Europe écologie : Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

europe-ecologie.fr, octobre 2010

http://www.europe-ecologie.fr/2010/09/20/manifeste-pour-un-nouveau-cours-ecologique-et-social/comment-page-6/#comments

Manifeste pour un nouveau cours écologique et social

L’humanité est aujourd’hui devant un choix qui détermine son avenir. Un choix à assumer collectivement et qui requiert, en outre, l’implication de chacune et de chacun. Sous l’impact d’un système aveuglément productiviste et violemment inégalitaire, le train du progrès s’égare. Il faut de toute urgence le remettre sur une autre voie. C’est le sens de l’engagement des écologistes et leur responsabilité, ici et maintenant : ils refusent d’assister passivement au scénario d’une nature qui s’épuise et de sociétés qui se désagrègent ; ils veulent, en association avec les forces vives de la société et les partenaires politiques susceptibles de partager l’essentiel de leur projet, tracer une nouvelle ligne d’horizon sur la base d’une démarche de transition réaliste.

Tel qu’il s’applique, le système de création et de redistribution des richesses ne fonctionne plus. Retournement inédit qui, d’un même mouvement, précipite prédations du vivant et déchirures sociales, déséquilibres et discriminations, pollutions et récessions. Ce bouleversement majeur épuise les ressources aussi bien qu’il creuse les inégalités et déprime les consciences, dressant la biosphère contre les êtres humains et les êtres humains entre eux. Au point que le spectre d’un collapsus historique sans précédent hante l’avenir : celui d’un déclin écologique, économique et social brutal et simultané.

Néanmoins, une aspiration grandissante à refuser la défaite de l’Homme émerge partout dans le monde.

Une multitude d’initiatives entame le modèle dominant et ouvre des voies nouvelles. C’est l’autre visage de la mondialisation et il concerne tous les peuples, toutes les cultures. De nombreux acteurs et actrices de la société et des communautés locales cherchent et trouvent des issues. Ils interviennent dans toutes les couches de la société. Ce sont souvent ceux et celles que la crise fragilise en premier. Ils résistent, s’organisent, innovent, multiplient les initiatives. Chacun et chacune à leur façon, dans leur discipline, leur quartier ou leur village, ils esquissent les contours d’une alternative globale porteuse d’avenir. Des hommes et des femmes luttent et s’engagent, et c’est le seul espoir tangible, le seul point d’appui pour inverser le cours des choses.

Un choc sans précédent

Car les crises n’ont plus de limites. Elles surgissent dans tous les domaines de l’environnement et des activités. Elles se cumulent et s’alimentent pour mettre à nu un système en déroute. Nous sommes parvenus à ce moment clé où la croissance, moteur de l’histoire moderne, a atteint la frontière du possible. L’insoutenable est là, inscrit dans les réalités physiques de la planète et les souffrances des populations : les modes de production et les standards de vie, indexés sur l’imaginaire de la démesure et la boulimie des privilégiés, soumis à la surenchère de la marchandisation et de l’endettement massif, entraînent une consommation de ressources excédant leurs capacités de renouvellement. Elles provoquent un déséquilibre majeur des fondamentaux de la vie et de la culture.

Les conséquences sont sans appel : les modèles économiques et les pactes sociaux d’hier ne résistent pas aux sols qui s’épuisent, aux fleuves et aux mers qui se dépeuplent, aux forêts qui reculent et aux déserts qui avancent, aux séquences brutales d’inondations et de sécheresses, à la disparition des biotopes et à l’érosion de la diversité des espèces, à l’empoisonnement des airs et des eaux.

Déjà, dans les prémisses du chaos énergétique, climatique, alimentaire et sanitaire, dans la mise à sac des biens communs et publics que les logiques financières et marchandes provoquent, un nouveau monde émerge avec Lire la suite

Du Vert dans le Rouge : renforcer la prise en compte de l’écologie mais rester à gauche.

legrandsoir.info, Christian Delarue, le 3 août 2010

http://www.legrandsoir.info/Du-Vert-dans-le-Rouge-renforcer-la-prise-en-compte-de-l-ecologie-mais-rester-a-gauche.html

Du Vert dans le Rouge : renforcer la prise en compte de l’écologie mais rester à gauche.

