Prochaine réunion mensuelle de Gironde en transition le mardi 1er février 2011 à 19h00 à la MNE Bordeaux-Aquitaine – L’après-pétrole a commencé… en 2006 ! C’est confirmé !

Prochaine réunion mensuelle de Gironde en transition le mardi 1er février 2011 à 19h00 à la Maison de la nature et de l’environnement Bordeaux-Aquitaine, 3 rue de Tauzia à Bordeaux, suivi d’un pique-nique partagé tiré du sac. Ouvert à toutes et à tous.

EDITO [imagine 83 – janvier & février 2011]

http://www.imagine-magazine.com/lire/spip.php?article1287

La Transition

L’après-pétrole a commencé… en 2006 ! C’est confirmé !

2006 fut l’année du pic pétrolier. Et maintenant, que fait-on ? Le mouvement de la transition a lancé un séduisant plan B : il propose une renaissance économique, culturelle et sociale, par une relocalisation de l’économie. En se passant progressivement du pétrole et, surtout, en valorisant tous les talents. Une piste à découvrir !

Le pic pétrolier a eu lieu en 2006 ! C’est l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui l’annonce dans le World Energy Outlook 2010, son rapport annuel publié le 9 novembre dernier [1] Le pic pétrolier, c’est ce moment où la production commence à plafonner et puis à décroître, et cela à l’échelle de la planète entière. Dans une économie mondiale fondée sur le pétrole, le temps est donc venu de se poser des questions de civilisation !

La fin du pétrole abondant et bon marché

Dans les années 40, le géophysicien Hubbert suggéra que la production d’une matière première donnée, et en particulier du pétrole, suivait une courbe en forme de cloche (voir ci-contre). L’extrapolation de la première partie de la courbe devait permettre de la dessiner complètement. Et donc de déduire les réserves de pétrole d’une région donnée, ainsi que le maximum de sa production. Pour confirmer son hypothèse, Hubbert annonça que la production de pétrole des Etats-Unis atteindrait son niveau maximal en 1970. Sa présentation fut oubliée… jusqu’en 1971, année où la production américaine atteignit effectivement son maximum, puis déclina, confirmant l’hypothèse du pic de Hubbert. Depuis lors, si la communauté internationale s’est trouvée d’accord pour dire que ce pic allait arriver pour toutes les réserves pétrolières de la planète, il restait à en déterminer la date.
Les spécialistes de l’Aspo [2] annonçaient comme imminente l’arrivée du pic pétrolier, et depuis peu, les plus clairvoyants n’hésitaient pas à affirmer que nous étions « déjà dedans ».
La confirmation est aujourd’hui apportée par le secteur lui-même : le « pic historique » a été franchi en 2006 et la production de pétrole conventionnel n’augmentera « plus jamais  », précise le rapport 2010 de l’Agence internationale de l’énergie.

Cette importante nouvelle n’a pas vraiment fait les grands titres de l’information internationale. « Il y a bien eu quelques papiers plus ou moins inquiets », relève Matthieu Auzanneau, un journaliste indépendant, sur son blog spécialisé [3]. L’AIE prévoit que « la production de pétrole brut se stabilise plus ou moins autour de 68-69 Mb/j (millions de barils par jour) à l’horizon 2020, mais ne retrouve jamais le niveau record de 70 Mb/j qu’elle a atteint en 2006 », relève pour sa part Hervé Kempf, dans un petit article du journal Le Monde marquant l’événement [4].

Pas de panique toutefois : on ne verra pas les stations-service à sec dès demain. Les prix, par contre, risquent bien de monter progressivement. La surconsommation de biens en tous genres, dont beaucoup fabriqués à partir ou consommant des produits pétroliers (avions, autos, plastiques, agriculture intensive, chimie…), continuant à être présentée comme « le » moyen d’accéder au bonheur, chacun revendique – bien légitimement – sa part d’or noir. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que demain, par on ne sait quel coup de baguette magique, nos économies dépendantes puissent se passer de pétrole bon marché.

Le début d’un pétrole encore plus polluant ?

Le déclin rapide de la production de pétrole bon marché risque de ne pas être une sinécure pour les populations, si on ne s’y prépare pas dès aujourd’hui. Les plus pauvres seront les premiers à souffrir de la pénurie. Et les risques de conflits, notamment pour les ressources, sont évidents. Il semble que, pour les politiques, soumis aux échéances électorales tous les quatre ou cinq ans, le pic pétrolier soit une question à trop long terme pour être véritablement prise en considération. Se saisir de cette question à bras-le-corps serait en effet choisir de ramer à contre-courant des grandes industries du secteur (pétrole, gaz, automobile…), qui disposent de la puissance de la propagande publicitaire, et qui font tout pour nier l’évidence, dans le but de prolonger autant que possible le business as usual. Car, malgré l’arrivée du pic, le secteur pétrolier prévoit – ce qui est un comble – une augmentation de la production de pétrole et de gaz d’ici 2035 ! Pour y arriver, les pétroliers comptent sur l’exploitation des ressources non conventionnelles, comme les sables bitumineux du Canada, et sur une augmentation de la production de gaz liquide, notamment pour les transports. Mais le secteur table surtout sur l’exploitation de nouveaux gisements situés dans les zones maritimes à grandes profondeurs, ainsi que dans l’océan Arctique (voir le graphique ci-dessous dans l’article d’origine).

L’important à noter dans ce graphique est bien sûr le Lire la suite

Europe écologie : Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

europe-ecologie.fr, octobre 2010

http://www.europe-ecologie.fr/2010/09/20/manifeste-pour-un-nouveau-cours-ecologique-et-social/comment-page-6/#comments

Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

L’humanité est aujourd’hui devant un choix qui détermine son avenir. Un choix à assumer collectivement et qui requiert, en outre, l’implication de chacune et de chacun. Sous l’impact d’un système aveuglément productiviste et violemment inégalitaire, le train du progrès s’égare. Il faut de toute urgence le remettre sur une autre voie. C’est le sens de l’engagement des écologistes et leur responsabilité, ici et maintenant : ils refusent d’assister passivement au scénario d’une nature qui s’épuise et de sociétés qui se désagrègent ; ils veulent, en association avec les forces vives de la société et les partenaires politiques susceptibles de partager l’essentiel de leur projet, tracer une nouvelle ligne d’horizon sur la base d’une démarche de transition réaliste.

Tel qu’il s’applique, le système de création et de redistribution des richesses ne fonctionne plus. Retournement inédit qui, d’un même mouvement, précipite prédations du vivant et déchirures sociales, déséquilibres et discriminations, pollutions et récessions. Ce bouleversement majeur épuise les ressources aussi bien qu’il creuse les inégalités et déprime les consciences, dressant la biosphère contre les êtres humains et les êtres humains entre eux. Au point que le spectre d’un collapsus historique sans précédent hante l’avenir : celui d’un déclin écologique, économique et social brutal et simultané.

