Comment se fabriquer un cerveau vert ?

environnement.blogs.liberation.fr, Laure Noualhat, le 22 avril 2009

Comment se fabriquer un cerveau vert?

Dans l’édition du NYT Magazine parue le 19 avril, il se trouve un extraordinaire papier sur le cerveau vert. Pourquoi est-ce si compliqué de convertir nos cerveaux aux grands enjeux environnementaux tels que le changement climatique ou pire encore, l’effondrement de la biodiversité ? D’après les chercheurs en sciences cognitives, les comportementalistes et ceux qui planchent sur les caractéristiques de nos prises de décision, ces sujets de recherche pourraient porter en eux bien plus de solutions que les sauts technologiques dont on nous rabâche l’impérieuse nécessité. Et si les clefs de la lutte contre les périls climatiques et écologiques, qui implique de multiples changements de comportement, étaient en nous ? Tout simplement.

Le journaliste Jon Gertner a passé deux jours à l’Université de Columbia où un colloque sur l’environnement a réuni la crème de la science cognitive. Les recherches sur l’être humain confronté à des choix simples ou multiples dans les domaines de l’économie, de la santé ou de la consommation, …, existent depuis longtemps. Mais rien de similaire n’avait jusqu’alors été tenté en matière d’environnement. C’est chose faite avec les travaux du Centre de recherches sur les décisions environnementales (Cred), une branche de la recherche comportementale, à l’intersection entre la psychologie, l’économie et la science qui s’intéresse aux processus déterminant nos choix et nos comportements. Pourquoi devient-on écolo ? Pourquoi pas ? Pourquoi accepte-t-on de changer ? Pourquoi reste-t-on aveugle ? De quoi se contente-t-on ? Etc. Le sujet est, avouons-le, passionnant.

« Commençons par considérer que le changement climatique est anthropique. », démarre Elke Weber, l’une des chercheuses de Columbia. « Les gens sont tombés plus ou moins d’accord avec cela. Cela signifie que le changement climatique est causé par le comportement humain. Ce qui ne signifie pas que les solutions techniques n’ont pas leur place. Mais si ce phénomène est causé par le comportement humain, alors la solution réside aussi, probablement, dans le changement des comportements humains. »

J’en vois d’ici opiner du chef, considérant cela comme évident. Tant mieux, alors c’est aux autres que ce papier s’adresse, en priorité ! Le journaliste a assisté aux tests du Cred. D’après ses chercheurs, le changement climatique est une opportunité en or pour étudier nos réactions et nos arbitrages sur des problématiques au long cours. Quels sacrifices serions-nous prêts à mettre en œuvre aujourd’hui pour obtenir des bénéfices climatiques incertains et surtout très lointains ? En gros, qui accepte de monter dans un avion dont les probabilités d’arriver à bon port sont de 15% ? Hmmm, qui ?

La prise de décision –c’est-à-dire l’évaluation des risques- est communément considérée comme deux systèmes travaillant en parallèle. L’un bosse de façon analytique, pèse le pour et le contre, les coûts et les bénéfices de telle décision. L’autre, plus instinctif, envisage le risque comme un sentiment: une réaction primitive et urgente au danger, basée sur l’expérience personnelle. Le problème du système analytique, c’est qu’il considère que le bénéfice au court terme est préférable au bénéfice à long terme. En gros, nous ne sommes guère incités à changer de mode de vie pour garantir –et encore, rien ne le garantit- un meilleur avenir climatique. Et avec le système basé sur l’émotion, ce n’est pas mieux : difficile d’évaluer les dangers de périls que l’on ne vit pas ou par télé interposée (sécheresses, montée du niveau des océans, …).

Les travaux d’Elke Weber montrent aussi que nous avons un quota d’inquiétudes au-delà duquel on interchange les problèmes. Nous sommes incapables de maintenir notre peur du changement climatique lorsque Lire la suite

Hulot : Nos écogestes ne sont pas à la hauteur des enjeux

terra-economica.info, Walter Bouvais, Yannick Labrousse/Temps machine, le 30 mars 2009

Nicolas Hulot : « Nos écogestes ne sont pas à la hauteur des enjeux »

Nicolas Hulot s’apprête à revenir au devant de la scène médiatique. Son long métrage « Le Syndrome du Titanic », annoncé comme un « cri d’alarme et un cri d’espoir », pourrait être projeté au Festival de Cannes. L’animateur et patron de la fondation qui porte son nom lève, pour « Terra eco », un coin de voile sur ce film. Et appelle à un changement radical et immédiat de notre consommation.

La crise économique se propage. Faut-il relancer la machine par la consommation ? Est-ce compatible avec une démarche de développement durable ?

Nicolas Hulot : Il faut investir pour que l’économie tourne. Mais nous devons désormais le faire sur la base de critères drastiques, en privilégiant l’économie immatérielle. Il va falloir réguler, voire tarir, certaines consommations, comme celle du poisson ou celle des automobiles polluantes. On y parviendra en interdisant par exemple les voitures dont les émissions de CO2 dépassent 50 ou 80 grammes par kilomètre (1). Parallèlement, certaines consommations élémentaires doivent être encouragées. C’est le cas de l’alimentation biologique, qui doit atteindre un seuil critique. Pour réguler certaines consommations et tarir les autres, il va falloir de nouvelles normes et de la fiscalité.

