Le rendez-vous raté de la lutte contre le déclin de la biodiversité et six pistes pour trouver des solutions

lemonde.fr, Laurence Caramel, le 19 février 2010

Le rendez-vous raté de la lutte contre le déclin de la biodiversité

Depuis 2002, les chefs d’Etat ou de gouvernement ont adopté, au moins à quinze reprises, l’objectif de « réduire fortement le rythme actuel de perte de la biodiversité d’ici à 2010 ». Ils ont aussi réaffirmé une cinquantaine de fois – dont lors de trois G8 – leur soutien à cet objectif et la nécessité de prendre des mesures pour l’atteindre, selon le décompte établi par Jean-Patrick Le Duc, du Muséum national d’histoire naturelle.

Pour inaugurer l’Année internationale de la biodiversité, les responsables de la Convention sur la biodiversité biologique (CBD) des Nations unies, chargés aujourd’hui de faire le bilan, n’ont pas sorti les flonflons. Il n’y a, en effet, pas de quoi pavoiser. Aucun pays n’est au rendez-vous.

Le bulletin de santé de la biodiversité mondiale, qui sera officiellement dévoilé au mois de mai, à l’occasion de la publication des « Perspectives mondiales de la biodiversité », montre que les cinq pressions majeures exercées sur la diversité biologique « sont restées constantes, voire ont augmenté » par rapport au diagnostic établi en 2006.

Ces pressions sont le changement d’affectation des sols qui transforme les espaces naturels en surfaces agricoles ou en villes, la surexploitation des ressources, les pollutions, la progression des espèces invasives et le changement climatique.

PRUDENCE ET DOUTE

Irréaliste ! Huit ans après avoir décrété cette urgence mondiale, les gouvernements ont beau jeu de dénoncer un objectif perdu d’avance, faute d’avoir été défini avec précision et de disposer des bons outils pour faire un véritable état des lieux et mesurer le chemin parcouru. Du côté des scientifiques, le discours est très semblable.

En 2010, il est néanmoins question de se fixer un nouveau rendez-vous pour freiner le rythme d’extinction des espèces et la destruction des écosystèmes que les scientifiques jugent aussi menaçants pour l’avenir de l’humanité que le changement climatique. Les deux sont au demeurant étroitement liés.

2020 est l’année souvent évoquée. Il en sera débattu lors de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, en septembre, puis à la conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique, en octobre, à Nagoya, au Japon.

Mais, au lendemain de l’échec de la conférence mondiale sur le climat à Copenhague (7-18 décembre), la prudence et le doute se sont immiscés dans les esprits. La directrice des biens publics mondiaux au ministère des affaires étrangères, Laurence Tubiana, s’interroge sur la stratégie : « Est-ce vraiment la bonne chose à faire ? Cela ne risque-t-il pas de décrédibiliser un peu plus le processus de gouvernance mondiale ? », demande-t-elle.

Les scientifiques continuent, eux, de se lamenter sur « cette maison qui brûle », pour reprendre la formule lancée par le président de la République, Jacques Chirac, à la tribune du Sommet de la Terre de Johannesburg, en 2002, tout en reconnaissant qu’ils Lire la suite

Espèces d’oiseaux menacées et « canaris dans la mine »

bulletins-electroniques.com, NC, le 27 mars 2009

Les espèces d’oiseaux menacées aux Etats-Unis incarnent les « canaris dans la mine »

Un tiers des espèces d’oiseaux serait en danger selon le rapport « State of the Birds 2009 Report » présenté le 19 Mars 2009 par le secrétaire du Department of Interior (DOI) Ken Salazar. Ce rapport, basé sur une étude inédite par son ampleur, par regroupe des données collectées par des volontaires et par différentes organisations de protection de la nature (American Bird Conservancy, Cornell Laboratoy of Ornithology…). Il intègre également les informations recueillies par des agences fédérales (Fish and Wildlife Services, United States Geological Survey – USGS). L’analyse de ces données dresse un bilan alarmant concernant le déclin de nombreuses populations aviaires.

Parmi les 800 espèces d’oiseaux présentes sur le territoire américain, 67 sont actuellement listées sous l’ « Endangered Species Act », loi réglementant les espèces en danger à l’échelle fédérale. A cela s’ajoutent 184 espèces dont les populations sont fragilisées par leur réduction en nombre et la précarité de leur habitat. Ainsi, les oiseaux vivant dans les prairies ont vu leur population diminuer de 40% au cours de ces 40 dernières années contre 30% pour les espèces vivant en milieu aride. Par ailleurs, l’étude suscite de fortes inquiétudes concernant les espèces littorales, un déclin de 39% ayant été enregistré pour les oiseaux dépendant du milieu océanique. Selon David Ziolkowski, de l’USGS, ces dégradations d’habitat sont principalement le résultat du développement urbain et de l’accroissement du nombre de rongeurs.

Si la situation est certes préoccupante sur le continent, elle frise le véritable désastre écologique sur les îles Hawaiiennes. Sur les 113 espèces d’oiseaux présentes uniquement sur ces îles avant l’arrivée de l’homme, 71 se seraient éteintes et 31 sont actuellement listées comme espèces en danger. Selon les biologistes, ces extinctions massives seraient la conséquence de l’introduction par l’homme d’espèces exotiques ayant peu à peu modifié l’habitat des espèces endémiques.

Certains milieux semblent cependant préservés, les oiseaux vivant dans les zones humides (marais…) ayant vu leur population augmenter de 60% au cours des 40 dernières années. En effet, ces populations aviaires ont indirectement bénéficié de plusieurs programmes de restauration des zones humides entrepris au fil des ans.

Le rapport « State of the Birds » liste également un certain nombre d’espèces pour lesquelles les populations ont récupéré suite à des programmes de préservation. Ainsi, le Pyrargue à tête blanche (« Haliaeetus Leucocephalus » – symbole des Etats-Unis) ou encore le faucon (Falco Peregrinus), menacés d’extinction dans les années 60, voient actuellement leurs populations croître suite à la mise en oeuvre de programmes de protection tel que l’interdiction de l’usage du pesticide DDT en 1989, qui serait en partie à l’origine du succès obtenus pour le Pyrargue à tète blanche.

Par conséquent, si le rapport dresse un état des lieux inquiétant concernant la survie d’un certain nombre d’oiseaux endémiques aux Etats-Unis, il met néanmoins en lumière la capacité indéniable de l’environnement à réagir rapidement à des programmes de restauration. Les causes de détérioration des écosystèmes telles que l’agriculture, la production d’énergie, la pollution, les espèces invasives, le développement urbain étant maintenant des variables connues, des programmes de préservation adaptés peuvent être mis en place pour chaque milieu. De plus amples études seront cependant nécessaires pour qualifier les risques de dégradation de l’environnement ou de modification des habitats liés au changement climatique.

En conclusion Lire la suite