une ambitieuse « théorie générale de l’émancipation » et un tour d’horizon des « nouvelles pensées critiques » : Le néo-marxisme des gauches radicales

Le néo-marxisme des gauches radicales

bibliobs.nouvelobs.com, Valéry Rasplus (sociologue), août 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/le-voyageur-social/20100802/20649/le-neo-marxisme-des-gauches-radicales

Membre du comité de rédaction de la revue Contretemps (1) et de la Société Louise Michel, un think tank fondé en 2009 et lié au NPA (2), le sociologue Razmig Keucheyan a ressemblé son savoir universitaire et militant pour nous présenter à la fois une ambitieuse « théorie générale de l’émancipation » et un tour d’horizon des « nouvelles pensées critiques ».

Soit, selon la doxa en question, des pensées et des théories (pro)marxistes influentes dans les diverses communautés de révolte des gauches radicales partant à l’assaut du monde libéral-capitaliste.

Un des objectifs de l’auteur est de réfléchir « non seulement sur ce qui est, mais aussi ce qui est souhaitable (…) [en remettant] en question l’ordre existant de façon globale» grâce à « l’une des théories critiques les plus stimulantes à l’heure actuelle(…) celle de Marx » (3).

Des héritiers en conflit

Les pensées radicales sont des pensées de conflits et de tensions entre héritiers (« anciens » ou « nouveaux »), principalement universitaires, où les styles et les contenus distinguent les écoles et les mouvements de contestation. Entre ceux qui se reconnaissent dans les principes de 1789, voire de 1793, et plus globalement dans l’esprit des Lumières (synonyme de départ de la modernité politique pour les postmodernes), entre ceux qui se réclament de la révolution russe d’octobre 1917, via le marxisme « classique » (Kautsky, Luxembourg, Lénine, Trotski, Staline, Bauer, etc.) ou le marxisme « occidental » (Lukacs, Korsch, Gramsci, Adorno, Marcuse, Althusser, etc. ), entre ceux qui eurent un choc intellectuel au moment de la chute du mur de Berlin en 1989 – si ce n’est avant comme au moment du procès Kravtchenko (1949), du « complot des blouses blanches » (1953) ou du rapport Khrouchtchev (1956), lors de l’insurrection de Budapest(1956) ou du printemps de Prague (1968) par exemple – et de la décomposition du bloc communiste qui s’ensuivit, entre ceux qui, enfin, pensèrent le « renouveau de la critique sociale et politique », s’engageant dans « une critique radicale du capitalisme » (4), au sein d’une nouvelle gauche de transformation sociale ou d’une gauche de gauche (5), héritière des organisations « gauchistes » (maoïstes, trotskistes, etc.), anarchistes (6) et autres nouveaux mouvements sociaux dont, pour l’auteur, « les théories critiques actuelles sont des héritières du marxisme occidental ».

Razmig Keucheyan a classé les penseurs critiques en six idéaux-types. 1. Les convertis : naguère des révolutionnaires qui contestaient le capitalisme avant de s’adapter et défendre la société libérale-marchande comme l’ordre social dominant. 2. Les pessimistes : sceptiques et nihilistes, proches des convertis en ce qu’« ils considèrent la transformation de la société comme impossible ou dangereuse », ne voyant pas un « au-delà du capitalisme » possible sans revivre les « grands désastres du XXe siècle ». 3. Les résistants : figures positives s’il en est, qui « ont maintenu leur position après la défaite de la seconde moitié des années 1970 [où] ils se réclamaient à l’époque d’une forme ou d’une autre de marxisme, d’anarchisme ou autre », et qui sont restés « fidèles (…) à leur engagement initial ». Ce sont finalement des…conservateurs – radicaux – accomplissant de menues adaptations et innovations liées au temps (7). 4. Les novateurs : manient l’hybridation, les références hétérogènes et les mélanges, où l’« on voit d’anciennes références du corpus critique être combinées de manière inédite, ou être associées à de nouveaux auteurs ou courants qui n’étaient pas présents dans ce corpus précédemment ». 5. Les experts : et les contre-experts (souvent universitaires ou liés au monde académique), « visent à prendre à contre-pied [le] discours dominant », à contrer d’autres experts, provenant du monde dominant. 6. Les dirigeants : liés à une organisation, ils posent un problème de choix au militant. Il y a ceux qui pensent qu’une bonne pensée radicale ne peut se soustraire d’un lien fort et d’une implication active au sein d’une structure (politique, syndicale, ouvrière, etc.) de combat (8), où l’intellectuel révolutionnaire est couplé autant à une école du parti qu’à une fonction de militant actif et plus particulièrement de dirigeant, ce stratège confronté à des problèmes politiques réels ayant « besoin de savoirs empiriques pour prendre des décisions », réalisant la synthèse écriture/pensée – action/expérience. A côté de cet intellectuel organique, se trouvent ceux qui, simples sympathisants, compagnons de route d’un instant plus ou moins long, jonglent avec la distance et la fusion. Enfin, il y a ceux qui marquent une séparation franche, par la « professionnalisation croissante de l’activité intellectuelle, qui tend à les éloigner de la politique », à être moins interdisciplinaires, les rapprochant d’analyses et de domaines abstraits, métaphysiques, hermétiques, inaccessibles « au commun des ouvriers » et soumis « aux règles et ressources qui régissent ce champ social ».

