« Le Monde émergent (tome 1) », sous la direction d’Yves Charles Zarka : pour une philosophie de l’écologie

lemonde.fr, Roger-Pol Droit, le 7 juillet 2010

« Le Monde émergent (tome 1) », sous la direction d’Yves Charles Zarka : pour une philosophie de l’écologie

Nous sommes en train de changer de monde. Sans l’avoir voulu, sans le comprendre encore clairement. Sans le penser encore à la hauteur qui convient. Telles sont les convictions de départ qui ont donné naissance à un vaste programme de recherche du CNRS, en collaboration avec l’université Paris-Descartes (Sorbonne). L’objectif est pour le moins ambitieux : dresser un premier état des lieux de toutes les dimensions de la crise écologique dont la planète commence à prendre conscience.

Il ne s’agit pas seulement, on s’en doute, du réchauffement climatique, mais aussi de la fin des ressources énergétiques, des modifications de la biodiversité, de l’interdépendance entre les activités humaines et les équilibres du globe. Sans oublier les multiples mutations de nos comportements, de nos gestes quotidiens aussi bien que de nos horizons politiques. Ce « monde émergent » soulève donc quantité de questions économiques, sociales, politiques, que des problématiques philosophiques nouvelles doivent aborder.

Il ne faudra pas moins de trois volumes pour embrasser les lignes de force et les perspectives de ces changements en cours. Maître d’œuvre de cet ensemble original, le philosophe Yves Charles Zarka, qui dirige notamment la revue Cités, réunit dans ce premier tome onze contributions d’économistes, géographes, sociologues, juristes et philosophes.

Ces études portent sur les problèmes cruciaux qui se posent à présent dans l’espace social et politique. L’urgence écologique et le politique, les nouveaux territoires urbains, les cycles de vie des produits, la diversité des cultures et l’universalité de l’environnement, l’Europe et le développement durable figurent parmi les thèmes retenus.

Si la diversité des analyses et des objets d’étude interdit tout résumé laconique de l’ensemble, il saute aux yeux que ce livre devrait devenir une référence importante pour ceux que préoccupe le renouvellement de la réflexion qu’exige le basculement du monde. Car l’intérêt de ce vaste projet, on l’aura compris, n’est pas de proposer une prospective de plus, mais bien de contribuer à poser les questions de fond.

C’est pourquoi il s’intéresse notamment à l’impact politique des changements d’attitude envers la consommation et la production, et demande, par exemple, comment le passage à une société différente est possible sans détruire la démocratie.

Réflexion interdisciplinaire

Après ce volume consacré aux « Lieux », doivent paraître dans les mois à venir un volume sur les « Défis » et un troisième intitulé « Dénouement ». Outre cette trilogie collective, la collection Emergences, que ce volume inaugure, doit également accueillir un Manifeste sur l’urgence du Lire la suite

Interview : Pierre Davant président de la Sepanso, 40 ans au service de l’environnement

aqui.fr, Propos recueillis par Joël Aubert, le 13 septembre 2009

Interview : Pierre Davant président de la Sepanso, 40 ans au service de l’environnement

C’est à un des grands experts de la question que la Sepanso a fait appel pour débattre des « implications du dérèglement climatique ». Hervé Le Treut directeur de recherche au CNRS professeur à Polytechnique est membre du Groupement international d’études sur le climat, le GIEC, aux travaux duquel il participe depuis 1990. Sa conférence mercredi 16 septembre à l’Athénée municipal de Bordeaux sera le temps fort du 40° anniversaire de la Sepanso, Fédération des Sociétés pour l’Etude, la Protection et l’Aménagement de la Nature dans le sud ouest. Pierre Davant, son président, qui a été de tous les combats et initiatives depuis les temps de la Mission d’aménagement de la Côte Aquitaine jusqu’au débat sur tous les grands projets d’infrastructures revient sur ces années d’engagement au service de la nature et de l’environnement.

@qui! : En 40 années d’existence la Sepanso a su combiner un travail de terrain, militant, mais aussi siéger dans les instances socio-professionnelles et prendre des responsabilités de gestion notamment de réserves naturelles. Est-ce là une manière de modèle pour mener une politique active de l’environnement ?

Pierre Davant : Je ne pense pas que ce soit un modèle. C’est là l’originalité, la spécificité de la SEPANSO. D’une part, grâce à sa compétence naturaliste dès sa création, ce fut une force de proposition pour la demande de mise en Réserve Naturelle de pratiquement toutes celles d’Aquitaine – onze- avec comme conséquence la reconnaissance de l’Etat qui lui en confia quatre en gestion. Au fil des années, la qualité de cette gestion ne s’est pas démentie et, maintenant, le Conseil Régional, les conseils généraux de Gironde et du Lot-et-Garonne, l’Agence de l’eau Adour-Garonne, le Conservatoire du littoral abondent le budget alloué par le Ministère de l’Ecologie. D’autre part, l’animation de la SEPANSO est assurée par une équipe pluridisciplinaire compétente relayée par un directeur particulièrement motivé. Cette équipe s’étoffe régulièrement dès que de nouvelles préoccupations spécifiques apparaissent. Ainsi, la SEPANSO, grâce à sa réflexion à plusieurs et globale apporte une voix étayée différente, parfois discordante, sûrement en avance sur son temps dans le débat démocratique – débats publics, commissions administratives, etc… – et dans les instances socioprofessionnelles – CESR. Elle dénonce inlassablement les incohérences, les contradictions… Elle n’hésite pas à descendre dans la rue, et ce depuis sa création, quand cela est nécessaire : pollution bactérienne du Bassin d’Arcachon, nucléaire, Larzac… et plus récemment Contournement autoroutier de Bordeaux. Est-ce pour cela un modèle ? Aux lecteurs de juger.

