Contre Allègre : une écologie qui émancipe

liberation.fr, Denis Baupin, adjoint au maire de Paris chargé de l’environnement, du développement durable et du plan climat, le 5 août 2009

Contre Allègre : une écologie qui émancipe

Fidèle à la stratégie de son nouveau maître – Nicolas Sarkozy -, Claude Allègre prétend, en s’appropriant indûment l’identité de ceux qu’il veut combattre – les écologistes -, se parer lui-même des habits de l’écologie, avec la création prochaine de sa Fondation pour l’écologie productive (Libération du 17 juillet).

Venant d’un des principaux négationnistes du dérèglement climatique, y compris au prix du tripatouillage de travaux scientifiques, le propos pourrait faire sourire. Mais on aurait tort de se contenter de ce premier réflexe. Claude Allègre n’est que la figure la plus caricaturale d’une entreprise plus globale visant à se réapproprier le succès des écologistes pour mieux le dénaturer. Cette entreprise utilise deux artifices.

Le premier est un grand classique : faire passer les écologistes pour des passéistes, des opposants au progrès, etc. Refrain connu chez les productivistes et les scientistes de droite et de gauche, depuis Robert Hue, qui refusait le retour à «la lampe à pétrole», à Martine Aubry, qui ne veut pas s’intéresser «aux radis», en passant par Luc Ferry, dont l’ouvrage le Nouvel Ordre écologique disait le mépris d’une certaine classe intellectuelle pour qui ne partageait pas sa vision du progrès humain.

Le second, plus nouveau, est devenu un passage obligé pour tout politique en panne de discours : repeindre en vert les politiques les plus productivistes et polluantes, afin de leur donner une nouvelle légitimité. En la matière, Claude Allègre ne craint personne. Après avoir été le héraut du lobby de l’amiante (qui continue de tuer chaque année plusieurs milliers de personnes), le voici en porteur de valise du nucléaire, des organismes génétiquement modifiés (OGM), voire du stockage de carbone comme réponse au dérèglement climatique.

Il y a pourtant un point sur lequel on peut être d’accord avec Claude Allègre : oui, l’écologie peut être productive, innovante, source de progrès pour l’humanité, créatrice d’emplois et aussi – même si cela l’intéresse sans doute moins – de justice sociale. Mais pour cela, pour être résolument moderne – car nous revendiquons la modernité -, l’écologie n’a pas besoin d’épouser une fuite en avant technoscientiste promue au rang d’idéologie. Notre écologie s’appuie sur l’innovation et les technologies modernes, mais en privilégiant celles qui accroissent l’autonomie des gens, qui émancipent au lieu d’asservir.

Reprenons les exemples de l’énergie, des OGM et du stockage de carbone pour en faire la démonstration.

Pour la production énergétique, peu importe à Claude Allègre que le nucléaire dit de quatrième génération – supposé recycler ses propres déchets – ne soit qu’une chimère dont les seuls exemples, à commencer par Superphénix, furent des échecs retentissants, si cela lui permet de justifier la fuite en avant franco-française dans l’industrie énergétique la plus dangereuse (par ses déchets, ses accidents et la prolifération qui lui est liée) et la plus coûteuse… Comme vient de le confirmer le PDG d’EDF en Lire la suite

Projet de loi Grenelle 1, « l’insidieuse percée » des agrocarburants ?

actualites-news-environnement.com, Jean-Charles Batenbaum, le 25 juin 2009

Projet de loi Grenelle 1, « l’insidieuse percée » des agrocarburants ?

Le passage en seconde lecture devant la Commission des Affaires Economiques du projet de loi Grenelle 1 a été l’occasion d’une longue passe d’armes entre le sénateur Jacques MULLER et une partie de la majorité UMP sur la question des agrocarburants.

Projet de loi Grenelle 1, deuxième lecture, passage en commission, on assiste selon le sénateur Jacques MULLER à « la percée insidieuse des agrocarburants ».

Le passage en seconde lecture devant la Commission des Affaires Economiques du projet de loi Grenelle 1 a été l’occasion d’une longue passe d’armes entre le sénateur Jacques MULLER et une partie de la majorité UMP sur la question des agrocarburants.

Le sénateur MULLER y défendait un amendement visant à rétablir la disposition adoptée en première lecture au Sénat, mais supprimée en commission à l’Assemblée Nationale, qui remplaçait définitivement le terme de  biocarburants par celui d’agrocarburants.

