Trans’Cub – Denis Teisseire : Celui qui dit non au pont levant

sudouest.com, Dominique De Laage, le 6 Octobre 2009

BORDEAUX. Denis Teisseire joue son va-tout demain en cour administrative d’appel

Celui qui dit non au pont levant

A 62 ans, Denis Teisseire livre demain devant la cour administrative d’appel l’une de ses dernières bagarres avec la Communauté urbaine de Bordeaux. Fer de lance du « front associatif » opposé à la construction du pont levant Bacalan-Bastide, ce vieux routard de la contestation associative a conscience de « la pression » qui pèsera demain sur les épaules du juge des référés de la cour administrative.

« S’il nous suit et prononce en conscience le sursis à exécution de la délibération lançant ce projet de pont, il permettra au tribunal d’examiner au fond notre recours en appel d’ici quelques semaines. Sans cela, lorsque viendra cet appel, le pont sera déjà construit. Le rôle de ce juge est à la fois fondamental pour l’avenir de Bordeaux mais pas décisif pour autant », résume Denis Teisseire, qui pèse chacun de ses mots.

Pour les Bordelais de longue date, Denis Teisseire fait partie du paysage. Enfance de bonne famille à Dakar, touché par la grâce écolo à 30 ans, il fut le premier, avant même la fondation de l’association Trans’CUB (en 1988), à proposer la solution tramway en 1986. C’est à l’issue de ce combat sans merci contre le métro Val, suivi de sa croisade contre le contrat de l’eau, qu’il décide d’entrer en politique. Non pour faire carrière mais pour « avoir accès aux informations ».

Déjà, en 1978, il avait fait la campagne de sa compagne d’alors, Dominique Prost, contre Chaban. Aux cantonales de 1994, il se frotte sérieusement à Hugues Martin et manque d’arriver au deuxième tour devant Gilles Savary (PS). Puis se fait élire avec Pierre Hurmic (Verts) et François-Xavier Bordeaux (ex-PS) sur une liste commune en 1995.

Très vite, Denis Teisseire se rebelle contre le tracé du tramway proposé par Alain Juppé. Puis contre l’idée d’un pont fixe au droit de la place des Quinconces. L’image du militant se brouille au contact de la politique et au fil de ses positions radicales.

Logique politicienne

Pourtant, il aura raison une deuxième fois sur le dossier de l’eau, permettant à la CUB une renégociation inespérée avec la Lyonnaise en 2007.

Repris par ses obligations professionnelles à l’issue de son unique mandat, en 2001, il remonte au créneau contre le pont Bacalan-Bastide.

Ses arguments sont connus. Projet mal ficelé, dispendieux, décidé sans concertation. Le commissaire enquêteur suit nombre des arguments de Trans’CUB au moment d’estimer cet investissement « inutile ». Le commissaire du gouvernement aussi lors de l’examen en première instance du recours au tribunal administratif. Pourtant, rien n’y fait. Malgré la menace Unesco habilement utilisée par Teisseire, « l’accord de gestion » Juppé-Feltesse sur le pont levant est inflexible.

« Il est tout à fait injuste d’entendre dire de Denis Teisseire qu’il est pour tout ce qui est contre, et contre tout ce qui est pour », estime Jean Mandouze, le capitaine au long cours pour lequel ce pont est également une ineptie. « Nous avons été Lire la suite

Les élus s’accrochent au pont et la dynamique reste à quai

Sud-Ouest, Dominique De Laage, Jean-Bernard Gilles, le 17 Janvier 2009

CUB. Le pont levant a occupé une place de choix hier au conseil d’agglo. Feltesse et Juppé estiment le jeu encore ouvert

Pour tout dire, les élus s’attendaient à pire. Ils connaissent la statistique qui prédit que, dans la plupart des cas, les décisions du tribunal administratif suivent les conclusions du commissaire du gouvernement. Ils ont bien entendu, ou plutôt lu, qu’Antoine Bec a demandé, jeudi, l’annulation de la délibération votée le 21 septembre 2007, qui déclarait d’intérêt général le pont levant Bacalan-Bastide à Bordeaux. Mais ils estiment avoir échappé à l’annonce de la mort certaine et immédiate de ce projet, qu’ils portent collectivement depuis dix ans maintenant.

« Je note qu’il n’est pas demandé d’annuler la délibération notifiant le marché », remarque Alain Juppé. « Nous n’avons pas été contredits sur la manière de conduire la concertation, alors que ce point était présenté comme le maillon faible juridique de notre dossier », poursuit Vincent Feltesse.