@! : Quels sont les dossiers régionaux qui aujourd’hui sont au cœur de vos préoccupations ?
P. D. : Il y a d’abord tous ceux qui auront une incidence lourde sur les milieux naturels de notre région qu’ils contribuent à réduire et à fragmenter de façon irréversible. C’est le cas de l’autoroute A65 qui en pariant sur une multiplication du trafic par quatre, saccage des surfaces considérables sans utilité démontrée, ceci alors que la route actuelle pouvait être sécurisée à moindre coût. Il y a aussi les tracés de LGV qui vont balafrer la forêt au lieu de s’inscrire le long des corridors existants comme le voudrait le bon sens, ou encore des projets de fermes photovoltaïques qui vont entrainer la disparition de milliers d’hectares de forêt, alors même que les toitures des immeubles, les parkings et les terrains stériles eux ne sont pas équipés.

Il y a encore le projet de terminal méthanier du Verdon et de développement industriel effréné en bordure du dernier grand estuaire sauvage d’Europe, ou l’accroissement sans limite du motonautisme sur le Bassin d’Arcachon et l’urbanisation de son pourtour, ou encore le délicat problème du devenir des boues de stations d’épuration, trop polluées pour que leur épandage à des fins agricoles soit acceptable.

Vous le voyez, les sujets de préoccupations ne manquent pas, et par les incidences sur Lire la suite

Festival d’astronomie, du 8 au 14 août, à Fleurance (Gers) : Hubert Reeves défendra ses idées sur l’écologie

sudouest.com, Gaëlle Richard, le 8 Aout 2009

Hubert Reeves défendra ses idées sur l’écologie

La douce voix à l’accent canadien s’est lancé un défi. Son propriétaire, Hubert Reeves, veut faire comprendre aux habitants de la Terre pourquoi ils doivent en prendre soin.

Avec son regard d’astrophysicien, directeur de recherches au CNRS et professeur de cosmologie à Paris et à Montréal, il le dira vendredi prochain, lors de sa conférence de clôture du 19e Festival d’astronomie de Fleurance (Gers).

« Sud Ouest » Quel est le lien entre astronomie et environnement ?

Hubert Reeves. Directement ? Aucun ! Simplement, l’astronomie et les sciences, en général, nous permettent de comprendre comment nous sommes arrivés ici, sur cette Terre. Maintenant que nous possédons quelques connaissances sur ces questions, il nous faut nous demander comment faire pour y rester dans les meilleures conditions possibles. L’astronomie nous parle du passé, l’écologie du futur. C’est elle qui nous enseigne l’importance de nous investir massivement et rapidement si nous voulons éviter le pire.

Vous sentez-vous plutôt optimiste ou pessimiste quant à cette prise de conscience ?

Je suis l’un et l’autre. Optimiste car je sens une force de réveil au niveau mondial mais pessimiste car je sais que la force de détérioration existe et qu’elle est encore forte : la preuve, on continue d’utiliser des pesticides. Le changement important se traduit par le Grenelle de l’environnement.

Quel peut être l’impact de votre intervention dans un festival du fin fond du Gers ?

Le Festival d’astronomie de Fleurance attire chaque année des centaines de personnes.

Beaucoup d’enfants sont présents pour les ateliers. C’est auprès des enfants et des adolescents que mon message passe le plus facilement.

Les jeunes sont très motivés parce qu’ils savent que c’est eux qui auront à gérer le problème que nous leur laisserons en héritage. Le plus difficile, c’est d’alerter les politiques…

Que direz-vous le 14 août à Fleurance ?

Je dirai qu’à l’automne, à Copenhague, il va falloir se décider à réduire sérieusement le réchauffement climatique. On sait que les canicules, la force des vents, lors des tempêtes, et la déstabilisation du climat seront de plus en plus importantes dans les années à venir.

Notre avenir ne dépendra que de nous et de ce que nous décidons aujourd’hui. Le sort de l’aventure humaine, entamée il y a des millions d’années, pourrait se jouer en l’espace de Lire la suite

Etude du CNAR environnement sur l’emploi dans les associations environnementales

CNAR environnement, Etude, décembre 2008

Le CNAR-Environnement s’est penché sur la situation de l’emploi dans les associations de l’environnement à partir de données qu’il a pu récolter auprès des acteurs de l’environnement, et notamment au sein de ses propres réseaux, et à partir des recherches du CNRS dans ce secteur.

L’emploi dans les associations de l’environnement

Il n’existe pas en France de nomenclature officielle à laquelle se référer pour définir les secteurs d’activité des associations. Chacun définit le champ et le périmètre de ses actions, et le secteur de l’environnement, très récent, n’échappe pas à cette difficulté. Les données sur la professionnalisation des structures associatives de l’environnement et l’emploi dans ce secteur sont donc partielles, éparses, et difficiles à produire. Ainsi, face aux enjeux environnementaux actuels et l’augmentation de la préoccupation des décideurs quant à la question de l’environnement, le CNAR-Environnement a pris l’initiative d’apporter – à son échelle – une contribution à la connaissance des réseaux associatifs de l’environnement qu’il représente.

Il ressort de cette étude que du point de vue des compétences, des savoirs-faire, les acquis sont très significatifs. Les associations de l’environnement ont réussi à définir, à consolider et à faire reconnaître les métiers de l’éducation à l’environnement qui sont leur savoir-faire original et originel. Ainsi, face aux nouveaux enjeux liés à la protection de l’environnement, à la sensibilisation du public, et aux politiques qui se mettent en place – amplifiés depuis le Grenelle de l’environnement en 2007 – leur expérience et leur rôle de médiation et d’expertise sont reconnus. La professionnalisation des structures pose néanmoins très clairement la question de la place dévolue au bénévolat. On sent une montée de revendications des salariés au sein d’un modèle économique qui est mal armé sur les questions de management des ressources humaines.

