Origines communes des crises économique et écologique

Observatoire international de la dette, François Chesnais, le 15 février 2009

Les origines communes de la crise économique et de la crise écologique

1. L’une des traits majeurs de la situation qui s’est ouverte depuis 2007, est la conjonction entre la crise économique mondiale et la progression de la crise climatique et de ses effets sociaux mondiaux gravissimes. S’y ajoutent ceux de la crise alimentaire provoquée très largement de façon directe par les politiques commerciales mises en œuvre depuis vingt ans. La rapidité avec laquelle la crise climatique progresse et touche les populations des pays les plus pauvres et vulnérables, signifie que celles-ci vont subir les impacts combinés de la récession mondiale, du réchauffement et des effets des politiques agricoles imposées à de si nombreux pays. On peut être sûr qu’une question qui met en cause la civilisation comme telle, va être traitée par les gouvernements comme une question de maintien de l’ordre, tant au plan national qu’international (voir les mesures de l’UE contre l’immigration). Mais dans certaines parties du monde, les effets des changements climatiques, mais aussi les résistances populaires qu’ils provoqueront seront sans doute si forts qu’ils rejailliront sur l’économie et aggraveront la récession.

2. La conjonction entre la crise économique mondiale et la progression de la crise climatique et surtout sa gravité n’est pas totalement fortuite. Les racines de ces deux crises sont les mêmes, à savoir la nature du capital et de la production capitaliste. Mais ce sont seulement la libéralisation et la déréglementation du capital et, partant, sa mondialisation complète et sa financiarisation exacerbée, qui ont fait apparaître cela clairement. Ce sont ces mêmes processus, qui expliquent d’un côté, les traits originaux de la crise, où la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capacités de production se combinent avec un effondrement d’un montant gigantesque de capital fictif, et de l’autre l’accélération des émissions mondiales de CO2 après que leurs effets sur le climat eurent été établis.

3. Le temps du changement climatique sous l’effet des émissions de CO2 (que celles-ci en soient la seule cause ou qu’elles l’accélèrent de nombreuses décennies et aggravent qualitativement un cycle climatique multiséculaire ne change rien à la nature centrale de ce fait) et le temps de l’accumulation du capital en longue période, qui est aussi celui de l’accumulation de ses contradictions internes jusqu’au moment où elles ne peuvent plus être contenues, sont des temps très différents. Dans le cas de la longue accumulation à laquelle la crise met fin, on peut considérer qu’elle débute à la fin des années 1950. Dans le cas de la production de gaz à effets de serre et de leur concentration dans l’atmosphère, on en fait généralement remonter l’origine à la diffusion internationale de la révolution industrielle et de l’usage du charbon à très grande échelle à la fin du 19e siècle. On a donc affaire à des temps de maturation très distincts.

4. Mais on note deux choses. D’abord l’accélération des émissions qui commence également dans les années 1970 vers la fin des « trente glorieuses », et surtout à partir du début des années 1990, alors que le premier rapport du GIEC a été publié, l’espèce de « course vers l’abîme » qui s’engage au plan du changement climatique, avec ses conséquences chaque jour plus claires. Or c’est aussi au début des années 1990 que commence le recours de plus en plus systématique à l’ensemble des mécanismes destinés à soutenir l’accumulation et à contenir les crises financières. Ce sont eux qui ont retardé la crise commencée en août 2007 et qui en expliquent maintenant la profondeur. On y revient plus loin dans le texte et on en explique les implications sur le plan écologique. Lire la suite

Climat : l’avertissement des experts

novethic.fr, Maxence Layet,  le 4 février 2009

Climat : l’avertissement des experts

Le consensus est net. Plusieurs ouvrages, parus entre la fin 2008 et début 2009, aboutissent aux mêmes conclusions. Il reste moins d’une décennie pour obtenir une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Au-delà, la réaction en chaîne climatique, visible en moins de deux générations, deviendra incontrôlable.