Voici l’avis du sénateur Jacques MULLER sur cette « passe d’armes. »

Ebranlée par les nombreux arguments de sémantique développés par le sénateur MULLER qui a notamment insisté sur la confusion et le contresens total introduits par le vocable « bio », la majorité s’est ressaisie pour se ranger, comme à l’accoutumée, derrière le rapporteur UMP : la Commission est revenue sur la décision prise en séance publique au Sénat, s’aligne sur la position des députés, et confirme le terme erroné de « biocarburants » !

Cet acharnement à rétablir un terme manifestement erroné ne surprend guère : dans la foulée, la Commission a retenu les cinq ( !!!) amendements   curieusement identiques – tant dans leur rédaction que dans l’exposé des motifs – déposés par  quatre sénateurs UMP dont le rapporteur et par le groupe centriste.

 « La production en France des  biocarburants » n’est désormais plus « subordonnée à l’obligation de mener des expertises exhaustives et contradictoires sur leur bilan écologique et énergétique » mais simplement à de nébuleux « critères de performance énergétique et environnementale »…

Le masque est désormais jeté : il s’agit pour la majorité présidentielle, Lire la suite

Allemagne : les produits bio et la neutralité carbone

novethic.fr, Claire Stam à Francfort, le 5 mai 2009

Allemagne : les produits bio et la neutralité carbone

Plus d’un consommateur sur deux achète du bio en Allemagne. Il ne suffit plus qu’un produit soit estampillé bio pour connaître le succès, il se doit d’être le plus neutre possible en carbone. Distributeurs et producteurs s’adaptent de manière différente, parfois surprenante, et toujours sous le regard critique des consommateurs.

« La super-saucisse sauve le monde ! » proclame l’affiche à l’entrée du supermarché bio. « Nous avons réussi ! La saucisse fine d’Ökoland est le premier produit alimentaire au monde à s’être vue attribuer le label Stop-Climate-Change ». Cette interpellation surprenante a le mérite d’attirer le regard des consommateurs soucieux d’environnement. Car les sigles ne manquent pas sur les produits du supermarché entièrement dédié au bio, les clients ignorent même souvent jusqu’à l’existence du label carbone en question.

Il n’empêche, la « superwurst » se vend… comme des petits pains en Allemagne, à en croire Patrick Müller, gérant d’Ökoland, un des principaux distributeurs de produits bios du pays. « Les consommateurs honorent un engagement actif de l’entreprise contre le réchauffement climatique », relève le gérant lors d’une intervention pendant le dernier salon bio à Nuremberg.
Pour faire de sa saucisse un exemple climatique, Ökoland a fait appel à l’agence Agrar-Teg, créée à l’initiative de l’université de Göttingen, qui définit et délivre le label « Stop Climate Change ». Toute la chaîne de production et de distribution est passée au filtre carbone. Comme la consommation d’électricité d’origine renouvelable et les mesures d’économie d’énergie ne sauraient compenser toutes les émissions émises, l’entreprise achète des certificats d’émissions de CO2 et soutient ce faisant un projet de parc éolien en Inde. Patrick Müller estime le surcoût à deux centimes d’euro par paquet.

Pour autant, toutes les marques ne communiquent pas sur le sujet. Les acteurs traditionnels du bio allemand n’ont même pas de label « CO2-Neutral ». Place à la sobriété. Chez Sodasan, fabricant de détergents écologiques, comme chez Demeter ou encore Rapunzel, le message reste le même : le combat contre le réchauffement climatique va de soi. Le consommateur avisé trouvera les informations nécessaires sur les sites de ces pionniers de la consommation bio – qui entendent par ailleurs défendre corps et âmes les origines contestataires du mouvement, issu des années 70.

