La « démocratie écologique » de Dominique Bourg n’est pas la solution

alternatives-ecologique.fr, Jean Gadrey, le 18 janvier 2011

La « démocratie écologique » de Dominique Bourg n’est pas la solution

http://www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/01/18/la-%C2%AB-democratie-ecologique-%C2%BB-de-dominique-bourg-n%E2%80%99est-pas-la-solution/

Un débat existe sur la démocratie écologique (et plus généralement sur la démocratie scientifique). Il serait dommage de le caricaturer, comme c’est le cas avec certaines critiques des thèses de Dominique Bourg. Deux livres récents et importants peuvent l’éclairer. D’une part celui d’Hervé Kempf, « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie » (Seuil). D’autre part celui de Jacques Testart, Agnès Sinaï et Catherine Bourgain, « Labo planète, ou comment 2030 se prépare sans les citoyens » (Mille et une nuits).

Les idées de Dominique Bourg sont explicitées dans un article qu’il a publié avec Kerry Whiteside dans « La vie des idées » le 1° septembre 2009. Il est accessible via ce lien. Ceux qui y voient une « dictature écologique » (voir ce lien) exagèrent beaucoup. D. Bourg ne propose nullement d’abolir le système actuel mais de l’enrichir, il met en avant le rôle de la société civile et des ONG, le rôle de la démocratie « participative et délibérative » venant compléter la démocratie dite représentative.

J’ai toutefois un sérieux problème avec une partie de ces thèses où est affirmée une sorte d’impuissance des citoyens à prendre en charge les grands enjeux écologiques à long terme, enjeux qui ne pourraient être défendus que par l’alliance de scientifiques et d’ONG environnementales.

Cela conduit D. Bourg à préconiser de nouveaux arrangements institutionnels pour surmonter ce qu’il désigne comme une incapacité du système de la « démocratie » actuelle « à répondre au défi environnemental ». Avec la création 1) d’une « académie du futur » composée de « chercheurs internationalement reconnus » ayant pour mission de veiller à l’état de la planète, et 2) d’un nouveau Sénat. Ce dernier, « formé pour deux tiers au moins de personnalités qualifiées – proposées, par exemple, par les organisations non gouvernementales environnementales – et pour un tiers de citoyens, aurait pour rôle d’élaborer, en amont de l’Assemblée nationale, les grands mécanismes législatifs, par exemple fiscaux, permettant de répondre aux nouveaux objectifs constitutionnels. Ce Sénat pourrait, avec l’aval de conférences de citoyens, opposer son veto aux propositions de loi contraires à ces objectifs. » (Le Monde du 31 octobre 2010).

Je retiens évidemment de l’analyse de D. Bourg le fait que, dans le système de la démocratie et de l’information TEL QU’IL FONCTIONNE – très mal, comme le démontre Hervé Kempf – nombre de risques vitaux pour l’humanité, dont le réchauffement climatique, ne sont pas « ressentis » avec la même acuité et la même urgence que, par exemple, le chômage ou la pauvreté. Je constate aussi que les principales alertes écologiques proviennent de l’alliance de scientifiques (par exemple le GIEC) et d’ONG écolos.

Mais on pourrait faire le même constat de mise à l’écart des citoyens pour d’autres enjeux non écologiques au départ mais essentiels, y compris à long terme : les retraites, la construction européenne, la reprise en main de la finance, les dettes publiques, la création monétaire et les investissements du futur, etc.

L’information déversée sur les citoyens par l’alliance terrible des grands médias, de l’argent et de la publicité bloque la démocratie et conforte l’oligarchie. Elle a pour but Lire la suite

Hervé Kempf : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

http://www.cdurable.info/Herve-Kempf-l-oligarchie-ca-suffit-vive-la-democratie-Seuil,3147.html

cdurable.info, David Naulin, le 24 décembre 2010

En librairie le 6 janvier 2011

Hervé Kempf : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

Après Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf achève sa trilogie par un essai analysant la crise de la démocratie au regard de la crise écologique et sociale.

« Nous sommes entrés dans un système oligarchique qui n’a d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie »

Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les politologues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens.

Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.

Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l’Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n’y parviendra qu’en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l’équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l’autoritarisme.

Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.

Références : l’oligarchie ça suffit, vive la démocratie de Hervé Kempf – Editeur : Seuil – Date de publication : 6 janvier 2011 – EAN13 : 9782021028881 – Prix public : 14 €

Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, les précédents ouvrages d’Hervé Kempf, ont rencontré un important succès. Ils ont été traduits dans de nombreuses langues. L’intérêt soutenu qu’ils continuent de susciter en fait désormais des références de l’écologie politique.

« Nous sommes entrés dans un système oligarchique qui n’a d’autre ressort que l’avidité, d’autre idéal que le conservatisme, d’autre rêve que la technologie »

Voici un extrait de l’entretien avec Hervé Kempf réalisé par Thibaut Monnier publié dans Financité de décembre 2010.

Financité : En quoi la finance est-elle liée à la crise écologique ?

Hervé Kempf : Le développement extraordinaire de la spéculation financière depuis une trentaine d’années s’est traduit par une destruction massive de l’environnement et un creusement considérable des inégalités. Le résultat est qu’aujourd’hui une minorité Lire la suite

Hervé Kempf : Transition optimiste – Du pic pétrolier à la résilience

Transition optimiste

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 28 décembre 2010

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2010/12/28/transition-optimiste_1458454_3232.html

A suivre le courant des affaires du monde, on pourrait croire que, finalement, tout ne va pas si mal. Oui, c’est la crise, il y a des guerres, des chômeurs, des tensions – mais cela a toujours eu lieu, non ? Et tout pourrait continuer de ce pas, grosso modo. Le discours des écologistes est radicalement différent. Ils affirment que, derrière le déroulement usuel des événements, s’approfondissent les fissures qui, transformées en fractures, peuvent mener à la débâcle de la civilisation. Qu’avec le pic pétrolier, notre société fondée sur l’abondance énergétique va rapidement découvrir la restriction, tandis que le changement climatique, par la transformation rapide de la biosphère qu’il prépare, va déstabiliser le système économique.

On comprend que ce catastrophisme assumé soit refoulé par l’idéologie dominante, puisqu’il en dresse le constat d’échec. Mais une autre raison du refoulement est qu’une prévision présentée sous le mode de la fatalité est paralysante. Les écologistes ne parviennent pas encore à proposer une vision positive. Certes, on observe énormément de propositions, d’initiatives et de démarches préparant une façon de vivre collectivement qui permettrait d’éviter la catastrophe – ou de s’y adapter. Mais elles sont disséminées, parcellaires, et donc presque invisibles. Il faut une vision commune et, sans doute, une méthode.

C’est à ce manque que pallie en partie le Manuel de transition, écrit par Rob Hopkins (coédition Silence et Ecosociété, 216 p., 20 €), et qui suscite un intérêt justifié dans le landerneau écologiste. Hopkins a lancé, en 2006, à Totnes, en Angleterre, le réseau des « villes en transition ». Il s’agit de s’organiser en communauté pour mettre en oeuvre la transition vers une économie sobre. La transition comporte un « plan de descente énergétique », la baisse de la consommation d’énergie étant la priorité pour s’adapter aux conditions nouvelles. Le moyen, outre la sobriété matérielle, en est de relocaliser au maximum les activités : il ne s’agit pas d’être totalement autonome, mais de limiter la dépendance aux importations lointaines.

Plusieurs idées rendent attractive la démarche de la transition. Elle ne rejette pas la crise écologique vers les générations futures, mais affirme qu’elle est déjà là, et qu’on n’échappera pas à plusieurs de ses conséquences, même s’il est vital de la limiter. Catastrophiste dans l’analyse, elle est positive dans l’action, force de proposition et de réalisation. Elle ne s’en remet pas à l’individu isolé et impuissant ni à l’Etat lointain et souvent démuni, mais à la communauté agissant collectivement, sur son terrain. Elle est… Lire la suite

Hervé Kempf, l’AIE et le pétrole – Le pic a eu lieu en 2006 !

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/11/23/le-pic-a-eu-lieu-en-2006_1443881_3232.html

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 23 novembre 2010

Le pic pétrolier s’est produit en 2006, indique l’Agence internationale de l’énergie. En bonne logique, cette phrase aurait dû faire la « une » de la presse mondiale, les Bourses auraient chuté, et l’on aurait enfin répondu à la question : « Sachant que ce système est totalement vermoulu, à quel moment en change-t-on ? » La réponse aurait été : « Maintenant ! »

Reprenons les faits. Le pic pétrolier est le moment où la production de pétrole commence à décroître. Depuis une quinzaine d’années, nombre de géologues avertissent de l’imminence de ce moment capital : il signifie en effet que le régime énergétique du monde, fondé sur l’or noir depuis près d’un siècle, va devoir changer radicalement. On ne va pas manquer de carburant du jour au lendemain, mais il va falloir diminuer sa consommation. La théorie du pic pétrolier s’est imposée. Et la question est devenue : quand aura-t-il lieu ?

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de répondre dans son rapport annuel, intitulé World Energy Outlook 2010, publié à la mi-novembre. Elle énonce ainsi sa prévision : « La production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68-69 Mb/j [millions de barils par jour] à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006. » Autrement dit, le pic s’est produit en 2006.

Depuis 2006, justement, il y a eu une forte hausse des prix du pétrole (en partie spéculative), puis une crise économique. Cette augmentation des prix a rentabilisé l’exploitation de pétroles « non conventionnels », tels que les sables bitumineux, qui compensent en partie le déclin du pétrole.

L’AIE prévoit une augmentation mondiale de la consommation d’ici à 2035. Comment la satisfaire ? En pompant davantage les réserves de l’Arabie saoudite, et en développant sables bitumineux, pétrole de l’Arctique et pétrole sous-marin très profond. Problème : ces exploitations sont encore plus polluantes que la production de pétrole classique, et l’on peut douter des capacités de l’Arabie saoudite. Conclusion mezza voce : la crise pétrolière approche à grands pas.

Comment y échapper ? Le moins mauvais des scénarios de l’AIE est dit « 450 » : on limite les émissions de gaz à effet de serre pour ne pas dépasser un réchauffement de 2o C. Il suppose de Lire la suite

Bordeaux – Machine à lire – 18h30 : Vendredi 18 juin à 18h30, rencontre autour du dernier numéro d’EcoRev’ : « Urgence écologique, urgence démocratique : vers une sortie civilisée du productivisme ? ».

ecorev.org, communiqué, 3 juin 2010

Bordeaux : rencontre autour de notre n°34, vendredi 18 juin

jeudi 3 juin 2010

Vendredi 18 juin à 18h30, rencontre autour du dernier numéro d’EcoRev’ : « Urgence écologique, urgence démocratique : vers une sortie civilisée du productivisme ? ».

Florent Marcellesi, coordinateur du dossier et consultant en participation citoyenne, présentera un tour d’horizon de mécanismes participatifs, à interroger et comparer « pour repenser la démocratie ».

F. Marcellesi, Isabelle Lamaud et Aude Vidal, tous trois membres du comité de rédaction de la revue, animeront ensuite un débat sur les tensions qui peuvent exister entre les nécessités démocratiques et la question écologique.

A la librairie La Machine à Lire – 8, place du Parlement à Bordeaux

Editorial du N°34

Crise climatique, crise énergétique, crise alimentaire, crise économique, crise de sens, crise de civilisation… La crise écologique, d’ampleur mondiale et aux conséquences « glocales » et transgénérationnelles, n’est plus une menace. C’est une réalité, une urgence. Face à cet impératif écologique, André Gorz nous mettait en garde contre la tentation du « fascisme vert » où « la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes » (Écologie et liberté) et où il expliquait que « la sortie du capitalisme aurait lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare » (ÉcoRev’ 28). Parce que nous croyons que l’écologie politique peut apporter une réponse civilisée à l’urgence écologique, il est indispensable de se pencher sur la théorie et la praxis démocratiques qui peuvent accompagner cette sortie du productivisme et la mise en place d’une gestion soutenable, respectant libertés individuelles et intérêt général aujourd’hui et demain, au Nord et au Sud.