La migration de la critique

Pour Razmig Keucheyan, le centre de gravité de la production théorique des pensées critiques a changé de continent, se déplaçant de l’Europe aux mondes anglo-saxons, et plus particulièrement aux Etats-Unis, en longeant « le parcours de la production» où « les nouvelles idées surgissent là où se posent les nouveaux problèmes ». Si l’on suit l’auteur et Perry Anderson qui l’a inspiré (9), les futurs lieux de la géographie des pensées sociales critiques devraient se délocaliser, dans les prochaines années, à la périphérie et à la marge du « système-monde », en Lire la suite

Vient de paraître – Paul Ariès : La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance – Une grève générale de la consommation ?

nonfiction.fr, Fabrice Flipo, le 3 août 2010

http://www.nonfiction.fr/article-3669-p3-une_greve_generale_de_la_consommation_.htm

Vient de paraître – Paul Ariès : La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance – Une grève générale de la consommation ?

Résumé : Paul Ariès présente une réflexion intéressante sur l’écologie politique, la décroissance et la nécessité d’une « grève générale de la consommation ».

Paul Ariès est connu pour ses travaux et ses prises de position en faveur de la décroissance et de la gratuité. Il nous livre ici une réflexion sur la simplicité volontaire, qu’il oppose au mythe de l’abondance.

Ariès commence par résumer les enjeux du « capitalisme vert », dont il souligne à juste titre les risques, des risques qu’il juge gravement sous-estimés par les antiproductivistes (p13). Le capitalisme vert procède en cherchant à mettre en œuvre de nouvelles solutions techniques, telles que des tours géantes, plutôt que d’affronter la question des responsabilités politiques sous-jacentes à la dégradation des écosystèmes planétaires. Il entend adapter l’écologie au marché, ce qui se traduit notamment par l’apparition de « droits à polluer », dont les dérives sont largement avérées, bien avant qu’ils aient eu un quelconque effet positif sur la planète. Ariès liste dix « missiles » de « l’écologie capitaliste croissanciste » contre la possibilité même d’une pensée alternative. Ces missiles sont généralement appuyées sur des économistes, Nobel ou nobélisables, qui vont de Ronald Coase à Gary Becker en passant par Harold Hotelling. Ils ont tous en commun de chercher à démontrer que l’écologie est soluble dans le capitalisme. Ariès donne des arguments permettant de penser que tel n’est pas le cas, sauf à retourner le progrès technique contre l’humain. A ce titre les initiatives telles que Home, le film de Yann Arthus-Bertrand, sont de très mauvaises opérations pour l’écologie politique, car « ce parti-pris esthétique a une fonction : exonérer de toute responsabilité les grandes firmes »  . Home utilise ainsi une esthétique qui ne cherche qu’à transférer les responsabilités.

Ariès se demande ensuite si le productivisme n’est pas la « maladie honteuse des gauches ». Qu’est-ce que le productivisme ? Ariès s’appuie sur une définition d’Henri Lefebvre : le productivisme est le fétichisme de l’Etat et de la technicité. Que ce soit l’Association pour la taxation des transactions financières et l’aide au citoyen (Attac), le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), la Fondation Copernic ou même Alain Accardo, aucune pensée se revendiquant « de gauche » ne semble avoir réellement rompu avec ce productivisme. Ariès rappelle l’ambiguïté d’André Gorz sur la question de la technique et notamment des technologies de l’information. « L’économie de l’immatériel et le capitalisme cognitif, loin de permettre de (re)gagner du terrain sur le capitalisme et le productivisme, entraînent l’occupation des derniers territoires qui demeuraient encore un peu autonomes »  . Les gauches ne s’intéressent guère à l’agression publicitaire, par exemple. Elles se n’offusquent pas d’une vie conçue comme une somme de petits plaisirs. En acceptant le progrès technique, elles laissent entrer par la fenêtre le capitalisme sauvage qu’elles ont essayé de chasser par la porte. Que faire pour réveiller la gauche ? Ariès a « longtemps cru à la thèse du retard avant de découvrir qu’elle ne tient pas. […] Nous avons besoin de mots neufs pour réveiller les forces émancipatrices »  . La décroissance, à laquelle Ariès a consacré de nombreux textes, fait partie de ce nouvel arsenal. Pour lui, l’impasse théorique de la gauche a deux visages : le « marxisme officiel optimiste mais productiviste ; […] gauches antiproductivistes mais pessimistes »  . A contrario « la droite est (re)devenue capable de penser […]. Le capitalisme vert lui redonne une seconde jeunesse. La gauche, elle, est moribonde »  . Pour lui la solution viendrait des courants présocialistes, socialismes chrétiens, libertaires, mouvements coopératifs, Proudhon, Bakounine, Gide, Marx. Un Marx « antiéconomiste [qui] permet de comprendre que, par-delà l’extorsion de la plus value, le capitalisme est déjà condamnable au regard de son « incapacité à faire société »  . La gauche aurait donc commis plusieurs « bévues », notamment avoir fait l’éloge du capitalisme, comme libérateur des forces productives, et avoir confondu ces forces productives avec l’émancipation humaine. Ariès montre que le pouvoir d’achat n’a guère augmenté pour les ouvriers, en 1968 un mois de salaire permettait de se payer 1777 baguettes contre 1065 aujourd’hui . Sa solution ? Troquer le pouvoir d’achat pour le pouvoir de vivre.

Un antiproductivisme optimiste est-il possible ?

