L’habitat économe n’aime pas les courants d’air

midilibre.com, Georges MATTIA, le 1er mars 2009

L’habitat économe n’aime pas les courants d’air

Le salon de l’habitat, au parc des expositions de Montpellier, s’achève aujourd’hui Le développement durable est parfois duraille. Il peine à avancer dans les chaumières, mais aussi au sein du gouvernement, malgré les bons voeux du Grenelle de l’environnement. Si le tout nouveau Eco-prêt à taux zéro pour travaux sur « bâti vert » (promis pour le 1 er avril) est une avancée, il peut aussi masquer des reculades.

D’où un actuel bras de fer entre le ministère de l’Écologie, de l’Énergie et du Développement durable de Jean- Louis Borloo et, d’autre part, l’association Effinergie, cofondée par les régions Languedoc-Roussillon, Alsace, Franche-Comté et Rhône-Alpes.

Au coeur du problème, la future réglementation thermique qui s’imposera aux logements neufs, la RT 2012, actuellement élaborée au ministère par la direction de l’urbanisme, de l’habitat et des paysages (DUHP). But : définir le contenu et les conditions d’attribution du label Haute performance énergétique. Un sésame aussi pour obtenir des aides.

Mais avec une sacrée anguille sous roche : les experts du ministère sont loin d’être aussi exigeants que le label BBC-Effinergie (bâtiment basse consommation) créé par les régions. Ce label avait beaucoup inspiré les conclusions du Grenelle. Or, le projet ministériel relègue au second plan l’isolation car il inclut dans le nouveau calcul de la performance, l’énergie que produit le bâtiment lui-même (photovoltaïque). « C’est un contresens total ! Dans ces conditions, par exemple, un bâtiment couvert de panneaux photovoltaïques pourrait être classé « basse consommation », au seul motif qu’il produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, même s’il est non conforme à la réglementation sur l’isolation », prévient Yves Pietrasanta, vice-président du conseil régional Languedoc- Roussillon. « Dans cette logique, une maison à énergie positive, qui revend du courant à EDF, serait jugée performante, même si c’est une passoire thermique ! » Au salon de l’habitat, qui s’achève aujourd’hui au parc des expositions de Montpellier, de mauvaises langues voient en filigrane de la future réglementation, la plume du lobby nucléaire : la fameuse « maison passoire » aurait toujours besoin des centrales ! Les décisions mûries par le ministère, déjà annoncées à Effinergie et aux organismes certificateurs, sont « inquiétantes et présagent que les travaux et la dynamique mis en place pour le Grenelle pourraient rester vains dans l’avenir », indique Yves Pietrasanta, au nom de l’association Effinergie, qui regroupe 19 régions et de gros industriels (lire ci- contre) et dont il vient d’être élu vice-président.

Le 17 mars, il sera reçu par Jean-Louis Borloo. Pour lui expliquer en substance qu’un bâtiment performant doit respirer, mais fuir les courants d’air. Que le Grenelle Lire la suite

Que valent les maisons bio de constructeurs ?

Le Figaro, Jean-Bernard Litzler, le 23 février 2009

Que valent les maisons bio de constructeurs ?

Les maisons de demain seront vertes ou ne seront pas. Mais peut-on déjà se lancer dans l’écoconstruction ? État des lieux en cinq points.

• POURQUOI CONSTRUIRE AUTREMENT ?

À lui seul, le bâtiment représente 43 % de la consommation d’énergie française et le quart des émissions de CO2. Pas étonnant que le Grenelle de l’environnement mise gros sur l’évolution des modes de construction pour réduire la facture écologique. Et les évolutions devront se faire rapidement. Avec la nouvelle réglementation thermique (RT 2005), entrée en vigueur en 2007, la consommation maximale autorisée pour les logements a été fixée entre 80 et 250 kWh d’énergie primaire par mètre carré et par an, alors que la moyenne actuelle est encore de 330 kWh. Et en 2012, il faudra la ramener à 50 kWh, avant de basculer dès 2020 vers des maisons à énergie positive, produisant plus d’énergie qu’elles n’en consomment.

«Le calendrier est bien trop serré, estime le secrétaire général de la Fédération française des constructeurs de maisons individuelles, Rodolphe de Saint-Hilaire. Les normes récentes sont à peine respectées et on nous demande d’avancer à marche forcée alors que les filières ne sont pas prêtes. Au final, l’acheteur supporte d’importants surcoûts.» De son côté, l’Union des maisons françaises (UMF), qui regroupe 600 marques de maisons, a choisi d’adopter une démarche plus volontariste. «Le bâtiment doit jouer un rôle moteur et carburer à l’écologie», confirme son président, Christian Louis-Victor. L’UMF incite ses adhérents à faire figurer des bâtiments basse consommation dans leurs catalogues et organise tous les ans un challenge des maisons innovantes où la catégorie «maison du Grenelle» prime les plus écolos. L’occasion de faire émerger dès maintenant des modèles en brique ou à ossature de bois qui remplissent déjà les critères obligatoires dans dix ans.

• UNE MAISON ÉCOLO, C’EST QUOI ?

