Y aura-t-il 600 000 emplois verts en France ?

planete-terra.fr, Karine Le Loët, 15 octobre 2009

Y aura-t-il 600 000 emplois verts en France ?

La croissance verte. C’est le nouveau credo du gouvernement depuis le lancement du Grenelle. Mais parviendra-t-il à atteindre l’objectif promis de 600 000 emplois verts créés ? Tout dépend de ce qu’on entend par création d’emplois.

Nicolas Sarkozy l’avait annoncé en grande pompe lors du Congrès de Versailles le 22 juin dernier. « Je veux dire à ceux qui trouvaient que le Grenelle de l’environnement coûtait trop cher que c’est la dépense la plus rentable que l’on puisse imaginer. Elle va créer 600 000 emplois.  » Ce chiffre, le chef de l’État ne l’avait pas sorti de son chapeau. Mais d’un rapport commandé et remis le 16 juin par le bureau parisien du Boston Consulting Group, un cabinet de conseil en stratégie. En page 4, il y est écrit : « Les programmes du Grenelle permettront la création de plus de 600 000 emplois en moyenne sur la période 2009-2020, principalement dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures et des énergies renouvelables « 

Mais le gouvernement se montre désormais plus prudent sur la question. Interrogée à ce sujet lors du lancement du « Comité de pilotage pour le développement des métiers liés à la croissance verte » le 13 octobre, Valérie Létard, secrétaire d’État auprès de Jean-Louis Borloo, est restée un peu vague. “Plutôt que de nous écharper sur les chiffres, il faut voir qu’ils donnent une indication de l’urgence ”, explique Mme Létard avant de citer d’autres études menées par Syndex Alpha, le DGEFP (Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle), ou encore Pole Emploi qui table – plus prudemment – sur 220 000 emplois d’ici à 2012. Autant de “données qui nourrissent une réflexion partagée”, souligne Valérie Létard. Le gouvernement serait-il en train de noyer le poisson ?

Sortons la calculette

Mais d’abord comment le Boston Group a-t-il obtenu ce chiffre ? “L’équipe a créé des modèles microéconomiques dédiés à chacun des secteurs concernés par les investissements du Grenelle, qui prenaient en compte le type d’entreprises mobilisées, les équipements achetés, etc. De manière à bien temporaliser les différents projets et à y intégrer les ratios dépenses/emplois”, expliquait Emmanuel Nazarenko, directeur associé du BCG Paris au Monde en juillet dernier. En clair, le BCG a pris l’enveloppe financière prévue par le Grenelle dans chaque secteur – soit par exemple les 205 milliards d’euros qui seront investis dans le bâtiment. Puis, il a pris le nombre d’emplois créé habituellement dans le secteur pour chaque milliard d’euros investis. Et après multiplication, obtenu… un autre chiffre.

Mais voilà. 600 000 emplois verts créés, c’est d’autres emplois qui disparaissent, soutient Rémy Prud’homme, économiste et professeur émérite de l’université Paris XII. “C’est de l’argent qui ne sera pas dépensé ailleurs. On crée des emplois chez Saint-Gobain qui fabrique plus de matériels isolants ou chez Alstom qui construit plus de locomotives. Mais ce n’est que la moitié de l’histoire. L’État, les collectivités territoriales ne mettront pas d’argent ailleurs ou les particuliers dépenseront moins en télévision ou en tourisme. On crée 500 ou 600 000 emplois mais on en détruit un nombre au moins aussi important.”

Emplois transformés

Des emplois en hausse ici, en baisse là. Des reconversions plus que des créations aussi. Devançant la critique, Valérie Létard annonçait déjà la couleur le 13 octobre. “Pour ceux qui travaillent par exemple dans les usines automobiles du Valenciennois – un secteur où ça va aller mal – il faut accompagner l’évolution. Pour ceux-là, il ne s’agira pas Lire la suite

Sept « emplois verts » créés pour un emploi « polluant » détruit, assure Greenpeace

tv5.org, NC, le 15 septembre 2009

Sept « emplois verts » créés pour un emploi « polluant » détruit, assure Greenpeace

Les investissements dans les énergies renouvelables vont permettre de compenser chaque emploi perdu dans les secteurs polluants par la création de sept « emplois verts », soutient l’organisation écologiste Greenpeace dans un rapport publié lundi à Bruxelles.