Banle-bas de combat ! Côté climat, les avertissements pleuvent en ce début d’année et s’inscrivent dans une véritable convergence internationale. Un consensus notamment relayé par le Worldwatch Institute, un organisme américain de recherche environnemental. « Nous avons le privilège de vivre à un moment de l’histoire où nous pouvons prévenir une catastrophe climatique qui rendrait la planète hostile au développement de l’homme et de son bien-être, » rappelle ainsi Robert Engelman, l’un des directeurs de l’ouvrage « State of World 2009 » rédigé par 47 experts. Le plus grand nombre jamais rassemblés au sein de l’état des lieux annuel du Worldwatch Institute. Parue mi-janvier 2009, sa 26e édition se consacre à « un monde qui se réchauffe ». Selon ce panel d’experts, le temps manque pour suffisamment réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le calme avant la tempête…

Depuis le milieu du 18e siècle, les températures moyennes ont déjà globalement augmenté de 0,8°C. Un degré supplémentaire est d’ores et déjà attendu du fait de l’inertie thermique de la planète et des quantités de GES accumulés entretemps dans l’atmosphère. « Le monde va devoir réduire ses émissions plus drastiquement que prévu, résume le Worldwatch Institute, pour essentiellement ne plus émettre de C02 d’ici 2050 si l’on veut éviter une perturbation catastrophique du climat mondial. » Pour l’un des auteurs du rapport, le climatologue William Hare, il est même impératif que les émissions déclinent au point de devenir négatives après 2050. Sous peine de déclencher un emballement des températures et un compte à rebours climatique lourd de menaces.

A lire les scénarios du quatrième rapport de synthèse du GIEC, le groupe international d’experts de l’évolution du climat, la hausse des températures d’ici 2100 serait comprise entre + 1,1 et + 6,4 C°. C’est l’échelle adoptée par le journaliste Mark Lynas pour détailler dans « Six degrés » (Dunod) les multiples conséquences du réchauffement climatique. Acidification des océans et disparition du plancton, longues périodes de sécheresse, pénurie d’eau douce, érosion des sols et de la biodiversité, zônes côtières condamnées à être submergées… Son voyage dans le temps, au-delà des 2 degrés, se transforme en enfer sur Terre. « Les rétroactions climatiques lentes – retrait des glaces, modifications du cycle du carbone – sont désormais mieux prises en compte. Toutes tendent à confirmer l’urgence de réestimer le taux de réchauffement prévu, » écrit le journaliste britannique. Il nous reste moins d’une décennie pour commencer à réduire nos émissions. »

Deux degrés, point de bascule ?

Pour le GIEC, c’est bien en 2015 que les émissions globales doivent culminer si l’on veut que les concentrations CO² ne dépassent pas les 400 ppm (parties par million) et que les températures n’augmentent pas de plus de deux degrés. Au-delà, l’Amazonie va se transformer en désert et les sols gelés de Sibérie et du Canada « dégazer » de grandes quantités de méthane, amorçant la spirale du réchauffement. Un cercle vicieux impossible alors à réfréner.

Stabiliser le CO2 atmosphérique sous la barre des 400 ppm demande de baisser les émissions de GES de 60 % sur les dix prochaines années. Malheureusement, Lire la suite

Il faut une discrimination positive à l’égard du “durable”

la-croix.com, Aude Carasco, le13 février 2009

« Il faut une discrimination positive à l’égard du “durable” »

Pour Jean Gadrey, économiste, membre de la commission Stiglitz (1), la crise doit accélérer une réorientation de l’économie vers des activités de proximité

La Croix : Le « Made in près de chez soi » connaît un regain d’intérêt avec la crise. Cela peut-il être durable ?

Jean Gadrey : La relocalisation d’une partie de l’économie va devenir une nécessité, avec la crise écologique. Le fait de faire circuler sur des milliers de kilomètres des produits finis, intermédiaires ou agricoles, a accentué les problèmes environnementaux, sans résoudre la crise alimentaire. Cela a aussi accentué la crise économique que nous connaissons.
Ces constats devraient pousser les organisations internationales à développer l’agriculture paysanne, la production vivrière et d’autres types d’activités de proximité.

Quels types d’emplois pourraient être générés ?

