« Je participe, tu participes, il participe, nous participons, vous participez, ils décident » (Slogan anarchiste) : La démocratie participative entre détournement et inachèvement

divergence.be, Jean-Pierre Garnier, 17 juillet 2010

http://divergences.be/spip.php?article1993

La démocratie participative entre détournement et inachèvement

 « Je participe, tu participes, il participe, nous participons, vous participez, ils décident. » (Slogan anarchiste)

Aujourd’hui, la démocratie participative est devenue un symbole promu officiellement comme une avancée dans le droit octroyé aux citoyens de prendre réellement les affaires de la Cité en main. Mais ce qui est promu ainsi rencontre des limites, qui pourraient — on verra plus loin pourquoi j’utilise le conditionnel — se résumer en deux mots : détournement et inachèvement.

Dans bon nombre de cas, l’expression populaire a été instrumentalisée, voire domestiquée par les municipalités. La plupart des conférences, assemblées et autres réunions « citoyennes », pour ne rien dire des conseils de quartiers ou des « budgets participatifs », sont organisées de telle sorte que les participants soient conduits à donner des avis « constructifs », acceptant les termes de la question posée, collaborant, au même titre que les « experts » chargés de la formuler, à la production de l’étiquette « acceptabilité », un nouveau label de qualité pour les « projets innovants ». Cette manipulation a été d’autant plus aisée que les « dispositifs » induisant la bonne volonté et la soumission — penser dans le cadre institutionnel et conceptuel où l’on vous dit de penser — sont beaucoup plus faciles à mettre en place, pour les « autorités » ou les « responsables », et surtout moins risqués, que ceux qui permettraient de poser les questions qui gênent.

Dans d’autres cas, malgré des efforts louables pour que l’intervention des citoyens dans la prise de décision soit plus effective, la démocratie participative telle quelle est mise en œuvre donne une nette impression d’inachèvement. D’abord, parce les thèmes ou les objets du débat restent confinés dans le localisme et, s’agissant de l’aménagement urbain, dans le spatialisme, alors que l’origine des problèmes à traiter se trouve la plupart du temps « ailleurs », c’est-à-dire à d’autres niveaux géographiques et dans des domaines autres que spatiaux. Ensuite, et ceci explique peut-être cela, parce que le peuple, c’est-à-dire — je vais dire un gros mot — les classes dominées, reste largement en marge des politiques publiques censées l’inclure et l’impliquer. À tel point que certains parlent, à propos de ce retrait ou de cette réserve populaire, d’une « démocratie de l’abstention ». Réponse du berger à la bergère à cette « démocratie sans le peuple » dont le philosophe italien marxiste Domenico Losurdo, pour ne mentionner que lui, a pointé depuis longtemps les tenants et les aboutissants.

Cette non participation de la majorité des citoyens-citadins, n’a pourtant guère de quoi étonner, si l’on y réfléchit bien. « Qui participe ? Qui ne participe pas ? Et pourquoi ? », se demande-t-on souvent dans les cercles de réflexion inféodés aux détenteurs du pouvoir. Une question, qui permettrait pourtant de répondre aux autres, brille par son absence : participer à quoi ? À la prise de décisions ou aux mécanismes mis en place pour faire participer ? Ce n’est pas exactement la même chose.

Affirmer, comme le font certains sociologues ou politologues, que « la question de la mobilisation dans la démocratie participative est un enjeu essentiel tant pour les acteurs de la démocratie participative que pour les chercheurs », laisse entendre que c’en n’est apparemment pas un pour les gens qui ne sont ni des acteurs ni des chercheurs. Laissons de côté les chercheurs. Qui sont les « acteurs » ? Lire la suite

Quelles pratiques démocratiques ? Pour mieux faire société

mediapart.fr, Jean-Claude Charrié, le 22 Décembre 2009

Quelles pratiques démocratiques ? Pour mieux faire société

La mode, la grande mode est à la « démocratie participative ».

Aujourd’hui « leitmotiv » assumé de leaders politiques célèbres et célébrés, la démocratie participative est en réalité dans les tuyaux depuis bien avant la dernière élection présidentielle, elle trouve ses racines si je ne me trompe dans la décentralisation, du moins dans sa forme et son acception moderne.

Et nul doute qu’ils sont forts nombreux, tous les élus et toutes les élues qui « s’en réclament ».

De quoi s’agit-il ?

Tout simplement d’associer. D’associer le citoyen à la prise de décision, d’associer la « société civile » à l’exercice politique, d’associer la mythique démocratie directe à la désormais suspecte démocratie représentative.

Pour une étude très sérieuse de la chose, je ne saurais trop recommander les travaux de Pierre Rosanvallon, en particulier « La légitimité démocratique » (Septembre 2008 au Seuil).

En contrepoint, je vous propose, beaucoup plus brièvement ici, de rester au raz des pâquerettes et de la chose vécue, de notre quotidienne citoyenneté en quelque sorte.    

Au-delà de l’association des gens aux décisions qui les concernent, il s’agit bien en effet de légitimité.
Les prémices de cette affaire sont peut-être à rechercher du côté par exemple du Conseil Economique et Social inscrit dans notre constitution de 1958
(lui-même lointain héritier à en croire Wikipédia d’une initiative de la IIIe République en 1925).

Puis il y eut aussi et vivent encore, les « commissions extramunicipales », les « conseils de quartier », « les assemblées de ceci ou de cela »… toutes formes qui doivent beaucoup à notre gauche nationalement minoritaire pendant les si longues années de règne du Général, puis de Pompidou, puis de Giscard.

Ce fut une éternité, un tunnel pendant la traversée duquel la gamberge est venue au secours de l’impatience et/ou de la frustration.

Et l’imagination prenant le pouvoir faute de l’exercer, les esprits en surchauffe n’ont pas manqué de produire, d’inventer, de construire et d’argumenter.

Et c’est ainsi que sont convoqués au sacre de la démocratie participative, tous les archétypes de la rhétorique démocratique tout court : contre pouvoirs, équilibre des pouvoirs, démocratie directe … tous concepts procédant de l’exercice critique légitime d’une minorité.   Et c’est à partir de ces constructions théoriques, de ces représentations principielles qu’il me semble intéressant d’apprécier Lire la suite