De son côté, Cornelius Castoriadis, qui est ici notre classique, rappelait de même qu’il n’était pas impossible que, face à une catastrophe écologique mondiale, des régimes autoritaires imposent des restrictions draconiennes à une population affolée et apathique. Ce pour quoi il prônait une indispensable « insertion de la composante écologique dans un projet politique démocratique radical » et, comme l’expliquent Antoine Chollet et Romain Felli – qui nous proposent une vision condensée de la pensée du philosophe de Socialisme ou barbarie – un nécessaire passage de l’autonomie à l’écologie et d’une l’émancipation vis-à-vis du système technico-productif.

Pour réaliser cette émancipation Bruno Latour réfléchit, dans un entretien réalisée par Isabelle Lamaud, à la place, et à la signification, de la nature et des non-humains en politique et à la redéfinition de fond en comble de « la fonction politique, du rôle même des parlements, de la notion de porte-parole pour retrouver des règles d’autorité, de procédure, de débats » pour décider de notre futur. Bruno Villalba et Luc Semal nous incitent à intégrer le plus tôt possible dans nos sociétés démocratiques les contraintes Lire la suite

Hervé Kempf : La vraie dette

reporterre.net, Hervé Kempf, le 5 mai 2010

La vraie dette

Nouvelles en vrac. On apprenait, le 30 avril, que deux membres du peuple surayaku, au sud de l’Equateur, avaient été blessés par un groupe d’hommes armés – les Surayaku s’opposent à l’exploitation du pétrole sur leur territoire.

Le 30 avril, des manifestants ont protesté à Madrid devant le siège du géant pétrolier hispano-argentin Repsol-YPF contre son projet de prospection pétrolière en Amazonie péruvienne.

Le 5 mai, l’organisation Friends of the Earth (Les Amis de la Terre) publie un rapport montrant que les compagnies européennes investissent massivement dans l’exploitation des sables bitumineux au Canada et ailleurs ; ces sables contiennent du pétrole, dont l’extraction est particulièrement polluante et destructrice de l’environnement.

Le 29 avril, la Norvège et la Russie ont passé un accord sur leur frontière en mer de Barents, afin de faciliter l’exploitation du pétrole dans cette mer arctique.

Le 4 mai, une marée noire provoquée par l’explosion d’une plate-forme pétrolière, le 22 avril, continue à faire sentir ses effets catastrophiques dans le golfe du Mexique.

Que se passe-t-il ? Le pic pétrolier commence à se manifester et de plus en plus de pays producteurs voient diminuer le volume de pétrole qu’ils peuvent extraire de leur territoire. Mais la demande de pétrole se maintient. Alors on cherche du pétrole ailleurs : en Amazonie, sous les mers, en Arctique. C’est-à-dire dans des écosystèmes fragiles, et dans des conditions de plus en plus difficiles. Cela promet des destructions écologiques quasi certaines, sans pour autant garantir de repousser le pic pétrolier global très longtemps.

Trois possibilités s’ouvrent alors : on continue en se disant qu’on verra ce qui arrivera ; on parie que la fée technologie résoudra les problèmes, que nucléaire et éoliennes prendront le relais dans quelques décennies ; on s’organise pour réduire la demande. Le chroniqueur ne croit pas exagérer en estimant que cette dernière possibilité suscite assez peu d’intérêt. C’est pourtant la seule qui permettra d’éviter la grande crise, sachant que le temps est compté. Elle n’exclut pas la technologie, mais elle pose que l’enjeu principal est celui du changement des modes de vie.

Nous avons développé une dette écologique énorme. Pour tenter d’éviter l’épreuve de vérité, nous inventons des « actifs écologiques pourris » : exploitation pétrolière en Arctique et offshore profond, multiplication des déchets et des risques nucléaires, banalisation des environnements. Mais toutes les bulles explosent un jour. Il faut payer la dette, dit-on aux Grecs. Quand paierons-nous la dette Lire la suite

Hervé Kempf : Les colonnes du dogme ont été ébranlées « La décroissance va devenir le courant majeur de l’économie. »

 lemonde.fr, Hervé Kempf, le 31 mars 2010

Objecteur de croissance

L’habit ne fait pas le moine, bien sûr, mais une belle apparence inspire le respect. C’est pourquoi il est tout sauf anecdotique que l’idée de décroissance, si allègrement injuriée par les thuriféraires du dogme « croissanciste », ait été accueillie dans un lieu imprégné de pensée. Du 26 au 29 mars s’est tenue dans la belle université de Barcelone la deuxième conférence sur la décroissance économique.

Ouverte par le recteur, organisée par l’Institut de science et de technologie environnementales (ICTA) de la capitale catalane, elle a réuni plus de 500 chercheurs et activistes venus de nombreux pays européens et américains. On sait maintenant que décroissance se dit degrowth en anglais, decrecimiento en espagnol, decreixement en catalan, decrescita en italien.

Pourquoi ce mot suscite-t-il tant d’intérêt ? Parce qu’il repose les questions radicales qui sont au cœur de l’écologie et que les logiques de développement durable, de croissance verte et de capitalisme vert ont affadies.

En se voulant « réalistes », nombre d’écologistes se retrouvent à teinter de vert un système économique qui ne change pas sa logique de destruction de l’humain et de la biosphère. Radicaux, les objecteurs de croissance affirment que la crise de l’orée du troisième millénaire ne peut se résoudre selon les voies suivies depuis le XIXe siècle.

Sous l’étendard de cette posture peut se redéployer la liberté de pensée contre le dogme, dont un autre important colloque, à Paris, en 2002, avait défini le programme : « Défaire le développement, refaire le monde ».

On ne saurait résumer ici la variété des pistes de recherche présentées à Barcelone et la vivacité des discussions qui s’y sont tenues. Le programme, consultable sur le site Degrowth.eu, en donne un aperçu. Deux idées, rapidement, émergent. La préoccupation de la justice sociale est au coeur du projet de refondation écologique, et Barcelone a continué sur la route ouverte à Copenhague par les mouvements de la société civile avec la revendication de la justice climatique : « Changer le système, pas le climat ». Et pour les « objecteurs de croissance », le système, c’est le capitalisme.

Autre élément nouveau, la parole des mouvements du Sud, qui disent que, chez eux aussi, le développement tel qu’il est porté par les gouvernements est Lire la suite

Climat – L’heure du choix, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 22 février 2010

L’heure du choix, par Hervé Kempf

En 1938, on pouvait considérer M. Hitler comme un homme respectable. En 1960, on pouvait juger que l’Union soviétique gagnerait la guerre froide. En 2010, on peut analyser le changement climatique comme une invention de scientifiques malhonnêtes.

L’histoire est faite de choix. Comment organiser son action en fonction d’une information imparfaite ? Des générations se sont divisées, des hommes se sont trompés, d’autres ont choisi juste. Ceux qui font les bons paris dessinent l’avenir. Il fallait choisir : Munich ou Londres ; l’URSS ou le monde libre. Il faut choisir : les climato-sceptiques ou la communauté des climatologues.

La comparaison est-elle exagérée ? Non. La crise écologique – dont le changement climatique n’est qu’un volet – pose à cette génération un défi d’une ampleur historique. En reconnaître l’ampleur permet d’imaginer comment l’enrayer. Du choix que nous ferons dépendra l’équilibre des sociétés humaines de ce siècle. Soit l’on considère le changement climatique comme un défi majeur appelant une mutation profonde de nos sociétés, soit l’on en nie la réalité, et l’on tente de conserver l’ordre établi.

La connaissance du fonctionnement du climat terrestre est-elle parfaite ? Non. Les informations dont nous disposons sont-elles suffisantes pour décider ? Oui. Toutes les questions ne sont pas résolues, tous les débats ne sont pas clos, toutes les recherches ne sont pas achevées. Mais le tableau général prédisant le changement est bien posé et solidement structuré.

Parmi les climato-sceptiques (en France, MM. Allègre, Courtillot, Galam, Gérondeau, Rittaud, etc.), aucun n’a produit un argument suffisamment fort pour passer avec succès le test des procédures de validation scientifique. En revanche, pas une question légitime n’a été mise de côté par les climatologues. Et pour celles qui restent sans réponse, l’investigation continue. Ce que la science nous explique n’est pas un dogme. Mais compte tenu de l’importance de ce qui se joue, les citoyens ont suffisamment d’éléments en main pour déterminer qui décrit le mieux l’état de la biosphère.

Pourquoi le climato-scepticisme, malgré la faiblesse de son argumentation, trouve-t-il un terrain si favorable à sa prolifération ? Parmi moult explications, une paraît décisive. Dès que l’on prend conscience de la gravité du problème écologique, une conclusion finit par s’imposer : pour empêcher le désastre, il faut drastiquement transformer un système qui repose sur une croissance continue de la production matérielle. Changer d’habitudes. Bousculer, aussi, nombre de situations acquises.

Refuser d’admettre ce qu’annoncent les climatologues permet de Lire la suite

« La lutte contre les inégalités est au cœur du sujet » ou l’insoutenable train de vie des riches

alternatives-economiques.fr, Guillaume Duval, Manuel Domergue, le 22 décembre 2009

« La lutte contre les inégalités est au cœur du sujet » ou l’insoutenable train de vie des riches

Les plus riches du Nord ont une responsabilité dans les désordres écologiques, qui va bien au-delà de l’impact direct de leurs gaspillages sur l’environnement. Par Guillaume Duval et Manuel Domergue, extrait du hors-série « L’économie durable », d’Alternatives Economiques.

« Le mode de vie américain n’est pas négociable« , assénait il y a près de vingt ans George Bush père, pour refuser de s’engager à limiter les émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis. Et ce mode de vie a servi de modèle au monde entier tout au long du XXe siècle. Mais aujourd’hui il est tout simplement incompatible avec les grands équilibres écologiques de la planète. Ce qui complique terriblement les choses pour en changer, c’est l’ampleur des inégalités qui se sont creusées depuis trente ans : la consommation de plus en plus purement ostentatoire des riches des pays riches continue en effet à entraîner la planète tout entière dans la dynamique du toujours plus de gaspillage. Pour pouvoir combattre efficacement le changement climatique et les autres menaces écologiques, il faut donc limiter drastiquement les inégalités.

En théorie, chacun des 6,5 milliards d’habitants de la Terre dispose d’un hectare et demi de ce qu’on appelle « l’empreinte écologique », c’est-à-dire la surface au sol nécessaire pour satisfaire ses besoins de base sans puiser dans les ressources non renouvelables de la planète. Mais, d’après les calculs, cette empreinte soutenable a déjà été dépassée depuis les années 1970, puisque chaque humain « consomme » en moyenne actuellement 2,7 hectares. Cette moyenne, déjà excessive, cache en plus de fortes disparités. Avec cinq hectares, un Européen consomme le double de cette moyenne. Mais il apparaît presque sobre par rapport à un habitant des Etats-Unis (9,5 ha) ou des Emirats arabes unis (9,6 ha).

Un exemple à ne pas suivre

Et ces moyennes nationales masquent elles-mêmes des disparités importantes. Les ménages les plus riches des pays riches sont en effet de très loin ceux qui consomment le plus, et donc ceux qui polluent le plus : des vacances à Bali sont plus énergivores que celles à la campagne, chauffer une maison de 200 m2 nécessite en moyenne plus d’énergie qu’un petit appartement, etc. Sans même parler de la consommation d’eau des parcours de golf d’un vert éclatant au mois d’août, ni des yachts, des jets privés et des hélicoptères dilapidateurs de carburant… Ces intuitions sont confirmées par les données publiées par l’Insee : les 10% des ménages les plus riches dépensent environ 2 000 euros par an en France pour l’énergie, contre 800 euros par an pour les plus bas revenus. De même pour la facture transports : les 10% les plus riches dépensent plus de 7 000 euros par an, contre moins de 2 000 pour les 10% les plus pauvres.

Est-ce si grave ? Les riches des pays riches ne constituent-ils pas finalement une goutte d’eau certes très visible, mais en réalité quantitativement insignifiante à l’échelle de la planète ? 793 personnes sur Terre possèdent plus d’un milliard de dollars et accumulent à elles seules 2 400 milliards de patrimoine en 2009 (classement Forbes). Néanmoins, le gros bataillon des riches est constitué de millionnaires, et rien qu’en Chine, on en compterait 450 000 cette année, selon le Boston Consulting Groupe. Mais la contribution la plus nocive des plus riches à la crise écologique tient surtout à leur fonction Lire la suite

Copenhague Dico, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 19 décembre 2009

Copenhague Dico, par Hervé Kempf

Activistes : le mot sonne mieux que « militants ».

Afrique : doute d’elle-même.

American way of life : dépassé, dégoûtant ou décadent ?