Nous avons besoin d’une reconversion de l’agriculture industrielle vers une agriculture durable de proximité. Il y a moins d’un million d’emplois dans l’agriculture en France. Et seul 1,7 % du territoire est occupé par des fermes bio, contre 10 % en Autriche. D’ici à trente ans, une agriculture durable et bio pourrait générer de un à deux millions d’emplois, dont l’essentiel serait des emplois d’agriculteurs autour des agglomérations.

Cela supposerait une vraie politique publique, nationale et européenne, qui favorise les circuits courts et établisse une discrimination positive en faveur du durable, via des aides publiques, des taxes sur les activités polluantes, une réorientation de la politique agricole commune.
Les énergies renouvelables constituent aussi un vivier d’emplois non délocalisables. Selon NégaWatt, le développement de ces énergies permettrait d’adjoindre 600 000 emplois dans le secteur des énergies et de la réhabilitation des logements.

D’autres emplois disparaîtraient dans le même temps…

Le fait de diviser par quatre ou cinq d’ici à 2050 nos émissions de C02 suppose d’organiser la décroissance de la société de l’automobile, des hypermarchés, du tourisme, du secteur aérien, des industries polluantes.

Si on s’y prend à temps, il est possible de reconvertir ces personnes dans l’agriculture de proximité et de qualité, les énergies, les bâtiments réorientés et les transports en commun.

Le plan de relance français va-t-il dans ce sens ?

La crise pousse les responsables politiques à remettre à plus tard les objectifs de développement durable. Les plans de relance auraient dû servir à réorienter plus vite l’économie vers le durable. Il ne fallait pas donner de l’argent public sans injonction sur les changements de cap. Cela revient à créer les conditions d’une crise encore plus grave plus tard.

Peut-on réorienter l’économie sans qu’il y ait de croissance ?

Garder les yeux sur la croissance est le plus sûr moyen d’enchaîner les crises. Nous avons besoin de repères nouveaux. La crise est liée à l’excès des inégalités et de la précarité. Des indicateurs doivent nous aider à remettre l’économie à sa place en lui fixant d’autres caps, que sont la cohésion sociale, la simplicité. C’est l’objectif fixé à la commission Stiglitz, qui remettra ses conclusions fin avril.

On a atteint un tel degré d’inégalité qu’aujourd’hui le patrimoine réuni (hors résidence principale) des dix millions de millionnaires de la planète atteint 40 000 milliards de dollars, alors que ces millionnaires ne représentent que 0,1 % de la population mondiale. Lire la suite

L’empreinte écologique de Google exposée

etopia.be, le 12 février 2009, publié sur Euractiv, le 14 janvier 2009, traduction pour Etopia, Valérie Watillon, Texte original sur : http://www.euractiv.com/en/energy-e…

L’empreinte écologique de Google exposée

Une étude récente, menée par le physicien Alex Wissner, démontre que les moteurs de recherche tel que Google génèrent des émissions massives de CO2. Expliquant sa recherche au Sunday Times, l’académicien de Harvard révèle que, malgré le secret sur l’empreinte écologique de Google, il a calculé, sur base d’informations disponibles publiquement, chaque recherche Google génère 5-10 grammes de CO2.

Le quotidien a reporté que 2 recherches libèrent 7 grammes de CO2 ; l’équivalent d’une bouilloire sifflant pour une tasse de thé. Wissner-Gross a dit plus tard que son travail était surtout axé sur l’ensemble du web et que l’exemple de la bouilloire n’était pas un des siens.

L’échelle de l’empreinte écologique du moteur de recherche provient du fait que la requête est envoyée vers des serveurs multiples autour du monde, mais uniquement les réponses les plus rapides atteignent l’utilisateur, selon Wissner Gross.

« Google n’est pas pire que les autres centres d’opération de données. Si vous voulez fournir un résultat vraiment excellent et rapide, cela va prendre de l’énergie supplémentaire pour y parvenir (ndtr : a dit Wissner Gross à la BBC).

