Dans le Béarn, Total expérimente l’enfouissement du gaz carbonique

lemonde.fr, Michel Garicoïx, le10 juin 2009

Dans le Béarn, Total expérimente l’enfouissement du gaz carbonique

C’est une première en France. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques vient d’autoriser Total à stocker du CO2 dans le sous-sol béarnais. L’expérience menée autour de Pau met à profit les sites du bassin gazier de Lacq et le savoir-faire accumulé par la société et ses prédécesseurs, dont Elf.

Depuis des mois, le groupe pétrolier travaille sur ce projet « parce que c’est notre responsabilité de prévenir le réchauffement climatique« , souligne Jean-Michel Gires, directeur développement durable de Total. L’autorisation préfectorale va permettre d’exploiter un « pilote industriel de captage de CO2 », gaz qui sera transporté par pipeline depuis le complexe de Lacq et stocké géologiquement via un puits à Jurançon.

Ce pilote expérimental est constitué d’une chaudière qui, à Lacq, brûle le gaz ou méthane et dégage de la vapeur. En introduisant de l’oxygène à la place de l’air, on peut par oxycombustion capter les fumées et du CO2.

Purifié et déshydraté, ce gaz est transporté par des conduites existantes jusqu’à un ancien réservoir souterrain à la chapelle de Rousse. Total met là à contribution des roches poreuses profondes qui, autrefois, contenaient du gaz naturel : elles sont à même de stocker un CO2 qui, ainsi, ne partira pas dans l’atmosphère. Le gaz est alors enfoui, isolé et confiné à moins 4 500 mètres entre des argiles étanches.

RECOURS EN ANNULATION

La chaudière a démarré le 26 mai et la première injection est prévue pour fin juin. « Cette expérience devrait permettre d’emmagasiner 50 000 tonnes de CO2 en deux ans, chiffre M. Gires, et de vérifier si cette option, est valide. Dans ce cas, nous pourrions atteindre une dimension industrielle à l’horizon 2017. »

Pour l’heure, l’opération menée dans le Béarn est un pilote de démonstration réduit au dixième qui a été précédé d’une concertation publique depuis plusieurs mois avec notamment une enquête publique et la mise en place d’une commission locale d’information et de suivi (CLIS).

« Notre essai est regardé avec attention au-delà des frontières, par exemple au Canada, en Russie ou au Moyen-Orient », détaille M. Gires. De bons résultats dans le Béarn pourraient amener des applications ailleurs, par exemple aux Pays-Bas ou en Ile-de-France, où l’on peut envisager de dissoudre le CO2 dans les couches profondes où se trouve de l’aquifère salin.

L’autorisation a été délivrée pour deux ans avec une période de surveillance des sites de trois ans. Et c’est bien ce qui inquiète des associations comme la Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (Sepanso) ou Coteaux du Jurançon environnement.

Elles comptent déposer un recours en annulation contre l’arrêté et envisagent de saisir Lire la suite

Lacq : Feu vert au projet Total de stockage souterrain de CO2

France Nature Environnement, Sepanso Béarn, Côteaux du Jurançon, Communiqué de presse, le 28 mai 2009

Feu vert au projet Total de stockage souterrain de CO2

Les associations vont saisir la justice

La société Total vient d’obtenir l’autorisation d’enfouir 120000 tonnes de C02 pendant deux ans, sur Ie site industriel de Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Les associations déposent un recours.

La stratégie du Shadok ?

Pour Total, lutter contre les émissions de gaz à effet de serre est très simple : il suffit de pomper ! Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples et la technique de Capture et de Stockage de Carbone présente plusieurs risques inacceptables :

La CSC est énergivore : Le rapport parlementaire de M Birraux du 3 mars 2009 note sur ce point: « Le CSC est d’ailleurs présenté comme une technologie de l’énergie, alors qu’en soi, il ne procure aucun apport nouveau d’énergie (. ..) il induit au contraire une consommation supplémentaire d’énergie ». La CSC utilise en effet de l’énergie pour les opérations de capture, de transport et d’injection souterraine.

La CSC est polluante : cette technologie a pour raison première Ie développement des centrales thermiques au charbon à I‘heure ou il faut au contraire développer les sources d’énergies renouvelables, les économies d’énergie et l’efficacité énergétique. Le rapport Birraux note que la CSC « conforte aussi l’utilisation des énergies carbonées dans les pays qui les importent avec même le risque d’accroître leur dépendance énergétique, puisque l’implantation d’un dispositif de CSC impose un supplément de consommation d’énergie » ;

La CSC présente des risques pour l’environnement : L’enfouissement industriel de carbone sous terre présente des risques pour la santé et l’environnement qui ne sont pas maîtrisés. Aucune expertise indépendante et contradictoire n’a été financée à ce sujet. Total a préféré faire appel au BRGM qui …  est engagé en faveur de la CSC !