Avenir : mieux vaut qu’il soit pris en charge par les citoyens que par des leaders sélectionnés par l’oligarchie.

Banques : elles vont bien, merci.

Bike Bloc : drôle, non violent, beau, insurrectionnel. Vive la Vélorution !

Capitalisme : désigné par certains comme la cause du changement climatique.

Chameau : « passe plus facilement par le chas d’une aiguille qu’un riche n’entre au paradis » ; selon Jésus-Christ, rapporté par Hugo Chavez, lecteur de livres.

Changement climatique : volet de la crise écologique globale.

Chine : lancée sur une voie sans issue. Freiner avant la catastrophe.

Consommation : toxicomanie.

COP 15 : 15e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Frénétique.

Danemark : confortable.

Développement durable : roue de secours de plus en plus dégonflée.

Double contrainte : ou injonction contradictoire. Exemple : vouloir obtenir en même temps la croissance économique et la décroissance des émissions de gaz à effet de serre (cf. effondrement).

Effondrement : solution trouvée par un individu ou une civilisation pour sortir d’une situation prolongée de double contrainte.

Empreinte écologique : méthode de mesure discutable, mais beaucoup moins que celle du PIB (produit intérieur brut).

Espoir : Lire la suite

ONG à Copenhague : Une mobilisation militante à l’ampleur inédite

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 12 décembre 2009

Une mobilisation militante à l’ampleur inédite

Pour Jorn Andersen, moustache et cheveux poivre et sel, le succès est déjà au rendez-vous : « 522 organisations de 67 pays ont appelé à la manifestation de samedi. Ce sera le plus grand rassemblement au Danemark depuis les protestations contre la guerre en Irak ». M. Andersen est un des militants danois qui préparent depuis des mois ce qui sera sans doute la mobilisation la plus importante jamais vue sur le changement climatique.

La manifestation devait partir en début d’après-midi de la place du Parlement, au centre de la capitale danoise, pour rejoindre le Bella Center, à six kilomètres, où se tient la Conférence sur le climat des Nations unies. Le mot d’ordre : « changer le système, pas le climat » (system change, not climate change). Multicolore et internationale, elle réunit les associations écologistes traditionnelles (Greenpeace, WWF, etc.), mais aussi le mouvement altermondialiste réuni dans la coalition Climate Justice Now, et une coalition plus nettement anticapitaliste, Climate Justice Action.

« JUSTICE CLIMATIQUE »

Ce rassemblement marque l’élargissement de la question climatique au-delà de l’environnement, jusqu’aux questions économiques et sociales. Pour Christophe Aguiton, d’Attac, « le premier enjeu est d’obtenir un bon accord, qui reconnaisse la responsabilité historique des pays du Nord, qui n’introduise pas les mécanismes de marché dans le changement climatique, qui trouve des ressources pour le Sud. Mais il y a un deuxième enjeu : que les mouvements sociaux s’impliquent dans cette bataille pour exiger la justice climatique ».

Depuis deux jours, les militants arrivent par train, auto ou bus, logeant en appartements communautaires, dans des entrepôts aménagés, chez des amis, voire dans des caravanes. Leurs motivations sont diverses. Pour Corrina Cordon, venue de Londres, « la croissance n’est plus possible, on attend de la manifestation que le public puisse dire qu’il faut faire quelque chose pour que ça change« . Jonas Schnor, étudiant danois en théâtre, pense que « la façon dont nous vivons est mauvaise pour la planète, nous devons changer. Moi, je vivrai avec moins de consommation que mes parents« . Karine Plantier est venue de Nantes dans un bus alimenté à l’huile de tournesol. Elle vient « dénoncer » le projet d’aéroport du Grand Ouest à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Si les Européens domineront la manifestation, la conférence de Copenhague suscite un intérêt planétaire exceptionnel. « La couverture de l’événement est très importante au Brésil, dit Andrea Fran, un journaliste brésilien, il y a même une télé qui fait une émission d’une heure par jour sur ce qui s’y passe. »

Quel impact la manifestation aura-t-elle sur la négociation ? Elle appuiera nettement Lire la suite

Kempf – Une mesure écologique : réduire l’inégalité

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 25 novembre 2009

Une mesure écologique : réduire l’inégalité

Et le social ? C’est le troisième « pilier » du développement durable, avec l’environnement et l’économie, mais il semble toujours oublié du tableau. Sociologues et géographes rappellent cependant avec insistance que la question sociale s’articule fortement avec la crise écologique. L’université de Paris-X vient ainsi de tenir un colloque sur la justice environnementale, l’Agence française de sécurité sanitaire organise le 10 avril des débats sur le rapport entre inégalités environnementales et risques sanitaires, l’université de Bruxelles vient de publier un recueil sur Environnement et inégalités sociales…

Comme l’expliquent dans ce livre les sociologues Edwin Zaccaï et Pierre Cornut, l’inégalité environnementale revêt plusieurs aspects : d’une part, « les impacts subis par les populations du fait d’une dégradation de l’environnement, et les inégalités sociales face à ces impacts » et, d’autre part, « les impacts générés sur l’environnement par les comportements humains et les inégalités sociales relatives à ces impacts ».

De longue date, il a été observé que les couches sociales les plus défavorisées sont les plus exposées aux nuisances environnementales, que ce soit par leur habitat, situé dans les zones les plus polluées, ou par leur incapacité à s’en prémunir, faute de moyens. Le phénomène a été le mieux quantifié à propos du bruit : « Un ménage à faible revenu a quatre à cinq fois plus de probabilité d’être exposé à un bruit très gênant qu’un ménage à revenu élevé« , écrit Jacques Theys, chercheur au ministère de l’équipement.

L’impact environnemental des individus diffère par ailleurs selon leur degré de prospérité. Et de nombreuses études convergent pour conclure que les riches polluent plus que les pauvres, ou, pour le dire autrement, que l’ampleur de la nuisance environnementale des individus est liée à leur niveau de revenu. Par exemple, une note publiée en février par la direction des études économiques et de l’évaluation environnementale du ministère de l’écologie montre que 5 % seulement des Français contribuent à 50 % des émissions de gaz à effet de serre dus aux déplacements touristiques.

Les riches ont un effet négatif d’une autre manière, du fait que « la consommation est tirée par le mode de consommation ostentatoire des plus riches, qui, érigé en modèle, engendre envie et frustration dans le reste de la population« , rappelle Philippe Frémeaux dans L’Etat de l’économie 2008 (hors-série d’Alternatives économiques).

On redécouvre ainsi la pensée de l’économiste Thorstein Veblen qui, à la fin du XIXe siècle, avait analysé l’importance des phénomènes de rivalité ostentatoire et de consommation statutaire. Une leçon en est que réduire la surconsommation matérielle passe par un changement du modèle culturel dominant, donc par la réduction des inégalités.

Dans la foulée du rapport officiel Reconsidérer la richesse, animé par Patrick Viveret en 2002, l’idée d’un revenu maximal admissible (RMA) fait ainsi son chemin. Aux Pays-Bas, une loi va limiter en 2009 Lire la suite

La crise commence, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 10 octobre 2009

La crise commence, par Hervé Kempf

Dans le monde fantasmagorique des responsables et analystes de l’économie, le bien et le mal se résument aux frémissements d’un totem : le produit intérieur brut (PIB). Il chute de 2 %, c’est la catastrophe, il remonte en tremblant à 0,3 %, la reprise s’annonce. Et l’obsession est de rejoindre les 2-3-4 % « normaux » afin que la vie redevienne belle. Je ne caricature pas : des dizaines de déclarations et d’articles dans le Wall Street Journal, The Financial Times, The Economist, Les Echos, La Tribune – et bien sûr, notre cher Monde – ratiocinent autour de ce thème.

Parlons de la vraie économie, celle qui se préoccupe de la subsistance durable des sociétés.

La récession de 2008-2009 est née de l’éclatement d’une bulle financière gonflée par un endettement démesuré. Les morceaux ont été recollés par une intervention rapide et forte des autorités publiques. Pour éviter l’effondrement de l’économie, on a de surcroît opéré des relances budgétaires massives. Donc, l’endettement public, déjà important avant la récession, a encore augmenté. Comme il y a des limites à la dette, il ne sera plus guère possible de soutenir artificiellement l’économie.

D’ailleurs, il y a… l’énergie. De son bas prix dépend la croissance du PIB. Or le pic pétrolier – dans le voisinage duquel nous sommes – signifie que le prix des combustibles fossiles est à la hausse, alors qu’il restera dans la décennie à venir le prix directeur pour toutes les énergies. Si donc se produit une « reprise », elle augmentera la demande de pétrole, le prix de celui-ci montera, ce qui refroidira les ardeurs du PIB.

Autre pièce essentielle, le changement climatique. Il est urgent de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Les pays riches – même les Etats-Unis – affirment vouloir les diminuer de 80 % d’ici à 2050 : cela représente en gros une réduction annuelle de 3 % par an. On en est loin. Soit on s’y engage réellement, et cette baisse de la consommation d’énergie transforme le système économique, mais pas vers la « croissance » ; soit on attend, et les désordres du climat vont rendre la vie très difficile. La Chine et l’Inde commencent à le ressentir, entre manque d’eau, moussons déréglées, inondations, etc. Les taux de croissance de 10 % de la Chine, c’est fini !

Troisième pièce oubliée : l’agriculture. Un milliard d’humains ont faim tous les jours. Avec une population mondiale en augmentation et des contraintes écologiques de plus en plus sévères, l’agriculture redevient une question prioritaire. C’est là qu’il faut investir, pas dans le soutien au niveau de vie des habitants des Etats-Unis.

Il n’y aura pas de « sortie de crise ». La crise commence. En fait, ce n’est pas une crise, mais le début de Lire la suite

Nicolas Hulot et l’oligarchie, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 3 octobre 2009

Nicolas Hulot et l’oligarchie, par Hervé Kempf

Le film de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, Le Syndrome du Titanic, sur les écrans le 7 octobre, dérangera. Ce documentaire écologiste ne montre presque pas de nature : rompant avec l’esthétique de carte postale habituelle en la matière, il se confronte à la dure réalité de la misère et de l’injustice. Il tente de dire, malaisément, que la dégradation vertigineuse de la biosphère est le résultat d’un ordre social devenu fou, et qui fait porter le poids de ses conséquences sur les faibles, les pauvres, les exploités.

Il répète que la clé de sortie de cette logique destructrice est dans la baisse de la consommation matérielle dans les pays riches. Gageons que ce discours, plus âpre que celui sur les « petits gestes pour la planète », recueillera un accueil mélangé. Et si Nicolas Hulot allait commencer à déranger ?

La force du personnage est de rester populaire en allant à la pointe de ce que la société française – ou plus exactement le système médiatique qui donne accès à celle-ci – accepte d’entendre à un moment donné.

Depuis une dizaine d’années, il a ainsi fortifié et peu à peu durci son discours : alarmant d’abord sur l’ampleur du désastre écologique, il a ensuite cherché à impliquer les citoyens, puis a porté la question sur le terrain politique. Il arrive maintenant à montrer que l’écologie est d’abord un enjeu social, et critique – mais en termes encore très généraux – le « libéralisme ».

Dans le commentaire habillant les images, il dit : « Je suis perdu. » Perdu ? Ah ? Je lui téléphone pour comprendre. Il répond : « Je suis perdu parce que je ne comprends pas qu’il faille autant d’énergie pour placer des évidences auprès de nos élites. Des gens qui ont une intelligence parfois fulgurante ont des angles morts, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à comprendre que leur modèle économique ne tiendra pas. »

C’est le problème de Nicolas Hulot, et donc notre problème : il croit que l’action politique est aujourd’hui inspirée par la recherche du bien commun. Mais il oublie la force des intérêts : l’intérêt individuel et l’intérêt de classe. Ce qu’Hulot appelle les élites, c’est aujourd’hui une oligarchie. Elle ne veut pas entendre l’évidence de la crise écologique et de la désagrégation sociale, parce que le but principal de l’oligarchie est de maintenir ses intérêts et ses privilèges. Elle ne s’intéresse au bien commun que pour autant que cela ne remet pas en cause sa position.