Google, qui tient à promouvoir son image d’entreprise verte, rejeta ces chiffres comme « many times too high ». Il est déclaré sur son blog officiel que le retour des résultats d’une recherche type, en moins de 0.2 secondes, rejette à peu près 0.2 grammes de C02.

« Nous avons fait de grandes avancées pour réduire l’énergie utilisée par nos centres de données, mais nous voulons encore trouver des sources d’énergie propre et abordable,… ». Le géant internet fait allusion à l’investissement de $45 millions dans le domaine de la recherche dans les technologies d’énergie propre, en 2008.

En moyenne, chaque seconde de navigation sur le web produit 0.02 grammes de CO2, selon l’étude. Wissner-Gross fait remarqué aussi que, vu l’augmentation des animations et du contenu des vidéos, le nombre peut atteindre 0.03 grammes chaque seconde. Selon le physicien, la consommation électrique de l’ordinateur doit endosser plus la responsabilité de l’empreinte écologique induite par une « expérience internet type », en fonction de l’infrastructure du réseau qui transmet les site web. Les serveurs d’hébergement web sont les plus petits contributeurs. L’analyse du site du Bureau du Premier Ministre anglais, samedi 10 janvier dernier, montre qu’il était opérationnel à 64% de sa capacité énergétique, pendant que le rendement du site de la BBC était de seulement 49%. Gartner, une compagnie de recherches en technologie de l’information, estime, en 2007, que l’industrie IT a déjà causé 2% de l’émission totale de CO2, soit l’équivalent de l’empreinte écologique de toute l’industrie aérienne.

L’UE prévoit d’introduire des normes « énergie-efficacité » pour le secteur ICT afin de contrer le changement climatique et réduire le gaspillage énergétique (Euractiv 12/12/08)). La commission espère publier les recommandations politiques après un rapport industriel daté de juin 2008 argumentait que l’impact industriel sur le climat allait progresser plus que diminuer si des mesures n’étaient pas prises (Euractiv 27/06/08)

Réflexion sur l’exemple Facebook Lire la suite

La crise financière : tenir compte des limites de la planète

info-durable.be, WWF, le 29 octobre 2008

La crise financière invite à mieux tenir compte des limites de notre planète

Le monde va bientôt devoir faire face à une grave crise écologique. En effet, la pression exercée par les hommes sur la planète, par leur manière de produire, de consommer et de générer des déchets dépasse de presque un tiers ses capacités de régénération. Si notre demande vis-à-vis de la Terre continue à croître au même rythme, nous aurons besoin de deux planètes pour répondre aux besoins de notre train de vie actuel d’ici la moitié des années 2030. A côté de ce que risque de devenir la crise écologique, la crise financière actuelle fera pale figure. Mais il n’est pas encore trop tard. Si nous prenons ces enjeux au sérieux, nous pouvons parfaitement vivre dans les limites de notre planète. Voilà ce qui ressort du Rapport Planète Vivante publié aujourd’hui par l’organisation de protection de l’environnement WWF.

Les conséquences de la crise écologique sont bien plus graves

« Nous agissons avec l’environnement comme l’ont fait les institutions financières dans le domaine économique : nous voulons la satisfaction immédiate et ne regardons absolument pas aux conséquences à plus long terme » explique Geoffroy De Schutter, directeur des programmes au WWF-Belgique. « Il y a cependant une différence : les conséquences de la crise écologique mondiale sont bien plus graves que celles de la crise économique actuelle. En effet, dans le cas de la crise écologique, ce sont nos actifs environnementaux qui sont sous-évalués. Or, ces derniers sont à la base de toute vie. La logique de croissance à l’infini que suit notre consommation dans une seule planète finie montre aujourd’hui ses limites. » Le changement climatique et la crise alimentaire mondiale ne sont que quelques unes des conséquences auxquelles nous devrons faire face.