Dans cette quatrième partie Ariès rappelle qu’il existe un antiproductivisme populaire spontané, par exemple chez les luddites. Cette tendance existe encore, il cite des cas de refus du Lire la suite

Pays Basque : BIZI. En quelques mois, le mouvement « écologiste et social » a prouvé sa capacité à mobiliser

sudouest.com, Pierre Penin, le 2 Janvier 2010

BIZI. En quelques mois, le mouvement « écologiste et social » a prouvé sa capacité à mobiliser. Il aborde déjà une nouvelle étape de son existence et doit fixer ses priorités

Radicaux et pragmatiques

En six mois d’existence, Bizi s’est fait une place plus que visible, dans le paysage militant local. Passé d’une vingtaine d’adhérents à sa création, à une centaine aujourd’hui, il est un interlocuteur pris au sérieux. Après le sommet de Copenhague, son échéance fondatrice, Bizi doit aujourd’hui assimiler sa croissance et tracer ses nouvelles priorités.

Jean-Noël Etcheverry, membre fondateur, se projette dans les mois post-Copenhague.

« Sud Ouest ».

Quel est le concept essentiel de Bizi ?

Jean-Noël Etcheverry. On est des militants qui veulent créer un mouvement mêlant social et écologie. C’est ce qui nous différencie d’organisations comme par exemple le NPA (Nouveau parti anticapitaliste) d’un côté, et les mouvements purement environnementaux de l’autre. Je veux dire par là que nous sommes à la fois pour la taxe carbone et pour la gratuité des transports en commun. Le NPA est contre la taxe carbone pour des raisons sociales, et des associations environnementales s’opposent à la gratuité totale des transports. Nous voulons faire la synthèse des deux.

Pensez-vous cela vraiment possible sans contradiction ?

La réussite des idées écologistes ne sera pas possible sans la préoccupation sociale. Tout ce qui va vers la préservation de la planète doit s’accompagner de justice sociale et de redistribution. C’est le seul moyen d’impliquer les plus pauvres dans les questions environnementales. L’exemple de la taxe carbone vaut ici. Pas celle de Sarkozy, trop timorée donc peu dissuasive, avec son principe de neutralité fiscale. Mais une taxe plus importante qui permettrait des investissements pour anticiper l’explosion à venir du coût du pétrole, profiterait aux plus modestes.

Si vous deviez résumer la méthode Bizi…

Nous marions radicalisme et pragmatisme. Radicalisme parce que nous voulons changer le système. Nous prônons une évolution profonde des modes de consommation et de production. Je dis radical parce que nous ne sommes pas pour la croissance verte, qui revient à agir à la marge. Nous ne voulons pas traiter les symptômes, mais nous attaquer aux racines. Pour autant, nous ne rêvons pas de Grand soir. Nous sommes pragmatiques parce que déterminés à soutenir les actions qui vont dans le bon sens. Prenez notre soutien à Chronobus : nous avons manifesté pour, aux côtés de mairies de droite. Nous sommes indépendants, mais nous nous associerons ponctuellement aux bonnes idées.

Est-ce à dire que dans l’opposition classique entre idéal et pragmatisme, vous favorisez le second ?

Si vous voulez dire que nous ferons tout ce que nous pourrons pour faire avancer concrètement les choses, je réponds oui. Que nous ne serons pas que dans la protestation, mais dans la proposition, je dis encore oui. Mais cela en restant fidèle à l’idée de bouleversement du système.

Cela pose la question de votre positionnement vis-à-vis du politique. Et du politique vis-à-vis de vous, d’autant que Bizi se développe de façon importante. Existe-t-il pour vous un risque de récupération ?

Ce qui est clair, c’est notre indépendance politique. Après Copenhague, nous commençons aujourd’hui un travail de Lire la suite

Mélenchon fan d’écologie

Mélenchon fan d’écologie

lemonde.fr, Sylvia Zappi, le 5 décembre 2009

Jean-Luc Mélenchon a décidé d’afficher son ancrage écolo. Lors de la convention du Parti de gauche (PG), qui se réunit samedi 5 et dimanche 6 décembre à Crosnes (Essonne), le député européen devrait annoncer que le nom du parti comportera dorénavant un sous titre Ecologie – Socialisme – République. Et que, comme porte-parole, il a choisi Martine Billard, partie des Verts pour le rejoindre. Aux yeux de la députée de Paris, qui amène avec elle quelque trois cents écolos, « la prise en compte de l’écologie est réelle » et pas seulement un vernis.

Les amis de Jean-Luc Mélenchon entendent proclamer leur flamme écolo aussi fortement que leur fibre sociale et républicaine. « Pour nous, c’est une refondation intellectuelle qui nous fait nous revendiquer de l’écologie politique au nom de l’intérêt général humain pour parvenir au socialisme et à la république« , affirme le président du PG. Pas moins. Plus question d’apparaître comme la « vieille gauche », le PG est moderne et donc écolo.

Et il recrute. Depuis sa fondation, voilà un an, les effectifs ont gonflé pour afficher quelque cinq mille cinq cents adhérents. Des recrues venues du PS – « une centaine depuis un mois », explique un communiqué – et de toute la gauche. « On ne fait pas de gonflette comme le NPA, mais nous, on ne s’est pas mangé de scission ni de tendances », ricane M. Mélenchon.

Faire la différence était vital pour ce petit parti qui a du mal à se faire entendre, coincé entre le PCF et le NPA. Alors, pestant contre le premier qui « reste l’arme au pied en attendant de régler ses équilibres internes » et le second qui « a préféré une ligne gauchiste en partant seul aux régionales », le député européen veut tendre la main aux Verts en préparation des régionales et, pourquoi pas, en faire un nouveau partenaire.

