Le bio dans les cantines : où en est-on ?

univers-nature.com, Cécile Cassier, le 10 septembre 2009

Le bio dans les cantines : où en est-on ?

Ambition formulée lors du Grenelle de l’Environnement, le gouvernement entend intégrer l’alimentation bio à hauteur de 20 % d’ici 2012 dans la restauration collective (scolaire et d’entreprise). Un pari qui, pour méritant qu’il soit, est loin d’être gagné, au regard des difficultés techniques et économiques que soulève sa mise en place.

Faisant le point sur l’évolution de la situation en ce domaine, la Fédération des Maires des Villes Moyennes (FMVM) (1) a réalisé une enquête en juin et juillet 2009 sur la réalité du bio dans les cantines françaises. A l’issue de ce bilan, sur les 89 villes moyennes ayant accepté de participer à l’étude, 78 % ont déclaré utiliser des produits bio. Sur ce pourcentage, 68 % en intègrent moins de 10 %, 14 % en utilisent entre 10 % et 20 %, et 8 % dépassent le seuil des 20 % de bio.

Les types de produits bio consommés les plus courants sont les fruits et les légumes. Vient ensuite le pain bio, dont l’usage est relativement répandu. Les laitages, les féculents, les céréales et les viandes (poulet, mouton, porc, bœuf) bio restent, quant à eux, plus restreints.

Si une majorité de municipalités semble s’orienter vers la voie du bio, leurs motivations se focalisent globalement sur l’aspect pédagogique, l’utilitaire arrivant au second plan. L’éducation aux bonnes habitudes alimentaires apparaît ainsi en tête de liste des motifs invoqués, l’équilibre nutritionnel et la lutte contre l’obésité y étant intrinsèquement liés.

Toutefois, certaines questions portent encore ombrage au développement du bio au sein des cantines. La première entrave est le surcoût engendré par la conversion au bio. D’après l’enquête, le prix d’un repas actuel évolue entre 2,80 € et 13,70 €, la moyenne se situant aux alentours de 6,49 € dont 36 % sont à la charge des familles. Variable d’une ville à l’autre, le respect de l’objectif de 20 % de bio représenterait un surcoût en matière d’achat des denrées estimé entre 10 % et 45 %. Parmi les solutions envisagées pour amortir l’augmentation, figurent notamment la possibilité de répercuter celle-ci sur les contribuables, de jouer sur la quantité, par exemple en réduisant la part de viande, ou encore de faire des économies en remplaçant les barquettes jetables par des plats réutilisables.

Un autre argument souvent avancé pour réfuter le bien-fondé de l’arrivée du bio dans la restauration scolaire renvoie à la provenance des aliments. En effet, importer des produits bio depuis l’étranger est un non-sens écologique. Or, concernant les municipalités interrogées, la part des produits bio achetés dans la sphère départementale s’élève à 20 % et dans la sphère régionale à 22 %. L’approvisionnement à l’échelle nationale représente 42 %, et l’importation depuis l’étranger pèse pour 16 %. Aussi, sans même parler des flux hors France, les filières d’approvisionnement sont, Lire la suite

Et si l’on ne mangeait que des fruits et légumes de saison ?

leparisien.fr, Claire Chantry, le 4 avril 2009

Et si l’on ne mangeait que des fruits et légumes de saison ?

Il faut faire son marché en respectant les saisons, martèlent les écologistes. Les consommateurs s’y mettent, même s’il n’est pas facile de suivre le calendrier des cultures.

Il n’y a pas que les tracts de Nicolas Hulot qui supplient les Français de manger des fruits et légumes de saison pour préserver la biodiversité. Aujourd’hui, restaurateurs, grandes surfaces ou marques engagées se mettent à alpaguer le consommateur grâce à des végétaux cultivés sur un terroir proche. « Cette vogue du saisonnier rejoint l’attrait pour les fruits et légumes oubliés ou les céréales anciennes.

On est dans la tendance de la réalliance de l’homme avec la planète, explique Sophie de Reynal, directrice marketing de Nutrimarketing, experte des courants alimentaires. Dans ce contexte, la crise agit comme un accélérateur. On a besoin de se rassurer avec du bon sens. Et pour faire attention au porte-monnaie, on achète malin, près de chez soi, de saison et on se rend compte que c’est aussi bon pour l’écologie. » A preuve, le succès remporté aujourd’hui par le jardinage, les Amap ces groupes qui se ravitaillent auprès des producteurs locaux ou les soupes maison.