Les associations sont ainsi maintenant confrontées aux question suivantes : Lire la suite

CNRS : Lettre de l’Institut écologie et environnement

CNRS, Communiqué, La lettre de l’Institut écologie et environnement, N°1, avril 2009

Lettre de l’INEE

Nouveau support créé par l’Institut écologie et environnement, La lettre de l’INEE s’adresse à l’ensemble des personnels des unités de recherche et proposera un état des lieux régulier du projet d’Institut, ses actualités…

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Christian VELOT, auteur de « OGM : tout s’explique »

inf’OGM, Christophe Noisette, février 2009

Entretien avec Christian VELOT, biologiste et auteur de « OGM : tout s’explique »
Inf’OGM – Pourquoi un nouveau livre sur les OGM ?

CV – Depuis six ans environ que je fais des conférences grand public sur les OGM, j’ai eu de nombreuses demandes pour savoir si j’avais écrit un livre dans lequel on pourrait retrouver l’articulation et le caractère didactique de mes conférences. Il s’agit donc d’un livre que j’ai calqué sur mes conférences et où les supports animés de celles-ci sont ici remplacés par des illustrations humoristiques, à vocation pédagogique, réalisées par Jef Vivant.

J’y décris donc ce que sont les OGM, comment on les fabrique, en insistant sur les raisons du caractère aléatoire (et non pas chirurgical comme on se plait à nous le faire croire) de cette technologie. Et surtout, j’aborde chapitre par chapitre les différents domaines d’utilisation des OGM (recherche fondamendale, domaines médicaux et pharmaceutiques, secteurs industriels et l’agro-oalimentaire). Cette approche me permet de montrer en quoi l’introduction des OGM dans les champs et dans les assiettes introduit des riques nouveaux et soulève des questions nouvelles (qui ne sont pas posées — ou en tout cas pas de la même manière — avec les OGM utilisés depuis près de 30 ans en espaces confinés dans les autres domaines). C’est essentiel à mes yeux car ça évite de tomber dans le panneau des amalgames fallacieux si chers aux VRP de la transgenèse généralisée et qui consistent à utiliser la vitrine médicale pour servir des arguments agricoles.

En ce qui concerne l’agroalimentaire, j’essaie d’être exhaustif en décrivant non seulement ce qui se fait déjà (c’est-à-dire essentiellement des plantes-pesticides), mais également ce qui se prépare dans les labos, en particulier avec les animaux destinés à l’alimentation ainsi qu’avec des micro-organismes alimentaires (levures de boulangerie, de brasserie, bactéries et levures œnologiques ou lactiques). Et, je réponds aux arguments « tartes à la crème » : les OGM ont toujours existé dans la nature, les OGM sont incontournables pour résoudre la faim dans le monde, etc.

Enfin, comme le débat autour des OGM en appelle beaucoup d’autres, je termine par quelques éléments de discussion sur divers aspects sociétaux tels que la place de la science dans la société, les dérives technoscientifiques des politiques de recherche, la désobéissance civile. Ce livre doit permettre aux citoyens de prendre part à ce débat de société. Je n’y cache pas mon avis car je refuse de me réfugier derrière une « neutralité » de la science qui n’existe pas. Cependant, conscient que l’information n’est objective que si elle est contradictoire, j’encourage la lecture d’autre point de vue.

 Inf’OGM – Que pensez-vous du débat actuel sur les OGM ? Et depuis 10 ans, comment la connaissance de ce sujet a évolué ?

CV – De toute évidence, il y a actuellement une volonté des défenseurs inconditionnels des OGM de vouloir reprendre la main (rapport de l’AFSSA à quelques jours du vote européen pour tenter d’abroger les moratoires français et grec, l’émission sur France 2 de la semaine dernière et toutes les attaques récentes sur le net et ailleurs à l’encontre des anti-OGM qualifiés de « prophètes de malheur », de « vendeurs de peur », de « khmers verts »).

L’approche de la période des semis pour le maïs n’est sans doute pas pour rien dans cette excitation médiatique. Mais cela ne change rien à l’avis des Français, toujours majoritairement opposés ou réticents à la culture des OGM, Lire la suite

la bataille capitale de la transition vers la voiture propre

Le Monde, Michel Freyssenet, le 3 mars 2009

Une bataille capitale s’engage avec la transition vers la voiture propre

Avec la crise, écologique d’abord, économique ensuite, peut-être bientôt sociale et géopolitique, des questions majeures se bousculent au sujet de l’industrie automobile et de son avenir. Ce qui frappe d’abord, c’est l’ampleur des difficultés que le secteur connaît et leur caractère mondial : il n’existe pas de marché majeur ni de constructeur qui ne régresse.

Personne ensuite ne semble avoir de modèle ou de référence pour orienter les stratégies ou soutenir les décisions de restructuration. Là où, il y a quinze ans, dirigeants d’entreprise et politiques se convainquaient que le salut passait par la réduction des coûts, la diversification de l’offre, l’accélération du renouvellement des produits, les plates-formes communes et l’investissement dans les pays émergents, on n’observe que des « plans cash », des gels d’investissements, des réductions d’effectifs et des annonces de véhicules plus propres, le tout à un horizon mouvant.

Les difficultés de l’industrie automobile sont antérieures à la crise financière, et elles ne sont pas passagères. Chacun perçoit que ce qui est en cause, c’est le type de développement que l’automobile a connu depuis les années 1980. Le fait par exemple qu’en janvier, il se sera vendu davantage d’automobiles en Chine (748 000, en baisse de 4,6 %) qu’aux Etats-Unis (657 000, en baisse de 37,1 %) signifie deux choses : la demande aux Etats-Unis a été gonflée par un crédit accordé sans retenue, la demande en Chine souffre de la baisse des exportations et des investissements étrangers, ressort essentiel de la croissance chinoise. La crise de l’automobile renvoie à la question de la pertinence des régimes macroéconomiques que la globalisation libérale a engendrés dans le monde.

