Dossier le Monde magazine sur les écolo-sceptiques – Les orphelins du progrès

lemonde.fr, Laurent Carpentier, le 26 mars 2010

Les orphelins du progrès

Dans sa petite bibliothèque des horreurs, Jean-Paul Krivine a rangé homéopathes, militants anti-OGM, agriculteurs biodynamiques, sourciers et chiropracteurs au même rayon que les anti-évolutionnistes à crucifix et les amateurs d’ovni. A la tête de l’AFIS, l’Association française pour l’information scientifique, cet « ingénieur en intelligence artificielle » est un rationaliste qui bataille contre le plus grand risque qui puisse, selon lui, nous frapper : la remise en question de sa sainte trinité, « progrès, humanisme et universalité ».

L’homme est nerveux. Il se demande ce que je lui veux. J’ai bien précisé au téléphone que la revue dont il est le rédacteur en chef, Science et pseudo-sciences, m’avait il y a deux ans étrillé pour un reportage en Suède à la rencontre de ces « électro-sensibles » qui fuient dans les forêts les ondes des portables et de la Wi-Fi. Crime de lèse-science : la revue expliqua comment je manipulais le lecteur, l’amenant à penser qu’une technologie inoffensive pouvait être un risque pour la santé. Disons-le simplement : je n’ai pas d’avis sur la dangerosité des ondes. Et je n’ai pas pris rendez-vous avec Jean-Paul Krivine pour régler des comptes mais pour tenter de comprendre d’où vient ce sentiment de citadelle assiégée qui l’anime.

« LE PRINCIPE D’INCERTITUDE »

« Nous sommes un lobby rationaliste raisonnable, explique-t-il scrupuleusement. Parce que je crois en la notion de progrès. Parce que je ne crois pas que la nature soit bonne. Parce que l’on vit aujourd’hui plus longtemps et en meilleure santé qu’autrefois et que, lorsque sa voiture est en panne, on ne va pas dans un garage alternatif. » Réponse tranchée ? Certes, mais expression d’un malaise qui traverse la recherche française, écartelée entre le primat de l’ingéniosité humaine promettant des lendemains toujours meilleurs et l’émergence, mise en lumière par la crise climatique, d’un sentiment nouveau de finitude du monde. Hors de la science, point de salut ?

Il aura suffi d’un hiver froid pour que les tenants de la suprématie du génie humain reprennent du poil de la bête. Le Mythe climatique, titre le mathématicien Benoît Rittaud (Le Seuil), L’Imposture climatique, confirme Claude Allègre (Plon), CO2 un mythe planétaire, ajoute Christian Gerondeau (Editions du Toucan). Et dans Libération, Pascal Bruckner, nouveau philosophe devenu néoconservateur, dénonce ces climatologues qui jettent le discrédit sur notre modèle de société : « Un nouvel obscurantisme se propage qui avance sous le masque de la science. (…) Sur le thème de l’effroi, une tribu de pythies, mages, utopistes, vaticine et menace. Il manque à ces prophètes de se soumettre aux bénéfices du doute et d’inclure dans leurs prédictions le principe d’incertitude. » Un simple renversement du baromètre et ce n’est pas seulement le spectre du réchauffement climatique qui repart aux oubliettes mais tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une critique de notre modèle de société.

AU COIN DU BON SENS

« Pourquoi voulez-vous un développement durable? Notre développement est durable« , s’amuse Christian Gerondeau, de ses mots toujours « frappés au coin du bon sens ». Ne croyez pas que ce robuste et charmant giscardien soit le représentant d’un lobby, ce n’est pas vrai. Oui, bon, d’accord, il reçoit dans ses bureaux à l’Automobile club, mais son livre, CO2 un mythe planétaire, n’est pas du tout le brûlot qu’il semble être, où Al Gore serait décrit comme un « charlatan » et les travaux de Nicholas Stern ne reposeraient « sur aucun chiffrage sérieux ». Non, Christian Gerondeau est un ingénieur, « c’est-à-dire quelqu’un qui regarde les faits et en tire des conclusions ». Son père, son grand-père avant lui, son fils, sa petite-fille après lui… Tous ont fait Polytechnique. Lui-même en est sorti en 1957 pour l’Ecole des ponts et chaussées. Un pedigree qui ne pousse pas à la remise en cause. « Les gens qui ont faim, qui logent dans des huttes et dont les enfants meurent, veulent tous se développer… », déclame-t-il, plein de sa propre sagesse.