Pour des raisons de fond comme pour des raisons d’alliances politiques contre le sarkozysme en France il importe de relier l’écologie et le social. Pour ce faire, une maitrise politique et démocratique de l’économie est nécessaire au lieu de la laisser à la logique marchande (produire des marchandises) et capitaliste (faire du profit). Il n’y a pas de capitalisme vert dit Michel Husson (1) ! La question dépasse évidemment l’horizon national.

I – Avancer des positions théoriques conséquentes à gauche sur le respect de la nature.

1. QUELLE CROISSANCE ? QUELLE PRODUCTION ?

La gauche de gauche écologiste et socialiste (pas au sens de social-démocrate) pense qu’il faut sortir du dogme de la croissance infinie et de la production anarchique non pas pour tordre le bâton dans l’autre sens avec un dogme de la décroissance généralisée et du ne rien produire du tout mais en se posant des questions sur le contenu et les modalités de la production . Il y a toujours besoin de construire des écoles, des logements, des hôpitaux, et nombres de biens utiles. D’autres productions sont inutiles voire nuisibles. La production de voitures ne va pas baisser sans une politique sectorielle transitoire.

Pour avancer, il faut lier les deux questions celle du contenu et celle du mode de production : Si vous voulez construire moins de voitures, moins d’avions et plus de trains par exemple il faut, outre le changement d’imaginaire, surement changer le mode de production tellement les paramètres en jeux sont importants. On peut user de façon transitoire de certaines taxes pour interdire l’accès aux voitures mais cela ne portera que contre les moins solvables (qui sont nombreux) mais c’est un capitalisme dictatorial qui est alors en place ; clairement contre les intérêts du peuple. On s’en approche ceci dit. On peut aussi baisser beaucoup plus les tarifs de transport ferroviaire ce qui suppose une très forte réhabilitation des services publics et de la fiscalité pour les faire fonctionner. Même ainsi, cela ne résoudra pas toutes les questions.

En fait, il est fort peu probable que le mode de production capitaliste orienté vers a valeur d’échange et le profit sache aller vers cette orientation. Dépasser les régulations marginales suppose d’aller vers le socialisme et pour cela il faut mettre le politique et la démocratie au poste de commande, pas le marché et le capital même avec quelques régulations.

2. TOUS RICHES AU NORD ?

Faut-il faire ici la critique de l’empreinte écologique ou celle de son usage ? Si l’empreinte écologique est pertinente, il faut alors se garder d’une interprétation intégriste de cet outil d’analyse. En effet, à écouter certains écologistes, usant de l’empreinte écologique comme critère, la question de la répartition des richesses est mondiale et oppose le Nord surconsommateur au Sud insolvable. Pourtant disposer d’une automobile ne fait pas le riche dans le vécu ordinaire des travailleurs. Ce qui n’empêche pas qu’ une ville comme Londres a une empreinte écologique 120 fois supérieure à sa superficie . La répartition des richesses se pose aussi au Nord. Il faut continuer à défendre le bouclier social et fiscal des 3000 euros et moins par mois dans les pays comme la France. Cela n’empêche pas de vouloir une bonne répartition des revenus au plan mondial et un meilleur accès au services publics. Mieux, il y a tout lieu de penser que si l’égalité avance au Nord, la volonté de justice sociale grandira alors pour le Sud. Il faut enfin préciser aussi qu’il y a du nord au sud. Il y a dans de nombreux pays du sud une bourgeoisie compradores qui émarge à la mondialisation capitaliste et qui place ses fortunes en Suisse et dans les paradis fiscaux.