Pourtant le débat sur la taxe écologique – qui privilégierait les produits verts et pénaliserait les autres – n’avance pas.

N.H. : Au contraire. Il y a quelque temps, cette solution était inenvisageable. A l’heure où nous parlons, des décideurs réfléchissent à basculer notre fiscalité, en taxant davantage les consommations impactant les ressources énergétiques ou naturelles et moins le travail. L’idée de cette taxe n’est pas encore admise, c’est vrai. Mais elle n’est plus écartée. En fait, la crise économique a pris tout le monde de court et c’est finalement sa seule vertu : elle nous fait douter de tout. Du coup, en France comme ailleurs, les esprits s’ouvrent à des idées nouvelles. Sur le sujet de la taxe écologique, je peux vous dire que nous avons des réunions au sommet de l’Etat.

Comme chaque année, avril est marqué par la semaine du développement durable. Qu’en pensez-vous ?

N.H. : Tout cela est sympathique et nécessaire, mais insuffisant. Des responsables politiques ne pourraient pas dire cela. Mais c’est le rôle d’une ONG comme la nôtre. Par exemple, je déplore l’abus que l’on fait du terme « développement durable  ». J’ai parfois l’impression qu’il ne s’agit plus que d’une camomille mielleuse destinée à nous faire ingérer nos excès. Quand j’entends qu’on veut installer un circuit de Formule 1 « durable » à proximité de Paris, j’ai un peu la nausée.

Comment conserver notre niveau de confort tout en réduisant nos consommations de matière et d’énergie ?

N.H. : Le bien-être n’est pas proportionnel à notre consommation matérielle. Il faut redéfinir ce que nous appelons le confort. La débauche de choix dans les supermarchés est-elle le signe de notre liberté ou le témoin de notre accoutumance ? Je rappelle que si nous continuons au rythme de consommation actuel, l’humanité n’aura plus à sa disposition à la fin du siècle que deux métaux, dont l’aluminium. L’inconfort, ce serait de ne rien faire. Le bien-être consiste à trier dans les possibles et à se priver de certains choix. Et derrière cela, il doit y avoir des décisions politiques.

Nous sommes passés en quelques mois d’une crise écologique à une crise économique et sociale. Comme si ces deux extrêmes étaient nos seules alternatives…

N.H. : Nos actions dépassent nos intentions. Notre système nous met dans l’obligation d’une croissance économique, financière et matérielle qui n’est pas tenable dans un monde physiquement clos et limité. On ne peut pas passer son temps à s’endetter pour rembourser la dette, au détriment des enjeux écologiques et sociaux. Il faut Lire la suite

Hulot : députés, sénateurs dans le refus et le déni de la crise

Libération, samedi 20 septembre 2008, recueilli par Christian Losson

Nicolas Hulot : «Halte à l’inertie!»

Nicolas Hulot, animateur télé et écologiste, est président de la Fondation Nicolas-Hulot pour la nature et l’homme.

Les atermoiements du gouvernement sur la fiscalité verte sont-ils le signe de l’enterrement à venir du Grenelle de l’environnement ?

La première chose à faire, c’est siffler la fin de la récré ! Cela fuse dans tous les sens, c’est du grand n’importe quoi. Un coup on nous dit «on vire le bonus-malus», un coup on nous dit «on va l’examiner». D’accord, il faut encore attendre, et regarder les choses concrètes, la loi Grenelle 2 à venir [qui doit traiter en particulier des transports, du logement, de la préservation de la biodiversité et qui devrait être transmise dans les jours qui viennent au Conseil d’Etat, ndlr], les modalités d’application et les financements qui iront avec. Mais quand même. Le Grenelle de l’environnement, ce n’est pas la panacée, mais il a ouvert une dynamique dont il faut se réjouir, une avancée qui a donné un élan. Et si, dès la première étape importante, on ne parvient pas à montrer un signe fort à la société, qui se traduise par un vote unanime à l’Assemblée nationale, c’est à désespérer.

Etes-vous surpris par la virulence des attaques contre Jean-Louis Borloo, qui souhaite étendre le bonus-malus à d’autres produits de consommation ?

Je n’ai jamais imaginé que ce processus irait à son terme sereinement et que les vieux démons n’allaient pas resurgir. Il y a des gens en France qui n’ont toujours pas visualisé la contrainte majeure devant nous – la survie de la planète -, qui nous oblige à trouver des solutions. Ces mêmes personnes, systématiquement, font marche arrière à la moindre proposition, sans avancer d’alternative. Je veux bien admettre qu’il y a des choses proposées dans le Grenelle qui ne sont pas parfaites, mais on ne peut n’y opposer que des résistances, du délitement. Il faut que cela s’arrête, ça devient ridicule.

Résultat, tout débat sur la fiscalité environnementale est-il torpillé par les querelles de préau ?

Mais cela fait des années que je réclame un vrai débat, en profondeur sur la fiscalité écologique, dans laquelle j’englobe la fiscalité énergétique! Avec pour point focus le déplacement de la fiscalité du travail sur la fiscalité environnementale, pour que les choses se fassent à pression fiscale égale. Les Suédois l’ont fait et cela n’a pas foutu leur économie à terre. Lire la suite