Néanmoins, une aspiration grandissante à refuser la défaite de l’Homme émerge partout dans le monde.

Une multitude d’initiatives entame le modèle dominant et ouvre des voies nouvelles. C’est l’autre visage de la mondialisation et il concerne tous les peuples, toutes les cultures. De nombreux acteurs et actrices de la société et des communautés locales cherchent et trouvent des issues. Ils interviennent dans toutes les couches de la société. Ce sont souvent ceux et celles que la crise fragilise en premier. Ils résistent, s’organisent, innovent, multiplient les initiatives. Chacun et chacune à leur façon, dans leur discipline, leur quartier ou leur village, ils esquissent les contours d’une alternative globale porteuse d’avenir. Des hommes et des femmes luttent et s’engagent, et c’est le seul espoir tangible, le seul point d’appui pour inverser le cours des choses.

Un choc sans précédent

Car les crises n’ont plus de limites. Elles surgissent dans tous les domaines de l’environnement et des activités. Elles se cumulent et s’alimentent pour mettre à nu un système en déroute. Nous sommes parvenus à ce moment clé où la croissance, moteur de l’histoire moderne, a atteint la frontière du possible. L’insoutenable est là, inscrit dans les réalités physiques de la planète et les souffrances des populations : les modes de production et les standards de vie, indexés sur l’imaginaire de la démesure et la boulimie des privilégiés, soumis à la surenchère de la marchandisation et de l’endettement massif, entraînent une consommation de ressources excédant leurs capacités de renouvellement. Elles provoquent un déséquilibre majeur des fondamentaux de la vie et de la culture.

Les conséquences sont sans appel : les modèles économiques et les pactes sociaux d’hier ne résistent pas aux sols qui s’épuisent, aux fleuves et aux mers qui se dépeuplent, aux forêts qui reculent et aux déserts qui avancent, aux séquences brutales d’inondations et de sécheresses, à la disparition des biotopes et à l’érosion de la diversité des espèces, à l’empoisonnement des airs et des eaux.

Déjà, dans les prémisses du chaos énergétique, climatique, alimentaire et sanitaire, dans la mise à sac des biens communs et publics que les logiques financières et marchandes provoquent, un nouveau monde émerge avec Lire la suite

Mercredi 31 mars :Conférence chez Mollat « L’Avenir est notre poubelle – L’alternative de la décroissance »

Librairie Mollat, communiqué, mars 2010

Jean-Luc Coudray vous invite à une conférence autour de son dernier ouvrage avec Christian Malaurie comme modérateur

« L’Avenir est notre poubelle – L’alternative de la décroissance » aux éditions Sulliver

A la librairie Mollat – Salons Albert Mollat – 11 rue Vital Carles à Bordeaux – Tram ligne B – Arrêt Gambetta

Le mercredi 31 mars à 18 heures

L’Avenir est notre poubelle est un essai s’adressant aux lecteurs qui s’interrogent sur le futur de notre planète et de notre civilisation et veulent faire le tri dans la masse d’informations qui nous submerge. 

Avec humour et distance, Jean-Luc Coudray constate que nous marchons sur la tête et ne prenons pas le temps de nous poser les bonnes questions. Avant d’entreprendre une réflexion générale, ne faudrait-il pas que chacun d’entre nous se questionne sur son mode de vie ? Se demande s’il n’est pas en train de grever son avenir ? 

À travers des questions en apparence ludiques et superficielles – Pourquoi avons-nous des nains de jardin et des nounours ? – mais aussi plus sérieuses – De quoi libère le libéralisme ? Pourquoi sommes-nous condamnés au travail ? – l’auteur analyse nos comportements. 

De questions en réponses, Jean-Luc Coudray dresse le portrait de  notre civilisation marchande et consumériste. Il confronte ainsi la réflexion morale et écologique à nos actions quotidiennes, tant à l’échelle personnelle qu’à l’échelle nationale et mondiale. 

Peu à peu, il nous conduit à admettre que la folie productiviste a contaminé notre façon de penser et s’est insinuée dans nos comportements les plus anodins

De manière précise et claire, Jean-Luc Coudray décrypte nos Lire la suite

Claude Lévi-Strauss: «La difficulté croissante de vivre ensemble…»

bibliobs.nouvelobs.com, Claude Lévi-Strauss, paru dans «l’Obs» le 9 juin 2005, source: «le Nouvel Observateur» du 1er mai 2008.

Les leçons d’un ethnologue

En mai 2005, le grand anthropologue reçut le prestigieux prix international de Catalogne. Ce fut alors, pour lui, l’occasion de méditer sur l’homme et le monde

Parce que je suis né dans les premières années du XXe siècle et que, jusqu’à sa fin, j’en ai été l’un des témoins, on me demande souvent de me prononcer sur lui. Il serait inconvenant de me faire le juge des événements tragiques qui l’ont marqué. Cela appartient à ceux qui les vécurent de façon cruelle, alors que des chances successives me protégèrent, si ce n’est que le cours de ma carrière en fut grandement affecté.

L’ethnologie, dont on peut se demander si elle est d’abord une science ou un art (ou bien, peut-être, tous les deux), plonge ses racines en partie dans une époque ancienne et en partie dans une autre récente. Quand les hommes de la fin du Moyen Age et de la Renaissance ont redécouvert l’Antiquité gréco-romaine et quand les jésuites ont fait du grec et du latin la base de leur enseignement, ne pratiquaient-ils pas une première forme d’ethnologie? On reconnaissait qu’aucune civilisation ne peut se penser elle-même si elle ne dispose pas de quelques autres pour servir de terme de comparaison. La Renaissance trouva dans la littérature ancienne le moyen de mettre sa propre culture en perspective, en confrontant les conceptions contemporaines à celles d’autres temps et d’autres lieux.

La seule différence entre culture classique et culture ethnographique tient aux dimensions du monde connu à leurs époques respectives. Au début de la Renaissance, l’univers humain est circonscrit par les limites du bassin méditerranéen. Le reste, on ne fait qu’en soupçonner l’existence. Au XVIIIe et au XIXe siècle, l’humanisme s’élargit avec le progrès de l’exploration géographique. La Chine, l’Inde s’inscrivent dans le tableau. Notre terminologie universitaire, qui désigne leur étude sous le nom de philologie non classique, confesse, par son inaptitude à créer un terme original, qu’il s’agit bien du même mouvement humaniste s’étendant à un territoire nouveau. En s’intéressant aux dernières civilisations encore dédaignées – les sociétés dites primitives -, l’ethnologie fit parcourir à l’humanisme sa troisième étape.

Les modes de connaissance de l’ethnologie sont à la fois plus extérieurs et plus intérieurs que ceux de ses devancières. Pour pénétrer des sociétés d’accès particulièrement difficile, elle est obligée de se placer très en dehors (anthropologie physique, préhistoire, technologie) et aussi très en dedans, par l’identification de l’ethnologue au groupe dont il partage l’existence et l’extrême importance qu’il doit attacher aux moindres nuances de la vie physique des indigènes.