Christian Gerondeau est le parangon de cette classe sociale d’ingénieurs née de la révolution industrielle, qui conquit d’abord le pouvoir technique, puis le pouvoir social et enfin politique. Et d’affirmer, dépositaire assumé d’une modernité prospère : « On sous-estime toujours la capacité du progrès technique! Ne nous posons pas aujourd’hui les problèmes de demain. »

« DES GENS DANGEREUX »

Aux gémonies, ces nostalgiques passéistes qui prônent le ferroutage, s’opposent au nucléaire ou firent interdire le DDT, causant, dit-il, Lire la suite

Jean Jouzel : L’été andalou sera dans le Sud-Ouest avant la fin du siècle

sudouest.com, Jean-Denis Renard, le 19 Octobre 2009

L’été andalou chez nous avant la fin du siècle

RÉCHAUFFEMENT. Le climatologue Jean Jouzel était la semaine dernière à Arcachon pour brosser l’évolution du climat régional au cours du XXIe siècle. Chaud devant

A 62 ans, Jean Jouzel est sans doute le plus médiatique des climatologues français. Vice-président du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), médaille d’or du CNRS en 2002, il est mondialement connu pour ses travaux sur les glaces de l’Antarctique et du Groenland, qui participent à la reconstitution du climat passé de la Terre.

La semaine dernière, ce Breton a fait escale à Arcachon, à l’invitation de la Direction départementale de la jeunesse et des sports de Gironde, qui y organisait un colloque, « Développement durable et littoral ». Au cours de son exposé au Palais des congrès et ensuite lors d’une rencontre avec la presse, Jean Jouzel s’est efforcé de dessiner les contours du climat qui s’installera sur le sud-ouest de la France dans la seconde partie du XXIe siècle. Ça va être chaud…

1 Le réchauffement est inéluctable

« Le réchauffement global est sans équivoque. Onze des douze dernières années sur le globe ont été les plus chaudes depuis 1860. Ce réchauffement est pour l’instant limité à un peu moins de 1 degré. Cela s’est notamment traduit, au cours du XXe siècle, par une hausse de 15 à 20 centimètres du niveau des océans, du fait de la fonte des glaces et de la dilatation des océans.

On sait que le réchauffement va se poursuivre. Le climat des années 2020-2030 se traduira par une température en hausse de quelques dixièmes de degré supplémentaires, ce qui n’est pas neutre. Il sera tributaire des gaz à effet de serre, d’ores et déjà présents dans l’atmosphère. Quoi qu’on fasse subir au climat au cours des années à venir, les effets n’en seront pas perceptibles immédiatement. En revanche, les efforts à produire dans les deux prochaines décennies seront essentiels pour la définition du climat de la fin du siècle. Il ne s’agit plus des générations futures. Mais de celle de nos enfants ou de nos petits-enfants. »

2 La canicule devient la norme estivale

« Le sud-ouest de la France a gagné un peu plus de 1 degré au cours du XXe siècle. La situation ne va pas évoluer de la même façon dans la deuxième partie du XXIe siècle, selon différents scénarios du Giec. On rencontre des incertitudes sur l’ampleur du réchauffement et sur ses caractéristiques régionales.

Si l’on prend le scénario A2 du Giec, le moins favorable, on aurait ici un réchauffement compris entre 4 et 6 degrés à la fin du siècle, ce qui est énorme. L’été 2003 deviendrait la norme. Ce serait un été moyen, de 3 à 4 degrés supérieur à un été de la fin du XXe siècle. Rappelons que l’on n’attribue pas directement la canicule de 2003 au réchauffement climatique, mais ça en donne une bonne image pour la période postérieure à 2050. On aurait un nombre de jours de canicule – des températures supérieures ou égales à 35 degrés – qui excéderait largement un mois. Il faut se rendre compte que l’on parle là d’un climat totalement différent. Paris vivrait à peu près les étés de Séville. Alors, Bordeaux… »

3 La pluie plus rare et plus violente

« Pour les précipitations, on va se retrouver avec une dissymétrie entre la France du Nord et la France du Sud. Pour celle-ci, on s’achemine vers des précipitations estivales de 20 à 40 % inférieures à ce qu’elles sont aujourd’hui. Mais elles seront plus intenses, d’où des risques d’inondations.

