EFSA : Génétiquement pro-OGM

lemonde.fr, Pierre Le Hir, le 29 juin 2009

Génétiquement pro-OGM

Parme, sa cathédrale, son baptistère, ses fresques du Correggio, son parmigiano reggiano et son prosciutto. Les guides touristiques ajoutent désormais : son Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). L’agence chargée, au niveau communautaire, d’évaluer les risques liés à la chaîne alimentaire. En particulier aux organismes génétiquement modifiés (OGM). C’est sur ses avis que s’appuient les décisions de la Commission de Bruxelles, du Parlement européen et des Etats membres de l’Union européenne. D’où son rôle crucial.

Loin des marbres patinés des palais des Farnèse, l’institution s’est installée dans un moderne bâtiment de verre. Façon, peut-être, d’afficher sa « transparence », l’une de ses vertus cardinales, annonce sa directrice, la Française Catherine Geslain-Lanéelle, avec l' »excellence scientifique », l' »indépendance » et la « réactivité ». L’affirmation fait s’étrangler les écologistes. « Autant demander à un renard de surveiller un poulailler ! » s’écrit Greenpeace.

Les ministres de l’environnement des pays européens ne sont pas loin de penser la même chose. Au point que onze d’entre eux – Autriche, Bulgarie, Chypre, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Malte, Pays-Bas et Slovénie -, affichant leur défiance à l’égard des instances communautaires, viennent de réclamer la possibilité d’interdire, de leur propre initiative, la culture de séquences génétiquement modifiées sur leur territoire. Sans souscrire à cette demande de nationalisation des autorisations de culture, la secrétaire d’Etat française à l’écologie, Chantal Jouanno, plaide elle aussi pour « que les procédures d’expertise soient revues ».

Quand l’EFSA voit le jour, en janvier 2002, l’Europe sort des crises de la vache folle et du poulet à la dioxine belge. La confiance des consommateurs est ébranlée. La filière agroalimentaire discréditée. L’Union européenne décide de se doter d’une expertise scientifique incontestable. Et de séparer l’évaluation des risques de la décision politique.

Maladies animales, additifs alimentaires, OGM, pesticides, risques biologiques… L’agence ne chôme pas. Chaque année, sa charge de travail double : en 2009, elle rendra un millier d’avis scientifiques. Trop, trop vite ? Avec 400 permanents et un financement communautaire de 73 millions d’euros, elle a atteint « la taille critique » et « la maturité » qui garantissent aux citoyens européens « un système d’évaluation des risques extrêmement robuste« , assure Mme Geslain-Lanéelle. Dix panels de scientifiques externes ont été mis en place pour couvrir les différentes disciplines, soit un réseau de 200 experts, réunis 10 à 12 fois par an. S’y ajoutent un millier de spécialistes consultés ponctuellement, dont la directrice souhaite tripler ou quadrupler le nombre.

Sur certains dossiers, l’EFSA a fait la preuve de l’indépendance qu’elle revendique. Par exemple en concluant, en 2007, que le colorant alimentaire Rouge 2G (E128), utilisé depuis trente ans dans les saucisses et les hamburgers, pouvait avoir des effets cancérigènes. Son bilan en matière d’OGM laisse en revanche perplexe.

Depuis sa création, l’autorité a reçu des industries agroalimentaires 119 demandes d’autorisation ou de renouvellement d’organismes génétiquement modifiés. Plus de la moitié (69) sont encore à l’étude, tandis que 8 ont été finalement retirées. Elle a donc rendu 42 avis… tous positifs. Qui plus est, adoptés à l’unanimité – le vote se faisant à main levée – des membres du panel OGM présents.

Pour les écologistes, la cause est entendue. Lire la suite

Robin, OGM: Il faut une étude sur plusieurs années

lexpress.fr, Sandra Gérard, le 17 février 2009

OGM: « Une étude sur plusieurs années est indispensable »

La France a obtenu lundi 16 février le maintien de sa clause de sauvegarde interdisant la culture du maïs transgénique MON810 de Monsanto sur son territoire. Réaction de Marie-Monique Robin, journaliste et auteure du « Monde selon Monsanto ».

La France a réussi à maintenir sa clause de sauvegarde interdisant la culture du MON810. Quel est votre sentiment ?

Je suis très heureuse et satisfaite. C’est une décision courageuse de la part du gouvernement français que de défendre cette clause malgré les pressions très fortes qu’il subit de la part des lobbies. J’ai été plutôt surprise de l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) (NDLR : qui considère le MON810 sans danger pour la santé). On ne sait pas sur quoi ils se basent pour faire une telle affirmation, on n’a pas accès aux données brutes qui pourraient confirmer leurs dires. Cette affaire me rappelle celle du MON863, en 2007. Corinne Lepage, présidente du Crii-Gen, une association de lutte contre les OGM, avait dû saisir la Commission d’accès aux données administratives (Cada) pour contraindre l’Afssa à communiquer les données brutes de l’étude qu’elle avait réalisée. Lorsque des scientifiques indépendants se sont penchés sur ces résultats, ils se sont rendu compte qu’il y avait des problèmes avec les rats nourris avec le MON863. Finalement, la Commission européenne a étouffé l’affaire et il n’a pas été autorisé. Aujourd’hui, c’est la même avec le 810. S’il n’existe pas de problèmes sanitaires avec ce maïs, pourquoi alors ne pas fournir ces données ?

