Lacq : opposition au projet de captage du CO2 de Total

novethic.fr, Alain Chauveau, le 2 avril 2009

Lacq : opposition au projet de captage du CO2 de Total

Total se prépare à tester dans le bassin de Lacq un projet de captage et de stockage géologique du CO2. Les enjeux sont énormes, tant du point de vue technologique, qu’économique. Mais l’acceptation locale ne va pas de soi et les riverains les plus exposés restent opposés au projet.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE),  le captage et le stockage géologique du CO2 (CSC) pourrait contribuer à diminuer de près de 20 % les émissions de CO2 mondiales d’ici 2050. De nombreux projets pilotes de CSC sont déjà développés, dans le monde entier, par les multinationales du pétrole (ExxonMobil, Shell, Statoil, Total…). Mais, le CSC est une technique qui devra surmonter de nombreuses difficultés pour être opérationnelle : en particulier, l’acceptation locale de ce procédé mal connu sera déterminant.
Le projet pilote de Lacq et la concertation

Annoncé officiellement en février 2008, le projet de captage du CO2 piloté par Total sur le site béarnais de Lacq est une première en France.  Total va tester sur ce site une nouvelle technologie, dite de l’oxycombustion, développée avec Air Liquide. Le CO2 sera ensuite transporté sur 27 km par gazoduc. Enfin, le stockage sera réalisé dans un champ de gaz existant, aujourd’hui déplété (c’est-à-dire où la majorité du gaz a déjà été produit) à Jurançon. L’investissement est de 60 millions d’euros pour ce projet, qui doit permettre à Total d’acquérir un savoir-faire unique en matière de captage de CO2…et d’exporter cette compétence.
Mais pour certains riverains proches du lieu de stockage, le  puits de Rousse, situé  dans les vignes de Jurançon, ce choix est une « aberration ». Alain Castinel, coordinateur développement durable chez Total s’en défend : « Devant une nouveauté technologique et réglementaire, il fallait que nous mettions en place des moyens de concertation qui permettent à tout le monde de comprendre le projet. Nous avons commencé par une étude de contexte pour identifier les parties-prenantes, entendre ce qu’elles attendaient, leur craintes et leur expliquer le projet. Puis nous avons formé les responsables techniques du projet sur le site à la concertation. Nous avons également, et c’est une nouveauté, édité une Charte de concertation« . La phase de concertation proprement dite a commencé en novembre 2007, avec trois réunions publiques d’informations organisées par Total à Jurançon, Pau et Mourenx.

Questions sans réponses

En avril 2008, une commission locale d’information et de suivi du projet (Clis), née de la concertation, est créée par le préfet. Composée d’élus, de représentants de l’administration, d’associations, de Total et de personnalités qualifiées, elle a été présidée par le professeur Claude Miqueu, élu des Hautes-Pyrénées. De juillet à septembre 2008, une enquête publique est lancée sur le projet et donne son accord en octobre. Selon Claude Miqueu : « Le travail fait dans la CLIS a permis d’apaiser les tensions, de faire circuler l’information et  d’être dans la transparence« . De plus, ajoute-t-il : « N’oubliez pas que le territoire a une culture du risque, que la prospérité locale est née du sous-sol « . L’acceptation sociétale et administrative lui semble donc probable.

Mais deux associations environnementales, Coteaux de Jurançon Environnement et la SEPANSO, soutenues par France Nature Environnement, écrivent au Président de la République pour demander un débat public sur la technique du CSC, et mandatent le cabinet d’avocats Huglo-Lepage, au cas où l’autorisation préfectorale était donnée, pour l’attaquer devant le tribunal administratif. Elles dénoncent en effet Lire la suite