Dans un climat plus chaud, l’évaporation augmente, ce qui rendra central le problème de l’accès à la ressource en eau. Le partage s’annonce Lire la suite

Appel pour une France durable : Interpellons les décideurs politiques et économiques

naturavox.fr, Gilles VANDERPOOTEN, Président de l’Association Vive la Terre (Etudiant, 23 ans) pour le collectif de l’Appel pour une France durable, le 25 mai 2009

Isabelle Autissier, Allain BOUGRAIN-DUBOURG, Robert BARBAULT, Dominique Belpomme, Dominique BOURG, Gilles ClÉment, Philippe Desbrosses, Jean-Pierre DOUSSIN, Caline JACONO, Jean Jouzel, Tristan Lecomte, Amélie Nothomb, Jéromine PASTEUR, Nicolas VANIER…

Appel pour une France durable

Interpellons les décideurs politiques et économiques

En 1987, le rapport Brundtland énonçait le « développement durable » et se préoccupait des « générations futures ». C’était il y a plus de vingt ans. Les « générations futures » sont là. Ne nous limitons pas à parler d’elles tout en continuant à accroître leur dette… Prenons garde au décalage entre les discours et les actes.

A l’heure de la crise économique, en période de Grenelle de l’environnement, et alors que partout l’on se réclame du « développement durable », exigeons des décideurs économiques et politiques qu’ils mettent résolument en œuvre des alternatives afin de répondre aux enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux qui engagent notre responsabilité collective et l’avenir des jeunes générations.

Pas un jour sans que les thèmes de la responsabilité sociale, environnementale et sociétale ne soient évoqués dans les déclarations des responsables et experts économiques et politiques, dans les médias, dans les conversations citoyennes.

L’ensemble des acteurs économiques se réclame aujourd’hui du « développement durable » – une expression qui trop souvent se limite à de bonnes intentions ou à des effets d’annonce, et peine à se traduire en actes. Au risque de se transformer en alibi pour continuer comme avant et poursuivre les atteintes portées à l’homme et à son environnement.

A force d’utiliser sans discernement cette expression commode mais ambiguë, on finit par la vider de son sens, par en réduire les exigences et les ambitions.

Le caractère durable d’une activité ne peut se résumer à l’accroissement de la richesse économique, et il est incompatible avec l’utilisation sans limite des ressources naturelles ; la responsabilité environnementale et sociétale de l’entreprise ne peut se réduire au respect minimal de la législation en vigueur.

En cette période de Grenelle de l’environnement et malgré les avancées, force est de constater la distance entre l’intérêt que suscitent les enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux dans l’ensemble de la nation, et la frilosité de bon nombre de décideurs économiques et politiques.

Prenons garde au Lire la suite

Borloo : « Soit vous faites bouger tout le monde, soit ça se terminera mal »

terra-economica.info, Bertrand Desprez, David Solon, Simon Barthélémy, le 27 avril 2009

Jean-Louis Borloo : « Soit vous faites bouger tout le monde, soit ça se terminera mal »

Mettez dans une même pièce un ministre de l’Ecologie, Jean-Louis Borloo, un scientifique de renommée internationale, Jean Jouzel, et un économiste spécialiste du climat, Stéphane Hallegatte. Vous obtiendrez un débat engagé et réchauffant. Morceaux choisis.

Les dernières études indiquent que les pires scénarios climatiques sont en train de se réaliser. Qu’en est-il ?

Jean Jouzel : Les choses sont claires. Pour limiter l’élévation des températures à 2° par rapport à 2000, il nous faut diviser nos émissions de gaz à effet de serre par 3 d’ici à 2050. En les divisant par 2, nous n’avons aucune chance d’y parvenir. Pour cela, nos émissions doivent décroître dès 2015, c’est-à-dire immédiatement, alors qu’elles n’ont jamais augmenté aussi rapidement. Toute la question est de savoir si nos sociétés, nos politiques sont disposés, dès aujourd’hui, à prendre les mesures qui s’imposent.