Toujours en deçà et au-delà de l’humanisme traditionnel, l’ethnologie le déborde dans tous les sens. Son terrain englobe la totalité de la terre habitée, tandis que sa méthode assemble des procédés qui relèvent de toutes les formes du savoir: sciences humaines et sciences naturelles.

Mais la naissance de l’ethnologie procède aussi de considérations plus tardives et d’un autre ordre. C’est au cours du XVIIIe siècle que l’Occident a acquis la conviction que l’extension progressive de sa civilisation était inéluctable et qu’elle menaçait l’existence des milliers de sociétés plus humbles et fragiles dont les langues, les croyances, les arts et les institutions étaient pourtant des témoignages irremplaçables de la richesse et de la diversité des créations humaines. Si l’on espérait savoir un jour ce que c’est que l’homme, il importait de rassembler pendant qu’il en était encore temps toutes ces réalités culturelles qui ne devaient rien aux apports et aux impositions de l’Occident. Tâche d’autant plus pressante que ces sociétés sans écriture ne fournissaient pas de documents écrits ni, pour la plupart, de monuments figurés.

Or, avant même que la tâche soit suffisamment avancée, tout cela est en train de disparaître ou, pour le moins, de très profondément changer. Les petits peuples que nous appelions indigènes reçoivent maintenant l’attention de l’Organisation des Nations unies. Conviés à des réunions internationales, ils prennent conscience de l’existence les uns des autres. Les Indiens américains, les Maoris de Nouvelle-Zélande, les Aborigènes australiens découvrent qu’ils ont connu des sorts comparables, et qu’ils possèdent des intérêts communs. Une conscience collective se dégage au-delà des particularismes qui donnaient à chaque culture sa spécificité. En même temps, chacune d’elles se pénètre des méthodes, des techniques et des valeurs de l’Occident. Sans doute cette uniformisation ne sera jamais totale. D’autres différences se feront progressivement jour, offrant une nouvelle matière à la recherche ethnologique. Mais, dans une humanité devenue solidaire, ces différences seront d’une autre nature: non plus externes à la civilisation occidentale, mais internes aux formes métissées de celle-ci étendues à toute la terre.

La population mondiale comptait à ma naissance 1,5 milliard d’habitants. Quand j’entrai dans la vie active, vers 1930, ce nombre s’élevait à 2 milliards. Il est de 6 milliards aujourd’hui, et il atteindra 9 milliards dans quelques décennies, à croire les prévisions des démographes. Ils nous disent certes Lire la suite

David Holmgren : les quatre scénarios de la décroissance

bellaciao.org et damienperrotin.com, Damien Perrotin, le 14 août 2009

David Holmgren : les quatre scénarios de la décroissance

David Holmgren n’est pas un inconnu dans le monde de l’écologie et de la soutenabilité. Cet australien né en 1955 a été avec Bill Mollison l’inventeur du concept de Permaculture. Son premier ouvrage Permaculture One, basé sur les travaux de l’écologue américain T. Howard Odum, a posé les bases du mouvement pour une agriculture durable en Australie et plus largement dans les pays anglo-saxons. Son dernier livre Future Scenarios : how communities can adapt to peak oil and climate change a donc suscité un intérêt certain dans le monde, malheureusement restreint, de ceux qui s’intéressent au pic énergétique et ses conséquences sur nos sociétés, tout comme d’ailleurs son site : future scenario.org

Dans ce petit livre d’environ 120 pages, David Holmgren examine notre avenir à la lumière de la situation écologique présente. Il n’est certainement pas le premier à l’avoir fait. Le Club de Rome en son temps, et John Michael Greer plus récemment s’y sont également essayé. Leurs conclusions se rejoignent d’ailleurs. Holgrem envisage d’abord quatre futurs possible pour notre civilisation :

La techno-explosion prévoit une croissance indéfinie de notre richesse matérielle et de notre capacité à surmonter les contraintes environnementales. Elle dépend de la disponibilité en grande quantité d’une énergie concentrée et de haute qualité. Poussée au bout de sa logique elle aboutit à la colonisation de l’espace. Il s’agit en gros de la continuation du modèle actuel de développement.

La techno-stabilité suppose une conversion sans accrocs à une économie de non-croissance basée sur des énergies renouvelables et capable de garantir au moins le même niveau de richesse que celle d’aujourd’hui. C’est en gros ce dont rêvent les Verts.

L’effondrement envisage une destruction de la société industrielle sous l’effet combiné de l’épuisement des ressources du changement climatique. Cet effondrement serait rapide et plus ou moins continu et aboutirait à la disparition de la plus grande partie de la population humaine, ainsi que l’essentiel de son héritage culturel. C’est un scénario « à la Mad Max »

La descente énergétique correspond plus ou moins à la longue descente de Greer ou à la longue urgence de Kunstler. Elle implique une réduction progressive de l’activité économique, de la population et la complexité de la société au fur et à mesure que s’accentuera l’épuisement de nos ressources. L’importance croissante des énergies renouvelables fera évoluer nos sociétés vers des structures proches de celles qui prévalaient avant la révolution industrielle. Cela suppose une ruralisation progressive de l’économie et de la société et un déclin également progressif de la population.

Holmgren n’écarte pas à priori l’effondrement mais le juge peu probable. Comme Greer, il fait remarquer que dans le passé les civilisations ont décliné plus qu’elles se sont effondré brutalement et que ce processus a toujours été graduel. Par ailleurs, ce scénario, populaire dans certaines franges du mouvement écologiste, n’est pas très constructif. Il conduit à une attitude fataliste, axée sur la survie individuelle ou en petites communautés.

Il récuse également les scénarios de la techno-explosion et de la techno-stabilité. Ils reposent en effet sur toute une série de présupposés dont tout indique qu’ils sont faux.

–          La production des matières premières non-renouvelables Lire la suite

La taxe carbone ne fera consensus que si l’Etat redistribue ses recettes

lemonde.fr, Claire Ané, le 29 juillet, 2009

« La taxe carbone ne fera consensus que si l’Etat redistribue ses recettes »

Thomas Piketty est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et professeur à l’Ecole d’économie de Paris. Il revient sur le projet de taxe carbone, remis mardi 28 juillet au gouvernement par la commission d’experts présidée par l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard.

Le projet de taxe carbone s’annonce-t-il différent des autres impôts ?

En principe, une « taxe carbone » réussie se distingue de la fiscalité verte à l’ancienne par le fait qu’elle est entièrement guidée par des objectifs écologiques cohérents, et non par des considérations budgétaires et politiques. Mais pour l’instant, on a du mal à comprendre en quoi les projets évoqués vont vraiment révolutionner la fiscalité écologique existante.

