Pourquoi le PS est incapable de comprendre les enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés ?

developpementdurable.com, Propos recueillis par Yann Cohignac, le 30 décembre 2009

http://www.developpementdurable.com/interview/2010/08/I72/eric-loiselet.html

Eric Loiselet, tête de liste Europe Ecologie en Champagne-Ardenne pour les régionales de 2010

Consultant expert dans le développement durable et la RSE, Eric Loiselet a longtemps bataillé au sein du PS pour intégrer l’écologie politique à gauche. Il fut cofondateur du Pôle écologique du parti puis secrétaire national adjoint à l’environnement. Avant de renoncer à son engagement socialiste, lassé par les atermoiements de la rue Solferino, pour rejoindre Europe Ecologie en octobre. Aujourd’hui, il est membre du CAP (Comité d’animation et de pilotage) national du rassemblement écologiste et tête de liste en Champagne-Ardenne pour les élections régionales de 2010. Sans concession avec le PS, il nous parle de son parcours politique, des raisons qui l’ont poussé à entrer chez Europe Ecologie, des actions du gouvernement, et de son programme pour les régionales.

Developpementdurable.com : Consultant expert dans le développement durable et la RSE, vous avez aussi décidé de mener une carrière en politique. Pourquoi cette décision ?

Eric Loiselet : C’est pour moi la poursuite d’un itinéraire citoyen : j’ai été assez jeune engagé politiquement. Ma première carte dans un parti, je l’ai prise en 1979, au PS, à l’époque où il était en pleine ascension puisque c’était deux ans avant la victoire historique de François Mitterrand aux élections présidentielles (mai 1981). J’y suis resté jusqu’en 1992-1993. J’ai ensuite quitté la vie politique militante pendant une dizaine d’années pour me consacrer à mon métier et pour fonder une famille. Avant de renouer avec l’engagement politique au travers d’un club, le Cercle Galilée. J’y ai travaillé sur une thématique qui correspondait à une mon expertise professionnelle : la Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Ce club avait la vocation de réfléchir à la manière d’actualiser le logiciel intellectuel et socialiste en prenant en compte la question posée par les mouvements altermondialistes : comment envisager une nouvelle régulation de l’activité des entreprises en prenant plus largement en compte la question des impacts environnemental, social et sociétal de leur activité ? J’ai alors eu l’occasion de travailler sur la préparation de ce qui a été l’article 116 de la loi NRE, dans la zone grise qui précède la décision politique où des professionnels sont consultés pour affiner les projets. J’étais déjà donc à la charnière du professionnel et du citoyen. Comme beaucoup, je voulais donner un sens à ma vie professionnelle.

Puis en 2002, après l’échec de la gauche au premier tour de la présidentielle, j’ai décidé de ré-adhérer au PS pour rejoindre directement sa sensibilité rénovatrice : le Nouveau Parti Socialiste.

dd.com : Quand avez-vous commencé à tenter de « verdir le PS » ?

E. L. : A ce moment-là. Etant donné mon activité « d’expert » au sein du Club Galilée, j’étais devenu « Monsieur écologie » au NPS. J’ai alors essayé de convaincre les socialistes de voter pour la Charte de l’environnement, sans grand succès, et j’ai mené différents combats de cette nature parce que j’avais déjà la conviction que la promesse socialiste était essoufflée : l’élection de 2002 avait clairement montré le décrochage des catégories populaires. Pour moi, il était évident qu’il fallait intégrer au parti les apports de l’écologie politique.
Puis arrivent les présidentielles de 2007 : ayant rejoint Rénover Maintenant, je participe presque machinalement à la candidature, aux primaires, de Ségolène Royal. Pour une raison simple : parmi les trois candidats (avec Dominique Strauss-Khan et Laurent Fabius), je me suis dit qu’elle était celle qui avait le mieux compris les enjeux environnementaux. Elle avait en effet gardé un souvenir de son bref passage au ministère de l’Environnement. Le début de la campagne présidentielle m’avait d’ailleurs conforté dans ma décision : la nomination de Bruno Rebelle (ex-directeur de Greenpeace) comme conseiller à l’Environnement était un choix original. C’était la première fois qu’un ancien dirigeant d’ONG était intégré à ce point dans une équipe de campagne présidentielle. On assistait à une espèce d’ouverture à d’autres filières de recrutement que les grands corps de l’Etat, des filières en phase avec les changements importants et rapides de la société.

dd.com : Expliquez-nous comment vous vous êtes rendu compte que le PS était, selon vos propres mots, incapable de comprendre les enjeux environnementaux auxquels nous sommes confrontés ?