Quand on est gentil, il est difficile d’assimiler le fait que les autres ne sont pas tous gentils. Nicolas Hulot est au bord de le faire, et surtout d’en tirer les conséquences. Soit : ne plus parler vaguement du « libéralisme », mais porter le couteau dans la chair des égoïsmes de classe. Il peut le faire. Mais il sait qu’alors, tout soudain, Lire la suite

Rendez-vous à Copenhague, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 29 août 2009

Rendez-vous à Copenhague, par Hervé Kempf

Bel été, campagne, mer, amours, tout va bien ? Canicule, avions pleins, bouchons autoroutiers. La routine estivale. Des usines ont fermé ? Hmm. On s’est bien reposé. Et… c’est la rentrée.

Pour l’écologie, elle prend la forme d’un compte à rebours : dans moins de cent jours s’ouvrira la conférence de Copenhague sur le changement climatique. Rendez-vous historique, magique, civilisationnel, vital – préparez-vous à la grandiloquence. Des cohortes de diplomates vont converger vers le Danemark début décembre, et sans doute pléthore d’activistes, militants, citoyens – on attendrait 100 000 mille personnes !

Objet du raout : mettre au point le traité qui succédera au protocole de Kyoto afin d’organiser la lutte internationale contre le changement climatique. Enjeu : les pays industrialisés s’engageront-ils à réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre en échange d’un engagement des pays émergents à limiter les leurs ? Etat des lieux : la négociation est bloquée. Barack Obama, empêtré avec sa réforme de la santé, a peu de chances de faire voter avant décembre son projet de loi sur le climat. Du coup, les diplomates états-uniens sont sur les freins. La Chine et l’Inde répondent : tant que vous ne bougez pas, on ne bouge pas.

Un déblocage se produira-t-il ? On verra. Mais au fond, la clé ne se situe pas dans le jeu des grandes puissances. Ou plutôt, la lecture géostratégique n’a pas de sens si elle néglige la répartition des forces sociales dans les pays opulents. Le verrou à ouvrir se situe ainsi au cœur du fonctionnement du capitalisme contemporain. Vous avez entendu parler de l’affaire des bonus, bien sûr. De quoi est-ce le symptôme ? Du fait que les personnes les plus riches refusent obstinément de remettre en cause leurs privilèges.

Or si l’on veut lutter contre le changement climatique sans se payer de mots, il faut que toute la société s’y mette. Qu’on le veuille ou non, cela signifie une diminution de la consommation matérielle. Mais il est impossible pour les classes moyennes d’accepter d’aller vers la sobriété si les classes dirigeantes n’acceptent pas de réduire sérieusement leur mode de vie.

Rompre avec des décennies de culture de consommation est déjà très difficile ; cela devient insupportable si la transformation n’est pas équitablement partagée. La prévention du changement climatique suppose donc une remise en cause profonde du système social. Précisément ce contre quoi se ligue l’oligarchie aux Etats-Unis – en bloquant la réforme de la santé avant de tenter de faire dérailler la loi sur le climat -, mais aussi en Europe, comme l’illustre la comédie des bonus. Résultat : une position diplomatique faible, et l’enlisement de la négociation climatique.

Vous voulez réussir à Copenhague ? Proclamez Lire la suite

Action climat, ou la recherche d’une démocratie vivante, par Hervé Kempf

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 15 août 2009

Action climat, ou la recherche d’une démocratie vivante, par Hervé Kempf

En ces temps de désaveu fréquent de la politique, marqué notamment par l’abstentionnisme des jeunes (près de 70 % n’ont pas voté aux élections européennes de juin), ce qui s’est passé à Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, du 3 au 10 août, est non seulement rafraîchissant, mais prometteur.

Des associations locales en lutte contre un projet d’aéroport au nord de Nantes y avaient organisé une « semaine de la résistance », à laquelle se sont associées de nombreuses organisations écologiques et politiques de gauche. S’y est inclus, pour la première fois en France, un « camp action climat », illustrant une coupure générationnelle : alors que des militants valeureux mais tannés par l’expérience se retrouvaient du côté de la semaine de la résistance, le « camp » réunissait la majorité des jeunes, plus séduits par cette nouvelle forme d’engagement.

Inaugurés en Angleterre en 2006 et toujours inscrits dans une lutte concrète, les « camps action climat » visent à articuler une pratique écologique et une vie collective démocratique. La démarche suscite un intérêt croissant, puisqu’une dizaine d’initiatives similaires ont été (ou vont être) organisées cet été en Angleterre, Irlande, Danemark, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, etc.

A la base, le désir de mettre en pratique le mode de vie écologique que l’on recommande pour la société : « Tout le monde en a marre du bla-bla, il faut bouger, montrer l’exemple« , dit Pauline, une des participantes du « camp » (la plupart d’entre eux ne souhaitent pas que soit indiqué leur nom, voire leur prénom). Idée sous-jacente : on ne peut pas changer la société si on ne change pas individuellement.

Le « camp » a ainsi démontré la possibilité d’une vie sobre et à impact écologique faible. Eoliennes, plaques solaires et générateur à huile végétale assuraient une quasi-autonomie énergétique (la cuisine requérant cependant du bois et du gaz). Les participants se passaient d’équipements consommateurs d’électricité (sauf les téléphones portables), et il n’y avait pas de lumières le soir sauf dans les espaces communs. L’eau était fournie par un agriculteur voisin. Les toilettes étaient sèches, les excréments mélangés à la sciure constituant un compost récupéré pour l’agriculture. La nourriture était issue d’agriculture biologique. Pas de viande, bien sûr, ce qui a été une nouvelle expérience pour beaucoup, et trois boulangers préparaient du pain à base de farine biologique.

Mais il s’agit aussi d’expérimenter une nouvelle façon de s’organiser et de décider en commun. Le site Internet du camp en résume la philosophie : « Les gen-te-s peuvent s’organiser de façon non hiérarchique, sans qu’il y ait un-e dirigeant-e pour les y forcer ou leur montrer comment faire (…). La coopération basée sur des accords volontaires entre les gen-te-s eux-mêmes est plus inventive, plus efficace et surtout plus juste pour affronter les enjeux écologiques et sociaux actuels. »

Aussi bien dans les villages qu’à l’assemblée générale quotidienne, les décisions sont ainsi prises au consensus. Il n’y a pas de porte-parole, pas d’élu, pas de vote ; mais des discussions qui doivent se poursuivre jusqu’à l’atteinte du consensus sur les sujets débattus. « Le consensus, Lire la suite

Hervé Kempf : Afrique, aide-nous

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 27 juin 2009

Afrique, aide-nous,

Le hasard de l’existence conduit le chroniqueur dans un pays d’Afrique réputé être l’un des plus pauvres du monde. Comme lors de chaque reportage, le chroniqueur enregistre moult observations, émotions, informations, sensations. Mais une idée nouvelle lui apparaît. Encore imparfaite, il la propose au public, comme une proposition de réflexion plus que comme une thèse aboutie. Peut-être est-elle provocatrice.

Le savoir commun dit que si l’on ne parvient pas à enrayer le changement climatique, les premières et principales victimes en seront les pays pauvres de l’hémisphère Sud. Cela ne signifie pas pour autant que les pays du Nord en seraient indemnes. Les conséquences seraient nuisibles partout, quoique selon des degrés différents.

On peut dès lors s’interroger sur la capacité des diverses sociétés à résister ou à s’adapter à ces nouvelles conditions. La proposition paradoxale est que les sociétés les plus riches ne sont pas forcément les mieux placées pour y faire face : habituées à une profusion de biens, baignées dans une idéologie publicitaire posant la surconsommation comme un idéal, organisées selon le principe de la transformation brutale de leur environnement, elles semblent être psychologiquement et culturellement fort dépourvues pour se couler dans de nouvelles et rudes conditions d’existence. Leurs moyens matériels et techniques pourraient pallier une partie des transformations négatives, mais leur « appareillage » mental les handicaperait profondément face à la réduction inévitable de leur niveau de vie.

En revanche, des sociétés habituées à supporter les restrictions, sachant s’organiser avec peu, coutumières de la mobilité (« l’exode »), présenteraient une « résilience » plus grande que les sociétés riches aux tourments à venir.

L’hypothèse : devant les difficultés, l’essentiel n’est pas l’armement technique et matériel, mais l’appareillage culturel et la disposition à vivre sobrement.

Prenons la question sous un angle plus optimiste. Il est possible de prévenir la crise écologique. Cela suppose une réduction drastique de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie par les pays les plus gaspilleurs. Ceux du Nord. Pour y parvenir, ils doivent Lire la suite

Hervé Kempf : En phase avec l’histoire

lemonde.fr, Hervé Kempf, le13 juin 09

En phase avec l’histoire

Une hirondelle ne fait pas le printemps, l’élection européenne est particulière, l’abstention était massive, la droite renforce sa majorité au Parlement européen. Certes. D’accord. Ja. Yes. Si. Oui.

Il est cependant légitime de penser que le bon résultat des écologistes aux élections européennes du 7 juin (environ 20 % en France si l’on n’oublie pas les 3,63 % de l’Alliance écologiste indépendante, qui s’ajoutent aux 16,28 % d’Europe Ecologie), légitime de penser, donc, qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille ou d’un accident permis par des circonstances exceptionnelles.

Le long cheminement de l’écologie politique amorcé en 1974 avec René Dumont, marque malgré ses succès, rechutes, divisions, hésitations, une ascension régulière. Et le succès du 7 juin peut donc être pris pour ce qu’il est : l’accession à la maturité politique de l’écologie.

Premier point, le plus important : Europe Ecologie a gagné sur le terrain des idées. Reconnaissant pleinement la gravité de la crise écologique, la liste a su articuler ce constat à la question sociale. Ses propositions sur l’agriculture, l’énergie, la biodiversité s’emboîtent logiquement, en période de bouleversement économique, avec l’idée de conversion écologique de l’économie et avec celle d’un bouclier social visant à corriger les inégalités (revenu maximum). En fait, l’analyse de l’écologie politique correspond à la situation historique. A contrario, la chute du Parti socialiste découle de la décrépitude intellectuelle de ce parti, qui semble avoir arrêté de penser depuis… trop longtemps.

Cela signifie que l’avenir de l’écologie politique dépend de sa capacité à enrichir et faire vivre sa réflexion, notamment par rapport au souci de rendre la transformation écologique non seulement acceptable, mais désirable, par les classes moyennes et par les classes populaires.

Deuxième point : une pratique politique collective. Malgré la pression du système médiatique qui ne veut voir que des vedettes – et de préférence une seule -, le succès d’Europe Ecologie tient au fait que de fortes et diverses personnalités ont su travailler ensemble, démontrant cette évidence que dissimule la psychologie capitaliste : la coopération est plus efficace que la concurrence.

Troisième réussite, encore potentielle, et qui est une clé des succès à venir : ne pas réduire la démocratie à sa seule dimension de représentation, mais impliquer les citoyens dans Lire la suite

Home : l’argent tombé du ciel ?

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 4 juin 2009

Home : l’argent tombé du ciel ?

Home est un film qui ne coûtera pas un Kopeck à ses téléspectateurs. Home présente au plus grand nombre les grands défis écologiques actuels. Home a le mérite d’exister. Home promet d’être un blockbuster mondial en moins de temps qu’il n’en faut pour pinailler. Home doit éveiller les consciences, nous dit-on, mais seul le temps nous dira ce que Home peut et ne peut pas.

En attendant, soulevons le voile de son montage financier. Dix des douze millions d’euros qu’a coûté le film provient du groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute). Ce groupe de distribution présentait un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards d’euros en 2008, dont près de 1 milliard de bénéfices. PPR abrite des marques aussi diverses que La Redoute, la Fnac, Puma, … et toute une farandole de marques de luxe (Gucci, Balenciaga, YSL, Alexander McQueen, …).

Le luxe, son univers, est une invitation perpétuelle à la (sur)consommation, souvent inutile et superficielle, une assertion très bien démontrée dans le livre d’Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète. On objectera que, de la même façon qu’ils pilotent les désirs des moins riches, les riches peuvent devenir les prescripteurs d’une consommation responsable, durable et équitable. Alors Gucci et YSL proposent des t-shirts en coton bio à 140 euros, Alexander McQueen sort 200 foulards en coton bio également pour 185 euros pièce, le chausseur Sergio Rossi propose des escarpins de 370 euros en bois liquide (?), … Si au moins le film avait été l’occasion de réviser les circuits d’approvisionnement et les méthodes de travail de ces maisons, on applaudirait. Mais ces t-shirts, sacs et autres foulards ne sont que des produits « merchandisés » pour le 5 juin. Au-delà, business as usual.