3. POUR UN DÉVELOPPEMENT SOCIALISTE SOUTENABLE

Le socialisme c’est la démocratisation de l’économie qui devient un moyen au lieu d’être une fin en soi, un fétiche au-dessus des humains. Le socialisme c’est Lire la suite

une ambitieuse « théorie générale de l’émancipation » et un tour d’horizon des « nouvelles pensées critiques » : Le néo-marxisme des gauches radicales

Le néo-marxisme des gauches radicales

bibliobs.nouvelobs.com, Valéry Rasplus (sociologue), août 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/blog/le-voyageur-social/20100802/20649/le-neo-marxisme-des-gauches-radicales

Membre du comité de rédaction de la revue Contretemps (1) et de la Société Louise Michel, un think tank fondé en 2009 et lié au NPA (2), le sociologue Razmig Keucheyan a ressemblé son savoir universitaire et militant pour nous présenter à la fois une ambitieuse « théorie générale de l’émancipation » et un tour d’horizon des « nouvelles pensées critiques ».

Soit, selon la doxa en question, des pensées et des théories (pro)marxistes influentes dans les diverses communautés de révolte des gauches radicales partant à l’assaut du monde libéral-capitaliste.

Un des objectifs de l’auteur est de réfléchir « non seulement sur ce qui est, mais aussi ce qui est souhaitable (…) [en remettant] en question l’ordre existant de façon globale» grâce à « l’une des théories critiques les plus stimulantes à l’heure actuelle(…) celle de Marx » (3).

Des héritiers en conflit

Les pensées radicales sont des pensées de conflits et de tensions entre héritiers (« anciens » ou « nouveaux »), principalement universitaires, où les styles et les contenus distinguent les écoles et les mouvements de contestation. Entre ceux qui se reconnaissent dans les principes de 1789, voire de 1793, et plus globalement dans l’esprit des Lumières (synonyme de départ de la modernité politique pour les postmodernes), entre ceux qui se réclament de la révolution russe d’octobre 1917, via le marxisme « classique » (Kautsky, Luxembourg, Lénine, Trotski, Staline, Bauer, etc.) ou le marxisme « occidental » (Lukacs, Korsch, Gramsci, Adorno, Marcuse, Althusser, etc. ), entre ceux qui eurent un choc intellectuel au moment de la chute du mur de Berlin en 1989 – si ce n’est avant comme au moment du procès Kravtchenko (1949), du « complot des blouses blanches » (1953) ou du rapport Khrouchtchev (1956), lors de l’insurrection de Budapest(1956) ou du printemps de Prague (1968) par exemple – et de la décomposition du bloc communiste qui s’ensuivit, entre ceux qui, enfin, pensèrent le « renouveau de la critique sociale et politique », s’engageant dans « une critique radicale du capitalisme » (4), au sein d’une nouvelle gauche de transformation sociale ou d’une gauche de gauche (5), héritière des organisations « gauchistes » (maoïstes, trotskistes, etc.), anarchistes (6) et autres nouveaux mouvements sociaux dont, pour l’auteur, « les théories critiques actuelles sont des héritières du marxisme occidental ».

Razmig Keucheyan a classé les penseurs critiques en six idéaux-types. 1. Les convertis : naguère des révolutionnaires qui contestaient le capitalisme avant de s’adapter et défendre la société libérale-marchande comme l’ordre social dominant. 2. Les pessimistes : sceptiques et nihilistes, proches des convertis en ce qu’« ils considèrent la transformation de la société comme impossible ou dangereuse », ne voyant pas un « au-delà du capitalisme » possible sans revivre les « grands désastres du XXe siècle ». 3. Les résistants : figures positives s’il en est, qui « ont maintenu leur position après la défaite de la seconde moitié des années 1970 [où] ils se réclamaient à l’époque d’une forme ou d’une autre de marxisme, d’anarchisme ou autre », et qui sont restés « fidèles (…) à leur engagement initial ». Ce sont finalement des…conservateurs – radicaux – accomplissant de menues adaptations et innovations liées au temps (7). 4. Les novateurs : manient l’hybridation, les références hétérogènes et les mélanges, où l’« on voit d’anciennes références du corpus critique être combinées de manière inédite, ou être associées à de nouveaux auteurs ou courants qui n’étaient pas présents dans ce corpus précédemment ». 5. Les experts : et les contre-experts (souvent universitaires ou liés au monde académique), « visent à prendre à contre-pied [le] discours dominant », à contrer d’autres experts, provenant du monde dominant. 6. Les dirigeants : liés à une organisation, ils posent un problème de choix au militant. Il y a ceux qui pensent qu’une bonne pensée radicale ne peut se soustraire d’un lien fort et d’une implication active au sein d’une structure (politique, syndicale, ouvrière, etc.) de combat (8), où l’intellectuel révolutionnaire est couplé autant à une école du parti qu’à une fonction de militant actif et plus particulièrement de dirigeant, ce stratège confronté à des problèmes politiques réels ayant « besoin de savoirs empiriques pour prendre des décisions », réalisant la synthèse écriture/pensée – action/expérience. A côté de cet intellectuel organique, se trouvent ceux qui, simples sympathisants, compagnons de route d’un instant plus ou moins long, jonglent avec la distance et la fusion. Enfin, il y a ceux qui marquent une séparation franche, par la « professionnalisation croissante de l’activité intellectuelle, qui tend à les éloigner de la politique », à être moins interdisciplinaires, les rapprochant d’analyses et de domaines abstraits, métaphysiques, hermétiques, inaccessibles « au commun des ouvriers » et soumis « aux règles et ressources qui régissent ce champ social ».