« Green marketing » contre « green washing »

Car les Lidl, Rewe et autres distributeurs traditionnels ont vite saisi les enjeux du marché bio allemand. Selon les derniers chiffres de la Fédération des produits de consommation biologiques (BÖLW), ce marché a enregistré, en 2008, une hausse de 10% pour atteindre un chiffre d’affaires de 5,8 milliards d’euros. L’organisation souligne que l’offre nationale se montre incapable de satisfaire une demande toujours plus grande – et ce, alors que la surface agricole allemande dédiée à l’agriculture biologique ne cesse également de croître pour atteindre les 5,6% de la surface cultivable totale (contre 2% en France). Conséquence : l’importation augmente, elle aussi. Or, pour un grand nombre de consommateurs adeptes du bio, les produits importés dégagent un fort parfum de kérosène et donc d’émission de gaz à effet de serre. Ce que n’ont pas manqué de souligner les acteurs du secteur. « Les distributeurs et producteurs bios découvrent la thématique de la neutralité carbone,  alors que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’elle aille de soi dans ce secteur », Lire la suite

Kempf: Sortir du capitalisme pour sauver la planète

naturavox.fr, Héloïm Sinclair, le 29 janvier 2009

Sortir du capitalisme pour sauver la planète

Hervé Kempf n’est pas que journaliste au Monde. C’est un écologique de raison, un militant de la plume qui a commit un nouvel ouvrage de référence pour la cause environnementale. « Pour sauver la planète. Sortez du capitalisme », un livre d’une actualité brulante.

Ne croyez pas qu’Hervé Kempf soit un khmer rouge/vert. Il ne veut pas abandonner l’économie de marché, juste sortir de ce qu’il nomme être « un état social dans lequel les individus sont censés n’être motivés que par la recherche du profit et consentent à laisser régler par le mécanisme du marché toutes les activités qui les mettent en relation ».

Kempf met en perspective 30 ans de capitalisme débridé et mortifère, que d’aucuns appellent ultralibéralisme pour faire oublier l’actionnaire. 30 ans où les grands actionnaires et leurs serviles hauts dirigeants, gagnent en influence – et en profit -pour imposer leur matrice égoïste. Alors que la crise financière fait rage, « rien ne serait pire que de laisser l’oligarchie, face aux difficultés, recourir aux vieux remèdes, à une relance massive, à la reconstitution de l’ordre antérieur ». L’urgence écologique et la justice sociale doivent être au cœur du projet politique de l’époque !

Un altermondialiste Kempf ? Peut-être. Mais avec la rigueur d’un scientifique pour le constat. Nous accélérons la destruction de la terre pour assouvir les besoins compulsifs d’une oligarchie et de ceux qui aspirent à en être. En contrepartie d’une aliénation à un système qui génère cette crise économique majeure, doublée d’une crise écologique sans précédent, la classe moyenne prend quelques miettes du gâteau des oligarques et les pauvres, les miettes des miettes. Seule une petite oligarchie mondiale, jouit véritablement d’un système qu’elle a détourné à son unique profit. Merci pour les autres – vous, moi, nous, …

Alors, pourquoi continuer ? Pourquoi accepter plus longtemps cette aliénation ? Parce que la manipulation collective du système capitaliste a détourné l’individu des logiques collectives. Un conditionnement psychique du chacun pour soi, où le bien commun a été réduit à l’augmentation du PIB. En prendre conscience. Plus que jamais, « être subversif, c’est passer de l’individuel au collectif ».

Hervé Kempf démystifie la « croissance verte », cet artéfact de la vieille croissance teinté de bonne conscience, que l’oligarchie a fini par intégrer. Qui ne vise qu’à perpétuer le système capitaliste sans rien changer à son caractère dévastateur. La croissance verte est un « big green washing » inventé par l’élite sous la pression de l’opinion publique, pour perpétrer l’illusion technologique et continuer d’engranger des dividendes.

La technologie ne sera pas suffisante pour vaincre la crise environnementale. Ni le nucléaire, ni les énergies renouvelables n’empêcheront le désastre du changement climatique. Le nucléaire encore moins que les énergies renouvelables. Il faudrait un changement radical pour dérouter la trajectoire du désastre.

Le constat du livre pourrait paraître sombre, exit l’illusion de la croissance verte. Déconstruction globale, il faut aller plus loin, réinventer l’organisation des relations sociales pour servir des objectifs de biens communs, pour ne plus rester aliéné dans une matrice individualiste. Il faut se déconditionner pour ouvrir l’avenir des possibles.

Rester dans l’économie de marché et sortir du capitalisme, c’est nourrir une exigence de solidarité salvatrice pour l’humanité et l’écosystème. Ce n’est pas revenir à l’âge des cavernes ou à l’économie planifiée. C’est vivre dans une époque où le marché serait « un usage du monde, et non un despote névrosé », pour Lire la suite