Réactions prudentes

Le juge administratif va maintenant recevoir une note en délibéré de la part de la Communauté urbaine de Bordeaux et probablement une autre de la part du « Front associatif » qui attaque la délibération. Le tribunal n’a pas dit quand il rendrait sa décision.

Le commissaire du gouvernement s’est appuyé dans ses conclusions sur des motifs de forme, comme l’évaluation financière insuffisante, notamment sur le financement de l’opération, ainsi que sur le manque d’informations relatives au coût des raccordements côté Bacalan et côté Bastide.

Toutefois, il a aussi pointé deux problèmes de fond : l’impossibilité pour les gros bateaux de franchir ce pont en position levante, puis l’absence de justification d’un tel investissement, de l’ordre de 120 millions d’euros, par rapport à un pont fixe qui coûte deux à trois fois moins cher.

Les scénarios

Attendons que le juge se prononce disent les élus à l’unisson du Front associatif, au moins sur ce point. Le dossier se présente un peu moins bien que ne le prévoyait Trans’CUB et un peu mieux que ne le craignaient les élus. Le juge dispose d’éléments qui visent à annuler la délibération. Le fera-t-il ? Quand ?

Mais la Communauté urbaine pourra peut-être reprendre le dossier au stade de l’enquête publique. Ce qui représenterait « environ 10 mois de retard », presqu’un moindre mal au regard de la situation juridique du dossier aujour-d’hui. «Les élus n’entendent que ce qui leur plaît », s’amuse Denis Teisseire de Trans’CUB, toujours confiant dans l’issue du recours.

Les élus sont sans doute allés un peu vite dans le vote de la délibération, actuellement sur la sellette. « On n’a pas su prendre le temps », regrettent Jacques Respaud et Pierre Hurmic.

Les conclusions de l’enquête publique n’étaient pas favorables au projet, c’est le moins que l’on puisse dire. Les élus ont choisi de foncer au nom de l’intérêt général. Le tribunal administratif dira s’ils ont eu raison ou tort. Les Bordelais attendent tous les jours l’issu de ces joutes juridiques.

La dynamique est restée à quai

Après l’épopée du tramway, la Communauté urbaine de Bordeaux vient brusquement de tomber de son piédestal. Faute de formuler un appel d’offres au plan européen, les élus ont été contraints d’en revenir à Veolia pour gérer le tram et les bus quand ils rêvaient de Keolis. Faute de ficeler correctement leur dossier de pont levant, ils sont aujourd’hui sous la menace de devoir repartir de zéro sur la question du franchissement du fleuve.

Le jeune président socialiste Vincent Feltesse, à qui tout semblait sourire jusque-là, a pris un sacré coup de vieux en quelques semaines. Il préside une assemblée qui tient toujours la principale association d’usagers de l’agglomération, Trans’CUB, comme hostile et non pas partenaire. En dépit de tous les beaux discours sur la démocratie participative…

En lançant le tramway, juste après l’échec du projet de métro VAL, Alain Juppé avait su fédérer l’agglomération autour d’une vision commune. Cette forte dynamique avait levé tous les freins inhérents à la CUB : élection des élus au deuxième degré, calculs politiciens et petits marchandages…

L’erreur a été de penser que cet élan était toujours à l’oeuvre. Les kilomètres de tram ont été trompeurs. Ce projet de pont levant a germé voici dix ans, après le recul d’Alain Juppé sur son dessein de barrer la rade de Bordeaux d’un pont fixe en face des Quinconces. On était alors en plein projet de grand contournement. L’idée initiale du pont Bacalan-Bastide était de ne pas laisser échapper les voitures trop en aval de Bordeaux.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé. La belle dynamique communautaire, qui aurait dû faire évoluer ce projet de franchissement, s’est envolée quand Lire la suite

Pont levant de Bx : Nouveau coup dur pour la CUB

Sud-Ouest, Jean-Paul Vigneaud, le 16 Janvier 2009

BORDEAUX. La déclaration d’utilité publique est remise en cause au tribunal administratif

Nouveau coup dur pour la CUB

La Communauté urbaine de Bordeaux est de nouveau confrontée à une situation difficile. Après la remise en question de l’appel d’offres pour la concession du réseau de transport en commun, voici que le pont levant Bacalan-Bastide vacille.

Dans ses conclusions, hier, au tribunal administratif de Bordeaux, Antoine Bec, commissaire du gouvernement, a effectivement réclamé l’annulation de la délibération du 21 septembre 2007. Un texte par lequel la CUB a déclaré d’intérêt général le franchissement de la Garonne via un pont mobile. Les conclusions du commissaire étant suivies dans 95 % des cas, il est désormais quasiment certain que le projet va revenir à la case départ.

