Revue EcoRev’ : numéro spécial André Gorz « Penser l’après capitalisme »

Ecorev, communiqué, le 23 novembre 2009

Je ne dis pas que ces transformations radicales se réaliseront. Je dis seulement que, pour la première fois, nous pouvons vouloir qu’elles se réalisent. Les moyens en existent ainsi que les gens qui s’y emploient méthodiquement. » André Gorz (2007).

Il y a deux ans nous recevions le dernier texte de notre parrain André Gorz, seulement quelques jours avant que sa femme et lui ne nous quittent.

Le présent numéro d’EcoRev’ rend hommage à ce penseur de l’écologie politique et prend une forme particulière puisqu’il parait dix ans après notre premier numéro : Survivre au capitalisme. Mais ce n’est pas un hommage qui tenterait de sacraliser « une pensée gorzienne », c’est plutôt – dans un contexte de crises systémiques globales – une réflexion qui vient interroger et prolonger l’idée centrale de son dernier texte : La sortie du capitalisme a déjà commencé.

Ce numéro a également pour objet de montrer combien ses intuitions sont plus que jamais actuelles et capables de contribuer à la construction, certes complexe mais nécessaire, d’une écologie politique alternative au capitalisme.

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Penser l’après capitalisme avec André Gorz

Dossier coordonné par Anita Rozenholc et Emmanuel Dessendier

Editorial par la rédaction

Classique : Les limites de l’adaptabilité du capitalisme par Ernest Mendel

La sortie du capitalisme a bien commencé par Yann Moulier-Boutang

Transformation/révolution/transition revisitées au tranchant de l’écologie politique par Yann Moulier-Boutang

La crise de l’immatériel, la production entre pairs (P2P) et l’économie éthique à venir par Michel Bauwens

Pour une science écologique par Marc Robert

L’après consumerisme par Emmanuel Dessendier & Anita Rozenholc

Autoproduction et numérique par Daniel Kaplan/Rémi Sussan

De la transformation des modes de vie. Quartiers populaires et écologie par Élise Lowy

Changer de système de production par Lire la suite

Le capitalisme destructeur, entre Freud et Keynes

ledevoir.com, François Desjardins, édition du 21 et 22 février 2009

Le capitalisme destructeur, entre Freud et Keynes

Le contexte de la dernière année est troublant : la dissection, à Wall Street, d’une mécanique de profit que plusieurs apparentent à une structure pyramidale ; l’émergence d’une récession mondiale; et, pour bien cimenter le gâchis, la mise à contribution massive de l’argent des contribuables pour éponger ce que plusieurs voient comme l’ultime dérapage d’un marché incapable de se contrôler. Des milliards partis en fumée pendant qu’une minorité d’acteurs, de banquiers et de courtiers cherchaient à maximiser les primes de fin d’année.

Face à la crise, Gilles Dostaler et Bernard Maris, coauteurs de Capitalisme et pulsion de mort, reviennent sur la force destructrice de l’argent à travers la pensée du psychanalyste Sigmund Freud et de l’économiste britannique John Maynard Keynes. Un ouvrage de grande qualité, déjà en deuxième tirage en France, qui suscite la réflexion sur ce qui fait tourner la machine et conclut en souhaitant l’avènement d’un modèle nouveau.

«Jusqu’à l’automne dernier, on était à contre-courant du discours dominant», reconnaît d’emblée Gilles Dostaler, historien de la pensée économique à l’Université du Québec à Montréal et auteur de nombreux ouvrages sur Keynes. Les deux hommes se sont rencontrés il y a une dizaine d’années, en France, et leur projet est né il y a trois ou quatre ans, au moment où personne ne se doutait de ce qui s’en venait. «Mais avec la crise engendrée par les « subprimes » [les prêts hypothécaires à risque élevé], le discours dominant a changé complètement.»
Avec Bernard Maris, professeur d’université, auteur d’Antimanuel d’économie et directeur adjoint de la rédaction de Charlie Hebdo, Gilles Dostaler se sert du double prisme offert par Freud et Keynes pour se pencher sur le rôle de l’argent «comme fin en soi», avec toutes les conséquences que cela occasionne sur le monde et les relations humaines.
La réflexion s’articule d’abord autour de la pulsion de mort découverte par Freud. Présente en chacun de nous, elle ferait en sorte que toute forme de vie éprouve un désir de mourir. Les auteurs précisent que son objectif, toutefois, est retardé par la pulsion de vie. Entre-temps, il y a un détour, qui passe par l’accumulation de biens matériels et d’argent, purement et simplement. «Nous accumulons pour aller le plus tard possible vers la mort.
»

