Nourrir 9 milliards d’humains sans OGM, c’est possible

eco-life.fr, Diana Semaska, 16 février 2009. –

« Nourrir 9 milliards d’humains sans OGM, c’est possible »

– Spéciale Agriculture – Marc Dufumier –

Professeur d’agronomie au sein d’AgroParis Tech

2050 : la Terre porte 9 milliards d’humains. Pour que la planète supporte ce poids, prévu par les études démographiques, pas de solution miracle. Marc Dufumier, Professeur d’agronomie au sein d’AgroParis Tech (Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement), rappelle que seule l’intégration des écosystèmes dans l’agriculture, ou agroécologie, serait viable.

(ECOlife) Qu’est ce que l’agroécologie ?

(Marc Dufumier) Il s’agit de l’agronomie la plus efficace possible, basée sur nos savoirs scientifiques. C’est une agronomie savante et véritablement minutieuse, puisqu’elle doit tenir compte du fonctionnement global de l’écosystème. L’objet du travail n’est plus la plante seule, ni même le sol. C’est tout le travail conjoint par les cycles du phosphore, de l’eau, du carbone, de l’azote, sur lequel on va travailler afin d’optimiser la production, et nourrir 9 milliards de personnes en 2050.

Dans l’agroécologie, il faudra utiliser au mieux les ressources renouvelables : le soleil, mais aussi le carbone et l’azote de l’air. L’agriculture écologique utilisera moins de produits issus de l’exploitation des ressources non renouvelables comme le gaz ou le pétrole, c’est-à-dire les engrais chimiques et pesticides.

Pourquoi la modification du génome (OGM) ne serait-elle pas la solution?

Pour la simple et bonne raison que la génétique n’est pas le facteur déterminant de la culture d’une plante dans la nature. C’est l’écosystème tout entier qui détermine un rendement optimal, c’est-à-dire une production maximum pour des coûts minimums. Nous ne pouvons absolument pas prévoir quelles seront les conséquences des cultures en plein champ d’OGM. En revanche, nous avons la certitude que ces derniers constituent de très fortes pressions de sélection sur les autres êtres vivants.

Avez-vous un exemple concret ?

En Chine, pour éviter que les capsules du coton ne soient dévorées par les chenilles, on a cultivé du coton Bt [NDLR : composé d’un gène issu d’une bactérie produisant de la toxine botulique qui agit comme un insecticide]. Or, celui-ci a favorisé le développement d’une autre espèce de chenille, qui elle, mange les feuilles… mais a développé par ailleurs une résistance à la toxine. Résultat, les cultures ont été envahies par cette chenille qui mangeait à la fois feuille et capsule. Tout cela, malgré la modification génétique, pour en venir à l’épandage de nouveaux insecticides.

Dans la mesure où les écosystèmes sont extrêmement complexes et que nous sommes loin de les maîtriser, les OGM ne peuvent être cultivés en plein champ. C’est trop risqué. On ne peut donc compter sur ces cultures pour nourrir les futures générations.

Mais en quoi les OGM sont-ils tellement différents des variétés créées par l’homme depuis le Néolithique ?

En réalité, les OGM sont en totale continuité avec l’agriculture pratiquée dans les pays riches depuis un siècle et demi, et les pays en développement depuis un demi-siècle. C’est cette agriculture-là, qu’on appelle productiviste, qui a constitué une vraie rupture avec l’agriculture développée depuis le Néolithique.

Autrefois, le paysan était maître de ses créations variétales. Lire la suite