L’empreinte écologique augmente, la biodiversité diminue

Le Rapport Planète Vivante donne tous les deux ans un bilan de santé de la Terre via différents paramètres. L’indice Planète Vivante, basé sur le suivi de 5 000 populations de 1686 espèces animales indique une tendance à la baisse de 30% en moyenne depuis les années 1970. D’un autre côté, l’empreinte écologique de l’humanité, c’est à dire la surface nécessaire pour produire toutes les ressources naturelles que nous consommons et pour absorber nos déchets, est en constante augmentation. En moyenne, au niveau mondial, l’empreinte écologique est de 2,7 hectares alors que seulement 2,1 hectares sont disponibles. Par ailleurs, nous consommons d’énormes quantités d’eau. La quantité globale d’eau douce disponible est de plus en plus mise sous pression par la demande croissante de produits dont la production demande énormément d’eau comme la viande, les produits laitiers, le sucre et le coton. Pour la production d’un t-shirt en coton, par exemple, il faut près de 3 000 litres d’eau. Aujourd’hui déjà, une cinquantaine de pays rencontre de graves pénuries d’eau. A cause du changement climatique, le nombre de personnes qui n’ont pas assez d’eau que ce soit tout au long de l’année ou pour seulement quelques périodes, devrait très sensiblement augmenter.

Et la Belgique ?

La Belgique, tout comme la plupart des pays occidentaux, reste mauvaise élève. L’empreinte écologique belge a quasiment doublé (+87%) depuis 1961 et arrive aujourd’hui à 5,1 hectares, principalement à cause de l’augmentation de nos émissions de CO2. Notre empreinte est près de cinq fois plus importante que la surface de terre productive disponible par Belge (1,1 ha). Lire la suite

Science et conscience comme philosophie environnementale

bulletins-electroniques.com, le 2 février 2009

Science et conscience comme philosophie de gouvernance pour l’EPA

La « dream team » environnementale du Président vient d’être confirmée par le Sénat, après une brève suspension de la procédure par les Sénateurs républicains, lesquels souhaitaient simplement des éclaircissements sur l’articulation des rôles entre l’administration de l’EPA et la future tsarine « Energie et changement climatique » de la Maison Blanche – Carol Browner. Quelques instants après sa confirmation, la nouvelle administratrice a adressé une note aux salariés de l’Environmental Protection Agency (EPA) annonçant clairement la philosophie de gouvernance qui serait la sienne et les priorités thématiques qu’elle poursuivrait.
Trois valeurs au centre du processus de décision

Rappelant les trois valeurs énoncées par le Président Obama, elle a affirmé que ces valeurs modèleraient chacune de ses actions à la tête de l’agence. En premier lieu, elle a annoncé que la science formera la « colonne vertébrale » de l’EPA, confortant ainsi les espoirs des scientifiques et des experts au sein de l’administration environnementale, et donnant un coup de patte au passage à son prédécesseur, souvent accusé d’avoir supprimé ou déformé les conclusions scientifiques à des fins politiques. « Les orientations décidées (« policy decisions ») ne doivent pas être déguisées en résultats scientifiques. Je promets que je ne compromettrai pas l’intégrité des experts de l’EPA en vue de promouvoir une décision réglementaire plutôt qu’une autre » assène la nouvelle administratrice.

La seconde valeur fondamentale est de l’Etat de droit (« rule of law »). Le texte de Lisa Jackson affirme que les lois ratifiées par le Congrès des Etats-Unis doivent être appliquées, de même que les décisions de la Cour Suprême, faisant là aussi référence aux errements passés de l’EPA, (notamment dans la carence d’application de la décision « Massachusetts vs EPA » de 2007 qui oblige l’agence à déterminer si le CO2 est un polluant, et à ce titre, réglementé par elle). « L’EPA ne peut pas tourner la tête ailleurs à une décision de justice ni ralentir le processus de mise en conformité« .

La troisième valeur est la transparence : « je promets que j’entreprendrai le travail de l’agence sous l’oeil du public afin que la porte soit ouverte aux parties intéressées et qu’il n’y ait aucun doute sur ce que nous faisons ni sur la manière dont nous sommes parvenus à notre décision« .
Concluant cette profession de foi, Lisa Jackson demande à ses collaborateurs de lui rappeler si jamais elle venait à déroger à ces trois valeurs.