Les bénéfices de ces ventes seront presque intégralement versés à l’association d’Arthus-Bertrand, Good Planet, qui finance des projets de compensation dans le monde entier et qui soutient les autres projets du photographe, comme l’expo Six milliards d’autres, … Saluons au passage le talent de YAB à aller chercher l’argent là où il est, au risque d’absoudre certains des contributeurs au cauchemar actuel (1), pour financer des opérations artistico-écolos destinées au plus grand nombre. Après tout, il fait mieux que nous tous réunis.

Dans ses argumentaires, PPR se garde bien de se positionner comme un groupe irréprochable, mais il insiste sur ses récentes actions en faveur d’un amoindrissement de son empreinte écologique: bilan carbone et autres gâteries. « En effet, l’enjeu n’est pas de consommer moins mais de consommer différemment », m’a-t-on répondu lors d’une interview. Consommer autrement ne suffira pas, loin s’en faut, il faudra consommer moins. Comment demander alors à PPR et consorts de se tirer une balle dans le pied?

Pour finir, je vous livre de quoi méditer. En 1980, le philosophe Bernard Charbonneau dénonçait dans une autocritique prémonitoire, le mouvement écologique… « Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie : ils ne croient qu’au Lire la suite

Hervé Kempf : L’écologie et la démocratie

lemonde.fr, le 30 mai 2009, Hervé Kempf

L’écologie et la démocratie

Depuis ses débuts, l’écologie se pense comme politique et souligne combien la démesure de la puissance technologique fragilise le modèle démocratique. Cette interrogation s’est affirmée dans les années 1970 à propos de l’énergie nucléaire : le rejet de celle-ci ne visait pas seulement son danger intrinsèque, mais tout autant le caractère présenté comme indiscutable du savoir des « experts ».

La centralisation du pouvoir, impliqué par le nucléaire, et l’extension de l’appareil policier, justifiée par les impératifs de sa sécurité, étaient d’autres motifs de contestation.

La suite des événements a confirmé la pertinence de ce diagnostic, puisque le nucléaire s’est imposé, quand il l’a pu, en s’affranchissant des règles du débat public et de la transparence de l’information. La critique a pu ensuite se généraliser à d’autres dispositifs techniques, tels que les organismes génétiquement modifiés (OGM), les nanotechnologies et les systèmes toujours plus élaborés de contrôle social.

Plus tard, une autre façon d’analyser le lien entre démocratie et écologie a été proposée par le philosophe Hans Jonas : dans Le Principe responsabilité (Champs-Flammarion), il discutait de la capacité des démocraties à choisir les mesures nécessaires pour éviter la perspective apocalyptique dessinée par la crise écologique.

Un « idéalisme public » – autrement dit, la vertu des citoyens – pouvait-il rechercher cette « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité » ? Faute de quoi, cette « responsabilité » devrait être assumée par une « élite ». Mais, depuis une décennie à peu près, le tableau s’est dédoublé. Et il apparaît de plus en plus nettement que, dans l’évolution récente du capitalisme, c’est l’oligarchie qui menace la démocratie en s’accrochant aux rapports d’inégalité qui fondent son pouvoir, tout en entretenant la crise écologique par refus de remettre en cause l’idéologie de la croissance matérielle.

Un bon témoin de ce renversement de perspective est le texte de Julien Coupat (Le Monde du 26 mai), et dont voici le pivot : « Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique : soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatique où coexistent, sous la férule d’une gestion « écomplexée », une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge. »

On discutera la « révolte cruelle mais bouleversante », on insistera sur l’importance des rapports d’inégalité qui déterminent la position de « l’élite impériale », mais l’esprit de l’écologie politique actuelle est bien là : la démocratie Lire la suite

Hervé Kempf et Pascal Canfin: « Le capitalisme vert, ça n’existe pas ! »

ecolosphere.net, Sabrina Kassa et Emmanuelle Cosse, mai 2009

Hervé Kempf et Pascal Canfin: « Le capitalisme vert, ça n’existe pas ! »

Le revirement écologique appelé à « bonifier » le capitalisme est-il possible ? Les journalistes Pascal Canfin et Hervé Kempf restent sceptiques. Entretien.

Qu’est ce que le concept de « capitalisme vert » évoque pour vous ? Que représente-t-il dans la réalité, notamment en termes de poids économique ?

Hervé Kempf. Le « capitalisme vert », c’est la continuation du capitalisme et donc la continuation d’un système qui dans son principe est destructeur de l’environnement et qui, dans sa dernière phase, s’est traduit par une expansion extraordinaire des inégalités. Donc, le capitalisme vert, ce n’est même pas un oxymore, ça n’existe pas. C’est seulement une construction et un habillage idéologique pour faire croire que l’on peut évoluer par rapport à l’environnement sans changer les déterminants fondamentaux de nos régulations sociales, de notre système économique et de la répartition des pouvoirs dans cette société.

Pascal Canfin. La question est complexe car le capitalisme n’est pas quelque chose qui se distingue de la société. La société nourrit le capitalisme comme le capitalisme nourrit la société. Et une des alternatives au capitalisme qui est l’économie sociale et solidaire n’a de sens que si les personnes qui y participent ont des valeurs et des modes de fonctionnement qui ne sont pas ceux du capitalisme. Avec, par exemple, un partage du pouvoir qui ne dépend pas de la détention du capital. Donc ce sont les valeurs que porte la société qui vont permettre le dépassement du capitalisme. L’autre question, c’est celle du productivisme. On a bien vu que l’on pouvait être dans un système non capitaliste, comme l’Union soviétique, mais totalement productiviste, concept qui me semble encore plus difficile à déconstruire que celui du capitalisme. Donc j’ai envie de dire que ça va au-delà du capitalisme. L’aspiration à vouloir contrôler la nature, c’est la modernité, c’est Descartes… dont le capitalisme est la conséquence et non la cause.

H.K. La question essentielle, aujourd’hui, c’est la transformation des systèmes de valeurs. Une chose est sûre, il y aura toujours des entreprises. En revanche, la question du pouvoir dans les entreprises, de l’appropriation des moyens de production, ou plus simplement le contrôle des travailleurs, des consommateurs sur l’entreprise mais aussi des citoyens et des contribuables redevient tout à fait d’actualité. Par exemple, on aura toujours besoin d’entreprises qui gèrent des déchets mais il y a une différence entre Véolia environnement, qui a un capital mis en bourse et est possédé par un petit nombre de gens, et une entreprise de déchets qui assumerait ces mêmes fonctions avec une partie d’actionnariat privé, un d’actionnariat public et avec une vraie participation des travailleurs au conseil d’administration.
P.C. Par rapport aux systèmes de valeurs, je crois qu’il faut comprendre « valeur » au double sens du terme, c’est-à-dire à la fois ce qui fait sens et ce qui rentre dans les comptes. Aujourd’hui, il faut changer les deux. Par exemple, faire payer le CO2 aux entreprises qui en émettent via une taxe carbone est un élément important pour changer nos modes de production et de consommation dans la mesure où, jusqu’à présent, on surconsomme parce que l’on n’intègre pas au juste prix les ressources écologiques utilisées. Il faut par ailleurs faire la distinction entre capitalisme et économie de marché. Lire la suite

Hervé Kempf : Paysans, le retour

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 16 mai 2009

Paysans, le retour

Mesdames et Messieurs, J’ai l’honneur et le privilège de vous informer du retour des paysans.

La pensée dominante nous a depuis des décennies habitués à penser que l’activité agricole devait être, en termes d’emploi, résiduelle : l’augmentation de la productivité agricole, l’urbanisation des sociétés, l’évolution vers une économie de services rendraient marginal ce qui a fondé l’armature des civilisations pendant des siècles. Une page aurait été définitivement tournée.

Les politiques se sont organisées avec obstination autour de cette idée, encourageant l’agrandissement des exploitations sans s’inquiéter de la diminution constante du nombre d’agriculteurs, considérant l’espace agricole comme une simple réserve à l’expansion urbaine, ignorant les effets environnementaux d’une agriculture ultraproductiviste.

Mesdames et Messieurs,

J’ai l’honneur et le privilège de vous annoncer une bonne nouvelle : les idées d’une époque peuvent mourir, les dogmes peuvent être renversés. Et j’ai donc l’immense plaisir de vous informer qu’en ces temps de marasme mental et politique nous pouvons créer un million d’emplois en Europe, cinq cent mille en France – des emplois de paysans.

Effacez, s’il vous plaît, l’esquisse du sourire ironique qui se dessine sur vos lèvres, et écoutez. Entre 1950 et 2007, la productivité du travail agricole a été multipliée par 26 : cela signifie qu’un paysan produit vingt-six fois plus aujourd’hui qu’il y a soixante ans. Cela peut-il continuer ? A l’évidence, non. Et d’autant moins que ce calcul oublie les « effets externes » de cette évolution stupéfiante : érosion des sols, pollution des nappes phréatiques, baisse de la biodiversité, utilisation de masses énormes de pesticides et d’antibiotiques.

En réalité, il devient essentiel de réduire ces effets externes, qui ont un coût caché pour la société très important. Cela signifie travailler la terre autrement, y affecter plus de soin et moins de machines. Donc Lire la suite

Critique de Corcuff (NPA) sur l’ouvrage de Kempf

reporterre.net, Philippe Corcuff et Hervé Kempf , le 1er mai 2009

Ecologie, productivisme, et post-capitalisme

L’économie de marché est-elle le capitalisme ? Quand l’individualisme n’est-il plus émancipateur ? Comment réintroduire la démocratie dans le travail lui-même ? Des questions au cœur de la nouvelle écologie radicale. Un débat.

En mars, Philippe Corcuff a eu l’amabilité de m’envoyer le texte qu’il comptait présenter lors du Contre Grenelle, à Lyon, le 2 mai (info : http://www.contre-grenelle.org/ Gre…). Il posait des questions intéressantes, qui m’ont conduit à lui adresser les précisions nécessaires. Voici les deux textes.

Anticapitalisme et antiproductivisme à l’aube du XXIe siècle – Autour des analyses d’Hervé Kempf

Par Philippe Corcuff (sociologue, membre des Verts en 1994-1997, militant du Nouveau Parti Anticapitaliste)

Le mythe d’un « capitalisme vert » semble faire des ravages rhétoriques, dans la droite sarkozyste ainsi que dans un PS et chez des Verts social-libéralisés, comme réponse magique à la double crise financière et climatique qui affecte aujourd’hui le capitalisme. C’est l’occasion de réfléchir aux liens entre la critique écologiste du productivisme et la critique du capitalisme par la gauche radicale. Car la période appelle une nouvelle convergence entre les courants radicaux de l’écologie et les anticapitalistes. Le dernier livre d’Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, constitue un support intéressant pour amorcer cette démarche.

Le livre d’Hervé Kempf nous propose une série de pistes intéressantes, qui ont le grand avantage, dès le titre de l’ouvrage, de réarrimer prise de conscience écologiste et critique du capitalisme.

Or c’est quelque chose qui a été perdue de vue par certains écologistes, dans la double logique de l’institutionnalisation-professionnalisation des élites politiques vertes et de l’hégémonie de « la pensée unique » néolibérale. Les aspirations anticapitalistes de Mai 68 ont alors progressivement été oubliées par des militants éminents des Verts européens, comme Daniel Cohn-Bendit, passé du Dany le Rouge d’hier au Dany le Vert pâle d’aujourd’hui. Ce dernier proclame même dans un livre de 1998 : « Je suis pour le capitalisme et l’économie de marché ». Un exemple significatif, pour les centaines de milliers de personnes qui se sont opposés et s’opposent aux réformes néomanagériales de Sarkozy-Darcos-Pécresse, appliquant, de la maternelle à l’université, les recettes des entreprises privées : « Naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 » …

Or, justement, le troisième chapitre du livre de Kempf est consacré au « mirage de la croissance verte ». Pour lui, le capitalisme aborde de manière inadéquate la question du changement climatique, en tentant de faire croire « que l’on pourra pérenniser le système économique actuel sans en changer les déterminants » (p.84). Un exemple ? « L’effet pervers de la hausse des prix de l’énergie dans le système capitaliste est qu’elle Lire la suite

Apprendre de la crise

ledevoir.com, Gil Courtemanche, le 26 avril 2009

Apprendre de la crise

Le doute et l’incertitude sont les clés de la remise en question des dogmes et des habitudes.

