La décroissance : un modèle économique d’avenir ?

altermonde-sans-frontière.com, Guillaume Duval, Christine Mounier, le 21 avril 2009

La décroissance : un modèle économique d’avenir ?

À en croire les principaux média, le bien-être de tous passe par une croissance soutenue. Pourtant, pour un nombre croissant de personnes, un modèle économique d´avenir et responsable ne passe plus forcément par la croissance économique, mais au contraire par la décroissance.
Décroissance ou développement durable ? : Deux camps s’opposent sur les réponses à apporter aux problèmes environnementaux et aux besoins de la population.

Les événements climatiques extrêmes se multiplient, les déchets s’amoncellent, les nappes phréatiques s’épuisent ou sont polluées, le pétrole va devenir rare et son contrôle fait l’objet de conflits de plus en plus violents, que ce soit en Irak ou en Tchétchénie. Dans le même temps, la capacité du système économique à répondre aux besoins sociaux est de plus en plus contestée. Les inégalités mondiales se creusent et si une partie de l’Asie est en train de sortir du sous-développement, c’est en adoptant un mode de vie dévoreur de ressources non renouvelables. Bref, et chacun (ou presque) en convient désormais : on va dans le mur et il faut changer de mode de développement. Et pas dans un siècle, dès les prochaines années. Mais comment faire ? Un débat de plus en plus vif oppose les partisans d’une « décroissance soutenable », organisant le recul de l’économie monétaire, aux tenants d’un « développement durable » permettant de concilier croissance et écologie.

Sur la gravité de la situation, il n´y a pas de désaccord majeur entre les tenants du développement durable et les partisans de la décroissance. Ernst Ulrich von Weizsäcker, Amory et Hunter Lovins, tenants du développement durable, reprennent à leur compte, dans leur rapport « Facteur 4 », les très sombres prévisions établies par les Meadows dans leur célèbre rapport de 1972 au Club de Rome sur « les limites de la croissance ». Ils envisagent notamment le risque d´un effondrement brutal des productions agricole et industrielle et de la population mondiale dans les prochaines décennies. Quant à Lester Brown, autre tenant du développement durable, il consacre, dans Éco-économie, des pages aux « signes de la tension » qui ne rassurent pas davantage sur l’avenir. Il n’y a pas non plus de divergence sur la nécessité d’une décroissance très rapide de la consommation de matières premières et d’énergie, en particulier, bien sûr, des énergies fossiles.

L’éco-efficience au secours de la croissance

En revanche, les avis s’opposent sur le moyen d’y parvenir. Les tenants de l’éco-économie mettent en évidence les nombreux moyens techniques déjà connus pour consommer beaucoup moins de matières premières et d’énergie tout en produisant autant de biens et de services (à travers le recyclage et une autre conception des produits). C´est le fameux « facteur 4 » d’Ernst Ulrich von Weizsäcker : on peut produire autant avec quatre fois moins d’énergie et de matières premières. D’autres, plus ambitieux encore, parlent de facteur 10. Sans être des ennemis du marché, les tenants de l´éco-économie ne croient pas que les mécanismes marchands sont susceptibles de rétablir seuls les équilibres écologiques. Ils misent sur des politiques publiques très actives et sur une refonte des systèmes fiscaux en fonction de priorités écologiques. De plus, ils soulignent qu´il va falloir changer en un temps record l´essentiel de nos infrastructures : remodeler l’urbanisme, changer d´habitat, reconfigurer les moyens de production dans la plupart des industries, etc. Cet énorme effort d’investissement est générateur de croissance et, à la fois, nécessite de la croissance pour être mis en oeuvre : la croissance faible des vingt dernières années en Europe a plus freiné la transformation écologique des modes de production et de consommation qu´elle ne l’a accélérée.

Attention à l´effet rebond

Les tenants de la décroissance ne croient pas du tout à un tel scénario. Lire la suite