E. L. : Cela a été un long processus : après l’échec de Ségolène Royal, je l’ai entendu dire qu’elle était pour le retour de la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante. Je me suis dit alors, avec quelques « écolos » du parti, que tout cela commençait à bien faire ! Nous n’avions, au sein de nos différentes sensibilités socialistes, jamais réussi à convaincre au-delà de la rédaction de quelques textes témoignant d’une ouverture intellectuelle. Dès qu’il s’agissait de prendre des décisions, l’écologie politique était exclue. Nous avons donc décidé de créer le Lire la suite

Publicités

Le Pôle écologique du PS se veut «trait d’union» entre socialistes et écolos

liberation.fr, Laure Equy, le  27 août 2009

Le Pôle écologique du PS se veut «trait d’union» entre socialistes et écolos

Ce petit courant, qui ouvre ce jeudi ses rencontres d’été à Saint-Ciers (Gironde), regrette qu’après les européennes, ses propositions n’aient pas trouvé davantage d’écho auprès de la direction du PS.

Le panachage des invités en dit déjà long. Entre les socialistes Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti, Gérard Collomb, Christian Paul et l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot accompagné des Verts, Daniel Cohn-Bendit, François de Rugy, Denis Beaupin et Yves Contassot. Les membres du Pôle écologique du PS, tiennent leurs premières rencontres d’été, jeudi et vendredi à Saint-Ciers (Gironde), avec le souci de servir de «trait d’union» entre leur parti et le rassemblement initié par Daniel Cohn-Bendit et de faire monter la pression sur la direction du PS, pour l’heure guère attentive à leur «double ligne sociale et écologique».

Créé début 2008, ce petit courant du PS estime avoir gagné en légitimité, boosté par le succès… des listes Europe Ecologie aux européennes. «Dans les règles, on pèse 1,5% [score de la motion du Pôle écologique au congrès de Reims, ndlr] mais si le PS se limite à l’arithmétique, on ne va pas aller très loin. Nos idées sont plus largement partagées dans le parti et hors du parti», invoque son porte-parole, Géraud Guibert.

Ont-ils été, pour autant, courtisés par une direction éventuellement soucieuse de capter les attentes écolos des électeurs comme de rattraper par le col des Verts, tentés par l’autonomie au premier tour des régionales? Certes, le pôle écologique a été invité au séminaire de Marcoussis début juillet, fait valoir Géraud Guibert. Mais le député de Paris, Christophe Caresche, perçoit, lui, «une forme d’immobilisme», reprochant notamment à Martine Aubry son silence sur la taxe carbone. Co-animateur du Pôle, Eric Loiselet va plus loin, jugeant les relations avec Solférino «paradoxalement dégradées. Depuis le 7 juin, nous n’avons pas été consultés sur le fond et la place de l’écologie politique.» Quant à la question climatique en vue du sommet de Copenhague, elle ne figure pas au menu de l’université d’été de La Rochelle. Selon lui, les rencontres de Saint-Ciers, qui aborderont «les réponses de la gauche au défi climatique», «servent à pallier cette carence».

Appareils politiques «desséchés»

Dans ce contexte, la réponse aimable du Pôle à la main tendue de Daniel Cohn-Bendit, en juillet dernier – «message reçu, Dany» – ne sonne-t-elle pas comme une menace de départ ? A en croire Christophe Caresche, il n’est pas question de mettre sa démission dans la balance, comme Arnaud Montebourg, la semaine dernière, sur son dossier des primaires: «On n’a pas envie de quitter le PS mais on ne s’interdit pas de discuter avec d’autres.» Lire la suite