Jean-Luc Mélenchon l’avait déjà fait, mercredi 2 décembre, sur France Inter en lançant à un Cohn-Bendit médusé une proposition d’alliance « préalable » avant de négocier avec le PS au second tour des régionales. Il la refera dimanche en annonçant une rencontre, mardi 8 décembre, avec Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts. « Je m’adresse aux Verts, car c’est là qu’il reste un rai de lumière après les déclarations de Martine Aubry sur France 2, où elle fait une offre d’alliance au MoDem », explique-t-il. Il sait que les écolos doivent décider de leur stratégie pour le second tour en janvier et veut « les aider ». Pour le député européen, l’objectif est simple, déloger le PS de sa position dominante à gauche, et tous les moyens sont bons. Y compris de passer un accord avec les Verts pour leur faire gagner des présidences de région en échange de quelques postes.

Il sait qu’il choque ses alliés du Front de gauche – PCF et Gauche unitaire –, mais n’en a cure. « Je veux être en mouvement, sinon Lire la suite

Articles eitb et Sud-Ouest sur manifestation anti LGV de 9 600 à 12 000 personnes à Bayonne

eitb.com, Ramuntxo Garbisu, le 17 octobre 2009

Bayonne : des milliers à dire  »Non » à la LGV en Pays Basque nord

La manifestation de ce samedi à Bayonne contre le projet de voies LGV en Pays Basque nord aura été très impressionnante, avec près de 12.000 personnes descendues dans la rue montrer leur opposition.

Point d’orgue d’une contestation populaire emmenée depuis 1996 par le collectif des associations opposées à de nouvelles voies LGV et, plus récemment, par de nombreux élus du Pays Basque nord, la manifestation de ce samedi à Bayonne aura été une démonstration particulièrement impressionnante contre ce projet porté par l’Etat, les « grands élus », et l’opérateur gouvernemental Réseau Ferré de France (RFF).

« Non à la LGV, ni chez nous ni ailleurs ! » aura été le monde d’ordre de la mobilisation de 12.000 personnes (« 9.600 selon les Renseignements Généraux, précisa le porte-parole du CADE, Victor Pachon).

Echarpe tricolore le long du corps, une centaine d’élus – représentant majoritairement les trois Communautés de Commune du Sud Pays Basque à l’origine de la contre-étude indépendante suisse de la CITEC – ont ouvert le cortège à 17h, précédant 28 banderoles au total, représentant les diverses communes potentiellement traversées par ces futures lignes, ainsi que de nombreuses associations constituées en opposition à ce projet jugé « inutile, destructeur d’environnement, et de ressources publiques ».

Y figuraient également le syndicat basque LAB, le collectif d’urgence climatique Bizi (à bord d’une parodie de TGV en carton fonçant « droit dans le mur »), puis les Verts du Pays Basque, le NPA, ainsi qu’une délégation du collectif du Pays Basque sud, « AHT-Gelditu« .

Après plus de deux heures de marche de la salle Lauga à la Sous-Préfecture de Bayonne, les initiateurs de cette manifestation ont exprimé leurs sentiments que, depuis ce 17 octobre, « ignorer la volonté populaire serait une grave erreur« .

Porte-parole de l’unité associative, Victor Pachon a rappelé le chemin parcouru depuis 1996, la succession d’enquêtes et de contre-démonstrations qui, traduit ce jour dans une manifestation d’une rare ampleur, « prouve que le Pays Basque rejette totalement la plaie béante contre son territoire« .

Avant de lancer un « Pas une seule voix aux Régionales pour les candidats pro-LGV ! ».

Représentant les élus, Michel Hiriart, maire de Biriatou et président de la Communauté Sud Pays Basque, a également souligné le Lire la suite

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

bloguez.com, Eric Dupin, le 5 septembre 2009

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques. En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient ainsi croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

Il fallait voir l’air interloqué de M. François Fillon. Ce 14 octobre 2008, M. Yves Cochet défendait les thèses de la décroissance du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. Diagnostiquant une « crise anthropologique », le député Vert de Paris affirmait, sous les exclamations de la droite, que « la recherche de la croissance est désormais antiéconomique, antisociale et antiécologique ». Son appel à une « société de sobriété » n’avait guère de chances d’emporter l’adhésion de l’hémicycle. Toutefois, l’idée provocatrice de « décroissance » avait forcé les portes du débat public.

La récession est passée par là. Bien sûr, la décroissance « n’a rien à voir avec l’inverse arithmétique de la croissance », comme le souligne M. Cochet (1), le seul homme politique français d’envergure à défendre cette idée. La mise en examen de la croissance apparaît toutefois comme une conséquence logique de la double crise économique et écologique qui secoue la planète. Les penseurs de la décroissance sont subitement écoutés d’une oreille plus attentive. « Je suis beaucoup plus sollicité », se réjouit Serge Latouche, l’un de ses pionniers. « Les salles sont pleines dans nos débats », lui fait écho Paul Ariès, un autre intellectuel de référence de ce courant de pensée.

Le mot même de « décroissance » est de plus en plus repris, bien au-delà des cercles restreints de l’écologie radicale. « Au moment où les adeptes de la décroissance voient leur argumentaire conforté par la réalité, y a-t-il une alternative entre la décroissance subie ou non dite, comme l’est la récession actuelle, et la décroissance conduite (2) ? », s’interrogeait, pendant la campagne européenne, Nicolas Hulot, pourtant régulièrement qualifié d’« écotartuffe » par les objecteurs de croissance. Soutien d’Europe Ecologie, l’animateur avouait douter de la « croissance verte » et envisageait plutôt une « croissance sélective doublée d’une décroissance choisie ». « Seule la décroissance sauvera la planète », lâcha même le photographe Yann Arthus-Bertrand, dont le film Home, au demeurant largement financé par le groupe de luxe Pinault-Printemps-Redoute (PPR), semble avoir contribué au succès électoral printanier des écologistes (3).