La migration de la critique

Pour Razmig Keucheyan, le centre de gravité de la production théorique des pensées critiques a changé de continent, se déplaçant de l’Europe aux mondes anglo-saxons, et plus particulièrement aux Etats-Unis, en longeant « le parcours de la production» où « les nouvelles idées surgissent là où se posent les nouveaux problèmes ». Si l’on suit l’auteur et Perry Anderson qui l’a inspiré (9), les futurs lieux de la géographie des pensées sociales critiques devraient se délocaliser, dans les prochaines années, à la périphérie et à la marge du « système-monde », en Lire la suite

Vient de paraître – Paul Ariès : La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance – Une grève générale de la consommation ?

nonfiction.fr, Fabrice Flipo, le 3 août 2010

http://www.nonfiction.fr/article-3669-p3-une_greve_generale_de_la_consommation_.htm

Vient de paraître – Paul Ariès : La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance – Une grève générale de la consommation ?

Résumé : Paul Ariès présente une réflexion intéressante sur l’écologie politique, la décroissance et la nécessité d’une « grève générale de la consommation ».

Paul Ariès est connu pour ses travaux et ses prises de position en faveur de la décroissance et de la gratuité. Il nous livre ici une réflexion sur la simplicité volontaire, qu’il oppose au mythe de l’abondance.

Ariès commence par résumer les enjeux du « capitalisme vert », dont il souligne à juste titre les risques, des risques qu’il juge gravement sous-estimés par les antiproductivistes (p13). Le capitalisme vert procède en cherchant à mettre en œuvre de nouvelles solutions techniques, telles que des tours géantes, plutôt que d’affronter la question des responsabilités politiques sous-jacentes à la dégradation des écosystèmes planétaires. Il entend adapter l’écologie au marché, ce qui se traduit notamment par l’apparition de « droits à polluer », dont les dérives sont largement avérées, bien avant qu’ils aient eu un quelconque effet positif sur la planète. Ariès liste dix « missiles » de « l’écologie capitaliste croissanciste » contre la possibilité même d’une pensée alternative. Ces missiles sont généralement appuyées sur des économistes, Nobel ou nobélisables, qui vont de Ronald Coase à Gary Becker en passant par Harold Hotelling. Ils ont tous en commun de chercher à démontrer que l’écologie est soluble dans le capitalisme. Ariès donne des arguments permettant de penser que tel n’est pas le cas, sauf à retourner le progrès technique contre l’humain. A ce titre les initiatives telles que Home, le film de Yann Arthus-Bertrand, sont de très mauvaises opérations pour l’écologie politique, car « ce parti-pris esthétique a une fonction : exonérer de toute responsabilité les grandes firmes »  . Home utilise ainsi une esthétique qui ne cherche qu’à transférer les responsabilités.

