Nobel d’économie : associations, protection de l’environnement et des ressources naturelles

actu.orange.fr, NC, octobre 2009

Le Nobel d’économie à deux Américains, dont la première femme

Le prix Nobel d’économie a été attribué lundi aux Américains Oliver Williamson et Elinor Ostrom, la première femme récompensée, pour leurs travaux séparés montrant que l’entreprise et les associations d’usagers sont parfois plus efficaces que le marché.

Leurs recherches sont particulièrement dans l’air du temps, en plein débat sur la meilleure organisation des marchés financiers et de l’économie mondiale mais aussi sur la protection de l’environnement et des ressources naturelles, un domaine essentiel d’étude d’Elinor Ostrom.

« Ils veulent comprendre des organisations qui ne sont pas des marchés (…) et ils montrent comment ces institutions résolvent les conflits« , a salué Tore Ellingsen, membre du comité Nobel, lors de l’annonce du prix à la presse.

Ces récompenses confortent la chasse gardée américaine sur le Nobel d’économie, avec désormais 45 lauréats sur un total de 64 depuis sa première attribution en 1969.

Cette saison 2009 est également très américaine, avec 11 lauréats sur 13 venant des Etats-Unis, la sensation étant venue vendredi à Oslo du Nobel de la Paix attribué au président américain, Barack Obama.

Elinor Ostrom, de l’Université d’Indiana, est récompensée par le comité « pour avoir démontré comment les biens communs peuvent être efficacement gérés par des associations d’usagers ».

Elle a « remis en cause l’idée classique selon laquelle la propriété commune est mal gérée et doit être prise en main par les autorités publiques ou le marché« , salue le comité, qui sacre pour la première fois une femme depuis sa première attribution en 1969.

En se fondant sur de nombreuses études sur la gestion par des groupes d’usagers des ressources en poissons, en élevage, sur les forêts ou les lacs, la lauréate américaine a montré que leur organisation était souvent Lire la suite

Cette crise sera moins grave que celle de 1929

parismatch.com, Anne-Sophie Lechevallier, le 16 Janvier 2009

“Cette crise sera moins grave que celle de 1929”

Economie. En exclusivité pour Paris Match, quatre pointures de l’économie, dont trois prix Nobel, ont débattu de l’état de l’économie mondiale, de l’impact des mesures déjà adoptées et des remèdes à apporter.

Match Economie

L’Indien Amartya Sen (récompensé en 1998), les Américains Joseph Stiglitz (en 2001) et Edmund Phelps (en 2006) – ainsi que l’économiste français Jean-Paul Fitoussi se connaissent depuis trente ans. Tous membres de l’Observatoire français des conjonctures économiques, ils n’ont eu de cesse de plaider pour davantage de régulation des marchés et pour un rôle accru de l’Etat. L’explosion de la crise, financière d’abord, puis économique et sociale, leur a donné raison.

Plus humanistes qu’experts de la modélisation financière, ces quatre professeurs sont de toutes les commissions qui tentent de jeter les bases d’un nouveau système économique mondial. La semaine dernière, ils participaient à ­Paris au colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme » ouvert par Tony Blair, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Voici leur diagnostic.

Chômage : amélioration à la fin de l’année

Amartya Sen « La crise économique va s’intensifier au début de l’année. Le chômage va augmenter aux Etats-Unis et en Europe. L’économie mondiale va ralentir. Aux Etats-Unis, ceux qui n’ont pas d’assurance maladie auront plus de difficultés à obtenir un traitement médical, puisque leurs revenus seront moindres. L’Europe sera moins affectée. En Afrique, à cause de la baisse des exportations agricoles et d’une croissance économique limitée, le déclin va être important. En Chine et en Inde, les taux de croissance vont ralentir, mais rester élevés – le taux est passé de 11 à 9 % en Chine, et de 9 à 7 % en Inde. Cependant, ces deux pays ont de nombreux habitants très pauvres, et leur ­capacité à profiter de l’expansion économique va s’amoindrir. En Inde, les ­dépenses publiques risquent de ralentir. Ce sera négatif pour les programmes qui en dépendent, comme ceux liés à l’éradication de la pauvreté ou à l’amélioration de l’éducation… A la fin de l’année, dans les pays occidentaux, on commencera à voir les effets des plans de relance, et je serai très surpris si l’on ne constate pas de signes d’amélioration. »

Crise sociale et risque politique : pas de nouveau dictateur

Jean-Paul Fitoussi « Le risque politique est majeur dans les régimes non démocratiques car ceux-ci seront fragilisés, faute de moyens pour soutenir leurs économies, par des situations sociales qui peuvent se transformer en crise politique. Les éléments d’une poudrière sont réunis en Asie : il est très difficile pour 100 millions d’habitants de retourner à la pauvreté sans protester, en se laissant faire comme s’ils étaient taillables et corvéables à merci. En Europe, la Grande-Bretagne et l’Italie risquent de beaucoup souffrir. Dans nos démocraties, le risque politique est synonyme d’alternance. Il y aura des moments très difficiles à passer pour tous les gouvernements. Mais je ne crois pas à l’émergence d’un ­nouveau dictateur. »

Atout de la France : sa protection sociale

Jean-Paul Fitoussi « Le chômage va augmenter mais la France a un atout majeur : son système de protection ­sociale qui lui permettra d’amortir le choc. Elle sera sauvée par tous les mécanismes mis en œuvre après la ­Seconde Guerre mondiale dans le ­cadre de la doctrine keynésienne : l’indemnisation du chômage, l’assurance-maladie, le système de retraite par répartition, la possibilité de l’endettement public. Tout ce que l’on a brûlé hier permet de sauver le système aujourd’hui. » Lire la suite