L’idée selon laquelle il convenait de réduire les coûts en s’approvisionnant toujours plus dans les pays à bas salaires et d’investir dans les pays émergents seuls à même d’offrir la nécessaire croissance des volumes s’inscrivait dans cette vision du monde. Elle devient problématique, au vu de l’effondrement des marchés.

Personne ne sait dire ce qu’est le volume normal de la demande dans chaque région. Les pays émergents comprennent qu’ils ne pourront continuer de se développer dans le nouvel environnement international qu’en compensant les baisses de leurs exportations et des investissements étrangers par une relance de la consommation intérieure grâce à une distribution moins inégalitaire de la richesse. Si tel devait être le cas, pour la Chine par exemple, on sait qu’ils chercheront à privilégier leur propre industrie automobile, dont ils font un des moyens de leur renouveau économique et politique sur la scène internationale.

A ces lourdes interrogations sur l’adéquation des capacités installées et leur répartition dans le monde s’ajoutent celles qui concernent les produits. Le recul inédit des ventes s’accompagne d’une réorientation de la demande non moins radicale. L’importance prise par les light trucks (4 × 4, SUV…) sur le marché nord-américain et l’essor des berlines haut de gamme sur le marché international a correspondu à la croissance des inégalités de revenus et de perspectives d’emploi. Ces inégalités croissantes expliquent la tendance des constructeurs à délocaliser la production des voitures de basse et de moyenne gammes inférieures vers les pays à bas coût pour les rendre accessibles à ceux qui ont vu leurs revenus stagner ou décroître et leur avenir devenir aléatoire. Même cela ne semble pas encore suffisant : il paraît nécessaire de repenser la conception de la voiture pour atteindre le niveau de prix qui rend le véhicule neuf à nouveau achetable pour ces populations, comme en témoigne le succès inattendu de la Logan dans les pays ouest-européens.

Soit la crise Lire la suite

Le silence des nanos : Utop Bx le 3 mars, Bègles le 4 et Talence le 5

Sud-ouest, NC, Mardi 03 Mars 2009

SCIENCE. Les nanotechnologies se sont glissées dans nos vies. Pour le meilleur ou pour le pire ?

La grande controverse du minuscule

La Nano. C’est le nom choisi par le constructeur indien Tata pour baptiser sa prochaine voiture, et c’est un signe. Nano, comme « nano technologies », ou « nanosciences » (NST) est un mot à la mode. Ou qui doit le devenir. Mais c’est déjà une réalité bien présente : les nano-particules se sont déjà glissées dans plus d’une centaine de produits plus ou moins courants, de l’électronique grand public aux cosmétiques et aux médicaments, en passant par la peinture en bâtiment, le béton ou la chirurgie. Elles sont dans les laboratoires de recherche, mais aussi au supermarché.

C’est une « révolution en cours, qui va transformer la société, l’économie, l’environnement, les relations entre les hommes, autant que l’informatique et l’Internet », affirme Clément Rossignol.

Un documentaire

Il est chercheur au laboratoire de mécanique physique de Talence, et a fait son quotidien de ce domaine du minuscule. Par ailleurs élu Vert à Bègles, il est de ceux qui estiment urgent que ladite révolution sorte des cénacles de la science et de l’industrie, pour être expliquée et débattue sur la place publique.

Avec lui, Benjamin Caillard, du laboratoire d’intégration des matériaux et systèmes, le docteur Annie Sasco, directrice de recherche en épidémiologie du cancer à l’Inserm, et Olivier Sigaut, chercheur en sciences sociales et professeur à Sciences Po, sont parmi les organisateurs de trois présentations cette semaine à Bordeaux, Bègles et Talence (1) du « Silence des nanos », documentaire de Julien Colin.

Eldorado et santé publique

« Nano » est le préfixe tiré du nom que les mathématiciens ont donné au milliardième de mètre, le nanomètre. C’est l’échelle de l’atome, brique élémentaire de la matière, vivante ou non. Les NST ont découvert un monde aux propriétés physiques insoupçonnées, exploitables dans des domaines innombrables (lire aussi Sud Ouest du 2 mars). Un Eldorado technologique du XXIe siècle.

Ce sont notamment les effets possibles des nano-particules en matière d’environnement et de santé publique qui préoccupent le quatuor, qui tire exemple de l’amiante, Tchernobyl ou de la querelle sur la téléphonie mobile. « Avant les problèmes, on nous dit : on ne peut pas savoir si c’est dangereux, il ne faut pas affoler les gens. Après, on nous dit : c’est trop tard pour arrêter. À quel moment est-on un citoyen responsable ? » résume Benjamin Caillard.

Annie Sasco : « Est-ce que les nano-matériaux sont dangereux ? Aujourd’hui, c’est trop récent pour avoir le recul nécessaire », convient l’épidémiologiste. « Mais, poursuit-elle, on a l’expérience des effets des particules fines et ultrafines présentes depuis longtemps dans l’air. De la même façon qu’elles, les nanoparticules en raison de leur toute petite taille ont tendance à se disséminer dans le corps, à rester dans des recoins, souvent pulmonaires. En général, cela entraîne une inflammation, une accélération de la reproduction cellulaire, qui peut aboutir à un cancer ou à des phénomènes d’athérosclérose. Il est logique de penser que les nanos particules peuvent produire les mêmes effets. Il y a eu quelques expériences sur des rongeurs. Et le rat est proche de l’humain de ce point de vue ! »

Mais les travaux sont rares, donc pas encore scientifiquement décisifs. Comme trop souvent, les industriels vont plus vite que la recherche d’une toxicité éventuelle. « Si on n’a pas une recherche publique capable d’évaluer les effets secondaires, on n’aura jamais les données », Lire la suite

Cap Sciences Bx : « Les pôles fondent plus vite que prévu »

