrairement à ce qui se fait dans les autres pays, le Ministère du développement durable (MEEDDM), en l’occurrence la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), a refusé d’inclure les acteurs associatifs français de l’énergie et de l’environnement (si ce n’est ponctuellement la Fondation Nicolas Hulot) dans le programme de réunions consultatives.

Ce faisant, la DGEC a privé l’équipe de revue de toute possibilité de discussion directe avec des représentants de la société civile dont la connaissance et l’expertise – notamment en terme d’énergie durable – ont pourtant été largement reconnus durant tout le processus d’élaboration du Grenelle de l’environnement. L’ambitieuse future réglementation thermique RT 2012, dont se félicite l’AIE, est par exemple le fruit des propositions des associations.

Rappelons que le dialogue avec la société civile fait intégralement partie des engagements des pays membres de l’OCDE, ce qu’ont bien compris de nombreux pays membres qui ont pleinement intégré les associations dans le processus de concertation.

Un rapport aveugle vis à vis du nucléaire

Le processus de Grenelle avait été marqué par l’exclusion d’entrée du nucléaire – pourtant placé au centre de la politique énergétique française depuis 1973 – du champ des discussions. Si cette séparation artificielle a sans doute favorisé les avancées de la concertation sur les autres volets de la politique énergétique, elle ne saurait demeurer dans la mise en œuvre concrète des orientations correspondantes.

Les projections officielles « post-Grenelle » du gouvernement français prévoient explicitement, à la fois de stabiliser la consommation d’électricité et de développer la part de la production électrique d’origine renouvelable… tout en assurant le maintien voire l’augmentation de la capacité de production nucléaire. Pour « boucler » le scénario, le Gouvernement ne peut que parier sur une augmentation sans précédent des exportations d’électricité qui n’a aucune chance de se réaliser, ce qui ne peut en retour qu’entraver les progrès sur la demande ou les renouvelables sur un marché national saturé.

L’AIE ignore ou feint d’ignorer dans son analyse cette Lire la suite

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La France veut des bâtiments plus sobres en énergie

lemonde.fr, Grégoire Allix, le 10février 2010

La France veut des bâtiments plus sobres en énergie

Nom de code : RT 2012. En France, l’élaboration par le ministère de l’écologie de la future réglementation thermique des bâtiments, avec l’ambition de les rendre plus sobres en énergie, fait l’objet de vifs débats. Elle est censée s’appliquer à partir du 1er janvier 2011 pour les édifices publics et le secteur tertiaire, le 1er janvier 2013 pour le secteur résidentiel.

L’enjeu est considérable. Cette réglementation déterminera largement la capacité de la France à réduire sa consommation énergétique et ses émissions de CO2 – le secteur du bâtiment engloutit 42 % de la première et rejette 25 % des secondes. Si le total des émissions de gaz à effet de serre en France a baissé de 0,6 % entre 2007 et 2008, celles liées au bâtiment ont augmenté (+ 7,7 %).

Dans le maquis de la future réglementation se joue aussi l’avenir de filières industrielles, qui déploient en coulisses un intense lobbying. « Le gaz et l’électricité ne pensent qu’à se détruire l’un l’autre. Quant aux fabricants de convecteurs et de ballons électriques, ils sont prêts à tout pour sauver leurs produits », observe le député (UMP) Claude Birraux, président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), auteur en décembre 2009, avec Christian Bataille (PS), d’un rapport sur le sujet.

Prévue par le Grenelle de l’environnement pour remplacer l’actuelle RT 2005, la nouvelle bible de la performance énergétique marque une rupture décisive. Elle définit, pour la première fois, un plafond de consommation : 50 kWh/m2/an d’énergie primaire, contre une consommation de 150 kWh/m2/an pour les bâtiments neufs actuels et de 260 kWh/m2/an en moyenne pour le parc immobilier existant.

