H1N1 : une multinationale de l’agrobusiness US dans la tourmente

bastamag.net, Esteban Eviry, le 1er mai 2009

Epidémie de grippe H1N1 : une multinationale de l’agrobusiness US dans la tourmente

L’épidémie de grippe « porcine » est peut-être due aux pratiques polluantes d’une multinationale, Smithfield, spécialisée dans la production de porcs. Depuis trois mois, les habitants du village de La Granja, au Mexique, qui vivent à proximité d’une des usines de la filiale mexicaine de Smithfield, sont massivement victimes d’infections respiratoires. En septembre 2008, une épidémie de grippe aviaire avait déjà éclaté, sans que le gouvernement mexicain ni l’OMS ne s’en émeuvent. Smithfield a déjà été lourdement condamné aux Etats-Unis pour ses pratiques polluantes.

Le petit village de La Granja, dans l’Etat de Veracruz au Mexique, est en train de devenir mondialement célèbre. Bien malgré lui. Il serait à l’origine de l’épidémie de grippe H1N1 qui fait désormais la une de nos journaux. Que s’est-il passé exactement dans cette communauté de 3000 habitants, qui fait partie de la municipalité de Perote au Mexique ? Les cas d’infections respiratoires ont commencé dès le mois de février, selon les habitants, cités par le journal mexicain La Jordana dès le 4 avril dernier. « Depuis février dernier, l’agent municipal Bertha Crisostomo Lopez a sollicité l’appui des autorités sanitaires car des dizaines de familles souffraient subitement d’affections des voies respiratoires », explique le journaliste Andres Timoteo. Entre 30% et 60 % des personnes auraient été touchées selon les sources.

Scandales sanitaires

Pour les habitants, l’origine de cette brutale épidémie ne fait aucun doute. Ils luttent depuis plusieurs années contre l’installation de l’entreprise Granjas Carroll, la filiale mexicaine de la plus grande entreprise mondiale d’élevage et de conditionnement de porc, Smithfield Foods (11,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires). Les habitants de La Granja se plaignent des pratiques de cette entreprise qui déverse à l’air libre ou dans les cours d’eau les matières fécales et organiques des porcs et laissent les charognes des porcs pourrir à l’air libre. Des pratiques pour lesquelles l’entreprise états-unienne a déjà été condamnée à une amende record de 12,6 millions de dollars par l’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis après avoir déversé près de cinq tonnes de matière fécale en Caroline du nord et en Virginie en 1997. En août 2007, Smithfield a été obligé de détruire trois élevages de porcs (sur 33) en Roumanie, contaminés par la fièvre porcine « classique » (la multinationale compte également cinq usines de porcs en Pologne, et une de ses marques de jambon, Aoste, est diffusée en France). À La Granja, les quelques habitants qui ont tenté de s’organiser et de demander le départ de l’entreprise, voire des sanctions contre ses pratiques, ont été poursuivies pour diffamation, menacées et même condamnées à de la prison pour l’une d’entre elles. Granjas Carroll a donc pu continuer à polluer tranquillement grâce à la vigilance des autorités de l’État de Veracruz.

En mars, des cas d’infections respiratoires ont commencé à provoquer la mort de trois enfants. Face aux accusations des habitants, l’entreprise Lire la suite

La peste porcine, dernier fléau de l’industrie de la viande

grain.org, NC, avril 2009

Un système alimentaire qui tue : La peste porcine, dernier fléau de l’industrie de la viande

Le Mexique assiste à une répétition infernale de l’histoire de la grippe aviaire asiatique, mais à une échelle encore plus tragique. Une fois de plus, la réponse officielle arrive trop tard et entachée de mensonges. Une fois de plus, l’industrie mondiale de la viande est au centre de l’histoire, s’obstinant à nier toute responsabilité, alors que le poids de l’évidence concernant son rôle ne cesse de s’accroître. Cinq ans après le début de la crise de grippe aviaire H5N1 et après cinq ans aussi d’une stratégie mondiale contre les pandémies de grippe coordonnée par l’Organisation mondiale de la santé (l’OMC ou WHO) et l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), le monde chancelle sous les coups d’un nouveau désastre, la grippe porcine. La stratégie mondiale a échoué et doit être remplacée par un nouveau système de santé publique qui puisse inspirer confiance au public.

Ce que nous savons de la situation au Mexique, c’est que, officiellement, plus de 150 personnes sont mortes d’une nouvelle souche de grippe porcine qui est en fait un cocktail génétique de plusieurs souches de virus de grippe : grippe porcine, grippe aviaire et grippe humaine. Celle-ci a évolué en une forme qui se transmet facilement d’humain à humain et qui peut tuer des gens en parfaire santé. Nous ne savons pas exactement où ont eu lieu cette recombinaison et cette évolution, mais il semble évident qu’il faut chercher du côté des élevages industriels mexicains et américains.[1]

Cela fait des années que les experts avertissent que le développement des grandes fermes d’élevage industriel en Amérique du Nord ont créé un foyer idéal pour que puissent émerger et se répandre de nouvelles souches de grippe extrêmement virulentes. « Parce que les élevages fortement concentrés ont tendance à rassembler d’importants groupes d’animaux sur une surface réduite, ils facilitent la transmission et le mélange des virus », expliquaient des scientifiques de l’agence nationale des instituts de santé publique américaine (NIH).[2]  Trois ans plus tôt, Science Magazine avait sonné l’alarme en montrant que la taille croissante des élevages industriels  et l’usage répandu des vaccins qui y est fait accéléraient le rythme d’évolution de la grippe porcine.[3] C’est la même chose avec la grippe aviaire : l’espace surpeuplé et les conditions insalubres  qui règnent dans ces élevages permettent au virus de se recombiner et de prendre de nouvelles formes très aisément. Quand on en est à ce stade, la  centralisation inhérente à l’industrie garantit que la maladie est disséminée partout, par l’intermédiaire des matières fécales, de la nourriture animale, de l’eau ou même des bottes des ouvriers.[4] Et pourtant, si l’on en croit les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), «  il n’existe pas de système national officiel de surveillance pour déterminer quels sont les virus les plus répandus dans la population porcine américaine.”[5] La situation est la même au Mexique.

Les communautés à l’épicentre

Ce que nous savons encore à propos de l’épidémie de grippe porcine mexicaine est que la communauté de La Gloria dans l’état de Veracruz a désespérément essayé d’obtenir une réaction des autorités face à l’étrange maladie Lire la suite