L’habitat groupé, ou comment vivre ensemble chacun chez soi

lemonde.fr, Catherine Rollot, le 28 décembre 2009

L’habitat groupé, ou comment vivre ensemble chacun chez soi

Laure Teulières, 40 ans, n’a jamais eu de « rêve pavillonnaire ». L’habitat idéal pour cette historienne, maître de conférences à l’université de Toulouse II-Le Mirail, rime plutôt avec « écologie, solidarité, mixité sociale et générationnelle ».

Depuis 2007, avec une vingtaine de familles toulousaines, elle travaille à deux projets d’habitat groupé coopératif. Le petit groupe, qui s’est constitué en association, La Jeune Pousse, comprend des chômeurs, un ingénieur, un artisan chauffagiste, une assistante sociale, des retraités… tous unis par le même désir de vivre dans des habitations écologiques gérées collectivement. Chacun y aura son appartement mais les familles se partageront des parties communes (buanderies, atelier, salle polyvalente et chambres pour y recevoir les hôtes de passage…).

Les différents statuts pour les projets collectifs

Plusieurs statuts sont possibles pour les projets collectifs d’habitat : les cohabitants peuvent se constituer en copropriété, en société civile immobilière (SCI), ou en société civile coopérative de construction (SCCC). Ces différentes solutions ne sont pas toujours bien adaptées notamment en cas de départ et de remplacement d’un propriétaire de l’habitat groupé. Contrairement aux coopératives d’habitants, toutes ces solutions laissent possible une spéculation sur la valeur immobilière des biens construits.

Depuis trois ans, des dizaines de collectifs comme La Jeune Pousse se sont créés autour de projets d’habitat groupé. Derrière ce terme se cachent des formules diverses qui vont de la bande de copains, prêts à partager quelques espaces communs, à des projets plus ambitieux autour de familles réunies dans une coopérative d’habitants. Une centaine de projets seraient en cours dans toute la France.

L’habitat groupé n’est pas vraiment une nouveauté. Dans les années 1970, ce concept collait à l’air du temps. De nombreux collectifs d’habitants fonctionnaient alors sur le mode de l’autogestion. Si quelques-uns survécurent à la décennie suivante, la dynamique était bel et bien cassée. « Les dernières réalisations ont plus de vingt-cinq ans, explique Philippe Yven, chargé de mission habitat durable au sein de l’association Cohérence. Au milieu des années 1980, c’est clairement le modèle de l’habitat individuel qui s’est imposé. »

Aujourd’hui, l’envolée des prix de l’immobilier, les préoccupations environnementales et le désir de retrouver du lien social expliquent ce regain d’intérêt. « Aucun d’entre nous n’aurait les moyens d’habiter dans une maison en ville avec un jardin. Ce rêve devient possible en se regroupant« , témoigne Carole Contant, présidente de l’association Parasol, qui soutient le projet rennais « Les Graines urbaines ».

La conscience écologique est aussi un moteur. Grâce à des achats groupés et à l’autopromotion, la construction à plusieurs permet de faire des économies d’échelle et rend plus accessible le bâti à haute performance énergétique. L’empreinte écologique peut aussi être réduite en mettant en place un système de covoiturage.

Mais la motivation principale reste l’envie de Lire la suite

Le cohabitat : une démarche humaniste et écologique

energie.lexpansion.com, NC, le 6 novembre 2009

Le cohabitat : une démarche humaniste et écologique

Vivre seul tout en profitant d’avantages collectifs? C’est possible, grâce au cohabitat, une nouvelle forme de vie collective qui confère un équilibre appréciable entre liberté et vie sociale…

 

 

 

 

Marthe MARANDOLA et Geneviève LEFEBVRE sont médiatrices et chargées de cours en Faculté, formatrices dans le domaine des relations humaines. Elles ont créé leur propre cohabitat et aident des groupes à réussir leur projet, et sont également auteures de l’ouvrage « Cohabiter pour vivre mieux ». En savoir plus, leur site :  www.eagalite.fr

Penser son projet immobilier individuel à l’intérieur d’un projet collectif, en harmonie avec d’autres personnes, en mettant en commun les forces, les compétences et la réflexion sur la vie quotidienne : la démarche n’est pas encore courante en France, mais on y vient. Cela s’appelle le cohousing ou cohabitat ou encore habitat groupé. Le principe de base est simple : au lieu du « chacun pour soi » se débrouillant comme il peut, un groupe de futurs habitants se réunit pour bâtir du neuf, aménager un immeuble ou transformer un ancien local industriel.