Une révolution qui nécessitera d’importants progrès dans les techniques d’isolation, de ventilation et de chauffage, selon ses promoteurs. Une occasion gâchée, plutôt, dénoncent les écologistes. « Le gouvernement n’a pas saisi cette opportunité pour réformer une comptabilité qui oublie, en moyenne, la moitié de la consommation réelle des bâtiments« , regrette Alain Bornarel, ingénieur au bureau technique Tribu et membre de l’Institut pour la conception environnementale du bâti (ICEB).

Traditionnellement, l’éclairage, le chauffage, l’eau chaude, la ventilation et la climatisation sont comptabilisés, mais pas l’électroménager, les parkings, les ascenseurs, la bureautique, l’informatique, les cuisines des restaurants, les plateaux techniques des hôpitaux… « Ce sont des consommations sur lesquelles le concepteur du bâtiment n’a qu’un impact réduit », justifie Jean-Christophe Visier, directeur de l’énergie, de la santé et de l’environnement au Centre scientifique et technique du bâtiment, le principal conseiller technique du ministère de l’écologie.

Autre point de discorde : les « coefficients de conversion« . Ceux-ci permettent de Lire la suite

L’habitat économe n’aime pas les courants d’air

midilibre.com, Georges MATTIA, le 1er mars 2009

L’habitat économe n’aime pas les courants d’air

Le salon de l’habitat, au parc des expositions de Montpellier, s’achève aujourd’hui Le développement durable est parfois duraille. Il peine à avancer dans les chaumières, mais aussi au sein du gouvernement, malgré les bons voeux du Grenelle de l’environnement. Si le tout nouveau Eco-prêt à taux zéro pour travaux sur « bâti vert » (promis pour le 1 er avril) est une avancée, il peut aussi masquer des reculades.

D’où un actuel bras de fer entre le ministère de l’Écologie, de l’Énergie et du Développement durable de Jean- Louis Borloo et, d’autre part, l’association Effinergie, cofondée par les régions Languedoc-Roussillon, Alsace, Franche-Comté et Rhône-Alpes.

Au coeur du problème, la future réglementation thermique qui s’imposera aux logements neufs, la RT 2012, actuellement élaborée au ministère par la direction de l’urbanisme, de l’habitat et des paysages (DUHP). But : définir le contenu et les conditions d’attribution du label Haute performance énergétique. Un sésame aussi pour obtenir des aides.

Mais avec une sacrée anguille sous roche : les experts du ministère sont loin d’être aussi exigeants que le label BBC-Effinergie (bâtiment basse consommation) créé par les régions. Ce label avait beaucoup inspiré les conclusions du Grenelle. Or, le projet ministériel relègue au second plan l’isolation car il inclut dans le nouveau calcul de la performance, l’énergie que produit le bâtiment lui-même (photovoltaïque). « C’est un contresens total ! Dans ces conditions, par exemple, un bâtiment couvert de panneaux photovoltaïques pourrait être classé « basse consommation », au seul motif qu’il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, même s’il est non conforme à la réglementation sur l’isolation », prévient Yves Pietrasanta, vice-président du conseil régional Languedoc- Roussillon. « Dans cette logique, une maison à énergie positive, qui revend du courant à EDF, serait jugée performante, même si c’est une passoire thermique ! » Au salon de l’habitat, qui s’achève aujourd’hui au parc des expositions de Montpellier, de mauvaises langues voient en filigrane de la future réglementation, la plume du lobby nucléaire : la fameuse « maison passoire » aurait toujours besoin des centrales ! Les décisions mûries par le ministère, déjà annoncées à Effinergie et aux organismes certificateurs, sont « inquiétantes et présagent que les travaux et la dynamique mis en place pour le Grenelle pourraient rester vains dans l’avenir », indique Yves Pietrasanta, au nom de l’association Effinergie, qui regroupe 19 régions et de gros industriels (lire ci- contre) et dont il vient d’être élu vice-président.

Le 17 mars, il sera reçu par Jean-Louis Borloo. Pour lui expliquer en substance qu’un bâtiment performant doit respirer, mais fuir les courants d’air. Que le Grenelle Lire la suite