Sud-Ouest, Jean-Marie Vasquez, le 1 Mars 2009

NATURE. Cap Sciences consacre une expo aux pôles dont la glace fond à une allure vertigineuse

Réchauffement climatique : les pôles fondent plus vite que prévu

Selon une étude menée en 2007 et 2008 et qui a mobilisé une dizaine de milliers de scientifiques du monde entier, la fonte des glaces des pôles Nord et Sud s’accélère. L’avertissement, délivré mercredi par les instances chargées de l’Année polaire internationale, dresse un inquiétant bilan. « Le réchauffement en Antarctique est beaucoup plus étendu que prévu. Quant aux glaces arctiques, elles diminuent elles aussi de façon accélérée, de même que le dôme de glace du Groënland. Nous commençons à avoir des indices de changements des courants marins qui pourraient avoir un impact gravissime sur le système climatique mondial », n’hésite pas à prédire David Carlson, directeur de l’Année mondiale polaire.

L’étude montre aussi que le réchauffement du permafrost, ces terres normalement gelées toute l’année, va induire des changements climatiques car le permafrost est un véritable piège à carbone et sa fonte entraînera une libération de ces gaz à effet de serre.

« Pour l’hémisphère nord, c’est surtout la banquise d’été qui est en retrait. C’est moins évident pour celle d’hiver. Dans l’Antarctique, certaines zones ne sont plus gelées que huit à neuf mois par an. C’est essentiellement la partie Ouest, vers la Patagonie, qui subit un réchauffement accéléré du fait des modifications des courants marins. Mais le plus alarmant, c’est l’état du permafrost, on assiste déjà à des effondrements de terrains au Groënland », précise Xavier Crosta, chercheur au CNRS à Bordeaux. Le scientifique confirme qu’une montée du niveau des océans est inéluctable, du fait notamment du réchauffement des eaux, mais aussi en raison de la fonte des glaces sur les terres.

Une exposition se tient actuellement à Cap Sciences jusqu’au 31 mai pour raconter comment est organisée et conduite une mission scientifique polaire. Ce dimanche 1er mars, de 15 à 18 heures, le public peut suivre divers ateliers et débats sur les méthodes de reconstitution des climats anciens, les conséquences des changements climatiques sur l’ours polaire et le métier d’explorateur.

Plus d’infos : Lire la suite

CNRS : dossier « biodiversité »

cnrs.fr, février 2009

Parler de la vie et de sa diversité revient à parler de tout ce qui existe sur la planète Terre…

Car le mot biodiversité ne recouvre pas la seule description des espèces, mais également les liens existant entre elles, entre ces espèces et leurs milieux, et cela à toutes les échelles du temps et de l’espace.

Ce dossier « Biodiversité » souhaite donc aider à la perception du fait que tout est interdépendant sur Terre et qu’en conséquence, l’espèce humaine –si nombreuse et si active– a un impact majeur sur ce Vivant dont elle dépend et dont elle fait partie.

Face à cette complexité du Vivant, impossible à décrire simplement, ce dossier a opté pour une double démarche :

– donner les informations scientifiques de base

– établir des « parcours scientifiques » au sein de cette complexité : ces itinéraires qui prennent chacun pour fil d’Ariane un mot-clé tel que santé, sol, alimentation, climat, ville, sont évidemment amenés à se croiser.

Le souhait est que tout visiteur perçoive encore mieux :

– qu’il est de l’intérêt bien compris de l’espèce humaine de sauvegarder le tissu vivant dont elle fait si intimement partie

– que l’être humain qui se pose tant de questions sur sa vie doit encore s’élever en prenant en considération toute vie.

Ce dossier a reçu le label de l’Année internationale de la Planète Terre

Appel à la communauté scientifique française

Dans son contenu ce dossier est sans doute incomplet et perfectible. Il est prévu de le mettre à jour régulièrement, pendant au moins cinq ans.

Appel est lancé aux Lire la suite

Comment bien nourrir les oiseaux en hiver

lefigaro.fr, Anne Jouan, le 30 janvier 2009

Comment bien nourrir les oiseaux en hiver

De nombreux volatiles meurent de faim lors des vagues de froid, en particulier les insectivores et les individus les moins robustes.

Les oiseaux aussi sont sensibles aux importantes chutes de température. En particulier les plus petits, comme la mésange qui pèse entre 8 et 15 grammes et dont la température du corps se situe autour de 40 °C.

Car, plus le thermomètre descend, plus l’amplitude thermique est importante. «L’hiver constitue toujours une période acrobatique, un peu dangereuse pour ces oiseaux, explique Jacques Blondel, ornithologue et biologiste, directeur de recherche émérite au CNRS. C’est encore pire lors des coups de froid. C’est pourquoi il faut compenser d’un de point de vue physiologique. La mortalité est d’ailleurs beaucoup plus importante pendant cette saison car les oiseaux meurent de faim.»

Pour lutter contre le froid, les volatiles doivent manger toute la journée. Une mésange est même capable d’ingurgiter quotidiennement l’équivalent de son poids !

Mais en hiver, comme les jours sont courts, le temps de recherche de nourriture est plus limité. Si, en plus, le sol est gelé ou recouvert d’une couche de neige pendant plusieurs jours, les oiseaux insectivores (comme le rouge-gorge) sont le plus en difficulté.

«Les vagues de froid éliminent les individus ayant des gènes délétères, relativise Jacques Blondel. On dit qu’elles font des pressions de sélection, puisque seuls les oiseaux les plus vigoureux survivent. En soi, ce n’est pas une mauvaise chose ; c’est même complètement intégré dans l’histoire évolutive de ces populations

Cette «remise à plat» opérée par la sélection naturelle est accentuée par le réchauffement climatique. Des oiseaux qui vivent dans le midi de la France remontent vers le nord. C’est le cas notamment de la cisticole des joncs (Cisticola juncidis), un petit passereau méditerranéen qui remonte jusqu’à Orléans. Même chose pour la bouscarle de Cetti (Cettia cetti). Or avec les coups de froid, ces espèces méridionales qui ont migré dans le nord sont décimées.

