Hulot : « L’Europe doit entraîner la révolution climatique »

lejdd.fr, Soazig Quemener, le 24 Mai 2009

Hulot : « L’Europe doit entraîner la révolution climatique »

Il a quelque chose d’un Sisyphe vert, dont le combat n’est jamais gagné. Avec son pacte écologique, Nicolas Hulot avait crû convaincre le monde politique. Malgré le Grenelle et le « paquet » européen, l’animateur télévisé, président de la fondation pour la Nature et l’Homme, voit monter les périls. Dans le JDD, il avertit: la révolution économique et écologique est inévitable.

L’Europe est-elle à la hauteur du défi climatique ?

Elle ne l’est pas encore, mais elle doit le devenir, parce qu’elle est la seule à pouvoir entraîner le monde. Nous avons une conférence dans six mois à Copenhague, où l’ensemble de l’humanité devra se donner les moyens d’éviter le pire. J’ai conscience du côté dramatique de ce genre de proclamation: mais nous sommes vraiment à l’heure de vérité. Et c’est vraiment nous, les Européens, qui pouvons être décisifs. Il faut renouer avec une fierté européenne, la fierté de l’humanisme européen, du modèle de civilisation. Sur le « paquet » climat-énergie, l’Europe a été en pointe, et Nicolas Sarkozy a été au rendez-vous. Mais ça ne suffit pas. Nous sommes sous la main dans nos plans de relance économique, comme paralysés dans nos conservatismes sociaux. Et même sur l’environnement, il faut aller beaucoup plus loin. Ce qui se joue avec le climat n’est pas une affaire de météorologues. Tout est lié : la crise sociale, la crise économique, la crise environnementale. Ou bien nous changeons de modèle, de manière révolutionnaire…

Ou bien ?

Nous entrons dans une zone de tempêtes. On ouvre la boîte de Pandore et le dénouement est forcément malheureux. La nature humaine et la nature en général ne nous demanderont pas notre avis. Elles trouveront elles-mêmes des solutions pour résoudre la crise. Mais au lieu de se faire dans un contexte démocratique et pacifique, cela se fera dans un contexte violent.

Vous êtes dans un discours prophétique…

Je suis dans une réalité absolue. Climatiquement, les experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) disent et répètent la même chose depuis des années. Et socialement, je suis même sidéré par ma modération et la patience des gens. Avez-vous lu le dernier Paris Match? Avec cette photo sublime de deux actrices, Monica Bellucci et Sophie Marceau, en une? A l’intérieur, vous avez des images de familles libyennes, chassées de nos contrées prospères et renvoyées vers leur enfer. Ce voisinage, cette juxtaposition de la pire des misères et de la plus innocente des prospérités est devenue invivable. Cela ne peut pas tenir. Des millions de miséreux connaissent notre richesse. Ils la désirent pour eux-mêmes, tout en vomissant notre indécence. Le choc climatique là-dessus, les millions de réfugiés que provoquera le réchauffement, les destructions des habitats…

Donc, il faut tout renverser ?

Donc il faut tout oser. Aller au-delà des frontières de l’utopie. Un système est à bout de souffle. Ma révolution se nourrit de réformes. Il faut réinventer une solidarité mondiale, organiser la planète pour changer la croissance, organiser la décroissance des riches, en douceur, sans tuer les équilibres sociaux… Il faut que Lire la suite

Le nucléaire au Niger fait débat

lejdd.fr, Gaël Vaillant, le 25 Mars 2009

Le nucléaire au Niger fait débat

Vendredi, Nicolas Sarkozy sera au Niger pour défendre le contrat qui lie Areva, le géant du nucléaire français, et Niamey pour la création de la plus grand mine d’uranium au monde. Pour le réseau « Sortir du nucléaire » et plusieurs politiques comme Olivier Besancenot ou Corinne Lepage, il s’agit d’un déshonneur pour la France qui se rend complice du « matage » des Touaregs du nord du Niger.