« Pour chaque emploi supprimé dans les secteurs du charbon et du nucléaire, sept emplois seront créés avec les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique au cours des dix prochaines années« , affirme dans un communiqué Frauke Thies, un des experts de Greenpeace pour les questions énergétiques.

L’organisation estime à 350.000 le nombre de nouveaux emplois créés dans l’UE grâce au choix des sources d’énergies propres.

La Commission estime pour sa part à 410.000 les créations d’emplois dans l’UE pour parvenir à l’objectif européen de 20% d’énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse).

« Cette étude (de Greenpeace) démontre que les énergies renouvelables sont cruciales pour affronter à la fois le changement climatique et la crise économique« , déclare pour sa part Christine Lins, secrétaire général du Conseil pour les énergies renouvelables (EREC) citées dans ce même communiqué.

« Actuellement, 450.000 personnes travaillent dans les secteurs des énergies renouvelables en Europe pour un chiffre d’affaire de plus de 45 milliards d’euros », souligne-t-elle.

Selon Greenpeace, « l’abandon des énergies sales et le passage aux sources d’énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique va non seulement permettre de réduire les émissions de CO2 des pays de l’OCDE de 470 millions de tonnes, mais aussi Lire la suite

L’énergie, un enjeu électoral décisif en Allemagne

novethic.fr, Claire Stam, le 28 août 2009

L’énergie, un enjeu électoral décisif en Allemagne

« Atomkraft ? Nein, danke ! ». De manière tout à fait inattendue, le célèbre slogan des militants anti-nucléaire allemands des années 70 ressurgit en pleine campagne électorale. Une panne dans la centrale de Krümmel, au nord de l’Allemagne, suivi de problèmes de stockage des déchets radioactifs a relancé le débat. Partisans et opposants à la sortie du nucléaire, prévue d’ici 2021, s’affrontent alors que les élections législatives du 27 septembre seront déterminantes pour la politique énergétique de l’Allemagne.

« L’enjeu électoral cette année est capital », insiste Thorben Becker, de l’organisation BUND, la branche allemande des Amis de la terre. « Selon le consensus atomique, sept centrales nucléaires sur les 17 que comptent actuellement le pays devraient fermer dans les quatre prochaines années. Il s’agirait alors non plus d’une sortie théorique du nucléaire, mais d’un réel abandon de l’énergie atomique ». C’est en 2000 que le gouvernement « rouge-vert » (sociaux-démocrates et écologistes) négocie le fameux « consensus atomique » avec les plus grands groupes énergétiques du pays qui prévoit la sortie du nucléaire en 2021. Pour compenser la baisse de production d’énergie, le gouvernement de l’époque choisit alors de jouer à plein la carte des énergies renouvelables en adoptant la même année la loi sur les énergies renouvelables (EEG), à l’origine de l’envolée spectaculaire des nouvelles énergies et des technologies environnementales qui y sont liées.  Selon les derniers chiffres du Ministère de l’environnement, les « green jobs » représentent ainsi 1,8 millions de salariés, soit 4,5% du marché national de l’emploi. Près de 250 000 personnes travaillent dans la seule industrie des nouvelles énergies, un secteur largement dominé par les PME. Au final, les centrales nucléaires fournissent autour de 22% de l’électricité du pays, les énergies renouvelables atteignent déjà les 15% – un pourcentage en hausse continuelle, insiste-t-on au Ministère. Or, s’ils arrivent en tête des élections du 27 septembre, les conservateurs allemands entendent remettre en cause la sortie du nucléaire si âprement négociée en rallongeant la durée d’exploitation des centrales nucléaires, certaines vieilles de 25 ans.

L’énergie nucléaire, une énergie « écologique » pour les conservateurs allemands

« Ceux qui soutiennent le rallongement de la durée d’exploitation des centrales nucléaires mettent un frein à une extension rapide des énergies renouvelables dans la production d’électricité », dénonce la Fédération de l’industrie des énergies renouvelables (BEE). « Allons-nous continuer à nous appuyer sur des énergies fossiles de plus en plus rares et de plus en plus chères? Ou bien allons-nous développer de manière conséquente le secteur des énergies renouvelables, et rendre l’Allemagne énergétiquement indépendante ? »

