L’étalement urbain est-il inévitable ?

eco-life.fr, Cris Beauchemin propos recueillis par Diana Semaska, le 2 février 2009

Chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined)

« L’espérance de vie va atteindre une limite »

En 2005, les démographes de l’ONU annoncèrent une population de 9 milliards d’êtres humains pour 2050, dans leur rapport intitulé « Projections démographiques mondiales (1950-2050) ». Un modèle de calcul prospectif parmi d’autres, mais qui reste toujours d’actualité.

(ECOlife) Comment peut-on évaluer la population humaine sur Terre ?

(Cris Beauchemin) Un chiffre comme 9 milliards d’humains est le résultat d’un modèle. Pour se projeter dans l’avenir, on doit en effet faire des conjectures sur l’évolution de la mortalité et de la natalité. Autrement dit, on fait des paris sur les évolutions à venir, ce qui nous permettra de faire une projection de la population sur plusieurs années.

Selon le contexte dans chaque pays, on imagine dans quel sens et à quel point la mortalité et la natalité – ou la fécondité – vont évoluer. Comme personne ne peut prédire l’avenir précisément, on fait plusieurs hypothèses. En général, c’est l’hypothèse moyenne qui est retenue… En fait, les démographes tiennent compte de la lancée sur laquelle se trouvent les populations actuelles.

Mais c’est un exercice difficile et sans garantie de résultats. Des chiffres à prendre avec précaution, donc !

Vivra-t-on toujours de plus en plus vieux, comme ce fut la tendance jusqu’à présent dans les pays développés ?

Oui et non. Oui, parce que même dans les pays où l’espérance de vie est déjà très élevée, comme en France, elle tend encore à reculer. L’espérance de vie a presque doublé au cours du XXème siècle. En 2004, elle dépassait 80 ans. Sauf quelques exceptions dramatiques liées à la dégradation des conditions de vie (guerre, désastre économique…), dans tous les pays, on vit de plus en plus vieux.

Non, parce qu’il y a un moment où l’espérance de vie va atteindre sa limite, car celle-ci ne peut pas reculer indéfiniment.

Les démographes tiennent cependant toujours compte des évolutions récentes. S’il y a une épidémie de grande ampleur dans un pays où l’espérance de vie était jusqu’alors élevée, ils changeront leur modèle pour l’année en cours en incluant ce facteur.

A 9 milliards sur la planète, nous ne tiendrons pas tous dans les villes actuelles. L’étalement urbain est-il inévitable ?

Non, puisque d’une part, l’étalement urbain est une forme spécifique d’urbanisation qui consiste à consommer beaucoup d’espace pour peu de personnes. Une ville peut être conçue sans étalement urbain, c’est-à-dire en permettant à chacun d’avoir un espace vital à proximité. L’étalement urbain n’est pas une fatalité : avec un peu de volonté et des moyens, les municipalités, les régions peuvent décider de favoriser la construction de quartiers denses. Et la densité n’est pas forcément désagréable. C’est un problème d’aménagement.

D’autre part, l’urbanisation ne galope pas autant qu’on le croit. Rien ne dit que les humains vivront tous en ville. Mais il est certain que la population augmentera dans les campagnes également. Même si un rapport récent de l’ONU déclare que le monde est de plus en plus urbanisé, la vitesse de développement des villes ralentit. Nous sommes très en-deçà des projections faites il y a 20 ou 30 ans.

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