Le mouvement des objecteurs de croissance (MOC) : Masse critique et suffisance

les-oc.info, Michel Lepesant, le 5 décembre 2010

http://www.les-oc.info/2010/12/masse-critique-et-suffisance/

Masse critique et suffisance

Au cœur de la pratique politique du Mouvement des objecteurs de croissance (le MOC), se trouve la notion de « masse critique ». Dans cette manière de Penser et Faire la transition, sont en jeu : les expérimentations sociales, les alternatives concrètes, les rapports avec les autres partis/mouvements de la gauche anti-productiviste et anti-capitaliste, avec les décroissants, avec les mouvements sociaux. Cette expression ne doit pas être une « formule magique » et certaines confusions doivent être rapidement levées[1] : surtout ne pas réduire cette « masse critique » à une accumulation comptable de « vrais gens » dépolitisés !

La masse critique, c’est qui ?

La masse critique, c’est combien ?

La masse critique, c’est comment ?

La masse critique, c’est quand ? C’est « sans attendre, sans illusion ».

Il serait tellement plus simple de croire encore à la Révolution, celle du Grand soir, celle du prolétariat (comme sujet de la révolution). Les militants seraient encore l’avant-garde éclairée et éclairante, l’avenir serait écrit d’avance et garantirait sans aucun risque de scepticisme ou de pessimisme le sens de nos actions et de nos engagements !

Las, les objecteurs de croissance dénoncent déjà les illusions et les religions que le capitalisme – à chacune de ses phases – ne cesse d’utiliser à des fins de propagande pour modeler nos vies : le scientisme, la technologie, le mythe du progrès, la représentation… Il leur faut aussi ajouter à cette déjà longue liste une nouvelle croyance à rejeter : celle que la prise du pouvoir institutionnel est la condition préalable de toute transformation sociale et politique.

Croyance que partagent les capitalistes comme leurs adversaires socialistes, les sociaux-démocrates de la réforme comme les socialistes marxistes de la révolution, les adversaires trotskistes des léninistes comme les critiques anarchistes des trotskistes, etc. Manière pour les décroissants, quand ils assument d’entrer en politique de se mettre à dos à peu près tout le monde et ainsi de se sentir « décalés » dans presque tous les lieux traditionnels de militance.

Est-ce à dire alors que les décroissants doivent rejeter toute politique et ne plus continuer à poser la question du pouvoir ? Certainement pas mais la piste est escarpée, toujours menacée de glisser soit dans la pente du renoncement et du pragmatisme, soit dans la pente de la caricature et de la simplification. Comment agir politiquement sur la crête ?

La masse critique, c’est qui ?

Il serait tellement plus simple de croire qu’il existe une classe particulière porteuse du Lire la suite

Revue : Un nouvel Esprit écolo ?

ecolosphere.net, Philippe Colomb, le 24 décembre 2009

Un nouvel Esprit écolo ?

Laboratoire d’un certain modernisme progressiste, la revue Esprit découvre à l’occasion de Copenhague que l’écologie politique est l’avenir de la gauche. Une prise de conscience salutaire qui ouvre des chantiers prometteurs et dont on aurait tort de négliger l’importance.

Dossier « Retour sur Terre, retour à nos limites », Esprit décembre 2009, avec des articles de Nicolas Bouleau, Dominique Bourg, François Chérèque, Daniel Cohn-Bendit, Albert Levy, Olivier Mongin, Marc-Olivier Padis, Joël Roman, Edwin Zaccai.

Esprit, « Retour sur Terre, retour à nos limites »

Sommaire du numéro de décembre 2009 (sur le site de la revue).

Si l’on parle ici de ce dossier de la revue Esprit, c’est moins pour ce qu’il pourrait apporter sur le fond aux lecteurs et aux lectrices d’ecolosphere.net que pour ce que signifie une telle publication aujourd’hui. Depuis plusieurs décennies, en effet, Esprit est un lieu essentiel d’élaboration théorique pour la « gauche moderniste ». Antitotalitarisme et autogestion dans les années 70, deuxième gauche dans les années 80, acceptation de l’économie de marché dans les années 90 : cette revue a contribué à façonner la pensée « progressiste » et a toujours revendiqué un rôle actif d’influence des responsables politiques.

Aussi, quand Esprit, qui ne s’est pas beaucoup préoccupé d’écologie politique ces dernières années, consacre son dossier mensuel à ce thème, on est tenté d’y voir un signe important en terme d’évolution socio-politique et de regarder son contenu de plus près.