La CSC est coûteuse : Elle peut « doubler Ie coût de fonctionnement d’une centrale et, par conséquent, aboutir a une augmentation du coût de l’électricité de 21 à 91% » (cf. rapport Greenpeace « Faux espoir » de mai 2008).

La CSC est tardive : ainsi que Ie précise Ie PNUE : « Le CSC arrive beaucoup trop tard sur Ie champ de bataille pour aider Ie monde a éviter Ies changements climatiques ». Rappelons que les industriels eux-mêmes rappellent que la CSC ne sera pas opérationnelle avant 2030. Or, il nous faut réduire drastiquement nos émissions de GES dès 2015….

La CSC n’est pas viable : selon l’Agence internationale de l’énergie, Lire la suite

Lacq : opposition au projet de captage du CO2 de Total

novethic.fr, Alain Chauveau, le 2 avril 2009

Lacq : opposition au projet de captage du CO2 de Total

Total se prépare à tester dans le bassin de Lacq un projet de captage et de stockage géologique du CO2. Les enjeux sont énormes, tant du point de vue technologique, qu’économique. Mais l’acceptation locale ne va pas de soi et les riverains les plus exposés restent opposés au projet.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE),  le captage et le stockage géologique du CO2 (CSC) pourrait contribuer à diminuer de près de 20 % les émissions de CO2 mondiales d’ici 2050. De nombreux projets pilotes de CSC sont déjà développés, dans le monde entier, par les multinationales du pétrole (ExxonMobil, Shell, Statoil, Total…). Mais, le CSC est une technique qui devra surmonter de nombreuses difficultés pour être opérationnelle : en particulier, l’acceptation locale de ce procédé mal connu sera déterminant.
Le projet pilote de Lacq et la concertation

Annoncé officiellement en février 2008, le projet de captage du CO2 piloté par Total sur le site béarnais de Lacq est une première en France.  Total va tester sur ce site une nouvelle technologie, dite de l’oxycombustion, développée avec Air Liquide. Le CO2 sera ensuite transporté sur 27 km par gazoduc. Enfin, le stockage sera réalisé dans un champ de gaz existant, aujourd’hui déplété (c’est-à-dire où la majorité du gaz a déjà été produit) à Jurançon. L’investissement est de 60 millions d’euros pour ce projet, qui doit permettre à Total d’acquérir un savoir-faire unique en matière de captage de CO2…et d’exporter cette compétence.
Mais pour certains riverains proches du lieu de stockage, le  puits de Rousse, situé  dans les vignes de Jurançon, ce choix est une « aberration ». Alain Castinel, coordinateur développement durable chez Total s’en défend : « Devant une nouveauté technologique et réglementaire, il fallait que nous mettions en place des moyens de concertation qui permettent à tout le monde de comprendre le projet. Nous avons commencé par une étude de contexte pour identifier les parties-prenantes, entendre ce qu’elles attendaient, leur craintes et leur expliquer le projet. Puis nous avons formé les responsables techniques du projet sur le site à la concertation. Nous avons également, et c’est une nouveauté, édité une Charte de concertation« . La phase de concertation proprement dite a commencé en novembre 2007, avec trois réunions publiques d’informations organisées par Total à Jurançon, Pau et Mourenx.

Questions sans réponses

En avril 2008, une commission locale d’information et de suivi du projet (Clis), née de la concertation, est créée par le préfet. Composée d’élus, de représentants de l’administration, d’associations, de Total et de personnalités qualifiées, elle a été présidée par le professeur Claude Miqueu, élu des Hautes-Pyrénées. De juillet à septembre 2008, une enquête publique est lancée sur le projet et donne son accord en octobre. Selon Claude Miqueu : « Le travail fait dans la CLIS a permis d’apaiser les tensions, de faire circuler l’information et  d’être dans la transparence« . De plus, ajoute-t-il : « N’oubliez pas que le territoire a une culture du risque, que la prospérité locale est née du sous-sol « . L’acceptation sociétale et administrative lui semble donc probable.

Mais deux associations environnementales, Coteaux de Jurançon Environnement et la SEPANSO, soutenues par France Nature Environnement, écrivent au Président de la République pour demander un débat public sur la technique du CSC, et mandatent le cabinet d’avocats Huglo-Lepage, au cas où l’autorisation préfectorale était donnée, pour l’attaquer devant le tribunal administratif. Elles dénoncent en effet Lire la suite