Sensible, le débat sur le nucléaire occupe aussi bien la sphère politique que civile, le quotidien populaire Bild n’hésitant pas à démontrer en sept points les bienfaits de l’énergie atomique. Les partisans de l’atome, conservateurs et libéraux en tête, choisissent pourtant d’adopter un profil bas, soucieux de ne pas offrir d’angle d’attaque dans une campagne électorale jugée jusque-là particulièrement atone outre-Rhin. « Instrumentaliser les événements de Krümmel est vraiment irresponsable », déclare ainsi sans ambages Tuomo Hatakka, le patron du géant suédois Vattenfall et exploitant de la centrale en panne. Certains conservateurs, en voulant déminer le débat, n’hésitent pas non plus à qualifier l’énergie nucléaire d’ « Öko-Energie », une déclaration qui ne manque pas pourtant de faire bondir plus d’un « Grün » qui voit rouge –  et redonne du poil de la bête à des sociaux-démocrates, jusque-là Lire la suite

Une gentille « novlangue » pour parler du climat aux Américains

eco.rue89.com, Hélène Crié-Wiesner, Ecrivain, spécialisée en environnement, le 31 juillet 2009 

Une gentille « novlangue » pour parler du climat aux Américains

Alors que la loi écolo d’Obama doit passer l’étape du Sénat, une étude propose d’adoucir le vocabulaire afin de ne plus effrayer.

Oubliez le spectre des « changements climatiques », dites plutôt « notre atmosphère abîmée ». Pour transmettre la sensation de l’urgence écologique, votre langage doit être positif, inspiré, susciter l’envie d’agir.

C’est ainsi que vous pourrez expliquer les enjeux écologiques et climatiques aux millions d’Américains que ces sujets rebutent ou effraient. A ceux qui ont peur d’une augmentation d’impôt, ou de devoir modifier leur façon de vivre. Ne jouez surtout pas cartes sur table. Soyez pé-da-go et tout miel.

Tel est le conseil donné au gouvernement, au monde associatif et aux acteurs du « green business » par le groupe de relations publiques (à but non lucratif) ecoAmerica, qui a étudié la meilleure manière de sensibiliser une population indécise ou sceptique.

Même si les problèmes sont d’ordre scientifique, évitez les mots précis justement trop précis : ils pourraient n’être pas « bien » compris par un grand public globalement ignare, ou paresseux, ou tellement polarisé politiquement que l’information deviendrait contre-productive.

Ne dites pas énergies « renouvelables », mais « qui ne s’épuisent pas »

Oubliez par exemple l’expression « échange des permis d’émission » ; parlez de « dividendes de l’énergie propre ». Troquez les énergies « renouvelables » ou « alternatives » contre des énergies « qui ne s’épuisent pas », des énergies « qui ne se brûlent pas ».

Le concept « d’économies d’énergie » terrorise-t il certaines personnes qui se voient plongées dans l’obscurité perpétuelle ? A celles-là, faites miroiter « des économies financières pour un avenir meilleur ». EcoAmerica s’en explique sur son blog :

« Ceux qui se battent en faveur du climat ont besoin d’apprendre à passer du langage des spécialistes à celui de la table de cuisine. »

Or donc, dans les chaumières états-uniennes, qu’est-ce qui est le plus susceptible d’emporter les convictions ?

« Les grands idéaux de l’Amérique ! Brandissez les valeurs de liberté, de prospérité, d’indépendance, d’auto-suffisance. Evitez à tout prix le jargon et les détails politiques, scientifiques, économiques et technologiques. »

« Pour certains Américains, le réchauffement climatique est connoté extrême gauche »

Ces recommandations passent mal auprès des militants, outrés de Lire la suite

600 000 emplois « verts » d’ici à 2020 : faut-il y croire ?

lemonde.fr, Marie-Béatrice Baudet, le 29 juillet 2009

600 000 emplois « verts » d’ici à 2020 : faut-il y croire ?

Politiquement, c’est un succès. Jean-Louis Borloo a pu se féliciter, le 23 juillet, de l’adoption définitive, à la quasi-unanimité, du premier volet législatif du Grenelle de l’environnement. Mais les promesses économiques seront-elles au rendez-vous ? Et qu’adviendra-t-il de la plus importante d’entre elles, celle que Nicolas Sarkozy a mise en avant le 22 juin dans son discours prononcé devant le Congrès, à Versailles : « Je veux dire à ceux qui trouvaient que le Grenelle de l’environnement coûtait trop cher que c’est la dépense la plus rentable que l’on puisse imaginer. Elle va créer 600 000 emplois. »

La France n’est pas la seule à chanter le refrain de la croissance verte et de ses centaines de milliers d’emplois à la clé. Les chiffres les plus optimistes circulent de pays en pays. Pour le Bureau international du travail (BIT), le secteur des énergies renouvelables emploiera 20 millions de personnes en 2030, dix fois plus qu’aujourd’hui. En septembre 2008, juste avant son élection à la présidence américaine, Barack Obama avançait le chiffre de la création « rapide » de 5 millions d' »emplois verts » aux Etats-Unis.

