Jean Zin : Qu’est-ce que l’écologie politique ?

jeanzin.fr, Jean Zin, le 21 janvier 2010

Qu’est-ce que l’écologie politique ?

La question se pose d’autant plus de la nature de l’écologie-politique qu’il s’agit d’un mouvement émergent et non de l’application d’une doctrine préalable. On peut dire que son corps de doctrine s’est constitué en marchant, ce qui justifie l’approche historique qu’en donne Alain Lipietz dans son petit livre sur le sujet.

L’inconvénient de cette approche est cependant de ne pouvoir sortir de la confusion initiale et du volontarisme dont l’écologie-politique a tant de peine à se débarrasser, réduite à une aspiration morale, à une pure question de valeurs, un désir d’harmonie sinon d’amour des hommes et des bêtes, au lieu d’une responsabilité incontournable qui en fait plutôt un enjeu cognitif vital. Il ne s’agit pas de préférences personnelles : on n’a pas le choix ! La réduction de l’écologie-politique à l’amour de la nature est à la fois inévitable et intenable. Il faut l’affirmer haut et fort, on n’a pas besoin de faire de sentimentalisme pour prendre l’écologie-politique au sérieux, notamment sa dimension politique qui introduit dès lors la division entre les écologistes qu’on ne peut absolument pas rassembler en un seul courant qui irait de l’écologie profonde à l’écologie sociale.

Il y a nécessité d’une définition plus conceptuelle et critique de l’écologie-politique, certes moins habituelle, comme retour au réel et nouveau stade cognitif, celui de la post-modernité et de l’unification du monde dont on est devenu responsables, intégrant la contradiction entre nature et culture ainsi qu’en posant des limites aux possibles, à nos capacités techniques de transformation du monde comme de nous-mêmes.

Notre époque en quête de nouvelles spiritualités est imprégnée, depuis le mouvement hippie au moins, d’une idéologie écolo très naïve mais qui a toutes les raisons de perdurer auprès des jeunes urbains. Dès lors, les écologistes sont invariablement identifiés à ce retour à la nature de sortes de boy scouts qui restent pourtant plus que marginaux. Sans aller jusque là, on leur imputera au moins une forme ou une autre de primitivisme ou de régression. Il n’est certes pas si facile de s’en défaire quand on prétend défendre notre « monde vécu » ou quelque nature originaire, l’indispensable critique de la technique et du progrès glissant facilement à la technophobie comme au conservatisme le plus réactionnaire.

Pendant que les gentils écolos occupent héroïquement la scène, on voit arriver en coulisse une toute autre écologie en costard cravate, plus du tout utopique celle-là, et plutôt technophile, celle du capitalisme vert engagé dans un nouveau cycle de croissance. Ces divergences d’approche prouvent au moins que l’écologie ne se réduit pas à ce que ses partisans en font, mais elles témoignent surtout de l’absence de la dimension politique dans ces approches spirituelles ou marchandes.

De son côté, l’écologie-politique ne peut se limiter à l’environnementalisme au moins parce qu’elle est supposée remonter aux causes (humaines) et adopter un point de vue global (collectif), mais avant tout à cause de l’enjeu politique qui a été souligné par André Gorz dans son texte inaugural « leur écologie et la nôtre » que nous avions mis en exergue du premier EcoRev’. Non seulement ce texte introduit la division dans l’écologie, en particulier avec l’opposition à l’expertocratie, mais il se situe clairement dans la continuité des luttes d’émancipation et dans le camp de l’anti-capitalisme. Avec de grandes différences toutefois, qu’on peut caractériser comme Lire la suite

La démocratie technique pour ajuster désirs et limites

vivagora.org, Dorothée Benoit Browaeys, le 14 septembre 2009

La démocratie technique pour ajuster désirs et limites

Une intervention de Dorothée Benoit Browaeys, Déléguée générale de VivAgora, aux ateliers d’été du développement durable, le 12 sept 2009 à Versailles.

Table ronde – Le rôle des politiques et des citoyens face à la crise : que faire ici et maintenant ?

Les crises financières et écologiques actuelles sont l‘une comme l’autre le fruit d’un désajustement (1). On parle moins de la crise technologique, incarnée par l’opposition aux OGM qui se traduit de plus en plus par un rejet de la technocratie.