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Ils ont presque tous répondu présents à l’appel de Stéphane Lhomme, héraut controversé du réseau « Sortir du nucléaire ». Même Olivier Besancenot, qui tenait le piquet de grève à la Poste, a pu grimper sur une moto et rejoindre la conférence de presse sur la politique nucléaire de Nicolas Sarkozy en Afrique. S’ils viennent d’horizons politiques différents, les participants – Corinne Lepage (Cap21), Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), Olivier Besancenot (NPA), Cécile Duflot et Hélène Flautre (Verts) – partagent une même conviction: la France prend un retard considérable en termes d’énergie et sa forte position actuelle sur le marché du nucléaire n’a aucun avenir.

Mais cette fois, l’actualité leur permet de dénoncer les dégâts causés à l’étranger par Areva, la multinationale française qui implante à force de contrats spectaculaires ses centrales et technologies dans le monde entier. Le cas du Niger reste toutefois particulier. L’entreprise veut créer dans le nord du pays la plus grande mine mondiale d’uranium, l’énergie fossile à la base du nucléaire. La mine d’Arlit devrait ainsi propulser Areva en leader planétaire de l’enrichissement d’uranium. Un projet qui « doit » réussir pour Nicolas Sarkozy, prêt à défendre en toute occasion les bienfaits de cette énergie. Pour cette raison, il fera étape vendredi à Niamey, capitale du Niger, pour superviser la signature d’un accord sur le site d’Arlit entre les autorités locales et Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva. Une pratique présidentielle qui rappelle les grandes heures de la Françafrique, dans les années 80-90, quand l’Elysée usait de ses réseaux pour le bien-être des entreprises françaises sur le continent africain.
Les richesses minières, nerf de la guerre

Dans un souci de pédagogie, Stéphane Lhomme, qui a médiatisé le réseau « Sortir du nucléaire », a détaillé à la presse les conditions d’implantation d’Areva au Niger, un des pays les plus pauvres du monde. Pour mieux les comprendre, un peu de géopolitique s’impose. Le Niger peut grossièrement être divisé en deux zones: le Sud du pays, plus urbanisé, se concentre sur les rives du fleuve Niger et autour de la capitale Niamey ; le Nord du pays correspond à de vastes territoires peuplés de populations nomades ou semi-sédentaires – notamment des Touaregs. L’Etat nigérien mène une guerre qui s’est intensifiée ces dernières années contre les Touaregs considérés comme rebelles.

C’est alors que débarque Areva, fleuron industriel de la France, l’ancienne puissance coloniale du Niger. Très rapidement, le spécialiste de l’énergie jette son dévolu sur la zone d’Arlit, où des chercheurs ont détecté une certaine quantité – sous-estimée à l’époque – d’uranium. Après une décennie de tractations, un accord est enfin conclu. Le contrat, signé définitivement vendredi, permet à Areva d’exploiter les vastes terrains à condition de reverser « seulement » 33% des revenus du site à l’Etat du Niger. En parallèle, Paris Lire la suite

Nicolas Hulot : « C’en est fini du libéralisme »

Le Journal du Dimanche, dimanche 30 Mars 2008, Soazig QUEMENER, à Dinard

Il souhaite s’affirmer comme le Al Gore français. Se dit séduit aujourd’hui par Daniel Cohn-Bendit et Olivier Besancenot. Lance un appel vibrant à une véritable révolution culturelle. Nicolas Hulot a reçu le JDD dans son refuge breton de Dinard (Ille-et-Vilaine) et il appelle à une remise en cause radicale de notre modèle de développement. A trois mois de la présidence française de l’Union européenne, l’initiateur du pacte écologique entre dans un nouveau cycle. Depuis la présidentielle, l’homme d’Ushuaïa se consacre à la réalisation du Syndrome du Titanic, un documentaire sur l’état de la planète qui devrait sortir en salles l’an prochain. Et élargit pour la première fois sa réflexion aux domaines économiques et sociaux.

Jeudi, vous avez cosigné un appel dans Le Monde demandant de mettre en œuvre, en France, la révolution écologique annoncée fin octobre…

Pour moi, c’est autant un appel d’espoir que d’inquiétude. Un appel à la responsabilité des députés pour éviter qu’ils ne tirent le Grenelle vers le bas. C’est aussi un encouragement à Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet dont on sait bien que le travail est très difficile.

Il n’empêche que le déficit public menace les réformes promises par Nicolas Sarkozy. Pensez-vous que le Grenelle sera épargné par la rigueur ? Lire la suite