Les économistes face à la crise

ladocumentationfrançaise.fr, Problèmes économiques N° 2 970, le 29 avril 2009

Les économistes face à la crise

Pour les différentes écoles de pensée de la science économique, la crise est avant toute chose un concept alimentant depuis des décennies controverses et débats théoriques. Les économistes classiques y voient la simple défaillance d’un système fondamentalement efficace : une turbulence périodique et passagère. Les autres, les économistes non orthodoxes, considèrent au contraire qu’elle constitue une véritable rupture, un moment de mutation profonde débouchant sur de nouvelles formes de la régulation économique. La crise historique que traverse le monde aujourd’hui n’échappe pas à cet éternel débat.
Les économistes face à la crise

Editorial
Comprendre la crise

Une crise si profonde…

Politique internationale

Jean-Hervé Lorenzi

Robert J. Shiller : du visionnaire à l’inventeur

Finances et développement

Paolo Mauro

La crise financière : un prétexte au retour de l’Etat ?

Institut Hayek

Charles De Smet

Krugman, d’une crise à l’autre

La Vie des idées

Thomas Mélonio

Keynes, le grand retour ?

Relancer l’économie… mais à certaines conditions !

OFCE
Xavier Timbeau

Peut-on recourir à la politique budgétaire ? Est-ce souhaitable ?

Idées
Robert M. Solow

« Keynes : une idée géniale, des outils dépassés »

Enjeux – Les Echos

Entretien avec Jean-Paul Azam Lire la suite

Thomas Friedman : 2008 l’année du grand bouleversement

contreinfo.info, le18 mars 2009, Thomas Friedman

Publication originale New York Times, traduction Contre Info

L’année du « grand bouleversement »

Ce que cette crise nous annonce, écrit Thomas Friedman, c’est que « Mère Nature et le marché » viennent de heurter un mur. L’éditorialiste du New York Times, pourtant jusqu’alors fervent apôtre de la mondialisation, semble transfiguré par cette révélation aveuglante qui l’a frappé sur son chemin de Damas. Ce nouveau – et fort inattendu – converti le clame désormais haut et fort. L’année 2008 sera celle du « Grand Bouleversement », celle où le monde aura pris conscience que le modèle de croissance non soutenable qui est le nôtre doit être radicalement transformé. Bienvenue au club.

Par Thomas Friedman, New York Times, 7 mars 2009

Quittons aujourd’hui le cadre habituel de l’analyse de cette crise économique, pour aborder un questionnement radical : Et si la crise de 2008 représentait quelque chose de beaucoup plus fondamental qu’une grave récession ? Et si elle nous annonçait que l’ensemble du modèle de croissance que nous avons créé au cours des 50 dernières années n’est tout simplement pas viable économiquement et écologiquement, et que l’année 2008 est celle où nous avons heurté un mur – celle où Mère Nature et le marché nous on dit tous deux : « assez. »

Nous avons créé un système de croissance qui dépend de la construction de toujours plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits fabriqués par de plus en plus d’usines en Chine, alimentées en électricité par de plus en plus de charbon, qui cause de plus en plus de changements climatiques, mais permettent à la Chine de gagner de plus en plus d’argent pour acheter de plus en plus de bons du Trésor US qui permettent aux américains de disposer de plus en plus de fonds pour construire de plus en plus de magasins qui vendent de plus en plus de produits qui dont la fabrication emploie de plus en plus de Chinois …

Nous ne pouvons plus faire cela.

« Nous avons créé une manière d’élever le niveau de vie que nous ne pouvons pas transmettre à nos enfants », déclare le physicien et expert du climat Joe Romm, qui anime l’indispensable blog climateprogress.org. Nous nous sommes enrichis en épuisant tous nos stocks naturels – l’eau, les hydrocarbures, les forêts, les rivières, les poissons et les terres arables – et non en créant des flux renouvelables.

« Cette explosion de richesse que nous avons créées a été permise par ce comportement de rapaces », ajoute Romm. « Mais il ne peut que s’effondrer, à moins que des adultes ne se lèvent pour dire : « Tout ceci, c’est une escroquerie pyramidale. Nous n’avons pas généré de vraies richesses, et nous détruisons un climat où il fait bon vivre … la véritable richesse, c’est quelque chose que vous pouvez transmettre afin que d’autres puissent en profiter. »

Plus d’un milliard de personnes manquent d’eau aujourd’hui ; dans les tropiques, la déforestation détruit chaque année une surface de la taille de la Grèce ; plus de la moitié des pêcheries du monde sont surexploitées ou utilisées à leur limite.

« De la même façon que quelques économistes isolés nous avaient averti que nous vivions au-delà de nos moyens et de la valeur de nos actifs financiers, les scientifiques nous avertissent que nous vivons au-delà de nos moyens écologiques et surexploitons notre patrimoine naturel », affirme Glenn Prickett, Vice Président de Conservation International qui, comme les écologistes l’ont fait, prévient que « Mère Nature ne fait pas de renflouements. »

Paul Gilding, l’expert australien des questions environnementales, est l’un de ceux qui m’ont mis en garde depuis longtemps. Voici comment il nomme ce moment où Mère Nature et le Père Avidité ont Lire la suite