Il existe ainsi depuis 1948 la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), qui dépasse 50 centimes d’euro par litre d’essence. Le rapport Rocard préconise la première année une taxe carbone de 32 euros par tonne de CO2 émise, ce qui se traduirait pour l’essence par une taxe additionnelle de 7 centimes par litre. C’est sans doute une bonne chose, mais est-ce vraiment révolutionnaire ? Sans un réel effort pédagogique, les gens auront le sentiment qu’on invente une nouveau concept grandiose pour faire passer une bonne vieille augmentation de la TIPP, comme il y en a eu des dizaines depuis des décennies pour boucher les trous des finances publiques et financer les priorités politiques du moment.

Le niveau de la taxe carbone projeté vous paraît-il assez élevé ?

Christine Lagarde a jugé ce matin sur France Inter ce montant “trop élevé”. Je ne suis pas spécialiste de ces sujets, mais j’ai du mal à croire qu’une taxe additionnelle de 7 centimes par litre va véritablement changer les comportements. Quant à l’augmentation prévue d’ici 2030, avec un prix de la tonne de C02 passant de 32 à 100 euros, elle correspond, si je comprends bien, à une taxe additionnelle d’un peu plus de 20 centimes par litre d’essence en 2030. Je peux me tromper, mais il ne me semble pas qu’on va changer de civilisation avec un tel instrument. La hausse prévue n’est d’ailleurs sans doute pas très éloignée de celle appliquée ces dernières décennies. La montagne a accouché d’une souris… et en plus, d’une souris qui fait peur !

Si l’on souhaite véritablement changer les comportements, il faudrait sans doute envisager une progression beaucoup plus forte des prix de l’énergie, mais avec une très grande transparence sur la redistribution intégrale aux ménages des recettes ainsi collectées, ce qui n’est pas du tout le cas dans les projets actuels.

Le gouvernement parle plutôt de maintenir les prélèvements obligatoires constants. Mme Lagarde a estimé Lire la suite

Dialogues en Humanité à Lyon du 2 au 5 juillet

laboussole74.com, Communiqué, le 2 juillet 2009

Dialogues en Humanité à Lyon

Face aux démesures à la racine des grandes crises actuelles : écologique, financière, économique, civilisationnelle – comment retrouver la mesure au cœur de l’émergence d’une politique et d’une économie du mieux être ?

Des interrogations qui seront débattues par divers thèmes

Jeudi 2 juillet – Devenir volontaire d’un jour : un petit geste pour l’Homme…un grand pas pour la solidarité !!

Vendredi 3 juillet – Pourquoi cette crise (écologique, économique, financière, sociale, systémique) ? Est-elle une manifestation de non-solidarité ? Faut-il corriger les causes ou simplement garder l’espoir que cela va repartir comme avant ?

Samedi 4 juillet – Comment dépasser la crise et transformer des verrous actuels en leviers ?

Dimanche 5 juillet – Construire une solidarité durable et globale ; quelles initiatives ?

Les dialogues s’adressent à tous sans exception : Lire la suite

Entretien croisé : Nicolas Hulot et Pascal Picq

madame.lefigaro.fr, Dalila Kerchouche et Laurence Negroni-Nikitine, le 29 mai 2009

Entretien croisé : Nicolas Hulot et Pascal Picq

Comment parler d’écologie sans donner des leçons ? Responsabiliser sans culpabiliser ? C’est l’objet de ce débat entre Nicolas Hulot et le paléoanthropologue Pascal Picq, une réflexion éthique et pratique pour les générations à venir. L’occasion d’une remise en cause salutaire pour la planète.

Madame Figaro. – Aujourd’hui, le discours écologique se moralise. Être vert, c’est bien, c’est juste. Qu’est-ce que la morale a à voir avec le réchauffement de la planète ?

Nicolas Hulot (1). Je préfère parler de responsabilité. Il ne suffit plus de se dédouaner avec deux ou trois petits gestes écolos. Mais de nous montrer plus exigeants dans nos choix individuels. Le dérèglement climatique nous oblige à une prise de conscience. À essayer de comprendre pourquoi, involontairement, nos actions ont échappé à nos intentions. En disant cela, je ne fais pas la morale, car je suis aussi de ceux qui ont, sans le vouloir, participé à tous ces désordres écologiques. Mais j’explique simplement que nous sommes à un carrefour de civilisation. Nous ne pouvons pas nous désolidariser des générations futures et les livrer en pâture à des problèmes quasiment insolubles. Je n’y vois aucune morale, mais la possibilité d’édifier ensemble un nouveau capital de valeurs.

Pascal Picq (2). Je suis scandalisé par les pubs et les promos qui, en ce moment, poussent à la surconsommation. Évidemment, il n’est pas question de donner des leçons, mais d’expliquer que nos habitudes ne sont bénéfiques ni pour notre santé ni pour notre confort de vie. Mais attention, aussi, à la fausse bonne conscience ! Car certaines entreprises pratiquent le greenwashing et utilisent le développement durable comme vitrine publicitaire. Cette démarche est très ambiguë, car elle ne part pas d’une réflexion éthique sur le produit. Entre mauvaises habitudes et prétextes fallacieux, il y a d’autres voies.

Pour agir au quotidien, quels gestes vous semblent essentiels ?

Nicolas Hulot. Il y en a beaucoup. Par quoi commencer ? On recharge ses cartouches d’imprimante, on chauffe sa maison à 18 °C, on récupère l’eau de pluie, on trie ses déchets, on éteint ses appareils en veille, on achète des produits de saison et de proximité, on évite les sacs plastique aux caisses des supermarchés, on choisit son mode de transport intelligemment, on optimise également sa machine à laver, on prend une douche plutôt qu’un bain… Les possibilités qui s’offrent à nous sont sans limites et nullement insignifiantes ! Si on possède plus de moyens, on peut rouler à scooter électrique, équiper sa maison de panneaux solaires… Mais à partir de là, c’est aussi à la société de permettre au plus grand nombre d’accéder à ces techniques en en baissant les coûts.

Pascal Picq. Soyons clairs : dans nos actes quotidiens, nous sommes impliqués avec tout ce qui se passe dans le monde. Cet été, par exemple, certaines personnes vont acquérir des salons pour leur jardin. Et en ce moment, c’est la mode des salons en teck. Or, lorsque nous achetons des meubles qui ne viennent pas d’une forêt gérée de manière durable, nous tuons des orangs-outangs. Cela n’est pas un discours moralisateur, c’est un fait.

Mais comment se responsabiliser sans culpabiliser ?

Nicolas Hulot. Si je suis dans une impasse, car je dois prendre ma voiture pour aller travailler, je n’ai aucune raison de me sentir coupable. Car la société ne me donne pas le choix de faire autrement. C’est de l’ordre de la responsabilité collective, et non individuelle. En revanche, dès qu’un choix personnel est possible, je dois essayer de briser mes automatismes consuméristes, c’est-à-dire évaluer et trier entre l’essentiel et le superflu. C’est un véritable Lire la suite

Viveret et Montaud : La crise, une opportunité ?

lapolitiquepourlesnuls.over-blog.fr, Patrick Viveret, Bernard Montaud, le 13 juin 2009

La crise, une opportunité ?

