Industrie chimique et cancers, le cercle infernal

rue89.com, Christelle Destombes, le 21 décembre 2010 

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Industrie chimique et cancers, le cercle infernal

Dow Chemical, BASF, Bayer, Monsanto, Dupont … Ces géants de l’industrie chimique, à l’origine de nombreux cancers, fabriquent aussi les traitements pour ces mêmes maladies. Le documentaire « The Idiot Cycle » décortique ces liens. Rencontre avec la réalisatrice franco-hispano-canadienne Emmanuelle Schick-Garcia.

Le pire est à venir, craint la réalisatrice, alors que ces compagnies partent désormais à l’assaut des biotechnologies, nous rejouant le mythe du progrès déjà vendu avec le plastique… (Voir la bande-annonce)

Projeté dans de nombreux festivals, ce film autoproduit -et le site dédiépropose des actions en vue de limiter l’exposition aux produits cancérigènes. Rencontre avec une femme qui sait que chacun d’entre nous peut refuser de prendre part à ce cercle absurde.

Christelle Destombes : Qu’est-ce qui a déclenché ce travail ?

Emmanuelle Schick-Garcia : C’est le cancer de ma mère. Elle avait 49 ans, ne buvait pas, ne fumait pas, faisait du sport… A l’époque, j’étais à l’école de cinéma et ma sœur en médecine, elle est devenue docteure et j’ai fait ce film.

La moitié de mes amis ont perdu leurs parents d’un cancer et j’avais aussi dans mon entourage des amis atteints très jeunes : l’un est mort d’un cancer de la langue à 22 ans, l’autre d’un cancer à l’estomac… C’est ce qui a déclenché le film.

Pendant combien de temps avez-vous fait des recherches ?

Près de dix ans. Il y a sept ans, j’ai commencé à lire des études scientifiques, à vérifier qui les faisait et avec quel argent, qui finançait les associations et les universités… Les trois dernières années, j’ai vraiment plongé dans la préparation du film.

Au départ, je me suis préoccupée des causes du cancer, je n’ai pas commencé l’enquête en me disant : « Les gens qui produisent des cancérigènes sont les mêmes que ceux qui font les traitements, et c’est la raison pour laquelle on ne nous parle pas des causes du cancer. »

On dit toujours qu’il y a d’énormes doutes sur les causes des cancers, alors que 15% seulement sont héréditaires. Et il y a une grande confusion chez les gens : « mutation génétique » ne signifie pas « héréditaire », elle peut être induite par le fait de respirer du benzène et transmise à un enfant sans que ce soit héréditaire. Idem pour les dioxines, qui passent la barrière du fœtus. Mais les docteurs sont là pour traiter la maladie, ils n’abordent pas les causes du cancer.

Vous pensez qu’il n’y a pas assez de recherches scientifiques ?

En 1998, on répertoriait 18 millions de produits chimiques, pas forcément commercialisés. Aujourd’hui, il y en a 50 millions dont 100 000 utilisés quotidiennement. Ne pas faire de tests sur ces produits carcinogènes n’a aucun sens. Faire de vraies études sur ces produits prend trois ans et coûte 2 millions de dollars…

Ce n’est rien comparé au coût payé par la société pour nettoyer, dépolluer et traiter les gens qui ont des cancers ! Mais ce n’est pas intéressant pour les hommes d’affaires.

En France, la compagnie qui a produit l’amiante est aussi celle qui dépollue : ils sont gagnants économiquement et, de plus, ils ressemblent à des héros parce qu’ils trouvent une solution à un problème qu’ils ont posé… Pour le film, on a rencontré la fondation Ramazzini, le seul laboratoire au monde à faire des tests extrêmement pointus.

Ils attendent la fin de vie du rat, contrairement à d’autres qui tuent les rats à l’âge de 3 ans. Ils regardent tous les organes, pas seulement le foie ou le cerveau. Et ils sont indépendants, financés par les citoyens. Les compagnies sont poussées par la compétition, elles veulent être les premières sur les marchés, les premières à breveter… D’où leur peu d’intérêt pour les études. Les gouvernements devraient imposer des tests de trois ans.

Vous dénoncez également le lobbying exercé par les industriels dans votre film…

En 1971, le ministère de la Justice américain a dit aux industriels Lire la suite

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Un trafic de déchets toxiques éclabousse Arcelor

La voix du Nord, mercredi 17 septembre 2008, Alexis Constant

Un trafic de déchets toxiques éclabousse Arcelor

Arcelor, numéro1 mondial de l’acier, a réalisé 7,5milliards d’euros de bénéfices nets en 2007.

La justice pense avoir mis au jour un circuit de « blanchiment » de millions de tonnes de déchets toxiques impliquant Arcelor-Dunkerque, trois autres sociétés et un douanier. Par le biais de fausses déclarations, Arcelor est suspecté d’avoir dissimulé aux autorités une partie de ses résidus industriels classés dangereux pendant plus de dix ans et s’être enrichi au détriment de l’État. Une information judiciaire a été ouverte pour corruption, concussion, faux et usages de faux documents administratifs, exportation non déclarée pour élimination dans l’Union européenne de déchets nuisibles.

Depuis la fin du mois de juin, les douanes de Dunkerque font profil bas. La justice exige que toute la lumière soit faite pour tirer au clair une affaire qui pourrait entacher cette administration, d’habitude si tatillonne dans ses missions de recouvrement.

Lorsque les douaniers ont franchi, sur la pointe des pieds, la porte du procureur de la République, pour confesser qu’une enquête sur un trafic de déchets toxiques dormait dans un tiroir depuis trois ans, ça a jeté un froid. Quand ils ont annoncé que ce circuit de « blanchiment » – des dizaines de millions de tonnes – a coulé des jours heureux pendant près de dix ans, le froid est devenu polaire.

Enquête internedes douanes

Les relations ne se sont pas réchauffées quand le parquet a réalisé que la longue liste de délits relevés par les douanes frisait la prescription. Une information judiciaire a été ouverte sur-le-champ. Le parquet de Dunkerque ne souhaite pas communiquer, ne confirmant, ni n’infirmant les faits.

L’enquête, réalisée par les douanes et bouclée en 2005, aurait révélé que dès 1993, Sollac, le Rubis Terminal – entrepôt d’hydrocarbures situé sur le port de Dunkerque -, une société de traitement des déchets (la SONOLUB), un courtier portuaire, ainsi qu’un agent des douanes, auraient conclu un « marché » douteux, mais profitable.

Le coût du traitement des déchets industriels représente une charge onéreuse pour les industries lourdes. À l’époque, les responsables de Sollac ont flairé le bon filon quand la SONOLUB, entreprise de valorisation des déchets, implantée en Seine-Maritime, aurait proposé de lui racheter son fioul dit « naphtaliné ». Un produit classé dangereux, toxique, cancérogène, normalement très encadré par la législation et qui résulte du nettoyage des installations du sidérurgiste.

L’aubaine, c’est que la SONOLUB aurait promis à Sollac que le traitement de ce déchet ne lui coûterait pas un centime. Mieux encore, à l’aide d’un montage frauduleux, les industriels auraient trouvé le moyen de récupérer la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers). Lire la suite