Bassens : Centre de maturation des mâchefers ?

Sud-ouest, Yannick Delneste, le 23 Janvier 2009

BASSENS. Le projet de traitement des résidus des incinérateurs de Bègles et Cenon pourrait enfin voir le jour sur la zone portuaire grâce à un consensus sur le transport fluvial

Les mâchefers en vogue

Les embarcations sont rares sur la Garonne à Bordeaux. Dans quelques années, il se pourrait qu’une péniche effectue trois fois par semaine les 15 km séparant Bègles de l’incinérateur Astria de la zone industrialo-portuaire de Bassens. À bord de cette barge, 400 tonnes de mâchefers imbrûlés, subsistant au terme de l’incinération des déchets ménagers traités par les fours béglais. Au bout de ce court voyage, une plate-forme de valorisation dont le projet, grâce à ce mode de transport fluvial, recueillerait enfin l’assentiment collectif.

C’est peu dire que le dossier a voyagé sur l’agglomération et même un peu plus loin. Depuis 1998 et la mise en service d’Astria, Novergie (délégataire de la CUB) qui exploitait jusqu’au 1er janvier dernier (1) les deux incinérateurs, a multiplié les projets d’implantation. De Salles à Saint-Aubin-de-Médoc, la dizaine de sites proposés avait toujours été contestée. Dernier projet en date : Blanquefort où l’opposition d’un certain Vincent Feltesse n’avait pas été étrangère à la prise de la mairie par ce dernier en 2001.

2 600 camions en moins

Faire construire un incinérateur de déchets sans prévoir de plate-forme de maturation des mâchefers : c’est l’incongruité vécue depuis dix ans sur la CUB. Aujourd’hui les 100 000 tonnes produites chaque année par Bègles (65 000) et Cenon (35 000) sont amenées par 4 000 camions à Clérac en Charente-Maritime, à 60 km de l’agglomération. Dans cette structure vieillissante qu’un arrêté préfectoral a condamnée pour mars 2010, les mâchefers sont valorisés notamment en granulats pour les routes.

Le projet de plate-forme bassenaise répondrait aux exigences qui ont empêché les autres : « assurer près des incinérateurs la maturation de la totalité des mâchefers de la CUB, produire des granulats de qualité pour une agglomération qui connaît un déficit en la matière, et adopter un transport fluvial de la majorité de ses mâchefers, de Bègles à Bassens », liste Jérôme Saura, responsable des filières vracs, industriel, bois et dérivés au Port autonome de Bordeaux. « Ce transport par le fleuve supprimera 2 600 camions par an, divisera les émissions de gaz carbonique par cinq, le dioxyde de soufre par six. » L’acheminement des mâchefers de Cenon continuerait à se faire par la route mais les camions ne feraient plus que 10 km au lieu de 60.

10 millions d’euros

« Ce concept a séduit tout le monde aujourd’hui », Lire la suite

4Gas, projet d’un autre âge

Sud-Ouest, le 2 septembre 2008, Carte blanche à Françoise Taliano-des Garets, professeur d’histoire contemporaine à Science-Po Bordeaux

4Gas, projet d’un autre âge

Voici plus de deux ans en toute discrétion que le sort du Nord-Médoc et celui du dernier estuaire naturel d’Europe sont menacés de basculer. La menace a pour nom 4Gas, société détenue à 40 % par le groupe financier Carlyle alimenté par les fonds de pension américains. 4Gas a proposé au Port autonome de Bordeaux (PAB) d’installer au Verdon-sur-Mer un terminal méthanier, 3 cuves de 47 mètres de haut et une usine de regazéification.

Le tracé du gazoduc non déterminé (300 à 400 millions d’euros d’investissements) n’a pas encore fait l’objet d’un débat public alors que la demande d’autorisation pour le terminal est déposée depuis le 23 juin 2008. Les terrains, propriété de l’État, gérés par le PAB, jouxtent la plage du Verdon, à 400 mètres des habitations, à 800 mètres de l’école du village. Une telle proximité serait une première en France. La dangerosité impliquerait un classement Seveso 2 seuil haut.

Or, la pointe du Médoc vit du tourisme. Un port de plaisance, Port-Médoc, vient d’y être inauguré. La « fin des terres » offre un tourisme de nature, un environnement préservé, avec les stations de Soulac aux villas classées, Grayan, Montalivet, Le Verdon. Elle accueille 60 000 résidants en été, et la côte royannaise 500 000.

On ne comprend pas ce qui justifierait un tel choix économique, un tel saccage écologique, une telle atteinte à la sécurité des personnes. Nous sommes sur une zone Natura 2000 d’une grande richesse environnementale. Des espèces rares et protégées y vivent, tel le crapaud pélobate cultripède que le PAB se propose de faire migrer dans des lieux plus propices. Faut-il en rire ? Lire la suite