Articuler en trois parties (« la fin du modèle productiviste », « le déphasage de la gauche » et « la mondialisation freinée par le bas »), ce dossier frappe d’abord par la vigueur de son positionnement. Pas de green washing, pas de croissance verte ou de fascination pour les green tech, une critique franche des mécanismes économiques soi-disant vertueux : dès son article introductif, Marc-Olivier Padis dénonce les « fausses pistes de la croissance », et souligne que « contre la perspective d’un emballement ou d’un effondrement, il convient de se demander comment freiner la mondialisation par le bas, c’est-à-dire maintenir le jeu des échanges mondiaux tout en retrouvant le sens des limites ». Si la revue ne se revendique pas de la décroissance (bien que, pour la première fois en quatre ans, elle ait récemment signalé la parution du dernier numéro de la revue Entropia), ce dossier insiste néanmoins sur la nécessaire limitation de l’emprise humaine sur les biens naturels et négocie la sortie de l’imaginaire productiviste et consumériste.

Du point de vue qui nous intéresse ici, deux articles sont particulièrement intéressants. Tout d’abord, le double entretien avec Daniel Cohn-Bendit et François Chérèque. En soumettant l’euro-député et le secrétaire général à la même série de questions, on voit bien comment la revue tente de lancer un pont entre son histoire (la CFDT, dont elle a été très proche) et l’avenir qu’elle est en train de se choisir. Les divergences entre les réponses soulignent, évidemment, le chemin qu’il reste à parcourir pour pleinement articuler le discours de défense des droits des salarié-e-s et celui de la protection de l’environnement, mais ce double entretien permet aussi de tracer des pistes de convergences et de préciser les points de tension à travailler.

Mais pour nous, c’est évidemment l’article de Joël Roman qui retiendra le plus l’attention puisque, dès son titre, « L’environnement, un défi pour la gauche », il marque une forte intention Lire la suite

La crise relance le thème de la décroissance

lemonde.fr, Sylvia Zappi, le 14 novembre 2009

La crise relance le thème de la décroissance

Jusqu’alors cantonnées à des économistes en marge ou d’écologistes radicaux, les théories des décroissants (remise en cause de l’accumulation matérielle comme source d’épanouissement et de la croissance économique à tout prix) progressent. Des Verts à la gauche radicale, elles font des adeptes.

Il y a deux ans à peine, la thématique effrayait. Parler de sobriété économique était synonyme de limitation du progrès, un nouveau jansénisme triste. On raillait ceux qui voulaient revenir à la bougie comme on avait moqué les premiers écologistes et leur lait de brebis bio. Même les Verts se méfiaient du mot, le jugeant trop « raide ». A l’automne 2006, Yves Cochet, alors candidat à la candidature pour la présidentielle, avait perdu la primaire interne ; son discours ouvertement décroissant avait fait peur à ses camarades.

Depuis, la crise a sévi, la récession est là. La critique d’un système économique fondé sur la seule croissance des biens et de la consommation est générale. L’opinion n’y croit plus et d’aucuns découvrent la théorie de la tempérance. Selon un sondage IFOP-Sud-Ouest (réalisé les 8 et 9 octobre auprès de 955 personnes), 27 % des Français se disent « prêts à changer en profondeur leur mode de vie et à restreindre leur consommation de manière significative« . 53 %, en revanche, concèdent n’être prêts qu’à « des efforts limités ».

« On sent la montée en puissance de comportements écocitoyens et d’une consommation plus sobre mais ce n’est pas encore la décroissance« , tempère Jérome Fourquet, directeur de l’IFOP. « Plutôt que de décroissance, il s’agit d’une autre croissance. Les Français ont envie d’un mode de consommation en harmonie entre ce qu’ils estiment bénéfique pour la société et ce dont ils ont besoin« , complète Jean-Daniel Lévy, directeur de CSA-opinions. Le succès des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP, un réseau d’achat du producteur au consommateur) le confirme.

Les Verts l’ont compris mais essaient de présenter leur projet décroissant sans endosser les habits de Cassandre. Ils prônent désormais une « décroissance sélective et équitable » pour « diminuer l’empreinte écologique et améliorer le niveau de vie pour le plus grand nombre« , selon les termes de Pascal Canfin, député européen. « La décroissance du PIB, avec la crise, on y est et cela va continuer. Il faut un projet plus sobre, plus délocalisé et plus démocratique« , plaide M. Cochet. Pour lui, cela passe par des jardins partagés, des énergies écologistes de proximité, de l’achat « local » ou la limitation drastique de la vitesse sur autoroutes. Voire, la limitation des naissances…

« ÇA BOUGE »

Les autres partis politiques ont plus de mal à interroger leur doxa héritée du siècle du progrès et de la croyance dans l’inépuisable « croissance des forces productives » comme horizon humain. La droite préfère parler de « croissance verte », slogan repris par Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’écologie.

A gauche, on interroge plus profondément le modèle. Les think tanks s’y mettent. Terra Nova a Lire la suite