La sagesse populaire raconte que c’est en temps de crise qu’on apprend, qu’on se réévalue, qu’on remet les choses en question. Cela s’applique autant aux difficultés personnelles qu’aux bouleversements collectifs. Pour que cela se produise, il faut qu’existe, autant dans le comportement collectif que dans l’individuel, un minimum de doute et d’incertitude à l’égard des comportements passés. 

Nous sommes aux prises actuellement avec deux crises. La plus ancienne est celle du réchauffement climatique, de la dégradation permanente et constante de notre environnement. La seconde est la crise économique mondiale.

Notre dépendance au développement et à la croissance, deux mots qui résument toute la pensée politique et économique des dernières décennies, a fait en sorte que nous avons pris note de la crise écologique mais que, malgré les Kyoto de toutes sortes, nous l’avons inscrite dans nos objectifs futurs. Nous avons encore le temps. Laissons la prospérité résoudre plus tard la crise de la planète. De cette crise n’est née nulle remise en question des modèles de développement. Seulement des injonctions et curieusement des débuts de changement de comportement individuel dans les sociétés riches. Le discours écologiste a plus de prise sur le citoyen que sur le gouvernement.

Par contre, la crise économique a mobilisé les gouvernements de toute la planète. Ils se sont mis à la planche à billets comme si la planète était menacée de mort. Sauver le système financier leur a paru une tâche plus urgente que la sauvegarde de notre Terre. En fait, il s’agissait de sauver le système, pas de le réformer, pas de le changer. Et il ne s’agissait surtout pas de nous sauver.

Depuis quelque temps, crise financière et crise écologique obligent, je regarde la provenance des produits que j’achète.

Cette semaine, j’avais envie de fraises et normalement, dans cette saison triste, elles viennent de Californie ou du Mexique, dures et moroses. Elles s’affichaient à 2,99 $ pour une vingtaine de fraises. À côté, comme un miracle, une barquette qui ne contenait qu’une dizaine de fraises. Ferme Paul Legault, Sherrington, produit du Québec, 3,99 $. Je pris les deux. La fraise Driscoll n’avait aucun goût. De l’eau aromatisée à la fraise. Celle de M. Legault me ravit.

Je venais de résoudre les deux crises. J’exagère, mais voilà quand même une piste de réflexion sur laquelle les gouvernements ne s’engagent pas beaucoup. La fraise Driscoll a fait 4000 kilomètres dans des camions qui crachent des gaz à effet de serre, des camions américains qui ne paient pas d’impôts ici. La fraise Legault a fait 50 kilomètres. Les employés de la ferme paient des impôts, l’entreprise aussi. Au bout du compte, je ne crois pas que le prix final pour la fraise locale soit plus élevé pour la collectivité. Et le produit est meilleur.
Les gouvernements nous expliquent que la crise est mondiale pour expliquer leur incapacité de réagir localement. Ils ont raison, mais ils ont tort. La crise est mondiale parce qu’ils ont laissé se produire cette mondialisation incontrôlée des flux financiers et des échanges commerciaux. Ils ne peuvent réagir localement parce qu’ils souhaitent sauver le système qui les a menés à la crise.

Quels sont les secrets de la fraise Legault ? Lire la suite

Québec : Un nouveau livre pour Hervé Kempf

cyberpresse.ca, Le Soleil, Éric Moreault, le 18 avril 2009

Un nouveau livre pour Hervé Kempf

(Québec) L’actuelle crise économique va de pair avec une crise écologique sans précédent. Ce qui a inspiré à Hervé Kempf un essai percutant et radical : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Le journaliste en environnement au quotidien Le Monde et écrivain voit dans la dérive du capitalisme une forme qui privilégie le gaspillage, le saccage de la planète, l’inégalité et la consommation ostentatoire. Pour cette suite logique à Comment les riches détruisent la planète (2007), il fallait néanmoins «aller au-delà du diagnostic et démontrer qu’il y a des voies pour se sortir de cette situation». Entretien.

Q    Votre livre arrive à point nommé, non ?

R Que la crise se manifeste ne m’a pas étonné. J’avais écrit dans mon livre précédent que, logiquement, l’économie des États-Unis allait s’effondrer et qu’il y aurait aussi un ralentissement en Inde et en Chine. Si ça ne s’était pas produit, on serait allé encore plus rapidement vers la catastrophe écologique.

Q    Croyez-vous que les gens risquent d’être moins réceptifs ici qu’en Europe à cette critique du capitalisme ?

R Aux États-Unis, cette mise en cause du capitalisme risque d’être plus difficile à avaler. Mais au Québec, je retrouve une attention et une compréhension semblables à celles que j’ai eues en France. Ce sont des questions qu’on se pose en ce moment. Le système perd de sa légitimité. Il y a un désir de trouver des réponses et de chercher des solutions.

Q    Pour dénoncer le capitalisme, sentiez-vous le besoin de faire le procès de l’individualisme ?

R Tout à fait. C’est même le coeur de l’argument du livre. L’évolution du capitalisme, dans les 30 dernières années, a exacerbé l’individualisme et l’a porté à un degré jamais atteint. Il enferme les personnes dans cette idée que chacun n’est que soi-même et ne doit viser que sa satisfaction personnelle. Pour faire évoluer la société, il faut interroger nos relations à l’autre, ce qu’est la société, et aller beaucoup plus vers des valeurs de solidarité, de coopération et de bien commun, qui ont été extrêmement affaiblies et dévalorisées depuis 30 ans.

Q    N’est-ce pas une nostalgie soixante-huitarde ?

R Je suis plus tourné vers le présent et l’avenir que le passé. Cette période avait peu de points communs avec maintenant. La politique était plus présente et vivante. Il n’y avait pas cette aliénation par la consommation causée par la télévision et la publicité omniprésente. Il faut secouer les chaînes de ce confort et de cet attrait permanent à avoir toujours plus. Il y a aussi un élément tout à fait nouveau : la question écologique a atteint un degré d’urgence qui n’existait pas du tout à l’époque. Je suis très frappé par les signes très évidents de dégradation, même au Québec : le fleuve Saint-Laurent, les cyanobactéries dans les lacs, le plan Nord qui est une destruction organisée de l’environnement, les sociétés minières. Il faut changer ce modèle.

Q    Le ton utilisé, sans être provocateur, vise-t-il à secouer une certaine apathie des gens face à la situation environnementale ?

R Oui, mais je le fais en m’appuyant sur les faits, en projetant de la lumière sur les coins habituellement laissés dans l’ombre. C’est mon obsession. Je m’engage un peu plus que comme journaliste, parce que l’écriture me permet d’aller plus loin et d’articuler mieux les faits et les idées.

Q    Vous déboulonnez certains mythes environnementaux, n’avez-vous pas peur de décourager les gens ? Lire la suite

Laure Noualhat : Sortir du rouge avec le vert

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 3 mars 2009

Sortir du rouge avec le vert

Pour ceux qui ne savent avec quoi encombrer leur table de nuit, voici deux ouvrages « boîtes à outils » qui nous livrent de quoi envisager l’avenir. La richesse de nos économies s’appuie sur des ressources naturelles en voie d’épuisement et l’accroissement du PIB -graal politique s’il en est- exerce une pression trop forte sur l’environnement. Le constat est commun à ces deux ouvrages en librairie depuis janvier, mais les solutions qu’ils livrent pour y remédier diffèrent.

Pour Hervé Kempf, journaliste au Monde, il faut sortir du capitalisme pour sauver les meubles, la Terre, et ceux qui s’assoient dessus, les Humains. Il compare le capitalisme à la rafflésie, une fleur tropicale qui pompe l’énergie de la plante qu’elle parasite. Elle grossit subitement jusqu’à 1 mètre de diamètre, et meurt.

Si la croissance verte se greffe sur les racines du capitalisme, elle ne peut aider à sortir du rouge. Pas d’un point de vue environnemental en tous cas. Au fil de ses reportages, Kempf nous convie à un terrifiant tour du monde du green new deal en marche. La croissance verte est déjà en train de produire de considérables effets pervers. A savoir : le nucléaire qui, avec ses déchets et risques, hypothèque l’avenir; l’éolien industriel qui défigure les paysages de France; les agrocarburants qui déciment les forêts tropicales; la séquestration de CO2 qui… émet du CO2; … D’après Kempf, trois idées -erronées- structurent la pensée dominante: la technologie résoudra le problème ; la consommation d’énergie va continuer à croître et la croissance du PIB va se poursuivre ; le changement climatique est le seul problème -exit la biodiversité en péril et la dangereuse dégradation des écosystèmes sur lesquels se base l’économie. Ces problèmes-là, il est vrai, n’intéressent ni les hommes politiques, ni les industriels car ils ne se traduisent pas en promesses de revenus verts.

Sortir du capitalisme? Autant miser sur un changement anthropologique majeur, ricanent les auteurs de C’est maintenant!, Jean-Marc Jancovici, expert du climat, et Alain Grandjean, économiste. «Cela a autant de chances de se produire à brève échéance que l’apparition d’une 2ème Lune la semaine prochaine.» Ils tirent à boulets rouges sur Les Verts, les écolos, les militants radicaux, ceux qui se rassemblent «contre» (les ogm, le nucléaire, la chasse à la baleine, …), à défaut d’être d’accord sur les «pour» à défendre. Selon les coauteurs, ces militants-là n’ont rien compris au capitalisme, qui ne se définit pas comme «la domination de tous par de grandes multinationales, mais seulement comme la propriété privée des moyens de production».

Du fait de leur expérience auprès des grands groupes, les deux compères de l’X proposent des solutions plus pragmatiques et surtout dédiées à l’urgence climatique. D’abord et avant tout, il est urgent de renvoyer les députés à leurs chères études, écrivent-ils. Une fois cela fait, ils pourront peut-être débattre en profondeur avant de voter de superficiels Grenelle. Les deux auteurs proposent la nomination à tous les postes de l’Etat d’un conseiller technique ressources et énergie qui fourrerait son nez dans tous les dossiers, retraites et diplomatie comprises.

Comme Kempf, ils prônent la décroissance des biens matériels («on va devoir se faire à l’idée d’être plus heureux avec moins») et le courage politique de le faire comprendre. Mais contrairement au journaliste, en bons polytechniciens, ils célèbrent la technologie (nucléaire, séquestration de CO2, …). Ils imaginent un monde où l’on devra déplacer les villes à la campagne, car il y aura «moins d’emplois tertiaires et plus de bras dans l’agriculture, l’artisanat, les métiers techniques». Les zones pavillonnaires énergivores seront condamnées à mourir. Dans certains secteurs régaliens comme l’énergie, Grandjean et Jancovici défendent la régulation pour ne point perdre le pilotage des investissements. En clair, déployer le nucléaire et construire au plus vite 4 réacteurs. Mais leur leitmotiv, c’est la taxation de l’énergie. D’après eux, on taxe trop le travail et pas assez l’énergie.

Pour Kempf, Lire la suite

Université populaire de l’environnement : mars et avril

Maison de la nature et de l’environnement, Communiqué, le 3 mars 2009

Deuxième « Atelier pratique écolo » sur Ecologie et numérique le mercredi 4 mars de 18h30 à 20h00 dans les locaux (Galets) du Jardin botanique de Bordeaux (Rive droite, Esplanade Linné, tram station jardin botanique) avec Michel Lesbats et Pascal Bourgois. Il n’est pas nécessaire d’avoir été présent au premier pour participer au second.

Partout dans le monde, l’utilisation de l’Internet et des outils numériques explose. En utilisant la Toile, Barak Obama a mobilisé 6 millions d’Etats-Uniens afin de soutenir sa candidature. Plus d’un Français sur deux est équipé d’un micro-ordinateur. En France les sites <http://www.ecologie-fr.info/index.php>  et blogs <http://www.wikio.fr/blogs/top/environnement> liés à l’écologie, l’environnement, le développement durable, les Agenda 21, l’économie verte… constituent une mine d’information considérable. Ils représentent également des leviers d’action et de mobilisation parfois méconnus et pourtant précieux.