Suspendre des boules de graisse agrémentées de graines

Pour les aider à se nourrir, l’idéal est de donner aux oiseaux des boules de graisse agrémentées de graines que l’on trouve dans le commerce. Suspendues en hauteur, elles permettent aux oiseaux comme les mésanges de venir s’y alimenter directement et aux espèces qui ne vont jamais dans les mangeoires, comme les rouges-gorges, de picorer ce qui tombe à terre.

Nicolas Macaire, de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), estime que les graines de tournesol constituent l’un des meilleurs aliments, ces dernières contenant beaucoup de lipides. Elles ont également la caractéristique d’être adaptées à beaucoup d’oiseaux : mésanges bleues ou charbonnières, sittelles, pics, étourneaux sansonnets, moineaux, etc. «Les pommes et les poires flétries, qu’elles soient tombées des arbres ou déposées dans le jardin, attirent les grives musiciennes et les merles», explique-t-il. En revanche, les croûtes de fromage ou les restes de repas sont à proscrire en raison de leur trop grande teneur en sel.

Mais les mangeoires sont aussi de formidables vecteurs de bactéries, comme les salmonelles, en raison des fientes. Il est donc impératif de les nettoyer. «Le mieux est de le faire tous les 15 jours avec un solvant doux, comme du savon de Marseille Lire la suite

L’Ile-de-France agit pour préserver sa biodiversité

novethic.fr, Rouba Naaman, le 2 février 2009

L’Ile-de-France agit pour préserver sa biodiversité

La biodiversité d’Ile-de-France aussi est menacée. Soutenues par la Région qui a pris très rapidement conscience du danger, les collectivités locales lancent aujourd’hui des actions concrètes pour ralentir la dégradation de la biodiversité francilienne.

Près de 17 000 espèces sont menacées d’extinction dans le monde : l’éléphant d’Asie, le tigre du Bengale… mais aussi le lapin de Garenne, le râle des genêts et le milan royal en Ile-de-France. On ne sait pas toujours que la région francilienne recèle de nombreuses espèces animales et végétales, dont plusieurs sont en voie de disparition. Pourtant, l’impact, y compris financier, du recul de la biodiversité dans le monde est immense. « On sait aujourd’hui que, chaque année, la disparition de la faune et de la flore coûte 2 000 milliards de dollars » soit 6% du Produit national brut (PNB) mondial, avance Sebastian Winkler, responsable du Compte à rebours 2010 pour l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Pour autant, peu d’instruments politiques et économiques ont été mis en œuvre pour préserver ces ressources. La France, qui abrite avec ses DOM TOM une part importante de la diversité biologique, a lancé en 2007 lors du Grenelle la création d’une “trame verte”, destinée à relier les espaces naturels et à les protéger, Nicolas Sarkozy ayant par ailleurs déclaré « que désormais, toutes les décisions publiques devront être arbitrées en intégrant le coût de la biodiversité ». Or, la question de l’évaluation de ces impacts et de leurs coûts commence tout juste à se poser.

Un impact climatique différent selon les régions

Selon le deuxième rapport de l’Observatoire des territoires, les différentes régions de France ne sont pas égales faces aux variations du climat. L’étude intitulée « Dynamiques et développement durable des territoires » note d’importantes disparités, qui dépendraient des populations, des espaces naturels, de l’urbanisation et des caractéristiques géographiques. Les conséquences sont variables, allant des vagues de chaleur aux inondations, en passant par des phénomènes météorologiques plus graves (cyclones et tempêtes). Si les régions les plus affectées sont situées dans le Sud-Est, l’Ile-de-France fait partie des zones à « risque naturel important » selon le rapport. L’Observatoire a également défini des disparités dans les émissions de gaz à effet de serre des régions, variables selon le nombre d’habitants, leurs modes de consommation et de transport, les secteurs industriels présents et les « différences de structure productives ».

Face à la dégradation de sa biodiversité, l’Ile-de-France a décidé d’agir. Après la création par la région, en juin 2008, de la première agence pour la biodiversité, Natureparif, ce sont aujourd’hui les collectivités locales* qui s’engagent pour ralentir le recul de la biodiversité, en signant, mardi 20 janvier, la Déclaration du Compte à rebours 2010 pour la biodiversité. Ce programme (Count-Down 2010) a été initié par l’UICN à la suite du Sommet mondial de la Terre à Johannesburg en 2002. Lors de la 5e Conférence ministérielle de 2003 à Kiev, les pays européens se sont engagés à stopper le recul de la biodiversité d’ici 2010. La Région Ile-de-France a été la première à signer la Déclaration du Count-Down 2010. « C’est un bon moyen de faire évoluer les choses, car rares sont les décisions qui émanent directement des gouvernements » affirme Sebastian Winkler, responsable international pour le Compte à rebours 2010.

Faire rimer urbanisation et biodiversité

Une prise de conscience de la disparition de la faune et la flore, dans la région la plus urbanisée de France, est-ce paradoxal ? Lire la suite

« L’écologie pour les nuls » : chat avec l’auteur

20minutes.fr, Franck Courchamp, le 15 janvier 2009

« L’écologie pour les nuls » : chat avec l’auteur

L’écologie pour les nuls/first

VOUS AVEZ INTERVIEWÉ – L’auteur de «L’écologie pour les nuls» vous a répondu…

Franck Courchamp, Ecologue, directeur de recherche au CNRS, sort «L’écologie pour les nuls». Vous aimeriez être écolo au quotidien, mais vous ne savez pas comment faire ? Il a répondu à vos questions :

Le végétarisme est reconnu pour être un moyen efficace de protéger la planète (ainsi que notre santé) : moins de gaz à effet de serre, une utilisation plus raisonnable de l’eau, des céréales… préconisez-vous ce mode de vie ?