J’ai trouvé cet article dans le magasine TGV, généreusement offert par la SNCF. Je le retranscris ici car il m’apparait tout à fait dans la ligne éditoriale de mon blog. En effet, il s’agit d’éléments d’analyse de la crise économique qui nous éclairent d’une manière un peu différente du consensuel message journalistique très convenu que nous déplorons porté par la très grande majorité des médias.

TGV magazine 97 de juin 2009

Propos recueillis par Eric Tariant

La crise économique et financière est-elle conjoncturelle? N’annonce-t-elle pas, plutôt, un changement d’ère ? Des évolutions plus radicales qui affecteront nos modes de production, de consommation et de vie? C’est la conviction de certains chercheurs qui pensent que les principaux problèmes ne se situent pas dans l’ordre de l’avoir, mais dans celui de l’être…

La crise, une opportunité ?

Les origines profondes de cette crise économique ne sont-elles pas culturelles et spirituelles, avant d’être financières?

Patrick Viveret : Le mot finance est issu du latin fides qui signifie la confiance, mais aussi la foi. Toute grande crise financière est, d’une certaine façon, une crise culturelle, religieuse, une crise de civilisation, de foi. C’est tout un système de croyance qui s’effondre avec cette crise. Un système de croyance né avec la révolution conservatrice anglo-saxonne, sur le plan intellectuel, avec les idées de Friedrich Hayek et de Milton Friedman, et sur le plan politique, lors de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Cette crise s’apparente à ce qu’Aristote appelait une crise chrématistique, qui survient quand on fait de la monnaie une finalité, au lieu de l’appréhender comme un moyen. C’est l’effondrement d’une civilisation fondée sur le lucratif

Bernard Montaud : A un moment donné, l’avoir a été légitime. Il conditionnait l’épanouissement d’un ego qui s’est largement développé dans le monde occidental. Le désir de posséder a atteint, aujourd’hui, un degré pathologique générateur de misère. Chercher à avoir toujours plus, alors que plusieurs milliards d’êtres humains manquent de tout n’est plus pos­sible. Cette crise est un réajustement de l’Histoire, un coup de semonce qui nous rappelle à la raison. Donner du sens à cette crise est la seule façon de trouver des solutions.

La crise, au-delà des soubresauts économiques et sociaux qu’elle provoque, ne peut-elle pas être appréhendée comme une chance, une occasion de changer de voie, de refonder l’économie et la politique?

P. V.: En finir avec notre approche économique insoutenable est une opportunité. Il faut bien comprendre que la crise que nous traversons est systémique. Elle est à la fois écologique, économique, financière, sociale, alimentaire (émeutes de la faim), mais aussi géopolitique (fin de l’hyperpuissance américaine), culturelle et religieuse. Aux racines de cette crise se trouve la démesure, ce que les Grecs appelaient l’ubris. C’est la démesure qui est au coeur du dérèglement des rapports avec la nature, et qui se traduit par la crise climatique et celle de la biodiversité. La démesure est au cœur également de la crise sociale mondiale qui a généré un creusement des inégalités : la fortune personnelle des 225 personnes les plus riches est égale aux revenus de 2,5 milliards d’être humains. On la retrouve aussi dans le découplage entre l’économie financière et l’économie réelle. La démesure conjuguée au mal-être est compensée par une sorte de toxicomanie ou de boulimie qui prend la forme de l’hyperconsommation.

B. M. : Il ne s’agit pas d’une simple crise, mais Lire la suite

Fin de parcours

dedefensa.org, NC, le 16 avril 2009

Fin de parcours

William S. Lind nous est connu. Il fait partie d’un groupe de stratèges essentiellement US dont le réformisme radical conduirait plutôt, pour une définition, au mot de “révolutionnaire”. C’est un des paradoxes où conduit le contexte actuel de crise du système, qui conjugue lui-même le paradoxe central d’être une crise systémique fondamentale caractérisée par la paralysie et l’enfermement; paradoxe complet puisqu’une crise, qui devrait donner le mouvement très rapide et désordonné jusqu’au mouvement du désordre complet qu’est l’hystérie, est ici définie par son exact contraire: l’immobilisme jusqu’à la paralysie. Fort logiquement, William Lind est conduit à être un “réformiste révolutionnaire”, – une expression qui est presque un oxymore de type politique, – dont l’enseignement n’a aucune chance d’être entendu bien qu’il soit notablement écouté.

Dans un article (ce 15 avril 2009, sur Defense & the National Interest, ce 16 avril 2009 sur Antiwar.com), qui est le 300ème d’une série de commentaires qu’il a baptisée “On War”, Lind fait une sorte de bilan en s’essayant à une sorte de prospective.

Il nous parle donc des générations successives de la guerre, jusqu’à sa fameuse “guerre de 4ème génération” (G4G). La définition de la G4G est en constante évolution et devrait finalement s’avérer, à notre sens, comme le type de guerre caractérisant la crise systémique en cours, ou crise de notre civilisation; c’est-à-dire, la “guerre” (guillemets ô combien nécessaires) caractérisant la résistance des situations et des dynamiques structurantes contre l’action des forces déstructurantes, qui est la marque de l’activisme prédateur du système. Dans ce cadre, l’enjeu est la légitimité et non la “victoire”, – un de ces termes militaires qui, avec l’autre terme militaire de “défaite”, est en train de se vider totalement de sa substance, – ou mieux encore, ou pire c’est selon, un terme qui est d’ores et déjà totalement vidé de sa substance avec une crise qui interdit désormais de raisonner en termes de conquête, de compétitions et d’affrontements identifiés.

(On pourrait dire que si tel ou tel dirigeant, – Obama pour ne pas le nommer puisque cette référence est actuellement à l’esprit de tous, après d’autres et peut-être avant une autre, – se révoltait d’une façon ou l’autre contre le système, s’il tentait de devenir un “American Gorbatchev” pour suivre notre suggestion, il s’agirait selon notre interprétation d’une phase caractéristique de la G4G. On comprend bien les enjeux: cela n’impliquerait nullement une “victoire”, – Gorbatchev a échoué par rapport à ce qu’il voulait réaliser; peu nous importerait “victoire” ou “défaite” de l’homme, de ses idées, de ses conceptions, etc.; il nous importe seulement de savoir si son acte, voulu ou pas, volontaire ou non qu’importe, participerait ou non, d’une manière importante, voire décisive, à la poussée décisive vers la déstabilisation et la déstructuration du système. Dans ce cas, l’homme aurait, par inadvertance, contribué à une dynamique qui lui est vastement supérieur. C’est ce qu’il faut attendre et espérer d’Obama, et nullement qu’il “sauve” le système, – avec FDR, on a déjà donné, et l’on voit le résultat…)

Quelle est la perspective de Lind? Pour lui, l’establishment US, qui est au cœur de la crise, sinon le cœur même de la crise par sa position de serviteur privilégié du système, n’a aucune chance ni aucune volonté de changer. L’observation de Lind emprunte aux termes militaires qu’il affectionne, mais nous croyons qu’il ne faut les considérer ici que comme des moyens décrits par un expert militaire (un autre emploierait d’autres termes, peu importe, – compte seule, ici, la description de la dynamique).