Comment s’informer sur les enjeux de l’Ecologie et du Développement Durable sur l’Internet ? Comment trouver l’information dont j’ai besoin pour agir ? Comment m’investir en ligne ? Est-ce vraiment utile ? Quels sont les impacts du numérique sur l’environnement et comment réduire cet impact ?… Autant de questions auxquelles Michel Lesbats et Pascal Bourgois tenteront de répondre…

Michel Lesbats est professeur à l’Institut Universitaire de Technologie -département Hygiène, Sécurité, Environnement de l’Université Bordeaux 1. Il anime différents sites et blogs :

– Bordeaux Agendas 21 des familles : <http://affinitiz.com/space/bordeauxagendas21>

– Portail du risque : <http://portaildurisque.iut.u-bordeaux1.fr/>

– Site du SPPPI (Secrétariat Permanent pour la Prévention des Pollutions Industrielles) d’Ambès : <http://s3pi-ambes.iut.u-bordeaux1.fr/>,

– Blog personnel : <http://portaildurisque.over-blog.com>

Pascal Bourgois, administrateur de la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine, assure l’animation du blog de la MNE <https://mneaquitaine.wordpress.com/>  et travaille sur un projet du « site Internet de référence sur l’environnement » en Aquitaine.

Ils vous expliqueront comment les outils numériques peuvent aider à favoriser la mobilisation collective et écologique des acteurs du Grenelle de l’Environnement : citoyens, syndicats, élus, services publics et entreprises. Ils pourront répondre à vos questions sur les façons d’agir en ligne, sur les outils à votre disposition, la manière de créer et d’animer un blog gratuit…

Nouvel outil pour l’UPE, la radio, avec la Clé des Ondes <http://www.lacdo.org/> et l’émission Zone d’Ecologie Populaire les lundis de 21h15 à 22h15 (sous réserve prolongation quelquefois jusque 22h45) animée par l’association Chiche ! Bordeaux, jeunes écolo alternatifs et solidaires, <www.chicheweb.org> Les  21 associations environnementales adhérentes de la MNE sont invitées à venir présenter leurs actions, activités ainsi que les enjeux environnementaux locaux. A écouter sur 90.1 ou directement sur Internet : <http://lacdo.org/>

Possibilité de réécouter les émissions anciennes comme celle du lundi 23 février 09.02.23 ZEP avec MNE.mp3 avec la présentation de la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine, de ses adhérents, son projet associatif, ses actions (blog MNE, Université populaire…) et ses projets (Site Internet et Centre ressource documentaire sur l’environnement…) et bientôt celle sur AutoCool du 2 mars.

Le lundi 9 mars TACA <http://taca.asso-web.com/> nous fera partager son analyse sur le thème du changement climatique et de la taxe carbone.

Nouvel outil encore, si vous souhaitez participer au LivrEcolo du Jour, celui  du mercredi 11 mars est consacré à un débat en petit groupe sur « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », le dernier ouvrage du journaliste environnement du Monde Hervé Kempf. Inscrivez-vous à <mnebxaquitaine@aol.com> Le groupe est limité à 12 personnes maximum, seules les 12 premières candidatures seront retenues. Vous en serez informé par mail. A noter qu’Hervé Kempf présentera son ouvrage le 26 mars à la Machine à lire à Bordeaux.

Nous vous communiquerons ultérieurement plus d’informations sur l’atelier pratique écolo du samedi 21 mars de 9h00 à 17h00 à Toulenne, organisée par les Maisons paysannes de Gironde <http://www.maisons-paysannes.org/> et Alain Algéo. Il est consacré à un stage d’initiation sur « les enduits, teintes et badigeons à la chaux ».

La participation sera limitée à 15 personnes, il faudra vous inscrire et avoir confirmation de cette inscription. Le stage est gratuit mais l’adhésion à l’association est obligatoire. Les participants devront venir avec leur tenue de travail, si possible une truelle et amener leur pique-nique. Pour les bordelais le co-voiturage est vivement encouragé.

Plus d’information à venir sur le cycle de trois Cours – Crise(s) et perspectives – Changement Climatique et énergie, à Cap Sciences les vendredis 20 mars, 10 et 24 avril : « Le changement climatique : pas plus de 2° C », « Notre défi : diviser par 4 la consommation d’énergies d’ici 2050 » et « Crise climatique et énergétique : la taxe carbone peut-elle être une réponse appropriée ? » ainsi que sur le cycle de quatre cours consacré à Lire la suite

Université populaire de l’environnement, février et mars 2009

MNE Bordeaux-Aquitaine, Communiqué, le 23 février 2009

UNIVERSITE POPULAIRE DE L’ENVIRONNEMENT- L’Université nomade d’Aquitaine

Mise en œuvre Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine en partenariat avec des universitaires, des associations et des collectivités locales

Informations et renseignements https://mneaquitaine.wordpress.com/ et mnebxaquitaine@aol.com

PROGRAMME au 23 février 2009, susceptible d’être modifié

Toutes les manifestations sont  gratuites et à  entrée libre, sauf la participation au stage « badigeon à la chaux » du 21 mars qui nécessite l’adhésion à l’association MP33 et au « LivrEcolo du Jour » qui sont toutes deux sur réservation par mail à mnebxaquitaine@aol.com avec confirmation

MERCI DE DIFFUSER LARGEMENT L’INFORMATION DANS VOS RESEAUX

Nouvel outil pour l’UPE, la radio, avec la Clé des Ondes <http://www.lacdo.org/> et l’émission Zone d’Ecologie Populaire les lundis de 21h00 à 22h00 animée par l’association Chiche ! Bordeaux, jeunes écolo alternatifs et solidaires, <www.chicheweb.org> Les  21 associations environnementales adhérentes de la MNE sont invitées à venir présenter leurs actions, activités ainsi que les enjeux environnementaux locaux. A écouter sur 90.1 ou directement sur Internet : <http://lacdo.org/>

Première émission le lundi 23 février avec la présentation de la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine, de ses adhérents, son projet associatif, ses actions (blog MNE, Université populaire…) et ses projets (Centre ressource documentaire sur l’environnement…).

Ensuite le lundi 2 mars la SCIC AutoCool <http://www.autocool.fr/>  fera le point sur l’autopartage dans l’agglomération bordelaise et le lundi 9 mars TACA <http://taca.asso-web.com/> nous fera partager son analyse sur le thème du changement climatique et de la taxe carbone.

Nouvel outil encore, si vous souhaitez participer au LivrEcolo du Jour, celui  du mercredi 11 mars est consacré à un débat en petit groupe sur « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme », le dernier ouvrage du journaliste environnement du Monde Hervé Kempf. Inscrivez-vous à <mnebxaquitaine@aol.com> Le groupe est limité à 12 personnes maximum, seules les 12 premières candidatures seront retenues. Vous en serez informé par mail. A noter qu’Hervé Kempf présentera son ouvrage le 26 mars à la Machine à lire à Bordeaux.

Deuxième « Atelier pratique écolo » sur Ecologie et numérique le mercredi 4 mars de 18h30 à 20h00 dans les locaux (Galets) du Jardin botanique de Bordeaux (Rive droite, Esplanade Linné, tram station jardin botanique) avec Michel Lesbats et Pascal Bourgois. Il n’est pas nécessaire d’avoir été présent au premier pour participer au second.

Partout dans le monde, l’utilisation de l’Internet et des outils numériques explose. En utilisant la Toile, Barak Obama a mobilisé 6 millions d’Etats-Uniens afin de soutenir sa candidature. Plus d’un Français sur deux est équipé d’un micro-ordinateur. En France les sites <http://www.ecologie-fr.info/index.php>  et blogs <http://www.wikio.fr/blogs/top/environnement> liés à l’écologie, l’environnement, le développement durable, les Agenda 21, l’économie verte… constituent une mine d’information considérable. Ils représentent également des leviers d’action et de mobilisation parfois méconnus et pourtant précieux.

Comment s’informer sur les enjeux de l’Ecologie et du Développement Durable sur l’Internet ? Comment trouver l’information dont j’ai besoin pour agir ? Comment m’investir en ligne ? Est-ce vraiment utile ? Quels sont les impacts du numérique sur l’environnement et comment réduire cet impact ?… Autant de questions auxquelles Michel Lesbats et Pascal Bourgois tenteront de répondre…

Michel Lesbats Lire la suite

Hervé Kempf : « La croissance verte est une illusion »

bienpublic.com, propos recueillis par Elisabeth HUARD, le 10 février 2009

« Pour sauver la planète… »

H. Kempf : « La croissance verte est une illusion »

Dijon l’invite, demain, à une double rencontre : à la librairie Grangier l’après-midi ; à la Maison des associations, le soir, avec les Voix sans maître, pour poursuivre la réflexion.
Hervé Kempf, journaliste au Monde, spécialiste de l’environnement : deux essais, une voix dissonante dans le concert d’un capitalisme en crise.

Le Bien public. – Comment les riches détruisent la planète (2007), Pour sauver la planète, sortez du capitalisme (2009) : le moins que l’on puisse dire est que vous tranchez dans le vif.
Hervé Kempf. – Mon premier essai, analyse de la crise écologique, a suscité de multiples rencontres. Et toujours la même question revenait durant les discussions : « Que faire ? ».

Le deuxième livre cherche à y répondre, en proposant des perspectives à un public conscient de ce qui se passe.

La réflexion s’impose : pourquoi, malgré toutes les informations dont elle dispose, la société est-elle impuissante à enrayer la crise écologique ?

LBP. – La crise, économique et planétaire, est l’occasion d’une prise de conscience ?

Hervé Kempf. – Alors que 99 % des journalistes économiques, comme l’ensemble des politiques et dirigeants, rabâchent le même discours – soutenir la croissance, relancer la consommation -, le public rencontré, dans son ensemble, juge recevable l’idée d’une baisse des consommations matérielles et de la consommation d’énergie.

Il n’est pas possible de poursuivre sur le modèle d’une croissance sans fin et sans frein. Pour quel profit et avec quel impact ? Le capitalisme a suffisamment démontré son incapacité à répondre à l’enjeu écologique. Il veut nous faire croire que la technologie peut surmonter l’obstacle. La croissance verte est une illusion : elle est le germe de nouveaux lobbies.

LBP. – Ce « sortez du capitalisme » est un impératif ?

Hervé Kempf. – Loin de moi l’idée d’imposer quelque chose, il s’agit plutôt d’indiquer la voie d’un avenir possible : sortir du capitalisme, pour mettre l’urgence écologique et la justice sociale au cœur du projet politique. Engagé, mais non militant. Mon rôle de journaliste n’est pas de m’abstraire, mais d’observer la réalité avec du recul.
Au-delà des articles qu’il m’est permis d’écrire, le livre m’apporte la liberté de ma propre écriture, celle d’introduire beaucoup plus d’histoires. Elles disent la traversée du capitalisme dans nos vies, la façon dont il impose son modèle au monde – profit maximal, individualisme forcené -. Ce que je dis du délitement des rapports sociaux, c’est ce que les gens vivent tous les jours.

La crise implique un changement dans la répartition des richesses, un changement de point de vue.

LBP. – L’histoire du capitalisme – courte, au regard des millénaires – pourrait avoir une fin ?

Hervé Kempf. – Le sort de la planète passe par une société soucieuse de coopérer pour le bien commun et pour la préservation de la santé de la biosphère. On ne pourra plus faire d’économie sans faire d’écologie. C’est la clé de ce livre : ce que l’on pourrait appeler écologie sociale.

Ce n’est que le début d’une réflexion qui se nourrit de la parole partagée. De la pensée. Cette crise est l’occasion d’agir. De réinvestir la démocratie vidée de sa substance. Il y a urgence. Lire la suite

Climat : l’Europe entre dans le concret de la négociation

lemonde.fr, Hervé Kempf, le 29 janvier 2009

Climat : l’Europe entre dans le concret de la négociation

Les grandes manœuvres ont commencé : deux jours après que le président des Etats-Unis a annoncé son engagement dans la lutte contre le changement climatique, la Commission européenne a publié, mercredi 28 janvier, le document qui devrait constituer la base de la position européenne lors de la conférence de Copenhague.

Celle-ci se tiendra en décembre 2009. Son importance est capitale, puisqu’elle vise à finaliser le traité international sur le changement climatique qui devrait prendre le relais, pour la prochaine décennie, du protocole de Kyoto. Signé en 1997, ce texte engageait les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5 % en 2010 par rapport à 1990.

Malgré le travail de sape de George W. Bush contre ce Protocole, celui-ci a survécu, même s’il n’a pas favorisé la baisse des émissions promise que refusait le principal émetteur de la planète, les Etats-Unis. A Bali, en 2007, les pays émergents ont accepté d’ouvrir une discussion qui pourrait conduire à leur poser, à eux aussi, des contraintes. Mais fin 2008, à Poznan, un vif désaccord est apparu sur la question du financement que devraient verser aux pays du Sud les pays riches, puisqu’ils sont les premiers responsables de l’accroissement de l’effet de serre.