En avance sur son temps, cette maison est plus respectueuse de l’environnement, de ses occupants, et moins gourmande en énergie que les modèles standards. Pour Patrick Nossent, président de l’organisme certificateur Céquami, qui gère notamment les normes «maison HQE» et «maison basse consommation», ces labels offrent à tous les interlocuteurs (acheteurs, assureurs, constructeurs, banques et pouvoirs publics qui subventionnent) les meilleures garanties de qualité et d’efficacité. Ils prennent notamment en compte plusieurs facteurs environnementaux (retombées du chantier, gestion de l’eau…), mais se préoccupent encore assez peu du choix des matériaux. La Maison du bon sens, de Maisons Phénix (groupe Géoxia), est ainsi construite à base de béton et d’acier et vante 80 % d’économies d’énergie potentielle. «Je prends soin de ne pas parler de maison écologique, mais plutôt écorespectueuse», reconnaît volontiers Jacques Goudeau, directeur marketing de Geoxia.

Thierry Loechleiter, directeur de Maisons Prestige, une PME alsacienne qui se distingue par ses modèles écolo, pointe, lui aussi, les limites des matériaux écologiques. Cet adepte du bio propose bien en option des huiles et peintures écologiques à ses clients, mais il ne va pas beaucoup au-delà. «Nous manquons encore de recul sur la durabilité de bon nombre de ces produits, explique-t-il. Dans ces conditions, difficile de concilier produits écolo et label de qualité.»

• COMBIEN ÇA COÛTE ? Lire la suite

Certification de la rénovation énergétique des maisons

Actu-Environnement.com, F Roussel, le 9 février 2009

Le secteur de la rénovation énergétique des maisons individuelles s’organise autour d’une certification

Afin de garantir des économies d’énergie, les professionnels de la rénovation mettent au point une certification. Baptisée « maison rénovée », elle sera délivrée à des maisons individuelles ayant gagné deux classes de performance énergétique.
Dans le cadre des débats du Grenelle de l’environnement, un objectif ambitieux a été proposé et figure dans le projet de loi Grenelle 1 : réduire de 38% d’ici à 2020 la consommation énergétique du parc de bâtiment français. Autrement dit, la France a environ 12 ans pour réduire la consommation moyenne de son parc de 400 kWh/m2/an aujourd’hui à 250 kWh/m2/an en 2020.

Sachant que le renouvellement du parc est d’environ 1% par an, il ne faut guère compter sur les constructions neuves pour atteindre cet objectif. La rénovation de l’existant est la principale voie de réussite. Mais ce ne sera pas chose aisée car cela concerne plus de 30 millions de logements et plus de 814 millions de mètres carré de bâtiments tertiaires chauffés. L’Etat a prévu de montrer l’exemple avec ses bâtiments publics et a récemment mis en place une réglementation thermique pour les bâtiments de plus de 1.000 m2. Mais pour les logements privés et notamment les maisons individuelles, l’atteinte de l’objectif va reposer sur la bonne volonté des propriétaires à investir dans des travaux.
Un marché dynamique mais insuffisant pour atteindre les objectifs

En France, les maisons individuelles représentent plus de 13 millions de logements. Jusqu’à maintenant le marché de la rénovation a été très dynamique. Selon une étude du cabinet « Développement Construction », il a représenté en 2007 plus de 60,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour les entreprises du bâtiment, soit 45 % de l’ensemble de l’activité du secteur. Le montant des travaux réalisés dans les maisons individuelles a atteint 23,9 milliards d’euros. Ces travaux consistent principalement à améliorer l’habitat en matière de salubrité, de sécurité, d’isolation ou d’accessibilité, de remettre la maison en conformité avec les réglementations ou encore d’améliorer la performance énergétique.

Cependant, selon une étude de l’Observatoire Permanent de l’Amélioration Energétique du logement moins de 10% des logements rénovés atteignent un niveau de performance énergétique en accord avec les objectifs fixés. En effet, cette préoccupation n’est pas encore primordiale pour les ménages qui désirent rénover leur maison et bien souvent ils ne font pas appel à un professionnel capable de leur proposer une enveloppe de travaux globale mais à un artisan ou des entreprises souvent spécialisées dans un seul corps de métier.
De plus, les professionnels ne conseillent généralement pas à leurs clients une maîtrise globale de l’énergie et se limitent aux désirs du client. Par exemple, pour les chauffagistes, l’absence d’installation d’une chaudière performante est principalement liée au fait que le client décide de remplacer sa chaudière à l’identique. Seuls 9 % des artisans ou entreprises ayant installé une chaudière standard ont proposé un produit plus performant.

L’approche de la rénovation va devoir évoluer

Il semble donc plus qu’urgent de faire évoluer les méthodologies. Les professionnels du bâtiment semblent conscients de cette situation et cherchent à faire évoluer les artisans vers une approche globale.

Mais il va surtout falloir encourager les propriétaires à rénover et à se tourner vers les professionnels formés. C’est dans cet objectif que les professionnels du secteur se sont regroupés autour de l’organisme certificateur Cequami pour mettre au point une certification de travaux baptisée « maison rénovée ». Filiale du CSTB et de l’association Qualitel, Cequami veut proposer d’ici quelques mois une certification permettant de garantir aux clients la qualité des travaux et par conséquent les économies énergétiques dont il pourra bénéficier.
Les professionnels ont défini un premier référentiel qu’ils vont tester pendant plusieurs mois sur le terrain dans le cadre d’une dizaine de chantiers Lire la suite