Colombie : Antanas Mockus, le candidat du Parti vert, pourrait créer la surprise à l’élection présidentielle du 30 mai

lemonde.fr, Marie Delcas, le 25 mai 2010

La bonne formule du professeur Mockus

Antanas Mockus, le candidat du Parti vert, pourrait créer la surprise à l’élection présidentielle du 30 mai – ici, le 23 mai à Bogota durant sa campagne.

Des centaines de jeunes en tee-shirt vert se sont réunis ce dimanche sur la place de Lourdes, dans le centre de Bogota. Ils brandissent joyeusement tournesols et crayons, réclament « moins de corruption, plus d’éducation ». Sur l’estrade, Antanas Mockus, candidat à l’élection présidentielle colombienne, dirige d’un ton paisible un meeting aux

La petite foule dit sa fatigue de la violence, son refus des magouilles politiciennes, sa confiance dans un pays plus juste, plus honnête, plus vert et moins machiste, bref meilleur. Les manifestants scandent : « Si podemos », la version colombienne du « yes we can » de Barack Obama. Tous sont d’accord : leur candidat, Antanas Mockus, est « le seul homme politique honnête ».

Dans une Colombie que l’on croyait solidement ancrée à droite, la percée du mathématicien excentrique a pris tout le monde par surprise. En deux mois, le candidat du Parti vert est passé de 5 % à 35 % des intentions de vote. Sur Facebook, c’est l’effervescence : les partisans d’Antanas Mockus sont plus de 600 000. Ils rêvent d’une victoire dès le premier tour, dimanche 30 mai.

« Plus la situation est sérieuse, plus je suis calme », affirme le candidat. L’outsider qui incarne l’antipolitique n’a rien d’un nouveau venu pour les 44 millions de Colombiens. Ex-recteur de l’Université nationale, il a été deux fois maire de Bogota. Et il en est à sa troisième campagne présidentielle. Mais Aurelijus Rutenis Antanas Mockus Sivickas reste un politique atypique.

Né de parents lituaniens dans un pays qui compte peu d’immigrés, il est candidat d’un Parti vert peu écologique. Avec ses 58 ans et un début de maladie de Parkinson, il est particulièrement populaire chez les jeunes. « Le Prof » leur promet de faire respecter la loi et d’augmenter les impôts. C’est dire si le populisme n’est pas son fort. Le marketing politique non plus.

Entre amis ou en direct à la télévision, Antanas Mockus pèse chacun de ses mots, hésite, réfléchit, s’excuse de son erreur et réfléchit encore. Son collier de barbe démodé, son discours abscons, ses rectifications désoleraient son conseiller en image, s’il en avait un. Mais Antanas Mockus incarne l’espoir du changement. « Et la promesse d’un saut dans l’inconnu », ne manquent pas de dire ses détracteurs.

Un demi-siècle de conflit armé et les dérives d’une guérilla marxiste embarbouillée de cocaïne pèsent sur la politique colombienne. Après huit ans de pouvoir, Alvaro Uribe et sa politique sécuritaire restent très populaires. L’actuel président, non-candidat, est crédité de plus de 70 % d’opinions favorables. Tout laissait croire à une victoire facile de son ex-ministre de la défense et héritier autoproclamé, Juan Manuel Santos. « Personne ne conteste les mérites d’Alvaro Uribe en matière de sécurité, mais les électeurs veulent se démarquer des affaires et des scandales qui ont entaché son gouvernement », explique l’analyste politique Ricardo Garcia.

« Je ne suis pas un tendre », pointe Antanas Mockus, qui a pourtant la larme facile. Il approuve la lutte engagée contre les rebelles et s’agace de la complaisance d’une certaine gauche européenne envers la lutte armée. « Le romantisme révolutionnaire n’est pas une excuse, c’est Lire la suite