Chacun profite d’une habitation particulière tout en profitant de biens collectifs, d’un voisinage amical, d’un réseau d’entraide. Ce n’est ni la communauté comme on a pu la connaître, ni l’isolement des logements d’aujourd’hui, mais un équilibre entre liberté et vie sociale. Une approche globale sur le logement, les services, la vie au quotidien, la relation entre les personnes pour une meilleure qualité de vie. L’architecture est réfléchie différemment puisque la mise en commun de locaux permet d’aménager autrement les parties privatives. Par exemple le groupe peut choisir de partager une buanderie, un garage, une pièce de services et de jeux, un bureau, une chambre pour amis de passage….  La réflexion collective incite naturellement à chercher des économies à tous les postes et conduit à des analyses énergétiques et environnementales.

Ce qui paraît encore difficile à faire seul, devient possible ensemble, comme trouver un architecte compétent dans les matériaux écologiques performants en isolation phonique et climatique et acheter ceux-ci au meilleur prix à cause des quantités nécessaires. Installer une chaudière collective à granulés ou de la géothermie ou des panneaux solaires… c’est frappant quand on visite les nombreux cohabitats de Belgique ou d’Allemagne et ceux en projets en France : ils sont toujours novateurs en matériaux et particulièrement sobres en énergie. Il n’y a qu’à voir l’immeuble en cours de construction à Strasbourg pour une dizaine de foyers : structure bois, isolation cellulose, toiture végétale, panneaux solaires, excellents vitrages…

On met aussi en commun des machines, des objets, des outils : de l’équipement électronique aux outils de bricolage, de la machine à laver à la voiture…  et des services, de la garde d’enfants au prof de gym.

Le cohabitat, par sa démarche de responsabilisation environnementale, est profondément en résonnance avec Lire la suite

L’habitat groupé : une pratique en construction

planete-terra.fr, Julien Vinzent, octobre 2009

L’habitat groupé : une pratique en construction

Sans passer par des promoteurs, de plus en plus de particuliers s’associent pour dessiner leurs logements à la carte et créer des espaces de vie collective. Le point sur cette tendance avec Stefan Singer, gérant de Toits de choix, une jeune société qui accompagne plusieurs projets dans le Sud de la France.

Terra eco : où en est l’habitat groupé en France ?

Stefan Singer : « Après un mouvement initial dans les années 80, où environ 200 expériences ont été menés à terme, il ne s’est pas passé grand chose pendant 15 ans. Depuis quelques années, il y a un nouveau mouvement avec des premiers bâtiments qui sortent de terre, comme celui d’Ecologis à Strasbourg. La ville est devenue extrêmement enthousiaste et propose une dizaine de parcelles pour des groupes en autopromotion. Lyon, Rennes, Paris passent des deals avec des groupes. Dans le grand Sud, Toits de choix suit un projet dans les Bouches-du-Rhône, deux dans le Gard, le Vaucluse, l’Hérault. Il y a aussi des initiatives dans le Var et sur la côte d’Azur… Ça se multiplie. C’est très difficile de faire un recensement, mais je pense qu’on en compte au total une cinquantaine à divers stades. »

Pourquoi ce regain d’intérêt ?

« Après les années 80, le conventionnel avait repris le dessus, car c’est quand même agréable d’être consommateur, de ne pas décider, cela libère des responsabilités. Je pense que c’est donc l’expression d’un malaise par rapport à ce système de délégation, l’envie de devenir acteur de son propre destin qui explique ce regain d’intérêt pour l’habitat groupé en autopromotion ? C’est un peu le phénomène des Amap appliqué au logement, qui est quand même un élément fondamental de notre vie. Ensuite, les gens avancent différentes raisons. La porte d’entrée commune, c’est l’environnement : tout le monde est d’accord pour construire un bâtiment écologique. Mais la motivation principale, c’est le désir d’un autre cadre de vie, autour d’un voisinage actif, des personnes que l’on connaît et avec qui on peut développer des comportements plus responsables et plus solidaires. On a des personnes qui se situent un peu avant la retraite et qui ont peur de vieillir seul, ou des jeunes couples qui se préoccupent de l’endroit où leurs enfants vont grandir. »

Quel recul a-t-on sur cette pratique ?