Autrement dit, le temps ne sert plus qu’à accumuler, avec toute la destruction que cela comporte. Ce qui n’est pas sans lien, disent-ils, avec les stratégies d’investissement spéculatives qui caractérisent désormais le système, ou ces bourreaux de travail qui ne vivent que pour raffiner les décimales du rendement, peu importe le nombre d’heures qu’il faut y consacrer.

La roue tourne sans cesse. On ne ferme jamais les livres, jamais il n’y a d’équilibre. «Ce qu’enseignent Freud et Keynes, c’est que ce désir d’équilibre qui appartient au capitalisme, toujours présent, mais toujours repoussé dans la croissance, n’est autre qu’une pulsion de mort, écrivent-ils. Détruire, puis se détruire et mourir constituent aussi l’esprit du capitalisme. Sur les marchés circulent des marchandises cristallisant le temps de travail des hommes, mais aussi de la souffrance, de la culpabilité et de la haine

Chez Keynes, qui avait lu Freud, cette pulsion se traduit par l’amour de l’argent, qui selon lui est le «problème moral de notre temps». Car, selon les auteurs, «dans la concurrence et l’amour de l’argent gisent les causes de la violence sociale». Lire la suite

Maris, Limites de la croissance : la revanche de Meadows

marianne2.fr, Bernard Maris, le 22 Janvier 2009

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.

Limites de la croissance économique : la revanche de Meadows

Lors de la parution de son rapport sur les limites de la croissance, en 1972, Meadows était la risée de ses confrères économistes. Aujourd’hui, il est considéré comme un visionnaire et vient même de recevoir un prix. La crise a fait au moins un heureux.

Le professeur Meadows vient de remporter le « Japan Prize », l’un des prix scientifiques les plus prestigieux, pour un ouvrage qu’il a dirigé en 1972. Soit… 37 ans plus tard. Le rapport du professeur Meadows s’appelait « Les limites à la croissance » et il a été traduit en France sous le titre « Halte à la croissance ! » En effet le professeur Meadows, et les autres, proposaient, tout simplement, une croissance zéro. Meadows n’est pas si vieux que ça, il a 66 ans. Il a été prof au prestigieux Mit, Massachussets Institute of Technologie. Moi qui ai fréquenté les milieux économiques, je n’ai jamais vu autant de ricanements, je veux dire autour de Meadows et de son rapport. Meadows était un gauchiste au pire, un idéaliste au mieux, un ennemi du progrès, un amateur des cavernes et de la viande boucanée, un ennemi du Sud et des pauvres qui ne demandaient qu’à se développer ou à s’enrichir etc. etc.
Son rapport reposait sur une hypothèse infiniment simple. Les ressources sont limitées : le pétrole, le charbon, l’eau, l’uranium, les forêts, n’existent pas à profusion. Or la population humaine semble devoir croître indéfiniment. Et les besoins de la population humaine croissent encore plus vite que la population elle-même. Rien de commun entre les besoins de l’Américain moyen et les besoins du Bushiman ou du Pygmée lambda. Donc l’humanité va se heurter de façon dramatique au mur de la rareté. Cqfd. Stop à la croissance, vive la croissance zéro, arrêtons tout.

Meadows et Malthus avaient seulement raison trop tôt

Ce qui faisait ricaner les économistes. Ils s’esclaffaient, même. Ah ! ah ! Tout ce que dit Meadows, Malthus le disait déjà, Malthus le pasteur de l’apocalypse économique. Il disait ça en 1800, dans son « Essai sur le principe de population » et nous sommes en 1972, ah-ah ! Car Malthus, pas plus que ce pauvre Meadows, n’avait prévu une chose : la hausse des rendements ! l’incroyable progrès de la productivité qui fait que le quintal de blé produit par cent paysans en 1800 est produit par un seul paysan aujourd’hui. Et les économistes de rire.
En réalité, il n’y a pas de quoi rire. Malthus et Meadows ont simplement eu raison trop tôt. Le mur de la rareté approche, et nous allons nous heurter contre lui. Lire la suite