Certains partisans de la décroissance sont convaincus que la crise actuelle constitue une formidable opportunité pour leur cause. « Que la crise s’aggrave ! », s’exclame Latouche, reprenant le titre d’un ouvrage du banquier repenti François Partant. « C’est une bonne nouvelle : la crise est enfin arrivée, et c’est l’occasion pour l’humanité de se ressaisir (4) », explique ce tenant de la « pédagogie des catastrophes » jadis développée par l’écrivain Denis de Rougemont.

Sans aller aussi loin, M. Cochet estime que c’est en butant sur les limites de la biosphère que l’humanité sera contrainte de devenir raisonnable. « Il n’y aura plus de croissance pour des raisons objectives. La décroissance est notre destin obligé », prévient le député écologiste, « géologue politique et profond matérialiste ». Ne reste alors qu’à espérer que la crise accélère les prises de conscience, et à « préparer la décroissance afin qu’elle soit démocratique et équitable ».

Mais ce point de vue optimiste est loin d’être partagé par tous. « Cette pédagogie des catastrophes, on n’est pas du tout là-dedans », se démarque Vincent Cheynet. Le rédacteur en chef du journal La Décroissance estime que, « si la crise offre une opportunité de s’interroger et de se remettre en cause, elle risque aussi Lire la suite

Le point de vue de Lutte Ouvrière et de l’UCI sur la décroissance.

revoltunited.canalblog.com, NC, le 16 août 2009

Le point de vue de Lutte Ouvrière et de l’UCI sur la décroissance.

Je connais assez mal l’idéologie de la décroissance, je ne peux donc que publier ce qu’en dise les camarades de LO. Pour ce que j’en sais, cela ressemble assez à l’idéologie des petits propriétaires terriens du début du XXème siècle vis à vis du capitalisme industriel naissant. Mais je vous laisse juger.

La décroissance, un point de vue parfaitement réactionnaire

Si les années quatre-vingt-dix ont vu émerger et se développer les idées de l’altermondialisme, ce courant est aujourd’hui concurrencé, chez un certain nombre de jeunes et moins jeunes plus ou moins contestataires, par un courant qui s’est baptisé : la décroissance. Refus de la croissance économique, « antiproductivisme », lutte contre la consommation, volonté de revenir à une économie locale, rejet du progrès technique, démarche de « sobriété » ou de « simplicité volontaire », sont les piliers de ce nouvel évangile.

Il est difficile de savoir si le relatif succès de ce courant sera un phénomène durable. Mais il est incontestable qu’il est, pour l’instant, à la mode. Certes, cela ne s’est pas vu lors des récentes élections européennes, où les listes Europe Décroissance n’ont recueilli que des scores insignifiants – entre 0,02 et 0,04 % suivant les circonscriptions. Mais la percée électorale des listes Europe-écologie reflète, en partie du moins, cette tendance, car nombre de partisans de la décroissance ont apporté leurs voix, au nom d’une sorte de « vote écologique utile », aux listes menées par Daniel Cohn-Bendit.

L’intérêt pour la décroissance d’une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle, d’une frange de la jeunesse étudiante, paraît indéniable. En témoigne entre autres le relatif succès du journal La Décroissance, qui tire à quelque 50 000 exemplaires – ce qui est conséquent pour un journal politique.

Il est clair que le glissement vers la décroissance d’une partie des partisans de l’altermondialisme serait un recul, du point de vue des idées.

L’altermondialisme en effet, malgré ses limites et son caractère profondément réformiste, se situe au moins sur le terrain de la dénonciation des inégalités, et prétend vouloir mieux répartir les richesses entre les différentes régions de la planète.

La décroissance, elle, ou plutôt la nébuleuse d’organisations, de journaux et d’individus qui se réclament d’elle, se situe sur un tout autre terrain : celui des idées franchement réactionnaires. Ses partisans ne le nient d’ailleurs pas vraiment : Serge Latouche, le principal porte-parole de la décroissance en France, dénonce par exemple, dans l’introduction de son Petit traité de la décroissance sereine, « le totalitarisme développementiste et progressiste ». Le « totalitarisme progressiste » ! Il faut se pincer pour y croire. Il est peu probable que les femmes africaines qui font des dizaines de kilomètres à pied pour trouver un peu d’eau potable, ou les centaines de milliers de gens dans le tiers-monde qui meurent du sida faute de trithérapies, se réjouissent de ne pas être victimes du « totalitarisme progressiste ». On retrouve le même type de propagande anti-progrès dans un numéro de la revue décroissante Silences, qui a publié en Une un dessin montrant trois personnages monstrueux, mi-humains mi-reptiles, sous la légende : « Ils veulent détruire le monde ». Ces trois personnages étaient ainsi présentés : « La trilogie maléfique : croissance, consommation, progrès. »

Le décor est planté. Le courant décroissant affiche clairement non seulement son refus Lire la suite

Notre-Dame-des-Landes : Comment la décroissance grignote la gauche

marianne2.fr, Philippe Cohen, le 8 Août 2009

Comment la décroissance grignote la gauche

Avant la grande manifestation contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sept partis de gauche se sont confrontés aux participants lors d’un débat qui a réuni 500 personnes. A l’applaudimètre, les décroissants ont largement gagné contre le NPA, Europe Ecologie, le PG et tous les autres. De quoi la décroissance est-elle le nom ?