«There is no chance America will adopt a defensive grand strategy or reform its military to move from the Second to the Third Generation – a necessary though not sufficient step in confronting 4GW – so long as the current Washington Establishment remains in power. That Establishment is drunk on hubris, cut off from the world beyond court politics and thoroughly corrupted by Pentagon “business as usual,” which knows how to buy whatever political support it needs. Like all establishments, it sees any real change as a threat, to be avoided. So long as it reigns, nothing will change.»

Lind prévoit toutes les issues les plus sombres possibles dans tous les désordres en cours Lire la suite

Antimanuel d’écologie par Yves Cochet

cdurable.info, le 15 mars 2009, David Naulin

Est-il raisonnable d’être alarmiste ?

Antimanuel d’écologie par Yves Cochet

’’La décroissance est inéluctable »

Crise énergétique, changement climatique, pollutions chimiques, OGM : est-il raisonnable d’être alarmiste ? Le dérèglement climatique est-il inéluctable ? Quelle est la responsabilité de l’être humain dans la disparition des espèces ? Devons-nous craindre la raréfaction du pétrole et des matières premières ? Quelles conséquences aurait la relance du nucléaire dans le monde ? Bref, que va-t-il nous arriver ?

Yves Cochet dans le 7/10 de France Inter

Pour répondre à ces questions, Yves Cochet n’y va pas par quatre chemins, et dresse un portrait inquiet de la planète. Il devient urgent, car le temps nous manque déjà, de réinventer le monde de demain. Parmi les différentes mesures qu’il prône, Yves Cochet défend une politique de la « décroissance », pour lutter contre l’alarmante dissipation des ressources terrestres et de leur inévitable déplétion. « L’humanité demande à la Terre de lui fournir 25% de plus que ce qu’elle peut offrir, et ce chiffre ne cesse d’augmenter« , prévient-il. Si un changement de civilisation ne s’opère pas rapidement, nous devrons nous préparer à subir une catastrophe écologique, économique, politique et sociale.

En conclusion de son livre, Yves Cochet nous propulse en 2022 et imagine le monde tel qu’il sera, si nous ne révolutionnons pas nos modes de vie, de production et de consommation.

« La décroissance a déjà commencé. Mais peu de personnes l’ont anticipée. C’est pour cela que l’on va dans le mur. Mieux vaut la décroissance choisie, démocratique et solidaire, que la décroissance subie actuelle. De toute façon, qu’on le veuille ou non, la décroissance de notre empreinte écologique est inéluctable. » Yves Cochet

Sommaire :

 Est-il raisonnable d’être alarmiste ? Lire la suite

Crise : le choc est à venir

lemonde.fr, Harald Welzer, le 7 février 2009

Psychosociologue allemand, chercheur au Kulturwissenschaftlichen Institut d’Essen

Crise : le choc est à venir

Peu de temps avant la banqueroute de Lehman Brothers, Josef Ackermann, le président de la Deutsche Bank, avait laissé courir le bruit que le pire était passé. Dans les semaines fiévreuses qui se sont succédé depuis, les politiques et les spécialistes se sont surpassés dans la recherche de moyens destinés à doper la consommation, comme si le capitalisme était en mouvement perpétuel et qu’il suffisait de relancer son cycle de création continue.

L’idée que, cette fois, il s’agit peut-être de plus que d’une « crise », n’est apparemment venue à personne. La vie suit son cours : on emprunte, on donne un tour de vis fiscal, et on espère, avec tout ça, passer le cap au plus vite. Le manque de la plus élémentaire clairvoyance de la mesure et des conséquences de la débâcle financière indique pourtant bien que ce qui est arrivé n’a pas été anticipé. Des faillites bancaires massives, des groupes d’assurances entamés, des Etats eux aussi au bord de la ruine ? Et les milliards requis pour tout ça, que sont-ils, sinon de l’argent virtuel injecté dans un système lui-même au bord de l’implosion, à cause, justement, de la nature virtuelle de ses échanges ?

Bien que la catastrophe économique déploie implacablement son cours à une allure défiant toute concurrence, frappant une branche après l’autre, le bricolage, le raboutage et le rembourrage, et les sempiternels sommets continuent à donner l’apparence que la crise est gérée. Les réactions des gens sont graves, mais pas paniquées. En dépit du lot quotidien de nouvelles horrifiques en provenance de la Global Economy, citoyennes et citoyens ne sont que modérément agités.

Notons d’abord qu’un événement, considéré comme historique par la postérité, est rarement perçu comme tel en temps réel. Rétrospectivement on s’étonne qu’un Kafka, le jour où l’Allemagne déclara la guerre à la Russie, ait seulement consigné dans son journal de façon lapidaire : « l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. – Après-midi : cours de natation ». Les ondes de choc, qui parcourent nos sociétés modernes et complexes, partent d’un point d’impact catastrophique initial qui n’atteint les fonctions essentielles qu’à retardement. Il est donc plutôt exceptionnel qu’un bouleversement social soit reconnu pour ce qu’il est par ses contemporains. C’est aux historiens qu’il appartient d’en constater la réalité. Les écologistes déplorent parfois que les gens ne parviennent pas à intégrer l’idée que leur environnement se modifie.

Une étude menée sur plusieurs générations de professionnels de la pêche, en Californie, a montré que c’étaient les plus jeunes qui avaient le moins conscience du problème de la surpêche et de la disparition des espèces. De telles modifications de perception et de valeurs, analogues aux transformations environnementales, on les rencontre aussi dans la sphère sociale : que l’on pense au renversement complet des valeurs dans la société allemande à l’époque hitlérienne.

Dans cette société, les composantes non juives auraient, en 1933, trouvé complètement impensable que, quelques années plus tard seulement, et avec leur participation active, leurs concitoyens juifs se verraient non seulement spoliés, mais seraient embarqués dans des trains pour être mis à mort. Ce sont pourtant les mêmes qui regarderont, à partir de 1941, les convois de déportés partir vers l’Est, tandis qu’une partie non négligeable d’entre eux rachèteront les installations de cuisine, le mobilier et les œuvres d’art « aryanisés » ; que certains prendront la gestion d’affaires « juives » ou habiteront des maisons dont leurs propriétaires juifs auront été expulsés. En trouvant cela tout naturel.

Que les changements de cadre de vie ainsi que de normes consensuelles se remarquent à peine, tient aussi à ce que les métamorphoses perceptibles ne concernent qu’une part souvent infime de la réalité vécue. On sous-estime de façon chronique combien le train-train quotidien, les habitudes, le maintien d’institutions, de médias, la continuité de l’approvisionnement entretiennent la croyance qu’en fait rien ne peut arriver : les bus fonctionnent, les avions décollent, les voitures restent coincées dans les embouteillages du week-end, les entreprises décorent leurs bureaux pour Noël. Autant de preuves de normalité qui viennent étayer la conviction bien enracinée que tout continue comme au bon vieux temps.