Ariès se demande ensuite si le productivisme n’est pas la « maladie honteuse des gauches ». Qu’est-ce que le productivisme ? Ariès s’appuie sur une définition d’Henri Lefebvre : le productivisme est le fétichisme de l’Etat et de la technicité. Que ce soit l’Association pour la taxation des transactions financières et l’aide au citoyen (Attac), le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), la Fondation Copernic ou même Alain Accardo, aucune pensée se revendiquant « de gauche » ne semble avoir réellement rompu avec ce productivisme. Ariès rappelle l’ambiguïté d’André Gorz sur la question de la technique et notamment des technologies de l’information. « L’économie de l’immatériel et le capitalisme cognitif, loin de permettre de (re)gagner du terrain sur le capitalisme et le productivisme, entraînent l’occupation des derniers territoires qui demeuraient encore un peu autonomes »  . Les gauches ne s’intéressent guère à l’agression publicitaire, par exemple. Elles se n’offusquent pas d’une vie conçue comme une somme de petits plaisirs. En acceptant le progrès technique, elles laissent entrer par la fenêtre le capitalisme sauvage qu’elles ont essayé de chasser par la porte. Que faire pour réveiller la gauche ? Ariès a « longtemps cru à la thèse du retard avant de découvrir qu’elle ne tient pas. […] Nous avons besoin de mots neufs pour réveiller les forces émancipatrices »  . La décroissance, à laquelle Ariès a consacré de nombreux textes, fait partie de ce nouvel arsenal. Pour lui, l’impasse théorique de la gauche a deux visages : le « marxisme officiel optimiste mais productiviste ; […] gauches antiproductivistes mais pessimistes »  . A contrario « la droite est (re)devenue capable de penser […]. Le capitalisme vert lui redonne une seconde jeunesse. La gauche, elle, est moribonde »  . Pour lui la solution viendrait des courants présocialistes, socialismes chrétiens, libertaires, mouvements coopératifs, Proudhon, Bakounine, Gide, Marx. Un Marx « antiéconomiste [qui] permet de comprendre que, par-delà l’extorsion de la plus value, le capitalisme est déjà condamnable au regard de son « incapacité à faire société »  . La gauche aurait donc commis plusieurs « bévues », notamment avoir fait l’éloge du capitalisme, comme libérateur des forces productives, et avoir confondu ces forces productives avec l’émancipation humaine. Ariès montre que le pouvoir d’achat n’a guère augmenté pour les ouvriers, en 1968 un mois de salaire permettait de se payer 1777 baguettes contre 1065 aujourd’hui . Sa solution ? Troquer le pouvoir d’achat pour le pouvoir de vivre.

Un antiproductivisme optimiste est-il possible ?

Dans cette quatrième partie Ariès rappelle qu’il existe un antiproductivisme populaire spontané, par exemple chez les luddites. Cette tendance existe encore, il cite des cas de refus du Lire la suite

L’autre écologie : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives

cip-idf.org, 2010

http://www.cip-idf.org/article.php3?id_article=5220

L’autre écologie – Le Sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs

L’autre écologie

L’omniprésence de la « question » écologique ne fait maintenant plus de doute. D’une part, les données écologiques prennent une place centrale dans un « système-monde » en perpétuelle mutation et d’autre part, l’incapacité des états à établir des accords mondiaux sur les émissions de gaz à effets de serre marque un réel échec pour le capitalisme.

Cette incapacité chronique confirme qu’il n’y a rien à attendre d’une conversion verte du capitalisme, celle-ci signifiant généralement une accentuation des inégalités sociales et un écrasement de toutes expressions populaires, elle confirme également que l’écologie n’est pas l’apanage des nouveaux entrepreneurs de l’économie verte et des apprentis sorciers de la gestion écologique mondiale. Une autre idée de l’écologie persiste, une idée démocratique : l’écologie comme art de faire attention, née à la fois dans le mouvement écologiste et dans les expérimentations de pratiques alternatives, mais aussi de ceux qui dans certaines luttes s’emparent de cette question alors qu’ils sont jugés a priori incompétents dans ce domaine.