La firme Monsanto ne va sûrement pas en rester là. Que pensez-vous qu’elle va mettre en oeuvre pour imposer la culture de son maïs?

Elle va continuer le lobbying en infiltrant le gouvernement, comme cela s’est fait en Allemagne. Au printemps 2007, le ministre de l’Agriculture allemand a demandé au BVSL, l’équivalent de l’Afssa française, d’interdire le MON810 en raison des potentiels dangers environnementaux qu’il présente, notamment sur les insectes dont on a besoin, comme les abeilles. Mais Hans Jörg Bukh, responsable du département des biotechnologies au sein du BVSL, a alors affirmé que rien ne permettait de s’opposer à la culture ou à l’utilisation de ce maïs. Il avait, en 2002, participé à la promotion vidéo d’OGM, financée par Monsanto. Fin 2007, le BVSL a autorisé sa culture…

Concrètement, que connaît-on aujourd’hui des dangers potentiels du MON810 ?

Aujourd’hui on n’a rien, aucune étude sérieuse portant sur l’impact possible sur l’environnement. La seule chose dont nous disposons est cet avis de l’Afssa qui ne se base que sur une recherche de trois mois, pour lequel nous n’avons aucune donnée brute et qui ne concerne que les risques sanitaires… Une étude sur plusieurs années menées par des scientifiques indépendants me semble indispensable.

Pourtant, la clause de sauvegarde va bientôt être à nouveau remise en cause puisqu’au printemps, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) doit statuer sur le renouvellement de l’autorisation du MON810…

Le comité OGM de l’Efsa, chargé de leur évaluation, est composé à 80% de personnes travaillant aussi pour l’industrie des biotechnologies. Il ne peut être indépendant avec des liens aussi étroits. Comment peut-on faire confiance à des personnes qui sont clairement en faveur de ce qu’ils sont censés évaluer ? Lire la suite

OGM : « Il n y a pas assez de science dans ce domaine »

metrofrance.com, Yvon Le Maho, le12 février 2009

OGM : « Il n y a pas assez de science dans ce domaine »

Interview d’Yvon Le Maho, directeur de recherche au CNRS, auteur d’un rapport sur le MON 810 pour le compte du gouvernement.

Le Figaro a publié ce matin des extraits d’un rapport de l’Agence française de sécurité des aliments (Afssa) qui conclut à l’innocuité pour la santé du maïs MON 810. La culture de cette plante génétiquement modifiée est interdite en France depuis l’activation de la clause de sauvegarde demandée par le gouvernement français à l’Union européenne en janvier 2008 et appuyée par un rapport élaboré par le professeur Yvon Le Maho membre de l’Académie des sciences. Dans ses conclusions, le rapport de l’Afssa affirme que le « rapport du Pr le Maho n’apporte aucun élément nouveau qui remettrait en cause la sécurité sanitaire des maïs portant l’événement MON810 ». Réactions d’Yvon Le Maho.

Comment réagissez-vous à la publication du rapport de l’Afssa ?

J’en ai appris l’existence ce matin dans la presse. Mon rapport a été commandé par le gouvernement à la suite des critiques avancées par la firme Monsanto contre l’avis du comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM. Monsanto affirmait que l’innocuité pour la santé de l’homme et pour l’environnement du Mais MON 810 était prouvée. Mon rapport ne partage pas ce point de vue et relève des incertitudes qui justifient l’invocation du principe de précaution. Concernant les enjeux sanitaires, l’agence Afssa estime que nourrir un nombre limité de rats pendant 90 jours suffit à conclure à l’innocuité de ce produit sur la santé humaine. Moi, je pense que non. Puisque les Français sont inquiets des éventuels effets sur la santé des OGM, qu’on fasse des études plus longues !

L’Autorité européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) estime que la France n’a pas apporté de preuves qui mettraient en cause l’innocuité du MON 810, pour justifier l’invocation de la clause de sauvegarde…

Comment apporter des preuves scientifiques de la nocivité de ce produit quand les études nécessaires pour le déterminer n’ont pas été faites. La clause de sauvegarde appliquée par la France se base sur des aspects environnementaux. Or, des chercheurs de l’Inra montrent, dans leurs études, que le problème de la dissémination ne peut pas être maîtrisé. Ce qui ne permet pas d’affirmer l’innocuité de ce maïs pour la faune et pour la flore, ni sa nocivité d’ailleurs. C’est pourquoi, mon rapport concluait à la nécessité d’appliquer le principe de précaution.
Comment se repérer alors dans cet affrontement d’avis contradictoires ?

Je ne suis pas un militant anti-ogm. J’y étais même plutôt favorable. Mais en tant que chercheur, je base mon jugement sur des critères scientifiques. Or, Lire la suite