« Les aïeuls donnent l’exemple »

Le fait est là : produire et transporter un melon venu par avion d’Amérique du Sud nécessite 60 fois plus de pétrole que s’il est cultivé localement, comme le martèlent les écologistes en cette Semaine du développement durable. Un coût qui devient un argument : pour arriver à offrir au rayon primeur des prix de 1 € le kilo, les hypers mettent en avant les fruits et légumes du moment.

Il y a nécessité à se nourrir au rythme des saisons. Sans considérer les produits exotiques, ananas, avocats ou bananes, qui sont par définition achetés hors de nos frontières, 27 % de nos fruits frais et 35 % de nos légumes sont achetés à l’étranger, dont une partie provient d’une production intensive donc coûteuse. « Les fraises sont surtout présentes d’avril à septembre, mais sur les autres mois, on trouve surtout des fraises importées, soit 115 000 t par an », détaille Mathieu Serrurier, chargé d’études au centre technique des fruits et légumes. « Les producteurs répondent aux nouvelles habitudes qui veulent qu’on consomme plus de produits d’été en hiver et inversement. Les jeunes se rabattent sur le basique : la banane, l’orange et la tomate, constate-t-il. A l’inverse, les aïeuls donnent l’exemple. Ce sont les seniors aisés qui achètent le plus de fruits et légumes. »

La priorité est bien de respecter le calendrier des saisons, moins de s’attarder sur les pratiques de culture. « Les fruits et légumes peuvent être de plein champ ou non, insiste Mathilde Causse, directrice de recherche à l’Inra, l’Institut national de la recherche agronomique. Sous serre, certains contiennent plus d’antioxydants et demandent moins de produits chimiques. » Aux « locavores », Lire la suite

Les fruits et les légumes de plus en plus contaminés

enviro2b.com, le 8 janvier 2009

Les fruits et les légumes de plus en plus contaminés

La DGCCRF établit chaque année un bilan des résultats des plans de surveillance et de contrôles des résidus de pesticides dans les productions végétales. Le bilan 2007 révèle une contamination des fruits, légumes et céréales encore plus fortes qu’en 2006.

Le bilan des données 2007 a été publié le 5 janvier 2009 par la La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Le programme 2007 a conduit à l’analyse de 5.412 échantillons de fruits et légumes frais ou transformés, de produits destinés à l’alimentation infantile, produits destinés à l’alimentation animale, de céréales et de produits végétaux biologiques mis sur le marché français, dont 968 dans le cadre du plan de contrôle.

La répartition des échantillons selon leur origine (hors produits biologiques et produits destinés à l’alimentation animale) est la suivante : 67,1 % sont d’origine française, 18,2 % ont pour origine les autres États membres de l’Union européenne, 14,5 % sont importés de pays tiers et 0,2 % sont d’origine non déterminée. Les analyses ont porté sur la recherche et le dosage de 266 matières actives. Les molécules les plus souvent retrouvées sont des insecticides et des fongicides. Le plan de surveillance a porté sur 4.444 échantillons.

S’agissant des résultats du plan de surveillance des fruits et légumes (3.742 échantillons), 47,9 % des échantillons ne contiennent pas de résidus de pesticides. Des teneurs inférieures à la limite maximale résiduelle (LMR) ont été détectées pour 44,5 % des échantillons. 92,4 % des fruits et légumes analysés respectent donc la réglementation. Les LMR ont été dépassées dans 7,6 % des cas (3,8 % en ne considérant que les dépassements des LMR communautaires).

Parmi les légumes, 58,7 % ne contiennent pas de résidus et en moyenne 7,2 % sont non conformes. Les dépassements concernent essentiellement les poivrons et piments, les tomates, les poireaux, les laitues et les épinards. À l’inverse, les carottes, les pommes de terre, les endives et les concombres présentent un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne (en ne considérant que les légumes pour lesquels le nombre d’échantillons analysés est représentatif).

70,3% de fruits contaminés

Quant aux fruits, 29,7 % ne contiennent pas de résidus et en moyenne 8,5 % sont non conformes. Les dépassements concernent essentiellement les fraises, les mandarines et les raisins. À l’inverse, les pêches, les bananes et les pommes ont un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne (en ne considérant que les fruits pour lesquels le nombre d’échantillons analysés est représentatif).