Ce sont les sept mercenaires. Sept kamikazes plutôt, qui ont accepté d’intervenir en tant que représentants de partis de gauche. Contre toute attente, la politique fait recette, car à 15 heures ce vendredi, plus de 500 personnes sont venues. Pour le débat ou pour le spectacle. Les deux, mon n’veu !

Voici Corinne Morel Darieux, du Parti de Gauche. Elle confirme que le camarade Mélenchon s’est bien converti à l’écologie et qu’il a troqué son profil de « hyène dactylographe » (insulte stalinienne contre les trotskistes dans les années 50) contre la panoplie complète de l’écologiste de gauche du XXI° siècle : contre le nucléaire, contre le productivisme, pour des énergies alternatives. Seul le plaidoyer pour un pôle public de l’énergie tranche avec les écolos pur jus.

Le Parti de Gauche a d’ailleurs été omniprésent à Notre-Dame-de-La-Garde. Corinne est une oratrice encore peu rodée à l’exercice. Mais son parcours parle pour elle. Après un diplôme de Sub de Co Rennes, elle a travaillé, cinq ans durant, pour le CAC 40. Consultante en management, elle a encadré des séminaires pour des cadres de Total ou de Sanofi à un tarif facturé 2 000 € la journée, qui a fini par l’écœurer. En deux coups de cuillère à pot, la jeune femme que les yeux d’un vert émeraude prédestinaient à un engagement écolo, recycle ses compétences et ses ambitions dans une double direction. Au plan professionnel, elle, convainc le maire des Lilas dans le 93 de l’embaucher comme responsable de l’éducation. Et au plan politique elle investit Utopia, un mouvement trans-parti qui tente de remettre sur ses pieds le socialisme en cherchant à définir, d’abord, un modèle de société. Le manifeste du réseau prône la coexistence de trois secteurs (marchand, public et économie sociale et solidaire), en misant sur l’affaiblissement progressif du premier. Pourquoi pas ? Au moins ce travail a le mérite de se coltiner à la définition de la société rêvée après le cauchemar du socialisme réel.

Les quelque 2000 adhérents d’Utopia, organisés en réseau, défendent leurs idées dans les partis et les associations. Corinne effectue ce travail militant au PS. Après avoir défendu une motion, au nom d’Utopia, au congrès du PS à Reims (avec un succès relatif :1,4% des voix), Corinne rejoint le Parti de gauche de Mélenchon, où elle est secrétaire national à l’écologie. Elle a provisoirement arrêté de travailler pour s’engager à fond dans la campagne des élections européennes.

«Petit technocrate vert»

Retour au débat. Après Corinne, le seul professionnel de la politique intervient : il s’agit de Yannick Jadot, un ancien de Greenpeace devenu récemment député européen d’Europe-écologie. Son allure de grand play-boy blond propre sur lui avait tout pour déplaire dans une telle assemblée. D’autant que le dernier numéro de Décroissance l’a traité de « petit technocrate vert du développement durable ». Yannick Jadot défend courageusement ses idées et notamment le principe d’un contrat de transition professionnel dans l’automobile pour contraindre Renault et Peugeot à construire des voitures propres – « Ça n’existe pas », crie un participant – « disons plus propres », rebondit alors l’orateur.

Christine Poupin du NPA, Aurélien Bernier du M’Pep, Jean-François Pélissier des Alternatifs et même Bernard Frot du Mouvement écologiste indépendant se fendront tous d’un couplet liant la lutte contre le réchauffement climatique et celle contre le néolibéralisme.

Europe décroissance a la cote

Seul le représentant  du parti pour la décroissance et d’Europe-décroissance, jeune mouvement qui a présenté des listes dans cinq régions lors des dernières élections européennes, parvient à soulever l’enthousiasme de la salle en faisant le lien entre l’écologie et le désir de s’affranchir de l’aliénation. « A quoi ça sert de Lire la suite

NPA : Intégrer la question de l’écologie dans le programme socialiste

porcieu-amblagnieu-municipales-2008.over-blog.com, Bruno Bajou, le 25 juillet 2009

NPA : Intégrer la question de l’écologie dans le programme socialiste

La question de l’écologie suscite de nombreux débats parmi tous ceux qui militent pour un projet de transformation révolutionnaire de la société.

S’il semble acquis pour tous que l’ampleur de la crise écologique en fait une question centrale, s’il est clair qu’il n’est plus possible de faire de l’écologie un supplément d’âme d’un programme socialiste… la discussion reste ouverte et nécessaire sur comment intégrer, en opposition à l’écologie moralisatrice des partis institutionnels, la critique écologique dans ce qu’elle à de plus subversif, à notre combat anticapitaliste, à notre perspective socialiste.

Pour certains camarades la nécessité de prendre en compte les conséquences de la crise écologique devrait conduire à une intégration de l’écologie politique au programme socialiste, en rejoignant le courant « écosocialiste ». C’est ce qui a été défendu au congrès de fondation du NPA dans le débat autour du mot même d’écosocialisme.

Le débat ne porte pas sur le fait de savoir s’il faut ou pas intégrer les données de l’écologie à notre critique du capitalisme. Rajouter le préfixe « éco » signifie rejoindre un courant politique, l’écosocialisme, qui a sa propre existence et qui se définit pour reprendre une formulation de Michael Löwy comme « un courant de pensée et d’action écologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme – tout en le débarrassant de ses scories productivistes. » 

Cela pose deux problèmes, d’une part le problème de définir ce qu’est réellement l’écologie politique en tant que courant et son apport et, d’autre part, le problème que certains camarades semblent confondre le bilan du socialisme réel, des régimes staliniens, des régimes nationalistes prétendument socialistes avec la critique marxiste du capitalisme.