Chacun se sent pris dans un étau entre le déferlement de toutes les innovations possibles et un sentiment d’impuissance. Le progrès technique est vécu comme une fatalité à subir plutôt que comme un problème de société qui engage des choix. Car la domination des experts a évacué la « mise en politique des questions scientifiques et techniques ». Elle cache le fait que la technoscience remodèle le monde de façon controversée… Elle tente de minimiser les dégâts sanitaires que subissent les citoyens (sang contaminé, vache folle, pesticides, ondes…).  Mais l’émergence de risques incalculables, délocalisés et irrémédiables (cf Ulrich Beck (2) l’ambivalence des usages et l’importance des impacts sociétaux des innovations accroissent l’angoisse et la méfiance.

Dans le contexte de crises des modèles (économique, scientifique…), de butée sur les limites des ressources planétaires et de méfiance des citoyens envers leurs gouvernants, de nouvelles procédures de dialogue sont nécessaires pour qualifier, hiérarchiser ce qui est souhaitable, désirable, raisonnable. « Nous n’habitons plus le monde des modernes, nous nous heurtons à la finitude « écrit Dominique Bourg dans son article « Pour une démocratie écologique » (4), après avoir décrit la tension entre la valeur de la liberté portée par la démocratie moderne, et l’intérêt collectif. Nos gouvernements sont davantage au service du droit de l’individu à consommer le plus possible (programme de progrès sans fin, de transgression) que capables d’arbitrages vis-à-vis de scénarii futurs.

Les outils politiques doivent être enrichis pour co-élaborer – dans une confrontation des cultures et des visions de l’avenir – des préférences, des normes, des décisions. Trois exigences s’imposent :

1 – Engager les citoyens dans l’élaboration des enjeux de gouvernance ; sortir des cadrages strictement techniciens ; produire une information pertinente qui répond aux expériences et demandes des citoyens. exemples : Nouveaux indicateurs de progrès- Réseau Fair-Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, pétion parue dans Libération pour une gestion sociale et démocratique de l’épidémie de gripe H1N1. Engagements de VivAgora : Alliance citoyenne sur les enjeux des nanotechnologies

2 – Développer une culture du débat public qui permette de dépasser le débat « politiquement correct » pour créer peu à peu les conditions d’une authentique démocratie participative, condition de la co-construction souhaitée des technologies et de la société de demain ; construire les collectifs ou mobiliser les ONG dans des instances de dialogue fondées comme permanentes. Exemples : Cycles de débats publics sur la biologie synthétique (prochains OGM). Engagements de VivAgora : NanoForum ou cahier d’acteurs pour le débat national sur les nanotechnologies de la CNDP

3 – Introduire Lire la suite

Un projet d’écologie sociale dans les zones rurales

bulletins-electroniques.com, Julien Sialelli, le 17 juin 2009

Un projet d’écologie sociale dans les zones rurales

Toutes les structures de gouvernance doivent se mobiliser et définir des alternatives efficaces en réponse aux changements climatiques et énergétiques actuels, ce sont les grands défis environnementaux de la société moderne. Au niveau local, les communes peuvent notamment privilégier les énergies propres au détriment des énergies fossiles. Le projet « EE-Régions : écologie sociale de l’autonomie énergétique » (EE-Regionen: Sozial-Okologie der Selbstversorgung) s’inscrit dans cette volonté et vise à promouvoir et à développer l’utilisation de sources d’énergies propres dans quatre communes test en Allemagne.
Le projet « EE-Régions : écologie sociale de l’autonomie énergétique » est le premier de douze projets de recherche dans le domaine de l’écologie sociale, que le Ministère fédéral de l’enseignement et de la recherche (BMBF) prévoit de soutenir dans les quatre prochaines années. Avec ce projet, le BMBF souhaite également soutenir de jeunes groupes de scientifiques dans des champs d’étude aussi variés que la biodiversité, les biocarburants, les politiques énergétiques, les initiatives civiles en faveur de la protection de la nature, l’éthique dans les activités commerciales, etc. Le BMBF a mis à disposition des groupes de chercheurs impliqués dans le projet une enveloppe de 22 millions d’euros jusqu’à 2013.

« Avec ces projets, les spécialistes de demain peuvent se qualifier sur une thématique importante pour le futur« , a affirmé, lundi 17 juin 2009, le secrétaire d’Etat au BMBF, Frieder Meyer-Krahmer. Le projet « EE-Régions : écologie sociale de l’autonomie énergétique » doit contribuer à une utilisation effective des potentiels d’économie d’énergie. La conversion aux énergies renouvelables de la part d’un grand nombre de communes constituerait, au niveau national, une avancée considérable dans le domaine de l’approvisionnement en énergie. En formulant de nouvelles approches en termes d’approvisionnement en énergies renouvelables, le projet permettra aux communes de subvenir à leurs propres besoins énergétiques et calorifiques.