1. L’écologie au cœur des mutations du capitalisme

L’émergence depuis quarante ans de la question écologique, du dérèglement climatique ou de la destruction des écosystèmes et des espèces vivantes a mis en cause les principes du capitalisme industriel. Sous l’influence d’un renouveau dans la théorie économique, les entreprises et les états sont en train d’opérer une modification de leurs modèles productifs sur la base d’une maîtrise des milieux complexes (1) et de la biosphère. Ce renouveau de la théorie économique et cette tentative de maîtrise signifient que l’économie va désormais intégrer des éléments occultés auparavant : les interactions non-économiques ; et analyser quels bénéfices ou pertes elles provoquent sur les échanges économiques. Ainsi la prise en compte et la maîtrise des ressources naturelles rares, des ressources énergétiques, ou des ressources en eau ou en matériaux nécessaires au processus de production, et qui sont le fruit de processus naturels longs de plusieurs millions d’années, deviennent des tâches primordiales pour l’économie et cela constitue une modification fondamentale du capitalisme, celui-ci reposant jusqu’à il y a peu sur un principe de non-limitation des ressources (2).

Si cette révolution écologique est pour le moment sans grandes conséquences visibles sur la destruction des écosystèmes ou sur le réchauffement climatique, c’est que comme le dirait Yann Moulier Boutang ou comme ne cessent de le répéter les cabinets de management : les entreprises et les états n’ont pas encore pris toute la mesure de la mutation qui leur est demandée. Pour ce faire, les états doivent adopter de nouvelles réglementations qui encouragent les entreprises à intégrer la protection de l’environnement et ainsi leur faire prendre conscience que cette question n’est pas réservée aux secteurs spécialisés mais qu’elle concerne toutes les entreprises et que cela constitue un potentiel de croissance important, les premières entreprises à prendre en compte la protection de l’environnement étant celles qui Lire la suite

Biosphère INFO n° 241, urgence écologique, urgence démocratique

Biosphère INFO n° 241, urgence écologique, urgence démocratique

info à faire circuler sans modération

pour nous écrire, biosphere@ouvaton.org

Ecorev est une revue critique d’écologie politique qui mérite la lecture, d’autant plus que la multiplicité des intervenants permet toujours de trouver du grain à moudre. Voici quelques extraits du dernier numéro paru :

Bruno Latour : Remettre les non-humains au cœur de la politique

C’est quand la nature comme cadre extérieur a commencé à manquer, que l’écologie est devenue de plus en plus visible. L’idée que l’appel à la nature va simplifier ou réorienter la politique n’a donc pas grand sens. Mais par quelle étrangeté de l’histoire a-t-on pu penser que la politique, c’était une affaire d’humains entre eux, lorsque de tout  temps et dans tous les peuples on a toujours eu affaire simultanément aux humains et aux non-humains et que la politique a toujours été aussi une définition du cosmos, une façon de concevoir les liens entre les humains et les non-humains. Après Kyoto et maintenant Copenhague, tout le monde comprend maintenant que les non-humains sont entrés en politique par le truchement de leurs innombrables porte-parole.

Il faut bien comprendre cette idée de porte-parole : cela veut dire qu’il n’y a jamais de rapport simple et direct, mimétique entre celui qui parle et ce dont il parle. En politique classique, les humains parlent par l’intermédiaire de leurs représentants, directs ou indirects. Les scientifiques parlent pour les choses qu’ils sont chargés de représenter dans ces nombreux quasi-parlements qui se sont créés autour de tous les sujets de controverses – le climat, les antennes relais, les éoliennes, le thon rouge, le H1N1, les exemples ne manquent pas. Personne n’a jamais cru que quand les chercheurs disent « les faits parlent par eux-mêmes », ce soit littéralement vrai. Les faits parlent par leur intermédiaire, et les scientifiques sont souvent divisés. On est dans des parlements et c’est un peu la foire puisque tous les porte-parole disent ce que diraient les choses dont ils parlent si elles pouvaient parler !