Tofu
Un kilo de bœuf nécessite l’utilisation de 15 000 litres d’eau. Les champs nécessaires pour les millions de têtes de bétail sont à l’origine d’une part importante de la déforestation de grandes partie du globe. L’agriculture intensive associée est une source importante de pollution et de consommation d’énergie. L’homme est omnivore, il n’est ni carnivore ni herbivore. Je préconise de manger beaucoup moins de viande (pas tous les jours par exemple, en plus c’est mauvais pour la santé et pour le porte-monnaie), mais d’en manger de meilleure qualité et de meilleur goût (par ex mangez bio).

On entend beaucoup dire que le nucléaire n’est pas une source de production d’électricité propre et que beaucoup de personnes veulent «sortir du nucléaire». Mais pour le moment, et en tenant compte du besoin grandissant d’électricité, il s’agit de la seule énergie que nous savons produire à grande échelle, le seul problème reste le traitement des déchets. Les énergies renouvelables (vent, eau, solaire…) peuvent-elles fournir les mêmes besoins à quantité identiques ? En parallèle des recherches sur les énergies renouvelables, qu’elles sont les recherches sur le traitement des déchets radioactifs qui pourraient rendre une production propre d’énergie issue du nucléaire ?

-SYL-
Le nucléaire est une énergie qui pose plein de problèmes, notamment de risques. Les énergies fossiles posent des problèmes constants et réels (pollution, réchauffement planétaire) et s’épuisent, il faut en sortir rapidement. Les énergies renouvelables (propres) ne sont pas encore suffisamment efficaces pour que l’on puisse se reposer entièrement sur elles actuellement, et se passer immédiatement du nucléaire. Il nous faut au plus vite préparer les infrastructures énergétiques de demain, basées uniquement sur des énergies propres, mais pour cela, on ne peut actuellement pas se permettre le luxe de se passer du nucléaire. Sortons au plus vite du nucléaire, en préparant rapidement les alternatives. Actuellement, la très très grande majorité des subventions de recherche en matière d’énergie va toujours au nucléaire, et non, comme la logique le voudrait, aux énergies renouvelables.
Il semble qu’une loi doit être voté pour nous (consommateur), nous faire payer un taxe sur les déchets au poids, la solution ne serait pas de laisser sur nos lieux d’achats les emballages superflu ?

fabinos22
Si nous faisons cela (ce que je trouve être une bonne idée), il est à parier que les industriels se débarrasseraient très rapidement de ces emballages qui ne nous emballent plus…
Comment ressentez vous l’implication de la France et de l’Europe au niveau de l’écologie ? Lire la suite

Climat : Le feu à la banquise

La dépêche, O.A., le 13 Septembre 2008

Climat. Le feu à la banquise

Les glaces de l’Arctique fondent plus vite que prévu. Pour la première fois, le pôle Nord n’est plus relié à la terre ferme.

On se réjouit souvent des premières fois. Premier baiser, première voiture, première fois sur la lune…

Mais il en est certaines qui sont inquiétantes, comme celle de ce début septembre : le pôle Nord est pour la première fois en eau libre. On peut désormais faire le tour complet de cette calotte en bateau.

Jusqu’à présent, la couche de glace de la banquise n’avait jamais cédé simultanément le long des côtes sibériennes et canadiennes. Le Centre national américain de la neige et de la glace (NSIDC) vient de révéler que c’était chose faite.

Selon Étienne Berthier, glaciologue au CNRS (Legos) de Toulouse, « ce phénomène est une réponse au changement climatique global, et on peut être pessimiste ». Certains experts prédisent la disparition complète de la banquise aux alentours de 2020.

« On avait depuis 20 ans une décroissance linéaire » de la banquise, témoigne le chercheur toulousain. « 2007 avait été très déficitaire (NDLR : le record absolu de fonte des glaces, 40 % de moins que la superficie moyenne des vingt dernières années) on ne s’y attendait et on pensait à un artefact. Force est de constater que 2008 confirme cette accélération. Ceci noircit le tableau pour l’avenir ».

La fonte de la banquise du pôle Nord ne joue pas de rôle direct dans la montée du niveau des océans (l’eau occupe la même place que lorsqu’elle était glace). En revanche, elle intervient dans le réchauffement climatique. « Il renvoie l’énergie solaire, alors que l’eau la garde. Donc en remplaçant la banquise par des mers, on amplifie le réchauffement général ».

Pour Étienne Berthier, la disparition des glaces au pôle Nord « doit être prise comme un signal d’alarme. Lire la suite

Lanceurs d’alerte, lobbies et pouvoirs publics

Actu-environnement, le 17 septembre 2008, propos recueillis pas Camille Saïsset

La majorité des maladies contemporaines serait évitable au prix d’un changement de notre mode de vie

Au printemps dernier, peu après la remise du rapport Lepage sur l’amélioration de l’accès à l’information, à l’expertise et à la justice, celle-ci donnait raison au lanceur d’alerte Pierre Méneton. Sans être mono maniaque du sel, ce docteur en biologie de l’Institut National de la Santé et de la Recherche nous livre sa perception de l’alerte.

Actu-Environnement : Une des traductions des discussions du Grenelle de l’environnement pourrait être l’adoption d’une loi de protection des lanceurs d’alerte. Mais de qui parle-t-on ?

Pierre Méneton : Ce terme « lanceur d’alerte » recouvre diverses réalités. Il y a parmi eux les chercheurs du service public dont la mission statutaire est d’améliorer la santé de la population au travers de la recherche, de la formation et de la communication. Dans la réalité, la majorité d’entre eux reste confinée dans les labos à l’INRA, l’INSERM ou au CNRS. Seule une minorité soulève publiquement les problèmes de santé et d’environnement dont ils peuvent avoir connaissance par les résultats de leurs études ou par les échanges avec leurs pairs à travers le monde. On désigne cette minorité de « lanceurs d’alerte », du fait de l’inertie de la majorité. Ce sont eux, pourtant, qui remplissent le mieux la fonction pour laquelle ils sont payés par le contribuable.