Le point de départ politique de la discussion qui va, de fait, continuer pendant toute l’année, est ainsi posé : les Etats-Unis sont de retour, mais négocieront d’autant plus leurs intérêts que la crise économique est aiguë et que les émissions de la Chine dépassent dorénavant les leurs ; les pays émergents revendiquent un effort financier réel de la part des pays du Nord.

« MONTRER L’EXEMPLE »

Le texte proposé par la Commission européenne vise donc à entrer dans le concret de la négociation avec un postulat sur lequel les autres partenaires vont devoir se positionner. Rappelant l’objectif européen – limiter le réchauffement à 2° C – et son engagement autonome de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % en 2020, la Commission indique qu’ainsi « l’Europe a montré un exemple » à suivre par les autres pays développés. Les Etats-Unis sont priés d’entendre.

Précisément, le texte indique des paramètres concrets à partir desquels les engagements des pays riches pourraient être établis : produit intérieur brut (PIB) par habitant, volume d’émissions par unité de PIB, évolution des émissions depuis 1990, évolution démographique.

Le texte estime ensuite que « tous les pays en développement, sauf les plus pauvres, devraient adopter des stratégies de développement à faible émission d’ici 2010 ». Cela pourra se faire par Lire la suite

Kempf: Sortir du capitalisme pour sauver la planète

naturavox.fr, Héloïm Sinclair, le 29 janvier 2009

Sortir du capitalisme pour sauver la planète

Hervé Kempf n’est pas que journaliste au Monde. C’est un écologique de raison, un militant de la plume qui a commit un nouvel ouvrage de référence pour la cause environnementale. « Pour sauver la planète. Sortez du capitalisme », un livre d’une actualité brulante.

Ne croyez pas qu’Hervé Kempf soit un khmer rouge/vert. Il ne veut pas abandonner l’économie de marché, juste sortir de ce qu’il nomme être « un état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ».

Kempf met en perspective 30 ans de capitalisme débridé et mortifère, que d’aucuns appellent ultralibéralisme pour faire oublier l’actionnaire. 30 ans où les grands actionnaires et leurs serviles hauts dirigeants, gagnent en influence – et en profit -pour imposer leur matrice égoïste. Alors que la crise financière fait rage, « rien ne serait pire que de laisser l’oligarchie, face aux difficultés, recourir aux vieux remèdes, à une relance massive, à la reconstitution de l’ordre antérieur ». L’urgence écologique et la justice sociale doivent être au cœur du projet politique de l’époque !

Un altermondialiste Kempf ? Peut-être. Mais avec la rigueur d’un scientifique pour le constat. Nous accélérons la destruction de la terre pour assouvir les besoins compulsifs d’une oligarchie et de ceux qui aspirent à en être. En contrepartie d’une aliénation à un système qui génère cette crise économique majeure, doublée d’une crise écologique sans précédent, la classe moyenne prend quelques miettes du gâteau des oligarques et les pauvres, les miettes des miettes. Seule une petite oligarchie mondiale, jouit véritablement d’un système qu’elle a détourné à son unique profit. Merci pour les autres – vous, moi, nous, …

Alors, pourquoi continuer ? Pourquoi accepter plus longtemps cette aliénation ? Parce que la manipulation collective du système capitaliste a détourné l’individu des logiques collectives. Un conditionnement psychique du chacun pour soi, où le bien commun a été réduit à l’augmentation du PIB. En prendre conscience. Plus que jamais, « être subversif, c’est passer de l’individuel au collectif ».

Hervé Kempf démystifie la « croissance verte », cet artéfact de la vieille croissance teinté de bonne conscience, que l’oligarchie a fini par intégrer. Qui ne vise qu’à perpétuer le système capitaliste sans rien changer à son caractère dévastateur. La croissance verte est un « big green washing » inventé par l’élite sous la pression de l’opinion publique, pour perpétrer l’illusion technologique et continuer d’engranger des dividendes.

La technologie ne sera pas suffisante pour vaincre la crise environnementale. Ni le nucléaire, ni les énergies renouvelables n’empêcheront le désastre du changement climatique. Le nucléaire encore moins que les énergies renouvelables. Il faudrait un changement radical pour dérouter la trajectoire du désastre.

Le constat du livre pourrait paraître sombre, exit l’illusion de la croissance verte. Déconstruction globale, il faut aller plus loin, réinventer l’organisation des relations sociales pour servir des objectifs de biens communs, pour ne plus rester aliéné dans une matrice individualiste. Il faut se déconditionner pour ouvrir l’avenir des possibles.

Rester dans l’économie de marché et sortir du capitalisme, c’est nourrir une exigence de solidarité salvatrice pour l’humanité et l’écosystème. Ce n’est pas revenir à l’âge des cavernes ou à l’économie planifiée. C’est vivre dans une époque où le marché serait « un usage du monde, et non un despote névrosé », pour Lire la suite

Kempf : Pour sauver la planète, sortez du capitalisme

cdurable.info, David Naulin, le 16 janvier 2009

Pour en savoir plus sur ce livre écoutez l’émission Terre à Terre, le magazine de l’environnement de France Culture du 10 janvier 2009. Ruth Stegassy recevait Hervé Kempf.

Dans son nouvel essai, Hervé Kempf, journaliste au Monde, montre qu’en dépit des menaces l’avenir reste ouvert et l’optimisme justifié. « Est-il possible d’aller vers la sobriété sans passer par des secousses violentes ? Pouvons-nous éviter que les gouvernements capitalistes imposent une réponse autoritaire en tentant une ’relance’ aussi dommageable écologiquement qu’inutile ? Je ne sais pas. Face aux sombres perspectives, l’heure des hommes et des femmes de cœur, capables de faire luire les lumières de l’avenir, a sonné. »

Du constat en 2007 : « Comment les riches détruisent la planète ? »…

… à la solution en 2009 : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme »

Du constat en 2007 : « Comment les riches détruisent la planète ? »…

« Le capitalisme est le racket légitime organisé par la classe dominante. » Al Capone, cité par Hervé Kempf.

Le précédent ouvrage d’Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète, a rencontré un grand succès aussi bien en France qu’à l’étranger. Écrit en 2006, ce livre démontrait déjà ce que nous constatons aujourd’hui : l’impasse du système, incapable d’assurer à tous un juste développement comme de garantir la survie des générations futures.

dans un état de crise écologique durable et planétaire. Elle devrait se traduire par un ébranlement prochain du système économique mondial. Les amorces possibles pourraient s’allumer dans l’économie arrivant à saturation et se heurtant aux limites de la biosphère :
 – Un arrêt de la croissance de l’économie américaine, minée par ses trois déficits géants – de la balance commerciale, du budget, de l’endettement interne. Comme un toxicomane qui ne tient debout qu’à doses répétées, les Etats-Unis, drogués de surconsommation, titubent avant l’affaissement ;

 – Un fort freinage de la croissance chinoise – sachant qu’il est impossible qu’elle tienne très durablement à un rythme de croissance annuel très élevé. »

Face à ce constat, Hervé Kempf reste optimiste et veut croire à notre capacité à changer le monde.

… à la solution en 2009 : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme »

– Présentation par l’éditeur : « Un autre monde est possible, il est indispensable, il est à notre portée. Le capitalisme, après un règne de deux cents ans, s’est métamorphosé en entrant dans une phase mortifère : il génère tout à la fois une crise économique majeure et une crise écologique d’ampleur historique. Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme, en reconstruisant une société où l’économie n’est pas reine mais outil, où la coopération l’emporte sur la compétition, où le bien commun prévaut sur le profit.

Dans un récit original, l’auteur explique comment le capitalisme a changé de régime depuis les années 1980 et a réussi à imposer son modèle individualiste de comportement, marginalisant les logiques collectives. Pour en sortir, il faut prioritairement se défaire de ce conditionnement psychique.

L’oligarchie cherche à détourner l’attention d’un public de plus en plus conscient du désastre imminent en lui faisant croire que la technologie pourrait surmonter l’obstacle. Cette illusion ne vise qu’à perpétuer le système de domination en vigueur. Comme l’illustre la démonstration ancrée dans la réalité et animée de nombreux reportages, l’avenir n’est pas dans la technologie, mais dans un nouvel agencement des relations sociales. Ce qui fera pencher la balance, c’est la force et la vitesse avec lesquelles nous saurons retrouver l’exigence de la solidarité. » Lire la suite

Kempf : Le chemin du postcapitalisme

Le Monde, Hervé Kempf, 14 janvier 2009

Est-ce que le capitalisme peut survivre à la crise ? C’était la question posée en filigrane lors du colloque organisé par le secrétariat d’Etat chargé de la prospective, en partenariat avec Le Monde et le Financial Times, jeudi 8 janvier à Paris, sous le titre « Nouveau monde, nouveau capitalisme ». Tout avait été organisé pour rester dans les rails de l’ordre économique établi, comme le soulignait ironiquement Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) : « L’ordre du jour ne comporte pas l’examen d’alternatives au capitalisme – par parenthèse, ce n’est pas pour autant que j’adhère à l’idée qu’il n’y a pas d’alternative -, je ferme la parenthèse, pour rester politiquement correct. »

Mais la journée s’est déréglée, et, sous les apparences policées d’un colloque officiel, la gravité de la crise a imposé la remise en cause des idées reçues. Certes, M. Sarkozy tentait d’isoler le virus, accablant la finance pour sauver l’essentiel : « Le capitalisme financier a perverti la logique du capitalisme. (…) Le capitalisme, c’est l’effort, c’est le travail, c’est l’esprit d’entreprise, c’est la propriété privée, c’est l’investissement à long terme. (…) Mais la crise du capitalisme financier n’est pas la crise du capitalisme. (…) Elle n’appelle pas à la destruction du capitalisme, qui serait une catastrophe, mais à sa moralisation. »

Michel Rocard, député européen socialiste, venait à l’appui du conservatisme de M. Sarkozy : « Il faut commencer par cela : nous voulons conserver le capitalisme ! » Qu’elles étaient loin les paroles de Jean Jaurès dans son célèbre débat avec le marxiste Jules Guesde : « Le Parti socialiste est un parti d’opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste. » Mais l’unanimité de façade allait se lézarder grâce au rappel à la réalité opéré par Angela Merkel, la chancelière allemande : « Les pays industrialisés doivent absolument comprendre que nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Nous avons fait un emprunt sur l’avenir sans en avoir produit la contre-valeur dans l’économie réelle, et à la longue, cela ne peut pas ne pas avoir de conséquences graves. » Et pour ceux qui ne voudraient pas entendre, elle disait à nouveau par deux fois : « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens », s’inquiétant de l’endettement sidérant que les marchés financiers, puis les gouvernements, ont accumulé.

Dès lors, il était clair que le problème n’était pas simplement dans un mauvais fonctionnement du système financier. Plusieurs experts allaient répéter ce que résumait Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie : « Ce n’est pas seulement une défaillance des marchés financiers, c’est beaucoup plus profond. » En fait, observait l’économiste Jean-Paul Fitoussi, « le capitalisme est une forme d’organisation historique et située, née des décombres de l’Ancien Régime. Ce qui signifie que son destin n’est pas écrit dans le marbre« .

UN NOUVEL ÉQUILIBRE

Il apparaissait ensuite qu’il faut chercher dans la question sociale les racines de l’expansion énorme de la bulle financière et de l’endettement. Les « rémunérations extravagantes et l’explosion des inégalités » ont conduit au dérèglement du système global. Selon M. Fitoussi, « la crise financière n’est que le symptôme d’une crise latente qui existait depuis les années 1980 – une crise de la répartition des revenus : pour pouvoir maintenir les niveaux de consommation, il a fallu que les ménages et les Etats s’endettent. Cet endettement était pain bénit pour le système financier, qui a prêté à ceux qui ne pouvaient plus consommer. Et c’est là que le déséquilibre financier s’est révélé : on ne peut pas prêter à ceux qui ne peuvent rembourser« .

Mais il a fallu attendre l’intervention de Wouter Bos, le ministre travailliste des finances des Pays-Bas, pour que la conclusion soit tirée : la réduction de l’endettement, donc la baisse de la consommation globale, ne pourra se faire qu’accompagnée d’une réduction des inégalités. Lire la suite