Faut-il y croire ? Ces belles promesses ont un goût de déjà-vu, à l’instar des espoirs suscités en son temps par la Netéconomie. Le 28 août 2000, le cabinet américain Andersen Consulting publiait une étude qui prévoyait qu’en 2002 Internet aura créé 10 millions d’emplois aux Etats-Unis et en Europe. Un an plus tard, la bulle éclatait et les start-up licenciaient.

Que dire aussi du « gisement » des services à la personne ?

En janvier 2007, M. Borloo, alors ministre de l’emploi, table sur la création de 500 000 postes nouveaux en deux ans. Depuis, la crise est passée par là. Les enseignes prestataires de services à la personne mettent la clé sous la porte (Le Monde daté du 30 juin) car les particuliers, en mal de pouvoir d’achat, rechignent à payer un intermédiaire pour trouver un prestataire.

Le nouvel eldorado des emplois verts mérite donc d’être observé avec prudence. Tout peut arriver. En bien comme en mal. Y compris une « bulle verte« , thèse soutenue par Robert Bell, président du département des sciences économiques de Brooklyn College (City University de New York) : « Des incitations fiscales couplées au comportement mimétique des marchés financiers peuvent conduire les investisseurs à créer une nouvelle bulle financière sur la « green tech« . »

La crise l’a amplement démontré : prévoir en économie est un exercice difficile. Pour annoncer en grande pompe que le Grenelle allait créer 600 000 emplois, le président de la République a repris les conclusions d’un rapport remis le 16 juin par le bureau parisien du Boston Consulting Group (BCG), cabinet international de conseil en stratégie, à son ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo. Page 4, on peut lire : « Les 15 grands programmes du Grenelle permettront la création de plus de 600 000 emplois en moyenne sur la période 2009-2020, principalement dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures et des énergies renouvelables. »

Comment cette statistique a-t-elle été élaborée ? Lire la suite

Van Jones rêve de convertir les Etats-Unis aux emplois verts

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 6 mai 2009  

Van Jones rêve de convertir les Etats-Unis aux emplois verts

Conseiller spécial du président Obama, activiste et auteur d’un best seller sur les emplois verts, Van Jones prône la justice environnementale et la fin d’un éco-apartheid qui a permis à l’économie de prospérer sur la destruction de l’environnement.

Reportage à Richmond, en Californie – 2e volet

Quand il évoque un éco-apartheid, Van Jones sait de quoi il parle. Avant de rejoindre l’équipe du président Obama, il vivait à Oakland, une banlieue de San Francisco voisine de Richmond, ville ouvrière sévèrement polluée par une raffinerie pétrolière et affectée d’un fort taux de chômage. Van Jones s’est d’abord mobilisé localement, en créant Green for All, une association de soutien à la création d’emplois verts et sociaux. Son activisme et son charisme l’ont fait remarquer, et le voici invité par le président Barack Obama en personne comme conseiller à la présidence. Son succès auprès du public américain, sa capacité à remuer les consciences le classe parmi les personnalités les plus en vue aux Etats-Unis, héros de l’environnement par le magazine Time en 2008. Dans son livre à succès, The Green Collar Economy1 (L’économie des cols verts), Jones annonce la fin de l’âge du carbone, et le début de l’ère de l’énergie solaire. Il déduit sa lecture de l’histoire d’une série d’événements : la crise financière liée au surendettement de la société américaine et à la surconsommation l’ont fait réfléchir. Ce qui se passe est énorme, confie-t-il au magazine Oakland, cette horrible panne, où le prix des maisons chute, où l’endettement par cartes de crédit explose, c’est terrible. Mais cette panne va être aussi une opportunité. Nous allons devoir cesser d’édifier l’économie sur la destruction environnementale, et nous allons nous orienter vers la restauration de l’environnement comme un moyen de faire avancer l’économie. Et, comme le répète Jones, l’économie des cols verts devra être inclusive, elle devra impliquer les plus pauvres des pauvres, les minorités et les nouveaux chômeurs comme des forces vives capables de relancer la prospérité américaine.

