Pourquoi une ONG refuse les fonds du Paris-Dakar…

cler.org, le 23 septembre 2009

Un petit « pneu » de CO2 ? Pourquoi une ONG refuse les fonds du Dakar…

Suite au Paris – Dakar, les organisateurs ont souhaité compenser les émissions de CO2 de l’édition 2009. Témoignage de l’association Bolivia Inti – Sud Soleil qui a été contactée dans ce but.

Le Rallye Paris – Dakar a eu lieu cette année en Argentine et au Chili.

Plusieurs centaines de voitures, camions lourds et motos ont ainsi parcouru 9 500 km à travers des zones naturelles protégées : ce rallye n’aurait pas été autorisé en Europe ! Pourquoi ce gaspillage de millions d’euros sous les yeux de personnes qui pour la plupart peinent à assurer leur survie au quotidien ? Pourquoi faire parader une armada d’acier qui laisse derrière elle des kilomètres de pistes fragiles complètement défoncées ?

La vie palpite dans ces sables qui ne sont pas stériles : le désert se recouvre d’un tapis de fleurs quand il pleut ! La faune et la flore y sont très fragiles : il y a risque de dommages irréparables.

L’association Bolivia Inti – Sud Soleil grâce à des partenaires locaux au Pérou, en Bolivie, en Argentine, au Chili, mène une vaste campagne de diffusion des cuiseurs solaires. Depuis 10 ans, près de 10 000 familles cuisent leurs aliments à partir d’une énergie gratuite et renouvelable.

Son partenaire chilien Inti Llapu, basé dans la région de Copiapo (désert d’Atacama), construit avec les familles dont le revenu ne dépasse pas 2 € par jour, des cuiseurs solaires à partir de matériaux locaux. En 2008, 500 familles chiliennes ont été équipées de cet outil « magique » qui libère femmes et filles de la corvée de bois, supprime les maladies dues à la fumée, évite la déforestation, économise les ¾ du gaz très cher… Ces mêmes familles ont économisé une tonne de CO2 par an grâce à l’utilisation de leur cuiseur.

Cette économie de CO2 représente une source de financement pour les partenaires Andins de Bolivia inti – Sud Soleil, par le biais de la « compensation carbone ». La démarche est simple : particuliers, entreprises, institutions publiques rejettent du CO2. Ces émissions ont un coût financier et la somme ainsi calculée est affectée à un projet de développement dans un pays du Sud, dont l’un des impacts sera la réduction des émissions de CO2. L’association bénéficie de ces fonds « carbone » grâce au programme Action Carbone initié par Yann Arthus-Bertrand et se réjouit de pouvoir augmenter, dans les prochaines années, de plus de 50 % le rythme de construction des cuiseurs solaires. Ce sont autant de familles supplémentaires qui pourront faire un premier pas pour s’extraire de ce cercle vicieux de la pauvreté…

Mais, il y a aussi des limites à ne pas franchir…

L’organisation du Paris – Dakar a souhaité compenser les émissions de CO2 de son édition 2009. La société organisatrice a proposé à Bolivia Inti – Sud Soleil d’acheter pour plusieurs dizaines de milliers d’Euros les économies de CO2 générées par les cuiseurs solaires réalisés au Chili et en Argentine. Unanimement, le Conseil d’Administration en France et les partenaires andins ont rejeté cette offre alléchante. Il y a trop de contradictions entre leur objectif et celui de l’association. Comment accepter dans ces pays écologiquement en danger un tel gaspillage d’énergie, et au même moment, les aider à économiser l’énergie avec cette idée simple : « le Soleil au service du Développement » ?

Pour Bolivia Inti – Sud Soleil, la compensation « carbone » est un processus « en bout de chaîne », qui doit faire suite à une réduction des propres émissions de CO2 de chaque compensateur, Lire la suite