« On a les exemples des projets des années 80, comme celui de la fonderie de Vanves, où vivent 30 personnes. En 23 ans, aucune n’est partie. Et au Danemark, 5% de la population vit aujourd’hui en habitat groupé, avec parfois des projets de 200 personnes avec des cantines et un niveau d’organisation issu de 50 ans d’expérience. En Allemagne, cela n’existait pas il y a 15 ans et dans une ville comme Hambourg, cela représente maintenant 15 à 20% des logements neufs. »

Quels sont les freins ?

« Tout d’abord, l’absence de référence récente, d’où l’importance de Lire la suite

L’habitat groupé séduit à nouveau les Français

novethic.fr, Anne Farthouat, le 14 avril 2009

L’habitat groupé séduit à nouveau les Français

L’habitat groupé séduit de plus en plus les partisans du « vivre autrement ». Le principe ? Rassembler un groupe de particuliers qui souhaitent investir dans un projet immobilier commun, respectueux de l’environnement et surtout, centré sur l’épanouissement social de ses habitants.

La tendance n’est ni nouvelle, ni franco-française. Le concept est apparu dans les pays nordiques, au milieu des années soixante, et s’est peu à peu propagé jusqu’en Belgique. Christian La Grange, architecte belge, auteur du livre Habitat Groupé (éditions Terre vivante), observe que depuis quelques mois, le concept attire de plus en plus de Français. « Je reçois de nombreux messages de groupes qui se constituent dans l’hexagone, et qui s’étonnent du nombre d’habitats groupés en Belgique. Je dirais que chez nous, on en recense un tous les cinq kilomètres ! » Effectivement, les pays d’Europe du Nord ont désormais intégré ce type de logements dans leur paysage urbain. En Allemagne, par exemple, les habitats groupés autogérés représentent près de 25% des logements neufs. Et  à Fribourg, ville « éco-exemplaire », on recense plus de 150 projets réalisés.

Pour autant, la France n’est pas restée hermétique au phénomène. « Dans les années 70, un certain nombre de Français se sont lancés dans ce type de projets, c’était dans l’air du temps. Au point qu’à la fin des années 80, on comptait une centaine d’habitats groupés. Et puis les années 90 ont vu naître le culte de l’individualisme, et le mouvement s’est estompé. » Pour Michel Broutin, président de l’association Ecohabitat Groupé, le regain d’intérêt que l’on observe aujourd’hui en Bretagne, en Alsace, dans le Midi ou encore en Gironde, s’explique par deux raisons.  « Les modèles individualistes et libéraux ont montré leurs limites, et la prise en compte de la question environnementale, qui devient centrale dans l’habitat, se généralise. » Aujourd’hui, une cinquantaine de projets sont en cours en France.

Avantage économique et épanouissement social

D’autant que le concept permet des économies d’échelles considérables. Ne serait-ce que sur le foncier, dont le coût de revient est 20% moins cher en autopromotion. La construction de bâtiments à haute performance énergétique est également moins coûteuse, puisque les habitants achètent en gros. Mais ce ne sont pas seulement ces économies qui poussent les groupes de particuliers à investir ensemble. Au contraire, la motivation première reste l’envie de partager un environnement et des valeurs communes. Si chacun investit selon l’espace qu’il occupe, les « habitants groupés » partagent buanderie, atelier, bibliothèque, voire même salle polyvalente. Parfois, ils peuvent accueillir des associations dans leurs locaux, et participer ainsi activement à la vie locale. L’intérêt est aussi de s’organiser pour les gardes d’enfants, l’aide aux personnes âgées, le covoiturage. Ils créent ainsi une mixité et des échanges sociaux qui profitent à tous, et en particulier aux plus jeunes. C’est d’ailleurs autant l’envie de créer des relations intergénérationnelles que leur conscience écologique qui ont poussé Raphaël Rousseau et Servane Paccoud à initier un projet près de Colmar. Aujourd’hui en recherche d’un terrain, ils ont constitué un groupe d’une dizaine de familles avec qui ils élaborent leur futur mode de vie.

Les collectivités locales à séduire

Mais la réalisation de tels projets relève souvent du parcours du combattant. Questions juridiques, gestion du fonctionnement du groupe, projet de construction demandent l’investissement de tous sur de sujets qu’ils Lire la suite