Noirs, Blancs et… verts

A voir l’énergie qu’il déploie, on a peine à imaginer que Van Jones ait pu être confronté à des réticences à l’époque où il démarchait pour trouver un éditeur qui accepte de publier son livre. A San Francisco, lors de sa première signature, le livre ayant été finalement publié par HarperCollins, il confiait à son auditoire les réactions qu’il avait rencontrées : les Noirs n’achètent pas des livres verts, et les Blancs n’achètent pas des livres de Noirs. Ces éditeurs regrettent sans doute leurs propos hâtifs. Van Jones parcourt le pays de long en large et s’adresse à toutes les catégories de la population, des Slow Food aux congrégations religieuses. A Oakland, il a co-fondé le Centre Ella Baker pour les droits humains, qui a servi à faire passer deux dispositifs dans la législation de Californie à l’origine de la création d’un conseil pour les emplois verts et de programmes de formation aux technologies vertes.
Jones dirige aussi Green for All, qui, alliée à d’autres associations, a donné lieu à la loi pour les emplois verts et les infrastructures, Lire la suite

Emplois verts et sociaux : les Etats-Unis ouvrent (enfin ?) la voie

actu-environnement.com, Agnès Sinaï, le 24 avril 2009

Emplois verts et sociaux : les Etats-Unis ouvrent (enfin ?) la voie

Dans une banlieue sinistrée de la baie de San Francisco, une municipalité expérimente un programme de lutte contre le chômage par la création de « green jobs », financés notamment par un prélèvement sur une installation pétrolière locale de Chevron.
Reportage à Richmond, en Californie – 1er volet

Angela Greene porte bien son nom. Cette ancienne chômeuse est devenue l’ange-gardien des jeunes sans emploi de Richmond, une commune ouvrière de 103.000 habitants de la banlieue de San Francisco, réputée pour son taux de criminalité élevé, considérée comme l’une des plus dangereuses de la Californie. Ses chantiers navals en déroute ne créent plus d’emplois. La raffinerie de Chevron, la deuxième de Californie, d’une capacité de stockage de 15 millions de barils, sur le site du port, répand des dérivés toxiques, fuites de chlore et anhydride sulfureux. Les riverains souffrent d’asthme, des centaines de citoyens se sont mobilisés contre les projets d’extension de la raffinerie et réclament la justice environnementale, en compensation de cet éco-apartheid. Richmond souffre de la violence et de la pollution, plus que tout autre endroit de la baie de San Francisco, qui héberge aussi la mythique Silicon Valley, dont les promesses semblent ici des mirages. Alors que faire, se sont demandés quelques élus et travailleurs sociaux de Richmond ? Sous la houlette de la maire Gayle Mac Laughlin, élue en 2007, c’est ici que se crée un des tout premiers laboratoires des emplois verts et sociaux aux Etats-Unis. Face aux crises provoquées par la pauvreté, par la pénurie des ressources naturelles et par l’extinction des espèces, une économie verte est la seule manière de revigorer notre économie tout en répondant à la destruction de l’environnement et aux inégalités sociales. Les villes produisent 75% des émissions de carbone. C’est dans une ville telle que la nôtre que le problème doit être résolu.

Gayle Mac Loughlin a co-fondé Solar Richmond, une association qui travaille en partenariat avec Sunpower Corporation, fabriquant de panneaux solaires, dont l’usine de Richmond emploie 250 personnes. En partenariat avec l’agence municipale du bâtiment Richmond Build, l’objectif de Solar Richmond est de former dans ses ateliers une centaine d’installateurs locaux et d’atteindre une puissance de 5 megawatts d’énergie solaire dans la ville d’ici à 2010. Les installateurs formés par Richmond Built effectuent les travaux gratuitement. Les habitants bénéficient de prêts à taux zéro, couverts par les économies réalisées sur leur facture d’électricité. C’est dans le cadre d’un programme de formation à la construction de Richmond Build qu’Angela Greene, chômeuse et mère célibataire, a découvert Solar Richmond. Depuis lors, elle encadre les jeunes qui suivent les stages de formation de Solar Richmond et prodigue ses lumières solaires.

Justice environnementale

La maire de Richmond est déterminée à rendre sa fierté à sa ville. Elle compte en partie sur le plan de relance du président Obama, le Stimulus Package, voté en février dernier. Richmond a déjà reçu une subvention de près d’un million de dollars dans ce cadre, pour financer les énergies alternatives et la maîtrise de l’énergie, et tapisser les toits des bâtiments communaux de panneaux solaires. Mais c’est surtout vers Lire la suite