Il faut donc repenser totalement la fonction politique pour retrouver des règles d’autorité, de procédure, de débats par lesquels nous pouvons décider, en fin de compte, dans quel monde commun nous voulons vivre. Il faut parvenir à clore les controverses tout en acceptant cette multiplication des porte-parole… la décision arrive à la fin, pas au début. Et même après, la discussion continue. Mais on a décidé et on doit pouvoir prendre des mesures, par exemple sur le réchauffement climatique.

Les systèmes autoritaires se préoccupent aussi peu des humains que des non-humains. La crainte d’un autoritarisme fondé sur l’écologie n’est agité que par ceux qui protègent leurs propres positions politiques de toute critique. Le danger ne serait réel que si les écologistes étaient liés à la Nature avec un grand N et qu’ils disaient : « La nature m’a parlé directement, elle veut ceci, donc faites-le ». mais la scène des controverses écologiques montrent exactement le contraire : c’est une extension formidable du « système délibératif » qui donne souvent le tournis. Il nous faut inventer les procédures, les instruments qui permettent de s’y orienter et de retrouver, en fin de compte, un principe d’autorité qui soit légitime.

Hervé Kempf : un capitalisme détaché de la démocratie

Afin de prévenir la réalisation de la catastrophe, Hans Jonas préconise de renoncer à la prospérité au bénéfice d’autres parties de l’humanité et d’adopter la fin nullement reluisante de l’auto modération de l’humanité. Comment, en démocratie, faire ce choix ? Des sacrifices ne sont imaginables que si l’on est inspiré par une vision du long terme. Jonas pensait que « seule une élite peut éthiquement et intellectuellement assumer la responsabilité pour l’avenir », mais il n’excluait pas l’option démocratique, à condition qu’elle soit animée par Lire la suite

Hervé Kempf : Les colonnes du dogme ont été ébranlées « La décroissance va devenir le courant majeur de l’économie. »

 lemonde.fr, Hervé Kempf, le 31 mars 2010

Objecteur de croissance

L’habit ne fait pas le moine, bien sûr, mais une belle apparence inspire le respect. C’est pourquoi il est tout sauf anecdotique que l’idée de décroissance, si allègrement injuriée par les thuriféraires du dogme « croissanciste », ait été accueillie dans un lieu imprégné de pensée. Du 26 au 29 mars s’est tenue dans la belle université de Barcelone la deuxième conférence sur la décroissance économique.

Ouverte par le recteur, organisée par l’Institut de science et de technologie environnementales (ICTA) de la capitale catalane, elle a réuni plus de 500 chercheurs et activistes venus de nombreux pays européens et américains. On sait maintenant que décroissance se dit degrowth en anglais, decrecimiento en espagnol, decreixement en catalan, decrescita en italien.

Pourquoi ce mot suscite-t-il tant d’intérêt ? Parce qu’il repose les questions radicales qui sont au cœur de l’écologie et que les logiques de développement durable, de croissance verte et de capitalisme vert ont affadies.

En se voulant « réalistes », nombre d’écologistes se retrouvent à teinter de vert un système économique qui ne change pas sa logique de destruction de l’humain et de la biosphère. Radicaux, les objecteurs de croissance affirment que la crise de l’orée du troisième millénaire ne peut se résoudre selon les voies suivies depuis le XIXe siècle.

Sous l’étendard de cette posture peut se redéployer la liberté de pensée contre le dogme, dont un autre important colloque, à Paris, en 2002, avait défini le programme : « Défaire le développement, refaire le monde ».

On ne saurait résumer ici la variété des pistes de recherche présentées à Barcelone et la vivacité des discussions qui s’y sont tenues. Le programme, consultable sur le site Degrowth.eu, en donne un aperçu. Deux idées, rapidement, émergent. La préoccupation de la justice sociale est au coeur du projet de refondation écologique, et Barcelone a continué sur la route ouverte à Copenhague par les mouvements de la société civile avec la revendication de la justice climatique : « Changer le système, pas le climat ». Et pour les « objecteurs de croissance », le système, c’est le capitalisme.

Autre élément nouveau, la parole des mouvements du Sud, qui disent que, chez eux aussi, le développement tel qu’il est porté par les gouvernements est Lire la suite