Stéphane Hallegatte : Jean Jouzel parle d’action immédiate. Il a raison. C’est en effet très paradoxal d’envisager que nous sommes face à des phénomènes climatiques qui vont s’étendre sur plusieurs siècles, mais que la nature et l’ampleur de ces phénomènes vont se décider dans les deux ou trois années à venir. C’est pour cette raison que l’enjeu de la conférence sur le climat de Copenhague, en décembre prochain, est gigantesque. Rater cette échéance aurait une incidence forte sur le très long terme.

Le seuil de danger, soit 2° d’augmentation des températures, risque d’être atteint. Comment l’éviter ?

J.J. : Je ne veux pas jouer les oiseaux de mauvais augure mais, même si nous parvenons à stabiliser la température à + 2°, cela ne garantit aucunement un monde calme. Il faut suivre les recommandations de mon confrère James Hansen, de la Nasa, qui n’est pas optimiste. Il part des objectifs européens de réduction des niveaux de concentration de CO2 dans l’atmosphère. Notre continent s’est fixé un niveau ambitieux de 550 particules par million [ppm]. Problème : il est insoutenable ! Et plus inquiétant encore : atteindre 450 ppm – ce qui suppose un effort très soutenu – n’empêcherait ni la disparition des glaces de la planète ni l’élévation très sensible du niveau des mers. Hansen conclut donc qu’il n’y a pas d’autre choix que de se limiter à 350 ppm si l’on veut conserver notre climat dans l’état où il se trouve aujourd’hui. Or nous en sommes déjà à 380 ppm.

S.H. : 450 ppm, ce serait déjà pas mal.

Cet objectif de 350 ppm est-il envisageable ? Ce chiffre est-il compréhensible pour le grand public ?

J.J. : Non, c’est dur. Communiquer sur la nécessité de diminuer la quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère, cela signifie stopper toutes les centrales à charbon immédiatement, replanter massivement des arbres… Techniquement, pourquoi pas dans l’absolu. C’est, en revanche, plus difficile de communiquer là-dessus.

Jean-Louis Borloo : Ce dont je suis certain, c’est qu’il faut dire à tous que c’est faisable, que c’est le progrès et que ce n’est nullement un retour en arrière. D’où vient cette problématique du changement climatique ? D’un fondement économique qui a lui-même un fondement énergétique qui n’est pas indispensable, ni vital. Nous sommes en train de vivre une parenthèse extraordinaire. Et dans l’histoire de l’humanité, cette parenthèse sera considérée comme la parenthèse du tandem pétrole-charbon, dominé par le pétrole. C’est une anomalie. Tout le monde peut bien comprendre qu’une fraise qui parcourt 10 000 km n’est pas une absolue nécessité pour l’humanité. De même que d’avoir de la mobilité quasi exclusivement par des moteurs thermiques n’est pas une fatalité. En fait, ce qu’il faut avoir en tête, Lire la suite

Le climat est-il devenu fou ?

Le Figaro, Patrice de Meritens, le 30 janvier 2009

Le climat est-il de venu fou ?

« Le réchauffement est l’une des formes perverses de la croissance économique », observe Emmanuel Le Roy Ladurie. « Et c’est maintenant qu’il faut passer à l’action », répond Jean Jouzel.

Le Figaro Magazine – On ne cesse de parler du réchauffement de la planète et on est tout surpris de se retrouver avec un hiver glacé…

Jean Jouzel – Même dans un contexte de réchauffement climatique, il est normal d’observer des hivers plus froids que d’autres. Sur les deux prochaines décennies, la tendance moyenne du réchauffement devrait être de 2/100e de degré par an, donc difficilement perceptible d’une année sur l’autre. Il faut regarder le phénomène dans la durée, avec une véritable perspective historique. Le réchauffement est patent depuis un demi-siècle, mais il y aura toujours des hivers froids. De même, un été très chaud ne constitue-t-il pas à lui seul le témoignage d’un réchauffement climatique.