« Ecosocialisme », actualisation du marxisme ou concession à l’écologie politique radicale ?

L’expression « écologie politique » a toujours été volontairement confuse. Utiliser le nom de ce qui est avant tout une science pour désigner un courant politique a toujours permis aux courants se revendiquant uniquement de l’écologie politique de prétendre se situer au-dessus des clivages politiques traditionnels et de ne pas se situer sur le terrain de la lutte des classes et de la critique du capitalisme. La grande majorité de ces courants et partis, souvent très institutionnels, acceptent globalement le cadre du capitalisme et n’ont d’autres perspectives que de s’en remettre aux bons vouloirs des dirigeants et de leurs administrations. Cela revient au final à s’aligner sur un « capitalisme vert » dont tous les gouvernements se font maintenant les champions.

Le courant écosocialiste est né, en réaction à cette écologie institutionnelle et bien pensante, de la volonté de lier le combat écologique et le combat social, démarche sur laquelle on ne peut que se retrouver. Mais quand ces camarades discutent de réactualiser notre projet d’émancipation en introduisant « à part égale » l’apport des courants écologiques et du celui du marxisme, ils introduisent en réalité beaucoup de confusion politique. Car plus qu’une actualisation du marxisme, cela revient avant tout à faire Lire la suite

Le vote Europe Ecologie, la révolution en chaussons verts

lesechos.fr, Jean-Francis Pécresse, le10 juin 2009  

Le vote Europe Ecologie, la révolution en chaussons verts

Le vert devient plus clair. Trois jours après le scrutin européen qui, en France, a placé les listes Europe Ecologie au niveau de celles du Parti socialiste avec plus de 16 % des suffrages exprimés, l’analyse des résultats permet de mieux cerner les raisons de cette percée sans précédent de l’écologie politique. Au préalable, il faut rappeler combien l’abstention relativise les enseignements tirés de cette élection. C’est un corps électoral déformé qui s’est exprimé (le plus politisé, le plus sensible aux enjeux…). Cette réserve faite, deux séries d’explications permettent d’éclairer le succès détonant d’Europe Ecologie. La première est constituée de raisons superficielles, la seconde de déterminants plus profonds.

Parmi les causes immédiates, celle qui vient d’abord à l’esprit est que Daniel Cohn-Bendit a mené une bonne campagne. Ce n’est jamais une garantie de succès, mais l’on n’a jamais vu de succès bâti sur une mauvaise campagne. La sienne a vraiment démarré fin mars-début avril. Les leaders écologistes étaient alors seuls, avec François Bayrou, à se faire entendre. Elle-même ancrée dans une mouvance européenne, la formation écologiste s’est d’emblée positionnée sur les thématiques propres à l’élection : un bon élément d’identification, y compris par rapport à un Modem ayant délaissé la question environnementale pour le créneau, saturé, de l’antisarkozysme.

La campagne d’Europe Ecologie a été cohérente dans la durée auprès d’un électorat qui s’est massivement, et bien plus que les autres, déterminé en fonction des enjeux européens. Une dynamique s’est installée, note Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS Sofres. Dès la première vague de sondages, les listes Cohn-Bendit étaient créditées d’un score à deux chiffres. Un sondage CSA effectué dimanche montre aussi que ce vote écologiste n’a été ni un choix du premier instant ni un choix du dernier moment : près de la moitié des électeurs d’Europe Ecologie, au lieu d’un quart en moyenne, ont arrêté leur vote dans les jours précédant le scrutin. On voit là l’effet d’une campagne réussie. Autre indice de son impact, et de ses limites : 28 % des électeurs français sondés par CSA ont trouvé « bonnes » les interventions de Daniel Cohn-Bendit. C’est mieux que Xavier Bertrand mais moins bien que Martine Aubry…

Une autre explication conjoncturelle vient des erreurs et des faiblesses des concurrents. Selon TNS Sofres, François Bayrou a vu partir vers Europe Ecologie 20 % de ses électeurs du premier tour de la présidentielle 2007. La porosité a été plus marquée encore avec le PS : un quart des électeurs de Ségolène Royal se sont dirigés vers les listes Cohn-Bendit. La percée des écologistes s’est dessinée dans une configuration qui, presque partout en Europe, a desservi les partis sociaux-démocrates et s’est doublée, en France, d’une béance de leadership. De ce point de vue, la situation n’est pas comparable avec celle qui prévalait en 1989 : lorsque les Verts avaient dépassé 10 % aux européennes, le PS était encore à 23 %. Si l’on y ajoute l’unité presque reconstituée de la famille écologiste, ces raisons apportent des explications circonstancielles à la percée de l’écologie politique.

Plus structurelle est la synthèse réussie entre une triple préoccupation, environnementale, sociale et éthique. Ces dimensions sont portées par les trois figures d’Europe Ecologie, Yannick Jadot, Daniel Cohn-Bendit et Eva Joly, dont Lire la suite

Élections européennes : le réseau « Sortir du nucléaire » a évalué les candidats

mediapart.fr, Le Père Vert Pépère, le 01 Juin 2009

Élections européennes : le réseau « Sortir du nucléaire » a évalué les candidats

Europe écologie et le NPA prennent leur responsabilités face à l’urgence écologique

– L’UMP et le PS se contentent de vagues déclarations sur le « développement durable »

– La position officielle du Modem reste encore à découvrir…

– Le Parti de Gauche est « coincé » par son tête à tête avec le très pronucléaire PCF.

Le Réseau « Sortir du nucléaire » a interrogé les principaux partis à propos de la politique énergétique qu’ils entendent promouvoir au niveau européen. Voici le bilan de cette consultation.