Quid des travaux annexes

Cette situation réjouit les membres du « Front associatif », qui rassemble 15 associations. Il s’oppose depuis plus de deux ans au pont levant et est à l’origine des seuls recours déposés.

Les associations étaient toutes représentées, hier matin, au tribunal. Denis Teisseire, leur chef de file, intervenait alors en leurs noms, en lieu et place de l’avocat. Pour sa part, la CUB était représentée par les cabinets Cabanes et Morlas.

Présidée par Michel Delignat-Lavaud, l’audience a duré un peu plus d’une heure. Elle a mal démarré pour les opposants, plusieurs de leurs arguments étant rejetés. Et non le moindre : la concertation si contestée aurait été annoncée et menée selon les règles en vigueur.

De quoi en faire pâlir plus d’un dans l’assistance. Le vent a commencé à tourner lorsqu’Antoine Bec a évoqué la loi Loti (Loi d’orientation des transports intérieurs).

Cette loi impose une information totale sur l’ouvrage à réaliser et les travaux annexes qui en découleront. Or, dans la présentation du projet, il n’est question que du pont. « Nulle part ne sont évoqués les aménagements nécessaires de chaque côté, comme les voies de desserte », constate le commissaire du gouvernement.

« Difficile de croire qu’un tel ouvrage peut aboutir sur des carrefours classiques gérés par des feux de trafic ou de simples tourne-à-gauche », ajoute-t-il. Pour Antoine Bec, il y a donc ici problème et la jurisprudence (Conseil d’État) est incontournable.

Le seul et bon choix ?

Autre faiblesse dans le dossier : l’évaluation financière. Une estimation trop succincte, insuffisamment développée et expliquée, ne serait-ce que sur les modalités de financement.

Il y a pire, cependant, selon le commissaire : l’appréciation du projet et le bilan « coût/avantage ». Un pont levant étant trois fois plus cher qu’un pont classique, il faut obligatoirement justifier un tel choix et démontrer que l’ouvrage retenu répond bel et bien aux besoins. Ce qui ne serait pas le cas pour le projet bordelais.

« Il n’y aucune garantie que des bateaux puissent passer sous ce pont levant », résume le commissaire du gouvernement. Tout en constatant que l’avis des services maritimes figure dans le dossier, mais pas celui des compagnies maritimes qui fréquentent le port de la Lune. Si bien qu’il devient difficile d’affirmer que l’ouvrage est parfaitement conforme à ce qu’attendent les éventuels utilisateurs et qu’il s’agit donc du seul et bon choix à faire.

Ces arguments semblent suffire pour conduire à l’annulation de la délibération de septembre 2007. Antoine Bec l’affirme haut et fort en tout cas.

Le tribunal a mis son jugement en délibéré. Lire la suite

Le futur pont levant de Bordeaux attaqué

Sud-Ouest, le 15 Janvier 2009

Le futur pont levant attaqué

BORDEAUX. Le commissaire du gouvernement a demandé devant le tribunal administratif, l’annulation de la délibération de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) qui décidait la réalisation d’un pont-levant dans le nord de la ville

Le commissaire du gouvernement a demandé jeudi à Bordeaux l’annulation de la délibération de la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) déclarant d’intérêt général la construction d’un pont levant en centre-ville, suivant la requête d’une quinzaine d’associations bordelaises.  

L’avis du commissaire du gouvernement, Antoine Bec, magistrat indépendant qui dit le droit et dont les préconisations sont le plus souvent suivies par les juges administratifs, fragilise un peu plus un projet de pont sur la Garonne aux dimensions impressionnantes (426 m de long, 55 m de hauteur de levage).

L’Unesco, après avoir labellisé Bordeaux au patrimoine mondial à l’été 2007, demande aujourd’hui des comptes « sur l’impact visuel des nouveaux franchissements envisagés » de la Garonne, notamment ce pont, et des experts de l’organisation internationale doivent venir sur place le 20 janvier.

M. Bec a estimé qu’il y avait des « irrégularités substantielles » en l’absence de véritable « évaluation financière des modalités de financement ».

Il a également relevé que les aménagements des abords n’étaient pas compris dans l’enveloppe globale de plus de 120 millions d’euros mais a surtout remis en cause l’utilité même du projet.