Emmanuel Le Roy Ladurie – On observe en effet un espacement plutôt qu’une disparition des hivers rudes. Leur dernière grande série date de 1985-1986-1987.

Jean Jouzel – Les hivers très froids s’espacent dans une perspective de réchauffement climatique lié à l’activité humaine, lequel se superpose à la variabilité naturelle. Les gaz à effet de serre ont abouti à une accumulation de chaleur dans les basses couches de l’atmosphère. Ajoutez à cela les mécanismes d’amplification : quand l’océan se réchauffe, il y a plus d’évaporation, plus de vapeur d’eau – un gaz à effet de serre – dans l’atmosphère, ce qui accentue le réchauffement global. Nous sommes dans un mécanisme non pas vertueux mais d’aggravation, qui aboutit à l’inéluctabilité du réchauffement climatique.

Emmanuel Le Roy Ladurie – Cela étant, la fonte des glaciers a commencé assez tôt. Quoi qu’en dise un grand cinéaste qui prétendait les Suisses incapables d’invention, ces derniers, excellents en matière de glaciologie, estiment qu’il y a eu des vagues de chaleur dès la décennie 1860 : elles ont déclenché le retrait glaciaire. Le véritable ré chauffement, pourtant, n’est devenu flagrant qu’à partir de la canicule de 1911. On le voit sur la courbe mondiale, qui est sérieuse même si d’aucuns déclarent qu’il y avait trop peu de thermomètres en fonction à l’époque. Par ailleurs, on a connu un rafraîchissement climatique entre 1950 et 1975…

Jean Jouzel – Oui, le léger refroidissement des années 60 a pu avoir pour origine l’activité de volcans importants : leur éruption a projeté dans l’atmosphère d’immenses nappes de poussières qui ont bloqué les rayons du soleil, influant sur la température. Ce type de refroidissement est assez bref. Il s’étend sur un à deux ans, et peut atteindre quelques dixièmes de degré.

Emmanuel Le Roy Ladurie – L’un des plus célèbres exemples date d’avril 1815, avec l’explosion du volcan de Tambora, dans une île indonésienne. Des flammes mêlées de cendres et de gaz se sont élevées à près de 50 km de hauteur. Outre les 80 000 morts sur place, le réveil de ce volcan a eu des répercussions dramatiques sur le climat terrestre : une « année sans été » (1816) en Amérique et en Europe, causant dans certains pays des disettes et des émeutes de subsistance. Les Européens ont observé des couleurs inhabituelles lors des couchers de soleil, liées aux aérosols et aux dizaines de km3 de poussières dégagées à cette occasion. William Turner a-t-il immortalisé ce phénomène dans ses tableaux ? Cette année-là, Marie Shelley, enfermée sous la pluie dans un chalet près de Genève, accouchait du monstre le plus extraordinaire qui soit sorti de l’imagination d’une jeune femme : Frankenstein ou Le Prométhée moderne – pourrait-on parler d’un « complexe Tambora » ?

Jean Jouzel – Le deuxième facteur du refroidissement observé dans les années 60 est la pollution atmosphérique par le biais d’aérosols, facteurs eux aussi d’obscurcissement de l’atmosphère et de refroidissement. N’oublions pas que les Trente Glorieuses ont vu un développement industriel sans précaution. Dans les reconstructions climatiques, on explique assez bien cette pause.

Le Figaro Magazine – Pour autant, le réchauffement continue…

Jean Jouzel – Le problème est en effet devant nous. Si aucune mesure n’est prise, le réchauffement en Europe de l’Ouest pourrait atteindre de 4 à 6 °C dans la seconde partie du XXIe siècle. Si l’on souhaite le limiter à 2 °C par rapport au climat pré-industriel, ce qui est l’objectif de l’Europe, il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre par deux, voire par trois, d’ici à 2050, puis poursuivre cet effort. C’est un véritable défi, surtout si l’on songe que ces émissions n’ont jamais augmenté aussi rapidement qu’actuellement. Il faut qu’elles soient stabilisées d’ici à 2015 au plus tard. Nous ne subissons pas encore les conséquences adverses du réchauffement, c’est pourquoi le message a du mal à passer. Pourtant, c’est maintenant qu’il faut passer à l’action. Lire la suite