Europe Écologie et le NPA ont apporté des réponses très satisfaisantes. Il faut d’ailleurs rappeler que les Verts et le NPA sont adhérents du Réseau « Sortir du nucléaire ». Europe Écologie et le NPA se prononcent pour une sortie rapide du nucléaire, ont intégré la question des déchets radioactifs et des risques, mais aussi les enjeux démocratiques (passage en force du lobby nucléaire) et géostratégiques (prolifération nucléaire sous couvert du nucléaire civil), ainsi que les questions de l’emploi et du social (promotion des économies d’énergie et du développement des énergies renouvelables, qui sont de véritables gisements d’emplois).

Le Parti de Gauche a eu l’honnêteté de reconnaître que, dans le cadre du Front de gauche qui l’unit au PCF, il n’était pas possible d’avoir une position commune sur la question du nucléaire. Le Réseau « Sortir du nucléaire » est très attentif à l’évolution du Parti de Gauche, qui s’est déclaré favorable à la sortie du nucléaire, et appelle le PCF a reconsidérer sa position pronucléaire.

Lors de la campagne présidentielle de 2007, le Modem et François Bayrou n’ont pas pris position contre le nucléaire, en critiquant néanmoins l’opacité du lobby atomique. Pour ces élections européennes, seuls Corinne Lepage (CAP21, tête de liste Modem dans le Nord) et Jean-Luc Bennahmias (ancien Vert) ont répondu, se prononçant pour des alternatives au nucléaire, mais à moyen ou long terme. Finalement, la position « officielle » du Modem reste encore à découvrir !

Comme chacun a pu le constater, l’UMP et le PS ont repoussé au maximum le moment d’entrer en campagne et, qui plus est, évitent soigneusement tout débat pouvant remettre en cause l’énergie nucléaire, qui est pourtant un sujet de société crucial.

Le Parti Socialiste a répondu de façon ambiguë, voire hypocrite, se prononçant pour ITER (fusion nucléaire) et pour les réacteurs dits « de 4e génération », bien que ces deux technologies pour l’heure inexistantes absorbent plus de 80% des crédits européens pour la recherche énergétique. Ce positionnement vide de sa substance le soutien de principe que le PS exprime pour les énergies renouvelables et les économies d’énergie. Reconnaissant le problème que posent les déchets nucléaires, le PS soutient pourtant du rôle que la France entend jouer dans le déploiement international du nucléaire !

L’UMP n’ayant pas daigné répondre au questionnaire du Réseau « Sortir du nucléaire », le seul élément dont nous disposons est Lire la suite

Critique de Corcuff (NPA) sur l’ouvrage de Kempf

reporterre.net, Philippe Corcuff et Hervé Kempf , le 1er mai 2009

Ecologie, productivisme, et post-capitalisme

L’économie de marché est-elle le capitalisme ? Quand l’individualisme n’est-il plus émancipateur ? Comment réintroduire la démocratie dans le travail lui-même ? Des questions au cœur de la nouvelle écologie radicale. Un débat.

En mars, Philippe Corcuff a eu l’amabilité de m’envoyer le texte qu’il comptait présenter lors du Contre Grenelle, à Lyon, le 2 mai (info : http://www.contre-grenelle.org/ Gre…). Il posait des questions intéressantes, qui m’ont conduit à lui adresser les précisions nécessaires. Voici les deux textes.

Anticapitalisme et antiproductivisme à l’aube du XXIe siècle – Autour des analyses d’Hervé Kempf

Par Philippe Corcuff (sociologue, membre des Verts en 1994-1997, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste)

Le mythe d’un « capitalisme vert » semble faire des ravages rhétoriques, dans la droite sarkozyste ainsi que dans un PS et chez des Verts social-libéralisés, comme réponse magique à la double crise financière et climatique qui affecte aujourd’hui le capitalisme. C’est l’occasion de réfléchir aux liens entre la critique écologiste du productivisme et la critique du capitalisme par la gauche radicale. Car la période appelle une nouvelle convergence entre les courants radicaux de l’écologie et les anticapitalistes. Le dernier livre d’Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, constitue un support intéressant pour amorcer cette démarche.

Le livre d’Hervé Kempf nous propose une série de pistes intéressantes, qui ont le grand avantage, dès le titre de l’ouvrage, de réarrimer prise de conscience écologiste et critique du capitalisme.

Or c’est quelque chose qui a été perdue de vue par certains écologistes, dans la double logique de l’institutionnalisation-professionnalisation des élites politiques vertes et de l’hégémonie de « la pensée unique » néolibérale. Les aspirations anticapitalistes de Mai 68 ont alors progressivement été oubliées par des militants éminents des Verts européens, comme Daniel Cohn-Bendit, passé du Dany le Rouge d’hier au Dany le Vert pâle d’aujourd’hui. Ce dernier proclame même dans un livre de 1998 : « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché ». Un exemple significatif, pour les centaines de milliers de personnes qui se sont opposés et s’opposent aux réformes néomanagériales de Sarkozy-Darcos-Pécresse, appliquant, de la maternelle à l’université, les recettes des entreprises privées : « Naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 » …

Or, justement, le troisième chapitre du livre de Kempf est consacré au « mirage de la croissance verte ». Pour lui, le capitalisme aborde de manière inadéquate la question du changement climatique, en tentant de faire croire « que l’on pourra pérenniser le système économique actuel sans en changer les déterminants » (p.84). Un exemple ? « L’effet pervers de la hausse des prix de l’énergie dans le système capitaliste est qu’elle Lire la suite