Le magistrat a estimé que les plus gros bateaux de croisière pourraient être dans l’impossibilité « de franchir l’ouvrage » dont le coût représente « un montant triple de celui d’un pont fixe ».   

Par ailleurs, a-t-il souligné, les croisiéristes n’ont pas été consultés sur leurs intentions à maintenir Bordeaux comme destination alors même que la raison d’être de ce pont levant est de permettre le passage des paquebots jusque dans le centre de Bordeaux.
Le projet de pont levant entre les quartiers de Bacalan et de Bastide a été approuvé par la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) en septembre 2007. Il doit combler le déficit d’une ville qui ne compte que quatre ponts, dont seulement deux dans le centre.

Cet ouvrage comporte une travée mobile de 110 m, pouvant être relevée à 55 m de hauteur. Il pourrait accueillir les automobilistes sur 2×2 voies (40.000 véhicules par jour attendus), les cyclistes, les piétons ainsi que le tramway.

Le chantier a été confié au groupement GTM/GCS, pour un budget de Lire la suite

Bordeaux : Le pont levant en suspens

Sud-Ouest,  Jean-Bernard Gilles, le 15 Janvier 2009

BORDEAUX. Le tribunal administratif est saisi du cas du pont Bacalan-Bastide. Une annulation de la procédure est possible. Ce serait un nouveau coup dur pour la CUB

Le pont levant en suspens

Le tribunal administratif de la rue Tastet à Bordeaux va devenir l’endroit où se font et se défont les grands projets de l’agglomération (Keolis) et du département (grand contournement). On serait même tenté de conseiller aux élus de la Communauté urbaine de Bordeaux d’y tenir session avant de délibérer sur la future opération d’intérêt national Euratlantique. Cela permettra de gagner du temps.

Ce matin à 11 heures, l’audience portera sur le pont Bacalan-Bastide. Le tribunal est saisi d’un recours en annulation de la délibération de la CUB, votée à la quasi-unanimité en septembre 2007 : celle qui décidait de réaliser enfin ce franchissement et qui déclarait le pont à travées levantes d’intérêt général. Pas moins.

Le commissaire du gouvernement et les avocats de la collectivité s’exprimeront ce matin. La liste des griefs mise en avant par le front associatif, opposé de tout temps au projet de pont levant et qui préconise l’option tunnel, est longue. On n’oserait pas dire que le juge va se régaler, mais tout de même.

Erreurs non négligeables

Les leaders politiques de l’agglomération ne sont guère optimistes sur l’issue judiciaire de ce dossier, pourtant majeur pour le territoire. La requête, portée notamment par Aquitaine alternatives, Transcub et autres associations de défense de l’environnement, liste un nombre non négligeable d’erreurs dans la procédure managée par les services de la CUB.

L’insuffisante concertation, l’impossibilité pour des citoyens (jamais très mobilisés en ce genre de circonstances, il faut bien l’avouer) de pouvoir sérieusement comparer les alternatives au pont levant, pas plus que les projets concurrents à celui du groupement lauréat conduit par Vinci seront au centre de l’audience.

Également en débat, la procédure conjointe diligentée par le préfet pour l’étude d’impact au titre de la loi sur l’eau et l’enquête publique. Elles auraient dû être disjointes. Et, selon la jurisprudence, ce point suffirait à torpiller un projet de cette ampleur.

Les conclusions de l’enquête publique enfin seront débattues ce matin. Elles étaient favorables au projet de franchissement du fleuve mais demandaient expressément que « le projet de pont levant soit réexaminé » en y associant une quantité de considérations plus négatives les unes que les autres sur le coût du projet, son utilité, les conditions de trafic lorsque le pont est levé, sans parler de l’impossibilité de recevoir de gros bateaux. La CUB est passée outre.

Responsabilité politique

Cela fait plus de dix ans que les élus, Alain Juppé et Philippe Madrelle d’abord, ont décidé de faire un franchissement au droit de Lucien-Faure, après l’abandon du projet de pont fixe aux Quinconces. Alain Rousset a défendu ce projet et a même élargi le temps de la concertation lorsqu’il présidait la CUB.

Conscients des risques de recours qui deviennent aujourd’hui inévitables au point de poser de réels problèmes de réalisation de projet, Vincent Feltesse et Alain Juppé ont choisi de foncer à l’automne, suivis par 110 élus.

Seul Jean-Louis Joecklé avait plaidé le 6 septembre 2007 pour une relance de la procédure « trop risquée sur le plan juridique ». Il n’a été entendu, ni par les services de la Ville, de la CUB et de l’état, ni par les élus. Lire la suite