AE : Qu’est ce qui justifie de protéger les lanceurs d’alerte ?

PM : Les problèmes de santé publique et d’environnement touchent de nombreux secteurs de l’activité économique : industrie automobile, alimentaire, agricole… L’alerte prend ses origines dans le conflit avec ces intérêts économiques. Ces personnes qui la révèlent sont confrontées à des difficultés diverses : pressions administratives, baisse des crédits de recherche, menaces orales, mise au placard, mutation voire licenciement… En ce qui me concerne, j’ai été attaqué pour diffamation et placé sur écoute en 2002, si j’en crois l’investigation de vos confrères du Point. Des lettres de dénonciation et de pression ont été adressées à ma direction, à l’INSERM, qui a fort heureusement précisé que je bénéficiais d’une totale liberté d’expression, là aussi du point de vue statutaire. Lorsqu’il s’agit de chercheurs du service public, les lanceurs d’alerte ont le droit pour eux, encore faut-il le faire valoir. Se taire sur les problèmes rencontrés suggère une posture de victimisation. C’est d’autant plus choquant qu’il existe aussi des « chercheurs collaborant », conseillers, consultants, etc. qui, sous le même statut, servent non pas l’intérêt général mais l’intérêt particulier. Ces « couvreurs d’alerte » semblent soumis à un régime d’impunité, comme on l’a vu dans les scandales liés au plomb, à l’amiante, au tabac ou au sel. Cela pose un problème de fond encore peu évoqué. Lire la suite

CNRS : Les racines de la crise alimentaire mondiale

Le journal du CNRS, Philippe Testard-Vaillant

Article associé les recettes pour nourrir la planète

Les racines de la crise

À l’heure où s’achèvent, sous nos latitudes, les délices estivales de vacances bien méritées, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Deux milliards d’humains, sur les 6,6 milliards que compte la Terre, y sont « mal nourris », vivant avec moins de deux dollars par jour et un apport énergétique inférieur à 2 700 kilocalories. Et plus de 850 millions ont faim chaque jour (moins de 2 200 kilocalories). Toutes les cinq secondes, assure la Food and Agriculture Organization (FAO), la branche de l’ONU dédiée à l’alimentation et à l’agriculture, un enfant de moins de dix ans meurt de faim quelque part sur le globe, et le manque de nourriture fauche 25 000 personnes par jour, soit 9 millions par an…

Ce tableau déjà bien sombre a été encore noirci, voilà quelques mois, par des évènements que l’on croyait appartenir à un passé révolu : les émeutes de la faim qui ont éclaté de façon simultanée dans de nombreux pays témoignant d’une grave crise mondiale. Du Mexique au Pakistan, en passant par Haïti, le Sénégal, l’Ouzbékistan, les Philippines, le Cambodge, Madagascar, le Maroc, la Côte d’Ivoire, l’Égypte… ces manifestations ont rassemblé dans la rue des centaines de milliers de citadins frappés de plein fouet par la folle envolée des prix des produits alimentaires et confrontés à l’impossibilité de se procurer à manger. En ligne de mire : les céréales, premier maillon de la chaîne. « Le blé détient le record de progression, indique Philippe Chalmin, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. Une tonne de blé qui valait 120 ou 130 dollars il y a trois ans en vaut désormais 400 à 450. La flambée est sensiblement identique pour le riz mais un peu moins forte pour le maïs. » La tonne de graines de soja, elle, cotée à 200 dollars en 2005-2006, l’était à 380 fin 2007… Les ménages consacrant 60 à 90 % de leur budget au poste « nourriture » dans le Sud (contre 10 à 20 % en Occident), on comprend l’effet dévastateur de cette tornade d’augmentations sans précédent ou presque.

La caractéristique de ces mouvements sociaux est d’être « des révoltes de la pauvreté urbaine, Lire la suite

La lutte contre l’effet de serre ne peut être imposée par le haut

Cet article un peu ancien, du Monde du 3 mai 2007, pour illustrer l’approche de la MNE Bordeaux-Aquitaine dans le cadre du projet d’Université populaire de l’environnement.  

Il faut d’abord permettre aux citoyens de comprendre, puis s’appuyer sur leurs initiatives pour trouver des solutions qu’ils auront eux-mêmes validées. Une politique de contrôle à sens unique par une administration centralisée ne peut être que contre-productive” 

Martin O’Connor, professeur d’économie à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement), participe au Groupement d’intérêt scientifique « climat, environnement, société » que viennent de créer, aux côtés de cet établissement, le CNRS, le CEA, l’Ecole polytechnique, l’université Pierre-et-Marie-Curie et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Le changement climatique est resté jusqu’ici le domaine réservé des sciences dures : climatologues, modélisateurs, environnementalistes… Quel peut être l’apport des sciences humaines et sociales ?

Le changement climatique est une question complexe, qui ne se réduit pas à des simulations numériques ou des calculs coût-bénéfice. Entrent en jeu le problème de la répartition du risque – inégale selon les régions du monde, le degré de développement des pays et le niveau de vie des individus -, celui de l’impact des politiques énergétiques mises en œuvre – c’est-à-dire aussi de la justification et de l’acceptation de ces politiques -, ainsi que celui de la responsabilité collective et individuelle.

Tout cela relève des sciences sociales et des humanités : l’économie, la sociologie, la psychologie, la philosophie… sont en première ligne. La meilleure expertise scientifique, le meilleur rapport de synthèse ne suffisent pas : sans passerelles avec la société, le travail des scientifiques va tourner à vide. Lire la suite