L’Université de Fribourg-en-Brisgau, l’Université Hohenheim de Stuttgart et l’Institut d’économie écologique de Berlin participent à ce projet. Les communes choisies pour le projet EE-Régions sont les suivantes : Lüchow-Dannenberg, Schwäbisch Hall, Morbach et Wolpertshausen. Les régions et les communes sélectionnées seront accompagnées et bénéficieront d’un soutien scientifique au cours des quatre années à venir.

Au terme du projet, les connaissances acquises sur les quatre sites test permettront Lire la suite

DD et commerce équitable : mauvais mixage de poncifs

novopress.info, Claude Timmerman, le 18 Avril 2009     

Développement durable et commerce équitable : mauvais mixage de poncifs

C’est un véritable brûlot – le premier d’une série – que nous livre ici, spécialiste du monde agricole, diplômé de l’ENS, agrégé de l’Université, docteur ès-sciences et que l’on a pu entendre à différentes reprises sur Novopress (notamment sur la soumission de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments au lobby des semenciers du maïs génétiquement modifié, ou encore sur la pêche) ! Une charge au vitriol contre les poncifs de l’ « écologiquement correct » à forte valeur ajoutée qui risque fort de faire grincer quelques dents et de susciter nombre de réactions… Attention, comme dirait Bernard Blier dans Les tontons flingueurs : « c’est du brutal ! »

Le terme « écologie » fut inventé en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel, bien que Henry David Thoreau l’ait peut-être inventé dès 1852. Il semble avoir été utilisé pour la première fois en français vers 1874. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, Haeckel désignait en ces termes: « (…) la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence. » Autrement dit, l’écologie est la science des interactions des divers individus et des diverses espèces entre elles à l’intérieur d’un même milieu (biotope) et par extension à la biosphère toute entière. Au niveau humain, elle analyse l’état de compétiteur de l’individu parmi les autres espèces animales ou végétales et considère l’homme comme une des composantes naturelles du milieu et non pas comme le prédateur dominant naturel. Elle s’oppose en cela aux conceptions religieuses monothéistes issues de la Genèse qui place, pour les juifs les musulmans et les chrétiens, l’homme au sommet d’une création qui n’est là que pour qu’il s’en serve.

L’écologie sociale – théorie philosophique, sociale et politique, mise sur pied par l’américain Murray Bookchin (1921-2006) dans les années soixante – montre les problèmes écologiques comme découlant principalement de problèmes sociaux, notamment des différentes formes de hiérarchies et de dominations, et cherche à les régler à travers le modèle d’une société adaptée au développement humain et à la biosphère. Dans cette optique, la place de l’homme se conçoit dans une harmonie de développement garantissant la pérennité des autres espèces au milieu desquelles il s’épanouit en s’efforçant d’avoir un minimum d’impact négatif sur le biotope.

L’écologie politique cherche à développer la prise de conscience de l’empreinte de l’être humain sur son milieu, y compris dans ses aspects politiques, sociaux, et sociétaux : le terme est apparu dans les années 1970, par opposition à certains mouvements “écologistes” qui avaient tendance à ne pas inclure ces aspects dans leur réflexion. Il s’agissait de remettre en question l’interaction entre l’être humain et son environnement, y compris dans les programmes politiques. C’est aussi un mouvement social pour transformer la société, dans un sens plus conforme à une vision écologique (globale, intégrant les générations ultérieures) des réalités. Plus qu’une politique, on peut la considérer comme une éthique, aspirant à une plus grande harmonie, autonomie, solidarité, efficacité et responsabilité. C’est une théorie radicale basée sur le communalisme qui s’oppose au système capitaliste actuel de production et de consommation. Elle vise la mise en place d’une société morale, décentralisée, solidaire, guidée par la raison. On comprend dans ses conditions que l’écologie figure à l’extrême gauche de l’échiquier politique et apparaisse depuis trente ans comme doctrine politique de substitution au marxisme agonisant…

Voyons maintenant comment s’entend le développement durable : publié en 1987 par la Commission Mondiale sur l’Environnement et le Développement, le rapport « Notre Avenir à Tous , nommé rapport Bruntland – nom de la présidente de la commission, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland – définit ainsi la politique nécessaire pour parvenir à un « développement durable » : « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : Lire la suite