Peintures, meubles, tapis… Et chez vous, c’est respirable ?

Mediapart,  Hugo Lindenberg, le 12 janvier 2009

Peintures, meubles, tapis, parquets… Et chez vous, c’est respirable ?

 «Quand un appartement sent le neuf, il sent surtout le cancer», assène Andrée Buchmann, présidente de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (Oqai). Cet organisme, créé par le gouvernement Jospin en 2001, se charge depuis d’établir un état des lieux de la qualité de l’air à l’intérieur des bâtiments publics et privés du pays. Et le constat n’est pas brillant.

 «Nos enquêtes montrent que l’air dans les maisons est souvent plus pollué que celui du dehors», explique la présidente de l’Oqai, conseillère générale d’Alsace et déléguée nationale des Verts. En cause, la multitude de substances chimiques qui se dégagent des meubles, objets et produits parmi lesquels nous évoluons au quotidien. «Nous passons en moyenne 90% de notre temps dans des espaces clos», rappelle Andrée Buchmann. Et dans ces «boîtes à vivre» (appartements, bureaux, écoles, voitures, métro…), nous respirons de nombreuses substances irritantes, allergisantes, voire cancérogènes qui se dégagent des surfaces pendant des mois, voire des années.

C’est le cas des composés organiques volatiles (COV), une redoutable famille de composés chimiques qui entrent dans la composition des peintures, vernis, bois agglomérés, moquettes, tissus, produits d’entretien, cosmétiques, encre, parfums d’intérieur…

L’un des plus courants est le formaldéhyde, classé «cancérogène certain» par l’OMS (le niveau le plus haut), présent dans tous les produits cités ci-dessus et bien d’autres encore. Irritant pour les yeux, le nez et la gorge, le formaldéhyde favorise des cancers de l’appareil respiratoire. Si l’on ajoute les particules, le radon, l’ozone, les oxydes d’azote, les moisissures, la pollution venue de l’extérieur, on obtient un échantillon du cocktail empoisonné qui stagne dans les maisons françaises. Et dont les effets sanitaires (asthme, allergies, troubles hormonaux, stérilité, cancers) sont encore insuffisamment pris en compte. «La loi est quasiment muette sur les questions de santé environnementale et les médecins sont souvent sourds aux symptômes liés à la pollution intérieure», regrette Isabelle Farbos, fondatrice de Habitat santé environnement, une association de conseil en santé environnementale. 

L’occupant responsable

Il revient donc aux occupants de prendre en main la qualité de l’air à l’intérieur de leur logement, comme le soulignent la plupart des associations. «Des gestes simples permettent d’assainir considérablement une maison et le premier d’entre eux est d’aérer tous les jours, été comme hiver, au moins 15 minutes», rappelle Andrée Buchmann, de l’observatoire de la qualité de l’air intérieur. Un réflexe en contradiction avec la politique d’économie énergie qui a abouti à une baisse considérable de la ventilation dans les logements depuis 20 ans. Modifier ses habitudes de consommation peut aussi avoir un impact: «Il est complètement inutile de désinfecter trop souvent, les produits antibactériens, la Javel, les encaustiques sont très polluants», explique Isabelle Farbos, qui conseille également de faire la traque aux fausses bonnes odeurs.

L’UFC Que Choisir, en pointe sur ces questions, a alerté à plusieurs reprises sur les bougies parfumées, encens et autres désodorisants d’intérieur (même le papier d’Arménie), très concentrés en substances nocives («brûler de l’encens, c’est comme respirer au plus près d’un pot d’échappement», Lire la suite