Les céréales et les produits céréaliers présentent 8,2 % de non conformité sur 282 échantillons. Les contrôles de la production biologique ont porté sur 256 échantillons, avec un taux de non conformité de 3,1 %. Enfin, aucune non conformité n’a été décelée sur les produits transformés, les produits d’alimentation pour animaux, les produits d’alimentation infantile, les thés, infusions, café et les épices.

Le plan de contrôle a été principalement orienté sur les carottes, les citrons, les concombres, les endives, les salades, les tomates, les pêches et les mandarines. Il a porté également sur les non-conformités résultant des alertes communautaires ; à ce titre, 968 échantillons ont été prélevés : 10,6 % des échantillons ont dépassé les LMR.

Contamination en forte progression

Selon la DGCCRF, 52,1% des fruits et légumes, au lieu de 45% en 2006, contiennent des résidus de pesticides, avec 7,6% au lieu de 6% en 2006, de dépassement des Limites Maximales en Résidus (LMR). Lire la suite

L’agriculture en panne sèche

liberation.fr, Sylvestre Huet, le 13 janvier 2009

L’agriculture en panne sèche

Vision. Dans quelques décennies, les prévisions climatiques indiquent que les canicules passées devraient devenir la norme dans de nombreuses régions. Une grave menace pour l’alimentation mondiale.

Les étés plus chauds que nous promettent les climatologues menacent notre sécurité alimentaire. C’est l’avertissement, brutal, lancé par David Battisti et Rosamond Naylor (University of Washington, à Seattle et Stanford University, à Palo Alto) publié par Science (1). Un avertissement qui survient après la crise des années 2006-2008, où la chute de production dans quelques régions pour raisons climatiques, la croissance rapide de la demande, «boostée» par la démographie, l’essor économique et les débouchés non alimentaires de l’agriculture ont poussé les prix internationaux à des sommets. Or, expliquent les deux scientifiques, tout ceci n’est que de la petite bière à côté du risque de «crise alimentaire perpétuelle» que le changement climatique pourrait provoquer.

Triplement du prix. Pour étayer leur propos, les deux scientifiques se sont appuyés sur l’histoire et les projections climatiques de 23 modèles différents de la synthèse du Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publiée en 2007.

Du côté du passé, ils se sont penchés sur trois cas exemplaires. D’abord, la chute de la production céréalière en URSS (Russie et Ukraine) lors de l’été caniculaire de 1972 qui avait stoppé net la tendance à la baisse du prix des grains depuis 1950 en provoquant un triplement du prix du blé en deux ans sur les marchés internationaux. Puis, la canicule de 2003 qui a frappé l’Europe de l’Ouest, avec des baisses de production drastiques (calculée par rapport à l’année précédente). Moins 36 % pour le maïs en Italie, moins 30 % en France où la récolte de blé a chuté de 21 % et celle des fruits de 25 %. Enfin, Le long épisode de sécheresse au Sahel, dans les années 70, n’a pas été choisi en raison de l’effet «température» dans cette crise – c’est la pénurie de précipitations qui a causé la rupture agricole -, mais comme exemple de région particulièrement vulnérable – population en croissance, agriculture fragile – et parce que les projections des climatologues prévoient qu’elle endure d’ici la fin du siècle des étés plus chauds qu’aujourd’hui.

Ces projections et les simulations sur ordinateurs du climat futur, soumis à un effet de serre renforcé par nos émissions de gaz du même nom, laissent peu de doute sur un point. Les températures des saisons de croissance végétale – printemps, été – des régions tropicales et subtropicales seront nettement plus élevées. Au point que la canicule de 2003 en Europe de l’Ouest – avec un écart à la moyenne climatique de plus 3,6 °C en France – deviendra… l’été moyen dès le mitan du siècle. De même en Ukraine – l’ex-grenier à blé de l’Union soviétique -, les étés les plus chauds des dernières décennies deviendront la norme à l’avenir. Autrement dit, la moitié des étés seront certes moins chauds, mais l’autre moitié le sera plus encore.

Même topo dans les régions tropicales, où les variations de températures d’une année sur l’autre sont nettement moins importantes. Les simulations climatiques montrent que dès 2050, l’été moyen sera plus chaud que le record actuel depuis 1900 dans ces régions où vivent 3 milliards d’êtres humains en croissance démographique. Dans ces conditions, avertissent les deux auteurs, il serait imprudent de compter sur de meilleurs rendements sous les plus hautes latitudes pour compenser ces pertes. Lire la suite