Cinq domaines d’action prioritaires

La deuxième partie du memo vise à mettre en lumière les domaines d’actions qu’elle considère comme les plus urgents dans la protection de la santé humaine et de l’environnement. Les 5 priorités qui bénéficieront de son « attention personnelle » seront :

La réduction des Gaz à Effet de Serre (GES). Sur ce point, dont Mme Jackson rappelle combien il est cher au 44è Président, elle s’engage à aider le Congrès dans la préparation d’une législation – basée sur la science- visant à lutter contre le changement climatique. Elle s’engage également à appliquer la décision de la Cour Suprême dans le cadre du Clean Air Act. Lire la suite

Appel pour une diversification du bouquet électrique français

alecoso.fr, février 2009

Appel d’intérêt public pour une diversification urgente du bouquet électrique français

Depuis plusieurs années, de nombreux partis politiques, syndicats et associations, de sensibilités diverses, soulignent la nécessité d’une diversification des sources d’approvisionnement électrique en France, ne serait-ce que pour réduire les risques de black-out et d’interruptions de la fourniture de courant aux usagers, et garantir ainsi le maintien d’un service public de qualité.

Avec près de 80% de sa production électrique d’origine nucléaire (contre, respectivement, 30%, 20%, 15% et 2,2% pour le Japon, les États-Unis, la Russie et la Chine), la France est le seul pays au monde à dépendre autant de cette source d’électricité peu modulable et donc inadaptée aux pointes de consommation. L’extrême centralisation inhérente à la technologie nucléaire, outre qu’elle entraîne des pertes d’énergie sur le réseau, constitue une cause supplémentaire de vulnérabilité potentielle de l’approvisionnement électrique, dans un contexte de multiplication des incidents et accidents, notamment liés à l’âge du parc et à certaines erreurs de conception (1) mais aussi aux logiques de financiarisation et de privatisation qui touchent à la fois les secteurs du transport et de la production d’électricité – logiques dont on voit hélas mal comment les infléchir à très court terme.

D’une part, ses 58 réacteurs rendent notre pays notoirement excédentaire en moyens de production continue de courant (répondant aux besoins en base). La nécessité technique que ces installations fonctionnent jour et nuit – hors périodes d’arrêt pour maintenance – encourage chez nous la surconsommation électrique (2). L’électricité ne pouvant se stocker, cette surproduction entraîne aussi des exportations à bas prix de courant à l’étranger, lesquelles ont, dans nombre de pays, un effet de dumping dissuasif sur le développement des énergies renouvelables, qu’elles soient thermiques (biogaz, biomasse…) ou autres. Par ailleurs, le surcroît de plutonium et de déchets radioactifs correspondant à ces exportations restera bien sûr, quant à lui, stocké sur le sol français.

D’autre part, les unités de production thermiques plus souples (utilisables en périodes de pics de demande électrique sans générer le reste du temps de gaspillages ni d’incitations à la surconsommation) commencent en revanche à faire cruellement défaut – d’où les difficultés croissantes de RTE (le Réseau de transport d’électricité) pour faire face à la demande sans discontinuité. Cela oblige, lors des pointes de consommation ou d’incidents sur le réseau, à de coûteuses importations d’électricité produite à l’étranger, y compris à partir de ressources fossiles particulièrement polluantes comme le lignite ; celles-ci sont en outre souvent brûlées dans des centrales de conception dépassée, à mauvais rendement énergétique et ne répondant pas aux normes environnementales les plus récentes.

Autrement dit, au lieu d’apporter au niveau planétaire des économies nettes d’émissions de gaz carbonique (CO2), notre parc électronucléaire surdimensionné amène en pratique la France à externaliser, vers des états comme l’Allemagne ou la Pologne, des émissions massives de CO2 et d’autres polluants liées à l’exploitation ponctuelle de centrales thermiques anciennes, ce qui retarde d’autant la fermeture des plus vieilles centrales étrangères… alors même que notre pays fut pionnier, y compris à l’exportation (vers la Chine, les États-Unis…), en matière de centrales dites « à charbon propre » (comme celle de Gardanne), filière qu’EDF a pour l’heure négligé de développer Lire la suite