Au moment où l’histoire se produit, les hommes vivent le présent. Les catastrophes sociales, à la différence des cyclones et des tremblements de terre, ne surviennent pas sans crier gare mais, pour ce qui est de leur perception, représentent un processus quasi insensible, qui ne peut être condensé en un concept comme celui d' »effondrement » ou de « rupture de civilisation« , qu’a posteriori. Lire la suite

Changer de société ?!

agoravox.fr, Caramelle, le 14 février 2009

Changer de société ?!

« La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. » Pierre Rabhi

Quoi de plus séduisant au demeurant quand on devine ce que Pierre Rabhi veut dire par là.

Mais, quoi de plus périlleux aussi, si l’on passe sans se poser la question fondamentale du changement… de paradigme et d’utopie.

Nombreux sont ceux qui aujourd’hui entendent la crise comme une opportunité de changement. Et j’en suis ! Mais prenons le temps de la réflexion car il s’agit rien de moins que de changer de cap ! Et c’est énorme !

Je m’empresse de dire ce qu’est mon postulat : on voit ce que l’on croit et non pas l’inverse, telle est ma conviction !

C’est ce qui me fait parler d’utopie et de paradigme plutôt que de l’homme ou de la société tels qu’ils sont car en réalité on ne les voit jamais tels qu’ils sont mais plus simplement, comme on les voit… avec nos yeux, nos prismes déformants et nos partis pris… Et notre regard est indissociable de nos perceptions !

Sur quelle base donc « refonder » notre société ?

C’est à nous tous collectivement d’en décider (c’est l’étymologie même du mot « crise »)… du moins d’en échafauder les principes tant il est vrai que nos gouvernants sont très majoritairement désorientés face à cette crise, notamment en France.

Il n’est que d’écouter les discours présidentiels qui s’enchaînent et se contredisent quand ils ne mettent pas en avant des annonces sans liens entre elles… Je passe sur la suppression des taxes professionnelles si franco-françaises et l’énormité de la question de la mondialisation et des délocalisations… C’est perdre quelque peu le sens des réalités et des proportions, me semble t’il.

Quoi qu’il en soit, quel aveu de désarroi !

De « il faut promouvoir la retraite par capitalisation » ou encore « il faut développer le principe des stock-options » ou de « je veux une France de propriétaires »… même et surtout grâce au crédit… nous sommes soudainement passés à « il faut refonder le capitalisme, le moraliser », « la spéculation c’est fini, le marché qui a toujours raison, c’est fini… », « le monde est passé à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer », « comment ceux qui nous ont mis dans cette situation sont-ils légitimes à nous montrer le chemin pour en sortir ? ».

En effet, je vous retourne la question. N’est-ce pas Monsieur le Président, n’est-ce pas Monsieur Messier ?!

Et comment peut-on encore prédire une sortie de crise milieu 2010 ? Personne n’en sait fichtre rien ! On peut tout juste intuitivement se douter que se sera bien au-delà car il ne s’agit pas d’une seule crise financière ni économique…

Arrêtez là vos élucubrations et laissez-nous réfléchir un peu sérieusement à la question de ce que nous voulons devenir ensemble plutôt que de se demander quand on va pouvoir reprendre vos fâcheuses habitudes !

Il faut nous rendre à ce constat, c’est à la société civile de proposer des pistes et comme j’ai eu l’occasion de le dire dans un précédent article ne pas se laisser confisquer cette indispensable réflexion.

Dans les années 70, on voulait « changer LA société » ; aujourd’hui nous nous trouvons dans l’obligation de changer de société… comme l’on change de civilisation, en tournant la page, assez brutalement et sans que le système de substitution n’ait été réellement pensé par avance…ni n’ait fait l’objet d’un quelconque consensus. On avance en marchant dit-on…

Un changement de société ne se décrète pas, mais Lire la suite

Claude et Lydia Bourguignon : Damnés de la terre

Le Monde, Hervé Morin, le 27 février 2008

Claude et Lydia Bourguignon : Damnés de la terre

Les deux chercheurs, qui travaillent en francs-tireurs, voient dans l’épuisement des sols la fin de la civilisation. Leurs meilleurs alliés sont les micro-organismes et les vers de terre

Deux gros bœufs tractant une charrue trônent dans le laboratoire de Claude et Lydia Bourguignon. Cette aquarelle originale du peintre animalier Olivier de Penne (1831-1897) est un clin d’œil : les Bourguignon, spécialistes des sols, ne peuvent pas voir le labourage en peinture. Ni les techniques agricoles intensives qui contribuent, selon eux, à tuer la terre.

Le couple ne police plus son discours sur la dégradation des sols, fine pellicule sur laquelle repose l’essentiel de la vie de la planète. « C’est la fin de la civilisation, alerte Claude Bourguignon. Nous sommes dans la phase d’effondrement. Partout on voit baisser les rendements agricoles. »

Voilà bientôt vingt ans, les Bourguignon ont quitté l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), où ils estimaient ne pas pouvoir travailler sur les vrais enjeux de l’agriculture.

Depuis leur laboratoire, une superbe grange de 1754, à Marey-sur-Tille, au nord de Dijon, ils alertent les agriculteurs et étudient leurs sols. En francs-tireurs. Gens de terrain, ils ont à leur actif quelque 5 500 analyses – en France et à l’étranger.

D’une formule, Lydia résume le problème : « La plante est incapable de sucer le caillou. Il faut que des microbes le dissolvent. » Sans ce grouillement souterrain, les plantes végètent, le sol se dérobe. Elle montre ces photos de champs ravinés, dans la Somme : « Des canyons, les tracteurs ne peuvent plus passer ! » Leur solution : renoncer au travail mécanique du sol et laisser microbes, champignons et vers de terre s’en charger, sous un couvert végétal qui étouffe les mauvaises herbes et réduit l’érosion.

Pour Claude, l’agriculture intensive est devenue « de la gestion de pathologies végétales » : les variétés à haut rendement, fragiles, sont protégées en permanence par des batteries d’engrais, d’insecticides et de pesticides. En conséquence, les sols souffrent et « l’humanité ne mange que des plantes malades ».

L’épidémie d’obésité, la montée des allergies ? Ce n’est qu’un début, assurent les Bourguignon. L’espérance de vie va chuter. « Les vieux d’aujourd’hui ont été nourris aux produits bio, avant l’intensification agricole, dit-il. Les jeunes générations n’auront pas ce capital. »

Leurs arguments, bien charpentés, s’imbriquent – même s’ils mériteraient parfois d’être réactualisés. Leurs coq-à-l’âne finissent par faire sens, voire système : « Les mêmes boîtes produisent les engrais, les pesticides, les médicaments : de l’or en barre, indéracinable », lâche Claude.

Leur unité de pensée est née de mondes opposés. Lui, Parisien d’origine, issu d’une lignée de scientifiques médicaux. Elle, née en Bourgogne d’un père menuisier et d’une remailleuse de bas italiens, arrivés en France en 1945.

Enfant, Claude se passionne pour la vie sauvage, fonde avec des copains de lycée le « groupe ornithologique parisien ». « Il savait tout des animaux, se souvient Brice Lalonde, qui fréquentait alors sa soeur aînée. Il m’a ensuite influencé comme ministre. J’admire ces ouvreurs de chemin, qui ont raison avant tout le monde. » Cette grande sœur fameuse, l’actrice Anémone, est toujours admirative du « courage » de son érudit de frère, « un peu professeur Nimbus », qui a converti l’ensemble de la famille à l’écologie. Lire la suite

Crise mondiale, décroissance et sortie du capitalisme

André Gorz, Ecologica, 2008

Extrait du chapitre « Crise mondiale, décroissance et sortie du capitalisme » 1ère parution dans Entropia N°2 « Décroissance et travail », Parangon, printemps 2007

La décroissance de l’économie fondée sur la valeur d’échange a déjà eu lieu et s’accentuera. La question est seulement de savoir si elle va prendre la forme d’une crise catastrophique subie ou celle d’un choix de société auto-organisée, fondant une économie et une civilisation au-delà du salariat et des rapports marchands dont les germes auront été semés et les outils forgés par des expérimentation sociales convaincantes.

… Elle a conduit à ce que nous ne produisions rien de ce que nous consommons et nous ne consommons rien de ce que nous produisons. Tous nos besoins et désirs sont des besoins et désirs de marchandises, dons des besoins d’argent. Nous produisons la richesse en argent, lequel est par essence abstrait et sans limites, et donc le désir, par conséquent, est lui aussi sans limite. L’idée du suffisant – l’idée d’une limite au-delà de laquelle nous produirions ou achèterions trop, c’est-à-dire plus qu’il ne nous en faut – n’appartiens pas à l’économie ni à l’imagination économique. Lire la suite

Etes-vous un créatif culturel ?

Ekopédia

Ce terme désigne une famille sociologique occupant une part importante des populations occidentales : 17% en France et 25% aux Etats-Unis [1]. Il est la traduction de l’américain cultural creatives, créé par le sociologue Paul H. Ray et la psychologue Sherry Ruth Anderson.

Le courant porté par les créatifs culturels, ou « créateurs de culture », est perçu par les sociologues comme l’avènement d’une nouvelle culture. Elle serait d’après ces deux chercheurs «la manifestation d’une lente convergence de mouvements et de courants jusqu’alors distincts vers une profonde modification de notre société», l’éveil d’une civilisation post-moderne, aussi importante que celle qui, il y a cinq cents ans, marqua la fin du moyen-âge [2].

Quesionnaire : Etes-vous un créatif culturel ?

Les créateurs culturels vivent d’ores et déjà dans un système de valeur et de comportement nouveaux :

– Mode de consommation fondé sur le respect et la reconnaissance de la valeur de l’environnement (consommation d’aliments biologiques, utilisation de la médecine naturelle).

– Conscience des valeurs féminines (place des femmes dans la sphère publique, coopération et préoccupation par rapport à la violence)

– Prédominance de l’être sur l’avoir et le paraître. Lire la suite

Un changement de civilisation

Le monde diplomatique, Philippe Bovet et Agnès Sinaï

Les vrais dossiers de l’environnement, Octobre 2007

Entre prise de conscience, déni et récupération

« Le Monde diplomatique » a publié, le 15 octobre 2007, un très documenté « Atlas de l’environnement ». Comme les « Atlas » précédents, il comporte des textes synthétiques, accompagnés de cent cinquante cartes et graphiques, consacrés aux grands défis de l’écologie. En effet, si l’humanité mesure mieux qu’hier les dangers qui la menacent, il lui reste beaucoup à faire pour imaginer et mettre en œuvre les solutions indispensables sans se laisser duper par les tentatives de récupération.

Les écosystèmes ont les formes que nous connaissons parce que, voici vingt mille ans, la nature est passée d’un paysage dominé par les glaces dans une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du Nord au paysage actuel, où les glaces sont concentrées aux pôles et en altitude. Cette transition, qui a duré cinq mille ans, coïncide avec un réchauffement global d’environ 5° C, ce qui permet d’estimer que le rythme naturel du changement de température sur une longue durée est, à l’échelle planétaire, de 1° C par millénaire.

Problème : un doublement de la quantité du CO2 (dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre) est envisageable d’ici à 2050. Il pourrait entraîner une hausse moyenne de température au moins dix fois plus rapide que les rythmes moyens globaux de changement depuis la dernière période glaciaire. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), si la consommation de combustibles fossiles se poursuit au rythme actuel, les émissions de CO2 uniquement liées à l’énergie atteindront 40 gigatonnes en 2030, soit 55 % de plus qu’en 2004 (1). De quoi réchauffer la planète de 2,4 à 6,4° C à l’issue du XXIe siècle, d’après la fourchette haute des scénarios du dernier rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organe de référence des Nations unies, qui annonce un changement d’ère climatique (2). Une telle augmentation entraînera une modification de la carte du monde. La nouvelle répartition des agricultures, l’exode des populations littorales et insulaires, la migration ou la disparition d’une partie des espèces animales et végétales détermineront un changement de civilisation.

Au-delà des faits bruts, la crise environnementale est aussi une affaire de psyché, un enjeu cognitif, tant ses dimensions dépassent la capacité d’entendement des individus. Lire la suite

Conscience planétaire et politique de civilisation

Edgar Morin dans Wikipédia

Conscience planétaire et Politique de civilisation [modifier]

Avec Terre-Patrie, écrit en 1993, (avec Anne-Brigitte Kern), Edgar Morin en appelle à une « prise de conscience de la communauté du destin terrestre », véritable conscience planétaire.

« C’est en Californie, en 1969-1970, que des amis scientifiques de l’université de Berkeley m’ont éveillé la conscience écologique » rapporte-t-il, avant de s’alarmer : «Trois décennies plus tard, après l’assèchement de la mer d’Aral, la pollution du lac Baïkal, les pluies acides, la catastrophe de Tchernobyl, la contamination des nappes phréatiques, le trou d’ozone dans l’Antarctique, l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans, l’urgence est plus grande que jamais ».

En 2007, il est l’auteur de L’an I de l’ère écologique : La Terre dépend de l’homme qui dépend de la Terre. Le livre comporte un dialogue avec Nicolas Hulot.

Cette conscience doit s’accompagner pour Edgar Morin[5] d’une nouvelle « politique de civilisation », pour sortir de cet « âge de fer planétaire… préhistoire de l’esprit humain ».

La politique de civilisation (concept emprunté à Leopold Sedar Senghor [réf. nécessaire]), explique Edgar Morin, « vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être »[6]. Lire la suite